La banalisation de l’extrême droite, ou comment être aveugle face à son danger

Publié le 1 Juin 2021

Islam, sécurité, mondialisation… Si l’extrême droite en France n’a aucune garantie d’arriver au pouvoir, son principal succès est d’avoir réussi à imposer ses idées non seulement dans le débat public, mais aussi dans une part de plus en plus large de la population. “Les idées du Rassemblement national se sont banalisées et font désormais partie intégrante du débat dominant, force est de le constater, résume Gilles Ivaldi, enseignant à Sciences-Po et chargé de recherches au CNRS. C’est une réalité.” De façon sans doute plus surprenante encore, le président Emmanuel Macron opère de son côté un net virage à droite, au point de choquer nombre de ses partisans et de soulever de profondes questions sur les lignes rouges d’un discours politique républicain. “Ce gouvernement […] va draguer des secteurs de l’opinion publique dans des endroits assez nauséabonds, a dénoncé Jean Chambaz, le président de Sorbonne Université. [Il] devrait se consacrer à la gestion de la crise plutôt qu’à préparer la présidentielle.” Grâce à cela, Marine Le Pen, la candidate traditionnelle de l’extrême droite, fait les yeux doux à un électorat plus modéré en amenant son Rassemblement national sur les terres politiques du centre (https://www.courrierinternational.com/article/vu-des-etats-unis-comment-le-rassemblement-national-pousse-la-france-droite). Marine Le Pen choisit, elle, de s'adresser directement aux électeurs Les Républicains, en adaptant discours et programme. Convaincue que les citoyens de droite sont en adéquation avec ses idées en matière de sécurité et d'immigration, la candidate axe ses efforts sur le champ économique. Désormais convertie à l'euro, adepte d'un remboursement de la dette nationale et de la libre circulation des Européens dans Schengen, elle multiplie les signaux pour rassurer les anciens électeurs de François Fillon. Si les alliances partisanes sont vouées à l'échec, la chasse aux électeurs bat son plein (https://www.lexpress.fr/actualite/politique/comment-le-rapport-de-force-entre-la-droite-et-l-extreme-droite-s-est-inverse_2151255.html). 

 

Mais les médias et les hommes politiques trop occupé à leur réélection semblent ne plus voir  le danger et la violence de l’extrême droite. Pourtant,  le 25 mars dernier, des militants de l'Action Française ont fait irruption dans l'hémicycle du Conseil régional d'Occitanie. Pour ces faits, quatre militants e quatre militants d'extrême droite, dont le conseiller régional du Lot Emmanuel Crenne, seront entendus par la justice. La présidente de Région Carole Delga évoque dans un communiqué de nombreuses intimidations lors des Assemblées plénières, mais également de menaces de mort à mon domicile, par des appels ou courriers anonymes, depuis le début de son mandat. La présidente de Région précise également s'être adressée au président du groupe du Rassemblement National, Julien Sanchez, "pour lui demander des explications", sans obtenir jusqu'ici de réponse. "Ce silence en dit long sur la volonté de l'extrême droite en Occitanie d'utiliser tous les moyens pour tenter de déstabiliser le Conseil régional", s'exprime-t-elle dans son communiqué (https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/intrusion-au-conseil-regional-d-occitanie-4-militants-d-extreme-droite-seront-juges-carole-delga-1622295672). Mais difficile d’être étonné, car l’émeute au Capitole des partisans de Trump fait rêver les partisans d’un coup de force. Pour rappel, le 6 janvier 2020, des centaines de partisans de Trump, avaient pris d’assaut le Capitole, combattant la police, exhortant à la violence contre les législateurs et retardant la certification officielle de la victoire électorale du président Joe Biden. La violence avait fait cinq morts, dont un officier de police du Capitole (https://lanouvelletribune.info/2021/05/usa-les-partisans-de-trump-bloquent-lenquete-sur-le-capitole/).

