Pape François : «Le Concile dont certains pasteurs se souviennent le plus est celui de Trente. Et je ne dis pas cela pour plaisanter»

Publié le 14 Juin 2022

"Le restaurationnisme est venu museler le Concile". De manière retentissante, sans mâcher ses mots, le pape François a critiqué le nombre "étonnant" de "restaurateurs", notamment aux États-Unis, lors de sa rencontre avec les responsables des revues jésuites, qu'Antonio Spadaro recueille intégralement dans La Civiltá Cattólica comme nous le montre Jesús Bastante sur religiondigital.org ce mardi 14 juin 2022.

 

Une rencontre franche, au cours de laquelle Bergoglio a admis qu'"il est très difficile de voir un renouveau spirituel utilisant des schémas très démodés", mettant en garde contre l'existence de nombreux évêques et mouvements ultras. «Le Concile dont certains pasteurs se souviennent le plus est celui de Trente. Et je ne dis pas cela pour plaisanter», a souligné le pape. "Un évêque argentin m'a dit qu'on lui avait demandé d'administrer un diocèse tombé entre les mains de ces 'restaurateurs'. Ils n'avaient jamais accepté le Concile", poursuit le pape, qui ajoute qu'"il y a des idées, des comportements qui viennent du restaurationnisme qui n'a finalement pas accepté le Concile".

 

«Le problème est précisément celui-ci : que dans certains contextes le Concile n'a pas encore été accepté. Il est vrai aussi qu'un Concile met un siècle à s'enraciner. Il nous reste donc encore quarante ans avant qu'il ne s'enracine !», a souligné le Saint-Père, qui a rappelé "l'épreuve" vécue par le père Arrupe dans la XXIIe Congrégation Générale. "À cette époque, il y avait une réaction conservatrice pour bloquer la voix prophétique d'Arrupe. Aujourd'hui, pour nous, ce supérieur général est un saint, mais il a dû endurer de nombreuses attaques. Il a été courageux parce qu'il a osé franchir le pas", se souvient le pape François. "Arrupe était un homme d'une grande obéissance au Pape. Une grande obéissance. Et Paul VI l'a compris", a ajouté Begoglio, rappelant le discours de Montini justifiant la tâche accomplie par le jésuite basque, qui a souligné que "les personnes liées à la Curie ont en quelque sorte nourri un groupe de jésuites espagnols qui se considéraient comme les vrais "orthodoxes" et s'opposaient à Arrupe. Paul VI n'est jamais entré dans ce jeu."

Élaborant sur les risques actuels des traditionalistes, le pape a rappelé comment un jésuite de Loyola, qui "avait été particulièrement cruel envers le père Arrupe", a même dit à Bergoglio : "Vous êtes de ceux qui ne comprennent rien. Mais les vrais coupables sont le père Arrupe et le père Calvez. Le plus beau jour de ma vie sera quand je les verrai pendus au gibet de la place Saint-Pierre". «Pourquoi est-ce que je vous raconte cette histoire ? Pour que vous compreniez à quoi ressemblait la période post-conciliaire. Et cela se reproduit, notamment avec les traditionalistes. C'est pourquoi il est important de sauver ces personnalités qui ont défendu le Concile et la fidélité au Pape» a justifié le pape : "Nous devons revenir à Arrupe : c'est une lumière de ce moment qui nous illumine tous".

 

Le pape François a également été interrogé par la voie synodale en Allemagne. "Au président Bätzing - le Pape répond en riant - j'ai dit : 'Il y a une très bonne Église évangélique en Allemagne. Nous n'en avons pas besoin de deux'". "Le problème se pose lorsque le Chemin synodal vient des élites intellectuelles et théologiques, et est fortement influencé par des pressions extérieures. Il y a des diocèses dans lesquels le Chemin synodal se fait avec les fidèles, avec le peuple, lentement", a-t-il expliqué, faisant référence à la lettre écrite à l'Église allemande en 2019.

 

Sur Woelki, le pape François a admis que "j'ai demandé à l'archevêque de partir pour six mois, afin que les choses se calment et que je puisse voir clair". À son retour, «je lui ai demandé d'écrire une lettre de démission. Il l'a fait et il me l'a donnée. Et il a écrit une lettre d'excuses au diocèse avec sa démission entre mes mains.» Pourquoi ne l'a-t-il pas encore accepté ? Bergoglio explique : "Il y a beaucoup de groupes de pression, et sous la pression, vous ne pouvez pas discerner. Ensuite, il y a un problème économique pour lequel je pense envoyer un audit financier. J'espère qu'il n'y aura pas de pression à discerner. Le fait qu'il y ait des points de vue différents, c'est bien. Le problème, c'est quand il y a de la pression. Ça n'aide pas."

 

Enfin, RFI.fr (https://www.rfi.fr/fr/europe/20220614-en-direct-guerre-en-ukraine-la-bataille-du-donbass-restera-comme-l-une-des-plus-violentes-en-europe-d%C3%A9clare-zelensky) nous montre que le pape François a aussi dénoncé durant cette entrevue la cruauté de l'armée russe en Ukraine, salué la bravoure du peuple ukrainien, mais aussi estimé que le conflit avait «peut-être été d'une certaine manière provoqué». Tout en condamnant «la férocité, la cruauté des troupes russes, nous ne devons pas oublier les problèmes réels si nous voulons les résoudre», a déclaré le souverain pontife, mentionnant l'industrie de l'armement comme l'un des facteurs de déclenchement de la guerre. «Il est également vrai que les Russes pensaient que cela serait fini en une semaine. Mais ils se sont trompés. Ils ont affronté un peuple courageux, un peuple qui se bat pour sa survie», a-t-il ajouté, rendant hommage à «l'héroïsme» des Ukrainiens.

 

Le pape a précisé avoir rencontré, plusieurs mois avant que le président russe Vladimir Poutine n'envoie ses troupes en Ukraine, un chef d'État qui s'est inquiété auprès de lui de voir l'Otan «aboyer aux portes de la Russie», d'une manière qui pourrait conduire à la guerre. «Nous ne voyons pas l'ensemble du drame qui se déroule derrière cette guerre, qui a été peut-être d'une certaine manière ou bien provoquée ou non empêchée», a-t-il poursuivi. Se demandant lui-même si cette assertion faisait de lui un «pro-Poutine», le pape François a répondu : «Non, je ne le suis pas. Ce serait simpliste et erroné de dire une telle chose.»

 

En ce 111e jour de guerre, les combats dans le Donbass se concentrent toujours à Sivierodonetsk, dont le centre a été abandonné par les troupes ukrainiennes. Dans le sud de l’Ukraine aussi les combats font rage, avec des frappes aériennes sur les positions ukrainiennes à Mikolaïv et Kherson. Emmanuel Macron est attendu en Roumanie pour saluer 500 soldats français déployés sur une base de l’Otan avant une visite de soutien à la Moldavie et un possible déplacement à Kyiv (https://www.liberation.fr/international/en-direct-guerre-en-ukraine-zelensky-reclame-des-armes-modernes-aux-occidentaux-20220614_ZE5UVMFTURATFG4JFGDPMNGTWM/).

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités de l'Église, #Actualités

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article