Le procès romain de Jésus ou la décision expéditive de condamner un fauteur de trouble

Publié le 14 Avril 2017

Le procès romain de Jésus ou la décision expéditive de condamner un fauteur de trouble
Après avoir été interrogé par Caïphe dans la maison d'AnneJésus est emmené devant le préfet de Judée, Ponce Pilate, qui résidait dans le palais d'Hérode. Encore une fois le récit du procès romain est peu fiable. Il y a une tendance dans les récits évangéliques, en particulier dans Luc, à blanchir la participation romaine à la mort de Jésus, et de suggérer que le christianisme n'a pas été un mouvement politiquement dangereux. Enfin Pilate, d'après ce que nous savons de lui dans d'autres sources, telles que Flavius Josèphe , un historien juif qui a écrit sur la période, était un administrateur assez impitoyable et efficace qui ne tolérerait pas le déclenchement de la résistance à Rome et son territoire, loin du personnage des récits évangéliques (http://www.bibleodyssey.org/tools/video-gallery/w/why-the-romans-crucified-jesus.aspx).
 
 
Salomon Malka live des détails intéressants comme le fait que le procès romain s'est déroulé à «huit clos» comme les procès qui se tenaient chez les empereurs et les procurateurs, et que les chefs des prêtres, les sages et les scribes n'étaient pas présents. Seuls les fonctionnaires romains habilités à y prendre part (les appariteurs) étaient autorisés à entrer. Pilate ne quitte pas le tribunal tant que le procès dure et Jésus s'est reconnu coupable de l'accusation portée contre lui, celle d'être le «Roi de Juifs» (Jésus rendu aux siens : Enquête en Terre sainte sur une énigme de vingt siècles, Albin Michel, 2012).
 
 
Mais on peut se demander si le procès s'est passé de cette manière ? José Antonio Pagola nous livre une hypothèse bien plus intéressante. Selon la coutume des magistrats romains, Pilate rend la justice tôt le matin et occupe le siège dans la tribune du haut de laquelle il dicte ses sentences. Jésus devait se trouver parmi plusieurs délinquants qui attendaient le verdict du préfet. Ce n'est qu'un accusé parmi d'autres. Pilate va utiliser comme procédure judicaire la cognitio extra ordinem, une forme expéditive de rendre la justice. Il donne la parole aux accusateurs, donne la parole à l'accusé et centre sa question pour voir si Jésus est dangereux et peut provoquer une insurrection avec le fameux : «Es-tu le roi des Juifs ?»  Jésus répond à ses attentes en lui disant : «Tu le dis» (Marc 15,2) (,Jésus – Approche historique, Collection Lire la Bible - N° 174, éditions du cerf, 2012).
 
 
Quels sont les chefs d'accusations contre Jésus ?  Salomon Zeitlin donne une réponse valable à la mise à mort de Jésus, le fait qu'il renverse au Temple les tables des marchands, remettant en question  l'autorité du Grand Prêtre et l'ordre social (Who Crucified Jesus ?, New/York/Londres,1942). Sa proclamation de la destruction du Temple comme le montre Éyal Regev est un autre motif de condamnation valable (Nouvelles études sur Jérusalem 8, pp 43/48, 2002 et Cathedra 119, pp13/36, 2006). Plus grave encore sont les attentes messianiques portées sur Jésus qui prêche l'arrivée du Royaume de Dieu (Jacqueline Martin-BagnaudezPour les Juifs, qui est Jesus ?, Salvator, 2014). Le danger était encore plus grand le jour de Pâque puisque les fils de Judas la Galiléen, qui s'était révolté contre Rome en 4 avant J.-C. et en 6 après J.-C., en auraient profité pour soulever le Peuple contre les Romains. Les chefs d'accusation contre Jésus dans Luc 23, 2-5 même s'ils sont exagérés semble confirmer cette vision du préfet romain et montrer les espoirs royaux à son encontre : Jésus a proclamé qu'il est le Messie, empêché la perception du tribut et tenté de soulever le peuple de Judée et de Galilée (Laurent LamoineBlaise Pichon, et Christian-Georges SchwentzelLe monde romain de 70 av. J.-C. à 73 apr. J.-C., Collection : «Pour les concours», Armand Colin, 2014).
 
