Ne pas ignorer la souffrance

Publié le 25 Septembre 2016

Ne pas ignorer la souffrance

Dans blogs.periodistadigital.com, le père José Antonio Pagola à travers son blog Buenas Noticias nous invite à ne pas ignorer la souffrance à travers la parabole de Lazare et l’homme riche le lundi 19 septembre 2016 :

«Le contraste entre les deux protagonistes de la parabole est tragique. Le riche vêtu de sa tunique de pourpre et de lin. Toute sa vie est dans le luxe et l’ostentation. Il pense se "régaler magnifiquement tous les jours". Ce riche n'a pas de nom parce qu'il n'a pas d'identité. Il n’est rien. Sa vie vacante de compassion est un échec. On ne peut pas vivre seul à banqueter.

Allongé sur le seuil de sa maison se trouve un mendiant affamé, couvert de plaies. Personne ne l’aide. Seuls les chiens l'approchent pour lécher ses plaies. Il n'a rien, mais il a un nom porteur d’espoir. Il est appelé "Lazare" ou "Eliezer", qui signifie "Mon Dieu est mon aide".

Sa chance a radicalement changé au moment de la mort. L'homme riche est enterré, sûrement avec toute la solennité, mais est pris dans l’«Hades» ou «royaume des morts». Lazare meurt aussi. On ne dit rien à propos de son rite funéraire, mais "les anges le portèrent au sein d’Abraham». Avec des images populaires de son temps, Jésus rappelle que Dieu a le dernier mot sur les riches et les pauvres.

Les personnes riches ne sont pas jugées par l’exploiteur. On ne dit pas être qu’il est un impie loin de l'Alliance. Il a simplement apprécié sa richesse en ignorant le pauvre. Il était là, mais il ne l’a pas vu. Il était à la porte de sa maison, mais ne l'a pas approché. Il l’a exclu de sa vie. Son péché est l'indifférence.

Selon les observateurs, il croit de plus en plus l’apathie dans notre société ou un manque de sensibilité à la souffrance des autres. Nous évitons de mille façons tout contact direct avec les gens qui souffrent. Peu à peu, nous devenons de plus en plus incapable de percevoir leur affliction.

La présence d'un enfant mendiant sur notre chemin nous dérange. La rencontre avec un ami, malade en phase terminale, nous effarent. Nous ne savons pas quoi faire ou dire. Il est mieux de prendre de la distance. Allant vers nos occupations. Ne nous laissant pas touchés.

Si la souffrance se produit aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile. Nous avons appris à réduire la faim, des données sur la pauvreté et les maladies, des chiffres et des statistiques qui nous disent la réalité touchant à peine nos cœurs. Nous savons aussi regarder les horribles souffrances à la télévision, mais à travers l'écran, la souffrance est toujours plus irréelle et moins terrible. Lorsque la souffrance affecte quelqu'un de plus proche de nous, nous nous efforçons de mille manières à anesthésier nos cœurs.

Qui suit Jésus devient plus sensible à la souffrance de ceux qui dans son chemin. Il se rapproche du besoin et, si ils sont entre vos mains, essayer de soulager leur situation.»

Ici comme le met en avant le père José Antonio Pagola, c’est l’indifférence des plus riches envers les pauvres que Jésus critique et le fait qu’il ignore leur souffrance. Les riches doivent alors employer leurs richesses pour aider les pauvres. Comme l’avait montré Jésus avec le gérant habile, au moment de la mort de l'argent ne servira à rien aux riches et ce sont les gens avec qui il auront partagé leur richesse qui les accueilleront «dans la maison du Père.»

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Françoise 26/09/2016 21:52

Bonsoir Vivien

Les ultra riches dont je parlais n'ont rien à voir avec Marie de Béthanie et son parfum.
Et l'institution vaticane n'a rien à voir non plus avec Marie de Béthanie.
L'institution qui s'acoquine avec les ultra riches défend un système de pouvoir et de domination.
Jésus n'était absolument pas dans ce genre de truc.
C'est Paul qui bien après la mort de Jésus progressivement, fera basculer le groupe dans le système institutionnel de domination, de pouvoir et d'argent que nous voyons encore à l'oeuvre actuellement.

