Le pape François façonne une Eglise plus décentralisée

Publié le 14 Septembre 2017

Nicolas Senèze nous montre le mercredi 13 septembre 2017 dans la-Croix.com que le pape a réuni pendant trois jours les cardinaux chargés de le conseiller sur le gouvernement de l’Église, pour réfléchir sur l’«excessive centralisation» de celle-ci. Plusieurs pistes sont imaginées pour que des décisions, aujourd’hui romaines, soient prises au niveau local.

 

Pour l’ancien président de la Conférence épiscopale argentine devenu pape, tout est clair : les décisions dans l’Église ne doivent pas nécessairement passer par Rome. «Une excessive centralisation, au lieu d’aider, complique la vie de l’Église et sa dynamique missionnaire», regrettait-il dans Evangelii gaudium (§32), véritable programme du pontificat. Depuis quelques mois, le C9, les neuf cardinaux qui le conseillent dans la réforme de la Curie, s’est attelé à la question de la décentralisation de l’Église. Lors de sa dernière rencontre, mi-juin, il a ainsi étudié «la possibilité de transférer certaines facultés des dicastères romains vers les évêques locaux ou les conférences épiscopales, dans un esprit de saine décentralisation».

 

L’exemple donné alors était celui des diacres permanents qui doivent demander l’autorisation de Rome pour se remarier, s’ils sont devenus veufs, ou pour être ordonnés prêtres s’ils sont veufs ou célibataires. À terme, cette autorisation pourrait être donnée par la conférence épiscopale et non plus par la Congrégation pour le clergé. Mais pour Greg Burke, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, il ne s’agissait là que d’un des nombreux exemples de décentralisation abordés par le C9. «Dans de nombreux dicastères, il y a des choses de ce genre qui dépendent de Rome mais qui ne le devraient pas nécessairement», expliquait-il.

 

Le motu proprio Magnum principium sur la liturgie, publié samedi par le pape François, est ainsi typique de cette volonté. Depuis Liturgiam authenticam de Jean-Paul II, le travail de traduction liturgique était bloqué, la Congrégation pour le culte divin, chargée de vérifier que le texte original latin soit «traduit intégralement et très précisément», finissant par imposer ses choix aux conférences épiscopales. En rappelant que le travail de «préparer fidèlement les versions des livres liturgiques dans les langues courantes» doit être effectué dans une «collaboration pleine de confiance réciproque, attentive et créative» entre les conférences épiscopales et Rome, le pape François renverse la situation.

 

Mais dans la Curie, certains bureaux vivent comme une perte de pouvoir de ne plus décider, depuis Rome, pour tous les diocèses. D’autres craignent une «protestantisation» de l’Église et une mise en cause de son unité, comprise comme une uniformité. «Ce qui est péché en Pologne est bon en Allemagne, ce qui est interdit dans l’archidiocèse de Philadelphie est licite à Malte», regrettaient ainsi dans leur dernière lettre au pape les cardinaux frondeurs à propos de la mise en œuvre de l’exhortation Amoris laetitia, notamment sur le point de l’accès aux sacrements de certains divorcés remariés.

 

De son côté, la pape François a singulièrement mis un frein à la frénésie textuelle de la Curie. Sur la dernière année, le nombre de normes édictées par Rome a fondu. On ne relève ainsi qu’une instruction de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur la crémation, en octobre, une lettre de la Commission «Ecclesia Dei», en avril, sur les mariages de la Fraternité Saint-Pie-X, et une dernière instruction de la Congrégation pour le culte divin, début juillet, sur les normes de fabrication du pain et du vin pour l’Eucharistie.

 

Et encore ce dernier texte fait-il la part belle aux évêques, imaginant, par exemple, une espèce de «label qualité» à l’échelle des conférences épiscopales. Mais les épiscopats eux-mêmes sont-ils prêts à cette décentralisation de l’Église ? Certains, comme en Allemagne, l’attendaient depuis longtemps. D’autres, pour qui il était parfois bien pratique de renvoyer à Rome les décisions délicates qu’ils ne voulaient pas prendre, sont plus en retrait. Car, au-delà des résistances de certains, bien des dicastères jouent déjà aujourd’hui le jeu de la décentralisation.

 

La récente Ratio fundamentalis, véritable «programme» des séminaires publiée en décembre dernier, a ainsi été préparée par une intense consultation de la part, notamment, de Mgr Jorge Carlos Patrón Wong, secrétaire de la Congrégation pour le clergé, qui ne ménage pas aujourd’hui sa peine pour aller, à travers le monde, expliquer le texte aux évêques, afin qu’ils mettent en œuvre leurs propres adaptations locales.

 

Le pape souhaite une décentralisation salutaire, mais qui sera difficile car elle n’est pas encrée dans tous les esprits. Celle-ci permettrait de régler les problèmes qui sont différents selon les lieux où l’on se trouve et de ne pas toujours attendre le bon vouloir de Rome.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Réforme de l'Église

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