Les 400 témoignages de Lyon, «une petite partie visible des cas de pédophilies dans l’Église»

Publié le 30 Septembre 2016

Bernadette Sauvaget dans son article du vendredi 30 septembre 2016 pour Libération.fr nous montre que l’association La Parole Libérée, basée à Lyon, affirme avoir recueilli 400 témoignages de victimes d’actes de pédophilie. Si la plupart des faits relatés sont prescrits, empêchant de fait toute action judiciaire, cela témoigne d'une volonté inédite de briser le silence.

Le chiffre impressionne. Depuis à peine un an, l’association La Parole Libérée affirme, selon les informations de Franceinfo, avoir recueilli 400 témoignages de victimes de pédophilie, une vague de révélation sans précédent dans l’Hexagone. «Elles proviennent de toute la France et concernent à 90 % des cas de prêtres pédophiles», précise, à Libération, son président, François Devaux. Créée à Lyon, l’association regroupe les victimes du père Bernard P., soupçonné de dizaines de viols et d’agressions sexuelles sur de jeunes scouts au cours des années 70 et 80 à la paroisse Saint-Luc de Sainte Foy-les-Lyon (Rhône).

Parmi les témoignages qui sont parvenus à La Parole libérée, 75 concernent, selon l’association, directement l’affaire de l’abbé P. Pour le reste, la plupart des affaires (80 % selon les estimations) sont prescrites. «Mais nous engageons les victimes à signaler ces cas à la justice», explique François Devaux. Pour Laurent Lemoine, théologien catholique, spécialiste des questions d’éthique, «le chiffre est inquiétant mais pas surprenant». «C’est une petite partie visible des cas de pédophilies dans l’Église. Mais cela commence à bouger», estime, de son côté, Me Jean-Baptiste Moquet, l’avocat qui a lancé, la semaine dernière, une procédure au civil contre l’évêque de Gap, Mgr Jean-Michel Di Falco, pour des faits présumés de pédophilie qui remontent au début des années 70.

De fait, le nombre d’affaires parvenues à La Parole Libérée reste bien deçà, en proportion, de celles qui ont touché depuis vingt-cinq ans les diocèses catholiques des États-Unis. Avec l’Irlande, c’est l’un des pays où l’onde de choc des scandales de pédophilie dans l’Église, a été la plus importante. Quoi qu’il en soit, les spécialistes de ces questions soulignent le travail pionnier de l’association. «C’est le grand mérite de La Parole Libérée de faire émerger ces affaires, de briser un silence assez prompt à se refermer», analyse Laurent Lemoine. Aux États-Unis, l’association Snap, fondée en 1989 et qui regroupe les victimes de prêtres pédophilie, a grandement contribué à faire éclater les scandales. «Nous avons été plusieurs fois en contact avec Snap», raconte François Devaux.

Sollicitée pour rejoindre son réseau international, La Parole Libérée a décliné l’offre. «Nous souhaitons garder notre indépendance», précise François Devaux. Outre Atlantique, Snap a mis l’accent sur les procédures qui permettent aux victimes d’obtenir des dommages et intérêts, un objectif qui ne partage pas l’association française. «Nous nous situons davantage sur le terrain de la prise de conscience de la société», poursuit le président de l’association. Ces derniers mois, La Parole Libérée a mis en place un site qui permet, en toute confidentialité, aux victimes présumées d’un même prêtre de se connecter entre elles. «À travers ce que nous avons vécu nous-mêmes nous connaissons la difficulté pour les victimes de demeurer isolées», explique François Devaux.

Ce dernier estime que les révélations d’affaires de pédophilie au sein de l’Église devraient se poursuivre, même si beaucoup se heurtent au délai de prescription. L’association a fait de l’abolition de ce dernier l’un de ses chevaux de bataille. Ébranlée depuis le début de l’année, l’Eglise catholique en France a renforcé ces mesures pour lutter contre la pédophilie. Le théologien Laurent Lemoine observe deux attitudes dans le monde catholique. «Il y a ceux qui considèrent toujours qu’il ne faut pas soulever ces affaires, explique Laurent Lemoine. Et puis un autre public a compris que c’était une nécessité d’apurer le passé pour préparer l’avenir.»

La Parole Libérée a heureusement ouvert un espace pour que les victimes puissent enfin avoir justice devant une Église qui doit encore faire ses preuves devant la crise des prêtres abuseurs, surtout que les affaires continuent comme le montre BFMTV.com avec le cas d’un prêtre catholique de 58 ans qui a été mis en examen et écroué à Colmar. Il est soupçonné de viol et agression sexuelle sur une adolescente. Les faits remonteraient à une dizaine d'années. Ce curé, mis en cause dans une affaire de viol par pénétration digitale, d'agression sexuelle sur mineure et d'abus de confiance, a été placé en garde à vue mardi. Selon l'archevêque de Strasbourg, Mgr Jean-Pierre Grallet, il a été mis en examen et incarcéré à Colmar.

Par ailleurs, l'homme d'église, nommé en 2005 dans la paroisse de Wintzenheim, près de Colmar, détournait "des chèques destinés à la paroisse". Il est soupçonné de s'être servi d'une partie de ces sommes pour obtenir des faveurs sexuelles auprès d'une jeune fille, selon des sources judiciaires. L'archevêque a assuré n'avoir disposé d'"aucun élément", notamment parce que la victime de viol et celles des malversations financières "ne se sont jamais fait connaître". Selon l'archevêque, le curé soupçonné était "aimé des gens, abordable, musicien et avait quelque chose qui le rendait attachant, séduisant". L’Église doit encore travailler afin d’éviter que de tels cas ne se reproduisent.

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Rédigé par paroissiens-progressistes

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Françoise 01/10/2016 19:45

Oui, comme tu dis, Taï.
On verra d'ici peu comment ça tourne. Si je n'aime pas le côté purement procédurier du SNAP, vue l'énormité des affaires pédophiles cléricales dans certains diocèses US, ce côté procédurier se comprend. Concernant la Parole Libérée, j'espère que l'asso et les victimes obtiendront gain de cause au final et réparation, justice.
Mais comme je connais malheureusement bien un des avocats de Barbarin et délégué par le diocèse (un proche de feu mon paternel et possiblement opusien), je me dis quand même que ce ne sera pas facile.

paroissiens-progressistes 02/10/2016 13:08

Françoise,

Il suffit de commencer, si ça réveille tout le monde, alors la victoire même si elle est lente permettra à l'Eglise de ne plus faire la sourde oreille.

Merci !

Françoise 30/09/2016 23:00

Si je comprends tout à fait le désir d'indépendance de la Parole Libérée, je pense qu'il faudra à court terme une collaboration avec le SNAP mais aussi les autres groupes européens de victimes de la pédophilie dans l'Eglise. Face au Vatican, il faut se rassembler pour pouvoir obtenir justice et réparations. Mais aussi pouvoir échanger des informations et frapper fort juridiquement, pas seulement individuellement mais collectivement. C'est la seule façon d'obliger le Vatican à se réformer, à traiter les problèmes. Sans, la Parole Libérée verra vite ses démarches déboutées et ses actions limitées.

paroissiens-progressistes 01/10/2016 14:40

Françoise,

Pour l'instant la Parole Libérée choisit une autre méthode que SNAP. La suite des événements sera porteuse sur les méthodes à venir.

Merci !