Publié le 22 Mars 2012

Le cardinal français Jean-Louis Tauran, responsable du dialogue interreligieux au Vatican, a jugé mercredi que le fanatisme de l'auteur de la tuerie de Toulouse obligeait "les communautés de croyants à redoubler d'efforts dans l'éducation à la paix".

 

Interrogé par l'agence d'informations religieuses I.Media, Mgr Tauran a souhaité, face au risque de renforcement du communautarisme, que "les croyants se rencontrent, non seulement dans un dialogue oral, mais aussi dans un dialogue de charité qui permette de relever le défi qui est devant nous: aider le monde à vivre en paix et en harmonie, vivre la diversité dans la communion et respecter la dignité humaine de chaque personne".

 

«On ne peut que rappeler que les croyants insistent sur la nature essentiellement transcendante de la personne humaine, créée par Dieu, maître de la vie et de la mort», a aussi affirmé le cardinal. Cette nature transcendante, a-t-il assuré, «est une constante que l’on trouve au cœur du dialogue interreligieux».

 

Le cardinal avait dénoncé la semaine dernière à la chaîne de télévision Al-Jazira le «choc des ignorances» entre musulmans et chrétiens. «Nous avons réussi à éviter le choc des civilisations, nous allons chercher à éviter le choc des ignorances», note le cardinal français, fustigeant l’«analphabétisme religieux».

 

Le Vatican et les Eglises françaises ont exprimé leur totale solidarité avec les victimes juives, et rejeté, tout comme les autorités musulmanes et juives, tout amalgame entre l’islam et le crime de Toulouse. La France compte les plus fortes communautés juive et musulmane en Europe, avec respectivement plus de 500 000 et plus de 4 millions de personnes.

 

Comme l’a montré la tuerie de Toulouse, toutes les communautés se sont unies contre le fanatisme qu’elles soient croyantes ou non, pour montrer que face à la bêtise humaine tous peuvent être ensemble pour la paix afin d’éviter des amalgames douteux. Et le cardinal Jean-Louis Tauran dans ce cas a une nouvelle fois montré sa finesse et son sens du dialogue.

 

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Publié le 21 Mars 2012

Au cours de la troisième session du concile Vatican II, qui avait commencé le 14 Septembre 1964, les Pères conciliaires ont travaillé sur un grand nombre de propositions. Les schémas sur l'œcuménisme (Unitatis redintegratio), les églises de rite orientales (Orientalium Ecclesiarum), et de la Constitution dogmatique sur l'Église (Lumen Gentium) furent approuvées et promulguées par le pape.

 

Un votum ou une déclaration concernant le sacrement du mariage avait été soumis à la direction de la commission de révision du Code de Droit Canonique en ce qui concerne une grande variété des questions juridiques, cérémonielle, et pastorale. Les évêques avaient présenté ce schéma avec une demande d'approbation rapide, mais le pape n'avait pas agi au cours du Concile. Après que le patriarche melkite Égyptien, Élias Zoghby, avait demandé aux évêques d'adopter la possibilité pour le divorce et le remariage, telle qu'elle était pratiquée dans les Églises orientales, le Pape Paul VI avait demandé cardinal récemment créé, Charles Journet, d'utiliser sa stature théologique pour réfuter Zoghby le lendemain.

 

Le Pape Paul VI avait aussi demandé aux évêques de reporter le sujet de la contraception, qui avait surgi en partie due à l'avènement des contraceptifs oraux efficaces, à une commission de clercs et laïcs experts qu'il avait désignés. Pourtant pour le contrôle des naissances le cardinal Suenens déclara : "je vous en supplie, mes frères évêques, nous devons éviter une nouvelle affaire Galilée. Une seule suffit pour l'Eglise". "Le problème ne nous confronte pas au fait que les fidèles s'efforcent de satisfaire leurs passions et leur égoïsme, mais parce que des milliers d'entre eux essaient avec angoisse de vivre une double fidélité, à la doctrine de l'Église et aux exigences de l'amour conjugal et parental." Mais le tempérament excessivement prudent de Paul VI est perceptible lorsque l'évêque Rusch vient à lui pour se plaindre que le Saint-Office tente d'étouffer sa voix sur le sujet du contrôle des naissances. Plutôt que d’entendre l’exhortation du Cardinal Ottaviani, le pape avait nommé Rusch à la commission de contrôle des naissances du pape alors créée. L'influence du professeur John Ford, de l'Université catholique était grande, comme une voix conservatrice qui ne souhaitait pas un changement dans la doctrine traditionnelle selon laquelle la naissance des enfants était la fin première du mariage et que les interventions contre la fécondation étaient immorales. Les manœuvres entre les conservateurs et les progressistes sur le sujet du contrôle des naissances et la doctrine sur le divorce aboutiront à Humanae Vitae en 1968 en désaccord avec la commission des experts qui elle était favorable à la contraception. On ne put éviter une nouvelle affaire Galilée.

 

Au concile, les principaux ténors provenaient d’Europe de l’ouest, donc de pays qui étaient économiquement privilégiés. Le document L’Église dans le monde de ce temps a certes traité du développement économique, mais d’une façon optimiste, sinon idéaliste, comme si les êtres humains y arriveraient sans conflit. Pourtant James Norris, un auditeur laïc américain, avait été invité à s'adresser au Concile lors du débat sur L'Eglise dans le monde de ce temps. Il avait relevé le défi, prenant la parole dans un parfait latin. "L'écart entre les riches et les pauvres se creuse rapidement, côte à côte les riches s'enrichissent et les pauvres s'appauvrissent, dans une communauté mondiale unique. Ceci est un fait historique sans précédent, et il présente la conscience chrétienne des nations occidentales face à un défi .... A partir de ce Concile œcuménique pourrait venir un coup de clairon pour l'action." Il faudra attendre Populorum progressio, publiée en 1967 pour ouvrir une fenêtre à peine ouverte.

