Australie/pédophilie : le cardinal Pell savait ou aurait dû savoir

Publié le 2 Mars 2016

La dépêche de l'AFP du mardi 1er mars 2016 nous montre que le cardinal australien George Pell savait ou aurait dû savoir les crimes pédophiles commis par des religieux dans son pays, ont affirmé mardi à l'AFP des victimes venues à Rome assister à sa déposition, par vidéoconférence, devant la Commission royale australienne.

Invoquant des problèmes cardiaques, le cardinal âgé de 74 ans, ancien archevêque de Melbourne et désormais ministre de l'Economie du Vatican, témoigne par vidéoconférence depuis dimanche et jusqu'à mercredi depuis un hôtel de Rome. Grâce à une souscription, une vingtaine de victimes et de proches sont venus l'écouter.

Stephen Woods, violé comme deux de ses frères par des religieux de son école de Ballarat, ville d'origine de Mgr Pell près de Melbourne, reste amer. "Il est très triste de constater que le cardinal Pell ne veut pas faire honte à son Église et prendre d'abord en compte les victimes. Le fait qu'il dépense des sommes obscènes pour des avocats dit très clairement qu'il cherche toujours à protéger sa personne et l'Église", estime-t-il. "Jusqu'à quel point était-il impliqué ? Je ne le sais pas. Mais nous savons qu'il avait accès aux informations, qu'il était lié de près à l'école. Il aurait dû savoir, il aurait dû poser des questions", ajoute-t-il, tout en reconnaissant qu'à l'époque, le futur cardinal n'avait pas un grand pouvoir.

Stephen raconte ses problèmes de santé, sa dépression chronique. Un de ses frères a sombré dans la folie avant de mourir. L'autre, dit-il, a passé une partie de sa vie en prison. "J'ai d'autres frères qui ont très bien réussi. Ceux qui ont subi des abus ont eu des vies catastrophiques", résume Stephen, tandis que sa mère a subi le rejet quand il a évoqué publiquement son calvaire il y a 20 ans. "Les évêques contrôlent les paroisses et l'argent. Ce sont les évêques qui contrôlent les avocats. Ils ont dépensé plus d'argent pour leurs avocats que pour aucune victime", dénonce-t-il en accusant l'institution d'avoir cherché à étouffer l'affaire à coups de dollars. À ses yeux, les évêques ont manifesté un aveuglement criminel et ont cherché à protéger les biens de l'Église plutôt que les enfants.

Anthony et Chrissie Foster sont eux aussi venus à Rome pour réclamer toute la vérité au cardinal : deux de leurs trois filles ont été violées par un prêtre de l'école. L'une d'elles s'est suicidée, l'autre est désormais hospitalisée à vie. "J'avais vu le cardinal Pell il y a deux ans, il avait promis qu'il aiderait à changer le système. J'attendais qu'il mette ses paroles en pratique et il ne l'a pas fait", reproche Anthony. Selon lui, l'audition en cours permettra d'apporter de solides preuves qu'il a couvert le scandale. "Il ne cesse de dire qu'il ne savait pas. Mais certains éléments nouveaux vont finir par convaincre chacun qu'il savait et qu'il n'a pas agi quand il aurait dû le faire."

"Au Vatican, nous avons vu beaucoup de mots mais peu d'action", estime-t-il, interrogé sur la tolérance zéro prônée par le pape François. "Comment les directives (de Rome) peuvent-elles être effectives en Australie, puisque l'Église catholique consiste en 45 diocèses et 195 différents ordres religieux, sans responsable central à l'exception du pape, qui ne peut les gérer. Il n'y a personne derrière leur dos", insiste-t-il.

Devant la commission, Mgr Pell a reconnu que l'Église avait failli, tout en assurant qu'il s'agissait de fautes individuelles plutôt que d'une responsabilité de l'institution. Plus choquant encore est le dédain de l'ecclésiastique envers les victimes comme le montre LeMatin.ch en prétendant qu'il ne savait pas et en mettant un mot final le démontrant amplement : "C'est une histoire triste qui n'avait pas grand intérêt pour moi". L'ancien évêque de Ballarat, Ronald Mulkearns, a reconnu qu'il était au courant d'accusations portées contre Ridsdale et l'avoir déplacé de paroisse en paroisse mais le cardinal Pell a toujours dit n'en avoir rien su, en dépit de son rôle de conseiller auprès de l'évêque à partir de 1977. Un peu gros. D'ailleurs comme le montre journalmetro.com, les crimes de Ridsdale n’avaient rien de "secrets" et qu’ils étaient même bien connus au sein des communautés où travaillait Mgr Pell. La police avait même informé l’Église de ses soupçons.

Pour conclure cath.ch nous montre dans son article du mercredi 2 février 2016 que le film “Spotlight”, sur le scandale des abus sexuels dans le diocèse de Boston aux États-Unis, continue de susciter des réactions et commentaires de personnalités d’Église. Une des dernières en date est celle de Mgr Alain de Raemy, évêque des médias au sein de la Conférence des évêques suisses. “Il faut regarder la réalité en face”, estime-t-il dans un billet publié sur le site du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Son témoignage est plus engageant et une vibrante critique de l'institution qui n'a pas protégé les victimes, que ce que nous montre en ce moment le sommet de l'Église :

"Si vous n’avez pas vu ce film, Oscar 2016 du meilleur film et du meilleur réalisateur, alors que vous vous dites catholique, vous devez y aller ! Car vous serez éprouvé, littéralement mis à l’épreuve, dans votre foi, pour votre foi.

C’est une histoire vraie, terriblement vraie. Et vous rendrez grâce à Dieu, au prix de votre honte, pour l’œuvre de vérité d’un journalisme acharné, œuvre de journalistes si vrais qu’ils vont payer, eux, de leur foi personnelle, leur conscience professionnelle. Une foi perdue, non pas par la faute du monde, mais par la faute de l’Église, de 250 prêtres abuseurs et d’au moins un évêque "protecteur". Et cela à Boston, "la très catholique", il y a à peine 15 ans. Comme ailleurs, comme chez nous.

Un des journalistes qui mène l’enquête, qui entend les victimes et "leurs prêtres", finit par confier à sa collègue : J’avais la foi enfant. Je m’en suis éloigné adulte. Je pensais la retrouver en vieillissant…, mais maintenant je l’ai perdue, définitivement. Et à sa collègue, elle qui accompagnait encore chaque dimanche sa grand-mère à l’église, de répondre : oui, en moi aussi, quelque chose est cassé, anéanti, fini.

C’est alors sans joie aucune, mais avec la bonne conscience du devoir évangéliquement accompli, que leur enquête triomphera d’une omerta institutionnelle qui protégeait tout et tous, à une seule exception près : les victimes. Jamais l’hypocrisie pharisienne n’aura été aussi évidente, après Jésus, et chez les siens.

Que penser, que dire, que faire ? D’abord regarder la réalité en face. Pleurer avec les victimes. Parler avec ceux qui parlent. Dénoncer. Corriger. En toute vérité. Et se confronter encore et encore à l’évangile. Et pas seulement en matière sexuelle. Car toute déviance est une honte. Et en blesse plus d’une et plus d’un. Restons donc en carême. En vrai carême. En carême de conversion.

Pour que l’évangile ne soit pas vécu seulement par les autres…

Que Pâques nous soit Résurrection !"

Espérons qu'elle le soit pour un grand nettoyage et pour une démission du cardinal Pell.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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