Le pape François en Afrique : que de défis à relever !

Publié le 23 Novembre 2015

Le Point Afrique nous montre dans son article du 23 novembre 2015 qu'au-delà des questions de sécurité, le souverain pontife devra rassurer une communauté catholique sur la défensive, autour de questions de mœurs et sous pression des islamistes.

L'Afrique que le pape va visiter du 25 au 30 novembre (Kenya, Ouganda, Centrafrique) compte deux cents millions de catholiques. C'est la région où on enregistre la plus forte croissance du nombre de baptisés au monde. La venue du pape est donc considérée comme un événement majeur. L'Ouganda, dont il foulera pour la première fois le sol, affiche 47 % de baptisés catholiques (plus de 17 millions). 32,3 % des Kényans (13,8 millions) et 37,3 % des Centrafricains (1,7 million) sont également catholiques, a indiqué le Vatican dans des statistiques mises à jour fin 2014. Les clergés dans les trois pays sont également importants : il y a 38 évêques kényans, 32 ougandais et 16 centrafricains. Ils sont assistés respectivement de 2744, 2180 et 350 prêtres. Des milliers de religieux, de religieuses sont aussi présents sur les territoires des trois pays, où la foi catholique, comme souvent en Afrique, est aussi enseignée par de très nombreux catéchistes laïques : 11 300 au Kenya, 15 800 en Ouganda et 6200 en Centrafrique. Le Kenya et l'Ouganda peuvent aussi compter sur une relève importante de leur clergé, avec des milliers de futurs prêtres formés dans les petits et grands séminaires (5500 au Kenya et 7000 en Ouganda). Ils sont près de 400 en Centrafrique. L'Église catholique a aussi un rôle-clé dans les domaines de l'éducation, de la santé et de l'assistance sociale, surtout dans les deux pays anglophones. Ainsi, selon ces statistiques, plus de 12 000 écoles, dont 10 000 maternelles et primaires au Kenya et près de 7000 en Ouganda, sont recensées. Les dispensaires, orphelinats, hôpitaux, léproseries, maisons pour invalides et personnes âgées, etc. sont plus de 2700.

Le pape François trouvera pour son premier voyage en Afrique une Église en pleine croissance, véritable pouvoir politique et social, mais qui affronte des défis redoutables, de l'islamisme radical à la prolifération des sectes évangélistes. Pour certains, comme le cardinal guinéen Robert Sarah, la jeune Église africaine incarne l'espoir d'une régénérescence de l'Église dans le monde. D'autres sont plus circonspects, relevant que le christianisme apporté par les missionnaires est jeune - un siècle et demi - et que la culture chrétienne est fragile. Pour le père Angelo Romano, expert de la communauté Sant'Egidio, lumières et ombres coexistent : "L'Église africaine est missionnaire, plaide pour la paix, défend la cohabitation avec les autres religions et est toujours favorable à la démocratie." Mais, analyse-t-il, son personnel laïque est "encore trop fragile" et son clergé "souffre de difficultés à comprendre les changements que la société africaine est en train de vivre". Deux réalités présentent pour elle des défis particuliers : l'apparition de mouvements djihadistes et de mosquées radicales financées notamment par les monarchies du Golfe et la création d'Églises évangélistes ou pentecôtistes, vers lesquelles affluent les catholiques. Au Kenya, en Ouganda et en Centrafrique, le pape François trouvera des communautés chrétiennes sur la défensive face au djihadisme. La menace des shebabs somaliens (notamment après le massacre au Kenya de 150 étudiants à l'université de Garissa en avril 2014), la peur de Boko Haram et d'autres groupes mettent les chrétiens sur la défensive.

