L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogme

Publié le 3 Août 2011

Avant de partir, je vous propose cet article car je ne pourrai pas le faire le 15 août, car je pars en vacances.
Il faut savoir d'abord que la fête de l'Assomption de Marie célèbre un dogme propre à l'Eglise catholique, et qui concerne la Marie, la mère de Jésus. Selon laquelle le corps de Marie, après sa mort, fut emportée au Ciel et ne connut donc pas la corruption, comme pour Jésus, son fils. Ce qui explique l'utilisation du terme « assomption » qui provient du verbe latin assumere, qui signifie « prendre », « enlever ». Son équivalent orthodoxe, s'appelle la Dormition de Marie, qui n'est pas un Dogme. Cette fête est célébrée dans les deux confessions le 15 août.
 
Ses origines sont très obscures car on n'en a aucune mention dans les textes du Nouveau Testament et encore moins dans les écrits chrétiens du IIe au Ve siècle, Marie disparaissant de l'histoire de l'Église après sa mention dans Actes 1, 14, au point qu'en 378, Epiphane de Salamine dans son ouvrage Panarion (notice 78 contre les antidicomarianites) dit qu'il ne peut pas affirmer que la vierge est morte ou non mais que si elle est morte sa mort a été heureuse. Tout ce qui suit reste du domaine de la supputation. D'ailleurs, les textes apocryphes du Transitus Mariæ, daté du Ve siècle, Grégoire de Tours, au VIe siècle, et Jean Damascène au VIIIe siècle, ne nous sont pas ici d'une grande utilité, sauf pour nous apprendre que Marie serait morte à Jérusalem, et aurait été enterré dans le Jardin de Gethsémani, au Mont des Oliviers.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeMais même pour ces deux informations, elles peuvent être relativisées. Il vaut donc mieux faire preuve de prudence, et essayer de restituer les événements avec le peu que nous apprend le Nouveau Testament et les écrits patristiques. D'abord, Marie a probablement vécut avec les « frères de Jésus », aux côtés desquels elles se trouvent dans le Cénacle après l'Ascension dans Actes 1, 14, et elle était probablement présente lors de la Pentecôte, comme l'indique le « tous ensemble » de Actes 2, 1. Sa demeure possible était probablement la même que celle où demeurait le frère de Jésus, Jacques, qui dirigea l'église de Jérusalem et la première communauté chrétienne de 30 à 62. Sa mort dut se passer avant ou pendant la persécution soit contre les Héllénistes, en 36, soit d'Hérode Agrippa entre 41 et 44 car on ne parle pas d'elle à ce moment là, la tradition situant sa mort entre 40 et 42 serait en faveur de cette théorie. Elle semble avoir été un des membres fondateurs en qualité de témoins de la Résurrection du Christ, et l'une des chefs de cette dernière. Le rôle de prophétesse que lui attribuent certains historiens n'est pas impossible. De plus en tant que Mère du Messie elle était donc très estimée comme le montre sa récurrence dans l'Évangile de Jean, où elle est la plus citée des Quatre évangiles. Elle est probablement morte, entouré de sa famille et de proche, peut-être Thomas, qui pourrait avoir été plus proche que l'on ne pense de la famille de Jésus comme le montre le dit 13 de l'évangile de Thomas. Mais probablement pas tous les Douze. On ne sait pas si cette mort a marqué la communauté naissante. Mais vu le silence, on peut en douter, mais il se peut aussi que les choix de l'auteur des Actes des Apôtres ne se portaient que sur quelques événements significatifs, dont la mort de la mère de Jésus ne faisait pas partie. D'autant que la place qu'elle prend dans l'évangile de Jean est significative de l'importance qu'elle prit dans l'Église chrétienne naissante, peut-être parce que l'auteur avait grandi dans un milieu converti par les missionnaires judéo-chrétiens. Il faut se rappeler qu'il en fut de même pour les Quatre évangiles pour la mort de Joseph, son époux, qui a pourtant dû être significative pour Jésus. Si elle est morte un sabbat, la tradition que rapporte Juvénal prend de la consistance, car Thomas aurait pu être chargé par la famille au moment de la persécution de transférer le corps de Marie du tombeau où elle avait été déposé peut-être sur le Gethsémani, comme le rapporte la tradition, au tombeau familial peut-être à Nazareth, et non parce qu'il aurait été en retard.
Après, c'est la tradition qui prend le relais. D'après moi, au départ, le récit était un récit de tombeau vide, tel que le rapporte Jean Damascène au VIIIe siècle, d'après le récit de Juvénal, patriarche de Jérusalem entre 418 à 458. Thomas entre alors dans le tombeau et découvre qu'elle est vide. Tout ce qu'il reste sont les linges autour de son corps. Et probablement le récit s'arrêtait là tout comme celui de l'évangile de Marc. Il n'y avait aucune allusion au fait que Marie aurait été enlevée au Ciel.
 
