La révélation messianique de Jésus par Pierre : une option entre la violence et la non violence

Publié le 24 Août 2014

Dans la lecture de ce dimanche 24 août, nous voyons le passage de Matthieu 16, 13-20Pierre déclare que Jésus est le Messie. Pourtant en regardant de près ce passage, ce n'est pas la vision chrétienne qui se dessine mais bien celle d'un Messie politique car la christologie qui s’est développée à partir du Nouveau Testament éclipse souvent la messianologie originelle.

Jésus dans ce texte demande à ses disciples : "Mais vous, qui dites-vous que je suis ?" Et Pierre répond : "Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !"

Quand Pierre dit à Jésus qu'il est le Messie, il y montre ses espoirs politiques et non spirituels. Il désire à travers Jésus la libération de l'Empire romain et la restauration de la grandeur d'Israël (Chrétiens du Nicaragua : l'évangile en révolution, KARTHALA Éditions, 1980). Il faut dire que l'entourage de Jésus l'avait suivi mais dans la forme du Messie qu'ils espéraient eux-mêmes (Minnerath, Jésus et le pouvoir, Éditions Beauchesne, 1987). Ce n'est nullement comme l'annonce l'Évangile de Matthieu son "Père qui est aux cieux" qui lui a "révélé cela", mais son rêve de voir un Jésus politique prenant les armes contre Rome.

Comme le montre Roland Minnerath (Jésus et le pouvoir, Éditions Beauchesne, 1987), Jésus choisit d'être le Messie selon la vision de Zacharie IX, un roi pacifique des petits et des opprimés, contrairement à celle que souhaite Pierre. Mireille Hadas-Lebel (Une histoire du Messie, Albin Michel, 2014) de façon plus précise montre que les Messies juifs se prétendaient d'authentiques descendants de David, justes et bons comme le conseiller merveilleux d’Isaïe XI, humbles comme le roi monté sur un âne de Zacharie IX. Jésus ne différait pas d'eux dans cette prétention, sauf peut être dans ses méthodes. Il ne désirait pas utiliser la violence pour instaurer le Royaume de Dieu.

Jésus reprend Pierre et lui annonce : "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux."

Contrairement à ce que l'on pourrait croire dans ce passage, Jésus ne fonde pas l'Église, qui est ici encore une mauvaise traduction, car ekklesia en grec, veut dire assemblée, et dans le papyrus d'Éléphantine, le mot servait à désigner la synagogue, qui est une assemblée des croyants. Donc, Simon devenu Pierre ne sera que l'une des colonnes d'un mouvement purement juif. De plus, Jésus en donnant les clés du Royaume à Pierre ne le fait devenir que son vizir pas son successeur, car cette capacité de lier et de délier est un pouvoir juridique qui fait référence à la prérogative du vizir, lui permettant d’autoriser ou de refuser l’entrée dans le palais et l’accès au roi, et il avait également par ce dernier le pouvoir de lier et délier les affaires (Hyam Maccoby, Paul et l'invention du christianisme, 1987).

Enfin comme le dit l'Évangile de Matthieu : "Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ." Le fait que Jésus demande à ses disciples de taire sa prétention messianique, c'est afin d'éviter le risque que Rome puisse réagir, car le préfet de Judée Ponce Pilate n'hésitait pas à se débarrasser des gêneur sans procès. Il faut dire qu'au tournant du premier siècle, une révolte générale couve et Jésus pourrait devenir le symbole de la résistance juive face à l’occupation romaine. Il préfère la prudence à une mort trop précipitée.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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