Abus sur les religieuses : l'enquête de Constance Vilanova

Publié le 20 Octobre 2020

Claire Guigou dans son article pour I.MEDIA nous montre que la journaliste Constance Vilanova a enquêté pendant plus d’un an dans le monde entier sur les abus spirituels et sexuels commis sur des religieuses. Son enquête, relatée dans son livre Religieuses abusées, Le Grand silence (sortie le 7 octobre 2020), l’a conduite au Vatican où elle a interrogé plusieurs responsables rencontré notamment Mgr Charles Scicluna, secrétaire adjoint de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (CDF), qui a expliqué que dans le cas d’agressions dont sont victimes les religieuses, la CDF ne peut intervenir, mais c’est à la Congrégation pour les instituts de vie consacrée de lancer les enquêtes,  et deux représentants de celle-ci, qui veulent rester anonyme.

 

Constance Vilanova signale que «Dans le cas des femmes consacrées, le viol, l’agression sexuelle ou encore le harcèlement survient après une mise sous emprise ou un lavage de cerveau de la part du clerc dans un contexte d’accompagnement spirituel. C’est très rare qu’il y ait un abus sexuel ex nihilo. Généralement, la religieuse connaît son agresseur et a été conditionnée pour ne rien dire et pour ne pas comprendre que quelque chose ne va pas.»  Cela s’explique par le fait que «Les relations asymétriques favorisent ces abus. Ces derniers ont souvent lieux pendant l’accompagnement spirituel et le plus souvent avec un prêtre qui est très charismatique. Ensuite, il y a des facteurs de vulnérabilité, comme la jeunesse qui s’ajoutent. Enfin, il y a la notion d’emprise qui est très récente et dont l’Église s’empare depuis peu qui est très importante. Tous ces éléments permettent de déceler s’il y a abus ou non.»

 

Et «Quel que soit l’endroit, en Europe, en Inde ou encore en République démocratique du Congo, les stratagèmes mis en place par les «prédateurs» sont les mêmes, c’est-à-dire que le schéma est calqué d’un continent à un autre. C’est sans doute ce qui m’a le plus marqué dans cette enquête. Cependant, il y a une vulnérabilité plus importante dans certaines congrégations en Afrique ou il n’y a aucune autonomie financière des religieuses par exemple. En Inde aussi, j’ai rencontré des religieuses qui ont cinq euros d’argent de poche par mois… Comment voulez-vous fuir dans une telle situation ? En France, ce n’est pas le cas. En dehors de ces facteurs de vulnérabilité, plus accrus dans ces pays, les stratagèmes sont les mêmes et les femmes sont aussi peu écoutées.»

 

Reconnaissant les efforts du pape François pour lutter contre ce fléau en incluant les personnes vulnérables dans le droit canon qui comprend les religieuses, Constance Vilanova a eu toutefois l’impression d’évoquer un «non-problème» avec deux prélats de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée – la congrégations en charge de surveiller les communautés problématiques – dans un échange, où il y avait beaucoup de langue de bois, où ils citaient «des cas où la victime était consentante alors que ce n’était pas le cas», et déplore un «manque de moyens humains» ou bien «les responsables de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée se cachent derrière leur manque de moyens». Comme le signale Constance Vilanova : «Le pape poursuit son combat de tolérance zéro mais l’application semble ne pas être effective. Ou alors, elle passe par le biais des supérieures religieuses: par la CORREF (Conférence des religieux et religieuses de France) ou l’Union internationale des supérieures générales (UISG).»

 

Un autre problème se dégage celui de la formation des prêtres, «Les prêtres sont mal formés je trouve. Je n’assène pas cela ainsi. C’est le fruit de discussions avec de nombreux experts pendant un an. Dans les séminaires, on se retrouve face à des personnes qui, souvent, ne sont pas très autonomes et qui, en sortant, sont traitées comme des princes». Et «On considère que le prêtre agit in persona christi en permanence alors que ce n’est pas le cas en dehors des sacrements. Il n’y a pas de remise en question de sa parole. Rien que le fait que l’accompagnement spirituel des religieuses soit majoritairement exercé par des hommes pose problème. La question et encore plus problématique en Afrique où le prêtre est un personnage politique. Quand on voit que des religieuses sont titulaires de thèses et se retrouvent à faire le ménage chez des évêques… Le pape parle très bien des conséquences de ce cléricalisme qui a été soulevé par bon nombre de spécialistes que j’ai interrogé.»

 

Comme le conclue Constance Vilanova : «j’ai rencontré des personnes qui luttent pour la libération de la parole mais aussi des gens qui pense que les médias mettent leur nez partout et qu’il faut continuer à laver son linge sale en famille. Il y a cette tension entre les deux et je pense qu’il y a encore beaucoup de travail. Ce que dit le pape n’est pas forcément appliqué en bas de l’échelle. Je ne compte pas le nombre de refus d’interview… Il y a une dichotomie entre les textes du Vatican et les discours du pape et leur application. Ce qui est bien, c’est qu’avec les réseaux sociaux, la loi du silence n’est plus possible et que la situation évolue.»

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualité de l'Église

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