 

Et pas plus d’inquiétude sur la Tribune des généraux. Depuis le 21 avril, tribunes et contre-tribunes s'enchaînent pour parler au nom des militaires sur le "délitement" de la société de la société et au "laxisme" de la justice. Parmi ces "périls" se trouvent aussi l'islamisme et l'antiracisme, et surtout le risque d'une "guerre civile" en France, au cours de laquelle l'armée serait forcée d'intervenir. Co-signés par des hommes de tous grades, ces documents sont souvent à l'initiative d'anciens officiers septuagénaires. Pourtant, pour la base c'est aux politiques de réagir, et pour les officiers aujourd'hui, la nécessité de rester loyaux aux autorités du pays, et de demeurer publiquement neutre sur le plan politique, reste primordiale. Les accents nationalistes et réactionnaires de la tribune des généraux ont également fait craindre une collusion entre une fraction de l'armée et une extrême-droite qui, elle, entretient sans complexe les fantasmes autour d'une guerre civile. Le 30 avril, le Monde affirmait que "4 militaires sur 10 votent pour l’extrême droite – près de deux fois plus que la moyenne nationale – 6 sur 10 votent ailleurs", sur la base du détail du suffrage dans les petites communes où les militaires sont nombreux. Cependant, il y a énormément d'officiers qui rejettent les opinions de Marine Le Pen. Pragmatique, l'armée s'adapte aux obligations religieuses de ses soldats, par exemple sur le plan alimentaire : les rations casher existent de longue date, et depuis la création de l'aumônerie musulmane en 2005 les rations halal deviennent courantes (https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/loiret/orleans/tribune-des-generaux-guerre-civile-extreme-droite-qu-en-pensent-les-militaires-2088976.html).

 

La gauche a aussi été gagnée par les idées nauséabondes de l’extrême droite. Symbole d’une fracture à gauche sur la sécurité, le rassemblement des policiers devant l’Assemblée nationale le 20 mai avait été rejoint par la maire de Paris, Anne Hidalgo, le député européen écologiste Yannick Jadot – pour ne pas «laisser la police livrée au Rassemblement national et aux manipulations du gouvernement» –, mais aussi Fabien Roussel, le secrétaire général du Parti communiste français (PCF). En revanche, les «insoumis» et plusieurs autres figures écologistes, comme Sandrine Rousseau et Eric Piolle, avaient fait savoir qu’ils n’y participeraient pas. Depuis, certains ont déploré le climat de surenchère sécuritaire et ont fortement critiqué certaines sorties. Alexis Corbière, député La France insoumise (LFI) et porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, s’en est ainsi pris à la proposition de Fabien Roussel d’infliger une peine de trente ans de prison en cas de meurtre contre une personne dépositaire de l’autorité publique. Et Olivier Faure a fait marche arrière, moins de vingt-quatre heures après ses propos sur un «droit de regard de la police» sur la justice. Lors du rassemblement des policiers, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) a ainsi déclaré qu’il fallait ne pas «déposséder la police des peines administrées», et «qu’elle puisse avoir un avis sur la question, jusqu’aux aménagements de peine» (https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/05/20/manifestation-des-policiers-olivier-faure-regrette-ses-propos-sur-le-droit-de-regard-de-la-police-sur-la-justice_6080854_3224.html).

 

