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Publié le 2 Mai 2011

J'écris cet article afin de vous en apprendre plus sur la solennité, la plus importante du Christianisme, la fête de Pâques. Je le sais avec un peu de retard, mais qui s'avère justifier vu la difficulté que j'ai eut à le rédiger.
 
« Pâque » vient du grec paskha, une traduction de l'hébreu Pessah, qui voulait dire «passage », qui désignait la fête institué par Moïse lors de la dixième plaie d'Égypte (la mort des premiers nés), qui devint le symbole de la libération du peuple d'Israël de l'esclavage. Elle avait lieu tous les ans le 14 nisân, et c'est au cours de celle-ci que Jésus trouva la mort justement un vendredi 14 nisân.
Cette fête n'avait donc rien à voir avec celle actuelle, et émergea de la croyance au relèvement de Jésus d'entre les morts. Mais les faits sont difficiles à déméler du fait qu'on n'ait pas de sources autres que chrétiennes à ce sujet.
 
D'abord, notre plus ancien témoin, Paul de Tarse, dans 1 Corinthiens 15, 5-8, daté de 55 :
« ... il est apparu à Céphas, puis aux Douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois - la plupart d'entre eux demeurent jusqu'à présent et quelques-uns se sont endormis ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. Et, en tout dernier lieu, il m'est apparu à moi aussi, comme à l'avorton. »
Celui-ci, suite au concile de Jérusalem et au scandale d'Antioche, qui eurent lieu entre 49 et 52, est de plus en plus isolé et en froid avec l'évêque de Jérusalem, frère de Jésus, et donc fait figurer son groupe derrière celui de Pierre et des Douze. Jésus ici «apparaît » sans plus de précision dans ce qui était peut-être à l'origine un kérygme, la profession de foi fondamentale des premiers chrétiens, où c'était le témoignage de ceux qui avaient connus Jésus qui prévalait.
Ce que l'on retrouve dans le Kérygme de Pierre, le jour de la Pentecôte (Actes 2, 32), ainsi : « Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité, ce dont nous, nous sommes tous témoins. » Qui revient comme un leitmotiv dans cette œuvre. Ce qui importe c'est ici le témoignage personnel.
Mais une base bien maigre pour comprendre comment est née la croyance au fait que Jésus s'était relevé des morts. Il faut donc aller puiser les informations qui nous manquent dans les évangiles et quelques apocryphes, qui nous permettrons de reconstituer les récits primitifs d'apparition.
Le premier concerne les femmes, probablement proches de la famille de Jésus puisqu'il les envoie vers ses « frères », qui sont peut-être allés faire terminer les rites d'inhumations interdits lors du sabbat, jour chômé, en tant qu'intermédiaires entre le Sanhédrin et la famille de Jésus, qui par prudence, rester discrets :
« Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller oindre le corps, le soleil s'étant levé. Étant entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d'une robe blanche, et elles furent saisies de stupeur. Mais il leur dit : " Ne vous effrayez pas. C'est Jésus le Nazarénien que vous cherchez, le Crucifié : il est ressuscité, il n'est pas ici. Voici le lieu où on l'avait mis ". Elles sortirent et voici qu'un homme vint à leur rencontre : " Je vous salue ", dit-il. Et elles de s'approcher et d'étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. Alors il leur dit : " Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu'ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. " »
Un texte court en deux temps : tombe vide avec un jeune homme, probablement un ange (la tenue blanche), qui fait une annonce, confirmé peu après par l'apparition d'un homme, qui, dans ces deux détails, se comporte comme un résistant entré en clandestinité, comme le montre le fait qu'il soit désigné comme un « homme », et qui appelle ses « frères » à partir loin du danger de Jérusalem, et du préfet Ponce Pilate, pour se réfugier en Galilée, où ils ont de meilleures bases. Les femmes deviennent ses premiers témoins, mais peu fiables, car les femmes, à l'époque, ne pouvait témoigner devant un tribunal, à part quelques exceptions au niveau de la dot par exemple, comme le prouvent la fin du récit : « A leur retour du tombeau, elles rapportèrent tout cela à ses frères, mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas.
Quelques-uns des leurs furent au tombeau et trouvèrent les choses tout comme les femmes avaient dit. »
Cette vérification démontre le peu de crédit accordé à ces dernières, mais a pu travailler la psychologie des frères de Jésus. Si on suit l'annexe de Marc, un autre élément entre en jeu : ces derniers ont aussi du mal à se remettre du choc de la crucifixion de Jésus, car « ils étaient dans le deuil et les larmes ». L'évangile de Pierre, montre également que le choc fut très dur pour les Douze, eux qui avaient abandonné Jésus : « C'était le jour des Azymes, et beaucoup s'en retournaient chez eux, la fête étant finie. Nous les douze disciples du Seigneur, nous pleurions, nous étions dans le désarroi. Et chacun, consterné par ces évènements, rentra chez lui. »
Les frères de Jésus semblent avoir fait de même, tel que le montre l'épisode des disciples d'Emmaüs :
« Et voici que deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. » C'est à ce moment qu'eux aussi rencontre un homme : « Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, qu'un homme s'approcha, et il faisait route avec eux ; Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. Mais ils le pressèrent en disant : " Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. " Il entra donc pour rester avec eux. Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna, et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. A cette heure même, ils partirent et s'en (vinrent à Nazareth). Ils trouvèrent réunis leurs compagnons, qui dirent : " C'est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! "Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. »
Jésus est encore vu dans ce texte comme un résistant, entré en clandestinité, il apparaît comme un « homme » et ne sera reconnu que par la fraction du pain, nom que l'on donné dans les Actes des Apôtres à l'Eucharistie. Ce sont des témoins plus fiables que les femmes d'un point de vue légal juif, et ils sont au nombre recommandé par la loi juive. Il se peut que parmi ces deux disciples se trouvait Jacques, le frère de Jésus, car d'après 1 Corinthiens 15, 7 il a été bénéficiaire d'une apparition. Celle-ci se serait déroulée, d'après l'évangile des Hébreux, lors d'un repas. De plus, il y a un troisième témoin, un cousin de Jésus, Simon, le fils de Clopas, peut-être le Cléophas de l'évangile de Luc. Mais, malgré tout, d'après l'annexe de Marc, d'autres, probablement ici les Douze, plus circonspects, ne crurent pas les frères de Jésus : « Et ceux-là revinrent l'annoncer aux autres, mais on ne les crut pas non plus. » Et ils retournèrent à leurs occupations, mais on a que des détails pour que quatre des disciples, qui était entrepreneur de pêche, la taille du bateau semble le démontrer, car dans l'évangile de Jean, il peut accueillir 7 personnes :
« Simon Pierre et André son frère, et les fils de Zébédée, montèrent dans le bateau et, cette nuit-là, ils ne prirent rien.
C'est à l'occasion d'une expédition de pêche qu'il assiste à une apparition de Jésus :
Or, le matin déjà venu, un homme se tint sur le rivage. Il leur dit : " Jetez le filet à droite du bateau et vous trouverez. " Et l'ayant fait, ils n'avaient plus la force de le tirer, tant il était plein de poissons. Ils vinrent avec la barque, traînant le filet de poissons. A cette vue, Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant : " Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! " Mais Jésus dit à Simon : " Sois sans crainte ; désormais ce sont des hommes que tu prendras. " »
Pierre joue ici un grand rôle, et d'après Paul de Tarse aurait un des premiers bénéficiaires d'une apparition de Jésus. Est-ce cette dernière ? C'est assez difficile de le dire. Jésus pratique ici encore la méthode de la clandestinité, désigné comme un « homme » et qui se fait reconnaître par le geste de la pêche miraculeuse. L'objectif de cette apparition est de réactiver son mouvement messianique, le « désormais ce sont des hommes que tu prendras » en est révélateur, ainsi que l'appel à ses frères à retourner en Galilée, car ce ne pourra pas être le cas que dans un territoire où il reste des partisans. Mais cette organisation prendra un ou deux ans à se mettre en place, jusqu'à l'Ascension, où Jésus disparaît au milieux d'eux, donc retourne à la meilleure des clandestinités, celle à la droite du trône de Dieu, d'où il reviendra juger les vivants et les morts, à l'image du Fils de l'homme de Daniel 7, 13-14, et la Pentecôte, où les disciples, organisés par Jésus autour de deux groupes, les frères de Jésus et les Douze, relancent le mouvement messianique des nazoréens par l'annonce du Kérygme de Pierre, alors que les autorités juives et romaines le croyaient éteints.
Peut-être est-ce l'historien juif Flavius Josèphe qui a le mieux expliqué, d'un point de vue rationnel, l'état d'esprit des disciples, dans ses Antiquités Judaïques, datant de 93 : « Et quand Pilate, sur la dénonciation des premiers parmi nous le condamna à la croix, ceux qui l'avaient aimé précédemment ne cessèrent pas. » Le philosophe grec Celse, cite de manière plus polémique, dans son Discours Véritable sur les Chrétiens (178), d'autres éléments au sujet de Pierre et de Marie de Magdala, qui selon lui aurait été les initiateurs de cette croyance : « Mais qui a vu tout cela ? Une femme en transports, à ce que vous avouez vous-mêmes, et quelqu'autre ensorcelé de la même sorte, soit que le prétendu témoin ait rêvé ce que lui suggérait son esprit troublé; soit que son imagination abusée ait donné corps à ses désirs, comme il arrive si souvent; soit plutôt qu'il ait voulu frapper l'esprit des hommes par un récit si merveilleux et, au prix de cette imposture, fournir une matière à ses confrères en charlatanisme. » Le charlatanisme évoqué ici l'est sous une autre forme par le Juif Tryphon dans le Dialogue avec Tryphon de Justin de Naplouse : « Vous  avez élu des hommes de votre choix, vous les avez envoyés sur toute la terre prêcher qu'une hérésie impie, inique s'était levée par l'erreur d'un certain Jésus, galiléen: nous l'avions crucifié, disaient-ils, mais ses disciples, pendant la nuit, l'ont dérobé au tombeau dans lequel on l'avait placé. » Qui est une reprise de l'argument le plus ancien contre la Résurrection de Jésus, que l'on trouve déjà dans l'évangile de Matthieu, rédigé entre 80 et 90 : «" Vous direz ceci : " Ses disciples sont venus de nuit et l'ont dérobé..." ",... et cette histoire s'est colportée parmi les Juifs jusqu'à ce jour. »
Mais le Kérygme de l'église primitif ne prêche pas en faveur d'une hallucination collective ou d'une supercherie, car comme le dira, Paul de Tarse dans 1Corinthiens 15, 14, dans un univers où cette croyance n'allait pas de soit : «... si le Christ n'est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. » Car les disciples et les apôtres au sens large sont persuadés qu'il leur est apparut après sa mort, ils en étaient tous témoins, comme le dira Paul de Tarse en 1 Corinthiens 15, 11 : « Bref, eux ou moi, voilà ce que nous prêchons. Et voilà ce que vous avez cru. » L'historien ne peut donc aller au-delà du fait que les disciples de Jésus avait la croyance que Jésus était bien ressuscité et qu'il en avait été témoin. On ne peut donc que supposer au-delà, tel que je m'y suis essayé.
 
Mais à l'époque, il n'y avait pas de célébration de la Pâque. C'était une sorte de repas communautaire, appelé la fraction du pain (Actes, 2,42. 46 ; 20, 7, 11.35) qui commençait lorsque le célébrant rompait le pain et était suivit de prières, et peut-être d'une prédication, tel qu'on peut le voir dans Actes 20, 11. Il est possible que ce repas ait été le repas du seigneur (1 Corinthiens 11, 20) comme l'appelait Paul de Tarse, qui est l'équivalent de notre eucharistie, avec la bénédiction du pain et du vin, voire dans les communautés judéo-chrétiennes d'une coupe initiale et finale et au milieu du pain, tout comme dans le repas pascal juif, le Seder (Didaché, 9-10), pour lequel Jésus avait dit : « faites-le en mémoire de moi. » (11, 24, 25.) Pour Paul, « Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. » (11, 26). Ce qui explique que ce repas se déroulait « le premier jour de la semaine », d'après Actes 20, 7, « le jour dominical du Seigneur » de la Didaché. Ce n'était pas un rituel organisé, du moins pas avant le IIe siècle. Quand Justin de Naplouse écrit son Apologie en 150, le rituel eucharistique prend forme et se passe toujours « Le jour qu'on appelle le jour du soleil » (dimanche) : réunion dans un lieu commun, lecture des Mémoires des apôtres (évangiles) et des écrits du prophète, commentaires de celui qui préside, prières, baiser de paix, eucharistie, réponse par l'acclamation Amen, distribution du pain par les diacres, qui le porteront ensuite aux absents. Un rituel qui, comme le précédent, garde un fort aspect rituel juif : le genre littéraire de la prière eucharistique est celui de la berakah juive issue de l'Ancien Testament, prière de louange des mirabilia Dei. Mais ses intentions avaient évolués depuis Paul de Tarse : « Nous nous assemblons tous le jour du soleil, parce que c'est le premier jour, où Dieu, tirant la matière des ténèbres, créa le monde, et que, ce même jour, Jésus-Christ notre Sauveur ressuscita des morts. » Ce rituel fut le seul connut en Occident jusqu'au pontificat de Soter (164-166).