 

Sur les laïcs, l’archevêque Heenan de Westminster avait exhorté la formation d'un fonctionnaire au Secrétariat du Vatican pour les Laïcs, et il avait en outre insisté pour que "nous ne voulons pas envoyer à Rome seulement des vieux messieurs qui sont chargés avec les honneurs ecclésiastiques vers le bas. Nous devons aussi choisir quelques-uns de nos jeunes hommes et femmes qui doivent gagner leur pain quotidien." Une belle orientation pour le laïcat au sein de l’Église, malheureusement non retenue.

 

La fébrile préparation de la dernière session, au cours de l'été 1965, voit les commissions des pères et des théologiens au travail sur bien des points laissés en suspens après les crises de l'année précédente : la révélation et les rapports entre le monde et l'Église, la condamnation de la guerre nucléaire et du communisme, la liberté religieuse, les relations avec les juifs et les non-chrétiens, l'épiscopat et les missions, le mariage et l'action catholique, la formation du clergé, la vie religieuse, l'école. Les décisions qui aboutissent à l'immense programme de travail qui s'ouvre le 14 septembre 1965 furent surtout difficiles dans les derniers mois. Tant dans les commissions que dans l'aula conciliaire, des affrontements et des tensions s'expriment et sollicitent la médiation de Paul VI qui doit tenir compte tout à la fois des dynamiques de l'assemblée et de l'après-concile, désormais tout proche.

 

Pour le décret Presbyterorum Ordinis, les interventions complètement favorables pour maintenir le célibat obligatoire pour les prêtres de l’Église latine en vigueur n’ont pas manqué, mais il y eut d’autres interventions qui proposèrent l’hypothèse de ce qui, plus tard, serait appelé en latin vir probati : hommes mûrs, pères de famille, menant une vie professionnelle stable qui pourraient être ordonnés prêtres. Ces interventions, n’ont pas manqué de perturber le pape qui a alors écrit une lettre au cardinal Eugène Tisserant, primus inter pares du Conseil de la présidence du Concile, lui demandant d’avertir l’assemblée que le pontife se réservait pour lui-même la question du célibat sacerdotal; ainsi la position du Concile Vatican II fut éliminée au profit du pape.

 

Des femmes avaient été admises à suivre les débats du concile durant l’automne 1964. L’UMOFC regroupait 36 millions de femmes dans le monde et désirait que la participation des femmes soit prise en compte au Concile. Suite à une requête, leur présidente, Madame Pilar Bellosillo, sera auditrice et associée au travail lors de la session de révision du schéma 13 (préparation de Gaudium et Spes) ainsi qu'au sein de la Commission Mariage et Famille. Une seule femme avait pu intervenir lors des sessions et encore son texte avait été lu par un homme. L’archevêque Connolly avait très peu de sympathie pour un autre mouvement féminin, la St. Joan’s International Alliance, qu’il jugeait comme «un groupe de pression pour l'ordination des femmes.». Une de ses membres suivit les débats. Sur le front officiel, la St. Joan’s International Alliance remis à Jean XXIII sa demande officielle pour que les femmes deviennent d’abord diacres (1961), puis demanda pour que les laïcs, hommes et femmes soient présents au Concile, à titre d'observateurs et d'experts (1962). En 1963, elle avait présentée une résolution très prudente et respectueuse envers le pape sur l'admission des femmes à la prêtrise. Depuis 1965, une révision approfondie du Droit Canonique avait été demandée par l'Alliance à plusieurs reprises. Dix-sept articles du Droit Canon, discriminants à l'égard des femmes, ont été modifiés ou révoqués. L'Alliance avait immédiatement reçu l'encouragement personnel d'éminents théologiens et de dignitaires ecclésiastiques haut placés. La conférence de presse donnée par l'Alliance à Rome en 1965 avait insisté sur ce fait. Paul VI ne poussa pas plus loin la question du rôle des femmes dans l’Église avec les conséquences que l’on sait.

 

Un évêque italien était intervenu un jour, pour dire que parler de «l’Église des pauvres» n’apportait rien de neuf vu que l’Église avait toujours été celle des pauvres, cela était facile de le dire mais pas de le faire. Alors Maximos IV Saigh fit une brève intervention disant que c’était vrai que l’Église avait toujours été «pour» les pauvres, mais les avait toujours laissés pauvres. Et le patriarche concluait en disant qu’au moment où il y avait un mouvement sérieux pour enrayer la pauvreté, il était opportun que l’Église soit «avec» les pauvres. Bonne déduction qui ne fut pas suivie d’acte.

 

Comme nous avons pu le voir, le Concile Vatican II aurait pu éviter les problèmes actuels que nous connaissons si les bonnes décisions avaient été prises, malheureusement la trop grande prudence de Paul VI et les coups bas des conservateurs n’amenèrent pas les changements attendus.

 

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Publié le 20 Mars 2012

L'archevêque de Ratisbonne est en pole position pour remplacer Mgr Levada au poste de préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la de la Foi. Benoît XVI effectuera son choix après Pâques.

 

Après Pâques, et son voyage à Cuba, Benoît XVI s'occupera d'un des problèmes qui lui est cher : à savoir le choix d'un successeur au Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Mgr William Levada. C’est l'un des postes les plus importants de la Curie et de l'Eglise et cela Benoît XVI le sait, après avoir été à la tête de la congrégation pendant un quart de siècle. Certaines sources proches du Vatican disent que le choix du pape semble presque certain : le successeur de Mgr Levada devrait être Gerhard Ludwig Müller, l'archevêque de Ratisbonne. Si cela est vrai, nous seront témoins d'une renaissance, au haut sommet de l'Église, d'une forme de théologie qui pendant des décennies avait été problématique pour l'Eglise, même si elle aurait pu en être une ressource : la Théologie de la Libération. Après des années de batailles, de victoires et de défaites, le mouvement de la Théologie de la Libération, qui avait déjà un partisan ouvert et passionné au sommet des congrégations curiales en Joao Braz de Aviz, Préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie Apostolique, atteindrait alors une des plus hautes Congrégation. La même congrégation (soutenue par Ratzinger) qui mit Leonardo Boff au silence et publia des documents pour critiquer sévèrement certaines formes de Théologie de la Libération.

