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Publié le 19 Mars 2011

Lors de sa mission en Haïti, mi-janvier, le cardinal guinéen Robert Sarah, président du Conseil pontifical Cor Unum, l’avait affirmé : «L’Église n’est ni une ONG ni une société philanthropique. Notre action doit être l’expression concrète de l’évangélisation.» Objet de sa préoccupation : Caritas Internationalis (CI). Le 15 février 2011, la Secrétairerie d’État avait manifesté son opposition au renouvellement, en mai prochain, du mandat de Lesley-Anne Knight à la tête de Caritas Internationalis.

 

Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’État du Saint-Siège, dans un message aux conférences épiscopales, avait alors insisté sur la nécessaire réaffirmation de l’identité catholique et ecclésiale de l’organisation caritative. Il se faisait l’écho du cardinal guinéen Robert Sarah, président du conseil pontifical «Cor Unum», autorité de tutelle de Caritas.

 

Caritas internationalis désigne en fait la structure internationale des 162 entités catholiques d’aide, de développement et de service social en faveur des pauvres, agissant dans plus de 200 pays. Soutenant 24 millions de personnes dans le monde, employant 440 000 salariés et 625 000 bénévoles, les 165 Caritas, fédérées à Rome par Caritas Internationalis, s’appuient chaque année sur des ressources, privées et publiques, de 5,5 milliards de dollars (3,9 milliards d’euros). En France, c’est le Secours catholique qui est affilié. Caritas, qui dépend du Saint-Siège, travaille sans distinction de religion, race, sexe, ou d’appartenance ethnique et constitue l’un des plus vastes réseaux humanitaires au monde. La première organisation Caritas est née à Fribourg, en Allemagne, en 1897. Très tôt, d’autres organisations nationales de Caritas ont été créées en Suisse (1901), en Autriche (1903), et aux États-Unis (Catholic Charities, 1910).

 

Le contentieux touche le caractère hybride de CI, à la fois ONG et organisme d’Église. Elle doit ainsi rendre compte à Rome, mais aussi à ses millions de donateurs privés, aux États qui, localement, attribuent des subventions, sans oublier les conférences épiscopales. Reste que des voix autorisées se font entendre, à Rome, pour souhaiter une identité catholique mieux affirmée des services rendus par l’Église à la société : éducation, santé, solidarité. Cette identité catholique de Caritas Internationalis a été bien affirmée par ses actes et le Vatican n’a pas le droit d’en douter.

 

Dans ce contexte, l’intervention, samedi 12 mars 2011 à Londres, du cardinal Peter Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix, devant la CAFOD, la Caritas britannique, n’est pas passée inaperçue. Le cardinal ghanéen, s’appuyant sur l’analyse de Benoît XVI dans l’encyclique Caritas in veritate, a resitué le travail de l’organisation caritative internationale dans le contexte de la «crise spirituelle» contemporaine. C’est précisément là que les actions de solidarité menées par Caritas Internationalis doivent manifester leur source évangélique et ecclésiale, explique-t-il : «Le témoignage de la charité du Christ, à travers les actions en faveur de la justice, de la paix et du développement, est partie intégrante de l’évangélisation, parce que Jésus-Christ, qui nous aime, est soucieux de l’intégralité de la personne. Ces enseignements importants sont à la base de l’aspect missionnaire de la doctrine sociale de l’Église, elle-même élément essentiel de l’évangélisation.» Avec beaucoup de finesse, Lesley Ann Knight, souligne qu’à travers Caritas : «Notre seule bannière, ce sont ceux qui ont besoin de nous. Tous ne sont pas chrétiens, mais tous nous intéressent, car ils sont aimés de Dieu.». Là, est l’enseignement du Christ.

