Publié le 29 Mars 2011

vatican-1962-1965-13Le concile Vatican II fut pour Jean XXIII un Aggiornamento qui est un terme italien signifiant littéralement mise à jour. Il fut utilisé à la fois par les évêques et les médias pendant le concile de Vatican II (1962-1965) pour désigner une volonté de changement, d’ouverture, de modernité. Une autre image est en général associée à cette expression : ouvrant une fenêtre du Vatican, le pape Jean XXIII aurait indiqué «je veux ouvrir largement les portes de l'Église, afin que nous puissions voir ce qui se passe à l'extérieur, et que le monde puisse voir ce qui se passe à l'intérieur de l'Église». Jean XXIII invite à «avoir de l’estime» pour les inventions sans oublier le service des hommes, pour lequel l’Eglise souhaite être présente.

 

Dans l'encyclique Ecclesiam Suam, le pape Paul VI attribue en tout cas la fortune du terme "aggiornamento" à son prédécesseur et définit le contenu qu'il entend donner à ce terme : «L'expression popularisée par Notre vénéré Prédécesseur Jean XXIII, aggiornamento, Nous restera toujours présente pour exprimer l'idée maîtresse de Notre programme; Nous avons confirmé que telle était la ligne directrice du Concile, et Nous le rappellerons pour stimuler dans l'Eglise la vitalité toujours renaissante, l'attention constamment éveillée aux signes du temps, et l'ouverture indéfiniment jeune qui sache «vérifier toute chose et retenir ce qui est bon» (1Th, 5, 21), en tout temps et en toute circonstance.» Paul VI continuera en ce sens et fera l’éloge des pères du concile pour leur souci d’une Eglise témoin et présente au cœur du monde.

 

Le concile Vatican II prêchait pour une Eglise "horizontale", ouverte sur son temps et en communion avec le "peuple de Dieu", les fidèles. En consacrant la notion de collégialité des évêques, Vatican II prend le contre-pied des textes adoptés par Vatican I, qui édictait l'infaillibilité papale. Autre avancée déterminante: l'œcuménisme et le dialogue interreligieux, qui s'amorcent avec la reconnaissance mutuelle des Eglises chrétiennes, la levée réciproque des anathèmes entre Eglises catholique et orthodoxe et la suppression de l'accusation de déicide portée contre les juifs. La soutane abandonnée, la liturgie désormais prononcée dans la langue du pays, l'apostolat des laïques consacrant leur participation active, l'institution se veut désormais proche de ses fidèles, à leur image. C’est bien un tournant historique, un concile qui ne condamne pas mais qui vient intégrer l’Église à l’époque contemporaine.

 

Mais où en est cet aggiornamento qu’aurait dû nous apporter l’Église ? Le professeur de droit canonique à l'université de Fribourg Werner Böckenförde nous en donne la réponse dans une déclaration donnée dans une conférence qui eu lieu les 3 et 4 octobre 1998 à Würzburg, à l'occasion de la cinquième des rencontres fédérales du Mouvement du Peuple de l'Église «Wir sind Kirche» («Nous sommes l'Église») qu'au bout d'un peu plus de quarante ans, rien n'avait été mis en œuvre à l'exception de la messe en langues vernaculaires : «Dix-huit ans après la fin du Concile, le pape actuel en a défini des applications juridiques. En dépit de toutes ses modifications appréciables le Codex Juris Canonici montre à l'évidence qu'aucune conséquence juridique décisive ne devait être tirée du Concile. Le législateur de l'Église — et celui-ci est d'après la constitution de l'Église en dernier ressort le pape seul — s'est montré décidé non seulement à juguler toute remise en question de la structure hiérarchique de l'Église mais aussi à la renforcer encore.» En gros, le concile Vatican II n’a jamais été réellement appliqué.

 

Penseur de Vatican II, Yves Congar a tout de suite senti le danger d'en rester aux textes mêmes du Concile. "Le danger est qu'on ne cherche plus, mais qu'on exploite simplement l'inépuisable magasin de Vatican II... Ce serait trahir l'aggiornamento que de le croire fixé une fois pour toutes dans les textes de Vatican Il." L'Église est un mouvement sans cesse à penser, une institution sans cesse à réformer.

 

Il fallait une réponse claire à ceux qui voulaient réduire le concile à une portion congrue. L’Institut pour les sciences religieuses de Bologne fondé par le père Giuseppe Dossetti et le professeur Giuseppe Alberigo est à l’origine de la "Storia del Concilio Vaticano II" la plus lue au monde, en cinq volumes achevés en 2001 et publiés en sept langues. Une "Storia" qui considère le Concile à raison comme un "événement" plus qu’une somme de documents, dans l’"esprit "plus que dans la "lettre", comme un "nouveau départ" plus qu’en continuité avec l’Eglise d’avant-Concile.

 

Le lendemain de son élection en tant que pape en 2005, Benoit XVI affirme que «la mise en œuvre du concile Vatican II» est sa priorité «en continuité fidèle avec la tradition bimillénaire de l’Église», phrase qui a été très commentée. Le mouvement catholique allemand "Wir sind Kirche" ("Nous sommes Eglise") à la nouvelle de son élection a estimé qu'avec Joseph Ratzinger comme pape, les "problèmes vont rester tels qu'ils sont dans l'Eglise". Et force est de reconnaître que cela est vrai. Le spécialiste de l'histoire de l'Église Philippe Levillain — Membre du Comité pontifical des Sciences historiques et enseignant à l'université de Nanterre nous en donne un avant goût —, car comme il l’affirme Benoît XVI est un pape de restauration, suivant le terme qu'il avait lâché, dans une interview au mensuel Jésus, en 1984, tandis qu'il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi : "Si nous indiquons par ce mot la recherche d'un nouvel équilibre, après les excès d'une ouverture totale au monde, [...] alors, oui, la restauration est souhaitable." Il avait été vivement critiqué alors par les défenseurs de Vatican II dont, devenu pape, il appelle à une relecture qui vise à replacer le concile dans la continuité de la tradition.

 

Par sa personnalité et par ses actes - réhabilitation de la messe en latin, main tendue aux intégristes, relecture "conservatrice" de Vatican II - Benoît XVI se reconnaît davantage dans la vision ecclésiale opposée, qui a toujours existé au sein du catholicisme: celle d'une Eglise "verticale", centrée sur le respect de l'autorité et de l'héritage. Il se trouve maintenant à un tournant. "Le gouvernement monarchique de la tradition dont Benoît XVI a gardé la structure montre aujourd'hui ses limites, estime le vaticaniste Giancarlo Zizola. Le pape doit absolument faire appel aux évêques en réunissant un concile."


La réponse au pape est arrivée sous une forme presque officielle : quatre essais de quatre chercheurs tout à fait représentatifs, publiés dans le dernier numéro de "Cristianesimo nella storia" en 2007, la revue de l’Institut pour les sciences religieuses de Bologne. Les auteurs des quatre articles répondant au pape sont l’Italien Giuseppe Ruggieri, directeur de "Cristianesimo nella storia", l’Américain Joseph A. Komonchak, le Français Christoph Theobald et l’Allemand Peter Hünermann. Pour eux et à raison : le Concile Vatican II a été "un tournant historique".

 

D’autres réponses vinrent à nouveau contredire le pape qui cherchait à enfermer le concile dans les textes. Dans un article du Corriere della Sera publié le 31 octobre 2010, le cardinal Carlo Maria Martini a répondu à une question sur le Concile Vatican II: «Il est bon de distinguer entre continuité et discontinuité de la tradition. Les partisans d’une interprétation rigide, qui accueillent toute nouveauté avec suspicion, ne se rendent pas bien compte qu’il peut y avoir des nouveautés dans l’Église. Celle-ci est un organisme vivant, qui est né petit, mais qui grandit au fil du temps comme un corps humain et apparaît alors comme quelque chose de nouveau. Cette vision de l’histoire de l’Église a été soutenue dès le Ve siècle par saint Vincent de Lérins. Celui-ci affirme qu’au fil des années, l’Église connaîtra certainement des progrès et même des progrès éclatants. Nous ne devons pas en avoir peur. Il ne faudra parler de changement que dans le cas où un organisme se transforme en un autre organisme. Et dans ce cas, l’on devra le rejeter avec fermeté».

 

Je vous donne enfin le propos de Giancarlo Zizola, dans un article paru sur la Repubblica du 24 novembre 2010 qui est très instructifs : «D’une interview à l’autre et dans l’intervalle, quarante-cinq ans de luttes pour la réforme de l’Église: le 3 octobre 1965, le Corriere della Sera ouvre par une interview de Paul VI réalisée par Alberto Cavallari, la première interview accordée par un pape à un journal, sur les changements nécessaires dans l’Église, au moment où est en cours la dernière session du Concile. Lumière du monde, le dernier livre-interview de Benoît XVI, sort quand la perspective du renouvellement semble languir sous les coups méthodiques de la restauration».

 

Réduire le concile Vatican II à la lettre reviendrait alors à en faire un texte mort, car l’apôtre Paul l’a bien dit : "La lettre tue, mais l'esprit vivifie." (2 Corinthiens 3,6). Alors sachons voir la réalité en face, le concile Vatican II a bien été un tournant historique, ce que tout historien sait voir, et qui comme le concile de Trente était animé d’un véritable esprit de réforme, ce que semble oublier les adeptes de la messe tridentine et cela est vraiment dommage.

