"House of Cards" au Vatican: duel entre le pape et les conservateurs

Publié le 20 Février 2017

LePoint.fr nous montre dans son article du dimanche 18 février 2017 qu’il n’est pas facile d’être surtout quand on veut réformer. Défiance ouverte de cardinaux, affiches anonymes et pamphlet satirique : jusqu'où ira le "House of cards" vaticanesque pour déstabiliser le pape ? Dans le dernier épisode de son duel contre les conservateurs, la pape François a intensifié la riposte et appelé du renfort.

 

Au centre de ce scénario à rebondissements, le pape argentin veut ouvrir l'Église aux fidèles "en situation irrégulière", comme les divorcés remariés civilement, qui peuvent recevoir dans certains cas la communion. En embuscade, les gardiens intransigeants d'un dogme millénaire sont ulcérés par cette recommandation papale laissée au discernement des évêques locaux. Ils répètent que le mariage est indissoluble et toute relation avec un nouveau conjoint un péché mortel d'adultère.

 

Quatre cardinaux conservateurs ont envoyé cet automne une lettre explosive au pape l'accusant d'avoir semé la confusion et exigeant une réponse à leurs "doutes" sur ses recommandations sur la famille publiées en avril. Parmi eux, le cardinal américain Raymond Burke a endossé au fil des semaines le rôle de conjuré en chef, préconisant de sanctionner le pape pour "ses erreurs".

 

De précédentes flèches lui avaient déjà valu, voici deux ans, d'être écarté d'un poste élevé au Vatican pour être relégué patron de l'Ordre de Malte. Mais il a probablement attisé une fronde historique au sein du vieil ordre catholique, conduisant le pape à exiger fin janvier le départ de son "Grand maître". La pape François a nommé le 4 février le numéro trois du Vatican pour remettre les chevaliers de Malte dans le droit chemin spirituel et a relégué Mgr Burke au rang de figurant.

 

Le même jour, les Romains découvraient à leur réveil plus de 200 affiches anonymes placardées dans la ville... "Mais où est ta miséricorde ?", demandaient-elles en dialecte romain, sous un portrait du pontife argentin au regard maussade, accusé d'avoir "ignoré les cardinaux" et "décapité l'Ordre de Malte". L'enquête est en cours, mais des catholiques ultras semblent à la manœuvre. Une façon de peser à l'avenir sur le choix du successeur du pape ? La semaine suivante, le pape était la cible d'un faux "Osservatore Romano", journal officiel du Vatican, transformé en pastiche sarcastique dans lequel le pape répond avec ambiguïté aux cardinaux frondeurs.

 

"En lien avec des événements récents, le Conseil des cardinaux exprime son plein appui à l'œuvre du pape", a enfin écrit lundi le "C9", groupe de neuf cardinaux conseillant le pape sur ses réformes internes. Dans l'univers feutré du Saint-Siège, où le respect au pape va de soi, ce soutien n'est pas passé inaperçu. S'il permet au pape François de paraître moins isolé dans les couloirs du Vatican, il peut aussi être perçu comme un signe de faiblesse par ses détracteurs.

 

L'un des cardinaux du C9, l'Allemand Reinhard Marx, a expliqué mercredi que le groupe ne voulait pas dramatiser, mais qu'il était grand temps de réaffirmer "la loyauté au pape". "C'est clair que nous avons des discussions et des tensions au sein de l'Église, mais il en sera toujours ainsi", a-t-il tempéré. Un autre cardinal, chargé de l'interprétation des textes législatifs, sortait de son côté un livre confirmant la possible communion des divorcés remariés, totalement en phase avec le pape...

 

Ces derniers mois, le souverain pontife, qui jouit d'une grande popularité dans le monde, s'était défendu tout seul, précisant dormir "comme une souche", peu soucieux de ceux qui voient le monde en "noir et blanc".

 

Décrit comme "autoritaire" par ses ennemis, le pape a aussi le pouvoir de faire les carrières. Il vient ainsi de nommer archevêque un ardent défenseur des migrants, en remplacement d'un opposant conservateur italien partant à la retraite. Des vaticanistes observant les soubresauts du Vatican depuis des décennies avancent des analyses divergentes sur cette version papale de "Tout cela est l'expression d'une grande résistance face à un pape qui ouvre les portes dans toutes les directions et parle avec ambiguïté", juge Sandro Magister, qui a sorti sur son blog la lettre des quatre cardinaux.

 

Luigi Accattoli minimise l'intensité dramatique : "Aucun pape ne contrôle tout. Les résistances, y compris de cardinaux, ont toujours existé". Pour autant, "elles sont aujourd'hui plus vivaces et plus nombreuses", "et nous ne sommes pas habitués à une contestation de droite !"

