Benoît XVI accueilli au Mexique par des vivats... et des critiques

Publié le 25 Mars 2012

Benoît XVI célèbre dimanche une grande messe près de Leon, au lendemain d'une deuxième journée au Mexique marquée par une rencontre chaleureuse avec les jeunes mais aussi l'ombre d'un scandale pédophile sur lequel le Vatican a fermé les yeux.

 

Des dizaines de milliers de Mexicains étaient déjà en route pour le parc du Bicentenaire (des indépendances latino-américaines) à Silao, à quelque 40 km de Leon. Samedi en milieu de journée, des milliers de fidèles jeunes et vieux avaient déjà afflué, baluchon sur le dos, s'apprêtant à y camper.

 

Samedi, le pape avait rencontré le président Felipe Calderon à Guanajuato, la capitale de l'Etat, à une soixantaine de km de Leon. Il est arrivé avec retard tant les foules étaient massées pour l'acclamer tout au long de la route. L'entretien de vingt minutes a peu porté sur des questions spécifiques comme l'amendement constitutionnel discuté au parlement pour étendre les droits religieux, mais bien plus sur l'éducation des jeunes contre la violence, thème qui tient à cœur au pape, a expliqué le père Federico Lombardi, le porte-parole du Vatican. La lutte du gouvernement conservateur contre le crime organisé a été aussi évoquée. Huit victimes des narcotrafiquants --anciens otages, membres de familles de victimes-- ont été présentées par le président à Benoît XVI.

 

Pendant ce temps, sur une place de Guanajuato en fête, dans un cadre baroque espagnol pittoresque, trois mille jeunes attendaient de rencontrer le pape, en scandant, battant des mains et chantant: "Se ve, se siente, el papa esta presente !" ("On le voit, on le sent, le pape est présent !"). De jeunes étudiants catholiques portaient des tee-shirts rouges sur lesquels on pouvait lire : "Nous offrons des valeurs fondées sur le Christ et sur Marie aux jeunes d'aujourd'hui". "Toute l'Eglise prie pour la paix au Mexique" proclamait un calicot pendu sur une façade. La prière n'amènera pas la paix au Mexique, mais une véritable opposition aux narcotrafiquants.

 

Le pape leur a délivré un court message chaleureux, parlant des enfants orphelins "victimes de l'abandon et de la violence", et évoquant indirectement le drame des abus sexuels qu'ont endurés ou endurent encore les enfants dans l'Eglise et ailleurs : "Je désire élever ma voix, pour inviter chacun à protéger les enfants et à avoir soin d'eux afin que jamais leur sourire ne s'éteigne", a-t-il dit solennellement. "Le disciple de Jésus ne répond par au mal par le mal", leur a-t-il encore recommandé, face à la tentation de la vengeance après les nombreuses violences qui endeuillent les familles mexicaines. Facile à dire devant l’impunité des narcotrafiquants qui achètent tout même la justice.

 

Au même moment, des victimes d'abus sexuels de la part du Mexicain Marcial Macial, fondateur décédé de la congrégation des Légionnaires du Christ, diffusaient un manifeste adressé au pape, dans lequel ils accusent Benoît XVI d'avoir retardé l'enquête de l'Eglise sur cette affaire. "On ne nous a pas écoutés et on ne nous a pas crus au moment opportun. Pendant des années, nous avons été ignorés", a affirmé le manifeste. Cette ignorance à été voulue par Mgr Angelo Sodano, le secrétaire d’État du Vatican entre 1990 et 2006, soutenu par Jean-Paul II. Ils ont aussi critiqué le fait que Benoît XVI n'ait prévu aucune rencontre les victimes. Ce qui est tout à fait vrai.

 

Marcial Maciel est décédé aux Etats-Unis en janvier 2008, à l'âge de 87 ans. Il était accusé d'avoir eu une fille issue d'une liaison cachée et d'avoir abusé de huit anciens séminaristes. L'actuel pape était de 1981 à 2005 à la tête de la Congrégation pour la foi, à un moment où les plaintes pour abus sexuels visant Maciel se sont multipliées.

 

Les victimes ont également présenté un livre intitulé "La volonté de ne pas savoir", qui comprend plus de 200 documents des archives du Vatican montrant, selon elles, que Ratzinger connaissait les dénonciations d'abus sexuel contre Maciel. Selon les vaticanistes, Maciel a été protégé au Vatican, parce que son ordre était dynamique, mais Ratzinger ne figurait jamais parmi ses protecteurs.

 

Dans une conférence de presse, le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a jugé "très injuste d'affirmer que ce pape a cherché à occulter" ce scandale. Il a affirmé qu’«un grand nombre de documents" montraient le contraire. Pour expliquer l'absence de rencontre prévue au Mexique, le père Lombardi a expliqué qu'il n'y avait pas d'entrevue avec des victimes à chaque voyage du pape. Mais cela serait mieux afin de ne pas donner d’argument en sa défaveur.

 

La demande de rencontre des victimes mexicaines du père Maciel semblait en outre avoir été faite "dans une certaine agressivité et une certaine ambiguité", a-t-il fait valoir. On peut comprendre l’agressivité, quand on sait que le Vatican était au courant des vices de Maciel depuis 1948.

 

Le pape doit quitter lundi matin le Mexique pour Cuba, deuxième étape de son périple latino-américain. Espérons que durant cette messe de dimanche, il saura trouver un juste milieu, car on ne peut pas parler seulement à ses partisans, mais donner un message d’amour au monde.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités de l'Eglise

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