Le pape François à Assise, «Seule la paix est sainte, pas la guerre»

Publié le 20 Septembre 2016

Le pape François à Assise, «Seule la paix est sainte, pas la guerre»

«Ne nous lassons pas de répéter que jamais le nom de Dieu ne peut justifier la violence. Seule la paix est sainte, pas la guerre !» En quelques mots, prononcés mardi 20 septembre 2016 sur le parvis de la basilique Saint-François, à Assise, le pape François a donné le ton de sa présence au milieu de responsables de toutes les religions comme nous le montre Nicolas Senèze avec Guillaume Goubert dans leur article pour la-Croix.com. Au milieu, mais pas tout à fait au centre : trente ans après le geste prophétique de Jean-Paul II, le pape argentin a voulu être «un parmi d’autres», et se couler dans cette liturgie interreligieuse portée par la Communauté de Sant’Egidio.

Ainsi, au cours de la prière avec les chrétiens, dans la basilique intérieure, c’est après le Dr Justin Welby, archevêque anglican de Cantorbéry, et le patriarche orthodoxe Bartholomeos de Constantinople, que le pape a donné sa méditation. Et c’est avec eux, mais aussi avec son ami, le rabbin argentin Abraham Skorka, et avec le vice-président de l’Université Al-Azhar du Caire, Abbas Shuman, que le pape a ensuite rejoint le parvis où les attendaient les représentants de toutes les religions pour la cérémonie conclusive.

Une cérémonie dont on retiendra le témoignage de la jeune réfugiée syrienne, Tamar Mikalli, évoquant la mosaïque de religions de son enfance. «Puis la guerre a éclaté… Je n’ai pas encore bien compris pourquoi», confie la jeune exilée, implorant «à vous tous hommes de religion, et à vous, Saint-Père, une prière pour la paix».

Mais si le pape François a voulu être un parmi d’autres, sa venue à Assise aura eu le mérite de convaincre quelques hésitants, conscients que mardi, un responsable religieux se devait d’être là, aux côtés du pape. «Même des cardinaux un peu réticents au départ à ce type de rencontre ont accompagné le pape, reconnaît un membre de la communauté. Le fait qu’ils soient là et que, finalement, ils découvrent ce dialogue, est important.»

La rencontre de Sant’Egidio s’est traduite par une multitude de forums où l’on pouvait voir un évêque pakistanais discuter avec un universitaire iranien, une prix Nobel américaine avec un intellectuel saoudien… Des discussions fortes, souvent engagées, qui n’ont pas éludé les questions qui fâchent. Ainsi ce témoignage d’Yvette, réfugiée centrafricaine en Italie, interpellant cardinaux et responsables musulmans sur la situation de son pays : «J’ai risqué ma vie pour fuir mon pays. Mais d’où venaient les armes des mercenaires ? Qui vend les armes de ceux qui massacrent les enfants d’Alep ?»

Signe de cette irruption constante du réel dans les rencontres : le déjeuner auquel participait le pape, mardi, dans le grand et magnifique réfectoire du couvent Saint-François, mélange inédit de mondanité et d’humanité où l’on pouvait voir, à quelques mètres de distance, le grand-duc de Luxembourg et une jeune réfugiée syrienne voilée avec sa petite fille. Devant les responsables chrétiens réunis dans la basilique inférieure pour une prière commune, puis devant tous les responsables religieux réunis ensuite sur la place, la pape François a, à deux reprises, exhorté à se faire les porte-parole des sans-voix. «Nous désirons prêter notre voix à tous ceux qui souffrent, à tous ceux qui sont sans voix et sans personne qui les écoute, a-t-il lancé. Eux savent bien, souvent mieux que les puissants, qu’il n’y a aucun avenir dans la guerre, et que la violence des armes détruit la joie de la vie.»

Surtout, le pape a insisté mardi soir pour que les différentes religions trouvent ensemble, dans la prière, la force de résister à la violence. «Nous n’avons pas prié aujourd’hui les uns contre les autres, comme c’est malheureusement arrivé parfois dans l’histoire, a-t-il relevé. Sans syncrétisme et sans relativisme, nous avons en revanche prié les uns à côté des autres, les uns pour les autres».

Citant ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI, il a condamné toute utilisation de la violence au nom de Dieu, mais aussi exhorté les religions à l’action, pour que «la prière et la volonté de collaborer engagent une vraie paix qui n’est pas illusoire». «Notre route consiste à nous immerger dans les situations et à donner la première place à celui qui souffre; d’assumer les conflits et de les guérir de l’intérieur; de parcourir avec cohérence les voies du bien, en repoussant les faux-fuyants du mal; d’entreprendre patiemment, avec l’aide de Dieu et de la bonne volonté, des processus de paix », a insisté le pape qui, quelques instants plus tôt, avait dénoncé «le paganisme de l’indifférence».

«Non à la guerre ! Que le cri de douleur de tant d’innocents ne reste pas inécouté. (…) Qu’augmente l’engagement concret pour éliminer les causes sous-jacentes aux conflits : les situations de pauvreté, d’injustice et d’inégalité, l’exploitation et le mépris de la vie humaine» : l’appel final de la rencontre, avec la ferme condamnation de toute violence au nom de Dieu, devait aussi traduire la volonté d’engagement et d’action des responsables religieux. Beaucoup ont aujourd’hui conscience qu’il ne suffit plus de condamner la violence au nom de Dieu, mais de s’engager concrètement.

Ainsi quand, dans une discussion sur le terrorisme, Anouar Kbibech n’hésite pas à interpeller ses coreligionnaires : «Au-delà du discours sur le fait que les religions ne sont pas violentes, que faisons-nous, comme musulmans, pour que l’islam ne soit plus sali par les terroristes ?» «Que faisons-nous pour les jeunes endoctrinés ? Que proposons-nous pour qu’ils grandissent avec des principes solides ?», interroge en écho Nadia Bouzekri, présidente des Jeunes musulmans d’Italie.

La manière dont les discussions des responsables musulmans s’animent ensuite dans les couloirs montre que, petit à petit, les réflexions s’affûtent. Pour l’instant encore sans résultat concret. En remettant à des enfants leur appel final, le pape et les responsables religieux ont bien conscience que les processus de paix qu’ils veulent entamer prendront du temps.

Le pape François a voulu prendre les rencontres d’Assise pour dire non à la guerre et relancer le dialogue interreligieux tout en souhaitant que l’on trouve des solutions aux problèmes qui font durer les conflits, mais cela ne sera possible que si l’appel est général de la part de tous les responsables religieux qui espérons le saurons écouter pour commencer un véritable engagement contre l’utilisation de la religion de façon politique.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

Repost 0
Commenter cet article