«Toutes Apôtres !» réagissent à la nomination de six femmes au Vatican

Publié le 10 Août 2020

«Ça ne répond pas au problème.» Très médiatisée depuis le dépôt de sa candidature à l’archevêché de Lyon fin mai, Anne Soupa ne montre guère d’enthousiasme face à la nomination de six femmes, le 6 août, au Conseil pour l’économie du Vatican – organisme chargé de surveiller les finances du Saint-Siège depuis 2014 comme le montre reforme.net dans son article du samedi 8 août 2020. Car ce ne sont pas à des fonctions administratives, aussi hautes placées soient-elles, que la théologienne et les sept membres du collectif «Toutes Apôtres !» postulent, mais à des responsabilités spirituelles jusque-là réservées aux hommes ordonnés au sein de l’Église catholique. Toutes saluent donc le geste du pape François, nouvelle illustration de la «révolution rose» qu’incarne son pontificat, qui demeure cependant éloigné de leurs revendications.

 

Parmi ces candidates, Hélène Pichon, qui souhaite devenir nonce apostolique, salue les brillantes carrières de ces six femmes –  les deux Allemandes Charlotte Kreuter-Kirchhof et Marija Kolak, les deux Espagnoles Eva Castillo Sanz et María Concepción Osákar Garaicoechea, et les deux Britanniques Ruth Maria Kelly et Leslie Jane Ferrar (ex-trésorière de Charles, prince de Galles). Mais elle compare, à travers ce choix du pape, l’Église catholique à un État qui nommerait des femmes inspecteures des finances sans compter le moindre ministre ou parlementaire de sexe féminin. «C’est bien, mais il ne faut pas se tromper. Ça n’est absolument pas connecté au combat qui est le nôtre. Il faut faire attention car ça peut faire écran de fumée, insiste-t-elle. D’autant que l’intense campagne de communication accompagnant ces nominations semble viser à ce qu’on détourne notre regard de la question de la féminisation du pouvoir spirituel qui permettrait, elle, de transformer complètement les paradigmes théologiques», précise-t-elle.

 

«Dans l’Église catholique, les femmes n’existent pas, à part à des fonctions économiques et administratives, abonde Sylvaine Landrivon. Or, ce n’est pas du tout ça que je demande mais qu’on me laisse parler, traduire et transmettre la Bible telle qu’elle est et non selon une version masculine», poursuit celle qui espère se voir confier une charge épiscopale. Féminiser l’évangélisation paraît pourtant évident, selon Laurence de Bourbon-Parme qui revendique le droit d’exercer en tant que prédicatrice laïque, «place que Jésus a donnée à Marie-Madeleine.» Mais la lecture de l’Évangile et les homélies restent, à l’heure actuelle, systématiquement confiées aux hommes ordonnés.

 

Pas que le pape François semble frontalement opposé à sa féminisation. Sylvaine Landrivon, la candidate à une charge épiscopale, estime d’ailleurs le chef de l’Église «prêt à accueillir bien davantage les femmes dans les instances ecclésiales. Il se heurte en revanche à toute la curie, à toute la hiérarchie», constate-t-elle, appelant à un réveil et à une ouverture de l’Église. Sans revenir sur l’Ordinatio Sacerdotalis du pape Jean-Paul II fermant la voie au sacerdoce des femmes en 1994, le pontificat Bergoglio a en tout cas féminisé le Vatican. Le 15 janvier dernier, la laïque Francesca di Giovanni, est ainsi nommée sous-secrétaire à la Secrétairerie d’État du Saint-Siège, un poste équivalent à celui d’un ministre des affaires étrangères. Du jamais vu. «Une décision qui a fait date», estiment les principaux «vaticanistes».

 

Depuis son élection en 2013, le pape François a par ailleurs désigné Barbara Jatta à la fonction de directrice des Musées du Vatican. Mais aussi Gabriella Gambino et Linda Ghisoni, deux mères de famille au Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie. Une autre décision inédite. Il a également choisi, en avril 2019, sœur Alessandra Smerilli pour siéger à la Commission pontificale pour l’État de la Cité du Vatican. Plus récemment, en juin, la professeure vice-rectrice de l’Université catholique du sacré Cœur, Antonella Sciarrone Alibrandi, a rejoint le conseil de direction de l’Autorité d’information financière, l’entité chargée de débusquer les activités illégales dans les domaines financier et monétaire.

 

«Optimisme chevillé au corps», l’aspirante diacre Claire Conan-Vrinat trouve «très encourageant que des femmes accèdent à de tels postes de gouvernance.» Tout en prévenant, comme ses consœurs, qu’«il serait dommage que ce soit une façon de continuer à les empêcher d’accéder à des ministères.» Elle préfère cependant y voir une volonté papale d’ouvrir un véritable débat au sein des responsables ecclésiaux. «Ce serait bénéfique à condition que ça donne lieu à un dialogue qui permette de faire évoluer le point de vue de l’Église et de ses fidèles», prévoit Claire Conan-Vrinat. Tandis que son acolyte Sylvaine Landrivon aimerait que les six récentes nominations constituent «un ballon d’essai pour faire accepter les femmes dans notre environnement machiste.»

 

De son côté, la théologienne Anne Soupa appelle à ne pas confondre nomination unilatérale et débat. Et à ne pas se satisfaire non plus des contacts amorcés le 27 juillet par le nonce apostolique Mgr Celestino Migliore, ambassadeur du Vatican en France, avec quatre des sept membres de «Toutes Apôtres !» – son secrétariat leur a proposé des entretiens en septembre sans plus de précisions. «La promesse d’une entrevue ne constitue pas une mesure d’ouverture ni au diaconat, ni à l’épiscopat, ni à la prêtrise. Tout est possible, rien n’est gagné», résume la pionnière du mouvement, qui demeure, elle, ignorée par le Vatican. Tout comme trois des membres du collectif.

 

Á croire, qu’en fin tacticien jésuite, le pape chercherait à diviser les candidates. Ou encore à leur donner des gages d’ouverture avant de refermer l’épineux sujet de la féminisation des ministères, comme ce fût le cas en Amazonie où les diaconesses ont finalement été écartées. Rien ne semble pourtant déstabiliser les huit concernées, confortées par les milliers de messages de soutien reçus en quelques semaines.

 

Même si la nomination de 6 femmes au Vatican est un bon signe, les membres de «Toutes Apôtres !» sont loin d’être naïves et montrent que le combat continue pour mettre fin au machisme dans l’Église et pour la pleine égalité dans celle-ci.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualité de l'Église, #Réforme de l'Église

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