 

On peut se demander les données, l'ampleur des forces dans le domaine, pour savoir pourquoi une telle décision ne soit pas déjà prise. Et pourquoi Benoît XVI, dans une entrevue personnelle avec Müller, dans laquelle il avait abordé le sujet, lui avait dit qu'une décision sur la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ne viendrait pas avant Pâques. L'explication donnée par le Vatican, c'est que le pape n'est pas encore complètement convaincu. Il a été noté que cela pourrait être dû à certaines opinions exprimées par Gerhard Müller au cours de sa vaste production théologique (environ 400 journaux académiques). Par exemple, dans son livre sur le dogme catholique, il ne propose pas une image de la virginité de Marie qui est relié à "des caractéristiques physiologiques du processus naturel de la naissance de Jésus, mais avec l'influence du salut et le rachat de la grâce du Christ pour la nature humaine".

 

Dans un autre travail, sur le sujet de la transsubstantiation, il décourage l'utilisation des termes «corps et le sang», car ils pourraient causer des «malentendus». "Le Corps et le Sang du Christ ne signifient pas que les parties physiques de l'homme Jésus pendant sa vie, car son corps fut glorifié normalement." Au lieu de cela, ici, le corps et le sang sont un signe de la présence du Christ à travers le pain et le vin. Et se référant à «Dominus Jesus», un document écrit par Joseph Ratzinger, dans lequel les communautés ecclésiales sont présumées ne pas avoir conservé un épiscopat valide (ce qui serait le cas de beaucoup de confessions réformées selon lui) et ne sont donc pas des églises. Müller avait soutenu que défendre ce point de vue "est un malentendu."


L’archevêque de Ratisbonne serait une bonne idée pour diriger la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Un homme capable d’écouter et sachant moderniser la doctrine serait un atout pour ce pontificat des plus décevant.

 

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Publié le 19 Mars 2012

La lecture de l’évangile du dimanche 18 mars est tiré de l’évangile de Jean, qui sera lu encore les deux dimanche suivant, et se situe lors de la rencontre entre Jésus et Nicodème (3, 1 – 36) :

 

« Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l'homme soit élevé

afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle.

Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Qui croit en lui n'est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Et le jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré l'obscurité à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises.

En effet, quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de crainte que ses œuvres ne soient démasquées.

Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu. » (Jean 3, 14 – 21.)

 

Á l’origine, le récit de la rencontre avec Nicodème, d’où sort ce long passage, s’arrêtait dans le récit primitif au verset 10 : « Tu es maître en Israël et tu n'as pas la connaissance de ces choses ! » Á partir du verset 11, l’évangéliste Jean nous donne un bon aspect de la théologie et de la mystique qui avait cours dans sa communauté. Ici, cet ensemble en fait de trois séries de logia, un sur le serpent d’airain, le second sur le « Fils », et le troisième sur la lumière et les ténèbres, le démontre et ont été probablement réunit par l’évangéliste à partir d’un logion qui a peut – être authentique.

 

Le premier logion pourrait être un logion authentique de Jésus, car c’est un des rares où Jésus est désigné par le titre « Fils de l'homme » et on y utilise la comparaison, souvent utilisé par les rabbins, que l’on retrouve également dans les évangiles synoptiques. C’est une allusion au serpent d’airain (Nombres 21, 6 – 9) que Dieu aurait fait faire par Moïse pour guérir le peuple hébreu dans le désert, victime de serpent venimeux (« brûlants ») qu’il avait envoyé encore une fois pour les punir. Des enfants assez difficiles, non ? Mais dans la réalité, ce récit a probablement vu le jour pour expliquer la présence de culte cananéen à Jérusalem, probablement de guérison qui attirait des fidèles en pèlerinage, jusqu’à ce que le serpent, nommé dans 2 Rois 18, 4, Nehoushtân (« serpent de bronze »), fut « mis en pièces » sur ordre du roi de Juda, Ezéchias (716 – 687 avant J. – C.). Était – ce comme l’on suggérait certain une représentation figuré de Yahwé, équivalent des taureaux des temples de Dan et Bethel ? Dans ce logion n’est pas la guérison que met Jésus en valeur ? C’est probabilité si l’on lit le livre de la Sagesse (16, 5 – 11) où le serpent d’airain est qualifié comme signe de salut. Mais la littérature rabbinique tend à préciser que c’est plutôt la foi de celui qui levait les yeux vers Dieu qui guérissait. C’est donc par la manifestation du Fils de l’homme, soit Jésus lui –même, soit le Messie (lorsque Jésus pensait qu’il était encore un prophète), soit le peuple d’Israël purifié à la fin des temps, que le Royaume arrivera, à l’image de la prédiction d’Isaïe 61, 1 – 3. En effet, le serpent d’airain agissant par guérison, c’est donc les signes de Jésus qui mettent en valeur l’arrivée du Royaume.

C’est l’évangéliste qui modifie ce logion en le transformant en une annonce de la crucifixion, ce à quoi invitait aisément l’allusion au serpent d’airain, et en y ajoutant « afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle », un logion repris de l’épisode de la réanimation de Lazare, et qui indique un des thèmes forts de l’évangile, et probablement de la communauté dont il est issue, Jésus donne la vie éternelle à ceux qui croit en lui.

 

Comment ? Par l’ensemble de logia sur le « Fils » qui relie le logion du Fils de l’homme.

