Pédophilie : le silence collectif dans l'Église au cœur d'un livre

Publié le 6 Septembre 2016

Pédophilie : le silence collectif dans l'Église au cœur d'un livre

"Pendant 25 ans, nous avons tous préféré nous taire" : dans le premier livre sur l'affaire de pédophilie qui a ébranlé le diocèse de Lyon et l'Église de France, Isabelle de Gaulmyn tente de comprendre les raisons du silence de "toute une communauté" comme nous le montre LeParisien.fr le mardi 6 septembre 2016. L'auteure d'"Histoire d'un silence", qui paraît jeudi au Seuil, a un point de vue avisé sur l'affaire Bernard Preynat, ce prêtre qui, de 1972 à 1991, est soupçonné d'avoir abusé de jeunes scouts entre huit et 12 ans, "faisant entre 65 et 100 victimes", estime-t-elle.

Rédactrice en chef adjointe de La Croix, cette spécialiste des questions religieuses a grandi à Sainte-Foy-lès-Lyon, fréquentant pendant quatre ans le groupe Saint-Luc, la troupe scoute du père Preynat, éloigné de cette paroisse en 1991 mais enchaînant les postes jusqu'en 2015. Elle sait la singularité d'un territoire où "l'Église compte", l'aura que pouvait y avoir un prêtre dynamique et autoritaire.

Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, visé par des plaintes pour non dénonciation classées sans suite début août, avait dit avoir entendu parler en 2007 des soupçons pesant sur le père Preynat. Son informatrice, "c'est moi", écrit Isabelle de Gaulmyn, 53 ans, même si elle n'est "pas d'accord sur la date", évoquant l'année 2005.

Elle a revu en 2016 le primat des Gaules. Ce qu'il se disait sur Preynat, "il l'a su assez tôt, en réalité, après son arrivée à Lyon, en 2002". Mais le cardinal, qui "reconnaît volontiers son manque de réactivité", pensait "l'affaire traitée par ses prédécesseurs". "Pendant 25 ans, nous avons tous préféré nous taire. (...) L'incroyable impunité dont a bénéficié le père Preynat est le fait des évêques. Mais le silence est celui de toute une communauté", estime l'auteure.

Silence des familles attachées à la figure du prêtre, silence de l'institution ecclésiale par peur d'un scandale qui la fragiliserait... Silence des victimes aussi, mais comment le leur reprocher ? C'est en écoutant le témoignage de "l'une des victimes les plus marquées et abimées par Preynat que j'ai compris qu'il y avait sans doute en elles comme une forme de handicap profond, une terreur cachée du prêtre qui persistait, même amoindrie, et qui rendait si difficile d'aller dire la vérité sur ce passé qui ne passait pas".

La journaliste ne ménage pas l'Église lyonnaise, qui "a posé un couvercle" sur ces "agissements" et qui, comme institution, "s'est mise du côté des accusés". La Parole libérée, l'association des victimes du prêtre, "aurait dû être créée par le cardinal Barbarin, s'il en avait eu le courage".

Ces derniers mois, elle a rencontré de nombreux croyants qui lui ont avoué leur "humiliation" face à la révélation en cascade d'affaires de pédophilie, à Lyon et ailleurs. "Moi aussi, j'ai honte", écrit-elle, "car l'Église n'a pas réussi à faire mieux que les autres institutions, et elle a même fait pire". Elle espère, confie-t-elle à l'AFP, que cette crise invitera les laïcs à cesser de "mettre des prêtres sur un piédestal" et favorisera une "culture du débat" et de la "transparence" dans l'Église.

En catholique, elle s'inquiète cependant des limites du travail en cours. "L'Église a commencé à créer des commissions spéciales, à prévoir des lieux pour écouter les victimes. Mais je ne l'ai jamais entendue poser la question du rapport à la foi. Or, pour une victime, c'est toute la relation à Dieu qui est atteinte."