 

Analysant plus précisément le statut «hybride» de Caritas Internationalis («à la fois ONG professionnelle et organisme d’Église»), le cardinal Turkson souligne que son action s’insère «dans un programme pastoral global (...) en référence au ministère du Christ ; ce qui signifie évangéliser, servir». Et il précise : «Comme pour les institutions ecclésiales éducatives, sociales ou hospitalières, le défi est : comment être catholique, ce qui signifie évangéliser, tout en étant responsable devant les États.» Enfin, reprenant explicitement les propos de son homologue de Cor Unum, le cardinal Sarah, il a insisté à son tour sur «le nécessaire lien entre évangélisation et charité.» Comme l’a dit Lesley Ann Knight, Caritas n’est pas là pour défendre l’agenda de l’Église, c’est le rôle du représentant du Saint-Siège à l’ONU. Elle doit rendre témoignage des plus démunis. La légitimité de cette organisation vient de cette structure, qui par nature donne la parole aux plus pauvres. Cela va droit dans le sens de ce qu’à dit Jésus : «Heureux, vous les pauvres, car le Royaume des cieux est à vous» (Luc 6,20). Je ne vois pas ici Jésus échanger la charité contre l’évangélisation.

 

«Pour nous, il est clair que nous avons toujours été une organisation qui évangélise, essentiellement par notre travail. Et nous sommes heureux de l’être», répond cependant Patrick Nicholson, porte-parole de Caritas Internationalis, pour qui «il n’y a pas d’éléments nouveaux dans l’intervention du cardinal Turkson nous laissant penser que nous devrions changer notre façon de travailler.»


Par ailleurs, la décision du Saint-Siège de ne pas renouveler le mandat de Lesley-Anne Knight continue à faire des remous au sein du réseau : ainsi, les 39 Caritas d’Asie se sont réunies la semaine dernière et ont écrit au secrétariat général de l’organisation pour souhaiter que l’actuelle directrice «continue à jouer un rôle essentiel au sein de Caritas Internationalis».

 

Je crois que le Vatican n’a pas compris le rôle de Caritas Internationalis. Cette organisation apporte l’aide aux plus vulnérables, sans distinction de race ou de religion, au nom des catholiques du monde entier. Ce n’est pas un outil d’évangélisation. Le Vatican aurait-il oublié cette note doctrinale sur l’évangélisation élaborée par la congrégation pour la doctrine de la foi le 14 décembre 2007 qui disait que «l’évangélisation avance par le dialogue, et non par prosélytisme.» Jésus n’avait-il pas dit : «prêtez sans attendre en retour» (Luc 6, 35). Donc, si l’Église attend quelque chose en retour de sa charité, elle ne fera pas ce qu’attend Jésus.

 

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Publié le 15 Mars 2011

Dans un article du site internet EDA - Église d’Asie du 8 mars 2011, le Curé de la paroisse de Nakamachi, dans la ville de Nagasaki, le P. Noshita Chitoshi, 74 ans, estime, pour sa part, que « l’effondrement d’une certaine Eglise, très structurée autour de la personne du curé, très hiérarchisée, est une bonne chose ». D’ici quelques années, l’Eglise risque bien de se retrouver sans prêtres ou presque.  

 

« Nous serons alors dans la même situation qu’au temps des persécutions. Et si l’Histoire doit nous enseigner quelque chose, c’est bien que l’Eglise n’a pas disparu malgré les persécutions, mais que, affaiblie, transformée, elle a su repartir sur des bases nouvelles », analyse le prêtre, qui ajoute : «Ce qui se passe actuellement est un signe des temps que Dieu nous adresse. Saint Paul a fondé des communautés chrétiennes qui ont disparu, mais le christianisme s'est répandu dans le monde.»


Cela vient démentir ce que dit Peter Seewald, le biographe de Benoit XVI, qui n’est pas à sa première bourde, quand il explique qu’il n’y pas de manque de prêtres. Alors il devrait sans doute porter des lunettes pour ne pas avoir remarqué ce manque de prêtres. En effet, assure-t-il, si l’on rapporte le nombre de prêtres à celui des fidèles qui vont régulièrement à la messe, le ratio est plutôt meilleur qu’avant. Ce n’est pas mon avis. Financièrement parlant pour lui, un surplus de prêtres serait même préjudiciable à l’Eglise. Ce qui est préjudiciable c’est que l’Église est incapable de voir que si elle ne change pas, alors elle perdra tout.