 

Le premier est probablement le moins récent car on y fait référence à l’enseignement de Paul de Tarse, qui est le créateur de la communauté d’Ephèse qui est probablement celle qui a produit l’évangile où on y trouve des références très proches à celui de ses épîtres (Galates 6, 14 ; Romains 5, 8 – 10 ; 6, 6 – 8 ; 8, 32) où, d’après l’apôtre des Gentils, Jésus est mort pour sauver les hommes du péché, équivalent du « pour que le monde soit sauvé par lui » du récit, et au point que Dieu afin de sauver l’humanité « n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous » et que grâce à cela auront « tout » dont on retrouve l’équivalent dans le logion : «Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » Comme pour Paul, le « Fils » est donc un messager céleste envoyé par Dieu pour accomplir une mission : le rachat de l’humanité (et aussi lui offrir la vie éternelle) et non son « jugement ». Toutefois, « qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. » En effet, tout comme le suggère Paul, la communauté de Jean, victime de persécutions et de l’expulsion des synagogues à partir de 88, a pu voir dans ses adversaires juifs et païens des hommes refusant le salut apporté par Jésus et qui donc n’aurait pas part au rachat, à l’image de ce que l’on peut lire dans certains chapitre de livre de l’Apocalypse, issue de la même communauté.

 

Le troisième ensemble de logia relie ceux du « Fils » par le biais du « jugement » à ceux de la « Lumière » et des « Ténèbres » (ici « obscurité »). Ce concept est très proche de celui des esséniens de la communauté de Qumran. Certains de ses membres ont peut – être rejoint en 70, après la chute de Jérusalem, la ville d’Ephèse et influencé la communauté de la ville, qui au départ était plutôt proche de celle de Jérusalem (la tradition de Jean l’apôtre pourrait être un indice). Tout comme dans Rouleau de la guerre des fils de Lumière contre les fils de Ténèbres de la communauté de Qumran, Jésus est identifié à la « lumière » (alors qu’auparavant c’était une désignation de Dieu) avec un rôle équivalent à celui de « l’ange de la lumière » essénien, qui était aussi associé à la « Vérité ». Et tout, comme dans cet ouvrage, ceux qui rejettent la « Lumière » sont ceux qui font le « Mal », les « œuvres mauvaises », probablement les Romains (Kittim dans le rouleau) et les collaborateurs juifs qui sont visés (le livre de l’Apocalypse le démontre aisément) pour les raisons citées plus haut. Jésus vient donc manifester leurs œuvres et tous ceux qui font la « Vérité », qui est associé à la « Lumière », sont ceux qui ont choisi d’accomplir la volonté divine, les membres de la communauté, face à ceux qui ont choisi les « ténèbres », c’est – à – dire ceux qui les persécutent comme on a pu le voir plus haut.

 

Ce long passage de l’évangile de Jean fut rédigé probablement en trois étapes, à partir d’un logion sur le Fils de l’homme, avec des influences de la communauté paulinienne originelle (le thème du « Fils » très présent dans les épîtres de Paul) et des éléments de la communauté esséniennes, qui s’y sont peut – être réfugiés en 70 (le thème de la « Lumière » et des « Ténèbres » très présent dans le Rouleau de la guerre des fils de Lumière contre les fils de Ténèbres de la communauté de Qumran). Cette rédaction a peut – être eut lieu entre 70 et 95.

 

                                                                                                                                                    freyr1978

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Publié le 17 Mars 2012

Le Vatican a rejeté une demande de la Fraternité Saint Pie X (FSSPX) en ce qui concerne les conditions dans lesquelles la réconciliation avec la Fraternité pourrait être possible, après que le pape Benoît XVI a jugé que leur soumission n'était «pas suffisante pour surmonter les problèmes doctrinaux qui sont à la base du fracture» entre le groupe et le Saint-Siège. Le Saint-Siège a donné un mois à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X pour qu’elle éclaircisse sa position.

 

Le 14 Septembre 2011, le cardinal William Levada, le chef de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et le président de la Commission pontificale «Ecclesia Dei», a proposé à Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité sacerdotale saint Pie X, un préambule doctrinal qui énonçait les motifs pour une éventuelle réintégration de la FSSPX, qui ne reconnaît pas les réformes du Concile Vatican II. Dans ce Préambule étaient énoncés certains principes doctrinaux et critères d’interprétation de la doctrine catholique, nécessaires pour garantir la fidélité au Magistère de l’Église.

 

La réponse de la FSSPX au préambule doctrinale, qui arriva en Janvier, avait été examinée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avant d'être soumis au pape «pour son jugement final». La réponse de ce dernier au Préambule qui lui avait été remis en septembre dernier est jugée insuffisante pour surmonter les problèmes doctrinaux qui sont à la base de la fracture entre le Saint-Siège et la Fraternité.

 

Toutefois, il est ajouté que Mgr Fellay avait été "invité à clarifier sa position d’ici le 15 avril afin d'être en mesure de combler le fossé existant, comme le souhaite le Pape Benoît XVI".

 

Le rejet du Concile Vatican II par la Fraternité Saint Pie X est clair, donc il n’y a rien à attendre d’une clarification. D’ailleurs, il n’y avait rien à attendre de ce groupe qui refuse de vivre dans le monde actuel et les négociations s’avéraient compromises depuis le début.

 

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Publié le 16 Mars 2012

"Et si l’Eglise revenait à l’Evangile", tel est le titre d’un nouvel ouvrage du prêtre valaisan Michel Salamolard, directeur de collection aux Editions St-Augustin à Saint-Maurice (Suisse), auteur d’une vingtaine d’ouvrages au croisement de la philosophie, la théologie, l’éthique et la sociologie. Il travaille dans différents domaines : la formation chrétienne d’adultes, l’accompagnement de jeunes et d’adultes en difficulté et le service paroissial. Dans ce livre coécrit avec le Père jésuite belge José Davin, le prêtre de Sierre (Suisse), responsable en Belgique d’une Equipe pastorale pour la formation des intervenants auprès des jeunes en difficulté ou handicapés, qui a aussi travaillé pendant quelques années dans un service de soins palliatifs, il s’efforce de baliser des pistes pastorales adaptées à la situation de l’Eglise catholique en Occident.