 

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Publié le 26 Mars 2011

L’Église ne sait-elle que s’exprimer par ses valeurs ? Une question que pose dans l’éditorial de La Stampa du 28 décembre 2010 Gian Enrico Rusconi. Voyons ce qu’il écrit dans le journal turinois et cela s’avère très instructif sur les mauvais choix de l’Eglise :  

 

«Il n’est pas besoin d’évoquer le “retour de la religion dans l’époque post-séculière” pour constater en Italie la forte présence publique de la religion - d’église (c’est-à-dire d’une expression religieuse qui passe exclusivement à travers les structures de l’Église catholique). Mais l’importance publique de la religion, qui est grande sur les thèmes “éthiquement sensibles” (comme on dit), s’accompagne de difficultés substantielles de communication dans les contenus théologiques qui devraient être le fondement de ces mêmes thèmes. Ou mieux, les contenus théologiques ne sont cités que s’ils servent à soutenir les recommandations morales. Nous nous trouvons devant une religion dé-théologisée qui cherche une compensation dans un nouvel accent mis sur la “spirirualité”. Mais il s’agit-là d’une phénoménologie très fragile qui va de l’élaboration toute subjective de motifs religieux traditionnels à des thérapies de bien-être psychique. Les contenus de “vérité” religieuse théologiquement forts et fondamentaux – les concepts de révélation, de salut, de rédemption, de péché originel (sans parler d’autres dogmes plus complexes) qui ont, dans leur formulation dogmatique, profondément conditionné le développement spirituel et intellectuel de l’Occident chrétien, sont refoulés hors du discours public. Pour les croyants, ils restent un fond et un support “narratif”, ils font office d’illustration, mais ne fondent pas la pratique rituelle. La Nativité que nous venons à peine de célébrer est fondée sur le dogme théologique du Christ “vrai Dieu et vrai homme”. Il s’agit d’une “vérité” qui a profondément marqué et formé des générations de croyants pendant des siècles. Aujourd’hui – enveloppée dans une atmosphère de sentimentalisme superficiel – on la répète sans comprendre le sens d’une vérité qui n’est plus transmissible dans les termes du discours public. Mais vient à l’esprit le doute que ce qui importe aujourd’hui aux hommes d’Église dans leurs discours publics, c’est exclusivement de défendre ce qu’ils appellent “les valeurs” tout court, lesquelles coïncident avec le thème de la “vie”, de la “famille naturelle” et avec les problèmes bioéthiques tels que les entend la doctrine officielle de l’Église. Rien d’autre».

 

Un constat révélateur sur la situation actuelle de l’Eglise. Nous devrions plutôt suivre ce qu’a dit Leonardo Boff en 2005, qu'il faut avoir le "regard porté davantage sur l’humanité et moins sur l’Eglise". Mais aujourd’hui l’Église est intransigeante, radicale et rétive aux compromis, elle s’est figée sur le droit canon. Nous sommes devant un dogmatisme figé qui ne permet pas à l’Église d’avancer. Jésus n’avait-il pas lutté contre les docteurs de la loi pour le même propos. De plus, l’Église ne veut malheureusement pas faire de «casuistique» qui exigerait de traiter les sujets difficiles au cas par cas et de façon plus humaine pour ainsi trouver un juste milieu. L’Église n’a plus ce discours évangélique, beaucoup plus pastoral qui lui faisait tant de bien à l’époque de Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul 1er. Il faudrait utiliser un message évangélique plus adapté à la personne. Une solution que l'Église devrait méditer plutôt que d'imposer ses valeurs.

 

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Publié le 23 Mars 2011

Cela nous est confirmé par l’ouvrage La sortie de religion, est-ce une chance ? des éditions l’Harmattan sorti en 2010 est l’œuvre de Michel Gigand, de Michel Lefort, de Jean-Marie Peynard, de José Reis et de Claude Simon, à la fois ouvriers et prêtres dans le Calvados, se rassemblent chaque semaine en équipe depuis plus de vingt ans. La condition ouvrière, leurs engagements dans le Mouvement ouvrier (SUD Solidaires et CGT) et dans des organisations citoyennes les ont profondément changés au fil des années. C'est ce qu'ils veulent partager dans ce livre.

 

Le processus de sécularisation, qui touche les sociétés occidentales et spécialement la nôtre et qui est vu négativement dans certains milieux chrétiens, a interpellé ces prêtres ouvriers qui, eux, y voient une chance. Les réflexions du théologien Joseph Moingt et du philosophe Marcel Gauchet sur "le christianisme comme religion de la sortie de religion" les ont beaucoup marqués.

 

Ils décrivent la religion de leur enfance (hélas encore parfois actuelle) comme une religion englobante détentrice du "salut" avec ses interdits et ses accommodements... La vie quotidienne avec des travailleuses et des travailleurs qui, très majoritairement, ne partagent pas la foi chrétienne les a bousculés. Les luttes syndicales pour plus de justice et pour changer une société devenue si inégalitaire ont remis en cause bien de leurs façons de voir et aussi de croire. Pour les cinq protagonistes, la foi est à chercher au cœur des humains, "au sein des personnes les plus méprisées de l'humanité. Être pratiquant, c'est faire réussir et grandir l'humanité, et non pas accomplir les actuels rituels de religion." Et c'est dans le monde ouvrier, à travers leur immersion dans les syndicats et leurs combats, que les cinq prêtres ont trouvé la meilleure façon de vivre leur foi. "La religion a voulu tout englober en mettant les gens sous tutelle. Elle devenait détentrice du salut avec ses interdits et ses accommodements. Résultat, peu à peu, les gens ont pris leur autonomie par rapport à la religion qui voulait dicter leur vie", poursuit Jean-Marie Peynard, ancien facteur à Saint-Pierre-sur-Dives.

 

Ils essaient de décrire ces changements importants ainsi que leurs évolutions dans la façon de lire la Bible, de l'appréhender, et d'en comprendre le message pour aujourd'hui. Ils expérimentent que la foi chrétienne dépasse la religion qui la porte ; les premiers chrétiens ont dû dépasser leurs religions, juive ou païenne, pour témoigner du message universel de Jésus, tel que l'a mis par écrit le "collectif Jésus" à la fin du premier siècle. Et d'émettre de sérieux doutes sur les Écritures telles qu'elles sont arrivées jusqu'à nous : "grâce à un processus de sécularisation et au travail des exégètes depuis plus d'un siècle, beaucoup d'obstacles à la lecture ont été surmontés. Nous sommes devenus bien conscients que ce n'est plus un texte qui nous tombe du ciel et qu'on devrait accepter sans essayer de comprendre. Nous avons bien compris que c'est un texte qui est tributaire de l'état des connaissances au moment où il a été écrit et qu'on peut donc le remettre en question sans problème. Nous avons découvert que c'est le texte qui est tributaire des croyances de ceux qui l'ont écrit à une époque donnée et on n'est donc pas du tout obligé de tenir pour "révélées" des données qui sont remises en cause par le progrès des connaissances. Enfin, nous avons appris que c'est un texte qui a été remanié à plusieurs reprises et qui garde des traces de ces différentes époques. Les anciens gardaient les textes anciens, tout en y ajoutant de nouveaux : ainsi a-t-on deux récits de la création qui ne datent pas de la même époque et qui insistent sur des aspects différents". Comprendre avant de poursuivre : "Toutes ces découvertes, et bien d'autres encore, sont très libératrices et nous aident à interpréter le message de la Bible pour notre époque. Et la Bible, dans sa complémentarité ancien et nouveau Testament, est devenue une source de sens pour notre vie. Que le Dieu de Jésus auquel nous adhérons respecte les cheminements humains pour se faire découvrir. Voilà qui ouvre des horizons et donne un intérêt pour comprendre l'héritage de nos ancêtres."


Vivant dans un contexte de sortie de religion, leur conviction est que les chrétiens, à leur place et parmi d'autres, sont invités à être des acteurs de la réussite de l'humanité. Ils nous proposent de saisir cette chance. Une position pas toujours facile à tenir face à une Église toute puissante. "Le processus de sécularisation, qui touche les sociétés occidentales et spécialement la notre et qui est vu négativement dans certains milieux chrétiens, nous a interpellés".

 

Un vibrant témoignage qui nous montre que l’Église n’a pas su voir la chance qu’était le sécularisme pour elle. Dommage, car son véritable ennemi est l’intégrisme et le fondamentalisme qui refusent que la foi se mêle à la raison. N’oublions pas que Jésus a été le premier à séparer le politique du religieux en disant «Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu» (Matthieu, 22, 21). Et Jésus n’a-t-il pas dit de faire l’aumône en secret (Matthieu 6, 1-4), de prier en secret (Matthieu 6, 5-6) et de jeûner en secret (Matthieu 6, 16-18). Donc le sécularisme n’est pas en désaccord avec Jésus.

 

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Publié le 19 Mars 2011

Lors de sa mission en Haïti, mi-janvier, le cardinal guinéen Robert Sarah, président du Conseil pontifical Cor Unum, l’avait affirmé : «L’Église n’est ni une ONG ni une société philanthropique. Notre action doit être l’expression concrète de l’évangélisation.» Objet de sa préoccupation : Caritas Internationalis (CI). Le 15 février 2011, la Secrétairerie d’État avait manifesté son opposition au renouvellement, en mai prochain, du mandat de Lesley-Anne Knight à la tête de Caritas Internationalis.

 

Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’État du Saint-Siège, dans un message aux conférences épiscopales, avait alors insisté sur la nécessaire réaffirmation de l’identité catholique et ecclésiale de l’organisation caritative. Il se faisait l’écho du cardinal guinéen Robert Sarah, président du conseil pontifical «Cor Unum», autorité de tutelle de Caritas.