 

Une belle réflexion du P. Noshita Chitoshi à méditer pour l’avenir de l’Eglise.

 

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Publié le 10 Mars 2011

Le pape Benoît XVI avait appelé le lundi 24 janvier 2010 tous les chrétiens à une "nouvelle évangélisation" en concluant, lors de vêpres à la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, à Rome, la semaine de prières pour l'unité des chrétiens. "Dans un monde marqué par l'indifférence religieuse et même par une aversion croissante envers la foi chrétienne, une nouvelle et intense activité d'évangélisation est nécessaire", a dit le pape dans son homélie. Ceci doit être fait" non seulement parmi les peuples qui n'ont jamais connu l'Evangile" mais aussi là où "le christianisme s'est diffusé et fait partie de l'histoire" du pays, a-t-il précisé.

 

Pour Benoît XVI, catholiques, protestants, anglicans et orthodoxes peuvent offrir "un témoignage commun" sur des thèmes tels que "le début et la fin de la vie (avortement et euthanasie, ndlr), les limites de la science et de la technologie, le dialogue avec les autres religions". Benoît XVI a également cité "la sauvegarde de la création (l'environnement ndlr), la promotion du bien commun et de la paix, la défense du caractère central de la personne humaine, les efforts pour vaincre les malheurs de notre époque comme la faim, l'indigence, l'analphabétisme et la répartition inéquitable des richesses".

 

Les «méthodes» de cette nouvelle évangélisation nous sont données par le journal La Croix du 5 novembre 2010 et ce sont les suivantes : la primauté du spirituel, de la rencontre avec le Christ à travers groupes de louanges ou écoles de prière, mais aussi par le renouveau de pratiques qui ont été délaissées quelque temps : processions, pèlerinages, adoration eucharistique...; parallèlement, le recours à des temps forts chaleureux et festifs; une annonce publique de l'Évangile, recentrée sur son noyau fondamental, le kérygme; l'utilisation d'outils de communication et de formation; la promotion de figures de sainteté contemporaines; l'attention simultanée aux questions sociales (défense des personnes en difficulté) et éthiques (défense de la vie).

 

Pour cela Benoit XVI a créé le conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation qui a notamment pour tâche de promouvoir le Catéchisme de l'Eglise catholique promulgué par Jean-Paul II le 11 octobre 1992. Le premier président du nouveau Conseil pontifical pour la Nouvelle évangélisation, Mgr Rino Fisichella, naguère président de l'Académie pontificale pour la Vie, avait présenté le mardi 12 octobre  2010 à la presse, au Vatican, le motu proprio de Benoît XVI «Ubicumque et Semper» sur l'institution de ce dicastère. Rappelons que la date du 11 octobre 1992 souligne ce lien avec le concile ouvert par Jean XXIII trente ans plus tôt, le 11 octobre 1962 : Mgr Fisichella a souligné que dans un an, on fêtera les 20 ans de ce Catéchisme. Le 28 juin 2005, un Compendium de ce catéchisme a été promulgué par Benoît XVI. Et la tâche du nouveau dicastère devra être soutenue par l'utilisation de «toutes les formes que le progrès de la communication propose» aujourd'hui. Pour Mgr Fisichella, la Nouvelle évangélisation a suscité «une profonde réflexion de la part du Magistère» et elle constitue «un grand défi pour l'Eglise tout entière». Car l'Eglise doit maintenant «trouver les formes adaptées» pour le renouveau de l'annonce de l'Evangile aux «nombreux baptisés qui ne perçoivent plus leur appartenance à la communauté chrétienne», qui «sont victimes du subjectivisme ambiant ou d'un enfermement dans un individualisme privé de responsabilité». Il souligne que la lettre de Benoit XVI «concerne principalement les Eglises d'ancienne tradition» chrétienne qui ont «besoin d'un nouvel élan missionnaire» pour «répondre aux interrogations de notre temps». Je crois que ce n’est pas en faisant une nouvelle évangélisation que nous répondrons aux interrogations de notre temps mais en étant là pour rendre l’espoir aux gens qui souffrent sans pour autant les convertir et en n’imposant pas notre vue aux autres.

