Pédocriminalité dans l'Église : "Le secret de la confession est plus fort que les lois de la République", selon Mgr Éric de Moulins-Beaufort

Publié le 6 Octobre 2021

"Le secret de la confession s'impose à nous et en cela, il est plus fort que les lois de la République", a déclaré Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France, mercredi 6 octobre 2021 sur francetvinfo.fr. "Il ouvre un espace de parole libre qui se fait devant Dieu", a-t-il ajouté, au lendemain de la remise du rapport de la Commission indépendante sur les abus dans l'Église (Ciase). L'article 434-3 du code pénal indique que "le fait, pour quiconque ayant connaissance d'agressions ou atteintes sexuelles infligés à un mineur de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives ou de continuer à ne pas informer ces autorités tant que ces infractions n'ont pas cessé est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende". Il indique également que "lorsque le défaut d'information concerne une infraction commise sur un mineur de 15 ans, les peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende".

 

Pour Éric de Moulins-Beaufort, "il y a deux cas". D'abord celui "du pédophile qui viendrait se confesser". "Comme c'est secret, on ne sait pas s'il y en a qui le font" et "il est vraisemblable qu'il n'y en a pas beaucoup qui le font", ou bien "de manière euphémisée". Pour lui, "c'est un vrai souci". "Il faut certainement que nous soyons plus précis, plus fermes, sur le fait que les violences sexuelles ne sont pas un problème de chasteté" mais "un problème d'atteinte à la vie, de crime, de meurtre, symboliquement au moins. Il est très important de le voir, donc il faut que les confesseurs soient bien conscients de cela". "D'autre part, il peut y avoir le cas d'un enfant qui dit quelque chose, qui laisse entendre, qui fait comprendre qu'il est lui-même victime", a poursuivi le président de la Conférence des évêques de France. "Il faut que nous trouvions le moyen de permettre à cet enfant de parler autrement, mais beaucoup d'enfants ne parlent en confession que parce qu'ils savent que c'est secret", a-t-il affirmé, estimant que "s'ils découvrent que nous utilisons ce qu'ils disent pour aller faire du mal à leurs parents, c'est un problème, parce que les enfants ne veulent pas, souvent, que l'on touche à leurs parents". Selon Mgr Éric de Moulins-Beaufort, "c'est déjà un premier pas, pour les enfants, de pouvoir parler en confession". "Il faut que nous nous formions pour apprendre, à partir de cette parole, à rendre possible une autre parole", a-t-il encore déclaré. Cela lui "paraît beaucoup plus important et porteur de meilleurs fruits".

 

Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort devrait plutôt faire des gestes face à ce «séisme» pour la direction de l’Église catholique française, et ne pas dire que le secret de la confession est plus fort que les lois de la République, alors que pour l’archevêque de Strasbourg, Mgr Luc Ravel, réagissant mardi au rapport Sauvé dans reforme.net avec l’AFP (https://www.reforme.net/gratuit/2021/10/05/leglise-risque-de-devenir-une-secte-moralisatrice-avertit-larcheveque-de-strasbourg/) , l’Église catholique court le risque de n’être plus qu'“une petite secte moralisatrice” si elle ne prend pas la mesure des violences sexuelles commises en son sein. “L’avenir de l’Église en France se joue aujourd’hui”, a-t-il prévenu lors d’une conférence de presse après avoir tenté, depuis qu’il a pris la tête du diocèse de Strasbourg en 2017, d’y intensifier la lutte contre les abus sexuels. “Si nous minimisons ce rapport de la Ciase (Commission indépendante sur les abus dans l’Église), alors l’Église du Christ en France n’a plus d’avenir, sinon sous la forme d’une petite secte moralisatrice”, a-t-il poursuivi. L’archevêque a exprimé son “ahurissement” devant les chiffres révélés par la Ciase, sa “honte” sur “la manière dont l’Église a géré la chose” jusqu’à aujourd’hui et son “sentiment de petitesse devant le chemin à accomplir”. Lui-même a nommé une “déléguée épiscopale à la lutte contre les abus sexuels”, mis un place un “code des relations pastorales” ou encore signé un “protocole” avec les procureurs d’Alsace dans lequel il s’engageait “à signaler systématiquement les infractions sexuelles”. Avec ce travail, “je pensais que nous étions, au moins en Alsace, à la moitié du chemin, nous en sommes à peine au tout début”, a-t-il reconnu.