C'est en effet, en Orient qu'est né la fête de Pâques. La première allusion est indirecte car elle nous vient d'une source de seconde main, l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée, écrite entre 290 et 300. Elle provient d'un conflit qui opposa le pape Anicet (155-166) à Polycarpe, évêque de Smyrne en 157. On ne connaît pas le déroulement des célébrations pascales, si ce n'est leur date, le même jour que la célébration du repas pascal juif, le Seder c'est à dire le quatorzième jour de la lune du mois de Nisan, « au coucher du soleil » (Lévitique 23,5), jour de la mort de Jésus à un moment où la passion de Jésus n'était pas célébrée à une date différente de sa résurrection, mais constituait en fait l'élément essentiel du mémorial. Celle-ci est peut-être supposée par Méliton, évêque de Sardes, en Asie Mineure, dans son homélie pascale, vers 170, qui est une des deux sources d'époque faisant pour la première fois mention de la Pâques, qui met en valeur les souffrances du Christ, comparé à l'agneau pascal. La tradition d'Asie Mineure faisait d'ailleurs dériver le terme de Pâques de paschein, souffrir. Les premières informations qu'on a de la célébration pascale se situent dans la Lettre des Apôtres, un apocryphe, écrit en Asie mineure ou en Egypte entre 160 et 170. Celle-ci reste très proche de celui de la Pâque juive, avec le début de la fête dans la soirée, dans une veille, comme dans le seder juif, mais à jeûne, suivit après le chant du coq, de la bénédiction du pain et du vin, puis d'un repas fraternel, un agape. Le jeûne lors de la veillée, inconnu des célébrations eucharistiques, atteste sans doute cette mise en relation de la fête de Pâques avec la souffrance de Jésus, dans des communautés où c'était l'enseignement de Paul de Tarse, leur fondateur, qui avait prévalu. L'homélie pascale de Méliton de Sardes semble indiquer qu'à cette occasion, on lisait également une homélie, mais rien n'est indiqué à ce sujet dans la Lettre des Apôtres. Elle indique aussi un profond antijudaïsme au sein des communautés d'Asie Mineure, qui peut expliquer l'éloignement qui se fera jour avec une fête de Pâques à la même date que les Juifs. N'est-ce pas également pour cette raison que les Eglises d'Occident mirent du temps à accepter cette fête.

En effet, Rome, au temps du pape Anicet et de Justin semble ne pas connaître cette fête. Elle n'est d'ailleurs pas mentionnée dans l'Apologie de ce dernier, daté de 150. C'était l'Eucharistie, tous les dimanches, qui tenait ce rôle. En 157, Polycarpe, évêque de Smyrne vient à Rome tenter de convaincre le pape Anicet d'adopter la fête de Pâques mais il ne réussit pas à convaincre ce dernier. Ce qui n'empêcha nullement les deux hommes de conserver de très bonnes relations, en restant en communion.
C'est probablement Soter, pape de 164 à 166, qui introduira la fête à Rome, mais on ne connaît pas les détails de cette dernière, qui se fêtait le 14 nisân probablement. En 195, un concile présidé par Narcisse, évêque de Jérusalem, avec Théophile, évêque de Césarée, qui décida plutôt de célébrer la Pâques, un dimanche, jour de la Résurrection de Jésus, soit lorsqu'il tombé le 14 nisân, soit le suivant lorsqu'il ne tombait pas le 14, et divers synodes, à Rome en particulier mais aussi en Palestine, en Égypte, en Grèce, en Gaule, suivirent cet exemple. Mais cette généralisation ne toucha pas l'Asie Mineure. Le pape Victor Ier fut donc très surpris que des églises minoritaires, continuent à fêter la Pâque à une autre date, et entreprit d'imposer l'usage romain à l'Asie Mineure au concile de Césarée en 196. Mais les églises de cette région, avec à leur tête Polycrate, évêque d'Ephése, maintinrent leur position, ce dernier arguant du fait que c'était une coutume traditionnelle héritée du temps des apôtres, et répondirent à Victor 1er par le concile d'Ephèse en 197, qui excommunia donc les Eglises d'Asie Mineure. Grâce à l'habileté d'Irénée, évêque de Lyon, lui rappelant, dans une lettre, la tradition ecclésiastique selon laquelle Polycarpe de Smyrne et Anicet de Rome (passant outre ces différences d´opinion) étaient en communion (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, 24, 17), le pape retira son excommunication.
Mais la querelle ne s'apaisa finalement qu'au cours du IIIe siècle, avec la mort des grands évêques d'Asie qui se réclamaient de la tradition johannique. Toutefois, ce conflit avait révélé surtout la volonté des églises d'Occident de retirer les derniers éléments de Judaïsme de la célébration pascale, dont le 14 nisân faisaient partie, ce que peut démontrer le fait qu'au début du IIIe siècle, la célébration de Pâques s'était nettement modifiée, le cycle liturgique ayant abandonnée le calendrier juif, ainsi que le montre le cas de l'église de Carthage et d'Alexandrie.
Pâques, qui est alors devenue la grande fête de l'année chrétienne, est précédée la grande Vigile de Pâques, particulièrement longue, dont Tertullien nous a laissé plusieurs descriptions dans son Apologétique (39) et son traité sur l'âme (9) ; elle comprenait un temps de jeûne, qui durait d'un à plusieurs jours, qui était particulièrement rigoureux en certains endroits, comme en témoigne la Didascalie des apôtres, écrite en Syrie, vers 240-250, suivit d'une nuit de lecture, de prières, de litanies, durant lesquelles on prie pour tout le monde. Ces vigiles se concluent souvent par un agape ou l'eucharistie, tel que le montre la Didascalie des apôtres, où l'aspect de la célébration en tant que fête de la Résurrection semble, également avoir touché les églises d'Asie Mineure et de Syrie : « ... et alors mangez, livrez-vous à la joie, réjouissez-vous, exultez parce que le Christ, gage de notre résurrection est ressuscité et que ceci soit pour vous légitime, perpétuellement et jusqu'à la consommation du siècle. ». Celle-ci ouvre 50 jours de joie (laetissium spatium) jusqu'à la Pentecôte (Tertullien, Du Baptême, 19 ; Origène, Contre Celse, VIII, 22). D'après Tertullien, «« Le jour le plus solennel pour le baptême est par excellence le jour de Pâques, alors que s'est consommée la Passion du Seigneur en laquelle nous sommes baptisés. » (Sur le baptême, 19, 1.) Mais ce n'est pas un trait général : « Mais tout jour du Seigneur, toute heure et toute saison se prêtent à son administration, car s'il y en a de plus solennel, leur grâce reste la même » (id., 19, 3).
Cette pratique ne se généralisera cependant lors de la vigile pascale qu'à partir de l'édit de tolérance de Milan de 313 des empereurs Constantin Ier (306-337) et Licinius, mettant fin à la persécution qui durait depuis 303, tandis que le premier concile d'Occident, tenu à Arles, le 1er août 314, décida que Pâques sera célébré à la même date dans toutes les églises de l'empire, mais ne propose aucune solution pour y parvenir.

C'est Constantin 1er qui s'en chargera en réunissant dans la ville de Nicée, entre le 20 mai et le 25 juin 325 afin de régler la crise arienne et la controverse pascale. 318 évêques sont présents et se mettent d'accord : « Il a semblé bon que, laissant de côté toute dispute et toute contradiction, les frères d'Orient fassent comme les Romains, les Alexandrins et tous les autres, en sorte que tous, d'un coeur et d'un esprit unanimes, élèvent leurs prières en un même jour, le jour très saint de Pâques » qui aurait dorénavant lieu « le dimanche qui suit le quatorzième jour de la lune ayant atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après ». Ainsi, la fête de Pâques oscille entre le 22 mars et le 25 avril, et de sa date dépendent celles des autres fêtes mobiles. Toutefois, il ne précisa pas la méthode à employer pour calculer le jour de la pleine lune ou celui de l'équinoxe de printemps. Mais de façon surprenante, le Décret pascal ajoute : « Et tous les Orientaux qui étaient en désaccord avec les autres ont accepté de signer ». Dans les faits, ce que les historiens appellent la « querelle des « quartodécimans » se poursuivit – violemment même – tout au long du IVe siècle. La polémique ne se termina vraiment qu'en 525 lorsque le pape Jean Ier (523-526) adopta le comput alexandrin sous la forme que lui donna le moine scythe, Denys le Petit. Les chrétiens se mirent progressivement à fêter Pâques le même jour.

 

                                                                                                                                                                                                    Freyr1978

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Publié le 24 Avril 2011

Je continue sur ma progression avec cet article sur le jour qui termine la Semaine Sainte, c'est-à-dire le Samedi Saint, que les orthodoxes appellent le Grand Samedi.
 
Le Samedi saint est le troisième jour du Triduum pascal, mais constitue également le point de passage vers Pâques.
Le Samedi saint est appelé le Grand Sabbat selon un usage ancien qui remonte aux Pères de l'Église. Ce jour-là en effet, le jour qui précède le dimanche de Pâques, est la commémoration de repos dans la mort de Jésus à l'intérieur du tombeau et de sa descente dans l'abîme avant que sa résurrection n'établisse un jour nouveau et une semaine nouvelle, qui donna naissance à la fête de Pâques chrétienne.
 
Toutefois, le fait que Jésus soit mort rapidement et ait été enterré dans le tombeau a donné naissance à quelques théories saugrenus si l'on tient compte du fait que les Romains avaient très bien paufiné le supplice de la crucifixion et s'assurait toujours que le crucifié était bien mort en lui perçant le cœur, tel que le montre l'évangile de Jean au sujet de Jésus, sinon Pilate ne l'aurait pas remis au Sanhédrin. D'après celles-ci, Jésus serait tombé dans un coma prolongé et se serait réveillé le jour de Pâques grâce à la fraîcheur du tombeau. Si on ne tient pas compte des théories qui accusent les disciples d'avoir volé le corps pour faire croire à sa Résurrection, théorie que tentera de remettre en cause l'évangéliste Matthieu en créant l'épisode de la garde devant le tombeau. En effet, il ne se trouve que dans cet évangile. C'était pourtant une pratique semble-t-il courante alors car l'empereur Claude (41-54) l'interdira par un senatus-consulte qui a été affiché en Palestine. Mais les disciples, si l'on suit les récits, semblent d'abord ne pas croire à la Résurrection, tel que le montre ce que diront les disciples d'Emmaüs, probablement des membres de la famille de Jésus, encore à leur déception de l'échec de Jésus :
« Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël ; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées ! Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu ! »
Étrange pour des gens qui aurait volé le corps de Jésus, car ils sont surpris par l'annonce du fait que le tombeau est vide à tel point, qu'à l'annonce des femmes, des disciples iront vérifier le fait. Il faut se rappeler que le témoignage de ces dernières n'avait aucune valeur devant un tribunal à l'époque de Jésus. De plus, ensuite, les disciples rentrent tous chez eux, reprenant leur vie avant leur rencontre avec Jésus, tel que le montre l'évangile de Jean et celle de Pierre, qui a pour elle ici une certaine authenticité. Ce qui n'aurait pas été le cas de personne tentant de faire vivre leur mouvement par le biais d'une supercherie. Les premiers à avoir bénéficié d'une apparition de Jésus étaient des proches de la famille de Jésus, les femmes, et puis des membres de la famille de Jésus eux-mêmes, ce que pourrait indiquer le fait qu'ils soient mis en dernier en 55 par l'apôtre Paul de Tarse dans la Première épître aux Corinthiens, mais j'y reviendrais dans mon article de Pâques.
Au moment où se développe le récit de la garde au tombeau dans l'évangile de Matthieu, entre 80 et 90, la Première épître de Pierre, publié soit entre 70 et 90 soit entre 90 et 110, est la première à rapporté le séjour de Jésus au Shéol, le lieu où dans le Judaïsme les morts vivent, attendant l'arrivée du Royaume de Dieu, qui n'arrivera que lors des fins dernières : « C'est en lui qu'il s'en alla même prêcher aux esprits en prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l'Arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l'eau. » (3, 19-20.) Donc Jésus, par sa mort, prépare l'avènement du Royaume de Dieu, et la fin du Shéol. On pourrait y voir une allusion à l'évangile de Matthieu, dont il se serait peut-être inspiré si l'on privilégie plutôt une date basse de la première épître de Pierre : « les tombeaux s'ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. » (27, 52-53.) Donc, dans le cadre du Christianisme primitif, s'était développée la croyance que Jésus aurait préparé par un voyage au Shéol les fins dernières qu'aurait manifesté sa Résurrection.
 