 

"Et si l’Eglise revenait à l’Evangile", édité conjointement par les Editions Fidélité, à Namur (Belgique) et aux Editions St-Augustin à Saint-Maurice (Suisse), offre notamment une lecture originale de la "crise" que traverse la société contemporaine. "Loin des jérémiades", il propose de rejoindre aussi bien les "pratiquants" que les "lointains" ou les "déçus" de l’Eglise. Il se lit bien, n’est pas volumineux, se veut simple et pertinent, propre à stimuler des initiatives fécondes, explique l’Abbé Salamolard.

 

Font-ils partie de l’Eglise, ces hommes et ces femmes qui se disent "croyants non-pratiquants" ? Qu’en pensent-ils eux-mêmes ? Certains se situent sans doute à grande distance d’une institution dont ils ont une mauvaise image et, parfois, une mauvaise expérience. D’autres, au contraire, se définissent comme des pratiquants de l’Evangile, des disciples et des amis du Christ, membres d’une Eglise dont ils n’adoptent pas forcément toutes les positions ni toutes les directives. Le présent ouvrage s’adresse à ces chrétiens, aux premiers comme aux seconds. Les auteurs souhaitent exprimer et souligner les valeurs qui déjà imprègnent et orientent leur vie, tout en leur proposant quelques pistes pour aller de l’avant.

 

Á travers cet ouvrage, on peut voir qu’en dehors de l’Église, le salut existe, car les croyants ne sont-il pas ceux qui font ce que veux le Christ. L’Église est pour tous, car elle est avant tout la communauté des croyants et non l’institution.

 

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Publié le 13 Mars 2012

Dans un article de l’Irish Independent du 8 Mars 2012 de Colm Kelpie, une victime d'abus s’indigne la nuit du 7 mars 2012 de la demande des évêques catholiques à leurs paroissiens de prier de pour les péchés des prêtres pédophiles. Le pape Benoît XVI a fait l'appel à l’origine dans sa lettre pastorale aux catholiques irlandais, publiée en Mars 2010. Marie Collins a déclaré que les évêques devaient faire amende honorable et elle les a accusés de ne pas faire preuve d'humilité à propos des scandales des abus sexuels.

 

Le dernier jour de leur réunion générale du printemps de trois jours, les évêques ont réitéré un appel du pape Benoît XVI et ont encouragé les fidèles à prier intensément pour «demander pardon pour les péchés des prêtres pédophiles qui ont fait tant de mal». Mais Mme Collins a déclaré que les gens n'ont pas besoin d'expier.

 

«Ce sont les évêques que les survivants voudraient voir demander pardon ou expier, s'humilier en quelque sorte», a-t-elle dit. «C'est insultant de penser qu'ils attendent les gens pour sortir. Les gens ordinaires attendent de les voir faire quelque chose.»


En février 2011, à l'occasion d'une liturgie du repentir dans la pro-cathédrale Sainte-Marie L'Église, Mgr Diarmuid Martin, archevêque de Dublin encouragea les victimes à continuer à témoigner et souligne que les responsables ne sauraient demander pardon sans avoir d'abord reconnu l'injustice commise et leur propre échec pour ce qui s'est passé. On en est loin.

 

Une des victimes, Andrew Madden a déclaré : «Compte tenu de la plupart des personnes qui ont été impliqués dans la dissimulation des abus sexuels sur des enfants ne voient pas cela comme un problème suffisamment grave pour provoquer chez eux la démission, je ne pense pas qu'ils aient une quelconque crédibilité pour parler des victimes ou parler de protection de l'enfance.»


Maeve Lewis du groupe de soutien des victimes dit qu’une personne sur quatre a accusé les évêques de ne pas faire en sorte que les victimes d'abus soient indemnisées.

 

Les victimes ont raison d’être choquées, car comme le disait un de mes amis prêtre, quand il avait appris que deux de ses amis était des prêtres pédophiles : «Cela je ne peux pas le pardonner.» Prier pour des gens qui ont brisé l’innocence d’enfants, c’est ignoble.

 

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Publié le 12 Mars 2012

La lecture de l’évangile du dimanche 11 mars est tiré de l’évangile de Jean, qui sera lu encore les deux dimanche suivant, et concerne de l’épisode de Jésus chassant les marchands du Temple :

 

« La Pâque des Juifs était proche et Jésus monta à Jérusalem. Il trouva dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes ainsi que les changeurs qui s'y étaient installés. Alors, s'étant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du Temple, et les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa leurs tables ; et il dit aux marchands de colombes : « Ôtez tout cela d'ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : Le zèle de ta maison me dévorera.

Mais les Juifs prirent la parole et lui dirent : « Quel signe nous montreras-tu, pour agir de la sorte ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai. »

Alors les Juifs lui dirent : « Il a fallu quarante-six ans pour construire ce Temple et toi, tu le relèverais en trois jours ? »

Mais lui parlait du temple de son corps. Aussi, lorsque Jésus se releva d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait parlé ainsi, et ils crurent à l'Écriture ainsi qu'à la parole qu'il avait dite.

Tandis que Jésus séjournait à Jérusalem, durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu'il opérait.

Mais Jésus, lui, ne croyait pas en eux, car il les connaissait tous, et il n'avait nul besoin qu'on lui rendît témoignage au sujet de l'homme : il savait, quant à lui, ce qu'il y a dans l'homme. » (Jean 2, 15 – 25)

 

Jean place l’expulsion des marchands du peuple au début de son ministère juste après le miracle de Cana (le plus sympathique de Jésus), lors de la fête de la Pâque (sa première visite à Jérusalem de l’évangile), une fête de pèlerinage lors de laquelle venait une importante foule de Juifs de la Diaspora, en fait de tout l’empire romain, hors la Palestine, et de l’empire parthe également. Donc, ici, Jésus va être mis en lumière à tout le peuple juif.