On ne sait pas trop quand émerge les premiers récits de la Dormition de Marie, mais il est possible que ce ne soit qu'après le Concile d'Ephèse en 431, où Marie fut reconnu Theotokos, Mère de Dieu. La piété populaire a tout de suite fait sienne cette affirmation des théologiens et ne pouvait concevoir que Marie avait connut après sa mort, la fameuse Dormition, la corruption corporelle, à l'image de son fils. Ce qui peut expliquer l'apparition au milieu du Ve siècle peut-être en Egypte d'un ensemble d'écrits apocryphes, sur le Transitus Mariæ, Passage de Marie, parmi lesquels le transitus Mariae, du pseudo-Méliton et le Livre de la Dormition (Koimesis) de la Sainte Mère de Dieu par le pseudo-Jean.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeLe récit était le suivant. Divinement averti, sur le mont des Oliviers, par un ange de sa mort prochaine, Marie meurt, entourée des Apôtres de Jésus, revenu miraculeusement de Mission. Jésus vient chercher son âme qui est confiée à l'archange Michel. Ses apôtres enterrent Marie au pied du mont des Oliviers, puis quelques jours plus tard, Jésus vient chercher le corps, corps et âme se trouvant dorénavant au Paradis.
Un bon récit pour la piété populaire, à tel point qu'après le Concile de Chalcédoine en 451, peut-être pour calmer ce mouvement, Marcien et Pulchérie, les co-empereurs de Constantinople, demandèrent le corps de Marie au patriarche de Jérusalem, Juvénal. Celui-ci fit preuve d'intelligence. D'après Jean Damascène qui rapporte le récit, il aurait dit que Marie est morte, entourée des apôtres, sauf Thomas, qui était en retard. Celui-ci demanda à voir sa tombe qu'il trouva inoccupé, d'où que les apôtres conclurent qu'elle était montée au Ciel. Marcien et Pulchérie firent donc élever une première église de la Dormition de Marie sur le site présumée de la tombe de Marie dans le mont des Oliviers, dans le jardin de Gethsémani. Si l'on suit une hagiographie, la Vie de Saint Théodose, la fête de la Dormition pourrait avoir été célébrée en Palestine avant l'an 500, ce que pourrait confirmer la célébration de « La commémoration de la sainte mère de Dieu » qui avait lieu, semble-t-il, dans l'église de la Dormition de Marie de Jérusalem suite à sa fondation tous les 15 Août. Celle-ci était précédée d'un jeûne.
Inquiet de la place prise par cette fête qui n'était fondé sur aucune source biblique et pastorale, le pape Gélase Ier condamne les Transitus Mariae en même temps que d'autres écrits apocryphes en 495-496, mais il est bien trop tard, car ces récits continuent à circuler et à alimenter la piété populaire au point que cette tradition orientale franchit bientôt l'Orient. La fête de la Dormition de Marie est ainsi connue en Gaule et en Égypte dès le VIe siècle où elle est célébrée le 18 janvier. La date proche de l'épiphanie avait été vraisemblablement choisie en ne gardant que le sens strict de maternité divine. On trouve aussi des martyrologes dans lesquels la fête est marquée pour le 23 Septembre.
La fête fut fixée définitivement le 15 août en Orient par l'empereur byzantin Maurice (588-602), suite à la consécration d'une autre Église à Gethsémani, qui venait remplacée la précédente, et qui l'étendit à tout son empire.
 
