Une gauche tournée vers l’avenir

Publié le 25 Mars 2017

Une gauche tournée vers l’avenir

francetvinfo.fr et LCI.fr dans leurs articles du vendredi 24 mars 2017 «DIRECT. Le Drian soutient Macron : "Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant de trahisons", réagit Benoît Hamon» et «Hamon : après le ralliement de Le Drian à Macron : "Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant de trahisons"», nous montrent que le candidat socialiste à l'élection présidentielle, Benoît Hamon, ne s'"attendait pas" à "autant de trahisons", a-t-il déclaré, vendredi 24 mars, sur Europe1, interrogé sur le ralliement de Jean-Yves Le Drian à Emmanuel Macron. Le ministre de la Défense a confirmé, vendredi, dans un entretien à Ouest-France, son soutien à au candidat d'En marche !. "Parce que ce sont des trahisons, des trahisons pas de moi, je ne demande rien, mais d'une histoire, de valeurs que nous représentons, de la place qui doit être celle de la gauche", a poursuivi Benoît Hamon.

 

"Il y a deux gauches aujourd'hui en France, vis-à-vis desquelles je veux prendre mes distances. Celle qui pour gouverner renonce à être de gauche et qui demain pour gouverner pourrait, comme je l'entends (chez) certains, baisser l'ISF, augmenter la pression sur les chômeurs, baisser le nombre de fonctionnaires, faciliter le licenciement, ça, ça n'est pas la gauche, et si pour garder le pouvoir ou exercer le pouvoir, il faut faire cela (...) moi, je ne le ferai pas", a-t-il continué. "Et puis il y a une autre gauche qui renonce au pouvoir pour être de gauche et qui dit 'dégagez tous'", a-t-il ajouté.

 

Il est intéressant de voir ces gauches dont parle Benoît Hamon et il vise juste. Il nous montre qu’il y a deux gauches, tout d’abord, celle qui abandonne ses valeurs pour gouverner allant jusqu’à trahir pour aller vers Macron. Cette gauche qu’on appelle social-libérale qui s’est rallié au principe d’un État allégé, centré sur l’aide aux entreprises plutôt que sur la protection des citoyens. Elle n’a plus de gauche que le mot. Les résultats de cette politique ne sont pas fameux comme le montre le document de mars 2015 appelé «Le pouvoir et le peuple», de Florence Jaumotte et Carolina Osorio Buitron, économistes au Département des Études du FMI expliquent suite à une étude que le recul du syndicalisme semble avoir largement contribué à l'augmentation de la part des revenus les plus élevés et à la montée des inégalités.

 

Serge Halimi en mars 2016 dans un article du monde-diplomatique.fr intitulé «Le temps des colères» nous montre aussi que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a calculé que l’enrichissement des plus riches (un groupe qui compte au moins autant d’intermédiaires parasites que de «patrons entreprenants») avait compromis «la croissance économique à long terme» là où, au contraire, une amélioration des revenus des plus pauvres l’aurait accélérée. Il cite aussi l’hebdomadaire britannique The Economist, peu connu pour son gauchisme, a concédé, que «les prévisions selon lesquelles la réduction des impôts générerait assez de croissance pour être autofinancée semblent un peu irresponsables aujourd’hui».

 

Les partis sociaux-démocrates ayant choisis de devenir néolibéraux, comme le montre ceux qui vont vers la vision macroniste, connaissent de nombreux échecs électoraux : le SPD en Allemagne s’est fait écraser lors des élections législatives 2013 par Angela Merkel, du fait qu’ils gouvernaient avec elle, donc le choix de gauche s’est plus porté sur Die Linke et Les Verts, le parti travailliste britannique qui a subit une lourde défaite électorale en 2015 a choisi de revenir vers la social démocratie en choisissant Jeremy Corbyn, le PASOK en Grèce dans la Coalition démocratique avec la Gauche démocrate (DIMAR), n’a obtenu que 6,28 % lors des élections législatives de septembre 2015 et paye sa participation à un gouvernement de droite pro-austérité, le Parti travailliste aux Pays-Bas pour avoir gouverné avec la droite dans une politique d’austérité a payé le prix de cette alliance contre nature aux législatives en 2016 avec 9 %, et le candidat du Parti social-démocrate d'Autriche lors des élections présidentielles autrichiennes en 2016 n’a obtenu que 11,3 % des suffrages payant l’alliance contre nature de son parti avec la droite.

