Les solutions à la crise du sacerdoce

Publié le 19 Juillet 2011

«Une Eglise sans prêtres ? Les scénarios catastrophes sont en train de se réaliser dans des pays comme la France, l’Allemagne, le Benelux... Même de vieux pays catholiques comme l’Italie ou l’Espagne sont touchés. Sans doute les Eglises du tiers-monde sont-elles plus riches en vocations, mais aussi plus fragiles.» C’est le constat d’Henri Tincq, qui suite à l'élection du pape Benoît XVI au conclave de 2005 avait établi une "liste d'objectifs" qui constitue en somme un résumé de ses conceptions, celle d'un certain catholicisme progressiste, généralement opposé aux mouvements intégriste auquel il estime notamment que le pape Benoît XVI fait trop de concessions. Il a parfois regretté que le Souverain Pontife maintienne certaines des positions habituelles de l'Église en matière de morale. Pour ces raisons, il est peu apprécié des milieux catholiques les plus conservateurs.

 

Tous les efforts faits pour former des laïcs (non-prêtres) et leur confier des responsabilités dans l’Eglise butent sur cette réalité : des besoins spirituels et sacramentels ne peuvent plus être remplis. Les assemblées sans prêtres, les funérailles de laïcs s’étendent. L’appel à des prêtres africains ou polonais n’est qu’un palliatif.

 

Suite à ce constat, il faut trouver des solutions et ne pas faire le bon vieux coup du c’est le manque de formation, c’est de la faute au monde sécularisé. Toujours les mêmes excuses qui nous mènent droit vers le mur. Dans certains pays, les entorses au célibat sont si nombreuses qu'on ne peut plus ignorer le problème. En Asie, en Amérique du Sud et en Afrique, nouveaux berceaux du dynamisme catholique, la situation devient telle qu'un évêque camerounais aurait dit à ses prêtres : «Puis-je vous demander de n'avoir qu'une seule femme ?» Partout, l'Eglise se trouve confrontée au problème, et la hiérarchie n'est pas en reste: en 1992, Mgr Casey, évêque de Galway (Irlande), donne sa démission et annonce sa paternité; en 1995, c'est le tour de Mgr Vogel, évêque de Bâle (Suisse); l'année suivante, Mgr Wright, évêque d'Oban (Ecosse), quitte son ministère en révélant qu'il est papa d'un adolescent de 15 ans. Plutôt favorables à l'assouplissement de la règle, les évêques océaniens, réunis en synode en 1998, ont réclamé à plusieurs reprises l'ouverture de débats sur l'ordination d'hommes mariés.

 

Dans sa biographie Le Pape aux deux visages, le jésuite et vaticaniste espagnol Pedro Miguel Lamet rapporte l'anecdote suivante : Karol Wojtyla, alors archevêque de Cracovie, aurait refusé à l'un de ses prêtres l'autorisation d'abandonner son ministère pour vivre avec sa compagne et leurs deux bébés, lui suggérant plutôt de quitter la femme et de confier les petits à une institution pour enfants abandonnés. Pas très évangélique cette décision.

 

«Le célibat des prêtres n'est pas un dogme mais une norme de discipline. L'Eglise peut réfléchir sur l'argument.» Ces propos furent tenus par le cardinal brésilien Claudio Hummes, archevêque de São Paulo, en 2006 dans le journal O Estado de São Paulo. Á la tête de la Congrégation pour le clergé de 2006 à 2010, le très stratégique ministère des prêtres dans le monde. Et le cardinal ne s'est pas limité à une réflexion théologique abstraite : «La crise des vocations est un défi auquel nous devons faire face. L'Eglise n'est pas une institution immobile, elle sait changer lorsque c'est nécessaire. Ce n'est pas une décision facile à prendre, mais l'Eglise doit en discuter.»


Il n'y a toutefois rien de révolutionnaire dans l'affirmation que le célibat des prêtres n'est pas un dogme. Certains apôtres étaient mariés et, pendant les premiers siècles du christianisme, la majorité des prêtres et évêques l'étaient. Le principe du célibat est affirmé pour la première fois en 306 après Jésus-Christ lors du concile d'Elvire. Mais, en 325, le concile de Nicée fait marche arrière en autorisant les prêtres mariés avant leur ordination à conserver leur épouse. Seule contrainte : éviter les rapports sexuels la veille d'une messe. Il faut attendre le concile du Latran (1123) pour que les prêtres cohabitant avec des femmes qui ne seraient ni leur sœur, ni leur mère, ni une servante «d'âge canonique» soient déchus de leur fonction sacerdotale.

