Recadrant la droite, Hollande met un pied dans la campagne

Publié le 8 Septembre 2016

Recadrant la droite, Hollande met un pied dans la campagne

Lilian Alemagna dans son article dans Libétation.fr ce jeudi 8 septembre 2016 nous montre que le Président a prononcé ce matin un discours fort sur les valeurs de la République. Il a cherché à répondre aux attaques de la droite et à prendre quelques distances avec son Premier ministre.

François Hollande bouge encore. Toujours aussi bas dans les sondages, assiégés par d’ex-ministres qui veulent l’empêcher de se représenter en 2017 et face à une droite - et une partie de la gauche - qui attaque son bilan, le chef de l’État a envoyé le message, ce jeudi matin salle Wagram à Paris, qu’il n’allait pas si vite lâcher l’affaire.

«Oui, je ne laisserai pas mettre en cause l’image de la France, le rayonnement de la France, l’influence de la France s’altérer lors des prochains mois ou des prochaines années», a-t-il clamé en conclusion d’un discours d’une heure très offensif. Invité par la fondation Jean-Jaurès et le think-tank Terra Nova à s’exprimer sur «la démocratie face au terrorisme», le président de la République n’a certes rien dit sur ses intentions - sa décision reste fixée à début décembre - mais il a, fort de sa fonction, déroulé un plaidoyer pro domo attaquant, sans jamais donner un seul nom, ses adversaires de droite, d’extrême droite et de gauche, sur leur conception de la démocratie et de l’État de droit.

Ainsi, après avoir «nommé l’ennemi» - le «terrorisme islamiste» - et assuré que «la démocratie sera toujours plus forte que la barbarie qui nous a déclaré la guerre» car c’est une «loi de l’Histoire», François Hollande a dessiné les «deux voies» - «et deux voies seulement pour les démocraties» - pour le combattre : «l’état d’exception» et «l’État de droit». Soit, en filigrane, le paysage qu’il souhaite installer pour la campagne présidentielle. «C’est quand la République a tenu bon qu’elle s’est élevée, c’est quand elle a cédé qu’elle s’est perdue», a-t-il souligné, dans une allusion à peine voilée au régime de Vichy entre 1940-1944. «La liberté n’est pas un handicap», a martelé le chef de l’État avant de lancer ses premières salves contre l’«imagination (...) sans limite» et les propositions «inquiétant(es)» de l’opposition dont les responsables «battent les estrades» et «oubliant que le seul camp qui vaille, c’est celui de la République.»

«Pour défendre le droit, voilà qu’il faudrait commencer par l’abaisser», lance-t-il sous de premiers applaudissements nourris du public, essentiellement des sympathisants et élus socialistes. «Ces reniements seraient autant de renoncement mais sans nullement assurer la protection des Français», poursuit-il. S’il oublie tout de même au passage que l’état d’urgence est toujours en vigueur depuis les attentats de novembre, Hollande utilise son arme oratoire préférée : l’anaphore, rappelant que «les principes constitutionnels ne sont pas desarguties juridiques», comme l’a dit Nicolas Sarkozy. «Argutie juridique, la liberté d’aller et venir ? Argutie juridique, la liberté d’expression ? Argutie juridique, la liberté de culte ? Argutie juridique, la présomption d’innocence ? Bien commode à brandir quand il s’agit de plaider pour son propre compte ?» Applaudissement. Ravi d’avoir enfin Nicolas Sarkozy sur le ring face à lui, Hollande reprend : «Non, la Constitution n’est pas un texte flexible avec des points de suspension, avec dès parenthèses, la déclaration des droits de l’homme n’est pas un vieux parchemin que l’on devrait encadrer pour le mettre dans des salles». «Voilà pourquoi je me bats», insiste-t-il, parlant très souvent à la première personne.