Mais cette présentation modifie donc le contexte original du récit qui était dans l’évangile de Marc, placé avant la dernière Pâque de Jésus, suite à l’entrée de Jésus à Jérusalem. Il se peut, comme le pensait Marie – Émile Boismard, qu’à l’origine la source dont Jean tirait son récit suivait le même schéma mais plutôt lors de la fête des Tentes, qui attirait tout autant de pèlerins, où la salutation « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient, le roi d'Israël » (Jean 12, 13) leur était adressé lorsqu’il entrait dans la ville.

Jésus entre dans le Temple de Jérusalem où il se trouve, dans l'esplanade, au Parvis des Gentils, face à face avec les marchands de bœufs, de brebis, de colombes et les changeurs. Il faut savoir que lors des fêtes, les Juifs doivent offrir un sacrifice à Dieu, d’où la présence de marchands de bœufs, de brebis et de colombes, mais pour les payer ou offrir le mahatsit hasheqel, l'impôt annuel d'un demi-sheqel prescrit par la Torah pour l'entretien du sanctuaire, il fallait de la bonne monnaie, sans représentation humaine (celle de l’empereur Tibère), qui venait de Tyr, d’où la présence de changeurs. Cela était d’autant plus utile que de nombreux pèlerins venaient de la Diaspora et possédaient donc cette monnaie figurée.

C’est alors que Jésus les chasse en utilisant un fouet qu’il s’était fait avec des cordes, renverse les tables des changeurs et dit aux marchands de colombes : « Ôtez tout cela d'ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Jésus, comme on peut le voir dans l’évangile de Marc, en faisant cela met donc en cause le bon fonctionnement du Temple qui a besoin de ce commerce. Mais ici Jésus accomplit un geste prophétique, inaugurateur de l’avènement du Royaume, surtout la prophétie de Zacharie 14 selon laquelle lorsque les Nations de la Terre, à la fin des temps, viendront célébrer la fête des Tentes à Jérusalem, « Il n'y aura plus de marchand dans la Maison du SEIGNEUR le tout-puissant, en ce jour-là. » (14, 21.) Ce récit est donc mieux à sa place après l’entrée à Jérusalem dont il renforce la portée, car Jésus révéle par là même sans le dire qu’il est le Messie. Il ne s’agit donc pas d’une destruction du Temple, comme le souhaitez les Esséniens de la communauté de Qumran et les Zélotes (la théorie de David Flusser, Paula Fredriksen, Daniel Marguerat et John E. Sanders), mais bien d’une purification pour préparer l’arrivée de Dieu. Mais pourquoi ? Car ceux qui étaient chargés du culte, les grands prêtres, pour les courants apocalyptiques et pharisiens, n’étaient plus dignes de diriger le Temple et son culte. S’attaquer au commerce sur l’esplanade du temple c’était les toucher en plein cœur. En effet, le grand prêtre directement ou par personne interposée détenait le marché, et donc y percevait des taxes sur chaque produit vendu. D’autant que le préfet de Judée, Ponce Pilate, n’hésitait pas à toucher au Trésor du temple lorsque le besoin s’en faisait sentir sans que les grands prêtres ne s’y opposent. Beaucoup de Juifs ne semblent pas avoir mal pris ce geste car comme nous l’apprend David Flusser les scribes éloignèrent, après la mort de Jésus, ce commerce en dehors du Temple. Peut – être Jésus pensait – il également que ce signe hâterait la venue du Royaume dont il était l’émissaire ? Mais en faisant cela il se mettait dans la ligne de mire du préfet de Judée, tout comme ce sera le cas d’un certain Jésus, fils d’Ananas, un paysan, qui avait prophétisé la destruction du Temple en 62, et pour cette raison fut livré au procurateur de Judée Albinus par les grands prêtres, qui le fit flageller. Est – ce pour cette raison que Jean place l’épisode aussi tôt pour montrer que Jésus va droit vers la mort vers le début de son enseignement en toute conscience ?

 

Après l’inclusion, « Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : Le zèle de ta maison me dévorera » qui ne figurait probablement pas dans le récit d’origine, « les grands prêtres, les scribes et les anciens » (Marc 11, 27), les Juifs de l’évangile de Jean, pose la question de son autorité, tout comme dans les évangiles synoptiques.

Mais, à partir de là, la proximité avec les Synoptiques s’efface car Jésus répond : « Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai. », qui a son équivalent dans l’évangile de Marc dans des circonstances très différentes (au procès devant le Sanhédrin) : « Moi, je détruirai ce sanctuaire fait de main d'homme et, en trois jours, j'en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d'homme. » (14, 58). Il est fort probable que nous n’ayons pas la phrase primitive, la référence aux « trois jours » démontre une connaissance de la Résurrection comme le met en avant l’évangéliste en ces termes : « Mais lui parlait du temple de son corps. Aussi, lorsque Jésus se releva d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait parlé ainsi, et ils crurent à l'Écriture ainsi qu'à la parole qu'il avait dite. » Charles Harold Dodd pensait que la réponse primitive était peut – être : « Détruisez ce Temple… » Un peu court tout de même pour être retenue. C’est, semble – t – il, une prophétie de destruction du Temple, tout comme le fera son homonyme en 62, où c’est Dieu et non Jésus qui s’exprime avec le « Je » comme lors du Sermon sur la Montagne du fait de l’imminence du Royaume. C’est Jean qui l’a placé ici afin de donner une portée plus grande à l’événement qu’a été la chute du Temple en 70, et qui a dû marquer sa communauté bien que l’évangile de Jean achevait sa rédaction entre 85 et 90. Mais les exégètes s’interrogent au sujet de cette phrase, car d’après Marc, plus ancien, ce sont des faux témoins qui la prononcent et pour Jean elle est authentique, surtout si l’on tient compte de certains passages des évangiles où Jésus ne remet pas en cause le culte du Temple :

« … va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit : ils auront là un témoignage. » (Marc 1, 44.)

« Quand donc tu vas présenter ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande. » (Matthieu 5, 23 – 24.)

