Pour le pape François, une démission du cardinal Barbarin serait un "contresens"

Publié le 16 Mai 2016

L’OBS nous montre dans son article du lundi 16 mai 2016 Qu'une démission du cardinal Philippe Barbarin serait "un contresens", estime le pape François dans un entretien au quotidien "La Croix" à paraître mardi : "Ce serait un contresens, une imprudence". "On verra après la conclusion du procès. Mais maintenant, ce serait se dire coupable". "D'après les éléments dont je dispose, je crois qu'à Lyon, le cardinal Barbarin a pris les mesures qui s'imposaient, qu'il a bien pris les choses en main. C'est un courageux, un créatif, un missionnaire. Nous devons maintenant attendre la suite de la procédure devant la justice civile", déclare le souverain pontife.

Le cardinal Barbarin, l'une des personnalités les plus influentes de la hiérarchie catholique française, est ciblé par deux enquêtes pour "non dénonciation" d'agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991. L'association La parole Libérée reproche à Mgr Barbarin de ne pas avoir dénoncé ses actes à la justice, alors qu'il en était informé depuis 2007.

Concernant la pédophilie, le pape François a souligné qu'"il n'est pas facile de juger des faits après des décennies, dans un autre contexte" : "la réalité n'est pas toujours claire". "Mais pour l'Église, en ce domaine, il ne peut y avoir de prescription. Par ces abus, un prêtre qui a vocation de conduire vers Dieu un enfant le détruit. Il dissémine le mal, le ressentiment, la douleur."

Le pape François donne un mauvais signe aux victimes du père Preynat en laissant en place Mgr Barbarin qui a menti en disant n’être au courant qu’en 2014, puis se raviser en disant 2007. Le père Preynat a eu un incident avec une petite fille en 2003 au moment où Mgr Barbarin est archevêque, puis il a été transféré à deux reprises en 2007 et 2011 pour voir été reconnu par ses victimes, puis a été promu en 2013 prêtre doyen par Mgr Barbarin. Il ne sera écarté des enfants qu’en 2015. C’est beaucoup. On essaye de sauver le soldat Barbarin au dépend des victimes.

Ensuite sur francetvinfo.fr dans son entretien à La Croix, le chef de l'Église revient également sur l'accueil fait aux migrants, l'un de ses sujets de prédilection. Il effectue notamment un lien avec les attentats qui ont frappé la Belgique en mars : "Le pire accueil est de les ghettoïser alors qu’il faut au contraire les intégrer. À Bruxelles, les terroristes étaient des Belges, enfants de migrants, mais ils venaient d’un ghetto."

Il revient ensuite sur l'actualité du Royaume-Uni avec l'élection à la mairie de Londres de Sadiq Khan, un fils de Pakistanais musulman : "À Londres, le nouveau maire a prêté serment dans une cathédrale et sera sans doute reçu par la reine. Cela montre pour l’Europe l’importance de retrouver sa capacité d’intégrer."

"Je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui une peur de l’islam, en tant que tel, mais de Daech et de sa guerre de conquête, tirée en partie de l’islam", déclare également le pape François. Il rappelle la possibilité d'une coexistence pacifique : "Sur le fond, la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible. Je viens d’un pays où ils cohabitent en bonne familiarité."

Le pape François, qui estime qu'un État "doit être laïque", explique qu'une "solide loi garantissant la liberté religieuse offre un cadre pour aller de l’avant". Pour lui, "si une femme musulmane veut porter le voile, elle doit pouvoir le faire". "On doit pouvoir professer sa foi non pas à côté mais au sein de la culture. La petite critique que j’adresserais à la France à cet égard est d’exagérer la laïcité. Cela provient d’une manière de considérer les religions comme une sous-culture et non comme une culture à part entière."

Le pape a une vision trop restrictive de la laïcité française. La laïcité est avant tout un principe juridique de neutralité, qui s’impose à l’État et à ses représentants. Ce principe garantit à chacun le droit de croire ou de ne pas croire, ainsi que le droit d’exercer son culte dans des conditions dignes et paisibles. La laïcité n'est pas négociable car elle nous permet de vivre ensemble, et c'est aussi une garantie contre les intolérances qui viendraient de l'intérieur et contre les influences qui viendraient de l'extérieur.

Interrogé sur un éventuel voyage en France, souvent évoqué mais toujours reporté, le pape explique à La Croix avoir reçu "il y a peu" une invitation en ce sens de la part de François Hollande. "Je ne sais pas quand aura lieu ce voyage car l’année prochaine est électorale en France et, en général, la pratique du Saint-Siège est de ne pas accomplir un tel déplacement en cette période", précise-t-il poliment. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir déjà une petite idée en tête sur l'itinéraire à suivre lorsque les circonstances seront bonnes : parmi les "hypothèses" sur la table, le pape François évoque "un passage à Paris et dans sa banlieue, à Lourdes et par une ville où aucun pape ne s’est rendu, Marseille par exemple, qui représente une porte ouverte sur le monde".

