La résurrection, une libération

Publié le 16 Avril 2017

La résurrection, une libération
Récemment, Israël Knohl a montré à travers ses recherches que des inspirations apocalyptiques juives qui ont eu cours entre le IIe siècle avant J.-C. et la fin du Ier siècle après J.-C. ont pu inspirer les disciples sur la résurrection de Jésus ou du moins être un des vecteurs de leurs croyances à ce sujet. Un messianisme «catastrophique» fondé sur les versets bibliques a peut être vu le jour. Cette croyance se basait sur la souffrance, la mort et la résurrection du Messie comme si elles constituaient un fondement nécessaire au processus de rédemption.
 
 
Dans L'autre Messie (Albin Michel, 2002), sur la base des hymnes trouvés à Qumran entre la mer Morte, Israël Knohl fait valoir qu'une génération avant Jésus, un leader messianique qui s'appelait Menahem a surgi dans la secte de Qumran et il a été considéré par ses partisans comme l'avènement d'une ère de rédemption et de pardon. Ce chef messianique a été tué par des soldats romains au cours d'une révolte qui a éclaté à Jérusalem en 4 avant J.-C. Les Romains interdirent que son corps soit enterré et après le troisième jour ses disciples crurent qu'il était ressuscité et monté au ciel.
 
 
Israël Knohl dans Messiahs and Resurrection in 'The Gabriel Revelation' (Continuum Édition, 2009) nous parle aussi d'une stèle appelée la «Révélation de Gabriel» qui mesure 93cm de haut et 37cm de large qui un texte araméen divisé en deux colonnes. Il est composé de 87 lignes et présente le Messie. Il n'y est pas décrit comme un descendant glorieux de David qui aurait rétabli le royaume d'Israël, mais comme quelqu'un qui souffre et ressuscite après trois jours comme le présente les lignes 80 et 81. Le «prince des princes» cité dans cette tablette est censé être Simon, l'un des révolutionnaires galiléens et un des esclaves d'Hérode, qui, au lendemain de la mort d'Hérode, a récupéré l'indépendance d'Israël pour lui et pour son peuple. Il pille et incendie plusieurs résidences hérodiennes, s'attaquant aux symboles hérodiens et au luxe. Simon a été tué alors qu'il était debout sur le bord d'une gorge. Son corps a probablement fini sur les roches de la falaise, où il s'est putréfié. Sur la stèle, Gabriel parle soi-disant de l'attaque contre ce révolutionnaire, lui annonçant qu'il serait ramené à la vie après le temps de trois jours.
 
 
Cela nous montre que la croyance en un Messie souffrant et qui ressuscite existait déjà. Mais là, où la croyance en la résurrection de Menahem et de Simon n'ont pas portée sur la durée, celle de Jésus existe toujours. Une raison permet de l'expliquer, celle que le mouvement de Jésus a su répondre aux attentes messianiques de l'époque, tant chez les Juifs que chez les convertis au judaïsme, les «craignants Dieu». C'est la tournure sociale du mouvement qui a porté comme ce fut le cas pour les nombreuses révoltes contre les Romains et leurs collaborateurs entre 4 avant J.-C. et 135 après J.-C., Jésus devait être vu comme un chef charismatique champion de la justice sociale et il choisit une méthode moins violente, celle de la résistance passive qui donnait plus de résultats (Laurent LamoineBlaise Pichon, et Christian-Georges SchwentzelLe monde romain de 70 av. J.-C. à 73 apr. J.-C., Collection : «Pour les concours», Armand Colin, 2014). La résurrection était alors vue comme libératrice et ouvrant l'ère du Royaume de Dieu qui verra la destruction des forces du mal, ici les Romains.
 
 
Poussons plus loin et nous pouvons voir que la théologie de la libération a peut être vu la résurrection dans son véritable sens. Leonardo Boff dans Jésus-Christ, le libérateur (Cerf / Traditions Chrétiennes,‎ 1983 [éd. originale publiée en 1971]) nous montre que Jésus a créé les conflits sur deux fronts qui l'ont conduit à la croix. Il ne mourut pas dans son lit entouré de ses disciples, mais il a été exécuté sur la croix, à la suite de son message et  de sa pratique. Tout indiquait que son utopie avait été frustrée. Mais quelque chose d'inouï qui est arrivé : l'herbe ne pousse pas sur sa tombe. Certaines femmes ont annoncé aux apôtres qu'il avait été ressuscité. La résurrection ne doit pas être identifiée à la réanimation d'un cadavre, comme dans celle Lazare, mais comme l'apparition d'un nouvel être, qui n'est plus soumis soit à l'espace-temps, ou à l'entropie naturelle de la vie. C'est la raison pour laquelle il peut aller à travers les murs. Il apparaît et disparaît. Son utopie du Royaume comme une transfiguration de toutes choses, ne peut pas être réalisée à l'échelle mondiale, c'est devenu quelque chose de concret en sa personne par la résurrection. Il est le Royaume de Dieu concrétisé en lui.
 