La fête, qui était cantonnée à quelques îlots en Occident, se développa progressivement, mais avec beaucoup de lenteur, car la Dormition de Marie s'appuyait sur des récits apocryphes dont on se méfiait avec raison. D'ailleurs, c'est Grégoire de Tours, vers 594, qui est le premier à en faire une mention et à en donner la première formulation théologique en Occident, en s'appuyant justement sur les Transitus Mariae. En Orient, ce sera Méthode, patriarche de Jérusalem de 632 à 634, l'église qui fut à l'origine de la fête de la Dormition de Marie, qui va promouvoir ce concept à l'ensemble de l'église : « À titre de très glorieuse mère du Christ, l'auteur de la Vie et de l'Immortalité, Marie est vivifiée dans l'incorruptibilité éternelle de son corps, par celui-là même qui l'a ressuscitée du tombeau et l'a élevée jusqu'à lui de la manière que lui seul connaît » (Dormition de la bienheureuse Vierge Marie n°14). Au même moment, Timothée, un prêtre de Jérusalem (VIe - VIIe siècle) présumait que « la Vierge est jusqu'à présent immortelle (c'est-à-dire n'est pas morte) ». Une théorie que ne fera pas l'unanimité. Mais le concept d'Assomption après la Dormition ne semble pas prendre avant le VIIIe siècle en Orient et le XIIe siècle en Occident, sa mort était alors semble-t-il universellement reconnut par les savants chrétiens, la liturgie et la tradition
Le pape Théodore (642-649), originaire de Constantinople, est le premier à célébrer cette fête à Rome le 15 août sous le nom de « Dormition de Marie » et le pape Serge Ier l'établit parmi les quatre fêtes mariales que doit célébrer tout chrétien avec l'Annonciation, la Nativité et la Purification. Elle prend le nom de Pausatio (Repos) dans un évangéliaire, datant de 740, puis d'Assumptio Sanctae Mariae, Assomption de Sainte Marie dans un missel ou sacramentaire de 770, nom sous lequel la connaisse les catholiques actuellement, qui affirme : « Elle a subi la mort temporelle, mais n'a pas été soumise à ses liens ». Cette dénomination se retrouve dans le sacramentaire envoyé par le pape Adrien Ier à Charlemagne entre 784 et 791. Cette fête était rendue solennelle par une procession nocturne qui allait de Saint-Adrien-au-Forum à Sainte Marie-Majeure, et par une vigile et un jeûne. A Rome aussi se trouvait une fresque (encore visible) représentant l'Assomption dans la basilique souterraine de Saint-Clément.
C'est au même moment qu'en Orient, des savants chrétiens prennent pour la première fois parti sur la question. Le premier est semble-t-il Jean Damascène (676-749) qui défend nettement ce concept : « Il fallait que celle qui avait conservé sans tache sa virginité pendant l'enfantement, conservât son corps sans corruption même après la mort... Celle qui avait hébergé le Verbe de Dieu en son sein, ne pouvait qu'être logée dans la demeure de son Fils » (Homélie pour la Dormition II, 3, 14, PG 96, 723-726). Il faut dire que l'environnement où il avait été élevé le prêtait à cette croyance, lui et son père avant lui, occupait le poste de chancelier impérial de l'empire islamique des Omeyyades, et que pour celui-ci une ascension corporelle de Muhammad dans le ciel était la politique officielle, puisque une sourate du Coran, le Voyage Nocturne, rapporte une montée au ciel de Muhammad après sa mort. Une position qui prend presque un caractère officiel quand Germain, patriarche de Constantinople de 715 à 730, la défend : « La mère de la Vie devait elle-même demeurer avec la Vie ; la mort ne pouvait être pour elle qu'un sommeil, et l'Assomption comme un réveil pour la mère de la Vie » (Homélie pour la Dormition, PG 98, 346-347). Toutefois, elle ne prit jamais le caractère d'un dogme comme il en sera plus tard dans l'Église catholique.
En 813, le Concile de Mayence rend la fête obligatoire à tout l'empire franc. En 847 une octave est jointe à cette solennité par le pape Léon IV, et en 863, le pape Nicolas Ier plaça la fête de l'Assomption au même plan que les fêtes de Noël et de Pâques.
Toutefois, l'Assomption en tant que doctrine ne semble pas prendre alors en Occident, où les textes sur lesquels ils reposaient étaient alors vu avec méfiance. D'ailleurs, le martyrologue du moine Usuard, datant de 875, en reprenant le pseudo-Jérôme, prend partie en faveur de la Dormition contre l'Assomption. Il sera d'ailleurs repris par Rome, ce qui peut expliquer la difficulté qu'a eut une doctrine de l'Assomption à émerger. On a donc juste alors officialisé la culture populaire qui en avait émergé.
Au même moment apparaît une nouvelle tradition sur la Dormition de Marie, dont la première allusion se situerait à la fin du IXe siècle dans un manuscrit syriaque dans lequel Marie aurait suivit l'apôtre Jean, auquel le Christ, sur la croix, l'avait confié, et y serait morte. Les seules autres sources pré-modernes sont trois auteurs syriaques des XIIe et XIIIe siècles. On situait sa Dormition dans le lieu qu'on appelle aujourd'hui la « Maison de Marie ».
 