Vivien 26/09/2016 19:12

"Le discours clérical d'amour, de considération du pauvre relève donc la plupart du temps du leurre et de la communication. C'est regrettable mais hélas bien réel."
Voilà qui me fait penser à l'épisode de l'onction donnée à Jésus par Marie de Béthanie, sœur de Lazare. Jean raconte : "Marie prit...une livre d'un parfum de nard pur de grand prix : elle oignit les pieds de Jésus, les essuya avec ses cheveux, et la maison fut remplie de ce parfum. Judas Iscariote, l'un de ses disciples, celui-là même qui allait le livrer, dit : "Pourquoi n'a t'on pas vendu ce parfum trois cents deniers, pour les derniers aux pauvres ?" (...)" Et ensuite, Jean précise : " Il parla ainsi, non qu'il eût souci des pauvres,mais parce qu'il était voleur et que,chargé de la bourse, il dérobait ce qu'on y mettait" (Jn 12, 3-5). Ce récit attribue donc à Judas un discours opposant le souci des pauvres au "gaspillage" de Marie de Béthanie qui répand un parfum précieux sur les pieds de Jésus : mais ce discours est décrit par Jn comme un leurre masquant une certaine avidité.
Matthieu et Marc racontent aussi cette onction, mais ne nomment pas la femme qui oint Jésus, attribuent la protestation en question à plusieurs disciples non nommés et ne parlent pas d'un faux discours. Mais dans les trois cas, le geste de Marie de Béthanie est valorisé au détriment de la protestation évoquant les pauvres.
Dans les trois textes racontant cette scène, Jésus répond à ses disciples qu'ils ont tort de critiquer ce geste, parce qu'il s'agit d'une préparation de son ensevelissement. Il explique : "Des pauvres...vous en avez toujours avec vous : mais moi, vous ne m'avez pas pour toujours.", ou : " Des pauvres...vous en avez toujours avec vous, et, quand vous voulez, vous pouvez leur faire du bien. Mais moi, vous ne m'aurez pas pour toujours." , ou encore : "Des pauvres, vous en avez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas pour toujours." Et il affirme : "En vérité, je vous le déclare : partout où sera proclamé cet Évangile dans le monde entier, on racontera aussi, en souvenir d'elle, ce qu'elle a fait" (Mt) ou : " En vérité, je vous le déclare : partout où sera proclamé l’Évangile, dans le monde entier, on racontera aussi, en souvenir d'elle, ce qu'elle a fait." (Mc) Et Jn dit : " la maison fut remplie de ce parfum". Or, une note de la TOB dit : "Le parfum répandu avait été comparé, dans la littérature juive, au rayonnement d'une vie droite." Marie de Béthanie n'a pas utilisé ce parfum pour récolter de l'argent pour les pauvres, mais pour montrer son amour à Jésus.

Françoise 26/09/2016 12:10

Sur l'indifférence des riches spécifiquement, je te mets, Taï, un article de la Tribune qui illustre bien la mentalité qui prévaut aujourd'hui dans certains milieux ultra riches:

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20140224trib000816823/les-riches-grands-vainqueurs-de-la-lutte-des-classes.html

Au sein du clergé catholiques, ceux et celles qui se préoccupent réellement des plus pauvres et sont clairement à leurs côtés sont ultra minoritaires.
Le discours clérical d'amour, de considération du pauvre relève donc la plupart du temps du leurre et de la communication.
C'est regrettable mais hélas bien réel.

paroissiens-progressistes 27/09/2016 17:54

Françoise,

Il est dommage que les progressistes ne sont pas devenus pour l'Eglise sa principale main d'oeuvre, la plupart du temps l'Eglise a choisi les communautés nouvelles et les nouveaux mouvements ecclésiaux, au recrutement bourgeois et en est devenu dépendante. La Restauration de l'ordre ancien dans l’Église a fait fuir son public les pauvres, et le pape François ne peut rien faire devant cet écart grandissant. Il faudrait sans doute un mouvement "Eglise debout", où des jeunes se réuniraient devant le parvis d'une Eglise pour la changer.

Merci !

Françoise 26/09/2016 17:47

Hélas,l'Eglise institutionnelle s'appuie sur les riches depuis toujours. Et j'allais dire, à ce stade, elle se moque que les pauvres ne remplissent plus les églises. Puisqu'elle dispose de suffisamment d'appuis de mafias et de très riches.

Le projet politique des plus riches actuellement est l'élimination pure et simple des pauvres. Par le retour à une misère totale et sans issue. C'est visible par la destruction de tout ce qui pouvait sortir les gens de la misère (casse de l'ascenseur social, casse des services publics, de l'accès à la culture, à l'éducation, à la santé, au droit, au logement digne et décent). La privatisation de tout et de tous prévoit l'élimination physique de tous ceux et celles définis comme inutiles socialement. Tu le vois aussi via la robotisation où l'emploi de main d'oeuvre n'est plus nécessaire. Et c'est valable tant dans l'industrie que l'agriculture, les services. La main-mise industrielle sur les semences, interdisant aux gens progressivement de planter des graines et plants dans leurs jardins sauf via le paiement d'une licence, nous en sommes proches.
Tout est fait pour rendre les gens dépendants des plus riches ou mourir.
C'est valable aussi pour les terres (l'Amérique du Sud comme l'Inde comme l'Afrique vivent des choses terribles depuis plusieurs décennies, toutes ces attaques venant de consortiums industriels ou de grands propriétaires).
Si l'Eglise a toujours fait le choix (à quelques exceptions près) et de l'intégrisme et des plus riches, ce n'est pas un hasard. Elle protège un système de domination, pas le message de Jésus.
Il faudrait avant qu'il ne soit trop tard, une révolte massive des croyants qui relaie une révolte citoyenne non moins importante. Elle fut déjà possible (pour la révolte citoyenne) au moment de la seconde guerre mondiale et les anciens résistants nous ont montré l'exemple. Tout ce que depuis les années 70-80, les plus riches ont démonté, il faudra le recréer et à nouveau installer un rapport de force qui n'existe plus aujourd'hui. Sinon, nous serons à plus ou moins court terme condamnés par le système financier et économique libéral à mourir, car définis comme inutiles.