Ce qui est possible si l’on tient compte que Jésus fait comme tout rabbin de l’époque au tac au tac afin d’interroger son auditoire. Toutefois, à l’origine, les grands prêtres, les scribes et les anciens ne répondaient probablement pas ou comme dans l’évangile de Jean où l’évangéliste joue sur la symbolique des chiffres. Mais dans ce passage l’ironie qui prend les contradicteurs de Jésus qui demeurent circonspects devant cette affirmation est tout aussi probable même si comme on l’a vu la relation avec les « trois jours » pourrait démontrer le contraire.

 

Jésus semble si l’on lit Jean avoir convaincu la foule car on lit : « Tandis que Jésus séjournait à Jérusalem, durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu'il opérait. » La mention de Pâque pourrait être un ajout de l’évangéliste, ce passage devait à l’origine ressemblait à celui de l’évangile de Luc : « Jésus passait le jour dans le Temple à enseigner et il sortait passer la nuit sur le mont dit des Oliviers. Et tout le peuple venait à lui dès l'aurore dans le Temple pour l'écouter. » (21, 37 – 38.)

Les signes de l’évangile de Jean sont les miracles, et ce sont ces derniers qui convainquent la foule, non l’enseignement comme dans l’évangile Luc, probablement parce que Jésus poursuivait sur sa lancée messianique en réalisant la prophétie d’Isaïe 61, 1 – 3, qui lui servira de réponse aux envoyés de Jean le Baptiste : « L'Esprit du Seigneur DIEU est sur moi. Le SEIGNEUR, en effet, a fait de moi un messie, il m'a envoyé porter joyeux message aux humiliés, panser ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs l'évasion, aux prisonniers l'éblouissement, proclamer l'année de la faveur du SEIGNEUR, le jour de la vengeance de notre Dieu, réconforter tous les endeuillés » Le dernier passage a probablement été ajouté par l’évangéliste, car il surcharge le précédent et anticipe Jean 12, 37 – 40 : « Quoiqu'il eût opéré devant eux tant de signes, ils ne croyaient pas en lui, de sorte que s'accomplît la parole que le prophète Isaïe avait dite : Seigneur, qui a cru ce qu'on nous avait entendu dire ? et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ? Le même Isaïe a indiqué la raison pour laquelle ils ne pouvaient croire : Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour qu'ils ne voient pas de leurs yeux, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent pas, et je les aurais guéris ! »

 

Donc le récit de l’évangéliste est devenue par rapport au récit primitif une préparation des événements qui toucheront Jésus lors de son dernier voyage à Jérusalem, tel que le montre la mention de la Résurrection anticipée par la prophétie de destruction du Temple qui ici devient le corps de Jésus (Jean 12, 21) et qu’à Jérusalem, les Juifs n’aient pas cru en lui (Jean 12, 24 – 25). Comme si Jésus savait dès son premier voyage qu’il finirait crucifier et ressuscité d’entre les morts. N’est – ce pas plutôt à travers Jésus la communauté de Jean, judéo – chrétienne apparemment, qui évoque la crise qui l’a touchée lors de l’expulsion des synagogues en 88, à travers le personnage de Jésus ? La question mérite d’être posée surtout si comme Boismard, on peut penser que l’évangile a connu trois rédactions au moins entre 50 et 90, dans laquelle se sont mêlés les expériences de la communauté qui ont modifié l’annonce messianique que renfermait le récit primitif qui se déroulait lors de la fête des Tentes.

 

 

                                                                                                                      freyr1978

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Publié le 10 Mars 2012

La Commission théologique internationale (CTI) a publié un document définissant les principes et les critères de la théologie catholique, le 8 mars 2012. Le nouveau texte rappelle notamment la primauté de la Parole de Dieu dans l’étude de la théologie, exercée dans la communion de l’Eglise.

 

Pour rappel, la Commission théologique internationale, a pour mission d’aider le Saint-Siège, et principalement la Congrégation pour la doctrine de la foi dans l’examen des questions doctrinales d’importance majeure. Le document, rédigé en anglais et intitulé «Theology Today. Perspectives, Principles and Criteria» («La théologie aujourd’hui. Perspectives, principes et critères»), examine «quelques perspectives actuelles de la théologie et propose (…) des critères méthodologiques qui permettent de distinguer ce qui relève de la théologie catholique de ce qui relève de disciplines voisines, comme les sciences religieuses».

 

Il comporte trois chapitres, précise un communiqué de la Commission : «la théologie suppose l’écoute de la parole de Dieu accueillie dans la foi» (ch. 1); elle «s’exerce dans la communion de l’Église» (ch. 2); elle vise à «rendre raison sur un mode scientifique de la vérité de Dieu dans la perspective d’une authentique sagesse» (ch. 3). Une traduction italienne est annoncée dans la fameuse revue des jésuites, à Rome, La Civiltà Cattolica, et des traductions dans différentes langues suivront.

 

Constatant un certain fractionnement de la théologie depuis le Concile Vatican II, les auteurs – un groupe restreint de la CTI présidée par le Père Santiago del Cura Elena – entendent maintenir l’identité réelle de cette discipline. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un document du magistère. Entrepris en 2004, le document a été approuvé par la CTI le 29 novembre dernier. Il a ensuite été soumis au président de cette Commission, le cardinal William Levada, préfet de la Congrégration pour la doctrine de la foi, qui en a autorisé la publication.

 

Les années qui suivent le moment conciliaire étaient caractérisées par de nouvelles voies de recherche, qui manifestaient un effort constant pour penser le christianisme dans la culture tout en relevant le défi de la sécularisation, qui n’était pas vue comme une ennemie à l’époque. Mais il y avait aussi le dialogue de l’Église, pensée comme une communion, avec les cultures asiatiques et africaines, ainsi que l’interprétation du message de Jésus-Christ dans le contexte multi religieux et pluriculturel. Ces efforts avaient été réduits à néant à l’époque où le cardinal Ratzinger avait été à la tête de la Congrégation de la doctrine de la foi, maintenant devenu le pape Benoit XVI, amenant ainsi la fin d’une théologie inventive et proche du fidèle.