Ce n'est qu'au XIIe siècle que les choses évolueront. Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux de 1115 à 1153, directeur de conscience de l'ordre cistercien, portait une dévotion particulière à la Vierge, qu'il nommait Notre Dame, et dont il chercha à développer le culte dans toute la Chrétienté. Cette dernière devient alors la figure de la Chrétienté franque.
On peut alors comprendre alors le réveil du débat sur l'Assomption de Marie. Bernard de Clairvaux sera le premier à discourir à ce sujet dans ses Sermons sur l'Assomption : « S'il est pour toute chair un temps pour parler, s'écrie-t-il, c'est bien aujourd'hui où la Mère du Verbe fait chair est enlevée aux cieux... La piété ne souffre pas que nous taisions aujourd'hui la gloire de Marie » (4e Sermon sur l'Assomption, Seuil, 1953, p. 1003). Un argument de poids vient alors soutenir cette doctrine, le traité Liber de assumptione, attribué à Augustin d'Hippone, qui acceptait l'Assomption corporelle de Marie et fut probablement écrit en réaction au Pseudo-Jérôme.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeMais c'est surtout à partir du XIIIe siècle que cette doctrine prend forme, lorsque les théologiens se déclarèrent en sa faveur. Le franciscain portugais, Antoine de Padoue, custode de Limoges en 1226 et provincial d'Italie du Nord de 1227 à 1231, prend position en ces termes : « Vous savez clairement que la Vierge Marie a été élevée au ciel dans son corps. De la même façon que Jésus Christ est ressuscité en triomphant de la mort et est monté à la droite du Père, ainsi pareillement est ressuscitée aussi l'Arche de sa sainteté, lorsque la Vierge Marie a été élevée dans la demeure céleste » (Serm. In Assump. B.V.M). Le Dominicain, Albert le Grand, maître de théologie à l'Université de Paris de 1245 à 1248, maître régent de l'École supérieure de théologie (Studium generale) de 1248 à 1254, et évêque de Ratisbonne de 1260 à 1263, prend également position sur le sujet : « Il est clair que la bienheureuse Mère de Dieu a été élevée en son âme et en son corps au-dessus du chœur des anges » (Mariale, q. 132). Son disciple, Thomas d'Aquin, maître régent à Rome de 1265 à 1268 et du studium generale de Naples de 1272 à 1273, fera de même en ces termes : « le corps de Marie a été élevé au ciel avec son âme » (MD n°511). Et de même son contemporain, le franciscain Bonaventure de Bagnoregio, ministre-général des franciscains de 1257 à 1273 et cardinal-évêque d'Albano de 1273 à 1274 : « Dieu n'a permis en aucune façon que le corps de Marie fut réduit à la corruption ou tombé en cendres. Il est donc évident que c'est en son âme et en son corps qu'elle se trouve au ciel : sans quoi elle n'aurait pas la jouissance béatifique achevée » (Sur le Cantique 8, 5).
La culture populaire put donc, sous la caution des théologiens, développer certaine forme plus expressive de foi en l'honneur de l'Assomption de Marie, mais il faudra attendre le XVe siècle avec l'apparition en France de la première procession de l'Assomption. A l'occasion d'une victoire remportée sur les Anglais qui furent obligés de lever le siège de la ville en 1443, la procession de l'Assomption fut instituée à Dieppe. Par la suite, peut-être en réaction à la Réforme protestante qui ne reconnait pas l'Assomption de Marie car elle n'est fondée sur aucune source biblique ou patristique (tel que le démontre le fait que l'archevêque de Cantorbéry, Thomas Cramner n'hésita pas à l'enlever du Book of Common Prayer de l'Église établie d'Angleterre de 1552), se développe à la fin du XVIe siècle en Italie une procession pour le 15 août, qui existe toujours comme nous le verrons plus bas.
C'est donc dans le même esprit que le pape Pie V, lors de la réforme du Bréviaire (1570), enleva les citations du « pseudo-Jérôme », qui ne prenaient partie contre l'Assomption corporelle et remplacés par d'autres qui défendaient ce point de doctrine.
