Qu'est-ce qui va arriver à la réforme liturgique ?

Publié le 4 Février 2017

Jorge Costadoat dans son article pour periodistadigital.com du samedi 4 février 2017nous montre que ceux qui croient que le cardinal Sarah est pittoresque, ont tort. La tentative d'introduire un changement liturgique par le Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements lors de l'année écoulée ne doit pas être considéré comme bizarre :

 

«Attention ! Sa proposition aux prêtres de célébrer la messe face à l'Orient ou à l'abside des églises, dos au peuple, n'a pas été un faux pas de l’ecclésiastique africain. Le préfet est un parmi d'autres qui veulent une "réforme de la réforme" de Sacrosanctum Concilium, la Constitution sur la liturgie de Vatican II. L'antécédent le plus important de ce principe de la claudication d’un changement plus visible du Concile, est la rupture de l'unité liturgique de l'Église catholique qui a eu lieu avec la réintégration du missel de Pie V par la volonté de Benoît XVI.

 

François, cependant, semble aller dans la direction opposée. Il est le premier pape qui n'a pas été un acteur du Concile Vatican II, mais il ne semble pas ignorer que Sacrosanctum Concilium a été approuvé par 2162 votes contre 46. Le Vatican arrêta l’initiative Sarah. Mais le Pape actuel est allé beaucoup plus loin poursuivant la réforme amorcée par le Concile, ou simplement en contrecarrant les manœuvres des catholiques qui préfèrent la messe en latin ? L'envie de François en faveur d'une "sortie" pour une Église accueillante et inclusive vers d'autres cultures et modes d’humanité, va dans le sens opposé du retrait hostile antimoderniste du monde d'une Église déterminée à affirmer son propre salut.

 

Les documents de Vatican II se comprennent en relation les uns avec les autres. Ce n’est pas pour rien que les lefebvristes les rejettent complètement. Ils les considèrent comme "hérétique". Mais l’œcuménisme est-il hérétique ? Et le dialogue interreligieux? Et la participation des fidèles, la messe comme la table fraternelle (au lieu de l'autel sacrificiel) et les guitares, déforment-elles le christianisme ? Qui vient pour la laine vierge, peut sortir tranquillement.

 

Vous pouvez voir que le rapprochement avec les descendants de Marcel Lefebvre suggère que le Concile n’exprime pas vraiment la foi de l'Église et que tout donne le même résultat. Que fera François ? Va-t-il rompre l'unité dogmatique de l'Église? Va-t-il suivre Paul VI ou Benoît XVI ? Ce qui est nécessaire, à mon avis, est de poursuivre la réforme liturgique.

 

De nouveaux textes liturgiques devraient incorporer encore plus, deux des conclusions dogmatiques du Concile Vatican II d'une importance extraordinaire. La première a à voir avec ce que nous avons récupéré du Concile sur le caractère fondamental du baptême. Si la dignité fraternelle du baptême doit régir les relations entre les chrétiens, il est urgent de "décléricaliser" la messe.

 

Beaucoup de paroles rituelles sacralisent encore les papes, les évêques et les prêtres, et consacrent la séparation entre le sacré et le profane de ce que le Christ, en principe, nous libère. S'il y a quelque chose qui n’est plus pris en charge dans l'Église, c’est le prêtre qui marque sa différence; et il y a une classe sacerdotale qui diabolise le monde sans reconnaître leur propre mondanité.

 

L'autre grande innovation dogmatique du Concile est l'affirmation énergique de la volonté salvifique universelle de Dieu. Aucun mot de la messe n’est en mesure d'exprimer avec plus de force cette conviction de Vatican II que la formule de consécration "pour tous". Les textes liturgiques, doivent abroger le "pour beaucoup" de Benoît, pour porter un nouveau regard et dialoguer avec "tous" les expressions de l'humanité, religieuse ou philosophique, parce que l'Église ne peut pas savoir comment Dieu sauve "les autres", pour qu’elle soit obligée de croire qu'elle en est capable.