 

La nouvelle évangélisation est confirmé par les Lineamenta du prochain synode des évêques ont été présentés le vendredi 04 mars 2011 dans la salle de presse du Saint-Siège. La 13ème assemblée synodale ordinaire se réunira autour du Pape du 7 au 28 octobre 2012 sur le thème de la « nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ». Ce document préparatoire d'une soixantaine de pages veut dresser un diagnostic de la situation dans les Eglises, afin de "tracer des manières et des expressions inédites de la Bonne Nouvelle à transmettre à l’Homme d’aujourd’hui, avec un nouvel enthousiasme". En bref, un document qui rappelle les grands défis de la transmission de la foi dans un monde en pleine mutation. Pour Mgr Nikola Eterovic, secrétaire général de l'assemblée du synode des évêques qui a présenté ce document, cette nouvelle évangélisation concerne autant les non-croyants que les baptisés qui se sont éloignés de la foi. Ces lineamenta seront remis aux Synodes des évêques des Eglises orientales catholiques, aux Conférences épiscopales, aux dicastères de la Curie romaine et à l’Union des supérieurs généraux. Les réponses aux questions formulées dans le document seront à renvoyer avant le 1er novembre 2011. Elles permettront au Synode des évêques de rédiger l'Instrumentum Laboris (l'instrument de travail) de ce synode.

 

Le document parle de «l'urgence» de susciter un «nouvel enthousiasme», d'«opération de revitalisation» pour donner la «priorité de l'évangélisation» et d'une «centralité absolue du devoir d'évangéliser». Le Vatican n'hésite plus à mettre l'accent sur le «radicalisme évangélique» et sur le fait de «proclamer explicitement l'Évangile (…) en appelant à la conversion». Une «Église évangélisante» donc, orientée en particulier vers les jeunes qui sont à la «demande d'expérience spirituelle», et vers les adultes «à la recherche de Dieu.» Le texte dénonce une «mentalité du statu quo» qui semble prévaloir aujourd'hui chez certains clercs et théologiens pour qui le temps n'est plus à la recherche explicite de nouveaux fidèles mais au témoignage gratuit. «Certains, observe le document, pensent que la “nouvelle évangélisation” couvre ou cache l'intention de nouvelles actions de prosélytisme de la part de l'Église, en particulier à l'égard des autres fois chrétiennes.» L’erreur est ici de mettre au second plan le témoignage, car c’est à travers ses expériences personnelles et en vivant dans la société que nous faisons ce que veut le Christ et que les fidèles sont fortifiés dans la foi par ces hommes d’expérience. La solution adoptée ici ressemble au prosélytisme, méthode qu'utilisent les protestants évangéliques et qui commence à perdre son souffle, à force d’harceler les gens, ils les ont dégoûtés de la religion chrétienne comme on le voit en Corée du Sud et en Algérie et il serait malheureux d'en arriver là.

 

La nouvelle évangélisation donc ne me convainc guère. D’autant plus que l’Église en Corée du Sud semble nous montrer la voie à suivre, c’est-à-dire convertir par l’exemple. L’Église là-bas sait faire entendre sa voix de façon positive : des messes sont ainsi célébrées quotidiennement à Yongsan, le quartier voué à la reconstruction. D’autres ont été organisées sur les sites de construction des projets controversés. De nombreux prêtres se sont joints aux manifestations des bouddhistes coréens qui ont accusé Lee Myung-bak, protestant fervent, de favoriser les communautés protestantes au détriment des autres confessions car cela pouvait menacer la paix des religions. Plus généralement, si l’Église parvient à faire entendre sa voix au-delà de la communauté catholique (5 millions de Sud-Coréens, soit 10% de la population), c’est grâce à la légitimité acquise lors de la lutte contre les dictatures, mais aussi «grâce aux nombreuses actions sociales menées par les catholiques sur le terrain», estime le P. Michel Roncin, prêtre des Missions étrangères de Paris, qui vit en Corée depuis plus de trente ans. Une aide discrète, sans publicité : «L’Église est très présente dans les quartiers, auprès des pauvres de chaque secteur. Elle touche un nombre considérable de personne», précise le P. Michel.