Cette fête prendra de l'importance en France surtout à partir de 1638, le roi Louis XIII, lors ce qu'il eu la certitude d'avoir un enfant (Louis XIV né en 1638) après 22 ans de mariage, à la suite d'un vœu fait à Toulouse, en reconnaissance consacre sa personne et son royaume à le Vierge Marie par une déclaration donnée à Saint Germain en Laye le 10 février 1638. Il demande également que des processions aient lieu en son honneur le 15 Août dans chaque paroisse. L'Assomption devient une fête nationale, d'autant que la consécration du royaume de France à Marie fut confirmée par Louis XIV en 1650 et par Louis XV en 1738.
Mais celui que l'on surnomma le pape des Lumières, Benoit XIV (1740-1758) prend alors fermement position contre l'Assomption dans De festis Domini Nostri Jesus Christi et Beatae Virginis Mariae avec de très bons arguments : « L'assomption de la bienheureuse Vierge n'est pas un article de foi... les textes de l'Ecriture que l'on a l'habitude de citer en sa faveur peuvent être interprétés autrement et la tradition ne suffit pas pour élever cette doctrine au rang des articles de foi... ». Ce qui explique certainement pourquoi on en entendit plus parler avant 1849.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeEn 1801, après le Concordat, L'Assomption devient une des quatre fêtes d'obligation, c'est-à-dire chômées pour célébrer Dieu, Jésus, la Vierge et les Saints avec Noël, l'Ascension et la Toussaint. Napoléon Ier naît le 15 août 1769, en fit, par le décret du 19 février 1806, sa fête officielle, la « Saint-Napoléon ». Selon l'hispaniste français Damas-Hinard (1805-1870), « le pape Pie VII proposait à l'empereur de canoniser un Bonaventure Bonaparte, mort obscurément dans un cloître. » Mais Napoléon préféra s'inspirer d'un personnage historique à l'existence contestée (Saint Neopolis aurait été un martyr vivant au IV° siècle avant Jésus Christ.), l'objectif de l'Empereur était, en effet, d'opérer une sorte de syncrétisme entre une fête religieuse, l'Assomption, et une célébration étatique, la Saint Napoléon. C'est ainsi que la fête nationale, du moins jusqu'en 1815, continua à être célébrée le 15 août.
Evidemment abandonnée lors de la Restauration, la Saint Napoléon ne fut célébrée que par les milieux bonapartistes, nostalgiques de l'Empire, la fête de l'Assomption retrouvant son rôle religieux. En 1852, devenu Empereur suite à un coup d'Etat, Napoléon III décida d'instituer cette fête par décret. Festivité aussi bien laïque que chrétienne, le 15 août resta la fête nationale jusqu'en 1870, date de l'entrée en guerre contre la Prusse. Suite à ce conflit désastreux pour la France, la république fut proclamée, et la Saint Napoléon disparut pour de bon.
Les nouveaux dirigeants, aussi hostiles à l'Empire qu'à l'Eglise, décidèrent en mai 1880 que la fête nationale serait désormais fêtée le 14 juillet, ce qui donna naissance à notre fête nationale actuelle, alors qu'étrangement au Canada d'anciens colons français, les Acadiens choisirent le 15 août 1881 Notre Dame de l'Assomption pour sainte patronne. Le 15 août est depuis pour eux un jour férié, équivalent de notre fête nationale.
Le 15 août est resté également un jour férié en France après la séparation de l'Église et de l'état en 1905, mais aussi en Italie, en Espagne, au Portugal, en Belgique, au Luxembourg, en Pologne, en Autriche, en Bavière et en Grèce, mais elle ne l'est pas dans les autres pays d'Europe et particulièrement dans les pays protestants. En effet, refusant toute exégèse sur la question car ne prenant en compte que ce qui est relaté dans les livres seuls considérés comme inspirés de Dieu, le protestantisme refuse cette doctrine, ou croyance dans laquelle il voit une nouvelle tendance de l'Église catholique à la « mariolâtrie » (adoration idolâtre de la mère de Jésus Christ plutôt que de Dieu). Toutefois, dans l'anglicanisme et le luthérianisme, la fête s'est maintenue comme une célébration en l'honneur de Marie, mais sans usage officiel du mot « Assomption », a part pour les anglo-catholiques.
 