 

Le célibat fut imposé au nom de la chasteté exaltée par les ordres monastiques. Aujourd'hui encore, seuls les membres de certaines congrégations - Franciscains, Jésuites, Dominicains, etc. - font vœu de chasteté. Alors que les prêtres du clergé ne sont contraints à l'abstinence que parce qu'ils ne sont pas mariés, au même titre que les célibataires, les divorcés ou les veufs. Mais en forçant les prêtres au célibat, l'Eglise avait également des préoccupations d'ordre social et économique. Rome voulait éviter que des évêques mariés ne servissent davantage les intérêts de leur descendance que ceux de l'Eglise.

 

La règle n'est pourtant pas intangible et, après le XIe siècle, le Vatican a émis de nombreuses dispenses. Ainsi, Pie VI accepta des prêtres qui s'étaient mariés durant la Révolution française. Plus récemment, Pie XII intégra des prêtres anglicans mariés qui s'étaient convertis au catholicisme.

 

Au cours des dernières décennies, l'Eglise semblait pourtant avoir durci sa position et aucun responsable n'évoquait plus le mariage des prêtres de peur d'être accusé de blasphème. Même tempérés par une mise au point selon laquelle «le célibat des prêtres n'est pas à l'ordre du jour». Dès 1971, un certain père Ratzinger écrivait bien : «Devant la pénurie de prêtres, on ne pourra pas éviter d'examiner avec sérénité la question de l'ordination d'hommes mariés.»


Pourtant les solutions à la crise du sacerdoce existent, on croule même sous les solutions. La fin de la règle du célibat serait une démarche audacieuse et réaliste. L’idée de l’ordination d’hommes mariés fait son chemin mais malheureusement, elle est freinée des quatre fers. Paul VI en avait dessaisi le Concile, estimant que l’affaire n’était pas mûre et redoutant que le seul fait d’ouvrir la discussion ne tarisse un peu plus les entrées au séminaire. Au synode des évêques de 1971, un texte avait même été voté, stipulant que "sauf le droit du souverain pontife, l’ordination sacerdotale d’hommes mariés n’est pas admise, même dans des cas particuliers". La demande d’ordination d’hommes mariés été reprise dans le cadre du Synode sur l’Eucharistie de 2005.

 

En 1994, le cardinal Kasper posait la question : «Ne faut-il pas ordonner ceux qui dirigent de facto la communauté et qui en ont la compétence ?» Dans une entrevue au journal Le Monde le 21 mai 2008, le cardinal Martini soutenait que faire venir des prêtres de l’étranger, d’Afrique ou d’Asie, n’est pas une solution. La solution se trouve plutôt dans l’accès au ministère ordonné, d’hommes mariés qui ont fait leurs preuves (virus probatus).

 

Quelques évêques sont intervenus. En 2003, l’évêque d’Edmundston, Mgr François Thibodeau demandait à ses diocésains : «Quelles personnes de votre milieu verriez-vous comme pouvant remplacer éventuellement un jour votre pasteur, ses coéquipiers, ses coéquipières ?» Récemment, l’évêque de Poitiers, Mgr Albert Rouet, insistait : «L’Église ne pourrait-elle pas appeler au ministère presbytéral des personnes mûres, responsables et riches d’une expérience de vie chrétienne ?». On trouve une position semblable dans le livre de Mgr Fritz Lobinger : «Qui ordonner? Vers une nouvelle figure de prêtres». Pour cet ancien évêque du diocèse d’Aliwal (Afrique du Sud) Il faut aller vers le type de prêtres suivants, qu’il qualifie de «corinthiens» : des hommes mariés, dotés d’une profession, et reconnus pour les services rendus au sein des communautés locales. Dans le manifeste de 143 théologiens germanophones intitulé "Eglise 2011 : un renouveau indispensable", le document réclame notamment l'accès aux ministères ecclésiaux pour les hommes mariés.

 

Une autre solution celui de l’ordination des femmes à la prêtrise. Le mouvement pour l’ordination des femmes dans l’Église catholique et l’ordination de facto de plusieurs d’entre elles comptent pour beaucoup dans la perception renouvelée des ministères qui se généralise présentement. La réaction quasi mondiale à la menace d’excommunication par Rome du père Bourgeois en 2011 montre à l’évidence qu’on est loin d’un phénomène marginal. Le manifeste "Eglise 2011 : un renouveau indispensable" réclame également l’accès au ministère ordonné des femmes. Mais la hiérarchie bloquera cette solution innovante, elle pourrait au moins offrir aux femmes le diaconat et le lectorat.

