Benoît XVI au Mexique pour y dénoncer le "mal" de la drogue

Publié le 24 Mars 2012

Benoît XVI est arrivé vendredi au Mexique porteur d'un message de fermeté contre les cartels de la drogue dans un pays ébranlé par les violences. Son avion a atterri à León, bastion catholique dans le centre du pays, où le pape a reçu l'un des accueils les plus fervents de tout son pontificat. Plusieurs dizaines de milliers de personnes l'ont acclamé le long du trajet de 35 km accompli à travers les rues de la ville.

 

Durant le vol en provenance de Rome, le pape a évoqué le thème de la drogue devant les journalistes qui l'accompagnaient, jugeant qu'il fallait faire "tout" ce qui est "possible pour combattre ce mal destructeur contre l'humanité et notre jeunesse." "Il est de la responsabilité de l'Eglise d'éduquer les consciences, d'enseigner la responsabilité morale et de démasquer le mal, démasquer cette idolâtrie de l'argent qui asservit l'homme, démasquer les fausses promesses, les mensonges, la fraude qui se cachent derrière les drogues", a-t-il ajouté.

 

Cette réalité, l’Eglise au Mexique n’y a pas échappé. L’Eglise catholique du Mexique a reconnu en 2010 que des secteurs de son clergé avaient succombé au "pouvoir corrupteur" des trafiquants de drogue, comme d’autres secteurs de la société. Il existe pourtant des soupçons selon lesquels des bienfaiteurs liés au trafic de drogue auraient aidé financièrement, avec l’argent du commerce le plus sale et le plus sanglant, à la construction de chapelles, ce qui est immoral et doublement condamnable.

 

Benoît XVI n’a pas attendu pour évoquer la question délicate de la laïcité et demander, devant le président mexicain Felipe Calderon, le respect du droit fondamental à la liberté religieuse. Le Mexique, deuxième plus grand pays catholique du monde, est en même temps un Etat laïc où devrait bientôt voir le jour une loi constitutionnelle visant à reconnaître pleinement la liberté religieuse. Le pape a assuré que l’Eglise n’entend pas obtenir de privilèges, mais pouvoir mener à bien sa mission, «une mission qui ne concerne pas seulement les croyants», a d’ailleurs précisé Benoît XVI. Le pape a aussi insisté dès son arrivée sur «l’inégalable dignité de toute personne humaine» alors que le pays reste partagé sur la dépénalisation de l’avortement. Encore une fois, Benoit XVI dit que son voyage n’est pas politique et pourtant il fait de la politique tout en essayant d’avoir son mot à dire sur la législation du pays.

 

Benoît XVI, qui aura 85 ans en avril, est descendu lentement de l'appareil en se tenant à la rampe. Il a salué un groupe de jeunes enfants avant de s'adresser à la foule rassemblée à l'aéroport. D'une voix sûre et calme, il a déclaré en espagnol être venu au Mexique en "pèlerin de la foi, de l'espoir et de l'amour". "Je prierai spécialement pour ceux dans le besoin, en particulier pour ceux qui endurent les souffrances provoquées par des rivalités anciennes et nouvelles, par les ressentiments et par toutes les formes de violence", a dit le pape.

 

Ce message pontifical est particulièrement attendu au Mexique, deuxième pays catholique du monde par le nombre de fidèles, mais où l'Eglise romaine est en perte de vitesse face aux chrétiens évangélistes, vu que la Théologie de la libération s’est vu effacer alors qu’elle était la seule à pouvoir les contrer. Mais porte t-il ce message, car un sondage montre que 50 % des Mexicains trouvent Benoît XVI trop conservateur sur les thèmes du divorce, de l’avortement, de l’homosexualité et de l’usage des préservatifs. Il va devoir faire ses preuves pour s'attirer l’affection des Mexicains.

 

En raison de son âge et du décalage horaire, Benoît XVI s’offre maintenant 24 heures de repos avant les premiers rendez-vous officiels.. Le pape pourrait par ailleurs être confronté à Leon à des critiques sur l'étouffement des scandales de pédophilie par le Vatican. Celui-ci avait mis des dizaines d'années à réagir aux révélations sur les crimes pédophiles du fondateur mexicain des Légionnaires du Christ, Marcial Maciel Degollado, mort en 2008. Joseph Ratzinger était au poste clé de la Congrégation pour la doctrine de la foi au moment où des preuves s'étaient accumulés contre Maciel. Des experts du Vatican estiment qu'il voulait évincer Maciel et était clairvoyant mais n'a pu rien faire face à certains prélats qui admiraient un prêtre mexicain chef d'une congrégation à succès.

 

Lundi, le pape se rendra à Cuba, où, a-t-il dit, les catholiques doivent "aider à un dialogue constructif" avec le régime communiste, mais où "l'Eglise est toujours du côté de la liberté de conscience, de la liberté de religion".

 

Les voyages de Benoit XVI au Mexique et à Cuba permettront de voir une Église d’Amérique latine dynamique, mais qui ne doit pas se reposer sur ses lauriers. Et nous pourrons voir si ce dernier saura se montrer plus diplomate qu’à son habitude, car certains peuvent blesser.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Actualités de l'Eglise

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