 

Caritas internationalis désigne en fait la structure internationale des 162 entités catholiques d’aide, de développement et de service social en faveur des pauvres, agissant dans plus de 200 pays. Soutenant 24 millions de personnes dans le monde, employant 440 000 salariés et 625 000 bénévoles, les 165 Caritas, fédérées à Rome par Caritas Internationalis, s’appuient chaque année sur des ressources, privées et publiques, de 5,5 milliards de dollars (3,9 milliards d’euros). En France, c’est le Secours catholique qui est affilié. Caritas, qui dépend du Saint-Siège, travaille sans distinction de religion, race, sexe, ou d’appartenance ethnique et constitue l’un des plus vastes réseaux humanitaires au monde. La première organisation Caritas est née à Fribourg, en Allemagne, en 1897. Très tôt, d’autres organisations nationales de Caritas ont été créées en Suisse (1901), en Autriche (1903), et aux États-Unis (Catholic Charities, 1910).

 

Le contentieux touche le caractère hybride de CI, à la fois ONG et organisme d’Église. Elle doit ainsi rendre compte à Rome, mais aussi à ses millions de donateurs privés, aux États qui, localement, attribuent des subventions, sans oublier les conférences épiscopales. Reste que des voix autorisées se font entendre, à Rome, pour souhaiter une identité catholique mieux affirmée des services rendus par l’Église à la société : éducation, santé, solidarité. Cette identité catholique de Caritas Internationalis a été bien affirmée par ses actes et le Vatican n’a pas le droit d’en douter.

 

Dans ce contexte, l’intervention, samedi 12 mars 2011 à Londres, du cardinal Peter Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix, devant la CAFOD, la Caritas britannique, n’est pas passée inaperçue. Le cardinal ghanéen, s’appuyant sur l’analyse de Benoît XVI dans l’encyclique Caritas in veritate, a resitué le travail de l’organisation caritative internationale dans le contexte de la «crise spirituelle» contemporaine. C’est précisément là que les actions de solidarité menées par Caritas Internationalis doivent manifester leur source évangélique et ecclésiale, explique-t-il : «Le témoignage de la charité du Christ, à travers les actions en faveur de la justice, de la paix et du développement, est partie intégrante de l’évangélisation, parce que Jésus-Christ, qui nous aime, est soucieux de l’intégralité de la personne. Ces enseignements importants sont à la base de l’aspect missionnaire de la doctrine sociale de l’Église, elle-même élément essentiel de l’évangélisation.» Avec beaucoup de finesse, Lesley Ann Knight, souligne qu’à travers Caritas : «Notre seule bannière, ce sont ceux qui ont besoin de nous. Tous ne sont pas chrétiens, mais tous nous intéressent, car ils sont aimés de Dieu.». Là, est l’enseignement du Christ.

 

Analysant plus précisément le statut «hybride» de Caritas Internationalis («à la fois ONG professionnelle et organisme d’Église»), le cardinal Turkson souligne que son action s’insère «dans un programme pastoral global (...) en référence au ministère du Christ ; ce qui signifie évangéliser, servir». Et il précise : «Comme pour les institutions ecclésiales éducatives, sociales ou hospitalières, le défi est : comment être catholique, ce qui signifie évangéliser, tout en étant responsable devant les États.» Enfin, reprenant explicitement les propos de son homologue de Cor Unum, le cardinal Sarah, il a insisté à son tour sur «le nécessaire lien entre évangélisation et charité.» Comme l’a dit Lesley Ann Knight, Caritas n’est pas là pour défendre l’agenda de l’Église, c’est le rôle du représentant du Saint-Siège à l’ONU. Elle doit rendre témoignage des plus démunis. La légitimité de cette organisation vient de cette structure, qui par nature donne la parole aux plus pauvres. Cela va droit dans le sens de ce qu’à dit Jésus : «Heureux, vous les pauvres, car le Royaume des cieux est à vous» (Luc 6,20). Je ne vois pas ici Jésus échanger la charité contre l’évangélisation.

 

«Pour nous, il est clair que nous avons toujours été une organisation qui évangélise, essentiellement par notre travail. Et nous sommes heureux de l’être», répond cependant Patrick Nicholson, porte-parole de Caritas Internationalis, pour qui «il n’y a pas d’éléments nouveaux dans l’intervention du cardinal Turkson nous laissant penser que nous devrions changer notre façon de travailler.»


Par ailleurs, la décision du Saint-Siège de ne pas renouveler le mandat de Lesley-Anne Knight continue à faire des remous au sein du réseau : ainsi, les 39 Caritas d’Asie se sont réunies la semaine dernière et ont écrit au secrétariat général de l’organisation pour souhaiter que l’actuelle directrice «continue à jouer un rôle essentiel au sein de Caritas Internationalis».

 

Je crois que le Vatican n’a pas compris le rôle de Caritas Internationalis. Cette organisation apporte l’aide aux plus vulnérables, sans distinction de race ou de religion, au nom des catholiques du monde entier. Ce n’est pas un outil d’évangélisation. Le Vatican aurait-il oublié cette note doctrinale sur l’évangélisation élaborée par la congrégation pour la doctrine de la foi le 14 décembre 2007 qui disait que «l’évangélisation avance par le dialogue, et non par prosélytisme.» Jésus n’avait-il pas dit : «prêtez sans attendre en retour» (Luc 6, 35). Donc, si l’Église attend quelque chose en retour de sa charité, elle ne fera pas ce qu’attend Jésus.

 

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Publié le 16 Mars 2011

Les femmes peuvent-elle exercer un ministère au sein de notre Église ?

Une question qui se pose depuis le rétablissement du diaconat permanent par le Motu proprio de Paul VI Sacrum Diaconatus Ordinem du 18 juin 1967. Toutefois, l’ordination d’une femme posait problème, même pour le diaconat, qui était vu comme le marche pied vers la prêtrise. Dans ces conditions, la déclaration de Paul VI Inter insigniores (1976) ne pouvait que réaffirmait l’exclusion des femmes du ministère sacerdotal, et la lettre de Jean-Paul II Ordinatio sacerdotalis (1994) rappelait que le canon 1024 (« Seul un homme baptisé reçoit validement l’ordination sacrée ») fait partie du dépôt de la foi et ne saurait être contourné, ce qui pose problème au sujet du diaconat féminin, car il est débattu, encore aujourd’hui, de la question de savoir si à l’époque patristique, elle était « ordonnée » ou pas.

Mais tel que l’a montré le Synode romain de 1987, consacré aux laïcs dans l'Eglise et dans le monde, des évêques ont demandé le rétablissement du diaconat féminin, en se fondant sur la réalité historique antérieure, ainsi que sur le refus d'une discrimination à l'égard des femmes et sur les besoins actuels de la mission.

En effet, les premières communautés chrétiennes semblent avoir connut des femmes ayant des ministères avec des critères très précis.

 

Les Épitres de Paul authentiques contiennent la plus ancienne trace d’un "diaconat" féminin se trouve dans l’Épitre aux Romains : « Je vous recommande Phoebé, notre sœur, diaconesse de l’Église de Cenchrées, (…) une protectrice pour nombre de chrétiens » (16,1) ; On sait peu de choses de leur rôle, dans les communautés pauliniennes, mais il semblerait que ce fut, comme le montre ce passage, un rôle d’assistance au sein d’une communauté, subordonné au ministère d’un apôtre, ici Paul.

A la fin du Ier siècle, un groupe de femmes diacres existaient peut-être au sein de la communauté paulinienne, où est né l’Épitre à Timothée, tel que le montrerait peut-être ce passage, citant des femmes après le verset concernant les hommes diacres : « Que pareillement les femmes soient dignes, point médisantes, sobres, fidèles en tout » (3,11). Mais leurs fonctions ne sont guère définit. A côté, se trouve un autre groupe, celui des veuves, qui exerce un rôle équivalent à celui des diaconesses de l’Épitreaux Romains : « Une femme ne sera inscrite au groupe des veuves que si elle est âgée d’au moins soixante ans et n’a eu qu’un mari. Il faut qu’elle soit connue pour ses bonnes œuvres : qu’elle ait élevé des enfants, exercé l’hospitalité, lavé les pieds des saints, assisté les affligés, qu’elle se soit appliquée à toute œuvre bonne. » (1 Timothée, 5, 3-10). Ces veuves seront bientôt confondus vu la proximité de leurs fonctions au sein de l’Église avec les diaconesses.

Au IIe siècle, les informations au sujet de ces deux groupes sont peu nombreuses. En 111, une lettre de Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie, mentionne deux femmes, désignés par les chrétiens comme ministrae, équivalent probable du grec diakonoi (X 96-97), et Ignace d’Antioche salue “ les vierges et l’ordre des veuves “ dans l’Épitre aux Philippiens (§ 15). On ne connaît pas leurs fonctions, probablement les mêmes que dans les communautés pauliniennes du Ier siècle, sauf que les veuves auraient alors pris en importance étant devenue un « ordre », mais n’ayant pas d’autres sources, il est difficile de dire de quelle façon cela s’est produit ni comment s’était organisé ce groupe.