 

D’autres choisissent une solution mixte. La Fédération Internationale pour le Renouveau du Ministère catholique a tenu à Vienne, du 6 au 9 novembre 2008, un congrès qui prend en compte la sensibilité et les préoccupations qui s’expriment dans presque tous les pays occidentaux en ce moment. Deux membres du Groupe du Manifeste d’Ottawa y ont participé. Le rapport du congrès souligne que cette crise des ministères résulte de l’abus de pouvoir d’une autorité ecclésiastique qui a perdu la confiance des communautés chrétiennes. L’objectif fixé par les participants au congrès est de travailler à une redéfinition des ministères qui donne priorité au «peuple de Dieu» sur l’institution hiérarchique. La réponse aux besoins des communautés doit venir du choix par ces mêmes communautés, de  pasteurs compétents, hommes ou femmes, mariés ou célibataires, en lien étroit avec le vécu du milieu.

 

Et si la solution était les laïcs. La publication du document des Dominicains hollandais en 2007 : L’Église et le ministère. Vers une Église du futur est arrivée comme une pièce majeure dans le débat actuel. Le document pousse plus loin la problématique de l’enjeu lié aux ministères dans l’Église. Il questionne la position officielle de l’Église qui s’oppose de façon absolue à la célébration eucharistique en l’absence de prêtre ordonné. Le document fait état de la volonté des communautés chrétiennes de trouver une solution de rechange à la privation de prêtres. En l’absence de prêtres ordonnés, les communautés doivent être en mesure de se débrouiller seule. Elles sont habilitées à désigner la personne qui présidera la célébration eucharistique, tout en espérant que l’évêque procédera à l’ordination de la personne choisie.

 

Joseph Moingt, l’auteur de «Croire quand même» opte plus «pour une assemblée qui cherche Dieu par le lien social». En gros, des laïcs qui  se constituent en petites communautés autonomes pour leur ressourcement chrétien. C’est de la base laïque que l’auteur a l’espoir de voir repartir l’Église dans un style adapté aux «signes des temps».

 

Pour Mgr Martini, l’obligation du célibat des prêtres devrait être réservée à ceux qui en ont «la vraie vocation.» Pour Maurice Weitlauff, comme pour de nombreux théologiens et historiens, le célibat imposé n'a pas de justification religieuse. L'encyclopédie catholique Théo mentionne même que «le célibat des clercs n'est pas une exigence d'ordre divin», il est une «question de discipline interne à l'Eglise latine». Et le texte Presbyterorum ordines 16, rédigé à l'issue du concile Vatican II, précise que «le célibat n'est pas essentiel au sacerdoce». Jusqu'au deuxième concile du Latran, en 1139, qui a réaffirmé fermement le célibat obligatoire pour les prêtres, le clergé séculier se pliait mollement à cette règle fluctuante héritée du monachisme. La tradition est versatile... La preuve: Pierre en personne avait une épouse, 39 papes furent mariés, et certains coiffèrent même la tiare de père en fils.

 

Les solutions sont face à nous, mais ne prenons pas comme exemple les protestants qui connaissent aussi une baisse des vocations mais eux ont un clergé marié depuis longtemps. Si nous n’essayons pas ces solutions, alors l’Église sans prêtre sera une réalité, mais que voulez vous le Vatican croit que les anciennes recettes sont toujours les bonnes.

 

Merci !

Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Sacerdoce

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Fred 20/07/2011 00:15




Je suis désolé de vous l'apprendre mais aucune de ces propositions ne verra jamais le jour dans l'Eglise catholique romaine du Christ bâti sur Pierre : 




Ordonner les femmes :- c'est doctrinalement Impossible Jean Paul II a mis son infaillibilité en jeu .- c'est Traditionnellement impossible à la suite du Christ qui institua le sacrement de
l'ordre le jour de la cène en présence des apôtres  mais en l'absence des femmes disciple et pourtant présent à Jérusalem ,c’est traditionnellement
impossible à la suite des apôtres (pour une Eglise apostolique) qui conféra l'ordination uniquement aux hommes alors que les autres religions contemporaine avaient des prêtresses - C'est
pastoralement contre productif  en ordonnant les femmes on chasserait les hommes dans l'Eglise en faisant  ainsi des ensembles dominicale et eucharistique uniquement féminin - C'est oecumeniquement contre productif car les orthodoxes les seuls avec lesquels on
partage le sacrement de l'ordre n'envisagent ni de près ni de loin d'ordonner les femmes  .Bref ordonner les femmes c'est radicalement  Impossible 




Ordonner les hommes mariés c'est doctrinalement possible mais dans l’ordre de l’amour de c’est une marque de peu d’amour, de l’épouse à l’égard de l’époux qu’est le Christ. Les  apôtres pour montrer tout leur amour au christ ils durent  abandonner tous derrière eux : femmes, enfants,
maisons …alors pourquoi l’épouse en demanderait moins aujourd’hui à ces ministres au moment où elle traverse une des plus grande crise de son histoire ? Sans compte le fait que  la règle du célibat a au moins l’avantage de garantir plus ou moins qu’on n’ordonne que des hommes qui sont au moins disposés à donner vraiment leur vie.



