La mort du cardinal Tettamanzi, ancien archevêque de Milan

Publié le 5 Août 2017

La mort du cardinal Tettamanzi, ancien archevêque de Milan

Isabelle de Gaulmyn dan son article de la-Croix.com et reuters.com nous montrent que le cardinal italien Dionigi Tettamanzi, archevêque de Milan de 2002 à 2011, est décédé ce samedi matin, 5 août 2017, à l’âge de 83 ans. Ce «petit cardinal au grand cœur» incarnait la ligne du pape François dans l’Église italienne.

 

Il faisait partie du paysage catholique italien, avec sa silhouette courte, sa bonhomie, et sa modestie apparente. Les journalistes italiens l’avaient surnommé le «petit cardinal au grand cœur». Fils de la Lombardie, où il est né en mars 1934, Dionigi Tettamanzi en était devenu l’archevêque le 11 juillet 2002, successeur d’un éminent prédécesseur, le cardinal Carlo Maria Martini, qui a d’ailleurs contribué à sa reconnaissance publique. Mais avant, c’est un autre archevêque de Milan, le cardinal Montini, futur Paul VI, qui l’ordonne prêtre le 28 juin 1957 avant qu’il entreprenne son doctorat en théologie, à la Grégorienne à Rome sur «le devoir de l’apostolat des laïcs».

 

Il enseigne ensuite successivement la théologie morale puis pastorale en Lombardie comme à Florence, dans les séminaires ou autres écoles de formation. Sa parole se fait entendre dans de nombreux congrès et colloques. Durant ces années, il devient un collaborateur estimé du pape Jean-Paul II, qui le consulte régulièrement sur les questions morales et de bio éthique. Il est nommé recteur du séminaire pontifical lombard à Rome à partir de septembre 1987. Cela lui permet de travailler avec la Conférence épiscopale italienne (CEI). Mais il ne reste qu’une année dans cette charge, jusqu’à ce que Jean-Paul II le nomme archevêque d’Ancône-Osimo le 1er juillet 1988.

 

Organisateur hors pair, fin analyste des équilibres ecclésiaux, au terme d’un mandat de quatre ans, Jean-Paul II le nomme archevêque de Gênes (Ligurie), région traditionnellement tournée vers la France toute proche mais surtout vers la Méditerranée depuis ce port important d’une république ancienne. Il fut à ce titre élevé au cardinalat en 1998 par le pape. Il s'est distingué en décidant que les pèlerins qui visitent Gênes pour l'Année sainte de 2000 devaient s'arrêter non seulement aux grandes églises de la ville, mais aussi à une maison de personnes âgées pour obtenir une indulgence particulière pour le millénaire du jubilé. En 2001, il a défendu les manifestants antimondialisation qui ont assiégé le sommet du G8. "Un seul enfant africain malade avec le sida compte plus que l'univers entier", a-t-il déclaré à l'époque. En 2002, enfin, il lui revient la difficile tâche de succéder au jésuite cardinal Martini, figure de l’Église mondiale. Tâche dont il s’acquitte avec beaucoup de modestie et d’humilité, mettant toute son ardeur à gérer cet énorme diocèse, le plus peuplé d’Italie, avec plus de 5 millions d’habitants, 2 000 prêtres diocésains et près de 900 religieux prêtres.

 

Très sensible aux dégâts de la crise économique, il va susciter dans son diocèse la création d’un fonds pour les personnes sans travail et les familles en difficulté. On se souvient de ses gestes d'une grande valeur symbolique qui le plaçaient toujours à côté des faibles et des minorités, telles que la visite de Noël à la prison San Vittore. À la fin des célébrations, il avait l’habitude de rester longtemps sur le parvis de sa cathédrale, discuter avec les fidèles, et répondre à tous ceux qui l’interpellaient. Disponible, toujours. En 2010, il se place à l'avant-garde du dialogue interreligieux, par le lancement de la proposition d'une mosquée dans tous les quartiers de la ville.

 

Auteur à succès de nombreux ouvrages de morale, beaucoup de journalistes le placent dans leur liste de papabili en avril 2005, à la mort de Jean-Paul II. Affable, il répond par un sourire aux assauts des médias à la sortie des congrégations générales réunies au Vatican avant le conclave. Après l’élection de Benoît XVI, il retourne à Milan d’où ses prises de parole sont très écoutées, bien au-delà de la Lombardie. Il reste à Milan jusqu’au 28 juin 2011.

 

Ce pasteur attaché au catholicisme populaire s’est retrouvé opposé à la ligne du cardinal Ruini, qui souhaitait faire de l’Église un allié de poids politique dans une reconquête morale de la société italienne. Ainsi, ouvrant le congrès de l’Église italienne à Vérone, en 2006, il prend ses distances avec cette vision, et met en garde contre toute tentation de récupération des valeurs chrétiennes par la politique : «Il vaut mieux être chrétien sans le dire que le proclamer sans l’être», a-t-il dit, citant saint Ignace d’Antioche. «L’Église n’a pas à être un agent politique».

 

Le décès du cardinal Tettamanzi intervient alors que son successeur, le cardinal Angelo Scola s’apprête à transmettre les rênes du diocèse de Milan à son vicaire général et évêque auxiliaire, Mgr Mario Delpini, qui prendra ses fonctions en septembre.

 

Dans un message adressé à Mgr Mario Delpini, le pape François a rendu hommage au cardinal défunt, en des termes très personnels, signe d’une profonde affection : «En apprenant la nouvelle du décès du cher cardinal Dionigi Tettamanzi, je désire exprimer mes condoléances à ses proches et à cette communauté diocésaine, qui le fera figurer parmi ses enfants les plus illustres et parmi ses pasteurs les plus aimables et aimés. Je pense avec affection et rappelle avec gratitude l’intense œuvre culturelle et pastorale assumé par ce frère qui dans sa féconde existence a témoigné avec joie de l’Évangile et a servi docilement l’Église, d’abord comme prêtre dans l’archidiocèse de Milan, puis comme évêque d’Ancône, comme secrétaire de la Conférence épiscopale italienne, archevêque de Gênes, puis archevêque de cette Église ambrosienne bien-aimée et enfin comme administrateur apostolique de Vigevano.»

 

Il s’est toujours distingué en tant que pasteur efficace, totalement dévoué aux besoins et au bien des prêtres et de tous les fidèles, avec une attention particulière aux thèmes de la famille, du mariage et de la bioéthique, dont il était particulièrement expert, ajoute le pape. Il reste désormais 223 cardinaux, dont 121 électeurs, de moins de 80 ans.

 

Le cardinal Tettamanzi va laisser un grand vite pour ceux qui l’ont connu, lui qui continua à travailler et faire la messe jusqu'en décembre 2016, lorsque son état a empiré. Une aggravation, ce qui l'a forcé à être sur un fauteuil roulant, mais qui ne l'a pas arrêté pour une dernière apparition publique, pour rencontrer le pape François, le 25 mars 2017. Cet homme n’a pas voulu une restauration conservatrice, mais une approche directe où il voulait se faire aimer des fidèles, et les divertissaient souvent à la fin des célébrations, tout en en voulant se concentrer sur son diocèse sans vouloir se ranger derrière Silvio Berlusconi qui flattait l'Église.

 

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités de l'Eglise

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