Par une exception notable, au temps de l'Église primitive c'était le seul samedi où le jeûne était autorisé (Constitutions Apostoliques, VII, 23, fin du IVe siècle), et celui-ci était d'une gravité particulière. Les jeûnes de l'époque d'Irénée, évêque de Lyon (177-202), était d'une absolu rigueur, concernant toute sorte de nourriture, et était observé pour les quarante heures qui précèdent la fête de Pâques, et bien que le moment assigné pour rompre le jeûne à l'aube du dimanche varie en fonction du temps et du pays, l'abstinence de nourriture le Samedi Saint était générale.
La nuit de la veillée de Pâques a connu un déplacement étrange. Au cours des six ou sept premiers siècles, des cérémonies étaient en cours pendant toute la nuit, de sorte que l'Alleluia a coïncidé avec le jour et le moment où l'on célébrait la Résurrection. Au VIIIe siècle, ces mêmes cérémonies ont eu lieu le samedi après-midi et, par un anachronisme singulier, ont ensuite été menés le samedi matin, donc le temps pour la réalisation des solennités avait été avancé de presque une journée entière. Mais suite à ce changement, les services spéciaux étaient maintenant affectés au Samedi saint qui, au préalable, nétait pas actif jusqu'à l'heure tardive de la veillée.
Cette veillée était ouverte après de la bénédiction du feu nouveau, l'éclairage des lampes, des bougies et du cierge pascal, cérémonies qui ont perdu beaucoup de leur symbolisme en étant prévus et avancées au crépuscule du grand jour. Cyrille, évêque de Jérusalem de 350 à 386 a parlé de cette nuit comme étant aussi brillante que le jour, et l'empereur romain Constantin Ier le Grand (306-337) a ajouté splendeur sans précédent dans son éclat par une profusion de lampes et de torches énormes, de sorte que non seulement les basiliques, mais les maisons privées, les rues et les places publiques ont été resplendissait de la lumière qui a été symbolisait la Résurrection de Jésus. Les assemblées fidèles se rendaient aux prières communes, au chant des psaumes et des hymnes, et la lecture des Écritures commentés par l'évêque ou les prêtres. La veillée de Pâques était spécialement consacrée au baptême des catéchumènes qui, dans les plus importantes églises, ont été très nombreuses. Sur le Saint samedi suivant la translation du corps du patriarche de Constantinople Jean Chrysostome dans la cité en 438, il y avait 3000 catéchumènes dans cette église seule. Ces chiffres, bien entendu, ne se rencontrent que dans les grandes villes, néanmoins, le Samedi saint et la veillée de la Pentecôte ont été les seuls jours où le baptême ont été administrés, même dans les petites églises, il y avait toujours un bon nombre de catéchumènes. Cette réunion de personnes dans l'obscurité de la nuit a souvent occasionné des abus dont le clergé se sentait impuissant à empêcher par une surveillance active, sauf par l'anticipation des cérémonies qui pourrait avoir lieu en plein jour. Raban Maur (780-856), moine bénédictin, archevêque de Mayence (847-856) (Institution des clercs et des cérémonies de l'Église, II, 28), donne un compte rendu détaillé de la cérémonie du Samedi saint. La congrégation restée en silence dans l'église dans l'attente de l'aube de la Résurrection, y joignant, à des intervalles, des psalmodies, des chants et de commentaires sur les lectures. Ces rites sont identiques à ceux de la primitive Église et ont été célébré à l'heure même. Mais le fidèle à travers l'Occident chrétien n'avait pas encore consenti à anticiper la veillée de Pâques et c'est seulement au cours du Moyen-Age que l'uniformité a été établie. Au XIIe siècle, l'Église fixa le début de l'année le jour du Samedi saint.
La célébration de la Résurrection commence dorénavant le samedi soir à la veillée pascale, alors qu'avant la réforme de la Semaine sainte entreprise par Pie XII, elle avait lieu le samedi matin. En 1951, Pie XII a permis par le décret inattendu « Dominicae resurrectionis » du 9 Février que la veillée ait lieu de la nuit, ce qui ne devint obligatoire qu'en 1956 après un autre décret, le « Maxima Redemptionis » du 16 Novembre 1955.
Le Samedi Saint est peu connu parce qu'il n'y a pas célébration visible comme les processions qui peuvent être vues dans les pays comme l'Espagne, le Portugal ou encore l'Italie pour le Vendredi Saint. Dans les maisons des chrétiens pratiquants, un grand ménage est fait pour enlever toute trace de l'année passée: poussières, saletés et en particulier la levure sont méticuleusement nettoyées, qui à l'origine aurait peut-être servi à faire de la place pour les nouvelles récoltes. L'Église aurait juste récupéré une pratique courante en l'intégrant au jour où l'on préparait la Pâque.
 
Pendant la journée du Samedi saint, selon l'usage catholique romain, les cloches des églises ne sonnent pas. C'est un jour vide par rapport aux deux précédents : le Christ est au tombeau, rien ne se passe. Les disciples sont effrayés et déçus. La journée se passe en attente.
C'est un jour de silence et d'attente. Il ne comporte pas d'office particulier. On ne célèbre ni baptême, ni mariage ce jour-là. La célébration de la résurrection commence le samedi soir à la Veillée Pascale.
On ne célèbre ni baptême, ni mariage ce jour-là, si ce n'est simplement la liturgie des Heures (office dit « des ténèbres »), et la communion n'est délivrée que dans le cadre du sacrement des malades. La célébration de la résurrection commence le samedi soir à la Veillée Pascale. Ce ne doit pas être seulement une journée consacrée aux préparatifs de la fête de Pâques, mais un jour privilégié de silence et de recueillement.
La veillée pascale commence après la tombée de la nuit. C'est une messe qui dure toute la nuit et se termine au lever du soleil le dimanche de Pâque.
Cette Veillée Pascale se décompose en 4 grands moments :
La célébration commence par la bénédiction du feu nouveau (un grand feu allumé à l'extérieur de l'église), le Rite de la lumière, et le nouveau cierge pascal, qui symbolise le Christ ressuscité, est allumé à ce feu.
La procession de la lumière pénètre dans l'église obscure symbolisant ainsi la sortie des ténèbres à la suite du Christ.
Au milieu de la nef, la flamme du cierge pascal est transmise aux cierges des fidèles.
Un chantre chante l' « Exultet », grand chant de joie qui annonce la Résurrection.
Ensuite la liturgie de la parole comprend 9 lectures (au lieu des 3 d'une messe classique) l'histoire du Salut est récapitulée, faisant le le lien entre le premier homme, Adam, qui a perdu l'humanité, et Jésus, le Nouvel Adam, qui par son sacrifice et sa Résurrection, a sauvé l'humanité, en passant par la sortie d'Egypte, les prophètes, etc. La boucle étant ainsi bouclée. Ceci amène à chanter la gloire de Dieu, en faisant sonner les cloches à toute volée. L'évangile est acclamé en chantant Alléluia (ce qui n'avait pas été fait pendant tout le Carême).
Après avoir procédé à la bénédiction de l'eau baptismale, qui sera employée lors des baptêmes, le célébrant baptise les catéchumènes.
La célébration se poursuit par le rite de l'Eucharistie, et se termine par une bénédiction solennelle : « Ils sont finis, les jours de la Passion ! ... »
C'est alors qu'au lever du soleil que les Chrétiens entrent dans les célébrations solennelles de la fête de Pâque.
Dans la liturgie orthodoxe, le Grand Samedi Saint on célèbre les Vêpres et la Liturgie de Saint Basile, ponctués de lectures des Psaumes et d'hymnes de la Résurrection qui parlent de la descente du Christ aux Enfers, célébrés comme la "Première Résurrection" d'Adam et la victoire sur la mort. Le Typikon établit ce service pour l'après-midi, mais il est souvent célébré le matin. Ce service provient de l'ancienne tradition liturgique de l'Église de Constantinople : il était son premier service pascal. L'hymne « Relève-Toi, Seigneur », tiré des Psaumes (Exsurge, Domine) était, à l'origine, le premier hymne pascal avant que Le Christ est ressuscité... (Hristos anesti...) ne le remplace. Sa place dans l'ancienne célébration pascale constantinopolitaine est celle qui donne à ce service se caractère résurrectionnel, tellement lumineux.
 
Je consacrerai un prochain article à la fête de Pâques, où je me livrerai de nouveau au sujet de la Résurrection à un exercice d'exégèse historico-critique.

 

                                                                                                                                                                                                Freyr1978

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Publié le 23 Avril 2011

imagesJésus et la Révolution non violente est le titre d’un ouvrage d’André Trocmé paru en 1961 qui a révolutionné notre vision sur la mission de Jésus. André Trocmé (1901-1971) est célèbre pour son rôle dans le sauvetage de milliers de Juifs des nazis, en tant que pasteur du village français de Chambon-sur-Lignon. Mais ses actions audacieuses ne sont pas nées d'un vide. Elles étaient enracinées dans sa compréhension de la «voie de la non-violence et les implications sociales de l’annonce du Royaume de Dieu sur terre par Jésus.» Se défendant d’être un «spécialiste», l’auteur précise qu’il n’a qu’une méthode et qu’un but: interroger Jésus-Christ par Jésus-Christ. Dans la mesure où il s’en est tenu à cette méthode, il est parvenu à remettre en valeur tout un aspect ignoré ou oublié de l’Evangile.

 

C’est une étude extrêmement fouillée et minutieuse, dominée par la passion de retrouver la pointe sociale et révolutionnaire du témoignage biblique dans son ensemble dont voici les points suivants : «Jésus inaugure le Royaume de Dieu sur la base des principes du Jubilé de l'Ancien Testament. Ces principes font appel à une révolution politique, économique et spirituelle, en réponse aux besoins humains. Jésus ne voulait rien de moins qu'une véritable révolution, avec les dettes pardonnées, les esclaves libérés, et la terre revenant aux pauvres.»

«C'est cette menace pour les intérêts acquis qui a éveillé l'hostilité à l'égard de Jésus qui l’a conduit à la croix. Jésus a compris le royaume de Dieu en termes du travail de Dieu dans l'histoire humaine : tous les domaines de la vie sont le domaine de la domination de Dieu. Mais il a vu, aussi, que cette domination serait toujours le coût d'une lutte. Les premiers chrétiens, qui ont été accusés de sédition pour "mettre le monde en désordre", comprenaient bien leur maître. Ils avaient eu la même vision et ont commencé à la vivre.»


John Howard Yoder, un théologien mennonite / éthicien a été l'un des théologiens les plus influents de la dernière partie du XXe siècle. reprendra ces idées en 1972 dans l’ouvrage Jésus et le politique, une solide défense du pacifisme chrétien et une critique du Constantinianisme. Yoder a une lecture particulière de l'histoire chrétienne. Il a suivi la plupart des anabaptistes en faisant valoir que, bien que l'église primitive était abonnée au pacifisme chrétien, l'église du IVe siècle s’est compromise avec Constantin dans la guerre.


