Le synode de 1985, le moment où l’Église a raté son entrée dans le monde moderne

Publié le 15 Octobre 2016

Comme le montre Carl Bernstein et Marco Politi dans leur ouvrage Jean-Paul II et l’histoire cachée de notre époque datant de 1996, lors du synode des évêques de 1985 lors de la IIe Assemblée Générale Extraordinaire (24 novembre-8 décembre) portant sur “Le vingtième anniversaire de la conclusion du Concile Vatican II”, le cardinal König disait que «Mettre l’accent sur le mot restauration, résonne comme de la nostalgie. L’Église d’hier considérait d’un œil apeuré tout élément nouveau survenant dans l’histoire. Le concile a inversé cette tendance en favorisant l’ouverture d’esprit que nous manifestons désormais face à l’histoire, aux non chrétiens, au mouvement œcuménique…» «Comment pouvons nous  ne serait-ce que songer à un  sentiment de peur qui inciterait l’Église à regretter de s’être ouverte, pour reprendre en définitive l’arme de la condamnation ? L’Église doit aller de l’avant.»

 

Ce synode aurait pu faire les réformes salutaires pour l’Église puisque les épiscopats ont défié directement la curie romaine. Les évêques Hollandais condamnèrent le manque de collégialité du Saint Siège à travers l’intrusion des nonces dans les affaires des Églises locales et le comportement autoritaire de la publication d’Humanae Vitae. Les évêques canadiens ne furent pas plus tendres puis qu’ils condamnèrent la tendance uniformisante et centralisatrice de la curie, tout en demandant au pape un synode permanent avec des responsabilités élargies et de pouvoirs adéquats. Les évêques belges souhaitaient aussi que le synode ait une juridiction élargie. Les évêques britanniques sous la conduite de Basil Hume allèrent plus loin en critiquant le centralisme de Rome en matière liturgique, doctrinale et de nomination des évêques. Ils osèrent aussi critiquer le Vatican pour la mauvaise gestion de sa banque, l’IOR. Les évêques américains dirent même à leur avis que les conférences épiscopales devraient jouer un rôle plus important. L’indignation de Rome face à une réduction du pouvoir de la curie fut vive.

 

Au sein même du synode, l’opposition est vive : le cardinal coréen Kim s’oppose à la fermeture des réforme en disant  que la «Réforme de l’Église ne s’achève pas en vingt ans», puis critique la curie en disant que des interprétations trop rigoureuses risquaient de réprimer la créativité des Églises locales. L’évêque sud africain Denis Eugene Hurley proposa de mettre en application le principe de subsidiarité, en gros que la curie ne s’occupe plus des problèmes des Églises locales. L’évêque ukrainien de Winipeg, Maxim Hermaniuk osa demander que les évêques puissent légiférer. Le président de la conférence épiscopale canadienne, Karl Berg, alla jusqu’à demander dans un discours de mettre fin à l’interdit de la contraception puis de permettre aux divorcés remariés de recevoir la communion. Il était soutenu par les évêques du Japon et d’Afrique. Le président de la conférence épiscopale tchadienne, Charles Vandame proposa de rétablir les synodes régionaux ou continentaux, et d’instaurer un synode africain. Les évêques asiatiques souhaitaient la même chose.

 

Le pape Jean-Paul II n’était pas Jean XXIII, c’était un homme autoritaire qui exigeait l’obéissance et malheur à celui qui s’opposait à lui, puisqu’il pouvait envoyer un évêque dans un épiscopat moins prestigieux et ceux qui partaient à la retraite étaient remplacés par des évêques conservateurs détestés des fidèles. Les nominations d’évêques se faisaient sans consultation des fidèles et des conférences épiscopales. Afin d’éviter que le synode puisse faire des réformes, il sera bref, ce qui permettait d’empêcher les évêques de former des groupes de pression et aux proches du pape d’orienter le synode. Enfin, pour éviter qu’on puisse voter contre lui sans le dire vraiment, le pape a enlevé le vote avec le «oui, mais avec des réserves», ce qui devait faire choisir les évêques entre le «oui» et le «non». Sachant que les évêques ne pourraient pas voter contre lui ou s’abstiendrait était gagnant. Cela nous donne aujourd’hui la vision très bancale du concile Vatican II ne faisant pas de mal aux catholiques conservateurs.