 

Mais comme le signale ce mercredi sur franceinfo (https://www.francetvinfo.fr/societe/religion/pedophilie-de-l-eglise/pedocriminalite-dans-l-eglise-une-conjonction-de-facteurs-favorise-la-survenue-des-violences-sexuelles-explique-une-sociologue-qui-a-enquete-pour-la-ciase_4797161.html), Nathalie Bajos, sociologue mandatée par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase), pour enquêter sur ces violences sexuelles, "Ce n'est pas un facteur, ce n'est pas la domination masculine toute seule, ce n'est pas l'autorité sacrale seule", qui en est la cause. Selon les résultats de l'enquête sociologique menée par l'Inserm, "l'autorité entre l'adulte et l'enfant est redoublée dans le cas de l'Église, poursuit Nathalie Bajos, et c'est sans doute le facteur le plus important, par le caractère sacral de l'autorité du prêtre". "Le prêtre est le représentant du Christ sur Terre, rappelle la sociologue, On ne remet pas en cause l'autorité du représentant du Christ sur la Terre, et ce que le prêtre demande on le fait." Nathalie Bajos souligne également qu'il n'existe, au sein de l'Église catholique, aucun "contre-pouvoir qu'on peut trouver dans d'autres sphères sociales". "Cette autorité extrême du prêtre, développe la sociologue, rend compte qu'on ait plus de violences dans la sphère de l'Église que dans d'autres sphères sociales, et ce phénomène là est encore accentué par le fait que l'Église catholique est une institution qui intègre dans ses structures et dans sa culture la différence fondamentale entre les femmes et les hommes, et la domination masculine."

 

Comme le montre LeMonde.fr (https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/06/pedocriminalite-le-pape-francois-exprime-sa-honte-pour-la-longue-absence-de-reaction-de-l-eglise_6097334_3224.html), le pape François est revenu sur le sujet, ce mercredi, lors d’une audience générale. «Je désire exprimer aux victimes ma tristesse, ma douleur pour les traumatismes subis, et aussi ma honte, notre honte, ma honte pour une trop longue incapacité de l’Église à les mettre au centre de ses préoccupations. Je prie, et prions tous ensemble, à toi Seigneur, la gloire, à nous, la honte. C’est le moment de la honte.» Avant le début de l’audience générale, quatre évêques français présents au Vatican ont prié en silence avec le pape François : Mgr Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon, Mgr Yves Le Saux, évêque du Mans, Mgr Laurent Dognin, évêque de Quimper et Léon, et Mgr Pierre-Yves Michel, évêque de Valence. Ces derniers, qui étaient à Rome dans le cadre d’un pèlerinage, avaient prévu de longue date d’assister à cette audience. Averti de leur présence, le souverain pontife leur a proposé de l’accompagner dans une prière juste avant qu’il n’entre dans la grande salle Paul VI. «Le pape, l’air grave, nous a invités à prier ensemble en silence pour les victimes. Compassion et silence, tels étaient les deux seuls mots du pape», a confié après coup Mgr Gobilliard, cité par l’agence de presse i.media. Au cours de l’audience, le pape François s’est tourné vers les quatre évêques français au moment d’appeler tous les responsables religieux «à poursuivre tous leurs efforts pour que de tels drames ne se reproduisent pas». Il a invité les catholiques français à prendre leurs responsabilités afin de faire en sorte que l’Église devienne une «maison sûre pour tous».

 

Enfin comme le montre francetvinfo.fr (https://www.francetvinfo.fr/societe/religion/religion-laicite/pedocriminalite-emmanuel-macron-salue-l-esprit-de-responsabilite-de-l-eglise_4797173.html), le président de la République a réagit au rapport de la commission Sauvé. Emmanuel Macron a salué, mercredi 6 octobre, en marge d'un déplacement en Slovénie, "l'esprit de responsabilité" de l'Église de France qui a "décidé de regarder en face" le scandale des victimes d'abus sexuels en son sein, au lendemain de la publication du rapport accablant de la commission Sauvé. "Je souhaite que ce travail puisse se poursuivre dans la lucidité et l'apaisement. Notre société en a besoin. Il y a un besoin de vérité et de réparation", a ajouté le chef de l'État face à des journalistes à la fin d'un sommet européen au château de Brdo, en Slovénie. Après avoir félicité le travail effectué par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise catholique (Ciase) menée par Jean-Marc Sauvé, Emmanuel Macron a ajouté que "derrière des chiffres, il y a des femmes et des hommes dont les vies ont été bousculées, parfois brisées. C'est d'abord pour eux que j'ai une pensée."

 

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités, #Actualités de l'Église

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