À partir de là, Hollande s’emploie alors à défendre son bilan pour mieux riposter à la droite. Que ce soit dans le domaine de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme. «Dois-je rappeler les 9000 postes de policiers et de gendarmes ?, interroge-t-il. Oui, je dois le rappeler puisqu’il y en avait eu 13 000 de supprimés dans le quinquennat précédent». Ou que ce soit dans le domaine du social, de l’éducation ou des «réformes» faîtes (retraites, pénibilité, garantie jeunes, compte personnel d’activité…). Le Président ne se contente pas de borner son discours à la réponse sécuritaire au terrorisme. Il insiste ainsi sur la «cohésion nationale» et reprend le thème du «protecteur de la Nation». Le «modèle social», «lui-même», est «menacé» par les «fuites en avant» et les «emballements» de l’opposition.

Le chef de l’État sort alors de son texte et attaque une nouvelle fois les candidats à la primaire de droite : «Ils pensent que le pouvoir est là, à portée de main, ils y sont, ils s’y installent, ils s’organisent, ils pensent que l’élection c’est la primaire et que le reste n’a plus d’importance et que les Français viendront signer au bas de la page». Hollande rappelle alors qu’il est «encore jusqu’au mois de mai, le seul qui ait eu l’onction» du suffrage universel. Message envoyé à tout le monde, Emmanuel Macron le premier : il n’est pas mort. «Dans une démocratie, il y a l’élection. Ah ce n’est pas facile l’élection !», lance-t-il sous les rires de la salle.

Il fait ensuite un long passage sur sa vision de la laïcité. Différente de celle de son Premier ministre, présent au premier rang comme la quasi totalité des membres du gouvernement. Hollande rappelle que ce principe «n’est pas une mystique, ce n’est pas une religion d’État. C’est un ensemble de règles de droits». Et le chef de l’État d’envoyer un message aux musulmans : «L’islam peut-il s’accommoder de la laïcité? (...) Ma réponse est oui clairement oui». Puis : «La question se pose elle aussi à la République (...) La aussi je réponds oui, clairement oui». «Tant que je suis président de la République, il n’y aura pas de législation de circonstance. Aussi inapplicable qu’inconstitutionnelle. Nos lois suffisent, il faut les appliquer». Pas de nouvelle loi sur le voile, donc. Que ce soit à l’université ou dans l’espace public. «Chaque Français et chaque Française quelle que soit sa confession, ses origines, sa confession, ses conditions d’obtention de sa nationalité est ici chez lui ou chez elle, poursuit-il. En France, il n’y a que des citoyens avec les mêmes droits et soumis aux mêmes devoirs. La République est une et indivisible et elle ne distingue pas entre ses enfants». Même s’il a, en décembre 2015, proposé d’inscrire la déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux dans la Constitution. Ce jeudi, il n’en parle pas.

Malgré les épisodes de la déchéance de nationalité et celui de la loi travail, à Wagram, François Hollande exhorte son camp, y compris ceux qui l’ont quitté à gauche de revenir à «l’essentiel» : «L’exigence est à la responsabilité et à l’unité (...) Il ne s’agit plus seulement de savoir si l’on fait plus ou si l’on fait moins, (...) si on redistribue ou si on reprend. L’essentiel est en cause». En mai dernier, au théâtre du Rond Point, François Hollande avait déjà prononcé un discours remarqué - à l’époque sur «la gauche et le pouvoir» - censé recoller les morceaux du puzzle de la gauche à plus d’un an de l’élection présidentielle. Une semaine plus tard, le 49.3 était utilisé sur la loi travail et ruinait ce premier travail. Cette fois-ci, pas de passage en force en vue, mais il faudra plus d’un discours pour convaincre ceux qui le défie aujourd’hui, de se rassembler derrière lui.

François Hollande même s’il n’a pas déclaré être candidat, a prononcé un discours fort sur les valeurs de la République contre l'État d'exclusion tout en voulant la réforme des institutions en mettant en avant la limitation du cumul des mandats. Et le Président de la République met sans doute en conclusion de son discours les futurs enjeux des élections présidentielles : "Quels sont les enjeux ? La protection des Français, la cohésion nationale, le modèle social, la conception de la démocratie, la place de la France, en Europe et dans le monde", a-t-il poursuivi, y voyant "un même bloc", et affirmant que le débat "va bien plus loin" que celui de "l'identité de la France". De quoi éviter que l’extrême droite mette en avant ses idéaux douteux.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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