Malheureusement le pape François ne veut pas que Mgr Barbarin démissionne mais les victimes des prêtres pédophiles n’ont plus confiance en lui, ce sera difficile d’être encore crédible quand on parle de «tolérance zéro», tout en montrant son incompréhension de la laïcité française et en délivrant un message d’ouverture pour les migrants et les musulmans sans oublier de passer un petit message pour la France.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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Françoise 18/05/2016 13:02

Je ne suis pas allée voir l'association dont vous parlez et je n'ai pas lu non plus la critique de Caroline Fourest. Pour le moment, je suis plus régulièrement lectrice de ce qui se passe autour de la pédophilie dans notre Eglise catholique romaine avec l'affaire Preynat, Spina, Borges, etc.
Et il est question de cette affaire dans l'article ci-dessus posé par Taï.

Je livre ici la réponse de la Parole Libérée:

Communiqué
en réponse à l’interview du Pape François par le journal La Croix du 17 mai 2016:

« Il est certain que pour les victimes de prêtres pédocriminels, il y aura un avant et un après ce 17 mai 2016.
Un avant et un après cette interview de sa Sainteté le pape François par le quotidien La Croix.
Ce serait un euphémisme que de qualifier cette première réaction officielle du Pape de décevante.
Elle génère déception, désillusion et incompréhension et semble très peu en rapport avec les attentes des quelques 70 victimes du père Preynat mais aussi des Gérentet de Saluneaux, Despéron et cie…
La colère aussi est présente, même si elle est contenue, car nous n’entendons pas perdre ce qui, avec la détermination, est une des forces de notre action à savoir la dignité.
Selon l’AFP, si le diocèse de Lyon ne s’est pas encore exprimé « Une source proche du cardinal a [souligné] que c'était "une parole de confiance entre deux hommes qui se connaissent et qui s'estiment" ».
Mais cette estime que semble donc porter le Pape au Cardinal Barbarin ne peut pas entièrement expliquer le grand écart entre la tolérance zéro affichée voire répétée à l’envie, et l’appréciation visiblement positive de la conduite du dossier Preynat par le Primat des Gaules.
Dans l’article de La Croix, le Pape souligne en effet que « Comme avait dit Benoît XVI, la tolérance doit être de zéro. D’après les éléments dont je dispose, je crois qu’à Lyon, le cardinal Barbarin a pris les mesures qui s’imposaient, qu’il a bien pris les choses en main. C’est un courageux [...] »
Certes, il le dit lui-même : il réagit en fonction des éléments dont il dispose et sans nul doute, et ainsi que François Devaux a déjà pu le souligner, "Il lui manque pas mal d'éléments pour se faire une idée claire de la situation. Je pense que le pape n'a pas tous les tenants et les aboutissants pour considérer que le cardinal Barbarin doit rester en place" (Lyon Première, à paraître). Nous voulons encore croire en une mauvaise transmission des informations
Se contenter de pérenniser la décision de ses successeurs de déplacer le Père Preynat – sans oublier au passage de l’élever au rang de Doyen - , se contenter de croire dans les dires de ce dernier lorsqu’il jure ses grands dieux qu’il a « été ébouillanté » par ses actes passés – sans visiblement jeter un œil au dossier de l’intéressé dont on sait qu’il se battait contre ce que ses frères en Christ ont du appeler des démons intérieurs similaire depuis le séminaire –, refuser pendant des semaines de communiquer et envoyer au front une fidèle, mais simple, laïque, voilà ce qui constituerait donc du courage ?
A LPL, nous n’avons pas la mémoire courte et nous nous souvenons du coup de colère de l’Evêque de Rome dans l’avion qui le ramenait du Mexique : « «un évêque qui se limite à changer de paroisse un prêtre pédophile est un inconscient. La meilleure chose qui lui reste à faire, c’est de présenter sa démission» (Radio Vatican du 18 février 2016).
Certes, nous avons entendu, comme vous tous, que cette remarque ne s’adressait pas au cardinal Barbarin. Mais nous voulions croire qu’au Vatican, encore moins qu’ailleurs, il n’existait pas « deux poids deux mesures ».
Il semble bien qu’il n’en soit rien, puisque la démission du cardinal Barbarin apparait aujourd’hui au Pape comme « un contresens » voire « une imprudence »…
Et d’en appeler à la justice des Hommes.
Et c’est sans doute là que nous ne comprenons plus du tout le Pape.
Le Cardinal Barbarin a-t-il aux yeux de ce dernier tellement de valeur qu’il ne puisse accepter qu’il démissionne pour ne pas avoir pris, de manière pleine et entière, la mesure du dossier Preynat, voire pour avoir commis "des erreurs dans la gestion et la nomination de certains prêtres", comme indiqué (avoué ?) devant la centaine de prêtres réunis à huis clos le 25 avril dernier ?