Au IIIe siècle, on en sait un peu plus sur cet ordre. D’après la Tradition apostolique, datant d’environ 215, et que l’on a attribuée à Hippolyte de Rome, les veuves sont officiellement « instituées », mais « non ordonnées » ; Tertullien nous apprend également que ces dernières constituent un « ordre » spécifique (ordo uiduarum) (À son épouse 1, 7, 4 ; Exhortation à la chasteté 13, 4, vers 208) qui avaient un rôle eulologique : elles priaient.

orante2Dans la première moitié du IIIe siècle, on pourrait voir une veuve représenté dans la chapelle du cimetière de Priscille à Rome. La femme, au centre, est en position d’orante (bras levé comme le conseille Jésus pour la prière du notre Père), dirigeant la prière (d’ailleurs, elle porte le châle concerné, pratique que l’on retrouve dans le Judaïsme de l’époque et dans les cultes dits orientaux). A sa gauche, se trouve deux femmes à côté d’un homme, peut-être un prêtre, tenant peut-être l’évangile, donc participant à la liturgie, comme le faisait les diacres aux côtés de l’évêque ou des prêtres, qui ont vu leur rôle accrut au IIIe siècle. De même, dans la célèbre fresque de la fractio panis de la même chapelle, on voit une femme voilée (respectant les recommandations de Paul) partageant le pain avec une assemblée d’hommes, probablement à un repas eucharistique, sans qu’on puisse en dire plus.

Dans ces deux cas, ce pourrait donc être des diaconesses, mais qui aurait peut-être un rôle plus étendu que dans la Didascalie des Apôtres, une compilation canonico-liturgique, n’ayant aucun caractère officiel, qui fut rédigé entre 240 et 250 en Syrie, où leur fonction semble prendre un rôle officiel au sein de l’Église, à l’image de l’exemple précédent. Elles étaient choisies par l’évêque (sans qu’on en sache plus, la Didascalie n’en parlant pas) pour lui servir d’intermédiaire auprès des femmes (DA 3, 12, 1-4) et pour « pour le service des femmes » (DA 3, 12, 1) : procéder à l’onction corporelle des lors du baptême, instruire les catéchumènes, visiter les malades. Ces dernières, au sein de cette communauté ont pris la place des veuves, que l’évêque peut toujours instituer, à charge pour elles, comme au début du IIIe siècle de prier (DA 3, 5, 1-3, 6, 2).

 

Vers 375, Epiphane de Salamine, dans le Panarion, nous apprend que les diaconesses constitue un ordre, mais sans nous en dire plus (si bien qu’on ne sait pas quand cela s’est produit) : « Il y a bien dans l’Église l’ordre des diaconesses, mais ce n’est pas pour exercer des fonctions sacerdotales, ni pour lui confier quelque entreprise, mais pour la décence du sexe féminin, au moment du baptême » (79, 3, 6). Ce sont les Constitutions apostoliques, rédigé en Syrie, en 380, qui nous présente les innovations à peine esquissées par Epiphane. La diaconesse après une imposition des mains (conférant le Saint-Esprit) et une prière solennelle faites toutes deux par l’évêque (l’ordination), entrait en fonction, qui consistait, comme à l’époque de la Didascalie des Apôtres à être de « service auprès des femmes » (CA III 16, 1) et intermédiaires entre les femmes et l’évêque, qu’un passage résume en ces mots : « La diaconesse ne bénit pas et elle n’accomplit rien de ce que font les presbytres et les diacres, mais elle garde les portes (les entrées des femmes) et elle assiste les presbytres lors du baptême des femmes, à cause de la décence. » (CA VIII 28,6)

De ce fait, elle fait partie du clergé, élargie, à l’époque, à tous ceux qui exercent un ministère liturgique, qui tirent leur subsistance de l’Eglise et qui profitent des privilèges civils que la législation impériale accorde aux clercs. Ce qui n’est pas le cas des veuves qui ne peuvent être « ordonnée » (VIII 24-25), tout comme au début du IIIe siècle, et dont le rôle au sein de la communauté n’est pas définit. D’ailleurs, les deux ordres semblent connaître alors une certaine confusion. Une loi de l’empereur Théodose du 21 juin 390, révoquée le 23 août suivant, fixait à 60 ans l’âge d’admission au ministère des diaconesses. C’était l’âge où les veuves prenaient une part active dans les communautés pauliniennes.

Des diaconesses ont été mentionnés lors du Concile de Nicée en 325 ce qui implique qu’elle était comptée dans la hiérarchie de l’ Église avec un statut de consacrée, donc ayant reçut une ordination. C’est aussi à partir du IVe siècle, qu’une évolution se dessine ensuite vers le rôle d'higoumène, une sorte d'accompagnatrice spirituelle, responsable d’une communauté monastique de femmes, comme en témoigne, parmi d’autres, Grégoire de Nysse (Vie de sainte Macrine 29, 1).

Ordonnées abbesses des monastères féminins, les diaconesses portent le maforion, ou voile de perfection. Jusqu’au VIe siècle, elle continue à exercer leur fonction caritative et sanitaire au service des femmes: assister les femmes lors du baptême et pour l’onction, et distribuer la communion aux femmes malades. Après l’abandon de la pratique baptismale du corps entier, les diaconesses ne sont plus que des vierges ou des veuves, ayant fait vœu de chasteté (à l’époque, le monachisme avait mis en valeur la chasteté et la virginité ; on déconseillait ainsi le remariage aux veuves), résidant au monastère (cas le plus connu) ou chez elles. Donc, il y avait probablement auparavant des femmes mariées qui exerçait ce ministère. Le concile de Chalcédoine (canon 15) ramenait d’ailleurs l’âge d’entrée des femmes au diaconat à 40 ans en leur interdisant de se remarier, donc aux veuves. Au VIe siècle, on désigne, ainsi, parfois comme diaconesses des femmes admises dans le groupe des veuves, tel que le rapporte le concile d’Epaone, en Gaule, en 517, au sujet des « consécrations de veuves qui se font appeler diaconesses ». Ainsi, les deux ordres semblent s’être peu à peu confondus.

Les diaconesses étaient également protégées et même rémunérées par les empereurs, tel que le prouve la législation de l’empereur Justinien concernant le clergé des grandes basiliques impériales de Sainte-Sophie, la cathédrale de Constantinople, et de Blachernes, dans la première moitié du VIe siècle, inclue des diaconesses, et également parmi ceux le service à la qui assurait le service à la basilique de Sainte-Sophie, qui étaient au nombre de cent quarante hommes et femmes exerçant le diaconat. Et à ce titre, ces dernières on droit à une part comme les clercs à la distribution des eulogies (pains offerts en surnombre pour l'Eucharistie et qui n'ont pu être consacrés), ce qui montre qu’elles étaient considéré comme faisant partie du clergé, comme au IVe siècle.

À Constantinople, la plus connue des diaconesses au IVème siècle était Olympias, higoumène d’un monastère de femmes, protégée de Jean Chrysostome qui a mis ses biens au service de l’Église. Elle fut « ordonnée » (cheirotonein) diaconesse avec trois de ses compagnes par le patriarche. Macrine, né en 330, la sœur aînée de Basile et de Grégoire de Nysse, qui a fondé sa propre communauté monastique, a également été appelé ainsi diaconesse. Mélanie, née à Rome en 383, a également fondé des communautés monastiques et a fourni des hospices pour les pèlerins.

Le canon 15 du Concile de Chalcédoine (451) semble confirmer le fait que les diaconesses sont bien « ordonnées » par l’imposition des mains (cheirotonia). Leur ministère est appelé leitourgia et il ne leur est plus permis de contracter mariage après l’ordination.

 

En Occident, d’après les Statuta Ecclesiae antiqua, écrite entre 442 et 506, elles auraient semble-t-il exerçait une fonction équivalente aux diaconesses des Constitutions apostoliques. L’instruction des femmes catéchumènes et leur préparation au baptême seraient confiées aux veuves et aux moniales « choisies ad ministerium baptizandarum mulierum » (can. 100), donc pour le diaconat et qui « même instruites et saintes » ne pouvait de ce fait enseigner à des hommes, et baptiser (can. 37, 41).

Des limites qui ne semblent guère avoir été effective, tel que le démontre un épître du pape Gélase Ier, envoyée en 494 à tous les évêques de certaines régions de l’Italie méridionale (Basilicata, Calabre, Sicile), qui nous apprend que des femmes avaient été admises à sacris altaribus ministrare, à servir à l’autel, à l’image peut-être des femmes, qui pourrait être des diaconesses, de la chapelle du cimetière de Priscille. En effet, servir à l’autel peut-être vu de manière liturgique sans pratiquer l’eucharistie, la liturgie pouvant être assurée par un diacre. Dans le De Verginitate, un ouvrage du IVe siècle attribué à Athanase, les vierges peuvent bénir le pain de trois signes de croix (ce qui n’est pas alors la célébration eucharistique de l’église d’Alexandrie), faire des actions de grâces, et prier. Un rôle qui pouvait parfaitement être tenu par une diaconesse (choisit à partir de cette époque parmi les vierges et les veuves) qui pratiquait un service liturgique. Le cas de l’Italie du Sud n’était donc pas isolé, et dans les deux cas on peut voir une survivance des diaconesses romaines de la première moitié du IIIe siècle, même si dans le cas de l’Italie du Sud, on peut y voir l’influence du modèle oriental.