 

D’autres paramètres liturgiques demandent instamment une mise en œuvre : les textes doivent être reformulées dans une langue qui inclue les femmes (actuellement ignorées); il est également indispensable de prendre une perspective éco-sociale; nous devons aussi nous aider à voir l'histoire comme une clef des «signes des temps»; en bref, les lectures de l'Ancien Testament qui parlent de la violence de Dieu, de sa vengeance ou de sa punition, devraient être retirés du lectionnaire. Il est devenu insupportable que le lecteur dise : "Parole de Dieu", après que le prophète Élie avait massacré 450 prophètes de Baal et puis répéter : "Je te loue, Seigneur".

 

Il faudra encore faire un changement majeur : supprimer la langue sacrificialiste des prières eucharistiques qui obscurcit les vrais sacrifices que sont ceux de l'amour (inspiré par Jésus qui a donné sa vie pour proclamer le royaume aux exclus, aux méprisés, aux diabolisés, aux pécheurs et à toutes sortes de malheureux) et non ceux de la souffrance et du sang comme une réparation sadomasochiste du Fils au Père (comme si Dieu était un être en colère dans le besoin de d’un sacrifice propiatoire). Le sacrificialisme est la mère de la distance marquée entre les prêtres et les laïcs, et le père des condamnations répétées de l'Église au monde.

 

Ce dont l’Église a besoin n’est pas de "réformer" la réforme liturgique, mais «continuer» la mise en œuvre de Sacrosanctum Concilium qui devrait être encore en mesure d'apporter des améliorations pour rendre plus compréhensible l’amour de Dieu; plutôt que de trahir son impulsion à célébrer l'eucharistie dans une langue et des symboles compréhensibles dans des cultures distinctes dans lesquelles l'Église veut prendre racine.»

 

Jorge Costadoadt nous montre que la réforme de la liturgie doit se poursuive pour être inclusive et montrer l’amour de Dieu, plus compréhensive et sachant voir le monde d’une manière différente. La liturgie si elle arrête d’être sacrificielle et se diversifie fortement permettra à l’Église de s’ouvrir vers l’humanité et aux laïcs (plus particulièrement aux femmes) qui pourront prendre une plus grande place.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Liturgie

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Hérac' 05/04/2017 10:37

Je trouve assez malhonnête la façon dont vous présentez la position des conservateurs liturgiques comme le Cardinal Sarah. Il ne veut absolument pas réformer Sacrosanctum Concilium, qui est justemment un texte que les conservateurs apprécient beaucoup (parce qu'il est rempli d'allusions au sacré, au latin et qu'il donne la première place au chant grégorien).

Ils ne veulent d'ailleurs même pas réformer le missel actuel, juste l'utiliser dans un esprit traditionnel (avec ad orientem, génuflections, beauté sacrale et tutti quanti).

Quand au caractère sacrificiel de la Croix et de la Messe, vous la caricaturez. C'est la simple reconnaissance que nous sommes pécheurs, nous n'aimons pas assez Dieu et notre prochain. nous avons donc, naturellement, une dette, une injustice envers ce Dieu qui nous a créé tut entier par amour. Par la Croix, le Christ s'offre en un don d'Amour absolu qui vient, et de façon surabondante, combler et sublimer cette asymétrie de la relation homme-Dieu.

Assister à la Sainte Messe, c'est assister directemment au plus grand acte d'amour que le monde ait jamais connu.

paroissiens-progressistes 30/05/2017 11:14

Hérac',

Le problème, c'est qu'au départ l'eucharistie n'est qu'un repas mémoriel se souvenant d'un repas de fête mené par Jésus et qui avait beaucoup de sens lors de la fête de Pâques. Ce repas plus tard appelé "fraction des pains" qui est essentiellement communautaire, symbolise et cimente l’union fraternelle des participants. C'est une anticipation du repas messianique auquel les disciples participeront avec lui dans la joie du Royaume, et qu’ils appellent de leurs vœux fervents. Jésus pensait qu'il allait venir, et le fait qu'il dise «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?» semble montrer qu'il pensait qu'il interviendrait pour empêcher sa mort. Le culte sacrificiel ne viendra qu'avec Paul qui avait une vision minoritaire dans l'Eglise primitive et qui l'emportera en 150 quand les pagano-chrétiens furent plus nombreux.

