Ni deuil ni union : chauffés à blanc par leurs chefs, les élus LR vocifèrent

Publié le 18 Novembre 2015

Alain Auffray dans son article de Libération.fr du mercredi 18 novembre nous montre que bousculée par le tournant sécuritaire du pouvoir, la droite veut absolument décrédibiliser le gouvernement dans sa guerre conte le terrorisme.

Ce mercredi matin, certains députés de l’opposition ne sont peut-être pas très fiers du spectacle qu’ils ont donné la veille à l’Assemblée nationale, lors de la séance de questions au gouvernement. Quatre jours après les massacres du 13 novembre, alors que le pays est en «deuil national» et que le monde entier «prie pour Paris», de nombreux élus du groupe LR se sont déchaînés contre le gouvernement et la majorité de gauche, comme aux temps de la guérilla contre le mariage homo ou la réforme pénale.

Quand Manuel Valls entame sa réponse à une question sur la riposte du gouvernement contre les attaques du «terrorisme de guerre», il est aussitôt interrompu par un tonitruant «c’est trop tard» lancé, sur un ton triomphal, par le député «gaulliste» Charles de la Verpillière. Et quand Christiane Taubira s’approche du micro pour répondre à une autre question sur le même sujet, elle est huée avant d’avoir pu prononcer un seul mot. Ces habituels «hou ! hou !», souvent franchement agressifs, qui accompagnent la garde des Sceaux depuis le premier jour de sa prise de fonction.

Mardi soir en bureau politique, l’ex-Premier ministre François Fillon s’est désolé de cette séance «lamentable» et de la prestation de certains de ses collègues «irresponsables». Pour faire bonne mesure, il a ajouté que les «provocations» de Manuel Valls n’avaient, selon lui, pas arrangé les choses. Quelques députés LR ont tenu à dire leur consternation. «Cette séance n’a pas vraiment grandi notre assemblée #malaise», a écrit Franck Riester sur son compte Twitter. «Je m’enfonçais dans mon siège», confie ce député, précisant avoir partagé sa consternation et sa honte avec ses collègues Édouard Philippe et Thierry Solère.

On serait presque tenté d’accorder des circonstances atténuantes aux siffleurs potaches et aux brailleurs de ce mardi. Avec leurs vociférations, ne se sont-ils pas contentés de suivre l’exemple des dirigeants de leur famille politique ? Le matin même, sur toutes radios, on les avait chauffés à blanc. Brice Hortefeux, le très proche de Sarkozy, avait donné le ton sur Radio Classique en faisant une relation entre les attaques du 13 novembre et «la politique de désarmement pénal de Christiane Taubira». Soutien actif de Bruno Le Maire, le député La Verpillière n’a fait que crier dans l’hémicycle ce que son mentor affirmait quelques heures plus tôt au micro d’Europe 1, à savoir que François Hollande, par «manque de courage», aurait «perdu trois ans» dans le combat contre le terrorisme. Même son de cloche dans l’interview de Nicolas Sarkozy publiée par le Monde du jour, l’ancien chef de l’État jugeant que «trop de temps a été perdu» depuis les attentats de janvier.

Ce déchaînement de la droite est assez compréhensible. Elle veut à tout prix empêcher que le gouvernement puisse laisser croire qu’il serait capable de prendre des décisions difficiles, y compris dans le domaine de la sécurité. Si les électeurs devaient se laisser convaincre que la gauche est capable d’autorité, ce serait une catastrophe car, pour l’essentiel, le parti de Sarkozy, Wauquiez et Le Maire fonde sa critique sur l’incapacité congénitale des socialistes à faire preuve de volontarisme et de courage. Sarkozy se présente comme l’incarnation du leadership. Il est nécessaire pour lui que Hollande en soit notoirement démuni. Il veut pouvoir continuer à moquer, sur les estrades, la mollesse, le flou et l’indécision chronique de son adversaire

À quinze jours des régionales et à dix-sept mois de la présidentielle, un léger vent de panique soufflait mardi sur les bancs de l’opposition. C’est pourquoi les stratèges de LR ont jugé bon de confier à certains de ses candidats aux présidences de région (Valérie Pécresse, Christian Estrosi et Laurent Wauquiez) le soin d’interpeller le gouvernement sur les conséquences des attaques terroristes. Il fallait à tout prix repartir en campagne. Ce fut édifiant.

Oui édifiant de voir des députés LR comme Philippe Meunier, demander de rendre "plus restrictives" les conditions d'obtention de la nationalité française, ce qui est un odieux amalgame, ou comme Laurent Wauquiez, qui propose un "centre d'internement" pour les personnes fichées pour terrorisme, ce qui équivaudrait à emprisonner des personnes sous de simples soupçons non recoupés.

Sont-ils encore républicains ? Pensent-ils au drame vécu par ces attentats ? Non, ces députés ne pensent qu'à une chose aux élections régionales et ne se sont pas montré à la hauteur des événements. À force de vouloir décrédibiliser le gouvernement, attention à ne plus être crédible soi-même. S'étonne-t-on encore que les gens ne veulent plus voter après cet odieux spectacle.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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