Isabelle de Gaumlyn nous fait part de son point de vue sur l’affaire Preynat et ce n’est guère réjouissant car le cardinal Barbarin n’a pas été réactif et a manqué de courage, le silence des familles attachées à la figure des prêtres et des victimes de peur du père Preynat et qu’ont ne les croient pas. Elle désire aussi que les laïcs poussent l’Église à monter un meilleur visage et s’inquiète la perte de la foi des victimes. Espérons que d’une telle catastrophe l’Église dégage un meilleur visage.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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Françoise 09/09/2016 12:20

Coucou Taï

Moi aussi je préfère les journalistes américains, plus couillus en terme de dénonciation. Enfin, certains, pas tous.
Parce que sur l'affaire de Boston, à la base, c'est le travail de deux femmes journalistes dont la rédactrice en chef du Boston Phoenix, travail récupéré ensuite et exploité plus avant par une cellule du Boston Globe. Tu te rappelles, je t'avais passé l'article.
Je vais fort parce que plusieurs fois, avec des journalistes de la Vie, de TC, j'ai échangé sur ces sujets. Et je leur ai demandé pourquoi ils ne dénonçaient pas certaines situations violentes tant au sein du clergé que de communautés, situations que par ailleurs ils n'ignoraient pas: la réponse a été sans appel et quasiment du copié-collé. N"otre ligne éditoriale n'est pas dans la recherche de polémique". A partir de là, ben c'est sûr, on parle de rien de vraiment important, grave, qui nécessiterait un sursaut, une mobilisation générale des croyants et de l'ensemble des citoyens.
Ca reste un espace très lisse, très béni oui oui. Qui ronronne.
Faut plaindre le clergé, faut lui tresser des lauriers, faire une place aux pubs de groupes douteux mais qui financent bien le journal, etc, etc...
Et même sur des blogs détachés de ces journaux, la parole est de moins en moins libre.
Je l'ai remarqué sur le Comité de la Jupe notamment, qui pourtant se prétendait vouloir un peu ruer dans les brancards, dénoncer des situations abusives. Au final, c'est une tempête dans un verre d'eau. Beaucoup de bruit pour rien. Et c'est très décevant.
Mais ça reste finalement très illustratif d'un journalisme religieux qui n'est pas du côté des croyants mais du côté du clergé, massivement.
Le clergé n'a pas grand-monde à acheter dans le journalisme catho français pour faire taire la contestation. Parce que c'est toujours la même coterie, le même petit cercle qui protège ses intérêts.
Golias est une exception. Une belle exception. Qui j'espère continuera longtemps à dénoncer ce qui doit l'être. Que ce soit par ses journalistes ou ses intervenants.

paroissiens-progressistes 10/09/2016 09:08

M.W,

Je ne préfère pas Golias à Témoignage Chrétien, je lis les deux. J'aime bien le côté révélateur de Golias et le côté informatif de Témoignage Chrétien. Si je vais souvent sur Golias, c'est que j'y retrouve des amis et Témoignage Chrétien m'a fait connaître.

Je lis également La Croix et La Vie.

Merci !

M.W 09/09/2016 22:00

Taï

Je voulais vous demander, pourquoi préférez-vous Golias à Témoignage Chrétien ?

Cordialement

paroissiens-progressistes 09/09/2016 20:04

Françoise,

En quoi c'est polémique de dénoncer des crimes ? Les abus sexuels des prêtre sur mineurs en sont. Tu connais ma position sur le sujet et les nombreux articles que j'ai fait pour dénoncer une Eglise qui freine des quatre fers pour rendre justice aux victimes. Il faut continuer à lutter pour que l'Eglise soit enfin exemplaire.

Merci !