Le pape devait lancer des appels forts à maintenir la coexistence pacifique et l'esprit de tolérance traditionnel entre chrétiens et musulmans. De multiples Églises pentecôtistes et évangélistes - plus festives, plus conservatrices et promettant aussi des miracles aux gens en difficulté - apparaissent dans les quartiers. Des centaines de milliers de catholiques les rejoignent. "Elles sont le fruit de l'échec de l'inculturation des Églises établies, qu'elles soient catholiques, protestantes, anglicanes", explique à l'AFP le père Giulio Albanese, expert de l'Afrique, à Radio Vatican. Les liturgies catholiques sont restées trop romaines, les célébrations trop solennelles, déconnectées de la culture africaine. À son crédit, l'Église catholique joue dans de nombreux pays un rôle politique de contre-pouvoir, face à des pouvoirs forts comme en RD Congo. De nombreux évêques et cardinaux, comme l'archevêque de Bangui Dieudonné Nzapalainga, œuvrent courageusement à la paix civile, au risque de leur vie. Le pape François devrait encourager ces "pasteurs" proches des gens. Il a créé plusieurs cardinaux depuis son élection en 2013. À Nairobi dans le bidonville de Kangemi, à Kampala au centre caritatif de Nalukolongo ou à Bangui auprès des déplacés réfugiés dans une paroisse, le pape devrait encourager l'engagement des catholiques dans les "périphéries" contre la pauvreté, l'exclusion et les trafics.

L'Église catholique africaine campe sur des positions très intransigeantes en matière de mœurs. Ainsi, en octobre, au dernier synode sur la famille au Vatican, les évêques africains ont fustigé l'Occident "décadent" et "le colonialisme" idéologique, dénonçant le conditionnement par les pays occidentaux de leurs aides à l'adoption de législations favorables à la contraception, l'avortement, l'homosexualité. Les Africains se sont présentés comme de grands défenseurs de la morale sexuelle et familiale catholique, alors même qu'une partie des prêtres et certains évêques ont des liaisons avec des femmes, selon des sources au Vatican. "Ils sont plus romains que le pape, mais leur clergé est le plus prolifique. Ils ont de nombreux enfants de plusieurs femmes", a ainsi fustigé une source du Vatican sous le couvert de l'anonymat. D'autres fléaux devraient être dénoncés par le pape François. La "mondanité" et la "corruption" touchent une partie du haut clergé : limousines, vie de luxe, népotisme, affaire de mœurs, collusion avec une classe politique corrompue dans des pays comme le Kenya où l'élite accapare les richesses. Le Saint-Père prononcera en tout 19 discours et montrera l'exemple en écoutant de nombreux témoignages.

Ce voyage en Afrique permettra au pape François de visiter une Église africaine encore jeune pour lui demander de se centrer sur les périphéries, de refuser une vie mondaine, mais aussi d'être dialoguante dans un continent qui connaît aussi la menace djihadiste.

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Rédigé par paroissiens-progressistes

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Jean-Christian Hervé 23/11/2015 22:28

Bonsoir,
Un triste tableau que celui de cette Afrique défigurée par tant de maux, qu'ils soient les restes du colonialisme ou celui des idéologies galopantes dont l'intégrisme ou bien encore la corruption institutionnalisée. J'avoue que devant cette situation, je ne peux être qu'admiratif devant la démarche de François; aller au devant d'une telle situation pour porter la parole d'un Évangile, décantée de toute une "tradition" au mauvais sens du terme, sera difficile. On n'ose même pas espérer qu'il puisse, sans même parler d'aller plus loin, simplement demander aux églises africaines de respecter les termes actuels du Catéchisme concernant nos frères et sœurs homosexuels dont on sait que beaucoup risquent leur vie tous les jours avec la complicité d'un clergé ignorant le CEC en soutenant ouvertement des politiques homophobes, mais ne se privant pas par ailleurs, en matière de mœurs, de gravissimes dérapages... Puisse notre Pape, inspiré par l'Esprit, trouver des paroles qui seront entendues.
Cordialement.

paroissiens-progressistes 25/11/2015 18:13

Jean-Christian,

Puisse-t-il en être ainsi, car l'Afrique a besoin d'un discours apaisant, sans confrontation et enjeu politique.

Merci !