En effet, dans les Nouvelles 6,6 de l’empereur Justinien (535), on accole aux diaconesses les termes de sanctitas ('sainteté'), de sacerdoce (prêtrise) et d'accès au ministère sacré ('saint ministère'), ce qui semble être démontrée par le fait que d’après Gélase Ier en 494, elle aurait été admise à sacris altaribus ministrare. Une présence attestée à Tropes, un petit centre de la Calabre méridionale, on a retrouvé une épigraphe chrétienne datée de la moitié du Ve siècle qui atteste une Leta presbytera. Mais ce phénomène ne resta pas isolé à l’Italie du Sud, on a 10 cas répertorié entre le Ve et le VIe siècle de presbytera, presbyteria, prebyterissa, sacerdota, qui exercèrent à Salone, en Dalmatie, à Hippone en Afrique, dans les environs de Poitiers, à Rome, en Italie centrale et en Thrace. On trouve également à Rome, à Vérone, en Italie du Nord, et en Dalmatie, une archidiaconesse et des diaconesses, et à Lipari, dans l'archipel des Éoliennes, juste au nord de la Sicile, une portière d’église, un rôle qui était assigné aux diaconesses. Le cas de Salone semblerait suggère une fonction officielle, tout comme celle de l’archidiaconesse de Rome et de la portière de Lipari. Celle de Poitiers évoque une participation au service de la liturgie. Service liturgique qui est attestée également par une lettre écrite en 511 par trois évêques de Gaule à deux prêtres bretons Lovocatus et Catihernus, mais qui sont allés plus loin en permettant aux femmes, qui pourrait être des diaconesses, pendant les services eucharistiques, de prendre le calice dans leurs mains et de distribuer aux gens le sang du Christ. Étrange, quand on pense que la même chose était autorisé en Irlande, ce qui constitue un cas unique. On appellait aussi diaconissae des abbesses ou des épouses de diacres, par analogie aux presbyterissae voire aux episcopissae (IIe concile de Tours, 533, can. 20).

Au VIIIème siècle, à Byzance, l’évêque impose toujours les mains à la diaconesse et lui confère l’orarion ou étole (les deux pans se ramenant devant, l’un sur l’autre) ; il lui remet le calice qu’elle dépose sur l’autel, sans faire communier personne. Celle-ci est ordonnée au cours de la liturgie eucharistique dans le sanctuaire comme les diacres (Euchologe du manuscrit grec Barberini 336, in : Bibliothèque Vaticane, ff 169R-17). Malgré les similitudes des rites d’ordination, on relève néanmoins deux différences dans les ordinations masculines et féminines : d’abord, la diaconesse reçoit l'étole comme le diacre mais elle la porte autour du cou sous son voile, les deux pans ramenés par devant ; ensuite, au moment de l'ordination, le diacre appuie sa tête sur l'autel, la diaconesse, non, car elle n'aura pas accès au presbytérat. De plus, contrairement à auparavant, elle n’aura plus accès ni à l’autel ni à aucun ministère liturgique. Ces ordinations visent alors surtout des higoumènes de monastères féminins.

 

Une tendance qui sera plus nette en Occident, où il y a toujours existé une forte opposition aux femmes diacres dans les régions de l’Église où était parlé le latin : Italie, Afrique du Nord, Gaule et Bretagne. Les raisons principales en sont l’influence du droit romain pour lequel aucune femme ne peut occuper une situation où elle exerce une autorité, et la crainte de l'impureté rituelle, auxquelles il faut ajouter que les mouvements hérétiques, en particulier montaniste, entre le IIe et le IIIe siècle, en accordant une place plus importante aux diaconesses – qui auraient des fonctions presbytérales au sein de leurs communautés, telles la consécration du calice, contenant le vin (Epiphane de Salamine, Adv. Haer. 1,13,2), le baptême et la célébration de l'Eucharistie selon le rituel de l'Église (Firmilie, de Césarée, Ep. 75,10) – ont jeté le discrédit sur ce ministère féminin. Selon l’Ambrosiaster (à Rome, fin IVe siècle), par exemple, le diaconat féminin était l’apanage des hérétiques montanistes (ce dernier ne semblant pas connaître les expériences précédentes). Déjà certains conciles du IVe et Ve siècle rejettent tout ministerium feminae (Concile de Nîmes, 394-396, can. 2) et interdisent toute ordination de diaconesse (Concile d’Orange 1, 441, can. 26) en raison de l'intimité trop étroite qui existait dans certaines églises entre le prêtre et ces dernières. Certaines diaconesses semblent alors avoir réclamé l’accès à la participation à l’eucharistie ou au moins à la liturgie que ce soit aussi bien en Occident qu’en Orient. D’après Atton, évêque de Verceil, ce problème fut réglé au concile de Laodicée (2ème moitié du IVème siècle), en ces termes : « Il n'est pas permis à celles qui sont appelées 'presbytéra' d'être désignées pour présider à l'église. » (can. 9.) Donc, ces dernières (presbytera renvoyant probablement aux diaconesses) n’exerçaient pas lors des eucharisties, et en réclamer la possibilité, à l’image du cas évoqué en 511 en Gaule. Par sa lettre envoyée aux évêques d’Italie méridionale en 494, de même Gélase Ier s’opposa à ce fait, en faisant plusieurs fois appel à la tradition de l’Eglise et aux canons d’anciens conciles, le concile de Nicée en 325, et les trois précédents évoqués.

Lorsque se posa le problème de la confusion entre les veuves et les diaconesses, qui semblait de plus en plus générale, le concile d’Epaone, en 517, interdit « les consécrations de veuves qui se font appeler diaconesses ». Toutefois, les bénédictions diaconales à des femmes ont pu alors se multiplier, car le rituel ne prévoyait pas de bénédiction des veuves, comme le rappellera le IIe concile de Tours de 567 (can. 21). Le IIe concile d’Orléans (533) décide, lui, de retrancher de la communion les femmes qui auraient « reçu la bénédiction du diaconat malgré l’interdiction des canons et qui se seraient remariées ».

Mais le diaconat, malgré ces interdiction semble avoir survécut, tel que pourrait le montrer une source épigraphique (ILCV 1650-1653) et la Correspondance du pape Grégoire le Grand qui mentionne des abbesses, qui, après avoir été « ordonnées » par des évêques, devenaient responsables de la direction des monastères féminins, tel Sirica, abbesse du monastère des saints Lussorio et Gavino à Cagliari en Sardaigne, qui refusa toujours de porter les atours de prêtre et préféra l'habit normal des prebyterae sardes (Reg. Ep.9, 197).

 

On trouvait encore des diaconesses en Italie centrale et méridionale comme femmes de diacres et le plus souvent comme abbesses de monastères au XIe siècle. On leur remet encore l'étole, l'anneau et le voile, selon un rite spécifique qui n'est ni la consécration abbatiale ni la consécration des vierges. Leurs tâches se résument la plupart du temps à l'éducation des filles dans les écoles attenantes aux monastères. Elles disparurent alors de Méditerranée Occidentale, soit deux siècles avant l’Orient. Mais on pourrait voir une survivance de ces dernières dans le fait que le Pape Innocent III (1198-1216) condamna quelques abbesses espagnoles qui consacraient leurs propres religieuses, écoutant leurs confessions, lisant les Évangiles et prêchant (PL 116,336). Possible mais sans plus.

Dans l'Eglise byzantine, le diaconat féminin a commencé à décliner au cours de la crise iconoclaste (730-787, 813-843) et s’achève par la disparition de l'ordination pour les femmes au XIIe siècle. La principale raison en serait au VIIe siècle, l'introduction dans l'église byzantine de sévères restrictions liturgiques sur la menstruation féminine. Mais cette évolution fut très lente. Les diaconesses ont continué d'exister après la moyenne période byzantine, principalement dans la capitale ainsi que de nombreuses communautés monastiques, tel que le prouve l'empereur Constantin VII Porphyrogénète , au Xe siècle, dans son manuel des cérémonies (De Ceremoniis ), qui se réfère à une zone spéciale pour les diaconesses dans la basilique Sainte-Sophie. En effet, il faut attendre le XIIe siècle, pour que l’église byzantine développe une théologie de l’impureté rituelle, associées aux menstruations et à l’accouchement. Denys et son successeur, Timothée, avaient des restrictions équivalentes sur les femmes recevant l’Eucharistie ou entrant dans l’église pendant les règles. À la fin de la période médiévale le diaconat était devenue une simple préparation à la prêtrise, avec seulement un rôle liturgique ; les diacres ne remplissant plus leur rôle de serviteur des pauvres, la spécificité du diaconat disparaît. D’autant que peu à peu, le baptême des jeunes enfants se substitue à celui des adultes, rendant inutiles les diaconesses, nécessaire, pour des raisons de pudeur. Et donc, logiquement, au cours des XIIe et XIIIe siècles diaconesses ont complètement disparu dans l'église chrétienne européenne.

On trouve actuellement des survivances du diaconat féminin, elles catholiques : certaines moniales cartrusines et bénédictines portent encore l'étole pour quelques actes liturgiques.

 

Cela aurait pu rester au stade de survivance correspondant à des cas particulier, si, en Orient, on n’avait pas assisté à une résurgence du diaconat féminin. Ainsi, l'Église orthodoxe russe a eu un diaconat féminin au XXe siècle ; Le Saint Synode de l'Église orthodoxe de Grèce a rétabli un « diaconat » monastique féminine ; alors que l'Église arménienne a une longue histoire de diaconesses. Ce qui a fait dire au théologien orthodoxe, Kyriaki Karidoyanes Fitzgerald, que les diaconesses « n’ont jamais totalement disparu » de la vie ecclésiale, ce théologien orthodoxe affirme qu’il y a « des signes clairs montrant le désir de faire revivre cette réalité » (Women deacons in the orthodox church : called to holiness and ministry, Éd. Holy Cross orthodox press, 1998).

De même, une tendance équivalente s’est dessiné au sein de l’Église catholique, après le concile de Vatican II (1962-1965), et le Motu proprio de Paul VI Sacrum Diaconatus Ordinem du 18 juin 1967, qui a rétablit le diaconat permanent pour les hommes. Et depuis les années 1970, les conférences épiscopales d’Allemagne, d’Autriche, de Suisse ou des États-Unis ont régulièrement soulevé la question de l’accès des femmes au ministère ordonné du diaconat, dans le prolongement de ces deux événements.

