Pédophilie : les ambiguïtés du pape François

Publié le 27 Mars 2017

Bernadette Sauvaget dans son article du lundi 27 mars 2017 dans Libération.fr nous montre que la «tolérance zéro» affichée par l'Église catholique contre les abus sexuels peine à se concrétiser. La commission pour la protection des mineurs a bien avancé des propositions que François tarde à valider.

 

Un pape en apesanteur ? François affiche, certes, une «tolérance zéro» contre la pédophilie dans l’Église catholique. Mais le doute s’est installé, au fil des mois, sur sa détermination à la mettre en pratique. En retrait par rapport à la fermeté de son prédécesseur Benoît XVI, il prend le risque que ce grave dossier ne devienne l’un des points noirs de son pontificat. «Le temps sera le test», a défendu, ce lundi, le cardinal américain Seán O’Malley, l’un de ses proches qui préside la commission pour la protection des mineurs, qui s’est réunie tout au long de la semaine dernière au Vatican. «C’est lent», dit aussi, à Libération, la pédopsychiatre française Catherine Bonnet qui siège dans cette instance, chargée de conseiller le pape.

 

La commission a transmis une série de propositions au pape. Mais silence sur leur contenu. Une conférence de presse que devait se tenir, ce lundi matin au Vatican, a été annulée au dernier moment. Officiellement : certains membres de la commission s’étaient déjà exprimés publiquement. À l’instar du cardinal O’Malley. Cette personnalité respectée du combat contre la pédophilie aux États-Unis (l’austère O’Malley a remis d’équerre le diocèse de Boston où a lieu le scandale Spotlight au début des années 2000) a dépensé beaucoup d’énergie à défendre son pape et son engagement à combattre la pédophilie.

 

Le malaise est pourtant là. Début mars, la démission avec fracas de Marie Collins a ébranlé très fortement la commission qui lui a apporté malgré tout son soutien. Cette ancienne victime, figure de la lutte contre la pédophilie dans l’Eglise qui a joué rôle clé dans la crise en Irlande, a mis les pieds dans le plat. Elle a dénoncé publiquement un manque de coopération des services du Vatican, tout spécialement de la puissante Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) qui gère les dossiers des prêtres pédophiles.

 

«Faux», a rétorqué tout aussi publiquement le patron de la CDF, le cardinal Gerhard Ludwig Müller. Marie Collins déplorait particulièrement le peu d’égard manifesté aux victimes, demandant à ce que le Vatican leur réponde systématiquement et individuellement quand elles prennent contact avec les instances officielles de l’Eglise. «Je la soutiens totalement, déclare Catherine Bonnet. Rien ne peut avancer réellement si on ne prend pas en compte la parole des victimes, si on ne les écoute pas.»

 

Une autre bataille a eu lieu en coulisse. Très vite, la commission avait proposé un tribunal pour juger les évêques ayant couvert des prêtres pédophiles. Dans un premier temps, cette mesure phare avait été avalisée au plus haut niveau du Vatican. Reculade ? Le pape lui a finalement préféré une commission de discipline. Mais qui n’est toujours pas… en place ! Homme d’autorité, François tergiverse moins sur d’autres dossiers. Sur la question de la pédophilie, il fait preuve de certaines ambiguïtés. Ainsi, il a apporté un soutien indéfectible au cardinal Philippe Barbarin, mis en cause dans son diocèse de Lyon pour des manquements dans cinq affaires. François a aussi conservé auprès de lui l’Australien George Pell, le ministre de l’économie du Vatican, mis en cause dans son pays. Comme d’autres responsables catholiques, l’un et l’autre pourraient peut-être être convoqués devant la commission de discipline. Si elle fonctionne…

 

Autre grave épine dans le pied du pape : des affaires resurgissent en Argentine quand il fut archevêque de Buenos Aires. A l’instar de celle du père Julio César Grassi. Sa peine à quinze ans de prison a été confirmée, la semaine dernière, après de multiples recours. Bergoglio l’aurait aidé dans sa défense. Comme pape, il devra trancher dans les mois à venir s’il est renvoyé ou non de l’état clérical… Une clarification très attendue.

 

Le pape François va devoir montrer plus de volonté pour faire passer sa fameuse «tolérance zéro» et nettoyer durablement l’Église, il faut dire que les victimes des prêtres pédophiles en ont assez d’attendre.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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