Père Stéphane Joulain : « Les évêques doivent rendre des comptes sur leur lutte contre la pédophilie »

Publié le 26 Mars 2017

Céline Hoyeau dans la-Croix.com ce dimanche 26 mars 2016 a recueilli les propos du père Stéphane Joulain, père blanc, psychothérapeute spécialisé dans le traitement des abus sexuels, a suivi en thérapie près de 200 prêtres pédophiles et donne dans différents pays de nombreuses formations en matière d’éducation et de prévention.

 

À ses yeux, l’Église doit se doter d’instances de contrôle et collaborer étroitement avec les victimes, si elle veut véritablement instaurer une culture de lutte contre la pédophilie. Pour lui, la peur du scandale, la protection de l’institution et l’envie de ne pas entacher l’image de l’Église n’a fait qu’abîmer sa réputation. Les gens ne pardonnent pas le fait que des évêques les aient camouflés.

 

Il avance que «Certains traits de cléricalisme ont pu entraîner une fausse solidarité sacerdotale.» Mais aussi qu’«Il y a certainement aussi, parfois, une méconnaissance des conséquences de l’abus sexuel. Certains n’y voient qu’une affaire de sexe, de la même manière qu’ils auraient à gérer un prêtre ayant une compagne. Ils réduisent les abus sur mineurs à une question de moralité, un péché contre le sixième commandement, mais on ne peut mettre ces abus sur le même plan que des relations sexuelles entre adultes consentants.»

 

Le père Stéphane Joulain dit aussi qu’«Il n’est pas évident de croire les évêques lorsqu’ils affichent aujourd’hui leur détermination, alors qu’ils nous ont dit la même chose en 2000. Personne ne leur a demandé des comptes entre-temps.» Il montre aussi que le problème est qu’«Ils ont publié une brochure Lutter contre la pédophilie à destination des éducateurs. On sait que le problème concerne des prêtres qui ont abusé mais on fait un livre à destination de tous les éducateurs qui pourraient abuser, avec une page sur les prêtres.»

 

Pour le père Joulain on devrait suivre l’exemple des États-Unis : «Aux États-Unis, la conférence des évêques doit publier chaque année un rapport sur la protection des enfants dans lequel ils indiquent ce qu’ils ont fait concrètement. Au sein de ma congrégation, j’anime aussi un réseau des délégués à la protection de l’enfance, chargés de faire en sorte que nos lieux de mission soient sûrs. Chaque année, ils doivent m’envoyer un rapport indiquant où ils en sont. C’est cela qu’on attend des évêques : pas simplement qu’ils nous disent qu’ils font des choses, mais concrètement, ce qu’ils font.»

 

Il fait également une proposition intéressante celle d’une «instance qui puisse vérifier comment tel dossier a été géré dans tel diocèse, ce qu’il faut améliorer ou changer dans tel autre, combien de formations ont été dispensées dans les séminaires et sur quoi.» Car il a suivi certaines formations qui étaient très insuffisantes.

 

Pour le prêtre pédophile, selon lui faut d’abord reconnaître que ces hommes ne sont pas dignes d’exercer le ministère du prêtre. Ils peuvent célébrer la messe pour eux personnellement, mais ils ne peuvent plus célébrer les sacrements pour les autres ni exercer de charge de prêtre. Ensuite se pose la question : que faire d’eux ? Et quand il s’agit d’un homme d’une quarantaine d’années, qui a la possibilité avec une bonne thérapie, de recommencer sa vie, je lui conseille de demander à être déchargé de l’état clérical.

 

Mais quand c’est un homme de 65-70 ans, il trouve que «c’est beaucoup plus difficile d’entamer une thérapie et, s’il se retrouve dans la nature, en période de stress, sans soutien, il risque de recommencer. Une vie de pénitence et de prière, comme l’envisage le pape François pour ces personnes, peut être une solution intéressante car elle protège la société. Mais on ne peut pas tous les mettre dans un monastère, les monastères ne sont pas faits pour ça.»

 

Enfin pour le père Joulain, «Il n’y a pas de solution idéale. Il faut travailler au cas par cas, évaluer si on a les moyens d’une supervision.» espérons que l’Église arrive à se débarrasser de la culture du secret sur ces affaires, car comme le montre l’article de la-croix.com d’Éric Domergue (à Buenos Aires) et de Nicolas Senèze (à Rome) intitulé «L’affaire Grassi embarrasse l’Église argentine», c’est plutôt difficile comme le conte le frère Fuentes. «En Argentine, la question des abus sexuels, dans l’Église comme dans la société, n’est véritablement traitée que depuis 8 ou 10 ans, reconnaît-il. Culturellement, cela reste un tabou. Il ne faut pas oublier que les adultes ont grandi sous 30 ou 40 années de dictature : une véritable formation au silence ! Même si les choses ont évolué depuis 10 ans, il n’y a pas de culture de la transparence.»

