Sainte-Rita : comment l'église des animaux est tombée aux mains de l'extrême droite

Publié le 4 Août 2016

Comme nous le montre Olivier Pérou dans son article dans LePoint.fr du mercredi 3 août 2016 promise à la destruction, l'église du 15e arrondissement de Paris était, depuis début 2014, occupée par des catholiques intégristes et des identitaires.

«Le timing est mauvais, très mauvais», soupire-t-on place Beauvau. Une semaine après l'attentat qui a frappé l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray près de Rouen, l'évacuation par les CRS de l'église Sainte-Rita du 15e arrondissement de Paris passe mal. Célèbre pour ses bénédictions annuelles d'animaux, l'édifice religieux est squatté depuis un an par un gloubi-boulga de mouvances d'extrême droite.

Un habitant du 15e raconte qu'on croisait devant Sainte-Rita «des animaux en tout genre, comme des chameaux». «Une fois, en faisant mon footing, j'ai vu des personnes déguisées comme des chevaliers», a dit l'un d'eux. Pour un voisin de l'édifice, «depuis un bon bout de temps, on n'y célébrait plus grand-chose». En réalité, une messe tous les dimanches dans l'après-midi. Et pour cause ! Le lieu de culte a été vendu il y a quatre ans par son propriétaire, l'Association des chapelles catholiques et apostoliques. L'acheteur ? La société Garibaldi, un promoteur immobilier qui compte bien construire des logements sociaux et un parking.

L'association cultuelle louait depuis 1988 à une communauté qui célébrait le culte gallican, un courant du catholicisme non reconnu par l'Église, censée quitter les lieux voués à la destruction. Mais, en janvier 2014, d'autres dissidents de l'Église investissent petit à petit les lieux, dont des catholiques intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X. Bien que les excommunications qui pesaient sur ses membres aient été levées par Benoît XVI en 2009, leurs prêtres ne sont toujours pas autorisés à célébrer des messes «de façon légitime», avait rappelé en 2012 la commission pontificale Ecclesia Dei (responsable du dialogue avec la Fraternité).

Guillaume de Tanoüarm est de ceux-là. Disciple de monseigneur Lefebvre – le fondateur de la fraternité Saint-Pie-X –, l'abbé catholique traditionaliste, qui a quitté la mouvance en 2005, se charge des offices depuis un peu moins d'un an. Comme le montrait une enquête approfondie de StreetPress, il a fait de Sainte-Rita une véritable ZAD, l'expression utilisée par les militants écologistes occupant illégalement des zones destinées à des projets d'aménagement. Aux côtés du curé, on trouve une multitude de soutiens rassemblant ex-mégrétistes, adeptes de l'idéologue Alain Soral, animateurs de Radio Courtoisie. Pionniers de l'occupation des lieux, les membres du Mouvement du 14 juillet, fondé par des conspirationnistes voulant renverser l'État (pauvre 14 juillet qui mérite mieux). Ces derniers ont fait de Sainte-Rita leur QG.

Plus étonnant, des élus de la droite parisienne ont également fait de la sauvegarde de l'édifice parisien leur cheval de bataille. À commencer par le député Les Républicains Frédéric Lefebvre. Contacté par LePoint.fr, il se dit «outré par l'évacuation décidée par le préfet de police» : «Il a commis une faute. Il a agi sans discernement. Évacuer une église une semaine après l'attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, c'est signe de la maltraitance des religions. Non seulement des catholiques, mais aussi des musulmans et des juifs !» Je ne vois pas en quoi, on a juste chassé des intégristes et des conspirationnistes qui occupaient illégalement les lieux.

Interrogé sur les cultes non reconnus par Rome célébrés à Sainte-Rita et sur ses occupants issus des mouvances d'extrême droite, Frédéric Lefebvre a botté en touche. «Je ne suis pas là pour soutenir tel ou tel occupant. Je veux défendre les paroissiens et le patrimoine culturel», a-t-il martelé, ajoutant que, «quels que soient les gens qui occupent l'édifice, ils sont les bienvenus car ils retardent la démolition». Quand on critique l’intégrisme islamiste et qu’on défend des intégristes catholiques, cela ressemble à de la mauvaise foi.

Comme le montre L’OBS le Front national, qui aime les raccourcis facile, s’est jeté facilement sur ce cas, en ne manquant pas de comparer le prétendu laxisme dont bénéficierait l'islam de France, au premier rang duquel les mosquées salafistes. Mais ce parti s’est bien gardé de dire que les lieux étaient occupés illégalement et que cela n’a rien à voir avec le salafisme.

Malgré ce qu'ont pu dire les défenseurs de l'église Sainte-Rita, dont Frédéric Lefebvre, «il n'y avait aucune messe en cours» lors de l'évacuation, assure une source policière. Mardi soir, la rumeur courait que l'évacuation allait se faire dans la journée de mercredi. Une trentaine de militants «de l'Action française notamment», selon cette même source, se sont donc réunis à la hâte «mardi soir ou dans la nuit de mardi à mercredi» pour se barricader et mettre en scène un ersatz de messe juste avant l'intervention des forces de l'ordre.

Pas de quoi faire une affaire d’État, puisque l'église Sainte-Rita était occupée illégalement par des militants intégristes non reconnus par le diocèse de Paris. L’église a été évacuée à la demande de l'association propriétaire des lieux, "L'Association des chapelles catholiques et apostoliques".

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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