Montrer en Jésus le modèle normatif pour nous en matière d'éthique sociale et politique : tel est le propos de notre auteur dans sa vaste enquête néo-testamentaire (p. 22 et passim). Il reproche aux protestantismes libéral et orthodoxe d'écarter du domaine en cause la pertinence de Jésus (pp. 15 ss). Jésus, plaide-t-il, loin de se cantonner au «spirituel» et à l'intériorité, introduisait une nouveauté politique (p. 46 n. 38, le mot est pris au sens large, relatif à «la structuration des rapports entre hommes et groupes»). «Jésus ne réprimande aucunement ses disciples «parce qu'ils s'attendent à le voir établir un nouvel ordre social» (p. 42); il donne à la petite troupe rassemblée autour de lui le caractère «d'une communauté qui lutte pour un changement de société» (p. 43). C'est à cause de son éthique sociale, «de sa manière particulière de refuser l'épée», que les élites l'ont condamné (pp. 19 et 99), et, de ce point de vue, «Jésus a pu réellement représenter, aux yeux de l'Empire romain, un danger suffisant pour justifier son exécution» (p. 54 ; cf. p. 57 : «un homme qui menace la société»).

 

Pour servir sa thèse, le professeur américain ressuscite l'interprétation qu'André Trocmé avait proposée en 1961 : Jésus, en proclamant, dans la synagogue de Nazareth, l'accomplissement d'Esaïe 6 1, 1-2 a, aurait annoncé la mise en vigueur de la loi du Jubilé (Lv 2 5, 8 ss), avec sa remise des dettes et sa restitution des terres. «L'attente exprimée par ce passage ne porte pas tant sur le fait que Jésus vienne inaugurer une ère nouvelle que sur un retour concret à l'égalité et à la justice...» (p. 33). C'est bien un Jubilé, conforme aux instructions sabbatiques de Moïse, que Jésus a proclamé en l'an 26 de notre ère, un Jubilé apte à résoudre le problème social tel qu'il se posait en Israël...» (p. 67). De nombreux passages y feraient allusion, et confirmeraient la couleur nettement politique des démarches de Jésus, révolutionnaire non violent, dont la tentation réitérée et toujours repoussée a été celle d'une action menée à la manière des Zélotes (pp. 31 ss, 38 s, 52).

 

Enfin, il y avait Martin Hengel, professeur protestant du Nouveau Testament, spécialiste reconnu du judaïsme hellénistique et, dans ce contexte, du mouvement zélote dressé contre l'occupation romaine. Il venait justement de publier un article sous le titre: «Jésus était-il un révolutionnaire ?» (1970). À la différence de maints «révolutionnaires» chrétiens, il avait travaillé à fond les sources et il connaissait parfaitement le cadre social. Même si je ne partageais pas toujours ses positions assez conservatrices, je ne pouvais qu'être d'accord avec ses conclusions exégétiques concernant Jésus.

«Je peux maintenant le préciser à partir des textes du Nouveau Testament: selon les évangiles, Jésus de Nazareth était un jeune homme de trente ans, lucide, décidé, inflexible et, s'il le fallait, combatif, en tout cas sans peur. Ce n'était sûrement pas un représentant de l'establishment politico-religieux, ni un conformiste, ni un apologète de l'état des choses, ni un défenseur du calme et de l'ordre. Il demandait qu'on s'engage, et, en ce sens, Il «brandissait le glaive» : il ne semait pas la paix, mais, dans certaines circonstances, le conflit, même dans les familles. Pas de problème: il remettait totalement en question le système social et religieux, l'ordre de la loi juive et du Temple, et, dans Cette mesure, son message avait ses conséquences politiques.»


Mais il faut en même temps le rappeler : il ne considérait la révolution politico-sociale comme la seule alternative. Ceux qui peuvent vraiment se réclamer en toute logique de lui ne sont pas Che Guevara et à sa suite Camillo Torres prêtre catholique, pas plus qu'un Ernst Bloch, qui célébraient rustiquement la violence accoucheuse de la nouvelle société mais ce sont des non-violents comme le Mahatma Gandhi ou Martin Luther King.

«C'est en ce sens que je peux le proclamer: Jésus était plus révolutionnaire que les révolutionnaires. Dans mon livre, j'explique en détail ce que cela veut dire: au lieu de rendre, coup pour coup: pardonner sans condition; au lieu du recours a la violence: la disposition à souffrir; au lieu d'un esprit de haine et de vengeance la louange des pacifiques; au lieu d'anéantir les ennemis, les aimer. Tout en étant tournée vers la société, la révolution mise en branle par Jésus était décidément une révolution pacifique, une révolution de l'intérieur, du plus secret de l'homme, une révolution du cœur. Il ne s'agissait plus de continuer comme avant, mais de changer du tout au tout; d'une réorientation radicale par renonciation à toute forme d'égoïsme pour se retourner vers Dieu et vers le prochain.»


Jésus était radical sur ce point là, il n’utilisera pas la violence, mais rien ne dit qu’il n’allait pas faire de la résistance passive. Des épisodes montrent que la méthode marche. L’affaire des enseignes est rapportée par Josèphe (Gu II, 169-171 ; AJ XVIII, 55-59). Pilate sait que les enseignes à figures humains, portant l’effigie de César, ne peuvent pas entrer dans la Ville sainte. Il tente pourtant l’expérience quand l’armée vient prendre ses quartiers d’hiver à Jérusalem. Il fait introduire ces images nuitamment et voilées. Au matin, c’est l’explosion. Une foule de Juifs se rend à Césarée, assiégeant le préfet cinq jours durant pour qu’il enlève ces signes impies. Convoqués dans le grand stade de la ville, les protestataires se voient cernés par l’armée, mais préfèrent tendre le cou aux glaives plutôt que de renier les coutumes ancestrales. Voyant qu’il est allé trop loin, Pilate cède à la pression. Quelque peu analogue, une autre affaire est rapportée par Philon d’Alexandrie (Leg 299 s.). Il s’agit de boucliers de parade, sans images et portant simplement des inscriptions à la gloire de Tibère. Pilate les accroche dans le palais d’Hérode où il réside durant ses séjours à Jérusalem. C’est de nouveau l’émeute, soutenue par les fils d’Hérode, venus sans doute en pèlerinage. Si, en effet, de semblables boucliers ornaient sans problème certaines synagogues de la province, on ne pouvait les tolérer dans la ville de Dieu, qui n’était pas la ville de César. Les notables écrivent alors à Tibère qui, fort agacé par ce remue-ménage, ordonne le transfert des boucliers litigieux à Césarée. On voit ici que la résistance passive est plus efficace que l’utilisation des armes.

Enfin, Jésus ne s’est jamais compromis avec les élites de son temps et cela explique sa mort. Et si la résurrection était la dernière victoire de jésus sur les élites de son époque. Qui sait ?

 

Merci !

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Publié le 23 Avril 2011

Le Jeudi saint est le deuxième jour du Triduum pascal, consacré à la commémoration de la Passion (Supplice et exécution de Jésus). En anglais, le Vendredi Saint est appelé "Good Friday", au début on l'appelait "God's Friday" mais la consonance a fait en sorte que c'est devenu "Good Friday". C'est de cette façon que de God's Friday on est passé à Good Friday. Dans certains pays, on appelle ce jour, Big Friday, Holy Friday ou Silent Friday.

Ce jour est férié dans presque tous les pays de tradition chrétienne catholique et protestante, par exemple en Allemagne, au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Angola, au Royaume-Uni, en Suisse (dans tous les cantons sauf le Tessin et le Valais). En France, le Vendredi saint est également férié dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle depuis 1801 (tout du moins dans les communes où il existe un temple protestant ou une église mixte), et dans les DOM soit la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion.

 

Le procès de Jésus s’est déroulé en deux phases. Dans le livre des signes, il semblerait qu’avant de rencontrer le conseil du Grand Prêtre, il y ait eut un interrogatoire préliminaire chez Anân ben Seth, qui fut grand prêtre de 6 à 15, beau-père de Joseph Caïphe, qui était alors le Grand-Prêtre (18-36), dont la famille cumula cette charge de 16 à 63, et qui d’après le Talmud était très influente (Talmud de Babylone, Mishna Pessahim 4, page 57a) :

« Ils le menèrent d'abord chez Anne ; c'était en effet le beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Le grand prêtre interrogea Jésus sur sa doctrine. Jésus lui répondit : " J'ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple où tous s'assemblent. Pourquoi m'interroges-tu ? " A ces mots, l'un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : " C'est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? " »

Le Grand-prêtre dont on parle n’est pas Anân mais bien Caïphe, mais il interroge probablement Jésus chez son beau-père. C’est un interrogatoire qui a une forme d’examen préliminaire avant que Jésus soit conduit devant son conseil restreint chez lui, c’es-à-dire ses proches, « les grands prêtres, les anciens et les scribes » du Proto-Marc, issu du groupe sadducéen et des trois grandes familles sacerdotales, celle d’Anne, Boethos, et de Phabi, qui se partageait la charge de Grand Prêtre. Il l’interroge sur son enseignement, essayant peut-être également de mieux cerner qui est Jésus, car dans le droit juif, on ne doit pas condamné sans preuves un homme. De plus, Caïphe, en procédant de cette façon, donnait une porte de sortie à Jésus et lui permettait d’assurer sa défense. Mais ce dernier, croyant que son arrestation avait hâté la réalisation de la prophétie de Zacharie 14 refusa de prendre en compte la porte de sortie que lui offrait le Grand Prêtre avec une réponse qui ne manque pourtant pas de logique en tenant compte qu’à chaque fois qu’il a été au Temple, il devait être étroitement surveillé par les gardes du Temple.

L’interrogatoire qui suit n’est pas un procès devant le Sanhédrin, tel que le montre le récit primitif du procès :

« Ils emmenèrent Jésus chez le Grand Prêtre, et tous les grands prêtres, les anciens et les scribes se rassemblent. Or, les grands prêtres cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mourir et ils n'en trouvaient pas. Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage :

" Nous l'avons entendu qui disait : Je détruirai ce Sanctuaire fait de main d'homme et en trois jours j'en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d'homme. " Le Grand Prêtre l'interrogeait : " Tu ne réponds rien ? " Mais lui se taisait et ne répondit rien. »

Ce n’est pas procès, ce que démontre très bien le fait que dans le droit juif, le sanhédrin ne se réunissait pas de nuit et qu’on ne rendait pas de décision de justice le jour-même. De plus, il se fait devant un conseil restreint, dont j’ai parlé plus haut. Il n’a donc aucune forme légale. On ne fait que chercher des arguments que l’on présentera devant Pilate. Mais le conseil ne veut pas condamner quelqu’un d’innocent, comme le montre le fait qu’il ne trouve pas de témoignage concordant sur les paroles de Jésus, à part ses propos sur le Temple. En effet, Jésus, au niveau de la loi, ne se trouve pas en contradiction avec cette dernière, il ne se rajoute que dans le débats que se livrent les écoles du Judaïsme, par exemple au sujet du repos du sabbat, des lois de pureté, et de la Résurrection. Le « Je » qu’il emploie pour parler au nom de Dieu montre juste l’urgence des réalisations messianiques, tel que peut le démontrer une baraïta du TalmudHillel l’Ancien, un pharisien, qui fut président du Sanhédrin, l’employa de la même manière. Et se déclarer le Messie ou le Prophète de Deutéronome 18 n’est pas peinalisable en soit tant qu’on ne peut prouver le contraire. Et le Grand prêtre et son conseil n’agissent pas ici de cette manière. Cherche-t-il non pas à faire mourir Jésus mais à le sauver ? C’est possible vu que même les témoignagnes sur le Temple, qui pourtant suffiront pour Étienne, ne concordent pas. C’est donc bien que Jésus n’est pas un contrevenant à la loi Juive, mais plutôt à la loi romaine. En effet, bien qu’ils n’aient aucune preuve, ils doivent livrer Jésus au bras séculier de Rome, mais Jésus a refusé de démontrer son innocence. Cela viendrait-il au fait qu’il ne respectait pas les trois grandes familles sacerdotales et qu’il pensait que la prophétie de Zacharie 14 était entrain de se réaliser ? Mais, en faisant cela, il a scellé son propre sort.