La déclaration de Paul VI Inter insigniores (1976) réaffirmant l’exclusion des femmes du ministère sacerdotal (du fait qu’il n’y avait pas de tradition à ce sujet dans l’Église, ce qui est authentique d’un point de vue historique), n’abordait pas cette question. Commentant cette déclaration, la Congrégation pour la doctrine de la foi précisait : «L’ordination de diaconesses est une question qui doit être reprise de façon complète, sans idée préconçue, mais avec une étude directe des textes.» Les quelques exemples que j’ai cité plaiderait en faveur d’une restauration de cette charge.

La Commission théologique internationale, chargée par le Saint-Siège d’étudier à nouveau le ministère diaconal, avait rendu ses conclusions en septembre 2002, en demandant de « s’en remettre à la décision du Magistère », laissant donc la question ouverte, en précisant, par ailleurs, que les diaconesses de l’Église ancienne ne sont pas « purement et simplement assimilables aux diacres ». Ce qui est vrai.

Benoit XVI ne semblerait pas opposé à l’idée d’un ministère féminin, au sein de l’Église sous certaines conditions, comme il l’avait exprimé le 2 mars 2006, à la question d’un prêtre qui lui demandait si le moment n’était pas venu d’accorder une reconnaissance « institutionnelle aux femmes » : «Il est juste de se demander si dans le service ministériel aussi, en dépit du fait que le sacrement et le charisme soient le seul binôme dans lequel se réalise l'Église, on ne pourrait pas offrir aux femmes plus d'espace, plus de positions de responsabilité ».

D’abord, il a envisage d’établir un lectorat féminin (un ordre mineur, non sacrementel), mais les oppositions étaient trop fortes, car certains l’ont vu comme le marche pied vers la prêtrise. Pour cette raison, il a supprimé par le motu proprio, Omnium in mentem, le 26 octobre 2009, dans le canon 1008, concernant les diacres, la mention de fonctions remplies « en la personne du Christ Chef » (in persona Christi Capitis) : l’un des obstacles invoqués jusqu’ici contre le diaconat féminin était le fait que le sacrement de l’ordre donne la possibilité d’agir « en la personne du Christ Chef » : l’argument, qui demeure pour le ministère presbytéral (le Christ était un homme, non une femme), ne peut désormais plus valoir pour le diaconat. D’ailleurs, l’interdiction de l’ordination des femmes a été renouvelé par le De gravioribus delicitis  du 15 juillet 2010, qui prévoit une excommunication aussi bien pour celle qui tente de recevoir cet ordre sacré que pour celui qui tente de conférer un ordre sacré, avec en plus pour ce dernier une possible déposition à l’article 5.

Mais pour l’instant, il n’y a eut aucune évolution, bien que Benoit XVI par Omnium in mentem ait fait un geste vers un ministère féminin. Maintenant, il suffit juste d’avoir le courage de faire ce qu’on fait les premières communautés chrétiennes, tout simplement laissé participer plus activement les femmes au culte, vu que rien d’un point de vue historique ne s’y oppose. Une solution qui ne facherait personne pourrait se trouver dans le cas des veuves, cité dans  la Tradition apostolique, les diaconesses seraient instituées par l'évêque et non ordonnée, ce que pourrait permettre Omnium in mentem.

 

J’espère que cet article vous aura été utile et vous aura permit de découvrir un aspect méconnu de l’histoire de notre Église.

 

P.S. : Cet article est mon premier article sur ce blog, je les signerai tous pour me différencier. Merci d'en prendre compte !

 

                                                                                                                                                                                                      Freyr1978

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Publié le 15 Mars 2011

Dans un article du site internet EDA - Église d’Asie du 8 mars 2011, le Curé de la paroisse de Nakamachi, dans la ville de Nagasaki, le P. Noshita Chitoshi, 74 ans, estime, pour sa part, que « l’effondrement d’une certaine Eglise, très structurée autour de la personne du curé, très hiérarchisée, est une bonne chose ». D’ici quelques années, l’Eglise risque bien de se retrouver sans prêtres ou presque.  

 

« Nous serons alors dans la même situation qu’au temps des persécutions. Et si l’Histoire doit nous enseigner quelque chose, c’est bien que l’Eglise n’a pas disparu malgré les persécutions, mais que, affaiblie, transformée, elle a su repartir sur des bases nouvelles », analyse le prêtre, qui ajoute : «Ce qui se passe actuellement est un signe des temps que Dieu nous adresse. Saint Paul a fondé des communautés chrétiennes qui ont disparu, mais le christianisme s'est répandu dans le monde.»


Cela vient démentir ce que dit Peter Seewald, le biographe de Benoit XVI, qui n’est pas à sa première bourde, quand il explique qu’il n’y pas de manque de prêtres. Alors il devrait sans doute porter des lunettes pour ne pas avoir remarqué ce manque de prêtres. En effet, assure-t-il, si l’on rapporte le nombre de prêtres à celui des fidèles qui vont régulièrement à la messe, le ratio est plutôt meilleur qu’avant. Ce n’est pas mon avis. Financièrement parlant pour lui, un surplus de prêtres serait même préjudiciable à l’Eglise. Ce qui est préjudiciable c’est que l’Église est incapable de voir que si elle ne change pas, alors elle perdra tout.

 

Une belle réflexion du P. Noshita Chitoshi à méditer pour l’avenir de l’Eglise.

 

Merci !

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Publié le 13 Mars 2011

191150-monseigneur-martin-veilletteLe site internet de Radio Canada.ca annonça le 8 mars 2011, que l'évêque de Trois-Rivières au Québec, Mgr Martin Veillette qui n’est pourtant pas connu pour son progressisme, se montre ouvert à l'idée de voir des femmes devenir prêtres, même s'il croit qu'il faudra encore du temps avant que l'Église catholique ne change de position sur le sujet. Je crois également qu’il a raison, mais le futur n’est pas encore écrit.

 

«On voit bien que dans nos sociétés occidentales et orientales, même en Asie, les femmes occupent des postes de responsabilité et leadership. Elles sont aussi capables que les hommes d'assumer des responsabilités», croit-il. Mais tout n'est pas si simple, selon lui. «Il y a des questions d'ordre théologiques qui rentrent en ligne de compte. On sait qu'au plan social, il y a des pas qui ont été faits, mais il en reste encore à faire. Au plan ecclésial, il y a des pas qui ont été faits aussi, mais il en reste encore à faire. Ça va prendre du temps.»

 

Ces propos ont suscité des réactions. Il est normal que des propos réalistes apportent des réactions souvent mauvaises, mais elles font leur chemin dans le bloc monolithique qu’est notre Église qui malgré tout sait se renouveler.

 

L'évêque de Trois-Rivières s'était déjà dit en faveur du mariage des prêtres. Une bonne solution qui n’a pas reçu l’accord du synode des évêques en 2005 et c’est vraiment dommage. Il franchit un pas de plus en se disant favorable à l'ordination des femmes, dans une Église catholique où la position officielle est encore fermée à cette possibilité. Mais gardons espoir, car les femmes je le crois pourront obtenir le diaconat et qui sait après...

 

Merci !

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Publié le 10 Mars 2011

Le pape Benoît XVI avait appelé le lundi 24 janvier 2010 tous les chrétiens à une "nouvelle évangélisation" en concluant, lors de vêpres à la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, à Rome, la semaine de prières pour l'unité des chrétiens. "Dans un monde marqué par l'indifférence religieuse et même par une aversion croissante envers la foi chrétienne, une nouvelle et intense activité d'évangélisation est nécessaire", a dit le pape dans son homélie. Ceci doit être fait" non seulement parmi les peuples qui n'ont jamais connu l'Evangile" mais aussi là où "le christianisme s'est diffusé et fait partie de l'histoire" du pays, a-t-il précisé.

 

Pour Benoît XVI, catholiques, protestants, anglicans et orthodoxes peuvent offrir "un témoignage commun" sur des thèmes tels que "le début et la fin de la vie (avortement et euthanasie, ndlr), les limites de la science et de la technologie, le dialogue avec les autres religions". Benoît XVI a également cité "la sauvegarde de la création (l'environnement ndlr), la promotion du bien commun et de la paix, la défense du caractère central de la personne humaine, les efforts pour vaincre les malheurs de notre époque comme la faim, l'indigence, l'analphabétisme et la répartition inéquitable des richesses".

 

Les «méthodes» de cette nouvelle évangélisation nous sont données par le journal La Croix du 5 novembre 2010 et ce sont les suivantes : la primauté du spirituel, de la rencontre avec le Christ à travers groupes de louanges ou écoles de prière, mais aussi par le renouveau de pratiques qui ont été délaissées quelque temps : processions, pèlerinages, adoration eucharistique...; parallèlement, le recours à des temps forts chaleureux et festifs; une annonce publique de l'Évangile, recentrée sur son noyau fondamental, le kérygme; l'utilisation d'outils de communication et de formation; la promotion de figures de sainteté contemporaines; l'attention simultanée aux questions sociales (défense des personnes en difficulté) et éthiques (défense de la vie).