Par conséquent sans vouloir faire du conservatisme borné, on est donc en droit de se demander si l’acceptation dans l’Église latine d’un clergé marié ne serait pas plus une régression qu’un
progrès.



Par ailleurs les  églises protestante, anglicane orthodoxes qui acceptent l’ordination des hommes mariés connaissent  autant la crise des vocations que l’Eglise catholique.



 En
enfin vous avez parlé d’ordonner des viri probati (des hommes   éprouvés) :Voici ce qu’en dit un
prêtre :




« C’est la question que se sont posée les pères du synode de 1971. Elle a apparemment tout pour séduire un évêque. Le principe du célibat n’est apparemment pas mis en question, simplement en
cas de besoin, il pourrait disposer d’une sorte de clergé auxiliaire fait de pères de famille stables d’un certain âge. De quoi desservir quelques églises de plus. On voit tout de même que c’est
le genre d’exception qui tend à abolir la norme.



Ensuite, tous ceux qui connaissent la vie paroissiale voient bien qui nous pourrions appeler à l’ordination sacerdotale, ceux qui aujourd’hui sont appelés au diaconat permanent. Je fais partie
des prêtres qui ne regrettent pas l’institution des diacres permanents. Toutes les questions théologiques ne sont pas été réglées, mais il est évident que là où les appels ont été judicieusement
discernés, cela donne de bons fruits. C’est un bien que l’Église redécouvre la grâce du diaconat, le sacrement du Christ serviteur. Je ne crois pas qu’il y ait de la place en même temps pour le
diaconat permanent et des viri probati prêtres, il faut savoir ce que l’on veut. Il ne faut pas non plus négliger les difficultés de la coexistence de deux clergés forcément
très différents, l’un célibataire, l’autre marié.



Enfin, c’est encore une question sur laquelle je reviendrai dans la deuxième partie, cette idée procède, me semble-t-il, d’une vision très superficielle et purement utilitariste du prêtre. C’est
une grande chose, la plus grande chose, que de célébrer la messe. Mais si on demande à des hommes de donner leur vie simplement pour qu’on ait la messe moins loin de chez soi, je ne suis pas sûr
qu’il y ait beaucoup de volontaires, surtout depuis qu’on a inventé la voiture. Si on réduit le prêtre à l’exercice de fonctions, à la commodité qu’il représente, nous aurons, au sens
étymologique du terme, des fonctionnaires. Non seulement il y aura peu de candidats, mais aussi nous ne comprendrons pas mieux le don de Dieu qu’est le sacerdoce ministériel. »
http://www.sacristains.fr/2010/03/30/vive-le-celibat-des-pretres-12-six-idees-fausses/




paroissiens-progressistes 20/07/2011 12:17



Fred,


Moi conservateur c'est une plaisanterie, je ne me borne pas à rester sur le célibat des prêtres, une invention du Moyen Âge pour des raisons économiques, qui n'a rien à voir avec l'amour de
l'Eglise.


Pour la prêtrise des femmes, regardez mieux ce que j'ai écris, je sais que c'est impossible, mais je demande pour elle le diaconat et le lectorat, elles y ont droit. Benoit XVI n'est pas
défavorable pour ces deux propositions. Cet oubli de votre part est dommage.


Paul ne dit-il pas que les apôtres et les frères de Jésus étaient toujours mariés (Corithiens 9,5). Donc Jésus n'imposait pas le célibat, d'ailleurs si on lit Matthieu 19, 12, pour lui le célibat
doit être un choix non une obligation.


D'ailleurs vous qui citez si souvent Benoit XVI, ce dernier n'est pas contre l'ordination d'hommes mariés, mais il a vu sa proposition refusée lors du synode des évêques de 2005, malgré quelques
expériences tentées en début de pontificat dont en  France.


Le diaconat permanent ne mène plus vers la prêtrise . La plupart des diacres sont mariés et je ne pense pas qu'ils ont prêt à abandonner une vie de couple heureuse. D'autres sont veufs mais ne
désirent pas devenir prêtres.


Beaucoup ne veulent plus devenir prêtre à cause du fait qu'il devront se renier en acceptant les propositions du pape sans critiquer.


Merci !