 

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Publié le 4 Mars 2011

111913870 referenceLe Dimanche 13 février 2011, une vingtaine d'évêques ont entouré Mgr Rouet, archevêque de Poitiers, pour rendre grâce de 17 années d'épiscopat. Mgr Pascal Wintzer, évêque auxiliaire, a été nommé administrateur apostolique. 3000 personnes ont pris part à la célébration d'au revoir de l'archevêque de Poitiers, Mgr Albert Rouet. Son œuvre marquera les esprits.

 

Né le 28 janvier 1936 à Thenay (Indre), Mgr Albert Rouet a été ordonné prêtre en 1963 pour le diocèse de Paris. Durant la guerre d’Algérie, il fut affecté, trente mois durant, au service des «affaires indigènes». Il s’est dit marqué à tout jamais par la mort d’un enfant qu’il avait contribué à sauver quelques jours avant. Il fut nommé vicaire général du diocèse de Paris en 1983, puis évêque auxiliaire en 1986. Nommé évêque de Poitiers en 1994, il en était l’archevêque depuis 2002.

 

Président de la Commission sociale de l’épiscopat de 1991 à 1997, il s’est invité à de multiples reprises dans le débat public, s’illustrant par des prises de position vigoureuses sur le chômage, le logement ou la drogue, voire à contrecourant de l’institution, sur le préservatif par exemple. Un homme au verbe courageux qui a su parler devant la lâcheté de certains de nos évêques.

 

«Les périodes de rigidité sont toujours des périodes d’insignifiance, écrit-il dans la préface de J’aimerais vous dire. Car la rigidité n’a de sens que pour ceux qui y participent et qui s’enferment de plus en plus dans des tourelles, dans des murailles, des forteresses et, par conséquent, s’éloignent – et s’éloignent d’une façon qui juge – de tous ceux qui ne partagent pas cette dureté. Il me paraît important de dire que c’est une impasse.»


De tels propos ne lui assurent pas que des amitiés dans les milieux d’Église. Dans son diocèse, ses relations avec les jeunes prêtres plus classiques et réactionnaires ont provoqué de vives tensions, dont l’écho est parvenu jusqu’au Vatican où il s’est fait beaucoup d’ennemis. Certains ont même quitté Poitiers, ce qui n’est pas une perte. Ses détracteurs voient en lui la figure par excellence de «l’évêque progressiste», marqué par l’idéologie des années 1970, une attaque qui au moins montre la hauteur de ses propos comparé à certains. Au sein de l’épiscopat français, sa stature intellectuelle et son franc-parler lui ont toujours fait occuper une place singulière, voire marginale au fil du temps. Lui au moins avait le courage de dire ce qui n’allait pas.

 

On l'avait vu, en 2003, quitter avec éclat une séance de l'assemblée des évêques, à Lourdes, pour dénoncer le «dogmatisme» et l'image d'une «religion d’ordre moral» donnée par une frange active du catholicisme. Ce qui inquiète Mgr Rouet, c'est la propension de l'Église à se replier sur elle-même et à cultiver «le goût du nombre». C'est son incapacité à trouver un langage qui soit compris par nos contemporains. C'est sa tendance à la «cléricalisation» alors qu'il faudrait valoriser le rôle des laïcs. «La question n’est pas de savoir qui vient à l’église, mais vers qui l’Église va», résume-t-il. Mgr Rouet demande donc que l'on en revienne aux fondamentaux, «à des attitudes radicalement premières : nourrir le pauvre, vivre la pauvreté soi-même, être au service des autres et marcher humblement à la suite de Dieu».Mais jamais il ne se situe en opposition à cette Église qu'il aime envers et contre tout. Mgr Rouet revendique ainsi sa filiation spirituelle avec saint Hilaire, père de l'Église, ancien et illustre prédécesseur sur le siège épiscopal de Poitiers. Ses propos ont toujours été enracinés dans les Écritures et la Tradition.