paroissiens-progressistes 26/09/2016 17:08

Françoise,

Le discours de l'Eglise envers les pauvres ne porte plus, puisque ce public a abandonné les églises vu que le discours de l'Eglise ne leur parle pas, elle n'est pas à leur côté, dans leur vie, dans une compréhension globale de leur misère, de leur problème et de leur travail. Ce ne sont pas les élites qui vont remplir les églises et les rendre visibles.

Merci !

Pierre François 26/09/2016 11:18

d'accord avec Françoise , hier en écoutant cette parabole je me disais :"attention tu es le riche des autres" riche non seulement d'argent ou autres richesses ( amour , santé ..) ne te comporte pas en pharisien vis à vis des "riches qu'il est facile de cibler " riches de ce que tu n'as pas , attention ta "bonne conscience" . Mais vous avez dit celà bien mieux que moi. Regardons à côté de nous Lazare est là et ne fustigeons pas ce riches regardons nous dans la glace .
Bonne journée à tous

Françoise 26/09/2016 09:13

Coucou Taï

Je crois que ça dépasse le seul cadre de la pauvreté.
Cette façon de repousser toute forme de souffrance mais aussi tout contact humain est une constante depuis l'ère télévisuelle et encore plus depuis l'ère internet. Si au plan informatif, les gens ont gagné énormément, ils ont perdu en contact réel. Il est aujourd'hui plus facile d'entrer en communication avec quelqu'un par mail ou sur internet que réellement, visuellement et physiquement. C'est fou quand même!
Et c'est très déshumanisant.
Si déjà, le phénomène du penser le monde plutôt que de l'observer réellement prévalait et faisait du dégât, aujourd'hui ce qui rajoute une couche d'incompréhension, c'est le refus du réel pour ne considérer que le virtuel ou presque.
C'est valable face à la mort, la maladie, la pauvreté, le vieillissement, le handicap, la souffrance en général. Mais c'est aussi visible simplement pour se confronter à des choses, des personnes réelles.
Dans mon métier, je vois la difficulté des élèves (tous âges confondus) à dessiner le monde réel qui les entoure. Que ce soit des objets, des gens, un paysage. La plupart préfèrent travailler d'après photo alors que la photo aplatit la perspective, les volumes, exagère ombres et lumières, ne rend pas bien les nuances ni les plans, ni l'espace. Mais la photo les rassure plus. Ils ont l'impression de mieux dominer le sujet.
Et tu t'aperçois que c'est ça aussi qui séduit dans le virtuel.
Ce n'est pas tant l'échange qui compte pour les gens que la question du pouvoir et de la domination. D'où aussi le renforcement dans le réel des situations de harcèlement moral, de situations abusives.
Tout ce qui demande un effort d'observation réelle, de contact, d'investigation, d'échange, de temps passé ensemble, va rebuter. Ou alors, il faut que cette réalité soit une occasion de dominer, d'abuser, de violenter...

Nous sommes tous et toutes les riches indifférents.
Et nous sommes tous et toutes les pauvres isolés de nos contemporains et aujourd'hui bien démunis et effrayés par la réalité, qui ne rentre pas dans nos critères d'évaluation.

paroissiens-progressistes 26/09/2016 17:03

Françoise,

Le problème c'est que c'est cette société qui nous rend indifférent comme si l'horreur et la pauvreté étaient devenus acceptables. Nous avons besoin d'images fortes, de sortir de notre pré carré pour voir le monde réel et pas celui qu'on nous vend aseptisé.

Oui, nous sommes tous riches de nos indifférences, mais ce n'est pas seulement le virtuel, nous avons aussi tous notre part de responsabilité puisque nous voulons seulement voir ce qui nous plait, ce qui nous satisfait. Se poser, réfléchir et vivre pleinement sa vie apporte plus.

C'est à nous, je crois de ne pas être ce riche indifférent comme le dit le père Pagola.

Merci !