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeC'est aussi XIXème siècle, après la proclamation du dogme de l'Immaculée conception par Pie IX en 1854 que se développe dans un courant de piété marial, avec envoi de nombreuses pétitions à Rome pour que soit officiellement défini le dogme de l'Assomption, même si il y avait déjà eut un précédent. Les archevêques de Malines (Belgique) et d'Osma (Espagne) avaient, en effet, demandé au Pape, dès l'année 1849, une définition du dogme de l'Assomption. De 1854 à 1945, ce seront huit millions de fidèles qui écriront en ce sens, auxquels il faut y ajouter les pétitions de 1332 évêques, de 83 000 prêtres, religieuses et religieux. Pendant près d'un siècle la foi populaire se passionne littéralement pour cette cause, tel que le montre peut-être le fait que le 21 mars 1922, le pape Pie XI proclama dans la Lettre apostolique, « Galliam, Ecclesiae filiam primogenitam », Notre-Dame de l'Assomption patronne principale de la France, suite à une réclamation de l'évêque d'Orléans.
Face à ces demandes répétées, par la lettre Deiparae Virginis Mariae du 1er mai 1946, le pape Pie XII demande à l'épiscopat du monde entier s'il était souhaitable de procéder à la définition de ce dogme. 90% des évêques y furent favorables. 10% des évêques s'interrogèrent sur l'opportunité d'une telle déclaration. Quelques-uns émirent des doutes sur le « caractère révélé » (ce qui est tout à fait compréhensible si l'on tient compte de ce que j'ai rapporté plus haut) de l'Assomption de Marie. La réponse, ayant été donné à la quasi-unanimité, le pape avait annoncé qu'il confirmait « l'enseignement unanime du magistère ordinaire de l'Église et la croyance unanime du peuple chrétien ». Mais ce ne fut que le 1er novembre 1950 que l'Assomption de Marie fut établie sous forme de dogme par la constitution apostolique Munificentissimus Deus de Pie XII, en ces termes :
« En l'autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et par notre propre autorité, nous prononçons, déclarons, et définissons comme un dogme divinement révélé que l'Immaculée Mère de Dieu, la Vierge Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste » (§ 44).
Depuis la déclaration d'infaillibilité pontificale par Vatican I, en 1870, cette déclaration de Pie XII constitue la seule utilisation de l'infaillibilité papale ex cathedra. Et Pie XII, en choisissant le terme d'Assomption, qui est un terme passif, voulait ainsi signifier que selon lui que Marie ne s'est élève pas élevé au ciel d'elle-même. Mais que ce ne fut qu'après sa mort qu'elle fut prise, corps et âme, et élevée au Ciel.
Des célébrations mémorables accompagnèrent la proclamation du dogme, qui clôturait une année jubilaire, à l'occasion desquelles Pie XII couronna une statue de la Vierge, dans la crypte de saint Pierre à Rome.
Le 21 novembre 1964, le pape Paul VI promulgua la Constitution dogmatique Lumen gentium sur l'Eglise qui énonça : « Enfin, la Vierge Immaculée, préservée de toute tache de la faute originelle, au terme de sa vie terrestre, fut élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps et elle fut exaltée par le Seigneur comme Reine de l'univers afin de ressembler plus parfaitement à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Apocalypse 19, 16) et vainqueur du péché et de la mort. » (Chapitre VIII, & II.)
 