 

L’autre gauche, celle qui veut tout dégager n’est pas plus fameuse dans ses résultats. En Espagne, Podemos allié à Izquierda Unida, est arrivée deux fois troisièmes aux législatives, sans pour autant dépasser le PSOE, perdant 1 million de voix à la deuxième élection législative. Podemos n’a pas pu gouverner non plus, car le parti a refusé une alliance avec le PSOE, il faut dire que Podemos avait trop demandé à la formation sociale démocrate comme Mélenchon l’avait fait à Benoît Hamon. Pablo Iglesias, trop gourmant avait exigé la vice-présidence et la moitié des portefeuilles ministériels d’un éventuel gouvernement de coalition. Il avait aussi réclamé la tenue d’un référendum d’autodétermination en Catalogne et mis son veto à la participation de Ciudadanos dans les discussions. Ce parti a aussi beaucoup déçu, car une parie des électeurs avait compris qu’ils voulaient juste surpasser et éliminer le PSOE pour prendre le pouvoir, alors qu’ils avaient l’espoir de rééquilibrer la gauche et réorienter les positions du PSOE. Mélenchon se retrouve dans le même souci qui sera sans doute fatal à sa France insoumise.

 

Enfin, on trouve une troisième force de gauche, la social-démocratie à laquelle se rattache Benoît Hamon, celle qui après la seconde guerre mondiale avait mise en place le modèle de démocratie sociale. Ce modèle de démocratie avait permis l’instauration d’une économie de marché sociale, où les entreprises demeurent relativement libres, avec une sécurité sociale universelle, une éducation bien financée, des allocations chômages généreuses, de nationalisations pures et simples des grandes industries, une supervision étatique de l’économie et en Allemagne de l’Ouest les syndicats étaient représentés dans les conseils d’administrations. Cela a donné naissance à l’économie mixte, où les pauvres vivaient bien et les riches perdaient de leur puissance économique. Le laisser-faire économique avait amené la grande dépression qui avait suivi la crise de 1929, et la Seconde guerre mondiale, on le remplaça par l’économie mixte.

 

Benoît Hamon se retrouve dans cette tradition. Il propose de redonner vie à la démocratie sociale à travers une économie de marché sociale en mettant en avant le revenu universel, afin de réduire les inégalités scolaires, il veut limiter strictement le nombre d'enfants par classe en CP, CE1 et CE2, étendre aux lycées la réforme de l'éducation prioritaire et favoriser la mixité sociale, il souhaite faire adopter par référendum dès juin 2017 le principe du «49-3 citoyen» par lequel 1% du collège électoral français peut obtenir la convocation d'un référendum avant la promulgation d’une loi. Benoît Hamon propose également une augmentation du Smic, des Minimas sociaux et du Minimum vieillesse, une nouvelle loi Travail qui remplacera celle de Myriam El Khomri, une augmentation du budget de la recherche et du développement, une taxe sur les robots, une taxe sur les profits des banques, la priorité au «made in France» en réservant 50 % des marchés publics aux petites et moyennes entreprises françaises, une interdiction des perturbateurs endocriniens, une sortie du nucléaire avant 2040 en «fermant les réacteurs en fin de vie», le droit de vote des étrangers aux élections locales, une loi anti-concentration des médias, le recrutement de 40 000 nouveaux enseignants en cinq ans et la légalisation de l’usage du cannabis pour les majeurs comme au Portugal.

 

Il est au moins fidèle à lui-même et ne veut pas dévier sa route, comme il l’a dit sur BFMTV hier : «Je refuse le carcan de ceux qui gouvernent depuis 30 ans et qui s'accrochent pour gouverner 5 ans de plus.» Il assume que sa gauche est une gauche qui transforme et gouverne. Pour lui être de gauche, ce n’est pas gouverner en cessant d’être de gauche, de casser le service public, et d’être libéral. Il souhaite une gauche tournée vers l’avenir. Je le souhaite aussi.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

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