Françoise 09/09/2016 10:55

Les victimes de Preynat ne s'en tiendront pas au non-lieu et vont engager une nouvelle procédure judiciaire. Isabelle de Gaulmyn aurait tout aussi bien pu se réveiller avant elle aussi.
Puisqu'elle était au courant depuis très longtemps, pourquoi attend-t-elle que les victimes se soient constituées en association et aient fait le coup de poing judiciaire et médiatique pour sortir son bouquin? Qui l'empêchait de protéger les victimes et les familles et en tant que journaliste, de l'ouvrir sur ces questions? Personne. Mais c'est toujours plus facile de surfer sur un scandale que de le dénoncer.
Dans cette histoire, on voit bien que journalistes et clergé pour la plupart copinent et se protègent, participent du même jeu de pouvoir et de silence sur certains crimes.
On l'a remarqué jusque dans la presse départementale, régionale où, quand déplacement de prêtres pédophiles il y a, on ne mentionne nullement ce passé et parfois pas le nom du prêtre du fait des années de prison faites par le dit curé. Tout ça est très codifié. Donc faut un peu arrêter de prendre les croyants et citoyens pour des imbéciles.
Ca n'a jamais été l'intérêt ni des journalistes ni du clergé de dévoiler les crimes pédophiles, les dérives fondamentalistes et sectaires, les abus de pouvoir.
Le seul journal catholique qui a essayé depuis plusieurs décennies de dénoncer des situations violentes, criminelles, illégales, fondamentalistes, c'est Golias.
Le reste des magazines, journaux catholiques a toujours fonctionné le doigt sur la couture du pantalon avec le clergé, ou en faisant abstraction de tout sujet qui fâche. Pas de vague, pas de polémique, pas de contestation. Ce qui contraint les victimes à se débrouiller seules pour dénoncer les violences et crimes subis.

Françoise 09/09/2016 22:55

Coucou Taï

Pour ces journaux catholiques, dénoncer des crimes relève de la polémique.
Je sais, ça n'a strictement rien à voir mais c'est la réponse qui m'a été faite, aussi bien de la part de TC, de la Vie que de la Croix. Invraisemblable, non?
Et quand j'ai rappelé à Christine Pedotti qu'auparavant TC, n'hésitait pas à dénoncer crimes, violations des droits fondamentaux, elle m'a dit que oui, mais bon, depuis, le journal avait changé de ligne éditoriale mais qu'il continuait à soutenir les causes des plus faibles. En réalité, quand tu regardes de plus près, tu vois que tout ce qui pourrait justement dénoncer crimes, délits, oppressions, est ramené à du c'est triste mais on y peut rien, passons à autre chose.
Ce qui va totalement à l'opposé des positions que tenait TC autrefois.

Je sais que tu essaies de sortir via ce blog, de dénoncer aussi certaines choses.
C'est méritoire. Mais en terme de poids média, depuis maintenant plus de 20 ans, c'est Golias qui agit le plus via des enquêtes et des essais sur les dérives cléricales.

paroissiens-progressistes 09/09/2016 11:31

Françoise,

Tu y vas fort comme à ton habitude, mais c'est vrai que le silence n'a pas été bon pour l'Eglise ni pour les journalistes. Je préfère les journalistes américains qui comme à Boston qui ont révélé l'horreur des crimes pédophiles, ou ces évêques qui ont voulu révéler les affaire et dont la curie s'est débarrassé pour protéger la réputation de l’Église, mais ils ne sont pas nombreux.

Merci !

M.W 06/09/2016 20:23

Taï

Dîtes-vous avez-vu le dernier film qu'a diffuser arte sur la pédophilie des prêtres ? il a été diffusé vendredi dernier je crois. Il était bien même si la fin me laisse sur ma faim ;)


Dommage quand même pour Barbarin, il aurait dû réagir plus tôt, il lui faut maintenant assumer ses erreurs. Je dis dommage car je l'aimais bien et j'avais du respect pour lui, je suis déçu qu'il n'est pas été plus réactif, il lui faut assumer son laxisme désormais.

Cordialement

paroissiens-progressistes 09/09/2016 11:25

M.W,

Attention, l'abbé Pierre l'était dans un bon sens puisque ses apparitions médiatiques se faisaient dans son combat pour les pauvres et contre la misère. Vous avouerez qu'il y aune grande différence entre ces deux hommes à ce niveau là.

Merci !

M.W 09/09/2016 09:09

Taï

Je ne vois pas en quoi être médiatique serait un défaut, l'abbé Pierre était aussi une personnalité très médiatique lui-aussi.

Cordialement

paroissiens-progressistes 07/09/2016 18:54

M.W,

Non, je ne l'ai pas vu. Pour le cardinal Barbarin je l'ai toujours trouvé trop médiatique, mais j'ai été déçu car je le pensais plus vigilant.

Merci !