Funérailles à Beyrouth de Mgr Grégoire Haddad, "l’Abbé Pierre de l’Orient"

Publié le 28 Décembre 2015

Funérailles à Beyrouth de Mgr Grégoire Haddad, "l’Abbé Pierre de l’Orient"

cath.ch nous montre que l’archevêque grec catholique melkite Grégoire Haddad, “l’évêque rouge” libanais décédé dans la nuit du 23 au 24 décembre à l’âge de 91 ans, a été enterré dimanche 27 décembre 2015 lors d’une cérémonie à la cathédrale du Prophète Saint-Elie, place de l’Étoile, à Beyrouth.

Des dizaines de citoyens et proches du père Grégoire Haddad ont organisé une marche dimanche à Beyrouth pour les funérailles de “l’évêque des pauvres”. Partie du siège du Mouvement Social Libanais, fondé par Mgr Haddad, la marche s’est achevée à la cathédrale des grecs catholiques, dans le centre-ville de la capitale.

Les obsèques se sont tenues en présence du patriarche melkite Grégoire Lahham, du ministre du Tourisme Michel Pharaon, représentant le Premier ministre Tammam Salam, du député Michel Moussa, représentant Nabih Berry, chef du législatif, du député Elie Aoun, représentant Walid Joumblatt, leader du Parti socialiste progressiste (PSP) et de Mme Rabab Sadr, sœur de l’imam Moussa Sadr, et de nombreuses personnalités et cadres de la société civile.

Surnommé “l’Abbé Pierre de l’Orient” pour son action sociale engagée, mais aussi “l’évêque rouge” par les grands notables de sa communauté, il suscitera également l’hostilité d’une partie du clergé et de la hiérarchie grecque-catholique qui le dénoncera à Rome. Victime de campagnes de dénigrement, Mgr Grégoire Haddad sera finalement évincé, par le synode melkite, du diocèse de Beyrouth et de Jbeil (Byblos), dont il fut l’évêque de 1968 à 1975, alors même que Rome jugera que ses positions ne portaient nullement atteinte à la foi catholique.

“Mgr Grégoire Haddad était, à n’en point douter, l’une des personnalités religieuses les plus controversées de l’histoire contemporaine du Liban”, note ainsi le quotidien libanais francophone “L’Orient-Le Jour”. S’engageant très vite dans l’action sociale, il fonda, à la fin des années 1950, le Mouvement Social Libanais, qui a pour objectif de faciliter l’accès des plus pauvres à l’autonomie et à la citoyenneté et qui poursuit son action jusqu’à aujourd’hui.

Auteur de dizaines d’ouvrages sur la vie politique et sociale, cet évêque hors normes sera un penseur influent tant dans la communauté chrétienne que musulmane du monde arabe. Il était réputé pour son style de vie simple et modeste, rejetant l’apparat des évêques orientaux, se déplaçant en taxi collectif et travaillant à la réforme de son diocèse dans la ligne du Concile. Nommé évêque auxiliaire de Beyrouth des melkites en 1965, il participe à ce titre à la quatrième session du Concile Vatican II. Il est l’un des signataires du “Pacte des catacombes”, quand, vers la fin du Concile, un groupe d’évêques, en majorité latino-américains, s’engagent à une vie pauvre et simple.

Cette sensibilité à l’égard des couches les plus défavorisées de la population – il connaissait l’œuvre de l’Abbé Pierre, dont il était l’ami – puise sa source, note “L’Orient-Le Jour”, dans son origine sociale modeste : Mgr Grégoire Haddad, de son vrai nom Nakhlé, est né en 1924 dans un petit village du caza d’Aley, Souk el-Gharb, où son père, d’origine protestante, était enseignant dans une école privée de la région.

Militant pour le mariage civil et la laïcité dans un pays régi par le système du confessionnalisme, ainsi que pour la participation des laïcs dans la vie de l’Église, il s’engagera aussi pour le dialogue interreligieux. Il était ainsi l’ami de l’imam chiite Moussa Sadr, fondateur du “Mouvement des déshérités” en 1974, et du mouvement chiite “Amal” en 1975. Moussa Sadr disparaîtra mystérieusement lors d’un voyage officiel en Libye en 1978.

Grégoire Haddad vivait depuis quelques années dans une maison médicalisée de Beyrouth. La personnalité de cet “évêque des pauvres”, qui reste l’un des grands hommes du Liban, continue de rayonner. Son message est simple: c’est celui de la citoyenneté, contre le sectarisme.

“Si les Libanais veulent éviter de nouvelles guerres, ils ne doivent plus vivre repliés sur leurs communautés”, lançait-il encore au soir de sa vie. Concernant son Église, sa pensée se résumait dans cette formule : “dans la religion chrétienne, il n’y a que deux absolus, le Christ et l’Homme. Et toute attitude doit être jugée en fonction de ces deux critères”.

L’archevêque grec catholique melkite Grégoire Haddad nous quitte mais laisse un bel héritage celui du combat pour les pauvres qui lui valut de nombreuses inimitiés, mais aussi contre le sectarisme pour que les communautés évitent les guerres et l'invitation au dialogue interreligieux qui apporte plus que les conflits. Un bon exemple pour tous les catholiques qui se perdent actuellement dans des choix qui n'épousent plus le message du Christ.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités de l'Eglise

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