 

Pour cela Benoit XVI a créé le conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation qui a notamment pour tâche de promouvoir le Catéchisme de l'Eglise catholique promulgué par Jean-Paul II le 11 octobre 1992. Le premier président du nouveau Conseil pontifical pour la Nouvelle évangélisation, Mgr Rino Fisichella, naguère président de l'Académie pontificale pour la Vie, avait présenté le mardi 12 octobre  2010 à la presse, au Vatican, le motu proprio de Benoît XVI «Ubicumque et Semper» sur l'institution de ce dicastère. Rappelons que la date du 11 octobre 1992 souligne ce lien avec le concile ouvert par Jean XXIII trente ans plus tôt, le 11 octobre 1962 : Mgr Fisichella a souligné que dans un an, on fêtera les 20 ans de ce Catéchisme. Le 28 juin 2005, un Compendium de ce catéchisme a été promulgué par Benoît XVI. Et la tâche du nouveau dicastère devra être soutenue par l'utilisation de «toutes les formes que le progrès de la communication propose» aujourd'hui. Pour Mgr Fisichella, la Nouvelle évangélisation a suscité «une profonde réflexion de la part du Magistère» et elle constitue «un grand défi pour l'Eglise tout entière». Car l'Eglise doit maintenant «trouver les formes adaptées» pour le renouveau de l'annonce de l'Evangile aux «nombreux baptisés qui ne perçoivent plus leur appartenance à la communauté chrétienne», qui «sont victimes du subjectivisme ambiant ou d'un enfermement dans un individualisme privé de responsabilité». Il souligne que la lettre de Benoit XVI «concerne principalement les Eglises d'ancienne tradition» chrétienne qui ont «besoin d'un nouvel élan missionnaire» pour «répondre aux interrogations de notre temps». Je crois que ce n’est pas en faisant une nouvelle évangélisation que nous répondrons aux interrogations de notre temps mais en étant là pour rendre l’espoir aux gens qui souffrent sans pour autant les convertir et en n’imposant pas notre vue aux autres.

 

La nouvelle évangélisation est confirmé par les Lineamenta du prochain synode des évêques ont été présentés le vendredi 04 mars 2011 dans la salle de presse du Saint-Siège. La 13ème assemblée synodale ordinaire se réunira autour du Pape du 7 au 28 octobre 2012 sur le thème de la « nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ». Ce document préparatoire d'une soixantaine de pages veut dresser un diagnostic de la situation dans les Eglises, afin de "tracer des manières et des expressions inédites de la Bonne Nouvelle à transmettre à l’Homme d’aujourd’hui, avec un nouvel enthousiasme". En bref, un document qui rappelle les grands défis de la transmission de la foi dans un monde en pleine mutation. Pour Mgr Nikola Eterovic, secrétaire général de l'assemblée du synode des évêques qui a présenté ce document, cette nouvelle évangélisation concerne autant les non-croyants que les baptisés qui se sont éloignés de la foi. Ces lineamenta seront remis aux Synodes des évêques des Eglises orientales catholiques, aux Conférences épiscopales, aux dicastères de la Curie romaine et à l’Union des supérieurs généraux. Les réponses aux questions formulées dans le document seront à renvoyer avant le 1er novembre 2011. Elles permettront au Synode des évêques de rédiger l'Instrumentum Laboris (l'instrument de travail) de ce synode.

 

Le document parle de «l'urgence» de susciter un «nouvel enthousiasme», d'«opération de revitalisation» pour donner la «priorité de l'évangélisation» et d'une «centralité absolue du devoir d'évangéliser». Le Vatican n'hésite plus à mettre l'accent sur le «radicalisme évangélique» et sur le fait de «proclamer explicitement l'Évangile (…) en appelant à la conversion». Une «Église évangélisante» donc, orientée en particulier vers les jeunes qui sont à la «demande d'expérience spirituelle», et vers les adultes «à la recherche de Dieu.» Le texte dénonce une «mentalité du statu quo» qui semble prévaloir aujourd'hui chez certains clercs et théologiens pour qui le temps n'est plus à la recherche explicite de nouveaux fidèles mais au témoignage gratuit. «Certains, observe le document, pensent que la “nouvelle évangélisation” couvre ou cache l'intention de nouvelles actions de prosélytisme de la part de l'Église, en particulier à l'égard des autres fois chrétiennes.» L’erreur est ici de mettre au second plan le témoignage, car c’est à travers ses expériences personnelles et en vivant dans la société que nous faisons ce que veut le Christ et que les fidèles sont fortifiés dans la foi par ces hommes d’expérience. La solution adoptée ici ressemble au prosélytisme, méthode qu'utilisent les protestants évangéliques et qui commence à perdre son souffle, à force d’harceler les gens, ils les ont dégoûtés de la religion chrétienne comme on le voit en Corée du Sud et en Algérie et il serait malheureux d'en arriver là.

 

La nouvelle évangélisation donc ne me convainc guère. D’autant plus que l’Église en Corée du Sud semble nous montrer la voie à suivre, c’est-à-dire convertir par l’exemple. L’Église là-bas sait faire entendre sa voix de façon positive : des messes sont ainsi célébrées quotidiennement à Yongsan, le quartier voué à la reconstruction. D’autres ont été organisées sur les sites de construction des projets controversés. De nombreux prêtres se sont joints aux manifestations des bouddhistes coréens qui ont accusé Lee Myung-bak, protestant fervent, de favoriser les communautés protestantes au détriment des autres confessions car cela pouvait menacer la paix des religions. Plus généralement, si l’Église parvient à faire entendre sa voix au-delà de la communauté catholique (5 millions de Sud-Coréens, soit 10% de la population), c’est grâce à la légitimité acquise lors de la lutte contre les dictatures, mais aussi «grâce aux nombreuses actions sociales menées par les catholiques sur le terrain», estime le P. Michel Roncin, prêtre des Missions étrangères de Paris, qui vit en Corée depuis plus de trente ans. Une aide discrète, sans publicité : «L’Église est très présente dans les quartiers, auprès des pauvres de chaque secteur. Elle touche un nombre considérable de personne», précise le P. Michel.

 

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Publié le 6 Mars 2011

240px-Antoniocanizares.jpgDans une interview donnée au journal espagnol "Vida Nueva" du 25 février 2011, le Cardinal Cañizares Llovera, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements, a confirmé que la Congrégation se prépare à donner des propositions allant dans le sens de la "réforme de la réforme" de la liturgie. Cette réforme visera à faire redécouvrir la "crainte révérencielle". Il réaffirme que seul un mouvement remettant l'authentique liturgie de l'Eglise au centre de tout, seul un profond renouveau liturgique, seule l'insistance sur l'Eucharistie comme centre de la vie comme le demande une minorité de l'Eglise trop fidèle à la Tradition. Pour répondre au cardinal Llovera, le nouvel ordre de la messe n’a pas détruit la réforme mais l’a vivifié en apportant ce que désiraient les fidèles. L’ordo missae de 1969 a donc voulut apporter une clarification et une simplification par rapport aux cérémonies qui s'étaient progressivement accumulées dans le rite romain au cours des siècles. Par la constitution Sacrosantum Concilium, les pères conciliaires, dans la lignée du mouvement liturgique, voulaient favoriser la mise en valeur du mystère de l'eucharistie en permettant une meilleure compréhension des rites, grâce, notamment, à certaines simplifications.

 

Le cardinal a déclaré que des propositions allant dans ce sens ont déjà été présentées à Benoit XVI qui les a approuvées. Ne condamnons pas Benoit XVI pour cela, car sa peur du sécularisme l’oblige à prendre des décisions contestables mais qu’il croit bonne et dont son entourage proche est mauvais conseiller. La Congrégation pour le Culte divin travaille actuellement dans le calme pour parvenir à une mise en ordre applicable de ces projets. A propos de la nature de la liturgie, le Cardinal Llovera a rappelé que pour lui "la liturgie doit toujours être orientée vers Dieu et non vers la communauté qui célèbre". Là, je dois démontrer que cette vision de la liturgie ne concorde pas avec celle du concile Vatican II. Dans Sacrosanctum Concilium n’insiste-t-on pas sur «la participation active des fidèles, intérieure et extérieure, proportionnée à leur âge, leur condition, leur genre de vie et leur degré de culture religieuse ; ils acquitteront ainsi une des principales fonctions du fidèle dispensateur des mystères de Dieu ; et en cette matière, ils ne conduiront pas leur troupeau par la parole seulement, mais aussi par l’exemple.» Donc, le culte vise depuis le concile Vatican II, le fidèle qui est le vecteur de Dieu. Ce que confirma en 1965, Paul VI quand il disait aux prêtres de Rome : «Il s'agit de changer les habitudes; (...) il s'agit, dans toute assemblée de fidèles, de donner un enseignement plus poussé concernant la prière et le culte ; (...) il s'agit en un mot d'associer le peuple de Dieu à l'action liturgique sacerdotale.»


Cette confirmation du cardinal Antonio Cañizares Llovera, selon laquelle la Congrégation pour le Culte divin va faire des propositions approuvées par Benoît XVI pour une "réforme de la réforme" de la liturgie vérifie l'information selon laquelle un document d'orientation qui avait été remis au pape le 4 avril dernier par le même cardinal espagnol Antonio Cañizares Llovera, préfet de la Congrégation pour le culte divin, dans le but de redonner au rite ordinaire une soi disant sacralité qui lui ferait défaut, et aux fidèles, le sens de l'adoration eucharistique. Le rite n’a en rien perdu de sa sacralité. On déplore par exemple que l'aspect sacrificiel de l'Eucharistie ne soit pas exprimé dans les nouvelles prières eucharistiques. Or il semble qu'il y soit exprimé plus clairement que dans le canon romain. Le sommet de la prière eucharistique est en effet les paroles de la consécration, où le prêtre agit éminemment au nom du Christ.