Les célébrations divergent selon les confessions mais nous allons tenter de faire des comparaisons.
Cette fête, que les deux confessions fêtent le 15 août, est aussi importante pour les catholiques que les orthodoxes. Pour les premiers, c'est une fête d'obligation, donc ils doivent assister à la messe du jour, et pour les seconds c'est l'une des Douze grandes fêtes du Calendrier orthodoxe.
La fête est précédée, dans la tradition orthodoxe, d'un jeûne strict de 14 jours du 1 au 14 août (le jour de la fête de la Transfiguration, le 6 août, il est cependant permis de manger du poisson et de boire du vin), le « carême de la mère de Dieu ».
À la veille de la fête (c'est-à-dire au début du jour liturgique de la fête), des vêpres sont célébrées en début de soirée chez les orthodoxes et les catholiques. Le rituel orthodoxe contient trois lectures de l'Ancien Testament, interprétées symboliquement à partir du Nouveau Testament. En Genèse 28:10-17, l'échelle de Jacob qui unit le ciel et la terre désigne l'union de Dieu avec les hommes qui se réalise pleinement et plus parfaitement en Marie portant Dieu en sein. En Ézéchiel 43:27-44:4, la vision du temple dont la porte orientale est perpétuellement fermée et remplie de la gloire du Seigneur, symboliserait la virginité perpétuelle de Marie. Marie est aussi identifiée avec la « maison », en Proverbes 9:1-11, que la Divine Sagesse a construit pour elle-même : « La Sagesse de Dieu a bâti en Toi, Vierge Sainte, sa maison - et s'est incarnée dans sa mystérieuse descente - Entre toutes les générations Tu fus l'Élue pure pour être la demeure du Verbe pur. » Dans le rituel catholique, les trois lectures sont 1 Chroniques 15,3 - 16,2, concernant la procession pour le transport de l'arche au temps de David, 1 Corinthiens 15, 54-57 : « O mort ou est ta victoire ? », symbolique lors de l'Assomption de Marie et ce qui étrange Luc 11, 27-28, où Jésus sermonne en ces termes une femme qui avait félicité sa mère pour sa naissance : « Heureux ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la gardent ». Mais chez les catholiques, ces vêpres sont peu à peu remplacées par des messes anticipées.
Le rituel catholique de la fête, la messe se déroulant le matin, comme lors des célébrations du dimanche, est également tourné vers Marie, comme le montre les deux principales lectures du jour. D'abord, le récit de l'Apocalypse (11,19-12,10) qui rapporte la vision d'une femme vêtue de soleil, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles, qui sans doute au sens premier représente l'Église, mais la tradition a eut une tendance à y voir une figure de Marie. Ensuite, Luc 1,39-56 qui rapporte la scène de la Visitation (probablement fictive) de Marie à sa cousine Élisabeth et la prière de Marie : « Mon âme exalte le Seigneur... le puissant fit pour moi des merveilles ». Symbolique à plus d'un titre, car cet épisode constitue un passage de relais entre Jean le Baptiste et Jésus, et l'espoir qu'aurait fait naître cette naissance dans sa mère, celui de la libération des hommes. Chez les orthodoxes, cette dernière figure en première lecture suivit par les récits de Luc 10, 38-42, et de Luc 11, 27-28. Le premier relate l'épisode de Marthe et Marie, où Jésus nous apprend que Marthe aurait dû préférer écouter la Parole de Dieu comme sa soeur plutôt que de travailler à la bonne tenue de la maison en ces termes : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. » Et le second passage est celui lu comme évangile chez les catholiques lors des vêpres. Il y aussi une autre spécificité purement orthodoxe dans le fait que la célébration se déroule avec l'icône de la dormition de Marie qui la représente endormie couchée sur son lit de mort entourée des apôtres et le Christ en gloire recevant dans ses bras l'âme de sa Mère pour l'emmener au ciel.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeL'après-midi, se sont mis en place depuis le XVe siècle, un nombre important d'événement en relation avec cette fête. D'abord, des processions, célébrées dans les églises catholiques, avec la statue de la Vierge où la statue est transportée sur les épaules des porteurs la veille ou le soir du 15 août soit autour de l'église, soit de l'église vers une chapelle. Il en existe de nombreux exemples. Ainsi, depuis la décision de Louis XIII en 1638, on fait partout en France une procession solennelle pour la fête de l'Assomption. La procession avec la statue de la Sainte Vierge n'est plus prescrite par le rituel liturgique, mais elle se fait encore dans un certain nombre de paroisse. La statue est transportée sur les épaules des porteurs. C'est une procession aux flambeaux le soir du 15 août ou parfois la veille. La procession a lieu soit autour de l'église, soit de l'église vers une chapelle. Le 15 août est une date très importante pour les Marseillais. Ils sont le 14 au soir à la procession de la statue de Notre Dame de la Garde. A Paris, le 14 août, il y a une procession fluviale sur la Seine. A Lyon : en présence du cardinal Barbarin, procession aux flambeaux à 20h30, le 14 août. Au Puy-en-Velay (Haute-Loire), chaque 15 août, une longue procession derrière la Vierge noire se déroule dans les rues de la vieille ville, en présence de 10 000 pèlerins et touristes. Plus de 10 000 motards à Porcaro (Morbihan) pour la « fête de la Madone » avec bénédiction des motards.
