La sainte Cène : un repas de fête au sens des plus politiques

Publié le 13 Avril 2017

Un repas de fête qui finit sur une arrestation : l’avènement du Royaume de Dieu face au pouvoir politique
Un repas de fête qui finit sur une arrestation : l’avènement du Royaume de Dieu face au pouvoir politique

Un repas de fête qui finit sur une arrestation : l’avènement du Royaume de Dieu face au pouvoir politique

Ce que nous voyons dans le dernier repas de Jésus est en réalité une allusion directe au repas dans le Royaume des Cieux à venir, car Jésus y annonce qu'il va cesser de prendre part aux festins terrestres, mais qu'il participera au banquet ultime, lors de la venue du règne de Dieu. Jésus ne donne aucune précision sur la forme, ni sur la date exacte de la venue du Royaume, mais il affirme simplement qu'il est certain d'y participer (Jean Marie GuillaumeLuc interprète des anciennes traditions sur la résurrection de Jésus, Libr. Lecoffre, Gabalda, 1979,  et Jean-Marie van CanghLes sources judaïques du Nouveau Testament : recueil d'essais, Isd, 2008). Ce serait un repas de fraternité eschatologique (Revue biblique internationale, Volume 12, 1903). Faire un repas de Pâques est encore plus symbolique, car cette fête célèbre la sortie d'Égypte et la fin de l'esclavage pour le peuple hébreu, et donc une image symbolique de la future libération d'Israël du joug romain.
 
 
Joachim Jeremias confirme que c'est bien un repas de Pâques puisque le repas est fermé avec un hymne pascal, le Hallel, que les mots interprétatifs prononcés sur le pain et le vin ressemblent à une extension de la Haggadah de Pessah, il est étendu dans la nuit avec un petit rassemblement, où les personnes sont inclinés au lieu d'être assises à table, tandis que le plat est précédé de la fraction du pain et on trouve du vin rouge. Enfin quand Judas sort, les disciples pensent qu'il va distribuer de l'argent aux pauvres, une coutume de Pâque (La Dernière Cène : les paroles de Jésus, Paris, Cerf, 1972).
 
 
Jésus rejoint avec ses partisans un repas qui a été conçus pour anticiper la venue du Royaume de Dieu. John Dominic Crossan va plus loin et montre que le repas de Pâque ouvre un égalitarisme social radical dans les sièges pour les repas (The Historical Jesus : The Life of a Mediterranean Jewish Peasant, 1991). Pour Bruce Chilton la volonté de fournir des repas, de se joindre à la fraternité, de pardonner et d'être pardonné, a été vue par Jésus comme une condition suffisante pour manger en sa compagnie et pour l'entrée dans le Royaume de Dieu. L'approche de Jésus à la qualification de la pureté était distinctive dans son caractère inclusif. Pour Jésus, les marqueurs primaires de pureté, les exigences principales pour la communion de table dans le royaume étaient : Israël est pardonné et prêt à fournir sa propre production (Rabbi Jesus : An Intimate Biography, Doubleday, 2000).
 
 
Pour John Dominic Crossan (http://usuaris.tinet.cat/fqi_sp04/euc_peixos_sp.htm), Jésus fait donc un repas où la participation est égale en vertu de la nourriture, puisqu'elle est distribuée à tout le monde sans préférence. Jésus est l'hôte, mais prend le rôle du serviteur, et tous les invités partagent donc la même nourriture sur un pied d'égalité. Enfin, Jésus, dans une société où les femmes étaient responsables de la préparation et du service de la nourriture à la famille, change la donne et leur fait adopter, non seulement le rôle de servante, mais aussi de participante au banquet messianique.
 
 
Pour Hyam Maccoby, la sainte Cène sera un avant goût de la fête qui aura lieu si Jésus réussit. Cela peut se rapporter à ce que  Jésus dit : «En En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu» (Marc 14,25). Leur prochain repas sera la fête messianique elle-même, qui sera la célébration de la victoire sur les ennemis de Dieu, les Romains. Après Jésus se rend au mont des Oliviers (Hyam MaccobyPaul et l'invention du christianisme, Lieu commun, 1987).
 
 
Arrivé au mont des Oliviers, Jésus se place avec ses disciples dans le "jardin de Gethsémani." Il est situé traditionnellement à un endroit au pied du Mont des Oliviers, mais peut-être est plus loin de Jérusalem, dans une basse vallée entre deux contreforts de la montagne. La prophétie de Zacharie dit que les pieds de Dieu vont se tenir debout sur le mont des Oliviers, qui provoqueront un tremblement de terre vers l'est et à l'ouest, la masse de la montagne se retirera vers le nord et le sud. La prophétie continue, «Et vous fuirez dans la vallée des montagnes.» Jésus prit donc ses disciples à l'endroit indiqué par le prophète, où il pourrait regarder le miracle et ne pas être submergé par lui. Il est en outre assuré par le prophète : «Et mon Seigneur viendra, et tous les saints avec toi» (Zacharie 14) (Hyam MaccobyPaul et l'invention du christianisme, Lieu commun, 1987).
 
 
Dieu lui-même se joindrait au Messie dans la vallée et luttera avec lui contre l'ennemi en frappant ses rangs avec un fléau. D'autres miracles surprenants se produiront : des eaux vives se sortiront de Jérusalem dans deux rivières; et «au temps du soir, ce sera la lumière» (Zacharie 14). Une fois dans la «vallée de la décision»Jésus lui-même s'applique à la prière et veille. Il a dit à ses disciples : «Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas en tentation.» Il attendait un miracle impressionnant et l'apparition de la gloire de Dieu : mais il doit avoir senti que cette manifestation dépendra, dans une certaine mesure, de sa propre dignité et de celle de ses disciples (Hyam MaccobyPaul et l'invention du christianisme, Lieu commun, 1987).
 
 
L'apparition miraculeuse de Dieu sur le Mont des Oliviers n'a pas eu lieu. Quand les troupes romaines guidées par Judas Iscariothe sont arrivées à Gethsémani ils ont trouvé une poignée de rebelles équipés avec seulement deux épées. Judas n'a pas trahi Jésus, il l'a«livré» ou «remis» (paradidonai en grec), mais il n'est pas désigné comme un «traître». Il semble que l'on puisse dire que la décision de Judas est prise après que Jésus a prononcé la parole sur le pain donné à celui qui allait le livrer pendant la Cène pensant qu'il voulait affirmer ses prétentions messianiques devant le Grand Prêtre. Quelques coups ont été échangés, mais Jésus fut bientôt capturé. Les disciples fuient dans la consternation et les troupes, qui avaient reçu l'ordre d'apporter le chef de file, continuèrent leur chemin avec le prisonnier (Hyam MaccobyPaul et l'invention du christianisme, Lieu commun, 1987 et http://www.mondedelabible.com/wp-content/uploads/2014/04/Judas.pdf).
 
 
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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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