De la valeur, le Primat des Gaules en a visiblement beaucoup plus que les victimes dont il n’est absolument pas fait cas dans l’interview du Pape François : elles restent des enfants, détruits certes, mais des enfants. Comme si le fait de les confiner dans ce rôle était un moyen de les contraindre aussi au silence.
Quant à la référence faite à la justice civile, elle nous paraît des plus incongrues. Le Pape François semble confondre justice et morale, ou abandonner, de manière pleine et entière, la défense de la morale à la justice des Hommes. Mais à quoi peut donc bien servir notre Église si ce n’est à défendre des positions morales ? D’ailleurs, le Pontife ne se prive pas de le faire lorsqu’il s’agit d’avortement («l’avortement n’est pas un moindre mal, c’est un crime, un mal absolu», Radio Vatican du 18 février 2016), du mariage entre individus du même sexe (« Une fois que la loi est votée, l’État doit respecter les consciences. Dans chaque structure juridique, l’objection de conscience doit être présente car c’est un droit humain. Y compris pour un fonctionnaire du gouvernement, qui est une personne humaine » - in interview de La Croix de ce jour) ou l’accueil des migrants (« Le pire accueil est de les ghettoïser alors qu’il faut au contraire les intégrer », ibid). Sur ces sujets-là, se positionner au-dessus des lois humaines est pour lui une évidence.
Mais, il s’en remet à la justice dans une affaire de pédophilie – sans doute l’une des plus vastes, si ce n’est la plus vaste de France. A-t-il plus confiance dans la capacité de la justice française à combattre ce fléau qu’en ses ministres de mettre en actes ce qui est écrit dans le Droit Canon depuis près de 20 ans ?
Enfin, en même temps que nous prenons acte des propos du Sa Sainteté le Pape, nous prenons également acte de ce qu’il n’a pas exprimé.
Pas de compassion pour les victimes de Preynat et des autres : elles n’ont ainsi pas eu droit au qualificatif de « courageuses ». A notre grand regret, le Pape se contente de corporatisme là où nous aurions aimé entendre « protection des enfants » et « reconstruction des victimes ».
Pas de réponse quant aux demandes d’audience des victimes et notamment de la part de la parole libérée.
Pas de message clair indiquant qu’il était conscient que l'Eglise se devait d’assumer de manière responsable ses erreurs et ses manquements du passé en matière de lutte contre la pédophilie afin de retrouver la confiance des fidèles et de l'opinion publique.
Oui, nous prenons acte que par ses réponses aux journalistes de La Croix, mais aussi par ses silences, le chef de l’Église Catholique et Romaine ne donne aucune assurance quant à sa volonté de mettre en œuvre de manière concrète la tolérance zéro à l’égard des prêtres pédocriminels.
Car la tolérance zéro ne doit pas rester un vœu pieu. Elle doit être accompagnée d’actes forts. Laisser un prêtre au long et lourd passé pédophile au contact d’enfants et sans garanties autres que sa simple parole est une faute. Et elle doit être sanctionnée.
Cela aurait dû être dit par la Très Saint Pèrede manière à rassurer des centaines de victimes, de milliers de fidèles aujourd’hui dans le doute.
Aux victimes, nous disons de ne pas se décourager…
De ne pas baisser les bras.
A celles qui n’ont pas encore osé parler, que ces paroles peu encourageantes du Pape ne les enferment pas d’avantage dans le silence.
Au contraire : qu’elles soient un ressort pour enfin parler !
Aujourd’hui, plus que jamais : libérez votre parole ! »

paroissiens-progressistes 18/05/2016 20:08

Françoise,

La Parole libérée a pleinement répondu à mes questions. Les victimes ont le courage de dire que le pape fait erreur. La parole libère, mais les actes aussi.

Merci !

M.W 18/05/2016 12:27

Paroissien-Progressiste

Vous dîtes "Le pape a une vision trop restrictive de la laïcité française." en attendant c'est en son nom que de plus en plus de communes veulent interdire les processions religieuses et même en Lorraine certains portent plaintes contre les défilés de la Saint-Nicolas au nom de la laïcité et on gain de cause. Et le pape François n'est pas le seul à avoir un tel discours : l'association coexister par exemple milite pour une laïcité ouverte proche des idées de Jean Baubérot ce qui gêne bien Caroline Fourest mais bon c'est une autre histoire diront nous, je me demande d'ailleurs ce que notre amie plus bas pense du mouvement coexister et de la critique qu'en a fait Caroline Fourest. Et si la laïcité n'est pas négociable pouvez-vous m'expliquer pourquoi le président de la République a reçu une délégation de l'Eglise protestante-unie dans l'Elysée, ce n'est pas une atteinte à la laïcité ça ?