C’est à cette occasion que Simon Pierre renie Jésus dans le Proto-Marc :

« Pierre l'avait suivi de loin jusqu'à l'intérieur du palais du Grand Prêtre et, assis avec les valets, il se chauffait à la flambée. Arrive une des servantes du Grand Prêtre. Voyant Pierre qui se chauffait, elle le dévisagea et dit : " Toi aussi, tu étais avec le Nazarénien Jésus. " Mais lui nia en disant : " Je ne sais pas, je ne comprends pas ce que tu dis. " Puis il se retira dehors vers le vestibule et un coq chanta. Et il éclata en sanglots. »

A l’origine, c’était seulement une servante qui reconnaissait Pierre, comme le montre la concordance dans les quatre évangiles. Renier son maître était aussi grave que la trahison dans le Judaïsme, c’était comme nier avoir été le fils de son père. Et Pierre s’il a renié Jésus, c’est probablement qu’il ne l’a pas prévenu, ce qui remet en cause la famause prophétie.

Le procès devant le préfet de Judée, Ponce Pilate s’enchaînait alors :

« Et aussitôt, le matin, les grands prêtres préparèrent un conseil avec les anciens, les scribes ; puis, après avoir ligoté Jésus, ils l'emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate de l'interroger : " Tu ne réponds rien ? Vois tout ce dont ils t'accusent ! " Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate était étonné. Et Pilate l'interrogea : " Tu es le roi des Juifs ? " Jésus lui répond : " Tu le dis. " Pilate, après avoir fait flageller Jésus, le livra pour être crucifié. »

Ici, d’après le portrait que nous donne Philon d’Alexandrie, on est étonné, car Pilate selon lui, n’hésitait pas à recourir aux exécutions sommaires, comme le montre le cas du Prophète samaritain, qu’il élimina avec ses disciples sur le mont Garizim, en 36, et qui provoqua sa chute. Caïphe aurait-il voulut donner un semblant légal à l’exécution de Jésus que souhaitait Pilate et donc une chance de défense à ce dernier ? La foule n’intervient pas, le procès a lieu de nuit, car les fonctionnaires romains ne siègent pas le matin.

La procédure judiciaire que suit Pilate est celle appliquée en province, «cognitio extra ordinem ». D’abord, c’est les plaignants qui ont droit à la parole, ici les grands prêtres, si l’on suit l’évangile de Luc, les accusations, qui ont un caractère authentique, sont ici plus politiques : « Nous avons trouvé cet homme mettant le trouble dans notre nation, empêchant de payer les impôts à César et se disant Christ Roi… Il soulève le peuple, enseignant par toute la Judée, depuis la Galilée, où il a commencé, jusqu'ici. » Donc Jésus est accusé d’être un disciple de Judas le Galiléen, qui à l’époque était aussi nommé les Galiléens, comme le montre le fait qu’il a commencé en Galilée, et qu’il aurait invité les Juifs à ne plus payer l’impôt à l’empereur. En effet, la phrase « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » pouvait être lu d’une autre manière, que Dieu doit être privilégié car il est devant l’empereur. Mais en fait ce qui prime c’est le fait qu’il prétende être « Roi des Juifs », c’est-à-dire le Messie, le vrai motif de la condamnation, qui figurera sur le titulus. L’accusé avait ensuite droit à la parole, mais Jésus n’en usa pas. Sans doute pour la même raison que pour les grands prêtres ? Pilate qui s’en étonne, lui pose donc la question qui l’intéresse en premier lieu, celle de sa revendiction messianique. Jésus y répondra de manière détourné : « Ce n’est pas moi qui le dis mais toi ». Jusqu’au bout, il provoquera les autorités, mêmes romaines, qu’ils ne respectent pas. Mais en acceptant, même de manière détourné ce titre, Jésus tombe sous la lex Juliae majestatis, punissant de mort la haute trahison envers l’Etat, et donc à la crucifixion, qui était aussi la peine des « fauteurs de révolte ou de rébellion, ceux qui incitent le peuple à la résistance » (Paul, Digeste, 48, 19, 38), ce qui est le cas ici de Jésus.

 

Après avoir subit le supplice préliminaire de la flagellation, censés préparé le futur supplicié au crucifiement, Jésus est laissé au détachement, chargé de l’exécution, qui parodiaient la fête des saturnales, où un roi était tiré au sort et dont on se moquait :

« Les soldats l'emmenèrent à l'intérieur du palais, qui est le Prétoire, et ils convoquent toute la cohorte. Et ils se mirent à le saluer et ils lui crachaient dessus. »

Jésus, comme tout crucifié, dut, avec le titulus qui indiquait le motif de sa condamnation autour du cou porter le patibulum, la partie transversale de la croix, probablement à travers les rues les plus fréquentés de la ville, mais il n’avait plus la force nécessaire pour cet effort, après une nuit sans sommeil, de jeûne non volontaire et de stress, même le plus robuste aurait succombé dans ces conditions.

Pour cette raison, le proto-Marc poursuit ainsi :

« Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs. Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha. »

Le fait d’exiger des pèlerins lors des grandes fêtes juives un sevice humiliant semble avoir été une pratique romaine courante. Comme pour les autres crucifiés, Jésus est alors conduit dans un promontoire, le nom de Golgotha, qui signifie crâne, pourrait le démontrer. En effet, il était important que les crucifiés soit vuspar tous les passants.

Ensuite, le Proto-Marc poursuit :

« Puis ils le crucifient. L'inscription qui indiquait le motif de sa condamnation était libellée : " Le roi des Juifs. " Et avec lui ils crucifient deux brigands, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. »

Jésus a été crucifié entièrement nu, dernière humiliation faites au supplicié. A ses côtés se trouvait deux « Brigands », en fait un des noms que donnent Jésus au groupe des zélotes, mais ils désignent plus pobablement les disciplas de Judas le Galiéen. Pilate ne semble pas faire ici de différence confondant Jésus à un chef de ses derniers. C’est lui qui est au centre. Le titulus d’ailleurs qui a été cloué soit au-dessus de sa tête ou laissé autour de son cou, semble le confirmer.

D’après un ossuaire, trouvé à Jérusalem en 1968, Jésus a pu être pendu à trois clous, un dans chaque avant-bras, bras écartés avec des cordages (effet de garrot) et un plus long à travers les talons joints. Le patibulum, était fixée, probablement, sur un olivier. Parfois, il y avait un support de bois, appelée sedecula, au niveau du séan qui offrait un support relatif au corps mais qui prolongeait plus longtemps son calvaire, qui était très lent : un ou deux jours.

L’agonie était longue, car le supplicié tentait toujours de se redresser pour lutter contre les crampes et l’asphyxie qu’entraînait finalement ces dernières. Le temps passant, la respiration devenait donc de plus en plus difficile.

On comprend donc aisément pourquoi ce supplice, que les Romains avaient hérité des Perses, était considéré par ces derniers comme le supplice le plus infamant, qu’il n’astreignait pas à leurs propres concitoyens.

Mais pour Jésus, sa mort sera encore plus difficile moralement car « Les passants se gaussaient et même ceux qui étaient crucifiés avec lui l'outrageaient. » En effet, comme Judas le Galiléen ou Jean le Baptiste a échoué et déçut le peuple, ainsi que les disciples de Judas le Galiléen, ce dernier était crucifié avec deux d’entre eux. Jésus a-t-il alors douté ou crut jusqu’au bout à l’intervention de Dieu et à la réalisation de la prphétie de Zacharie 14 ? Malheureusement, le Proto-Marc n’en fait pas mention nous laissant dans le doute, car l’épuisement physique, consécutif à la crucifixion, fit finalement son œuvre, Jésus étant trop affaibli : « Et à la neuvième heure (15 heures de l’après-midi), Jésus, jetant un grand cri, expira. » Jésus n’aurait donc rien dit, ce qui est probable, vu que les crucifiés finissaient par manquer de souffle et donc aurait eut du mal à parler. Seuls quelques-uns assistent à la scène, à part les passants, tel que le montre le Proto-Marc : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé. » En effet, les Romains interdisaient d’approcher le lieu d’exécution, et Jésus est mort le jour de la Préparation de Pâque, dans l’après-midi du 14 nisân. On comprend donc le peu de monde qui s’y trouve car les quelques personnes présentes devaient se hâter, car au Temple on égorgeait les agneaux, et les familles se préparaient à fêter dans la liesse la Pâque. Si l’on ne compte pas que les frères de Jésus et leur mère, probablement présent si l’on se référent aux Actes des apôtres et à l’évangile des Hébreux lors du dernier repas de Jésus, doivent se faire oublier car ils pourraient être poursuivit. Les prétentions dynastiques de la famille pouvant faire revivre le mouvement de Jésus.

Dans ces conditions, c’est le Sanhédrin qui dut se charger de récupérer les corps, car dans le droit juif, il était interdit de laisser un corps pendu au bois, et il fallait donc l’enterrer avant le coucher du soleil ou les fêtes, tel que le montre le Proto-Marc :

« Déjà le soir était venu et comme c'était la Préparation, c'est-à-dire la veille du sabbat, Joseph d'Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s'en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Pilate s'étonna qu'il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s'il était mort depuis longtemps. Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l'enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc ; puis il roula une pierre à l'entrée du tombeau. »

C’est un membre du Sanhédrin, peut-être pharisien, qui demande le corps. Mais il faut faire vite car le soir était venu. Jésus est déjà mort, il n’y a eut aucun besoin de pratiquer le crurifagrium, c’est-à-dire de lui briser les jambes pour hâter sa mort. Après vérification (ce quiest normal vu le peu de temps que dura la crucifixion de Jésus), Pilate le remis au Sanhédrin. On l’enterra à la hâte, sans doute dans une tombe proche à proximité du lieu d’exécution, pour le remettre après la fête à la famille qui se chargerait de l’enterrer. Une tombe traditionnelle, scellé par une grande pierre à l’entrée, que l’on ne pouvait ouvrir de l’intérieur, où le corps serait entreposé jusqu’à décomposition des chairs et les os mis avec ceux du reste de la famille lorsqu’il viendrait le récupérer. Ce qui prouve le respect qu’eut l’instution au sujet de Jésus. L’a-t-on considéré comme un Juste, un martyr d’Israël, mort pour la libération du pays ? C’est possible.

 

La liturgie du Vendredi Saint a son origine à Jérusalem, même si d’après Clément d'Alexandrie (150-220), depuis les premiers jours de la chrétienté, le jeûne et la prière ont toujours marqué la célébration du vendredi. Les « Pérégrinations » de la chrétienne nommée Égérie raconte comment se déroulait cette journée en 383, ce qui pourrait prouver l’ancienneté de la pratique.

Après une nuit de veille sur le Mont des Oliviers, on descendait au petit matin à Gethsémani pour la lecture du récit de l’arrestation de Jésus. De là, on se rendait au Golgotha. Après la lecture des textes sur la comparution de Jésus devant Pilate, chacun rentrait chez soi pour un moment de repos, mais non sans passer par le mont Sion pour vénérer la colonne de la flagellation. Vers midi, nouveau rendez-vous au Golgotha pour la vénération du bois de la Croix : pendant trois heures, lecture de Textes de l’Ancien et du Nouveau Testament entrecoupée de psaumes et de prières. La journée s’achevait à l’église de l’Anastasis, « Résurrection » où on lisait l’évangile de la mise au tombeau de Jésus

Les premiers témoignages de la liturgie du Vendredi Saint à Rome datent du VIIème siècle. On trouve deux types de cérémonie. Le pape se rendait à la basilique de la Sainte-Croix et au cours de la célébration, la liturgie papale comprenait la lecture de l’Évangile de la Passion selon saint Jean, suivie d’une longue Litanie (Prière) d’intentions universelles, dans la quelle figurait la prière Oremus pour la conversion des Juifs, qualifiés de perfidis, qui dans le bas latin, le « latin d’église » utilisé lors de l’instauration de cette prière, pouvait signifier « non fidèle », « sans foi, infidèle, incrédule, incroyant, païen » et au fil de l’évolution de la liturgie, des traductions (surtout celles bilingues du XVIIIe siècle) dans les langues communes, notamment le français, et d’un contexte d’antijudaïsme (l’antisémitisme n’apparaît réellement qu’au XIXe siècle) prit un sens différent, celui de « déloyauté », « fourberie ».