Merci !

Hérac' 29/05/2017 13:46

Bonjour Paroissien progressiste !

D'une part, si, Jésus était un ascète, qui a passé quarante jours au désert et qui enseignait qu'il faut "prendre sa croix et Le suivre". Le fait qu'il savait aussi se réjouir et faire la fête n'y change rien ; enfait il n'y a aucune incompatibilité. Au contraire même : l'Eglise nous demande de jeûner le Vendredi Saint autant qu'elle nous demande de faire la fête le jour de Pâque !

Mais bon, ce n'est pas trop le sujet.

Pour ce qui est de la liturgie, la messe de Paul VI n'a jamais niée que la messe est d'abord un sacrifice avant d'être un repas (enfait elle est un repas parce qu'elle est un sacrifice, les deux choses sont liées) ; et ce serait se méprendre que de croire que croire que la messe est un sacrifice empêche la joie. Au contraire, puisque l'on assiste au plus grand acte d'amour du monde, avec ce Dieu qui se donne totalement en nous invitant à nous aussi nous donner à Lui et au prochain à Sa suite. Alors oui, c'est une joie grave, sérieuse, une exultation qui tient plus des larmes de reconnaissance et d'amour que de celle des chansons de Patrick Sébastien.

La dimension sacrificielle de la messe, du reste, est un dogme de foi, proclamé par tous les Conciles et tout les Papes. La refuser, c'est devenir protestant. Il y a une doctrine qui accepte la présence réelle tout en rejetant que cette présence puisse être sacrificielle : ça s'appelle le Luthéranisme. Encore que les Luthériens, en tout cas dans leur confessions traditionnelles, croient au sacrifice de la Croix dans sa version protestante qui est proprement atroce (la substitution pénale) et je suppose que ce ne serait pas très à votre goût...

Dieu vous garde, lui qui est mort en sacrifice d'amour pour vos péchés comme pour les miens ! :D

Hérac'

paroissiens-progressistes 05/04/2017 19:03

Hérac',

Le problème c'est que Jésus n'était pas un ascète, mettant en avant la mortification. Il aimait la fête, et d'ailleurs son dernier repas pascal était un repas de fête. La messe doit être joyeuse. La messe de Paul VI voulait une plus grande participation des fidèles et a poussé plus en avant ce qu'avait mis en avant Sacrosanctum Concilium sur ce sujet.

Merci !

dumonceau 13/03/2017 21:56

Message de Jésus du 6 aout 1986 à une dame laïque consacrée ,Alice de Pologne (dont le Pape prévoit de la canoniser, les démarches sont en cours) :
Sur la liturgie voici ce que le Seigneur Jésus lui dit: Ce sacrifice est éternel, parce qu’il continue et il se déroule en permanence. C’est un sacrifice en dehors du temps et au-dessus du temps. Vous vivez en lui, vous le respirez. Il vous sauve à chaque instant de votre vie. Si vous connaissiez ne serait-ce qu’un petit bout de la Vérité, si vous arriviez à la pénétrer, chacun de vous pleurerait pour son ingratitude.
Pendant la sainte Messe, Je M’offre en Sacrifice pour vous, et en même temps Je viens à vous le premier, pour que vous acceptiez de M’inviter dans votre vie.
Dans vos âmes, J’offre le Sacrifice pour vous, quand vous recevez la Sainte Communion. Moi, Je M’offre en Sacrifice dans l’âme de chaque personne qui vient et qui reçoit Mon Corps.
Quelle devrait être votre réponse? – Remercier et vous offrir à Moi. Moi, Je vous ai tout offert et J’attends la même chose de votre part.

paroissiens-progressistes 15/03/2017 19:16

Dumonceau,

Pour être crédible, il aurait fallu éviter d'utiliser une personne du Renouveau charismatique. Ici, j'ai expliqué pourquoi ce mouvement est dangereux pour l'Eglise. Évitez d'utiliser des faux prophètes, ce n'est pas parce que le pape voudrait la canoniser que c'est fiable.

Merci !