Mais heureusement, une partie d’entre elle s’est ressaisie depuis. Plusieurs syndicats, partis, associations et médias dont la CGT, Solidaires, Attac, SOS Racisme, le Mrap, L’Humanité, La France Insoumise et le NPA appellent à une «journée nationale de manifestation» le 12 juin «pour les libertés et contre l’extrême droite». Constatant un «climat politique et social alarmant», dans lequel «s’allier avec l’extrême droite ou reprendre ses idées ne constituent plus un interdit», et où «les attaques contre les libertés et les droits sociaux s’accentuent gravement», les signataires déplorent l’adoption de «lois liberticides» qui «organisent une société autoritaire de surveillance et de contrôle». «De plus, si certaines de ces lois stigmatisent une partie de la population en raison de sa religion, d’autres en ciblent en raison de leur activité militante», affirment-ils. «Face à ce climat de haine, raciste et attentatoire aux libertés individuelles et collectives, nous avons décidé collectivement d’organiser le samedi 12 juin une première grande journée nationale de manifestation et de mobilisations qui se déclinera localement», écrivent-ils. Parmi les partis signataires, Générations, Place Publique, les Jeunes Écologistes et le Mouvement des Jeunes Communistes, mais pas le PCF ni EELV. Le Parti socialiste a publié un communiqué exprimant son soutien. «Nous partageons l’alarme des signataires quant à la banalisation des idées et de la rhétorique d’extrême droite, dans les médias et jusqu’au plus haut niveau de l’État, qui a des conséquences très concrètes sur la libération d’une violence d’extrême droite et sur la banalisation des propos et actes racistes et sexistes», écrit-il. La gauche peut-elle gagner en 2022 en présentant une candidature unique ? Le Parti socialiste participera aux manifestations, a précisé un de ses porte-parole, Pierre Jouvet (https://www.ouest-france.fr/politique/la-gauche-appelle-a-manifester-pour-les-libertes-et-contre-les-idees-d-extreme-droite-le-12-juin-dc51e2d8-ba0a-11eb-9f68-462af952901d).

 

Emmanuel Macron ne pense qu’à sa réélection, les forces de gauche sont divisées, et LR explose entre le RN et LRME comme le montre les déclarations de plusieurs figures du parti ces derniers jours entre propositions chocs et indulgence à l’égard de l’extrême droite, et le RN profite de tout cela sans avoir l’ombre d’une solution politique viable. Mais le débat politique mérite mieux que de constamment parler d’Islam, de sécurité, ou de mondialisation, alors que la période post-pandémie demande de véritables solutions. Comme le signale Thomas Piketty : «La crise du Covid-19 oblige à repenser les outils de la redistribution et de la solidarité. Un peu partout les propositions fleurissent : revenu de base, garantie d’emploi, héritage pour tous. Disons-le d’emblée : ces propositions sont complémentaires et non substituables. A terme, elles doivent toutes être mises en place, par étapes et dans cet ordre.» Et il plaide pour un système de redistribution de la richesse basé sur trois piliers : revenu de base, garantie d’emploi et, surtout, héritage pour tous (https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/05/15/thomas-piketty-l-heritage-pour-tous-vise-a-accroitre-le-pouvoir-de-negociation-de-ceux-qui-ne-possedent-rien_6080270_3232.html). Ces solutions détourneraient durablement l’électorat populaire d’un vote à l’extrême droite et si la gauche unie se réveille, elle pourrait porter un programme aussi ambitieux que celui de Joe Biden, ce dernier ambitionne de "réinventer" l'économie américaine qui investit dans la promesse et le potentiel de chaque Américain, avec un projet de budget pour 2022 de 6000 milliards de dollars dont les priorités (éducation, santé, infrastructures, changement climatique) prennent le contre-pied de celles de Donald Trump (https://fr.fashionnetwork.com/news/Biden-veut-reinventer-l-economie-americaine-avec-un-ambitieux-budget-2022,1306299.html).

 

Et pour ceux qui sont tentés par l’extrême droite, il suffit de montrer l’exemple brésilien pour s’en faire une idée. Depuis le début de la pandémie, qu'il a qualifiée de "grippette", le président brésilien Jair Bolsonaro a critiqué les mesures de quarantaine, promu des médicaments sans efficacité prouvée et mis en doute l'efficacité des vaccins.. De plus en plus critiqué, notamment pour sa gestion de la pandémie, le président brésilien voit sa popularité chuter. Les manifestations se multiplient contre Jair Bolsonaro et les sondages se ternissent depuis plusieurs jours. Les manifestants estiment que de nombreux décès auraient pu être évités si le gouvernement avait lancé plus tôt la campagne de vaccination, qui progresse lentement. Ils accusent également le président de promouvoir la déforestation de l'Amazonie, la violence et le racisme (https://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-sud/manifestations-sondages-au-bresil-bolsonaro-plus-impopulaire-que-jamais_2151868.html).

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article