 
La crucifixion est une mesure exemplaire d'exécution qui montre que Jésus est considéré comme tous les rebelles galiléens qui se prétendaient des Messies et en révolte contre Rome, c'est-à-dire un «bandit» (lestai en grec) comme le montre Flavius Josèphe. On crucifiait les meneurs, les autres arrêtés étaient relâchés comme cela a pu être le cas de Barabbas (Laurent LamoineBlaise Pichon, et Christian-Georges SchwentzelLe monde romain de 70 av. J.-C. à 73 apr. J.-C., Collection : «Pour les concours», Armand Colin, 2014). Comme le voulait la tradition romaine, Jésus reçut 60 coups de flagra (des lanières avec des bouts d'os dedans) comme les esclaves. L'Ombre d'un doute dans son émission Les derniers jours de Jésus en 2015, nous montre aussi qu'avant les coups de flagra Jésus a eu le droit au «jeu du roi», un jeu cruel où soldats romains lancent des jetons dans des carrés qu'ils avaient gravés, ainsi à la fin du jeu, le condamné à mort devient le roi, et on lui met une couronne et une tunique royale. Puis il est emmené à son lieu d'exécution où il porte lui-même sa poutre transversale (patibulum) et fut crucifié entre deux rebelles galiléens,  d'où le terme «brigands» utilisés à leur encontre. La raison de sa crucifixion était mise sur le titulus autour de son cou : «Celui-ci est le roi des Juifs». Les disciples ne furent pas poursuivis, jugés peu dangereux, mais la famille de Jésus dut se cacher pour éviter son arrestation car elle pouvait relever ce mouvement séditieux.
 
 
Pour bien terroriser ceux qui avaient envie de se révolter, on mettait comme à l'époque de Spartacus les révoltés sur des arbres le long d'une voie romaine. Ici ce n'est pas le cas, Jésus est crucifié avec ces deux brigands sur des oliviers dans des positions insolites comme le faisait savoir Flavius Josèphe lorsque les Romains utilisaient des arbres pour crucifier, ceux-ci se trouvent une montagne, à l'extérieur de Jérusalem qui ressemble à un crâne d'où son nom, Golgotha (Jacques de LandsbergL'art en croix : le thème de la crucifixion dans l'histoire de l'art, Renaissance Du Livre, 2001 et John R. Cross, L'Homme sur le chemin d'Emmaüs : Qui était cet homme ? Quel était son message ?, GoodSeed International, 2014). Quand on entrait et on sortait de la ville, on pouvait voir cet odieux spectacle qui démotivait tout mouvement revendicatif. D'ailleurs pour empêcher toute tentative de sauver les crucifiés, on mettait la population à bonne distance et on plaçait une garde près des croix comme dans le cas de Jésus.
 
 
La mort de Jésus ne peut être attribuée qu'au seul pouvoir romain. C'est un banal assassinat préventif de real politik romaine sans contenu spirituel ni théologique (http://didierlong.com/2015/04/06/les-juifs-nont-pas-tue-jesus-pour-en-finir-avec-lantisemitisme-chretien/). Malgré cette mort infamante, des Juifs sans doute Sadducéens viennent demander à Pilate d'abréger les souffrances de Jésus et Joseph d'Arimathie, membre du Sanhédrin est venu réclamer le corps de Jésus à Pilate pour lui donner une sépulture dans un caveau vide (Salomon MalkaJésus rendu aux siens : Enquête en Terre sainte sur une énigme de vingt siècles, Albin Michel, 2012).
 
 
Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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M.W 14/04/2017 19:25

Ahlalala est-ce que vos textes émouvants sur Jésus convaincra l'auteur de ce texte

http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/03/22/il-est-temps-de-tuer-dieu-et-la-patrie-par-david-vann_1557655

Texte qui montre encore une fois que les athées sont des gens tolérants et ouverts d'esprits, des amoureux de la différence adepte de la liberté de conscience...

Cela dit, ce texte ne montre t-il pas que le grand inquisiteur de Dostoïevski à raison ? les gens ne peuvent aimer la Liberté car aimer la Liberté signifie aimer Sa liberté et celle des autres or il est manifeste que les gens haïssent la liberté d'autrui, ils ne font que semblant de l'accepter parce qu'ils ne peuvent l'anéantir mais rêvent secrètement d'abolir la différence pour imposer un monde où tout le monde devrait être, faire, vivre et dire comme eux. Au fond, sans doute que les hommes préféreraient vivre dans une dictature qui soutiendrai leurs opinions plutôt que dans un pays démocratique et pluraliste qui permet à différentes opinions de cohabiter, peut-être la diversité de nos sociétés libres fait peur aux gens qui ne peuvent accepter que l'on ne pense pas comme eux.

paroissiens-progressistes 17/04/2017 21:05

M.W,

Il y a toujours eu des athées militants depuis l'Antiquité comme Diagoras de Mélos, et pourtant les religions n'ont pas disparues car les hommes auront toujours besoin d'avoir des réponses moins matérialiste pour comprendre leur devenir et leur amener une espérance que ne leur amène pas les institutions.

Merci !