A cette occasion, dans les églises hors de la ville, desservies par des prêtres, avait lieu une célébration plus populaire. Elle comporte l’exposition de la Croix sur l’autel, la liturgie de la Parole comme à la basilique de la Sainte-Croix, la récitation du Pater (le Notre Père), et apprès celui-ci, la vénération de la Croix et la communion au pain et à la coupe consacrée la veille. C’est aussi à cette occasion, que fut prononcée pour la première fois. C'est ce deuxième type de célébration qui se répand ensuite dans le royaume carolingien, et donc dans les pays francs.

L’hommage à la Croix est introduit dans la liturgie papale au VIIIème siècle, mais sans communion. Au Xème siècle, les deux pratiques se rejoignent.

Au XIIIème siècle, il fut décidé que seul le prêtre célébrant communierait. Les Franciscains, présents en Terre Sainte depuis 1220 et fondent en 1342 la Custodie de Terre sainte les Franciscains, et invitaient, à partir du XIVe siècle, les fidèles qui venaient en pèlerinage à Jérusalem, à marcher du tribunal de Pilate au Calvaire, en souvenir de la passion de Jésus. Entre ces deux dates, suivant eux-mêmes le rite traditionnel en usage dans l'Église orthodoxe locale, ils transposent progressivement dans leurs églises en Italie la liturgie du vendredi saint des chrétiens de Jérusalem, où le chemin de croix avait une place centrale, mais ce n’est qu’à partir du XVe siècle, les Franciscains firent des représentations des différentes étapes du chemin parcouru par le Christ lors de sa passion : cela permettait aux chrétiens qui ne pouvaient aller à Jérusalem de méditer sur les derniers moments de la vie du Christ. Les Franciscains diffusèrent cette dévotion, comme ils le firent pour la crèche de la nativité. Le nombre des stations varia jusqu'à la fin du XVIIe siècle où il fut fixé à quatorze. C'est seulement sous le pape Clément XII, en 1731, que la permission fut donnée de créer des chemins de croix dans d'autres églises que celles des Franciscains. Le religieux franciscain, Léonard de Port-Maurice (1676-1751) en fut un ardent propagateur. Benoît XIV, en 1741, dut en limiter l'extension à un seul chemin de croix par paroisse.

Au XVIème, l'office fut reporté au matin. Mais le reste de la journée n’en demeurait pas moins « sanctifié » : dans la plupart des églises, on se rassemblait, souvent plus nombreux que le matin, pour le Chemin de Croix et le « Sermon de la Passion ».

Il en fut ainsi jusqu’en 1955 : la réforme liturgique de la Semaine sainte par le pape Pie XII a rétabli l'office le soir qui a été promulguée par le décret Maxima redemptionis nostrae mysteria de la sacrée congrégation des rites le 16 novembre 1955. Cet office est appelé parfois à tort « messe du vendredi saint » et comporte depuis un chemin de croix dans chaque paroisse à 15 heures de l'après-midi. En 1959, le pape Jean XXIII supprima les termes contestés de la prière Oremus pour la conversion des Juifs (perfidis, ainsi que perfidiam, qui figurait dans l’oraison). Lors de la réforme liturgique qui suit le concile Vatican II, ces termes ne réapparaissent pas, et de plus, les allusions à la conversion des juifs, qui étaient présentes dans l'oraison, sont supprimées. Depuis le missel de Paul VI, promulgué en 1970, la formulation est devenue : « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité de son Alliance. ». Mais Le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI, paru en 2007 et facilitant l'utilisation, dans la liturgie, du missel de 1962, a suscité quelques inquiétudes. La prière pour les Juifs a donc été modifiée dans cette édition, les propos concernant l'« aveuglement » étant supprimés, mais l’intention demeurant, selon l’ancienne tradition, la conversion des Juifs au christianisme. Cependant, elle ne se trouve que dans les missels en usage dans les Eglises pratiquant le Rite extraordinaire romain.

 

Le vendredi saint, l'Église est en deuil, il n'y a pas de messe, et donc la célébration des sacrements est strictement interdite, à l’exception de la pénitence et de l’onction des malades. Les crucifix et parfois les statues sont voilées jusqu'à la célébration de Pâques.

La célébration du vendredi saint se déroule en deux temps.

En premier lieu, dans l'après midi à trois heures, à l'heure de la mort du Christ, a lieu, dans chaque paroisse, le chemin de croix en suivant Jésus depuis sa condamnation par Pilate jusqu'à sa mort sur la croix à travers les 14 stations (étapes) qui peuvent se voir dans toutes les Eglises sous différente formes (peinture, bas relief, statues, etc.) commémorant chaque scène conduisant à la crucifixion (Via crucis). Parfois, il peut y avoir une 15e station qui fait le lien entre la mort et la résurrection du Christ ; à Lourdes, il y a une 15e station « Avec Marie dans l'espérance de la résurrection du Christ ». Les chrétiens, conduit par le célébrant (si c’est un prêtre) s’arrêtent à chaque station, récitent une prière particulière et méditent quelques minutes avant de passer à la suivante. Au moment d’arriver à la dernière Station, la mort du Christ est annoncée. Mais cette pratique est dure à mettre à place dans les clochers en manque de prêtres, si bien qu’on se livre à une méditation sur les 14 stations. Mais tous les ans, le Vendredi saint, le pape préside le chemin de croix au Colisée (que l’on peut voir sur KTO). C'est le pape Paul VI qui a repris en 1964 la tradition du chemin de croix le Vendredi saint au Colisée. C'est un lieu particulièrement symbolique des martyrs.

Puis le soir a lieu une célébration liturgique, au cours de laquelle le célébrant porte une tenu rouge ou noire (cette dernière plus traditionnelle, était celle porté par les prêtres avant la réforme liturgique de 1970), qui suit le même déroulement qu'une messe : trois lectures, la troisième étant la Passion selon saint Jean ; une prière universelle solennelle pour les grandes intentions de L'Église pour le monde ; en lieu et place du sacrifice eucharistique, adoration de la Croix, pendant laquelle les participants à la messe qui le souhaitent se prosternent devant la croix et l’embrassent ; et l’office du Vendredi saint se termine par le Notre Père et par la communion qui est donnée avec des hosties consacrées la veille à la messe du soir ; c’est pourquoi on appelle traditionnellement l’office solennel du Vendredi saint « la messe des Présanctifiés ». C’est aussi a partir de ce moment que les chrétiens sont invités à faire le jeûne de nourriture jusqu’au lever du soleil du sur lendemain, dimanche de Pâque. Le 17 février 1966, par la constitution apostolique Paenitemini sur la pénitence, le pape Paul VI indiqua que le jeûne et l’abstinence pendant le carême n’étaient obligatoires que le mercredi des Cendres et le vendredi saint. Le 23 octobre, les évêques de France supprimèrent le maigre du vendredi (à partir du 1er janvier 1968) mais prescrivirent l’abstinence pour les vendredis du carême. L'Église catholique considère donc le Vendredi saint comme un jour de jeûne, qui, dans le rite latin de l'Église est comprise comme ayant un seul repas complet (mais plus petit que un repas normal) et deux classements (un petit repas, dont deux ensemble ne sont pas égaux un repas complet) et à laquelle le fidèle s'abstenir de manger de la viande. Ce jeûne est pratiqué par de nombreuses personnes d'origine catholique romaine, même non pratiquantes.

Dans le rite Orthodoxe, Comme pour la religion catholique romaine, on sort de l'église l'Épitaphe (sorte de cercueil) avec le corps du Christ, mais le cérémonial est beaucoup plus grand. Il s'agit d'une réelle procession aux flambeaux qui déambule dans tout le quartier dont dépend l'église. Les maisons du voisinage ont leurs lumières allumées et les habitants répandent de l'encens. Lorsque la procession se termine, le corps du Christ est placé sous un dais dans la cour de l'église. Le Vendredi saint est également une fête des morts. Beaucoup de personnes se comportent comme au jour de la Toussaint. Le corps du Christ retournera à l'église au moment de la première résurrection ("proti anastasi") comme pour les catholiques romains.

En Espagne, au Portugal, au Mexique et dans plusieurs pays de l'Amérique du Sud, Les gens organisent des parades tous les jours de la semaine Sainte. La parade du Vendredi Saint est la plus triste. Les gens envahissent les rues bien avant le lever du soleil. Les tambours résonnent et les cloches sonnent lentement. Les gens transportent alors des statues de Jésus, et de la Vierge Marie, et longent les rues pour regarder la procession en chantant des cantiques. Tous le monde est triste, il ne reste plus que deux jours avant Pâques, qui sera un de réjouissance.

Ce jour-là en Alsace les fidèles affluent dans les églises protestantes et certains qui ne vont jamais au culte tiennent à être présents ; on parle d'ailleurs des « chrétiens du Vendredi saint ». Pour les catholiques romains, au contraire, ce n'était pas la mise à mort du Christ mais sa résurrection le jour de Pâques qui est une fête d'obligation. En sorte que, dans certains villages mixtes, les paysans catholiques romains s'arrangeaient pour rentrer le fumier devant leurs concitoyens protestants endimanchés... qui leur rendaient la pareille en travaillant ostensiblement le 15 août, fête de l'Assomption. Lorsque le Vendredi saint tombe un 25 mars, fête de l'Annonciation, Notre-Dame du Puy-en-Velay invite les fidèles à venir l’implorer et à recevoir l’indulgence plénière à l’occasion du Jubilé.

Dans certains pays, tel les Philippines et l’Indonésie, le Vendredi saint donne lieu à des actes de piété extrêmes conduisant les chrétiens à se flageller, voir même à se faire crucifier, à la manière des flagellants du XIIIe et XIVe siècle.

 

Je consacrerai mon prochain article au Samedi saint.

 

                                                                                                                                                                                               Freyr1978

 

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Publié le 20 Avril 2011

Le Jeudi saint marque le début du triduum pascal, les trois jours précédant Pâques, point culminant de la semaine sainte. C’est un des jours les plus importants de la Semaine sainte : il correspond à la commémoration de la dernière Cène lors du repas pascal au Cénacle, et de l’Ordre, c'est-à-dire l'ordination des prêtres (La messe et les prêtres trouvent ainsi en ce jour leur origine) suivie de la nuit d'agonie du Christ au Jardin des Oliviers (Gethsémani).

Mais il convient d’analyser ce qui s’est vraiment passé cette nuit là, dégagé de toute théologie.

 

Il faut d’abord savoir que Jésus aurait probablement fêté son dernier repas, non un Mercredi, comme voudrait le prouver des théories récentes, se basant sur le calendrier essénien, mais bien le Jeudi 14 nisan, car d’après le Talmud, les Galiléens fêtait la Pâque la veille de la fête et avait donc pour cela un dispense spéciale des autorités. Donc Jésus ne dérogeait en rien de ses contemporains galiléens.

Le dernier repas de Jésus aurait commencé ainsi dans le Proto-Marc :

« Le premier jour des Azymes, où l'on immolait la Pâque, il envoie alors deux de ses disciples, en leur disant : " Allez à la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : "Le Maître te fait dire : Où est ma salle, où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?" Et il vous montrera, à l'étage, une grande pièce garnie de coussins, toute prête ; faites-y pour nous les préparatifs. "Les disciples partirent et vinrent à la ville, et ils trouvèrent comme il leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. »

Il faut savoir que la Pâque se célébrait obligatoirement à Jérusalem d’après le Talmud, qui rappelle un certain nombre de prescriptions qui avait cours en Judée au temps de Jésus. Donc malgré la menace qui pèse sur lui, il envoie deux disciples pour lui préparer la salle où il organisera le repas. La salle appartient probablement à un sympathisant de Jésus d’un haut niveau social, si le lieu où l’on situe le Cénacle traditionnellement est authentique, peut-être un prêtre. La façon dont procède Jésus rappelle celle des organisations clandestines qui luttent contre des dictatures, ce qui est normal en soit. Le Proto-marc poursuivait logiquement ainsi :

« Le soir venu, il arrive avec les Douze. » Par contre, le livre des signes, qui pourrait être à l’origine de l’évangile de Jean contenait le récit suivant :

« Il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s'en ceignit. Puis il met de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples. Quand il leur eut lavé les pieds, qu'il eut repris ses vêtements, il leur dit : " C'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j'ai fait pour vous. " »

Laver les pieds était un travail pratiqué par les esclaves envers leur maître et à leurs invités lorsqu'il revenait des champs ou de leurs activités et donc dégradant. Mais Jésus retourne encore une fois les codes de la société de son temps, en enseignant ici à ses disciples que, tel un esclave, les gouvernants doivent être au service du peuple, et non de leurs propres intêrets, tels que le faisait les rois Hérodiens. Donc c’est aussi une attaque au pouvoir politique en place, et un encouragement à mettre en place une plus grande justice dans les relations à autrui.