 

Le pape François n’est pas au bout de ses peines notamment avec la réforme de l’IOR comme le montre l’article de RFI.fr de ce lundi 19 février intitulé : «Blanchiment d'argent: le Vatican a gelé 2 millions d'euros suspects en 2016». Le Vatican a gelé en 2016 deux millions d'euros d'origine douteuse déposés à la Banque de l'État pontifical. C'est une étape de plus dans la lutte contre le blanchiment d'argent sale, entamée par Benoit XVI et poursuivie par le pape François.

 

Les deux millions d'euros gelés en 2016 portent à 13 millions d'euros les fonds ainsi neutralisés depuis 2013 par la banque du Vatican en raison de leur origine douteuse. De la même façon, 5000 comptes suspects ont déjà été fermés quand la banque n'en connaissait pas les détenteurs ou qu'ils n'avaient pas de lien avec l'Église catholique ni ses activités caritatives.

 

La banque vaticane baptisée «Institut des œuvres religieuses» a donné lieu à des scandales retentissants dans les années 1980 car elle comptait parmi ses clients des mafieux notoires. Mais en 2010, le pape Benoit XVI avait entrepris de remettre de l'ordre et de soumettre la banque vaticane aux critères internationaux de transparence.

 

Une action poursuivie par le pape François qui a lancé une vaste restructuration. Dernière mesure en date : les cardinaux chargés de surveiller la banque vaticane ne participeront plus aux conseils d'administration. Ils siègeront dans une commission séparée afin de bien marquer la distinction entre le rôle des laïcs et celui des prélats.

 

Réformer demande de la patience et il va en falloir au pape face à ses adversaires qui resteront toujours fixé à la lettre plutôt que sur l’humain.

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités de l'Eglise

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Françoise 20/02/2017 22:07

Je ne suis pas sûre que F1 soit de taille face à ses adversaires. Car les cardinaux réacs sont en lien avec des groupes intégristes: FSSPX, Légion du Christ, OD, qui ont des relais et postes puissants au Vatican. L'OD a la capacité je pense de pouvoir carrément éjecter F1 voire de prendre le pouvoir à sa place tout en promettant aux cardinaux réacs de leur conserver leurs petits privilèges. En attendant de les lourder par la suite pour placer ses propres hauts-numéraires.
Je vois le truc se profiler depuis quelques années et ça me plaît pas du tout, évidemment.
Les problèmes qu'affronte F1 sont multiples:

Une institution décrédibilisée totalement au plan pastoral du fait des prêtres pédophiles et de leur constant déplacement alors même que l'institution aurait dû, compte tenu des centres du Paraclet et des traitements médicaux testés, interdire à ces hommes la perpétuation de leur fonction cléricale. Ce depuis 1952. Donc déjà sur ce dossier, c'est la méga honte.

- Ensuite, l'IOR est aux mains de l'OD et la communication aux mains à la fois de l'OD et de la Légion du Christ. Donc tout ce qui relève de l'idéologie a peu de chances de bouger, non plus que des affaires financières. L'OD n'a pas de sentiment quand il s'agit d'argent et de pouvoir. Et elle a suffisamment de pouvoir au sein de la Curie pour éjecter F1.

- le système des vocations est totalement bloqué en Europe. La seule façon de garder une pastoral et des vocations religieuses, c'est de les attribuer aux laïcs. Et là, c'est l'OD et le Renouveau qui se positionneront. Ces mouvances n'attendent que ça pour s'emparer complètement de la pastorale et y poser uniquement leurs idéologies mortifères.

La marge de manoeuvre de F1 est donc très faible. Même en se mettant avec les cardinaux progressistes, ça ne fera pas pencher la Curie sous régime progressiste.
Et la loyauté au pape, quand on voit ce qui est arrivé à JP1, hum hum...

Poser une bombe sur le Vatican histoire de faire nettoyage par le vide irait plus vite pour réformer l'institution cléricale et ses préceptes que batailler contre les conservateurs intégristes qui de toutes façons, ont plus de poids et de ficelles pour faire plier le pape que pour se soumettre.

Donc c'est super mal barré pour F1.
Mais il doit bien en être conscient.
Donc soit il décide de dénoncer lui-même sa propre institution en demandant une mise au tribunal pour complicité de crimes sexuels contre les associations de victimes. Et il se retourne également contre ces hommes. Idem sur la question d'association mafieuse.
Et là il pourra liquider les opposants.
Soit il se fait déborder et imposer les diktats des plus affreux tout en prétendant quand même faire des réformes: on appelle ça de la communication artificielle. Une façon de ne pas perdre la face tout en brassant beaucoup de vent.

En dehors de ça, je vois pas d'issues. Ou alors l'OD le fera trucider et après, prétendra à un vilain cardinal d'être responsable, après avoir acheté le dit gars ou quelque employé zélé. Mieux, ils invoqueront un attentat terroriste islamique. Dans leur délire intégriste, c'est tout à fait le genre d'argument qu'ils pourraient poser.