Pédophilie et Vatican : la tolérance zéro à géométrie variable

Publié le 18 Mars 2016

LePoint.fr nous montre dans son article du jeudi 17 mars 2016 que le soutien apporté par le Vatican au cardinal Barbarin reflète une prudence qui tranche avec la détermination affichée par le pape au début de son pontificat.

«La justice française a ouvert une enquête dont il est opportun d'attendre le résultat (…) on doit manifester estime et respect envers le cardinal Barbarin.» Porte-parole du Vatican, le père Lombardi a réitéré mardi son soutien au primat des Gaules, accusé de ne pas avoir dénoncé les abus sexuels d'un prêtre sur des enfants. Une prudence qui tranche avec la détermination affichée par le pape François au début de son pontificat.

Quatre mois après son élection, Jorge Bergoglio avait en effet introduit dans le droit canon le délit d'abus sexuels contre les mineurs. Ainsi, le nonce apostolique à Saint-Domingue Josef Wesolowski, sur lequel pesait des soupçons de pédophilie, fût arrêté au sein du Vatican et il aurait été soumis à un procès pénal s'il n'était pas décédé entre-temps. Une première pour un membre du corps diplomatique du Saint-Siège.

Le pape François n'entendait pourtant pas s'en tenir à un cas particulier, fût-il aussi éclatant. Toujours en 2014, il crée une commission pontificale chargée d'élaborer des règles pour la protection des mineurs. Il en confie la direction au cardinal Sean Patrick O'Malley, devenu célèbre pour sa lutte contre la pédophilie dans le diocèse de Boston d'où son prédécesseur Bernard Law avait dû démissionner à la suite des révélations du Boston Globe, comme le montre le film Spotlight. Deux victimes de prêtres pédophiles font également partie de cette commission.

Enfin, le pape argentin a créé un tribunal spécial, dépendant du ministère de la Congrégation de la foi, l'ancien «Saint-Office», destiné à juger des abus de pouvoir commis par les évêques qui n'ont pas dénoncé les prêtres pédophiles.

Mais cet arsenal législatif s'est rapidement confronté aux résistances de l'appareil. La première bataille s'est jouée sur le nombre des membres de la commission. De 8 membres, elle a été élargie à 17 «pour mieux refléter l'Église universelle». Une manœuvre pour diluer la détermination du noyau dur. De la composition de la commission à son rôle. Deux courants se sont affrontés. Les premiers voulaient poursuivre les prêtres pédophiles et faire toute la lumière sur les abus commis et couvert dans le passé. Les seconds se limitaient à un travail de prévention, sans déranger les squelettes qui dorment dans les armoires de l'Église. Ces derniers obtinrent gain de cause et Peter Saunders, l'une des deux victimes de prêtre pédophile qui faisaient partie de la commission, est parti en claquant la porte.

Il ne fut pas le seul. Le cardinal australien George Pell fût suspendu «pour prendre une période de repos afin de réfléchir sur la meilleure façon de contribuer au travail de la commission». Formule curieuse pour un prélat cardinal-préfet du secrétariat pour l'économie, l'équivalent du ministère de l'Économie du Vatican, accusé d'avoir protégé un prêtre pédophile à Sydney.

Derrière ces manœuvres, la question fondamentale qui divise l'Église est l'obligation pour les évêques de dénoncer les prêtres pédophiles aux autorités civiles. Si pour le cardinal O'Malley, c'est «une obligation morale», la grande majorité des conférences épiscopales refusent de collaborer avec la justice civile en arguant que les évêques ne sont pas des officiers publics. Mieux vaut laver le linge sale en famille.

Quels sont les pouvoirs de pape François pour imposer la «tolérance zéro» qu'il a maintes fois invoquée ? Le récent synode sur la famille a démontré que le pape est minoritaire et qu'il a face à lui une curie qui ne craint plus de se comporter comme une véritable opposition politique. Le souverain pontife doit composer.

Reste qu'un épisode a troublé les défenseurs des enfants victimes d'abus de prêtres qui voyaient en Jorge Bergoglio leur allié. Alors qu'il avait rencontré à plusieurs reprises des victimes de prêtres pédophiles, pape François n'a pas reçu les victimes de père Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ et coupable d'innombrables abus, qui lui avaient demandé audience lors de son voyage au Mexique. Les turpitudes du père Maciel avaient été dénoncées au Vatican. Le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation de la foi, était décidé à agir. Mais c'est du secrétariat personnel de Jean-Paul II qu'était arrivé l'ordre de ne pas intervenir contre le leader des Légionnaires du Christ. le pape François n'a pas voulu rouvrir cette page noire du pontificat de Karol Wojtyla. Au risque de faire un grave accroc à la tolérance zéro.

Pas de géométrie variable avec de tels crimes, pas de prescriptions et pas de pardon non plus, il faut sévir et condamner les prêtres pédophiles pour leurs crimes et ceux qui les ont protégés pour non assistance à personne en danger. Le pape doit montrer sa volonté en acte et s'il le faut il doit contourner la curie qui désire que rien ne change.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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Commenter cet article

Françoise 19/03/2016 22:53

Précision, Taï: Peter Saunders n'est pas parti. Il a été éjecté de la commission pour avoir dénoncé Pell et exigé qu'il démissionne. Voilà ce qui s'est passé.

paroissiens-progressistes 20/03/2016 20:57

Françoise,

Je le sais, je l'avais déjà dit dans un précédent article. Mais je ne l'avais pas précisé. Merci de la précision.