Le Proto-Marc continuait ainsi : « Et tandis qu'ils étaient à table et qu'ils mangeaient, Jésus dit : " En vérité, je vous le dis, l'un de vous me livrera, un qui mange avec moi. " Ils devinrent tout tristes et se mirent à lui dire l'un après l'autre : " Serait-ce moi ? " Il leur dit : " C'est l'un des Douze, qui plonge avec moi la main dans le même plat. " »

Jésus ne dénonce pas ici un disciple en particulier, sinon on ne comprendrait pas la surprise des disciples, et signifie que ce pourrait être chacun d’entre eux, car tous ont plongé la « main dans le même plat ». Jésus souhaité-t-il que l’un d’entre eux le livre ? Cette possibilité n’est pas à écarté et non verrons plus loin pourquoi.

Le repas si l’on suit le Proto-Marc ne correspondait pas à celui que l’on trouve dans l’évangile de Marc, et avait bien un caractère pascal :

« Et tandis qu'ils mangeaient, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : " En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu. " Puis, il prit du pain, le bénit, le rompit et le leur donna en disant : " Prenez, ceci est mon corps. " »

Le Proto-Marc suivait probablement le même rituel que celui de la Didaché qui semble plus authentique, bien qu’elle date du début IIe siècle, car on bénissait d’abord la coupe, selon le respect des règles du repas pascal juif, le Seder, puis le pain, et puis à la fin du repas, on récitait le Hallel, « le chant des psaumes » du récit. Le pain, ici, signe de la Torah, de la Loi, est, Jésus lui-même, en tant que symbole de la Parole et de la Sagesse de Dieu. A l’origine donc, le partage de ce pain entre Jésus et les siens disaient l’union des disciples à la personne de leur Maître au moment où ce dernier s’est décidé à passer à l’action et aura donc besoin de leur soutien. Le récit de Paul de Tarse (1 Corinthiens, 11, 23-26), bien que datant de 55, semble donc plus sujet à caution d’un point de vue historique, car celui-ci dit avoir reçut son récit de la part même de Jésus et non des ses disciples, donc d’une révélation, ce qui n’est pas le cas dans celui de la Didaché, qui vient d’une communauté, semble-t-il indépendante des milieux pagano-chrétiens.

Jésus aurait donc privilégié une célébration commémorant le futur banquet messianique, durant lequel Dieu inviterait dans une Jérusalem restaurée toutes les Nations du monde à un grand festin, comme le démontre le fait qu’il « ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu. " » Ce qu’attesterait un des Manuscrits de la mer morte qui montre les deux Messies, fils de Joseph et fils de David, faisant la bénédiction sur le pain et le vin au cours de ce banquet. Donc Jésus, tout comme il l’a fait lors du lavement des pieds, invite ses disciples à un changement profond dans ce monde, auquel il les prépare en cette nuit. Et le repas pascal est donc significatif car son choix marque la libération d’Israël de l’esclavage. Un argument qui se défend si l’on suit le document Q selon lequel le dernier logia de Jésus, que l'évangile de Luc place lors du dernier repas, aurait été «" Vous qui m’avez suivi, vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël. " » On est donc ainsi loin d’un homme qui se prépare à mourir, comme le montrera la théologie chrétienne qui se développera surtout à partir de la fin du Ier siècle et à partir du IIe siècle dans la ligne de la thèse paulinienne de la Rédemption par la mort du Christ.

Mais les disciples de Jésus ne semblent pas comprendre Jésus, tel que le montre cet épisode de l’évangile de Luc qui a pour lui un certain air d’authenticité : « "Maître, dirent-ils, il y a justement ici deux glaives. " Il leur répondit : " C'est bien assez ! " » Ils ne comprennent pas que Jésus ne prendra pas le pouvoir par la violence, mais Dieu, mais il autorise toutefois le port d’armes afin de se défendre. Une hésitation ?

 

Ainsi, Jésus se prépare donc à la réalisation des prophéties messianiques le soir-même, comme le démontre la suite du Proto-Marc selon lequel, « Après le chant des psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. » D’après la Prophétie de Zacharie 14, c’est l’un des lieux où devait avoir lieu la réalisation de la prophétie concernant la restauration de Jérusalem. C’est probablement à ce moment là que « Judas Iscariote, l'un des Douze, s'en alla auprès des grands prêtres pour le leur livrer. » Et non deux jours avant. Judas était le mieux à même de concéder à la volonté que Jésus avait exprimé lors du repas, car en tant que trésorier du groupe, c’était lui qui payait au Temple le montant de l’impôt que devait au sanctuaire le groupe car chaque Juif était tenu à ce dernier et a peut-être négocié le compromis de Jésus avec le Grand Prêtre après le scandale qu’il avait provoqué au Temple. Jésus pensait probablement que Dieu serait intervenu s’il se faisait arrêter, provoquant ainsi la réalisation de la prophétie de Zacharie 14, donc Judas n’a probablement pas trahi, mais fait ce que les autres ne se serait pas résigné à faire, ce qui nous permet alors de comprendre pourquoi Jésus n’a pas fuit lors de son arrestation alors qu’il en avait la possibilité.

Ce qui semble souligné par la suite du récit du Proto-Marc : « Ils parviennent à un domaine du nom de Gethsémani, et il dit à ses disciples : " Restez ici tandis que je prierai. " Étant allé un peu plus loin, il tombait à terre, et il priait pour que, s'il était possible, cette heure passât loin de lui. Il vient et les trouve en train de dormir ; et aussitôt, survient Judas, l'un des Douze, et avec lui une bande armée de glaives et de bâtons, venant de la part des grands prêtres, des scribes et des anciens. »

Jésus, au moment de la réalisation des Prophéties, va se préparer mentalement. La prière a toujours conduit Jésus dans ses décisions, et ici, il craint de ne pas être l’homme de la situation. On le comprend les échecs de ses prédecesseurs, tels Judas le Galiléen, son compatriote, invitait à la prudence. De plus, pour assurer sa protection, il laisse en retrait ses disciples, dont deux sont armés, mais ceux-ci sont épuisés. En effet, le repas de Seder aurait mis hors de combat même les plus endurcit. C’est le moment où arrive Judas, accompagnée des gardes du Temple. On pourrait accorder crédit au passage du livre des signes où « une cohorte », en fait sans doute une petite escouade romaine, serait intervenu, au cas où les gardes du Temple aurait été dépassé par les événements, et la suite des événements le démontrent :

« Et aussitôt arrivé, il s'approcha de lui en disant : " Rabbi ", et il lui donna un baiser. Les autres mirent la main sur lui et l'arrêtèrent. Alors l'un des assistants, dégainant son glaive, frappa le serviteur du Grand Prêtre et lui enleva l'oreille. Et, l'abandonnant, ils prirent tous la fuite. »

Judas vient vers Jésus et lui montre son respect, car il lui donne un « baiser », une pratique pratiquée aussi bien en Orient qu’en Occident à l’époque, en particulier dans le Judaïsme et la philosophie grecque entre Maître, le sens de Rabbi, et disciple. Le fait que les gardes du Temple l’arrêtent à ce moment là ne siginifie pas que c’est un signe, il était, comme il le dira lui-même déjà bien connut de ces derniers. Judas les a juste guidé jusqu’au lieu où Jésus restait pendant la nuit. L’arrestation ne se fit pas sans grabuge, comme le montre le cas du pauvre serviteur du Grand Prêtre, dont le livre des signes aurait gardé le nom Malchus. Peut-être son auteur était-il de la caste sacerdotale, mais là j’extrapole. Mais lorsque les disciples virent que c’était inutile, ils prirent la fuite, ce qui pour moi, justifie le fait que Jésus ne leur a jamais annoncé ni sa mort ni sa résurrection, sinon leur réaction aurait été différente.

 

Mais les origines des célébrations du Jeudi saint sont elles plus complexes que le sens qu’à voulu donner Jésus à l’événement. La première attestation de la célébration d'une messe du soir du Jeudi Saint date de 383, et provient des pérégrinations d’Egérie. Elle se déroulait à Jérusalem, où il était devenu habituel de célébrer les événements de la Passion de Jésus dans les lieux où elles avaient eu lieu.

La célébration du Jeudi Saint est attestée à partir du Ve siècle dans les églises d’Occident, à Rome et en Afrique. Une lettre du Pape Innocent I (401-417) à Decentius de Gubbio, témoigne qu’à Rome, il était de coutume de célébrer le Jeudi saint une messe de réconciliation des pénitents (missa pro reconciliatione paenitentium), absous avant l’offertoire. En effet les pénitents qui avaient gravement péché étaient exclus de l'assemblée eucharistique On les réconciliait pour qu'ils puissent participer à l'eucharistie de Pâques. Le "Sacramentaire" du pape Gélase Ier (492-496) contient ainsi un Ordo agentibus publicam poenitentiam. Encore, au Ve siècle, la coutume a aussi été établi de consacrer le Jeudi saint de tous les chrismes nécessaires à l'onction des nouveaux baptisés, tel que le confirme le « Comes Hieronymi », grégorien et gélasien et les sacramentaires de la « Missa Ambrosiani » de Pamelius et l’« Ordo romanus I ».

A Rome, ces messes se déroulaient lors de la journée, mais en Afrique, l'Eucharistie était célébrée après le repas du soir, en conformité avec les circonstances de la dernière Cène. Le Canon 24 du concile de Carthage dispensait le fidèle du jeûne avant la communion du Jeudi Saint, parce que, ce jour-là, il était de coutume de prendre un bain, et les bains rapides étaient considérées comme incompatibles. Augustin, évêque d’Hippone de 396 à 430, lui aussi, parle de cette coutume, il dit même que certaines personnes ne jeûnaient pas ce jour-là, l'offrande était faite deux fois, matin et soir, et de cette façon ceux qui n'avaient pas observé le jeûne pouvait prendre part à l'Eucharistie, après le repas du matin, tandis que ceux qui ont jeûné devait attendre le repas du soir.

La célébration du Jeudi saint s’étend à Jérusalem puis en Gaule où on observé au VIe siècle, le Calicis NatalisNaissance du Calice »), une des premières traces d’une célébration en mémoire du dernier repas de Jésus, la Cène. Les rites ont évolué. Lorsque le carême s'est organisé, les pénitents étaient exclus au début du carême et on leur imposait les cendres, si bien qu’au VIe siècle, à Jérusalem et à Rome, on célèbre deux messes le jeudi saint, une pour clore le Carême, l’autre pour commencer les fêtes pascales. En effet, à Rome, plusieurs cérémonies ont été accessoirement ajoutées au début de cette célébration. Ainsi, au VIIe siècle, à Rome, le Pape célébra une messe de la Cène du Seigneur en ce jour en même temps que la messe de la Réconciliation. En outre, le pape et les évêques célébraient une messe appelée "messe chrismale" vers midi ou ils consacraient les huiles qui servent pour le baptême et l'onction des malades, mais c’était un service pratiqué dans la seule ville de Rome.

En Gaule et à Rome, au VIIIe siècle, les messes étaient au nombre de trois : une pour la réconciliation, une pour la bénédiction des saintes huiles et une troisième pour la dernière Cène. Les deux dernières ont été sous une forme réduite, sans Liturgie de la Parole. Les cérémonies de toute évidence avaient un caractère pratique et s'expliquait aisément par la proximité de la Pâques chrétienne et la nécessité de se préparer pourla célébrer. Le Jeudi saint ne fut donc qu’un jour de préparation au triduum pascal et surtout à la Nuit de Pâques.