 

Depuis 1995, Mgr Albert Rouet a ouvert la porte à l'inventivité dans le diocèse de Poitiers pour promouvoir une Église de communion dans le sillage du concile Vatican II. Une autre structure doit se mettre en place qui évite la centralisation et invente d'autres modalités d'exercice du ministère presbytéral. Il met en place une révolution copernicienne, celle de passer de laïcs aides d'un prêtre autour duquel tout tourne, des communautés locales responsables, constituées d'une équipe de base animatrice de cinq délégués pastoraux laïcs pour cinq fonctions – annonce de la Parole, prière, charité, finance et coordination –, avec un prêtre. Il avait su sortir de la structure traditionnelle pour apporter un renouveau à l’Église. La paroisse aussi doit changer de forme quand son organisation joue à guichets fermés et les regroupements de paroisses réunissent que des convaincus en un point géographique mais retirent à d'autres localités les forces dont elles ont besoin pour tenir. Bref, il faut préparer l'avenir en quittant les modèles qui sont aujourd’hui intenables.

 

A l’occasion de son départ, Mgr Rouet publie «Vous avez fait de moi un évêque heureux» (Ed. de l'Atelier), une invitation à « imaginer une présence chrétienne qui fasse signe et sens dans la société actuelle». «Le Christ ne nous demande pas de faire du nombre, mais d'avoir du goût, d'être le sel de la terre», rappelle-t-il. Il renvient sur la mission de l'évêque : permettre « à des chrétiens, tels qu'ils sont, d'être les canaux par lesquels la bonté de l'Évangile passe dans la commune, dans le quartier». Son souci a été de faire en sorte que les chrétiens «soient reliés à tous les efforts par lesquels des hommes tentent d'être un peu mieux humains», un «défi» relevé à travers les mouvements apostoliques, les services et les communautés locales. «Il fallait rendre savoureuse la vie chrétienne. Cela était et reste encore une urgence considérable» souligne-t-il.

 

Alors bonne retraite à cet homme courageux qui a su parler face aux dérives de l’Église qui ne sait qu’écouter aujourd’hui une minorité dont l’esprit est tout sauf évangélique. Mais croyons en ces paroles de Pascal Wintzer, l'évêque auxiliaire de Poitiers : «Albert Rouet n'est pas né en arrivant à Poitiers, donc il ne meurt pas en partant, il reste un évêque.». Qui sait une fois à la retraite, il aura la même liberté de ton que cardinal Carlo Maria Martini. Mais de mauvais signes s’annoncent et nous verrons sans doute le Vatican détruire son œuvre pour imposer leur vision de l’Église qui n’est pas la mienne.

 

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Publié le 26 Février 2011

Ce lundi l'archevêque de Dublin, Diarmud Martin, qui a ouvert les archives de l'Eglise à la justice irlandaise et souhaité que les prêtres pédophiles répondent de leurs actes, et le cardinal américain O'Malley, archevêque de Boston ont lavé les pieds de huit victimes d'abus sexuels à la manière du Christ lors de son dernier repas.

 

C'est après avoir écouté les rapports gouvernementaux qui décrivent les horreurs subies par les victimes de pédophilie, que les deux prélats ont fait ce geste, en signe de pénitence.

 

"Nous voulons faire partie d'une Eglise qui place les victimes à la première place - au dessus des questions d'intérêts propres, de réputation ou d'institution" a déclaré O'Malley chargé par le pape d'accompagner la réponse aux abus sexuels en Irlande et dont on connaît la sévérité en matière de pédophilie.

 

Ici, l'Eglise a une autre image, celle de l'Eglise servante et qui sait reconnaître ses erreurs, comme l'avait souhaité Jean-Paul 1er.

 

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