 

L’un des principaux critères à respecter est «la reconnaissance de la primauté de la Parole de Dieu». Les théologiens catholiques sont invités à ne pas se prendre pour de «libres explorateurs». Ils sont appelés à l’obéissance à la Parole de Dieu, afin de ne pas sombrer dans l’hérésie qui «déforme non seulement l’Evangile mais détériore aussi la communion de l’Eglise». Le vrai rôle d’un théologien est de retrouver la vérité du christianisme et de ne pas réduire le contenu de la foi à une simple morale. Ce qui est le cas actuellement, car l’Église est devenue un lobby des valeurs.

 

Parmi les critères majeurs d’une théologie catholique figure la communion de l’Eglise. Une véritable fidélité à la tradition apostolique est demandée aux théologiens, ainsi qu’une adhésion responsable au magistère de l’Eglise. Ils sont appelés à reconnaître la compétence doctrinale des évêques et, en particulier, de l’évêque de Rome, le pape. En gros, on enlève aux théologiens leur mission d’interpréter car le Magistère saurait mieux le faire qu’eux. Si c’est ainsi, la théologie n’aura plus cette dynamique qui est celle de l’ouverture de l’Église au monde contemporain, dont elle intègre les données et dont elle scrute les signes.

 

Enfin, ils doivent «être en dialogue avec le monde», sans négliger les signes des temps. Je veux bien, mais s’ils doivent suivre l’avis du Magistère comment le peuvent t-ils. Citant l’époque des Lumières, la Révolution française ou les mouvements pour l’émancipation et pour la promotion des droits de la femme, le document reconnaît que l’Eglise a pu par le passé se montrer «excessivement prudente face à de tels mouvements, voyant seulement les menaces qu’ils pouvaient contenir pour la doctrine chrétienne et la foi, en négligeant leur signification». L’Église reconnaît au moins s’être trompée sur ce sujet.

 

Nous revenons donc à l’époque de Pie X, où les théologiens qui ne correspondaient pas aux vues du Magistère étaient vus comme des hérétiques. Si le Magistère a toujours le dernier mot, alors la théologie n’a plus lieu d’être, car les théologiens ne pourront plus interpréter les signes des temps eux-mêmes.

 

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Publié le 8 Mars 2012

Dans la Matinale chrétienne de La Vie – site chrétien d’actualité du 7 mars 2012 nous voyons que l'affaire a commencé avec la réforme portée par le nouveau chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy (PP - conservateur). Une réforme applaudie par Bruxelles et qui modifie en profondeur le droit du travail espagnol : facilitation des procédures de licenciement, indemnités de licenciement revues à la baisse, modulation au gré du chef d'entreprise des horaires de travail, simplification des procédures permettant le chômage technique, possibilité pour les entreprises de se dérober aux conventions collectives via des accords négociés en interne. En contrepartie, certains travailleurs pourront cumuler un salaire et une partie des indemnités de chômage. Une loi tout à fait irrespectueuse des travailleurs qui ne mérite que le mépris.

 

Cette réforme a inspiré à deux organisations catholiques, la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) et la HOAC (Fraternité ouvrière d'action catholique) un texte conjoint, dans lequel elles fustigent "une réforme bâtie sur le travail précaire et l'appauvrissement des familles de travailleurs" qui "rompt le faible équilibre historiquement acquis entre le capital et le travail" et "limite la capacité du droit du travail à endiguer la commercialisation croissante et la marchandisation du travail humain". Se basant sur la doctrine sociale de l'Eglise, et en particulier sur l'encyclique Caritas in Veritate de Benoît XVI, la déclaration des deux organisations invite en conclusion les chrétiens à "à participer aux initiatives et manifestations proposées par les organisations religieuses, sociales et syndicales et à aider à renverser cette situation si préjudiciable aux personnes qui travaillent et leurs familles". Une bonne mise au point face au manque de respect envers les travailleurs espagnols.

 

Envoyée par la pastorale du travail de l'archidiocèse de Madrid à toutes les paroisses, cette déclaration s'est vu opposer un démenti cinglant du vicaire épiscopal quelques heures plus tard, au nom du très conservateur archevêque de Madrid, le cardinal Rouco Varela : "Notre diocèse se reconnaît pas dans le contenu de ce document et n'en est pas responsable, compte tenu de sa diffusion abusive". Le démenti enjoint aux vicaires de faire connaître cette mise au point "le plus rapidement possible" à toutes les paroisses. Le cardinal Rouco Varela est fidèle à lui-même sans une aucune compassion pour ceux qui souffrent de cette loi, trop occupé à retrouver la grandeur d’une Église qui s’était vendue à Franco.

 

Mais cette prise de position lapidaire de Mgr Rouco Varela ne fait pas l'unanimité. Déjà, avant cette affaire, l'archevêque de Burgos, Mgr Gil Hellin, avait émis des réserves sur la réforme gouvernementale dans des termes très proches de ceux de la JOC et de la HOAC : "Une société où le droit au travail est annulé ou nié systématiquement et où les mesures de politique économique ne permettent pas aux travailleurs d'atteindre des niveaux satisfaisants d'emploi ne peut pas avoir de légitimité éthique, ou tout simplement de paix sociale". Quant à l'archevêque de Barcelone, Mgr Lluis Martinez Sistach, il a marqué nettement sa différence avec le cardinal Rouco Varela, expliquant sur les ondes de Radio Catalunya que ce dernier avait désavoué le texte de la JOC "en tant qu'évêque et non en tant que président de la conférence épiscopale" et que, si chaque diocèse peut avoir son interprétation des choses, "nous nous devons d'accepter les principes que défendent l'HOAC et la JOC".

 

Les évêques espagnols ont su soutenir la JOC et l’HOAC au dépend du cardinal Rouco Varela, qui ne s’est pas montré digne de son rôle d’évêque en s’opposant à la déclaration des deux organisations.

 

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