Cordialement

paroissiens-progressistes 19/05/2016 13:26

M.W,

La loi de 1905 interdit de subventionner les cultes, le prosélytisme et d’élever des symboles religieux dans les lieux publics et la constitution dit aussi : «La France est une République laïque... Elle respecte toutes les croyances.» Depuis la loi de 1905, l'État connaît les religions et les cultes dans le cadre du droit associatif. L’État connaît toutes les religions, sans aucun privilège, ni aucune discrimination, sur un pied d'égalité. Afin de garantir la liberté religieuse et le libre exercice des cultes, l'État organise des «services publics d'aumônerie » dans « les lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons» (loi de 1905). Depuis 1923-24, le choix de l’évêque doit avoir l’accord de l’Etat. Un symbole de cette connaissance respectueuse des cultes par l'État laïque est la cérémonie annuelle des vœux des autorités religieuses au président de la République. C’est légal, le président ne va pas à l’encontre de la laïcité.

Pour les crèches et les processions, quelques laïcs militants vont aussi à l’encontre d’une décision légale, puisque la permission a été donnée par les conseils municipaux, d’ailleurs ces deux objets l’un religieux n’a pas pour but d’être prosélyte et tient plutôt du folklore, l’autre est un objet laïc qui est plutôt profane. Donc, ils n’ont rien de prosélyte.

La polémique de Caroline Fourest avec Coexister se tient sur ses liens avec des musulmans intégristes, ce qui fait sourire quand on voit Samuel Gribowsky, qui est un catho de gauche, mais la vrai raison est que Coexister a des liens avec l’observatoire de la laïcité que certains athées juge trop croulant, alors que l’association prône la neutralité de la laïcité. D’ailleurs depuis 2015, pour lutter contre l’intégrisme l’association propose le dialogue, l’éducation, les mouvements interreligieux avec pour moteur la laïcité.

Merci !

M.W 18/05/2016 23:07

Paroissien-Progressiste

Je n'ai pas dis que la laïcité servait à interdire les processions mais que certains l'instrumentalises dans ce sens nuance. Et si recevoir les délégués de l'Eglise protestante-Unie est en règle avec la laïcité alors pourquoi des gens ou des institutions comme Pena-Ruiz et les médias crient-ils à l'atteinte à la laïcité quand le président reçoit des évêques ou quand le Premier ministre va dîner avec des musulmans pour célébrer la fin du Ramadan ? Et que pensez-vous de la polémique au sujet de l'association coexister avec Caroline Fourest ?

Cordialement

Cordialement

paroissiens-progressistes 18/05/2016 20:16

M.W,

La laïcité ne sert pas à interdire les processions, mais le prosélytisme. Elles n'ont rien de prosélyte. Elle assure la liberté de croyance, mais évite ainsi la théocratie. La laïcité a aussi permis de mettre tous les cultes à égalité, mêmes laïcs, recevoir des délégations religieuses n'est en rien un entorse à la laïcité, puisqu'elles sont des actrices de la société à travers diverses associations qui sont permises. Ce qui est une atteinte à laïcité est comme je l'ai cité plus haut, le prosélytisme.

Merci !

Françoise 17/05/2016 22:08

qui a coulé sous le pont!

paroissiens-progressistes 18/05/2016 20:21

Françoise,

Mais l’eau qui passe sous les pont peut devenir une inondation et le Vatican aura sans doute de l'eau jusqu'au cou. Ils apprendront finalement qu'il fallait écouter au lieu de mépriser.

Merci !

Françoise 17/05/2016 22:08

C'est là que tu vois à quel point F1 est à côté de la plaque tant sur la laïcité que sur les problèmes.
Lui, il sait que Barbarin a sa soeur à l'OD, l'OD avec qui il s'entend bien et avec laquelle il joue comme ses prédécesseurs, allant même jusqu'à proposer une prélature à la FSSPX. Donc peu importe les victimes, il garde Barbarin.
Et ce qui m'effare, c'est qu'alors qu'il est en plein dans le cambouis et le scandale, il se croit en position de négocier et contester la laïcité française? Mais il se croit où? C'est plus les papes qui gouvernent avec les rois. C'est fini ce temps-là! Va falloir que F1 grandisse un peu...Depuis, y a de l'eau qui