États-Unis, Allemagne, Italie : les difficultés du pape François

Publié le 3 Décembre 2022

Gino Hoel dans slate.fr  le jeudi 1er décembre 2022 nous montre que l'ouverture prônée par le souverain pontife rencontre des oppositions à l'international laissant peu de marge de manœuvre, notamment sur la gestion de la question des agressions sexuelles. Les exemples – nord-américain, allemand et italien– montrent combien le cléricalisme est bien ancré, que ce soit dans les Églises locales (aux États-Unis et en Italie) ou à la Curie (concernant l'Allemagne). Dans ces trois cas, des ecclésiastiques se comportent comme s'ils étaient les propriétaires de l'Église.

 

Aux États-Unis, la grande majorité des évêques nommés sous Jean-Paul II et Benoît XVI demeurent opposés au pape François, qu'ils jugent trop libéral, voire communiste. Certes, depuis 2013, le pape tente de recomposer cet épiscopat, mais l'élection de Timothy Broglio, dont la seule qualité est d’être anti-vaccin et obsédé par l’homosexualité, à la tête de la conférence épiscopale nord-américaine prouve qu'il a échoué. Pour que cela soit encore plus clair, ils ont élu comme vice-président William Lori, archevêque de Baltimore, qui a longtemps combattu l'Obamacare en raison de l'obligation faite à l'Église, comme employeur, de rembourser l'IVG, et qui patronne les Chevaliers de Colomb, un mouvement conservateur catholique de bienfaisance, gros financeur du Vatican. Mieux, l'épiscopat des États-Unis a élu comme numéro 3 de cette conférence, qui fait office de secrétaire général, l'archevêque d'Oklahoma City, Paul Coakley. Préféré au cardinal-archevêque rédemptoriste de Newark, Joseph Tobin, un proche du pape argentin, Paul Coakley a soutenu en 2018 l'ancien nonce aux États-Unis, Carlo Maria Vigano, lequel dans un témoignage a appelé à la démission du pape en raison de sa supposée couverture des agressions sexuelles de l'ex-cardinal McCarrick. Les polémiques sur l'accession aux sacrements du président Joe Biden et de l'ancienne speaker de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, en raison de leur soutien à l'IVG, devraient donc se poursuivre au sein de la communauté catholique aux États-Unis.

 

Avec les évêques allemands, c'est la Curie qui n'imagine pas sérieusement entreprendre le train de réformes réclamé par les catholiques. Pour ces prélats romains, ces réformes, pour partie, valideraient –si elles étaient mises en œuvre– les intuitions de Martin Luther 500 ans après la Réforme. Le pape François lui-même se montre peu amène, et craint de voir l'Église en Allemagne devenir une Église protestante, alors qu'il a encouragé les Allemands à entreprendre un synode et leur a même écrit une lettre en juin 2019, où il les met certes en garde, mais ne les freine pas. Elles dédiraient de façon majeure les évolutions catholiques ultérieures, dont certaines sont à l'origine directe des agressions actuellement en train de faire imploser le système. La Curie ne veut donc entendre parler d'aucune réforme. Elle avoue craindre que de tels changements se «propag[ent] dans d'autres pays» notamment les premières propositions de réformes des catholiques allemands en vue d'éradiquer les agressions sexuelles au sein de l'Église: nouveau processus de désignation des évêques, fin de l'obligation du célibat des prêtres, possibilité d'un clergé féminin et marié, révision des positions de l'Église sur l'homosexualité et la sexualité, répartition autre des pouvoirs…. Par ailleurs, le cas du cardinal-archevêque de Cologne, Rainer Maria Woelki, soupçonné d'avoir géré avec légèreté des cas d'agressions sexuelles et aujourd'hui accusé de parjure, n'est toujours pas réglé. La majorité de ses confrères, du clergé diocésain et des laïcs de Cologne, ne lui font plus confiance et réclament sa démission. Celle-ci est jusqu'à présent refusée par le pape François, lequel ne veut pas agir sous la pression. Le président de la Conférence épiscopale allemande, Georg Bätzing, évêque de Limbourg, a néanmoins déclaré «rentr[er] à la maison avec une certaine inquiétude», quoique «soulagé» par les rencontres qui ont eu lieu avec le pape et la Curie. Mais le chemin synodal est sérieusement grippé.