 

De plus le cardinal Lovera nous annonce que le "Le Concile n'a pas renoncé à l'usage du latin: une langue sacrée fait perdre au plan de la compréhension, mais elle donne souvent de gagner dans un climat de mystère qui rend plus facile l'accès à Dieu en mettant l'accent sur l'intériorité de la participation à la liturgie..." Mais nous devons démontrer que ce point de vue peut-être facilement réfuté. Il est dit dans la Constitution sur la liturgie, au n° 54, que dans les messes célébrées avec le concours du peuple, la langue du pays doit avoir «la place qui convient... surtout pour les lectures et la prière commune, et, selon les conditions locales, aussi dans les parties qui reviennent au peuple». Le § 3 de ce même article 54 dit qu'il appartient aux Conférences épiscopales de juger de l'opportunité d'employer plus largement la langue du pays. Les fidèles, dans leur majorité, souhaitaient que le canon soit lui aussi en langue du pays. C'est ainsi que le désir des fidèles conduisit à décider qu'on utiliserait la langue maternelle également pour le canon (2e instruction, 1967). Conformément aux décisions du Concile, l'application pratique de cette décision fut laissée aux Conférences épiscopales. En un temps très bref, celles-ci ont décidé, dans le monde entier, que la langue maternelle serait étendue à toutes les messes avec assistance. Tout s'est fait dans l'ordre, en harmonie avec les dispositions supérieures, dans la ligne authentique du Concile.

 

Les membres de la congrégation (qui auraient voté le document à la quasi unanimité) auraient notamment proposé que le célébrant se tourne à nouveau vers l’Orient (position « dos au peuple »), au moins à l’instant de la consécration eucharistique, et que soit réaffirmée la priorité de la communion dans la bouche sur la communion dans la main. Je tiens à signaler que la constitution Sacrosantum Concilium n’oblige pas le fidèle à recevoir la communion dans la bouche. Il est de plus normal que le prêtre soit «devant le peuple» car la célébration eucharistique est faite pour le peuple de Dieu. Après tout, Jésus donna le pain et le vin dans la main de ses disciples sans leur tourner le dos.

 

Le message porté par le cardinal Llovera est clair : il s'agit de s'inscrire dans le sillage du Concile mais en le fermant dans la tradition, tout en rectifiant le tir des interprétations que lui juge abusives. «Il y a eu un changement dans les formes, une réforme, mais pas un vrai renouvellement comme le demande cette constitution (Sacrosantum Concilium , sur la liturgie (1963)). Il est parfois arrivé que l’on ait changé par pur goût du changement par rapport à un passé perçu comme totalement négatif et dépassé»,avait-il déclaré en 2008. L’ordo missae de 1969 n’est pas une forme abusive de la liturgie. Car c’est par une liturgie bien célébrée, exprimant avant tout la vraie foi de l'Eglise et englobant les sentiments, les désirs, les joies, les peines, les efforts et les frustrations des hommes, la vie chrétienne est rénovée et les fidèles, imprégnés du mystère du Christ, peuvent le vivre plus pleinement et l'exprimer extérieurement.

 

Devant cette information, j’ai peur que l’Église puisse fermer les portes à ceux qui auraient pu la faire bouger afin de favoriser une minorité active mais peu ouverte aux changements de la société. Je me dois de conclure que la messe dite «de Paul VI» est la messe «de tout le monde» parce qu’elle est l’action de grâce du Christ et de tous ceux qui font corps avec lui. Elle l’est aussi parce qu’elle n’est pas le choix d’un petit groupe mais la messe célébrée par le pape et tous les autres évêques, sans exception, à travers le monde.

 

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Publié le 4 Mars 2011

111913870 referenceLe Dimanche 13 février 2011, une vingtaine d'évêques ont entouré Mgr Rouet, archevêque de Poitiers, pour rendre grâce de 17 années d'épiscopat. Mgr Pascal Wintzer, évêque auxiliaire, a été nommé administrateur apostolique. 3000 personnes ont pris part à la célébration d'au revoir de l'archevêque de Poitiers, Mgr Albert Rouet. Son œuvre marquera les esprits.

 

Né le 28 janvier 1936 à Thenay (Indre), Mgr Albert Rouet a été ordonné prêtre en 1963 pour le diocèse de Paris. Durant la guerre d’Algérie, il fut affecté, trente mois durant, au service des «affaires indigènes». Il s’est dit marqué à tout jamais par la mort d’un enfant qu’il avait contribué à sauver quelques jours avant. Il fut nommé vicaire général du diocèse de Paris en 1983, puis évêque auxiliaire en 1986. Nommé évêque de Poitiers en 1994, il en était l’archevêque depuis 2002.

 

Président de la Commission sociale de l’épiscopat de 1991 à 1997, il s’est invité à de multiples reprises dans le débat public, s’illustrant par des prises de position vigoureuses sur le chômage, le logement ou la drogue, voire à contrecourant de l’institution, sur le préservatif par exemple. Un homme au verbe courageux qui a su parler devant la lâcheté de certains de nos évêques.

 

«Les périodes de rigidité sont toujours des périodes d’insignifiance, écrit-il dans la préface de J’aimerais vous dire. Car la rigidité n’a de sens que pour ceux qui y participent et qui s’enferment de plus en plus dans des tourelles, dans des murailles, des forteresses et, par conséquent, s’éloignent – et s’éloignent d’une façon qui juge – de tous ceux qui ne partagent pas cette dureté. Il me paraît important de dire que c’est une impasse.»


De tels propos ne lui assurent pas que des amitiés dans les milieux d’Église. Dans son diocèse, ses relations avec les jeunes prêtres plus classiques et réactionnaires ont provoqué de vives tensions, dont l’écho est parvenu jusqu’au Vatican où il s’est fait beaucoup d’ennemis. Certains ont même quitté Poitiers, ce qui n’est pas une perte. Ses détracteurs voient en lui la figure par excellence de «l’évêque progressiste», marqué par l’idéologie des années 1970, une attaque qui au moins montre la hauteur de ses propos comparé à certains. Au sein de l’épiscopat français, sa stature intellectuelle et son franc-parler lui ont toujours fait occuper une place singulière, voire marginale au fil du temps. Lui au moins avait le courage de dire ce qui n’allait pas.

 

On l'avait vu, en 2003, quitter avec éclat une séance de l'assemblée des évêques, à Lourdes, pour dénoncer le «dogmatisme» et l'image d'une «religion d’ordre moral» donnée par une frange active du catholicisme. Ce qui inquiète Mgr Rouet, c'est la propension de l'Église à se replier sur elle-même et à cultiver «le goût du nombre». C'est son incapacité à trouver un langage qui soit compris par nos contemporains. C'est sa tendance à la «cléricalisation» alors qu'il faudrait valoriser le rôle des laïcs. «La question n’est pas de savoir qui vient à l’église, mais vers qui l’Église va», résume-t-il. Mgr Rouet demande donc que l'on en revienne aux fondamentaux, «à des attitudes radicalement premières : nourrir le pauvre, vivre la pauvreté soi-même, être au service des autres et marcher humblement à la suite de Dieu».Mais jamais il ne se situe en opposition à cette Église qu'il aime envers et contre tout. Mgr Rouet revendique ainsi sa filiation spirituelle avec saint Hilaire, père de l'Église, ancien et illustre prédécesseur sur le siège épiscopal de Poitiers. Ses propos ont toujours été enracinés dans les Écritures et la Tradition.

 

Depuis 1995, Mgr Albert Rouet a ouvert la porte à l'inventivité dans le diocèse de Poitiers pour promouvoir une Église de communion dans le sillage du concile Vatican II. Une autre structure doit se mettre en place qui évite la centralisation et invente d'autres modalités d'exercice du ministère presbytéral. Il met en place une révolution copernicienne, celle de passer de laïcs aides d'un prêtre autour duquel tout tourne, des communautés locales responsables, constituées d'une équipe de base animatrice de cinq délégués pastoraux laïcs pour cinq fonctions – annonce de la Parole, prière, charité, finance et coordination –, avec un prêtre. Il avait su sortir de la structure traditionnelle pour apporter un renouveau à l’Église. La paroisse aussi doit changer de forme quand son organisation joue à guichets fermés et les regroupements de paroisses réunissent que des convaincus en un point géographique mais retirent à d'autres localités les forces dont elles ont besoin pour tenir. Bref, il faut préparer l'avenir en quittant les modèles qui sont aujourd’hui intenables.

 

A l’occasion de son départ, Mgr Rouet publie «Vous avez fait de moi un évêque heureux» (Ed. de l'Atelier), une invitation à « imaginer une présence chrétienne qui fasse signe et sens dans la société actuelle». «Le Christ ne nous demande pas de faire du nombre, mais d'avoir du goût, d'être le sel de la terre», rappelle-t-il. Il renvient sur la mission de l'évêque : permettre « à des chrétiens, tels qu'ils sont, d'être les canaux par lesquels la bonté de l'Évangile passe dans la commune, dans le quartier». Son souci a été de faire en sorte que les chrétiens «soient reliés à tous les efforts par lesquels des hommes tentent d'être un peu mieux humains», un «défi» relevé à travers les mouvements apostoliques, les services et les communautés locales. «Il fallait rendre savoureuse la vie chrétienne. Cela était et reste encore une urgence considérable» souligne-t-il.

 

Alors bonne retraite à cet homme courageux qui a su parler face aux dérives de l’Église qui ne sait qu’écouter aujourd’hui une minorité dont l’esprit est tout sauf évangélique. Mais croyons en ces paroles de Pascal Wintzer, l'évêque auxiliaire de Poitiers : «Albert Rouet n'est pas né en arrivant à Poitiers, donc il ne meurt pas en partant, il reste un évêque.». Qui sait une fois à la retraite, il aura la même liberté de ton que cardinal Carlo Maria Martini. Mais de mauvais signes s’annoncent et nous verrons sans doute le Vatican détruire son œuvre pour imposer leur vision de l’Église qui n’est pas la mienne.

 

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