Il en est de même en Italie, où plusieurs processions se déroulent lors de cette fête, qui la plus importante pour les Italiens après Noël. A Sassari en Sardaigne,il existe depuis 1580 une procession dite des Candelieri. On offre à la vierge des cierges le jour de l'Assomption. Les « candelieri » (chandeliers) sont de grandes colonnes de bois en forme de cierges, décorées de l'image du saint patron de la corporation ou des outils de travail. A Valentano, la procession du 15 août remonte à l'an1655. Quand il est déjà nuit noire, dans les rues illuminées par de nombreuses lumières à chaque balcon, passe la procession avec la statue de la Sainte Vierge. Dans l'île de Pescatori, une procession de bateaux pour la pêche amène une belle statue de la Vierge « Assunta » tout autour de l'île.
Il en est de même en Belgique où après la messe de la fête de l'Assomption le 15 août en Belgique à Marbais, une procession démarre avec le Saint-Sacrement, escorté par les pèlerins de la Confrérie de Saint-Roch.
De nombreuses fêtes ont également lieu, le 15 août, en liaison avec la procession.
D'abord, la fête du pain et de la moisson, au cours de laquelle dans certaines régions françaises, on porte aujourd'hui à l'église les premiers fruits du jardin, joliment arrangés en des bouquets que bénit le prêtre. Cette coutume remonte à l'usage païen de ramasser, vers cette époque de l'année, des plantes odorantes (bienfaisantes et maléfiques) pour les placer dans les maisons, les étables, afin de chasser mauvais esprits et mauvaises bêtes. La liturgie christianisa cette coutume. On relève des formulaires de bénédiction à partir du Xe siècle. L'Assomption se fêtant avec le mûrissement des grains, il était obvie de bénir les premiers fruits de la terre, les fleurs et les plantes médicinales au moment où l'on fêtait Marie, fleur des prés et lys des vallées (Cantique 2,1). Assurément, de tous les fruits de la terre, Marie, en son assomption, est le plus beau.
L'Assomption de Marie, une fête avant d'être un dogmeEnsuite, les fêtes de la mer avec bénédiction de la mer et bénédiction des bateaux pavoisés dans le nord, en Bretagne et en Provence, avant le début de la saison de pêche. Cette tradition a vraisemblablement pour origine les temps reculés où leurs maris passant de longs mois en mer, les femmes s'adressaient à la Vierge Marie pour lui demander de protéger un mari, un frère, un fils. Lors de la bénédiction de la mer et des bateaux, le prêtre, qui est sur une vedette avec les enfants de chœur, bénit chaque bateau par un signe de croix et on jette une gerbe de fleurs au large à la mémoire des marins disparus.
Et pour beaucoup de paroisses de Provence, le 15 août, est également la fête paroissiale, la fête patronale de beaucoup de paroisses en Provence. On y fait souvent, encore actuellement, une procession dans le village.
En Belgique, en Outre-Meuse, le 15 août est une aussi une fête qui se déroule sur 3 jours à Liège. C'est une célébration religieuse (où la messe y est dite en wallon et en français, où une procession y célèbre l'Assomption) mais la particularité la plus caractéristique de cette fête est de boire un alcool de baies de génévrier appelé « peket », une tradition qui remonte au passé wallon. Il y a aussi un défilé folklorique, sans signification religieuse, avec des personnages géants.
Dans la basilique de Santa Maria de Elche en Espagne se tient également chaque année pendant les festivités en l'honneur de l'Assomption de la Vierge Marie une représentation théâtrale lyrique dans les diverses traditions qui sont construit par les apocryphes concernant l'Assomption de Marie. El Misteri d'Elx acquit la reconnaissance à tel point qu'en 1632 le pape Urbain VIII par une bulle dispensa la basilique Santa Maria de l'interdiction de jouer une représentation à l'intérieur des églises qui avait été acceptée par le Concile de Trente.
La fête de la Dormition orthodoxe est suivit 8 jours d'après fête, la célébration de l'octave qui n'existe plus dans le rituel catholique. La fête est aussi encadré et accentuée par trois fêtes en l'honneur de Jésus-Christ, connue sous le nom des «Trois fêtes du Sauveur au mois d'août ». Ce sont la procession de la Croix (1er août), la Transfiguration (6 août), et l'icône du Christ « pas faite  à la main » (16 août).
J'espère que cet article vous aura appris des choses utiles sur cette fête. Je consacrerai à mon retour à un article moins festif et plus prosaïque.
                                                                                                                                                                                                       Freyr1978

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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web designers 03/07/2014 10:51

The feat of Mother Mary is an auspicious occasion for Christians. It is the time that they will pour down their love and loyalty to her. Mother Mary's festival is celebrated with all respect in all parts of the world and we believers are indebted to her for her blessings.

Outrillo 06/08/2011 20:35



Je vous remercie beaucoup pour cet article passionnant et très documenté sur une célébration chère au coeur de beaucoup.



Fred 03/08/2011 22:21



Que la sainte vierge ,notre mère et mère de Dieu vous accompagnez durant vos vacances et vous aidez à passer des vacances reposant. 



paroissiens-progressistes 21/08/2011 20:36



Merci, Fred j'ai passé de bonnes vacances et nous revenons avec de nouveaux articles.