 

Enfin, en Italie, dans un colloque, l'évêque en charge des dossiers sur les abus sexuels sur mineurs, Lorenzo Ghizzoni, archevêque de Ravenne, s'en prenait vivement à la Commission indépendante sur les agressions sexuelles dans l'Église française, la Ciase, et à ses méthodes.  En réaction à ces propos, Josselin Tricou, docteur en sociologie et chercheur à l'université de Lausanne (Suisse), qui a participé à l'enquête pour la Ciase, précise que cela «risque de produire un effet inverse à l'effet escompté: accélérer la mise en place de mesures plus indépendantes et effectives en décuplant la détermination des victimes. Elles ne lâcheront pas. Ce genre de sortie de piste leur donne encore plus d'énergie pour agir.» Le refus d'une enquête sérieuse sur les agressions sexuelles démontre combien cet épiscopat particulier est ankylosé par sa dépendance au pape. Par ailleurs, le poids de l'Église en Italie est tel qu'une enquête de type Ciase ferait sans doute s'écrouler pour de bon tout le système romain. C'est la raison pour laquelle les évêques italiens préfèrent rester en surface et ne pas chercher en amont des années 2000. De fait, les victimes italiennes parlent de ce rapport des évêques italiens comme d'une «blague». Le jésuite Hans Zollner, président de l'Institut de protection des mineurs de l'université pontificale grégorienne et membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, n'est sans doute pas loin de penser la même chose. En octobre dernier, il confiait à La Vie que «l'approche de la Ciase permet d'avoir une idée de l'ampleur du phénomène» des agressions sexuelles, notant que la méthode de la Commission Sauvé est celle «à laquelle l'OMS a recours pour ses enquêtes épidémiologiques».

 

Ces trois pays causent des difficultés au pape qui, s'il dénonce le cléricalisme à tous les étages, demeure prisonnier des épiscopats conservateurs et de sa Curie comme une araignée au milieu de sa toile. Reste bien sûr le synode sur la synodalité convoqué à l'automne prochain et prolongé jusqu'en 2024 pour contourner ces obstacles. Mais au regard de ces derniers exemples, de plus en plus de chrétiens ne se font plus guère d'illusions et craignent que ces deux assemblées ne soient que des coups d'épée dans l'eau. Comme le montre katolisch.de (https://www.katholisch.de/artikel/42374-weihbischof-puff-zu-synodalem-weg-eher-parlament-als-synodalitaet) à l'occasion du troisième anniversaire du début officiel du chemin synodal, l'évêque auxiliaire de Cologne Ansgar Puff revient avec des sentiments mitigés sur le déroulement du processus de réforme jusqu'à présent. Il ressent "ce que nous faisons actuellement sur la voie synodale plus comme le travail d'un parlement que comme une forme de synodalité", a déclaré Puff jeudi au portail "domradio.de". Il a jugé nécessaire de discuter des questions litigieuses. Cependant, il a une compréhension différente de la synodalité. "J'aimerais avoir beaucoup plus de conversations les uns avec les autres", a déclaré Puff.

 

L'évêque auxiliaire a souligné qu'il était en faveur d'un concile particulier voté lorsque le format du chemin synodal a été convenu. "Cela aurait également ouvert la possibilité de parler, mais aurait donné le pouvoir de prendre certaines décisions", a déclaré Puff. En droit canonique, les assemblées d'une église particulière dans lesquelles les évêques d'un certain pays (conseil plénier) ou d'une province d'Église (conseil provincial) sont présents sont appelées conseils particuliers. À l'époque, cependant, cela a été rejeté par la majorité de la Conférence épiscopale allemande, car les sujets à discuter auraient alors dû être discutés au préalable avec le Vatican. "Bien sûr, je me demande aujourd'hui si cela n'aurait pas été plus sage." Cela aurait évité une confrontation entre le Vatican et l'Église en Allemagne, soupçonnait Puff. Selon Puff, il est bon que les thèmes du chemin synodal soient introduits dans le processus synodal global. Il est personnellement très curieux "comment sera la situation du synode mondial". Il espère que le processus synodal mondial se poursuivra avec un nouveau concile après sa conclusion en 2024. "Je crois que nous devons prendre des décisions à long terme et que les décisions ne peuvent être prises que par un concile", a souligné l'évêque auxiliaire.

 

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités de l'Église

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