Le synode sur la famille, un délicat exercice d'équilibre pour le pape François

Publié le 2 Octobre 2015

L'OBS nous montre en ce vendredi 2 octobre 2015 qu'avec l'ouverture dimanche dans une ambiance électrique du second synode en deux ans sur les défis auxquels est confrontée la famille chrétienne, le pape François s'apprête à un exercice d'équilibriste sur des sujets divisant l'Eglise catholique : divorce, union libre, homosexualité...

Plusieurs questionnaires envoyés dans les diocèses ont révélé le gouffre entre la doctrine rigoureuse de l'Église et la pratique - souple et changeante - de beaucoup de croyants. Un premier synode il y a un an avait aussi révélé de profondes divisions, malgré un attachement commun à l'essentiel. Le second synode devra remettre ses conclusions le 25 octobre, après quoi il reviendra au pape de décider seul, probablement au printemps, des inflexions à apporter ou non au discours de l'Eglise. "Le dernier mot appartient au Saint Père", a rappelé vendredi le cardinal Lorenzo Baldisseri devant la presse.

Le pape François a nommé à la mi-septembre les 360 participants de ce second round : un savant dosage entre "conservateurs" et "libéraux" qui n'a pas exclu les plus radicaux des deux camps. Face à ces centaines d'évêques ayant personnellement renoncé il y a des décennies à fonder une famille, seuls 18 (bien 18) couples auront la charge de faire entendre la voix des laïcs.

Pour le pape argentin, la famille traditionnelle subit une crise profonde et l'Église doit savoir répondre aux évolutions du temps sans pour autant s'y conformer. Réaffirmant régulièrement la "beauté" de la famille chrétienne, le pape François a aussi évoqué ces derniers mois les situations où une séparation était "nécessaire", par exemple en cas de violences. Condamnant vigoureusement avortement, mariage homosexuel ou encore euthanasie, il a appelé en juillet en Bolivie à prier pour "un miracle" afin de trouver "des solutions et des aides concrètes aux nombreuses difficultés" des familles brisées.

Le conflit principal tourne autour des divorcés remariés: le sacrement du mariage religieux étant indissoluble, l'Église ne reconnaît pas le divorce civil et considère un remariage civil comme une infidélité au premier - et unique - conjoint. Sans être excommuniés, c'est-à-dire exclus de l'Église, les divorcés remariés n'ont plus droit aux sacrements comme la communion ou la confession.

Livres, pétitions et colloques fleurissent de part et d'autres pour réclamer un assouplissement ou défendre l'intangibilité de la doctrine, dans une atmosphère empoisonnée. Le cardinal allemand Walter Kasper a ainsi fustigé les conservateurs "fondamentalistes", tandis que le cardinal américain Raymond Leo Burke dénonçait ceux qui veulent pousser le pape à "prendre des décisions qui vont contre la vérité du Christ". Le pontife argentin s'est cependant tenu en retrait. Touchera-t-il au dogme ? Rien n'est moins sûr.

Début septembre, il a simplifié et rendu gratuites les procédures de reconnaissance de nullité, qui reviennent à dire qu'en raison d'un vice au départ (pressions, immaturité...), le sacrement du mariage n'a jamais eu lieu. Une forme de divorce de facto jusqu'alors réservée à ceux qui en avaient les moyens.

Au premier synode, des prélats occidentaux, cherchant réponse à la déchristianisation massive, avaient aussi plaidé pour une tolérance envers les unions libres stables, présentées comme une possible étape vers un mariage religieux en pleine connaissance de cause. Certains avaient même reconnu la valeur du lien pouvant unir des couples homosexuels, au contraire vécu par les conservateurs, comme le cardinal italien Carlo Caffara, comme un "défi lancé par le monde occidental à l'encontre de l'Église".

Le rapport final du synode de 2014 avait d'ailleurs révélé nettement les deux sujets qui fâchent : si l'ensemble semblait consensuel, des paragraphes relativement ouverts sur les divorcés et les homosexuels n'avaient pas obtenu la majorité des deux-tiers requise pour être validés. Un document intermédiaire encore plus audacieux avait même été rendu public, ce qui ne sera pas le cas cette fois ci, a précisé le cardinal Baldisseri, secrétaire-général de ce synode.

Selon un participant au premier synode, la question de l'homosexualité divise tellement qu'elle devrait être encore moins abordée cette année. Les conservateurs, nombreux parmi les cardinaux créés sous Jean Paul II et Benoît XVI, recrutent dans le Sud, notamment en Afrique. Certains jugent les Églises des pays occidentaux décadentes et contaminées par le relativisme. Les unions homosexuelles sont une "régression de la culture et de la civilisation", a ainsi estimé cette semaine le cardinal guinéen Robert Sarah.

Ce dialogue et les conclusions que le pape François en tirera pourraient devenir l'une des pièces maîtresses de son pontificat, mais il lui faudra beaucoup de doigté pour réconcilier des camps opposés. "Nous sommes sur la mer et il y a du tangage", a résumé Mgr Baldisseri. Le synode pourrait finalement proposer quelques ouvertures pastorales sans toucher aux dogmes. Attendues ensuite en plein "Jubilé de la miséricorde", l'année sainte décrétée par le pape François à partir de décembre, les conclusions du pape risquent alors de laisser chacun sur sa faim.

Pourtant comme le montre Radio Vatican, le cardinal Baldisseri a salué le foisonnement de publications, pétitions internationales, études et rencontres de réflexion, évoquant un climat qui lui rappelle celui du concile Vatican II. D'ailleurs démontré par le souhait du pape d'"Une participation plus active à la discussion", et d'"une confrontation plus directe et immédiate entre pères synodaux", avec une méthode de travail qui laisse plus de place aux débats en groupes linguistiques dont la composition brisera les logiques géographiques, et dont les rapports thématiques seront rendus publics. Pendant le synode lui-même, le pape restera en retrait comme l'a été Jean XXIII lors du concile Vatican II. Cela peut amener des surprises, mais il faut se méfier.

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités de l'Eglise

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