 

Enfin dans le synode des évêques sur les laïcs de 1987, les cardinaux Carlo Maria Martini, Aloisio Lorscheider et František Tomášek ont exprimé leur méfiance envers les communautés nouvelles et les nouveaux mouvements ecclésiaux, les critiquant comme des «Églises parallèles», puisqu’ils ne comprennent pas les réalités des Églises locales et n’ont pas choisi l’«option pour les pauvres». Mais cela ne posa pas de problème à Jean-Paul II puisque cela lui permettait de contrer la théologie de la libération et l’Action catholique ouvrière qu’il jugeait trop gauchiste à son goût, avec les résultats désastreux que nous voyons aujourd’hui.

 

Après pour ne pas porter la responsabilité de l’échec actuel, la curie et les catholiques conservateurs se sont défaussés sur les catholiques progressistes en leur mettant tout sur le dos au lieu d’adapter le message chrétien au monde moderne. Sont-ils responsables de la baisse de la pratique religieuse, de la désaffection des fidèles, de la baisse du nombre de prêtres et du vieillissement du clergé ? Non, car ce sont les papes depuis 1972 en écoutant toujours les courants conservateurs qui ont nommés de mauvais évêques, centralisés le pouvoir à Rome et à chaque fois refusés de faire des réformes. Les progressistes n’étaient pas au pouvoir, ils n’ont pas à prendre la responsabilité de ceux qui dirigeaient à l’époque. La situation s’aggrava avec la désignation du cardinal Ratzinger, orfèvre de la restauration sous les ordres de Jean-Paul II, comme pape sous le nom de Benoît XVI. Ce n’était pas un homme de gouvernement et il était entouré d’hommes incompétents.

 

Le synode de 1985 a été la chance manquée de l’Église et le pape François aura beaucoup de mal à faire aujourd’hui les réformes qu’on pouvait faire hier puisque Jean-Paul II et Benoît XVI ont nommés des évêques vassaux qui ne voudront jamais que les réforme puissent aller trop loin. La hiérarchie au service du «Peuple de Dieu» n’est pas pour demain.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Histoire de l'Eglise

Repost 0
Commenter cet article

Françoise 16/10/2016 10:40

Coucou Taï

Le mouvement réactionnaire s'est enclenché dès Vatican 2. On l'a vu dans toutes les congrégations et mouvances fondamentalistes créées au milieu des années 60. L'objectif était de renverser la tendance à l'ouverture de J23. Et de totalement refermer le Vatican dans le réactionnaire. Déjà P6 avait enclenché le mouvement. JP2 va accélérer le processus, B16 le poursuivre. Et F1 va le confirmer. La curie et le clergé en général sont au point actuellement d'avant Vatican 2. D'où la radicalisation religieuse que nous pouvons tous observer.
Mais aussi tu verras, les prélatures de l'Emmanuel, du Chemin Néocatéchuménal, de la FSSPX.
Tout est fait pour cléricalement, ne jamais bouger. Pour le Vatican, c'est la préservation du système qui est en jeu. Peu importe les conséquences pour les fidèles, la société en général.

paroissiens-progressistes 19/10/2016 16:30

Françoise,

Mais le pape François ne peut plus rien faire, puisque les mouvements conservateurs ont réussi à infiltrer toutes les paroisses, séminaires, évêchés et archevêchés. Le mal est déjà fait, et malheureusement le pape veut que l’Église soit dans un juste milieu entre conservateurs et progressistes afin que les deux tendances s'entendent, c'est pour cela qu'il fait entre le chaud et le froid. S'il veut faire des réformes, il aurait du s'appuyer sur les progressistes et faire un grand nettoyage.

Merci !