 

Le pape François a surtout trop attendu pour régler ce problème. Une enquête canonique a par ailleurs été lancée et le dossier serait, depuis décembre 2016, à la Congrégation pour la doctrine de la foi qui doit désormais se prononcer sur le renvoi du père Julio Cesar Grassi de l’état clérical. C’est un peu tard. Il avait pourtant été condamné à 15 ans de prison en 2009 pour avoir abusé de mineurs alors qu’il dirigeait la fondation “Felices los Niños” (Heureux les enfants). Sa condamnation est désormais définitive, ayant déjà été confirmée par la Chambre de cassation et la Cour suprême de la province de Buenos Aires le 21 mars 2017. Le père Grassi était resté en liberté jusqu’en septembre 2013, et a ensuite perdu le bénéfice de la liberté surveillée.

 

L’évêque du diocèse de Moron, dans la banlieue de Buenos Aires, a aussi déclaré le 21 mars 2017 que le père Julio César Grassi était interdit d’exercer ses fonctions sacerdotales en public depuis le début de son procès. Tout en soulignant qu’il fait face à une enquête au Vatican. Sa situation dépend d’une décision du pape François, relève l’évêque de Moron. Que de temps perdu et combien de victimes aurait pu échapper à ce prêtre si l’archevêque de Buenos Aires, de 1998 à 2013, le cardinal Bergoglio les avaient écoutées et empêcher une contre-enquête a été commandée par la Conférence épiscopale argentine.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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Commenter cet article

Françoise 27/03/2017 13:04

La contre-enquête, c'est F1 qui l'a demandée quand il était archevêque, Taï. Et il l'a fait pour la préservation clanique de l'Eglise argentine. Au mépris total des victimes. Et on voit que c'est toujours le cas maintenant qu'il est pape au niveau du Vatican car il n'a pas révoqué Barbarin, a méprisé les demandes de rencontres avec les victimes de Preynat, comme il n'a pas révoqué Pell et n'a pas considéré la parole des victimes australiennes, comme il ne révoquera aucun responsable épiscopal qui aura couvert et tenté de protéger des prêtres pédophiles.
Il est toujours dans la sauvegarde de l'impunité criminelle de l'Eglise car il considère comme ses collègues, que la loi de Dieu est supérieure à la loi des hommes, et que de fait elle autorise tous les abus, tous les crimes en toute impunité.
C'est d'autant plus terrible que depuis 1952, grâce au père Gerald Fitzgerald, tous les épiscopats savaient que les prêtres pédophiles sont irrécupérables et dangereux et qu'il serait criminel de les reclasser.
Et le Vatican est confronté depuis 1700 ans, donc depuis ses débuts à des affaires pédophiles.
C'est Marco Politi qui le précisait il y a quelques années dans le documentaire Mea Maxima Culpa sur le sujet de la pédophilie cléricale.

On ne pourra sortir de ces horreurs que si le Vatican et les épiscopats sont mis sous tutelle et contrôle annuel extérieur, devant rendre des comptes sur le sujet. Ca c'est une évidence. Mais rien ne pourra venir du clergé lui-même. C'est une évidence. La culture dominante cléricale est tellement ancrée dans la sacralisation du sacerdoce et du célibat consacré qu'il n'y a pas de possible changement de mentalité. Parce que les hauts clercs sont vissés à leurs privilèges et qu'admettre la possibilité d'être jugés au pénal comme n'importe quel individu, ça veut dire la fin de l'institution telle qu'établie et voulue par les individus qui l'ont créée (et non voulue par Dieu, comme un certain nombre tentent de l'affirmer pour se dédouaner de toute forme de responsabilités).
Ca veut dire un système de cotisation sociale alignée sur le système sécu/mutuelle ordinaire, ça veut dire des inspections via des organismes extérieurs indépendants sur les questions de respect des droits fondamentaux humains, ça veut dire mise au pénal en cas de crime comme n'importe quel citoyen, ça veut dire responsabilité pénale, judiciaire des hauts clercs en cas de non dénonciation de clercs pédophiles, ça veut dire fin de la banque vaticane, ça veut dire fin de l'état tel qu'accordé par Hitler et Mussolini et fin de l'immunité diplomatique...
Pour activer un tel changement, faudra qu'il soit imposé par les Nations Unies. Jamais le Vatican ne fera les réformes-mutations nécessaires. Faut arrêter de rêver.