En Australie, l’Église catholique face à des décennies de pédophilie

Publié le 7 Février 2017

Laurence Defranoux dans son article pour Libération.fr du lundi 6 février nous montre que la Commission royale d’enquête a commencé trois semaines d'audition sur l’absence de réaction de la hiérarchie face aux milliers de signalements d'abus sexuels sur des enfants.

 

L’homme s’arrête, la voix brisée, puis reprend, en pleurs : «Il n’y a aucun doute, la proportion de prêtres accusés d’abus sexuels depuis 1950 sape l’image et la crédibilité de la prêtrise. Ces chiffres sont choquants, tragiques et indéfendables. C’est un immense échec.» Lundi, au premier jour de la 50e audience publique de la Commission royale d’enquête sur la réaction des institutions australiennes face aux crimes pédophiles, les paroles du représentant de l’Église catholique australienne donnaient la mesure du scandale.

 

Depuis quatre ans, cette commission de six membres, dotée de 200 millions d’euros de budget, est chargée d’enquêter sur les abus sexuels commis sur des enfants dans le cadre d’institutions laïques ou religieuses (clubs de sport, écoles, activités culturelles ou de santé, services gouvernementaux, armée, etc.). Elle a recueilli des milliers de témoignages, en tête-à-tête ou par écrit, entendu les responsables des institutions dans des dizaines d’audiences publiques. Et ses résultats sont accablants. Alors que 60% des témoignages recueillis font état de violences pédophiles au sein des institutions religieuses, 37% du total sont liés à un établissement géré par l’Église catholique. Moins d'un quart des Australiens se disent catholiques (35% de la population est anglicane ou méthodiste), mais le clergé dirige ou a dirigé de nombreuses écoles et orphelinats dans tout le pays.

 

Attouchements quotidiens, viols, punitions corporelles, tortures, tentatives de suicide, les rapports de la commission racontent les chemins de croix d’enfants parfois âgés de 5 ou 6 ans, la moyenne étant de 10 ans pour les filles et de 11 ans pour les garçons. Les faits étudiés se sont déroulés entre 1950 et 2015, la majeure partie des signalements relèvent de la période 1960-1990, mais certains sont récents.

 

Une litanie de chiffres accablants pour la hiérarchie catholique a été dévoilée à l’assistance. Rien qu’entre janvier 1980 et février 2015, 4444 personnes, dont les trois quarts de sexe masculin, ont signalé aux autorités catholiques avoir été victimes d’un abus sexuel alors qu’ils étaient enfants. Ces crimes supposés se sont déroulés dans un millier d’établissements, et leurs auteurs désignés sont 597 frères, 572 prêtres, 543 laïques, et 96 sœurs. Mais ils n’ont fait l’objet d’aucune enquête interne, ni d’aucun signalement à la police. «Entre 1950 et 2010, 7% des prêtres étaient des auteurs présumés d’abus sexuels sur des enfants. Dans certains diocèses, la proportion atteignait 15% de prêtres», a assené Gail Furness, l’avocate à la tête de la commission. «Les enfants étaient ignorés, ou pire, punis. Les membres du clergé étaient transférés vers des paroisses et des communautés qui ignoraient tout de leur passé. Les documents étaient détruits.»

 

Sur les cinq ordres religieux catholiques présents en Australie, les Frères de Saint-Jean-de-Dieu sont les plus cités (40% des témoignages). Cet ordre y avait fondé à partir de 1947 des écoles spécialisées pour garçons en difficulté, orphelins ou handicapés mentaux. En général pensionnaires, les enfants étaient particulièrement vulnérables face à une institution qui cultivait le secret et l’autorité. Après une plainte collective, où des accusations avaient été lancées contre plus de 20 frères, les responsables de l’ordre avaient accepté en 2002 de payer 2,64 millions d’euros de dommages et intérêts à 24 garçons handicapés agressés sexuellement dans l’État de Victoria. Mais aucune plainte n’a jamais été déposée à la police, et d’autres victimes présumées ont déclaré avoir reçu des paiements confidentiels en échange de leur silence.

 

C’est à la fin des années 80 que les scandales de pédophilie au sein d’institutions catholiques ont commencé à exploser en Australie. Pourtant, les dossiers des Frères chrétiens, un autre ordre religieux cité dans 22% des cas, mentionnent des «inquiétudes au sujet d’inconduite sexuelle avec les enfants» dès 1919. Et lundi, un prêtre a témoigné devant l’assistance qu’il avait été invité au début des années 1990 par les jésuites à animer des ateliers de réflexion sur les dérives sexuelles du célibat.

 

La commission a prévu trois semaines d’audience pour la seule Église catholique, autant que pour toutes les autres institutions réunies. Via un Conseil de la vérité, de la justice et de la réparation, les autorités catholiques du pays assurent coopérer totalement à l’enquête, et réclament la création d’un fonds d’indemnisation des victimes. Un affichage qui n’a pas toujours été la norme. Une ancienne nonne a quitté l’Église en 2007 après avoir alerté sa hiérarchie, en vain, sur les centaines de récits terrifiants qu’elle avait recueillis en tant que psychologue. Et en 2014, le Vatican a refusé de communiquer l’intégralité de ses dossiers sur les prêtres incriminés.

 

Les travaux de la commission font des vagues jusque dans la garde rapprochée du pape François. En février, le cardinal George Pell, plus haut représentant de l’Eglise catholique en Australie, a été auditionné pendant des heures. Cet ultraconservateur, à qui le pape a confié la mission de remettre en ordre les finances du Saint-Siège, est accusé d’avoir couvert les exactions de cinq prêtres pédophiles alors qu’il était vicaire épiscopal dans le funeste diocèse australien de Ballarat, théâtre de centaines de crimes pédophiles entre 1971 et 1997. Pell a refusé de démissionner, arguant de «coïncidences désastreuses». Avant de se voir renouveler la confiance du pape cet été, après que des rumeurs l’ont accusé directement d’actes pédophiles.

 

L’horrible vérité éclate pour l’Église en Australie a payé le silence des victimes et a préféré faire la sourde oreille à partir de 1919 pour sauver sa réputation plutôt que de venir en aide aux victimes des prêtres abuseurs. Le Vatican n’a pas fait mieux puisqu’il refuse de donner l’intégralité des dossiers sur ces affaires. La tolérance zéro voulue par le pape François semble avoir du plomb dans l’aile.

 

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Rédigé par paroissiens-progressistes

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Françoise 07/02/2017 22:21

Si l'on veut enrayer le problème criminel pédophile au sein du Vatican, des épiscopats, il faudra qu'un livre du genre "le Vatican mis à nu" de Mgr Marinelli sorte sur le sujet et explique les centres du Paraclet en 47, le déni du Vatican depuis et les mises en garde faites tant par les psys que le directeur du Paraclet américain des origines. Sans ce genre de document choc, jamais le Vatican ne traitera le problème ni ne punira ses clercs et hauts-clercs, ne serait-ce qu'en les abandonnant à la justice pénale et en les radiant de la profession.
La pression des associations de victimes ne suffit pas. Elle déclenche un début de prise en compte, mais qui reste au niveau de l'intention et de la communication la plupart du temps.
L'essentiel étant de gagner du temps. Aussi, il faut un document massue qui confonde le Vatican lui-même et place l'ensemble des hauts-clercs comme complices avertis des crimes commis sous couvert de traiter le problème à l'interne.

paroissiens-progressistes 09/02/2017 20:20

Françoise,

Les documents massue arriveront sans doute, car ils n'arrivent plus à cacher leurs turpitudes et ça leur explosera à la figure. Un grand nettoyage serait souhaitable.

Merci !