La Pentecôte ou comment le mouvement de Jésus reprend la main

Publié le 4 Juin 2017

La Pentecôte ou comment le mouvement de Jésus reprend la main
En ce jour de fête de la Pentecôte, nous allons voir aujourd'hui cet événement sous un jour beaucoup plus historique. 
 
 
À l'origine, la fête de la Pentecôte était une fête de collecte, comme Pâques était la fête où la récolte commençait. La Pentecôte était donc en partie celle de l'abondance, une fête de joie et de reconnaissance.  Elle était célébrée sept semaines après Pâques et un jour férié très approprié pour commémorer l'alliance. À partir du deuxième siècle avant J.-C., cette évolution avait une place plus importante, et la Pentecôte était aussi la grande fête de l'alliance. Elle était alors considérée comme la commémoration du don de la loi à Moïse sur le mont Sinaï. Le rassemblent des disciples à Jérusalem durant Pentecôte a alors un sens bien plus grand et a sans doute eu lieu deux à trois après la crucifixion. Dans The Birth of Christianity : Discovering What Happened in the Years Immediately After the Execution of Jesus en 1998, John Dominic Crossan nous fait savoir que la naissance du christianisme était dans la poursuite du mouvement où les compagnons de Jésus luttaient non seulement pour imiter de la vie de leur rabbi mais aussi pour comprendre sa mort. La naissance du mouvement chrétien aurait alors eu lieu entre les années 30 et 40.
 
 
La fête pouvait aussi dégager un sens politique plus grand. Dans  Dans God & Empire : Jesus Against Rome, Then and Now en 2007, John Dominic Crossan nous dit que la «Crucifixion signifie que la puissance impériale avait gagné». Pour lui la «Résurrection signifiait que la justice divine avait gagné. Dieu était du côté du crucifié.» Les valeurs de Rome étaient une question morte pour eux.  Il faut dire qu'au temps de Jésus, Rome a mis de nombreuses familles juives dans la misère, avec des impôts élevés et des saisies de terres. Certains Juifs ont préconisé une rébellion violente, mais d'autres ont opté pour la résistance non-violente. Jésus a appelé à la résistance non violente à Rome et pour une  juste répartition des terres et de la nourriture. Il a été crucifié parce qu'il menaçait la stabilité romaine, non pas comme un sacrifice à Dieu pour les péchés de l'humanité, d'après Crossan.
 
 
Dans Actes 2,1-11, l'auteur ne cherche pas à décrire un événement réel mais il fait une série d'allusions à l'Ancien Testament, pour livrer un message à sa communauté sur le rôle et la puissance de l'Esprit qui l'habite. Il montre que par le souffle de l'Esprit il n'y a plus de  frontières, d'exclusion et de rejet. Actes 2,1 ouvre avec le rassemblement des disciples de Jésus à Jérusalem le jour de la Pentecôte. Mais comme l'avance John Dominic Crossan (The Birth of Christianity : Discovering What Happened in the Years Immediately After the Execution of Jesus, 1998) dans certains rituels juifs les femmes et les hommes qui étaient séparés pouvaient être en chorus (en chœur) notamment durant la Pentecôte où c'était annuel. Cela semble être le cas ici. Tout à coup, la présence physique du Saint-Esprit se manifeste et elle repose visiblement reposant sur les têtes de chacun de chacun d'eux sous la forme de ce qui semble être des langues de feu (Actes 2,3). L'auteur des Actes met surtout en avant une allégorie pour faire allusion au don de la loi au Sinaï par Dieu avec le don de l'Esprit pour la communauté dans laquelle il vivait. En réalité, les gens entendent du bruit et viennent, ce qui laisse à penser que les disciples ont bougé les meubles et on discuté de ce qu'ils allaient faire.
 
 
Les disciples sortent et l'Esprit les vivifie puisqu'ils parlent en langues étrangères à leur insu (Actes 2,4). Pour être objectif, les disciples étaient des artisans et donc devaient savoir parler les langues commerciales (araméen pour l'Orient  et grec pour l'Occident) pour vivre leur vie, alors il n'aurait pas été étonnant que des pèlerins auraient reconnu leur langue. Pierre mis en avant, annonce ensuite à tous ceux qui sont  présents, dont certains sceptiques, qu'ils ont été témoin de l'accomplissement de la prophétie de Joël concernant l'effusion de l'esprit et de la résurrection du Messie (Actes 2,14-35). Il accuse après les dirigeants juifs d'voir livré Jésus aux Romains pour la crucifixion et font valoir qu'il est le Messie ressuscité qui remplit également les prophéties enregistrées dans les Psaumes 16 et 110.
 
 
En regardant de plus près, cet événement n'a rien d'impressionnant : Tout d'abord, les disciples se retrouvent à Jérusalem pour une fête pleine de symbole, ensuite ils font du bruit et attirent peut être une dizaine de personnes ce qui pourrait expliquer que les cohortes romaines ne réagissent pas, puis ils sortent parlant la langue des passants, et enfin ils mettent en avant Pierre qui annonce la résurrection de Jésus.
 
 
La Pentecôte nous montre surtout que Jésus a passé le relais à ses disciples qui en annonçant un Messie ressuscité qui réalise les prophéties bibliques ne font que reprendre son œuvre : Ils sont désormais des voix de protestation sociale contre l'inégalité économique et la violence du système de domination romain. Ils contestent comme lui le système de domination au nom de Dieu.
 
 
Merci et bonne fête de la Pentecôte !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Françoise 04/06/2017 10:37

J'aime beaucoup cette fête qui a pris sens pour moi au moment de ma confirmation.
Du coup, j'y vois non seulement un passage de relais mais l'aboutissement de l'éducation transmise par Jésus et finalement le début d'émancipation à la fois individuelle et collective au plan religieux. Avec le développement en chacun, de dons particuliers qui feront partie des richesses intérieures à partager aux autres. L'amour et le soutien de Jésus sont assurés et les apôtres en prennent à ce moment pleinement conscience, reçoivent une révélation particulière.
Et cela va les porter par la suite tout le reste de leur existence. Pour moi c'est aussi le complément final de la Transfiguration au sens où, là, les disciples sont intégrés dans le processus alors qu'ils n'étaient que témoins auparavant.