Pologne : la rue fait plier les conservateurs sur l'avortement

Publié le 7 Octobre 2016

LePoint.fr nous montre dans son article du jeudi 6 octobre 2016 que face à la mobilisation massive des Polonaises, le Parlement a rejeté massivement le texte sur l'interdiction de l'interruption de grossesse.

Le Parlement polonais a rejeté jeudi par une importante majorité de voix la proposition de loi interdisant presque complètement l'avortement. Le texte a été rejeté par 352 députés de la majorité conservatrice et de l'opposition. Cinquante-huit députés se sont prononcés pour son adoption, alors que dix-huit se sont abstenus. Ce vote suit d'importantes manifestations de femmes opposées à la proposition de loi, qui ont réuni lundi quelque cent mille personnes à travers le pays, selon la police.

Leur vote semble traduire un renversement de la position de Droit et Justice (PiS), jusqu'à présent favorable à ce projet. «Le PiS a composé avec sa conscience, car il a eu peur des femmes descendues dans la rue», a dit l'ancienne Première ministre libérale Ewa Kopacz, membre de la commission de la Justice. Elle a souligné que «la bataille n'était pas terminée», car il fallait encore que le rejet soit approuvé par l'ensemble des députés, probablement jeudi. Quelque 100 000 personnes, selon l'estimation prudente de la police, ont participé à des rassemblements et à des marches dans toute la Pologne lors du «lundi noir» et de la «grève des femmes» organisés par les adversaires de l'interdiction de l'IVG.

Le lendemain, un début de tournant amorcé par les conservateurs était apparu en filigrane dans une déclaration de la Première ministre Beata Szydlo, qui a tenu à souligner mardi que la proposition de loi était une initiative citoyenne et ne venait pas de son gouvernement. «Le gouvernement PiS n'a pas travaillé et ne travaille pas sur une loi changeant les dispositions actuelles en matière d'avortement», avait-elle dit lors d'une conférence de presse. Le ministre de la Science et de l'Enseignement supérieur, Jaroslaw Gowin, est allé plus loin, déclarant à une radio de province qu'un «projet d'interdiction de l'avortement ne passerait pas» concernant les cas de femmes victimes d'un viol, ou dont la santé ou la vie sont menacées. Les protestations de lundi «nous ont fait réfléchir et nous ont donné une leçon d'humilité», a-t-il ajouté. De son côté, l'épiscopat catholique a souligné mercredi qu'il était opposé à la peine de prison pour les femmes ayant avorté, inscrite dans la proposition de loi.

Le Parlement européen s'est également saisi de ce dossier mercredi : de nombreux députés issus de plusieurs familles politiques - sauf ceux issus du parti conservateur au pouvoir en Pologne - y ont vivement critiqué le texte lors d'un débat qui avait été prévu avant que ne soit connue l'issue du vote en commission à Varsovie. Ce vote «est une première victoire», mais «nous allons être vigilants», a ainsi prévenu le chef de file des élus socialistes à Strasbourg, l'Italien Gianni Pittella. «Nous souhaitons que le Parlement polonais tire un trait sur cette proposition, sinon il y aura une opposition farouche de la part de la vaste majorité de ce Parlement», a-t-il ajouté.

Au nom du groupe PPE (droite), c'est la Polonaise Barbara Kudrycka - membre de la Plateforme civique, parti de centre-droit désormais dans l'opposition - qui est montée au créneau, en s'adressant aux membres de son gouvernement : «Vous avez des cœurs de pierre ! Les femmes ne sont pas des marchandises pour payer vos promesses électorales», a-t-elle déclaré. Une élue du parti PiS, Jadwiga Wisniewska, lui a répondu que cette question ne relevait pas des compétences de l'Union européenne. «J'espère vraiment que la Pologne ne cessera pas ses efforts menant à une égalité» entre hommes et femmes, a de son côté souligné la commissaire européenne chargée de l'Égalité des genres, Vera Jourova.

Comme le montre franceinter.fr ce vendredi 7 octobre ce mouvement est beaucoup plus large qu’on ne le croit, car il lutte pour sauvegarder la démocratie et ses biens essentiels face à ceux qui n’avaient pas hésité, depuis leur victoire aux élections d’octobre 2015, à piétiner le Tribunal constitutionnel, le garant du respect de la Constitution, et à imposer leurs hommes et leur ligne à l’audiovisuel public, ceux qui se faisaient fort de modeler la Pologne à leur image, n’ont finalement pas osé se mettre les Polonaises à dos, la moitié du pays.

Face à l’ampleur des manifestations de lundi, 100 000 femmes en noir dans les rues, jusque dans les plus petites villes, ils ont finalement renoncé, hier, à durcir encore la législation sur l’avortement En Pologne, on ne peut aujourd’hui interrompre une grossesse qui si elle est le fruit d’un viol ou d’un inceste, que le fœtus est atteint d’une pathologie irréversible ou que la vie ou la santé de la mère sont en danger. C’est l’une des législations les plus restrictives d’Europe mais les conservateurs du parti Droit et Justice, le PiS, la trouvaient pourtant trop permissive et s’étaient donc ralliés à une proposition de loi qui n’autorisait plus l’avortement qu’en cas de danger avéré pour la vie de la femme, uniquement pour sa vie.

Cela revenait à totalement interdire l’interruption de grossesse sauf rarissimes exceptions et la réaction des femmes a été telle, dans tous les milieux et toutes les générations, que les élus et le gouvernement de Droit et Justice ont préféré ne pas risquer la crise politique dont ils étaient effectivement menacés. Cela change la donne en Pologne puisque c’est la première fois que les conservateurs font machine arrière et que leurs opposants, de gauche, du centre et d’ailleurs, en seront encouragés. Comme aux temps de Solidarité, la Pologne redevient un pays novateur, innovant et qui renouvelle, en l’occurrence, la démocratie.

Dès le lendemain des élections de l’année dernière, alors que les partis défaits par les conservateurs étaient encore assommés par les résultats de la veille, un total inconnu, Mateusz Kijowski, un grand géant au sourire doux, avait lancé l’idée, sur les réseaux sociaux, de créer un Comité de défense de la démocratie, le KOD, non pas un nouveau parti mais un mouvement de citoyens décidés à veiller au respect de la loi, de sa lettre comme de son esprit. Le succès avait été immédiat, foudroyant car ce mouvement admettait tout le monde en son sein, y compris des électeurs du PiS, partisans de son programme économique mais opposés à ses entorses à la démocratie.

C’est le KOD qui a organisé toutes les grandes manifestations contre l’autoritarisme des conservateurs. C’est le KOD qui a inspiré les protestations des femmes. Le KOD est devenu un phénomène parce qu’il transcende les lignes de clivage traditionnelles, ne combat pas le PiS mais ses violations de la loi et veut réunir la Pologne autour de la défense de l’état de droit et de politiques fondées sur le débat et le consensus.

En Pologne comme partout, les partis sont fatigués mais, plutôt que de se résigner à la montée des nouvelles extrêmes-droites, les Polonais tentent aujourd’hui de réinventer la politique. Et leur exemple peut nous inspirer face aux bradages des libertés que font nos démocraties actuelles au lieu d’améliorer la vie des gens et de mettre en avant le sens du bien commun. Cette victoire contre l’interdiction totale contre l’IVG en Pologne est une victoire de la démocratie contre les vénéneux populismes et réactionnaires catholiques.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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