Et si nous regardions les Évangiles de façon différente

Publié le 4 Octobre 2016

Et si les fidèles se réunissaient en permanence comme le faisait les premiers chrétiens. Le plus important serait les réunions, les discussions et le commentaire communautaire de l'Évangile. Lu et discuté, l'Évangile est aussi un ferment extrêmement corrosif de tout ordre social. Pas besoin de grands discours et encore moins de sermons. L’écoute permet une parole plus libre. On peut aller lentement, en se frayant un passage vers la compréhension du texte. S'y mettre à plusieurs, permet toujours d’arriver à quelque chose. Ici pas besoin de tricher. Rien, ne doit être éludé, ni le pardon des offenses, ni l'amour des ennemis; ainsi l'Évangile peut avoir un autre sens.

Pas besoin d’expressions compliquées, mais un langage simple permettant de mettre en avant un Christ proche de soi et d’avoir sa foi enracinée dans la vie quotidienne. Les messes du dimanche pourraient être l’occasion de commentaires des textes sacrés actualisés par les communautés locales. Ces commentaires faits sur l’Évangile devraient être aussi mis par écrit pour éviter qu’ils disparaissent. Ainsi l’Évangile aurait de nouvelles résonances. L’Évangile annonce le royaume de Dieu, un monde nouveau, juste et sans classes sociales. C’est pour cela que les fidèles doivent le comprendre par le dialogue et l’étude.

Comme le montre John Shelby Spong dans son nouvel ouvrage Biblical Litteralism : A Gentile Heresy qui est sorti le 14 janvier 2016 à travers l’évangile selon Mattieu, la littéralisation des évangiles n’est pas le résultat des auteurs, il est le résultat de la génération venue 150 ans après la naissance de Jésus qui ne connaissait pas la tradition juive et qui ne pouvait pas voir ces connexions. La lecture littérale de la Bible est donc au cœur des siècles de violence, de haine et d'oppression. Les graines de l'antisémitisme, les millénaires d'antisémitisme, sont enracinés, selon Spong, dans le fait que les chrétiens n’arrivaient pas à saisir le contexte juif dans lequel l'Évangile de Matthieu était écrit.

Donc, les fidèles doivent maintenant comme le souhaite Spong à travers une lecture plus fiable de la Bible lutter pour l'âme du christianisme, une âme empoisonnée par un désir de revendiquer la vérité absolue et un littéralisme biblique qui conduit à une religion de punition, de contrôle, de culpabilité et de honte, plutôt que une foi de l' amour et de la compassion et de joie. Cela pourrait amener une vision différente de l’Église condamnant le racisme, prônant l'égalité pour les femmes et l'acceptation croissante des couples LGBT dans un christianisme ouvert et accueillant.

Plus intéressante est la lecture du rabbi Jonathan Sacks dans Not in God's Name : Confronting Religious sorti le 13 octobre 2015, où l’auteur met à nu les erreurs de lecture de la Bible qui ont conduite non seulement aux horreurs de l'antisémitisme et l'Holocauste, mais aussi à des atrocités à travers le monde, toutes blasphématoires - et coupables - au nom de Dieu. Ce qui va nous sauver, écrit Sacks, est une théologie de l'Autre, l'exercice extraordinaire de l'empathie qui permet aux humains d'imaginer comment il doit être avec l'Étranger, la victime, le marginal. Pour Sacks, y aurait-il un impératif plus urgent que de commencer à comprendre la définition de la foi, «l'appel de Dieu pour voir sa trace dans le visage de l'Autre» ? Sacks utilise une déconstruction méthodique qui met en déroute les compréhensions erronées de la Bible, et met en avant celles qui nous poussent avec insistance vers l'espoir, vers une théologie qui permet d'aller en dehors de la haine.

Abandonnons donc les visons littéralistes et ouvrons notre esprit à une lecture ouverte et dégagé des préjugés bâtis au cours des siècles.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Pensées de paroissiens-progressistes

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Françoise 05/10/2016 08:53

Le rapport à Dieu est comme l'aquarelle: il faut un certain lâcher prise, accepter de ne pas contrôler l'eau, le papier, accepter la dilution et le voyage du pigment, accepter l'inattendu. Pour autant, c'est tout sauf du n'importe quoi. Il y a toute une démarche et une technique à assimiler: le mouillé sur mouillé, le mouillé sur sec, les temps de séchage, les jus, la fixation du papier. L'équilibre de tout ça donne un beau résultat, qui est encore plus chouette parce qu'il ne nous appartient pas complètement, ni au plan gestuel ni au plan des rendus.
Logiquement le rapport à Dieu devrait se situer de la même façon.
Malheureusement, la plupart des humains sont tellement dans le contrôle que la rencontre n'a pas lieu ou alors elle est instrumentalisée à des fins qui n'ont strictement rien à voir avec le flux amoureux initial (on peut parler de détournement).

gaetan ribault 05/10/2016 08:41

Abandonnons donc les visons littéralistes et ouvrons notre esprit à une lecture ouverte et dégagé des préjugés bâtis au cours des siècles.
-
Il me semble qu'il y a dans votre affirmation comme une contradiction. En effet qui dit lecture littéraliste (sola scriptura), dit s'affranchir des constructions humaines du passé. Or ces constructions humaines je vous l'accorde furent sans doute inspirée par l'esprit créatif de Dieu.
Bref vous êtes comme le serpent qui se mord la queue

paroissiens-progressistes 05/10/2016 09:04

gaëtan,

Attention, vous savez tout comme moi qu'on peut faire dire à Dieu ce qui nous fait plaisir plus particulièrement dans ces textes qui sont aussi des créations humaines. D'ailleurs ce n'est pas pour rien que les Juifs ont mis en avant des jurisprudences pour éviter une vision trop littérale des textes. C'est pour cela que Juifs disent que la vérité divine dont parlerait les hommes ne serait que subjective.

Merci !

magali 04/10/2016 17:45

Be Abandonnons donc les visons littéralistes et ouvrons notre esprit à une lecture ouverte et dégagé des préjugés bâtis au cours des siècles.n voilà ce que je tentais de dire sur un précédent post (sur le RV)....












" Abandonnons donc les visons littéralistes et ouvrons notre esprit à une lecture ouverte et dégagé des préjugés bâtis au cours des siècles"...
Ben voilà ce que j'ai tenté de dire sur un précédent post (le RV)....
Le Peuple de Dieu (Oui, les petits ignorants pour certains...), est directement instruit par le Seigneur; C'est pourquoi, l'Eglise doit écouter et entendre le Peuple et arrêter de de se conduire en monarque qui règne mais ne gouverne pas....
La Parole du Seigneur, lue, digérée, sans "moule excluant" par le curé, les chants accessibles à tous par leur sincérité et non leur "dogmatiquement correct"...Bien sûr, cela retire du pouvoir aux "gens de l'Eglise", mais en redonne au Seigneur et à son Peuple....
Les rencontres avec le Seigneur se font plus souvent en dehors du dogme...
Que voulons nous??
Une Eglise (institution) mortifère de part ses scléroses internes ou une Eglise qui sait parler au fil des siècles, des sociétés, au Peuple concerné au jour au quelle elle s'adresse??
La créativité n'est-elle pas du Seigneur??!!
Merci!

paroissiens-progressistes 04/10/2016 18:47

magali,

La créativité de Dieu a toujours eu un moteur créatif, l'homme. Donc, Dieu en nous laissant libre est créatif et nous rend créatif. Là, est l'essence même de notre relation de confiance avec lui.

Merci !