 
Leonard Boff indique que la résurrection est l'événement principal, sans qui le christianisme ne peut être soutenu. Sans cet événement béni, Jésus serait juste un des nombreux prophètes sacrifiés par les systèmes d'oppression. La résurrection signifie la grande libération et aussi une insurrection contre ce type de monde. Celui qui a été ressuscité n'était pas un César ou un souverain sacrificateur, mais celui qui avait été crucifié. La résurrection donne un sens à tous ceux qui sont crucifiés à travers l'histoire pour la justice et l'amour. La résurrection nous assure que le bourreau ne triomphe pas de la victime. Cela signifie que la réalisation des potentialités cachées en chacun de nous : l'apparition d'un homme nouveau. Comment comprenons-nous cette personne ? Les disciples l'appelaient par chaque titre; Fils de l'homme, Prophète, Messie, et bien d'autres. En fin de compte, ils ont conclu : un être humain, comme Jésus ne peut être que proche de Dieu. Et ils ont commencé à l'appeler, Fils de Dieu (Jésus-Christ, le libérateur (Cerf / Traditions Chrétiennes, 1983 [éd. originale publiée en 1971]).
 
 
James H. Cone dans  God of the Oppressed en 1975, met en avant que  la résurrection est étroitement liée à la croix : «cela décrit que la liberté est dans la croix. Et dans la résurrection». Tandis que dans The Cross and the Lynching Tree en 2011, la résurrection est devenue subordonnée à la croix : «La croix parle aux gens opprimés de même manière que la vie de Jésus, ses enseignements, et même sa résurrection ne le font pas. Comme l'Allemand spécialiste du Nouveau Testament Ernst Käsemann l'a dit, 'La résurrection est ... un chapitre de la théologie de la croix. Ou la croix est la signature de celui qui est ressuscité'». Si, dans les premiers écrits, la résurrection surmonte les puissances du péché et de la mort et mobilise un refus juste de l'oppression où l'on risque hardiment la souffrance et même la mort (la résurrection comme battant la croix), dans ce travail plus tardif, les motifs de la résurrection sont la lutte profonde pour trouver un sens et affirmer la dignité humaine dans le milieu de l'oppression (la résurrection est comme la transformation de la croix).
 
 
James H. Cone, dans A Black Theology of Liberation (Orbis Books; 40th Anniversary edition, 2010), il pousse un peu plus loin sa théorie. Bien que tué par les souverains de l'époque, Dieu a ressuscité Jésus d' entre les morts : pour le Christ «la résurrection est la divulgation que Dieu n'est pas vaincu par l'oppression, mais qu'elle se transforme en possibilité de liberté.» Le moyen de la résurrection que Dieu a accordé à une vie démontre des possibilités qui dépassent la réalité et semblent démontrer une invincibilité face aux puissances de la mort. La résurrection renverse la capacité de toute personne, y compris de l'Amérique blanche à la construction d'un horizon possible, de la liberté et de vie digne : La liberté chrétienne est la reconnaissance que le Christ a vaincu la mort ... La libération que représente les opprimés qui disent non à un oppresseur, en dépit de la menace de la mort, parce que Dieu a leur a dit oui, les plaçant ainsi dans un état de liberté.»
 
 
La résurrection de Jésus doit donc être vu à travers son fond social porteur celui du royaume de Dieu à venir qui doit permettre la libération des hommes de toutes sorte d'oppressions dont la résurrection de Jésus est une victoire contre elles.
 
 
Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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M.W 18/04/2017 12:09

Vous avez écrit de beaux articles, Taï, je suis impressionné par votre ardeur à défendre votre foi catholique... mais je n'arrive pas à retrouver la foi dans le Christ pour autant.

paroissiens-progressistes 20/04/2017 13:58

M.W,

Dieu ? N'est pas sélectif, mais peut-être désire-t-il que vous soyez vous-même. Et après tout qu'est-ce que la foi ? Un système de croyance ? Ou un espoir pour l'avenir ? C'est à nous de trouver une réponse qui peut être différente et qui nous convienne. A vous de trouver la réponse qui vous convient le mieux et pas forcément celle que je vous ai donné.

Merci !

M.W 19/04/2017 09:05

Je ne pense pas retrouver la foi de sitôt, votre Dieu m'a fait comprendre qu'Il ne voulait pas de moi parmi ses disciples, je ne sais pas pourquoi mais je ne peux pas me révolter contre Lui quand même....

Peut être Calvin avait-il raison, peut-être Dieu donne t-il la foi à ceux qu'Il a choisi, vous faite parti des élus, Françoise en fait parti, Terras en fait parti... mais pas moi, moi. Tant pis.

paroissiens-progressistes 18/04/2017 13:08

M.W,

Dieu nous laisse libre de croire ou de ne pas croire. C'est vous qui verrez si vous retrouvez la foi ou pas, ce sera votre choix et il vous laissera libre quoi qu'il arrive.

Merci !