 

Il s’était alors étendu au reste de l’Occident au Moyen-Âge, étant connut dans l’Angleterre médiévale comme le Chare Thursday (à partir de l'épuration de l'autel) et en Allemagne comme le Jeudi vert (Grundonnerstag, que ce soit alors le vert des habits usés ou du fait de grunen, "porter le deuil"). Il n’y avait alors plus qu’une messe le matin (950) sur le modèle de la liturgie romaine, et se développent alors les traditions du reposoir où sont déposées les hosties consacrées en vue de la célébration du vendredi saint, et de la procession qui les y porte (surtout du XIII siècle au XVI siècle). La journée était aussi associée à l'Office des Ténèbres encore appelé les Tenebrae, une cérémonie de l'extinction des bougies dans le cadre des préparatifs pour le Vendredi Saint, qui se déroulait dans la soirée. Dans certains pays, en particulier méditerranéens, dont l’Espagne et le Portugal, le symbolisme de réintégration va s'exprimer de la manière la plus visuelle possible dans la liturgie de la réconciliation, le jeudi saint, où l'évêque ramène en farandole les pénitents réconciliés, en tenant par la main le premier d'entre eux tandis que tous les autres se donnent la main.

La cérémonie chrétienne du lavement des pieds a été utilisée à un stade précoce, sans relation à ce jour particulier par exemple dans beaucoup de communautés monastiques. On la trouve chez les moines irlandais au IVème siècle, puis il est passé en Angleterre. C’est le Concile de Tolède, le premier, en 694, qui le prescrit pour le Jeudi saint. Au XIIe siècle, il apparaît dans la liturgie romaine comme un service distinct qui devient un symbole d’humilité royal, qui tel le Christ, sont les serviteurs de leurs sujets. Le roi Édouard III d'Angleterre en 1320 lavait les pieds à cinquante hommes pauvres le Jeudi saint. Depuis Louis IX, la tradition voulait que le roi de France accomplît ce geste envers 12 pauvres au cours de cette messe. Les anciennes règles liturgiques (avant la réforme de la Semaine Sainte en 1956 par Pie XII) prévoyaient qu'il y ait treize hommes. Une treizième personne car il y eut un miracle sous le pape Grégoire Ier le Grand (590-604) lors de cette cérémonie. D'autres versions expliquent cela par la présence de la Vierge Marie ou bien par celle du maître de maison.

C’est le pape Pie V qui inclut ce rite dans son Missel romain en 1570, le plaçant après le texte de la messe de la Cène du Seigneur, mais il n'en fait pas une partie de la messe, et indique qu'il devait avoir lieu « à une heure appropriée »après le décapage des autels.

La réforme pape Pie V interdira d’ailleurs la célébration de la messe après midi, et la Messe de la Cène du Seigneur est devenu une messe le matin et le resta jusqu'à la réforme liturgique de Pie XII en 1955, confirmée par Paul VI (missel romain de 1970), qui rétabli le soir la messe en souvenir de la dernière Cène et insère le rite du lavement des pieds dans la messe. C’est ainsi qu’à été instauré la liturgie actuelle du jeudi saint.

 

Le jeudi saint a lieu, dans l'Église catholique, a lieu, à midi, la messe chrismale, célébré dans la cathédrale par l’évêque et au cours de laquelle il consacre les saintes huiles (des catéchumènes, des infirmes, saint-chrême) qui seront utilisées dans son diocèse en diverses célébration sacramentelles. Mais aujourd’hui, la messe chrismale est de plus en plus souvent célébrée un autre jour que le jeudi saint, ou bien le mercredi dans certains diocèses, et le plus souvent le mardi en France, pour permettre la rencontre de l’évêque avec les prêtres et les fidèles de son diocèse.

De ce fait, actuellement, l'unique messe du Jeudi saint a lieu le soir. Le célébrant porte un ornement blanc. Tous les prêtres y concélèbrent. Les prêtres célébrent afin de rappeler la présence des apôtres autour de la table, présidée par Jésus, et reçoivent du célébrant principal la communion eucharistique, geste qui évoque la première communion des apôtres qui reçurent le pain et le vin consacrés de la main de Jésus. C'est la messe "en mémoire de la Cène du Seigneur", qui est la dernière qui soit célébrée avant la Veillée pascale du Samedi saint. Elle comporte encore des éléments de chacune des deux messes qui marquaient autrefois le jeudi saint : célébration de l’eucharistie, mais surtout « Vigile » des jours saints. La première lecture est le récit de la Paque juive (Exode 12,1-14). L'agneau pascal immolé et mangé au cours du repas de la Paque par les familles d'Israël préfigure le Christ agneau de Dieu immolé sur la croix qui enlève les péchés du monde. La deuxième lecture "Le repas du Seigneur" (1 Cor., 11, 23-26) est le plus ancien récit de l'institution de l'eucharistie. "J'ai reçu du Seigneur, dit St Paul aux Corinthiens, ce qu'à mon tour je vous ai transmis, et puis, on lit l'évangile du lavement des pieds (Jean 13, 5-16). Après la lecture de l’Évangile a lieu la cérémonie du mandatum (« commandement »), au cours de laquelle le célébrant lave symboliquement les pieds de 12 personnes choisies parmi l’assemblée, comme Jésus le fit pour ses disciples, les invitant reproduire ce geste. Dans certains pays comme en Angleterre il embrasse les pieds qu'il a lavé. Pour ce geste symbolique, on choisit parfois des enfants ou des handicapés pour exprimer le service des plus petits. Aux JMJ de Toronto en 2002, 12 jeunes symbolisaient les 12 apôtres.

A la messe de ce jour, le célébrant consacre deux hosties, l'une pour le sacrifice, l'autre pour l'office du lendemain, dans lequel on ne consacre pas. Cette hostie de réserve se nomme les présanctifiés. On la porte solennellement ainsi que les espèces consacrées dans un tabernacle voisin, le reposoir qui figure le sépulcre de Jésus. Le reposoir a parfois été appelé tombeau, peut-être par suite d’une confusion avec des cérémonies d’ensevelissement de la Croix, le vendredi saint, qui se firent en certains monastères. C’est là que l’on dépose les hosties consacrées durant la messe du jeudi saint et qui seront consommées lors de la célébration du vendredi saint. Le reposoir du jeudi saint, dressé dans les églises où ont lieu les célébrations de la Semaine sainte, s’inscrit aussi dans une ancienne tradition prenant en compte l’appel du Jésus à ses Apôtres dans les heures qui, à Gethsémani, suivirent la Cène et précédèrent l’arrestation de Jésus : « Veillez et priez » (Matthieu 26, 41. Marc 14, 38. Luc 22, 46). Nombreux sont les fidèles qui, répondant à l’appel, viennent y prier et adorer le corps du Christ, en méditant l’agonie de Jésus à Gethsémani, en ce jour commémorant l’institution de l’eucharistie à la veille de la Crucifixion, et son appel « Veillez et priez ». Depuis le jeudi saint jusqu'au samedi, après les vêpres, les autels sont dépouillés de leurs ornements, et on ne sonne plus les cloches, en mémoire de la Passion de Jésus.

 

Dans l'Église orthodoxe, trois événements sont rappelés le jeudi saint : le lavement des pieds, la cène mystique et la trahison de Judas. Les vêpres sont suivies de la liturgie de Basile le Grand.

 

Je consacrerai mon prochain article au vendredi saint et je m’y livrerai à nouveau à une étude approfondi sur ses origines et ses aspects.

 

                                                                                                                                                                                                     Freyr1978

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Publié le 20 Avril 2011

9780340964088Après Manga Bible, Ajinbayo Akinsiku (alias Siku) concentre toute son attention sur le récit de la vie de Jésus, et il nous montre dans un manga épique de 300 pages, un Christ comme vous ne l’avez jamais vu, engagé doublé d’un rebelle politique endurci. Jésus ici est plus sombre et maussade, comme Christian Bale dans Batman.

 

Siku veut que le monde entier connaisse Jésus-Christ, mais pas le doux, aux yeux bleus des vieux films hollywoodiens et des bibles illustrées. Pour Akinsiku Jésus est «un samouraï étranger qui vient dans une ville, sous forme de silhouette» pour faire bouger les choses. «Nous présentons les choses d'une façon très effrontée», a déclaré Akinsiku, qui espère devenir un prêtre anglican, et qui est l'auteur de «Manga Bible : De la Genèse à l'Apocalypse». Pour lui : «Le Christ est un homme dur, à la recherche de la révolution et de la révolte, un dur.» J’aime beaucoup cette image, bien plus réaliste que l’apôtre de la paix qui aurait été condamné innocent.

 

Comme nous le voyons ici Siku nous montre un Jésus qui n’avait pas peur de s’affronter aux puissants. Il accueillait les femmes et se montrait compatissant pour les malades et les miséreux, mais Jésus était allé plus loin en tendant une main amicale aux réprouvés : les publicains et les prostituées. Proclamant la proximité et la présence concrète et actuelle du Royaume de Dieu, il s’est révélé comme un maître charismatique et religieux incomparable. Ce Jésus humain mû par l’urgence du «ici et maintenant» connu l’échec de la croix, mais on ne put mettre fin à sa mission grâce à la résurrection, qui sera sa dernière victoire sur les puissants. Aujourd’hui encore la force du message de Jésus fait bouger encore les hommes et en a inspiré beaucoup comme Gandhi ou Martin Luther King.

 

Siku est un illustrateur, directeur artistique et concepteur qui compte plus de dix années d'expérience à la pointe de l'industrie britannique des bandes dessinées. Il est surtout connu pour ses travaux sur Judge Dredd et sur 2000AD. Ses intérêts comprennent la musique, le basket, la théologie chrétienne et la physique quantique (occasionnellement). Il réinventa radicalement les récits de la Bible afin de créer un bon manga, mais en prenant soin de rester dans son interprétation orthodoxe, Siku découvre les vérités que nous avions oublié et apporte un œil nouveau sur les récits de la Bible. Une bonne initiative que j’apprécie.

 

Après tout, Jésus n’était-il pas un messager rebelle comme le dit Jacques Duquesne. Ce manga est à conseiller pour les adolescents et les adultes surtout pour avoir une vision différente et bien plus intéressante de Jésus.

 

Merci !

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Publié le 18 Avril 2011

La Semaine sainte vient de commencer ce dimanche avec la fête des Rameaux, à cette occasion, il convient de rappeller ses origines anciennes, et de parler de la fête des Rameaux qui ouvre cette semaine dans ce premier article. Je me contenterai ici de parler exclusivement de cette fête, du Jeudi Saint, du Vendredi saint et du Samedi saint, qui constitue le point central de cette semaine, et j’en profiterais pour faire des reculs historiques en rapport avec Jésus.

 

La Semaine sainte a plusieurs dénominations. Elle est appelée par les Grecs la « sainte et grande semaine », par les Latins « grande semaine » (hebdomada major) ou « semaine sainte » (hebdomada sancta). Les Russes l’appellent « semaine de la Passion » ; ce nom prête à confusion, car les Latins nomment « semaine de la Passion » (hebdomada Passions) la semaine qui précède le dimanche des Palmes et que les Grecs appellent « semaine des rameaux ».

La première mention de la Semaine Sainte est une allusion indirecte de l’évêque d’Alexandrie (248-265), Denys, dans son épître canonique (260), qui fait référence aux 91 jours de jeûne, ce qui implique que le respect de ces derniers était devenu un usage établi en son temps. La première allusion à la coutume chrétienne de célébrer cette semaine dans son ensemble avec les manifestations spéciales se trouve dans les Constitutions apostoliques (v. 18, 19), datant de la fin du IVe siècle. Dans ce texte, l'abstinence de la chair est commandée pour tous les jours, tandis que pour le vendredi et le dimanche un jeûne absolu est commandé. On y retrouve donc la référence au jeûne de Denys d’Alexandrie. Dans une Homélie de saint Jean Chrysostome, archevêque de Constantinople de 398 à 407, La Semaine sainte est d’ailleurs appelée la Grande Semaine : « Non pas qu'elle ait plus de jours que les autres, ou que les jours y soient composés d'un plus grand nombre d'heures, mais à cause de la grandeur des mystères que l'on y célèbre ». D’après la loi de Gratien et de Théodose de 380 et le code Théodosien de 389 toutes les actions en justice devaient cesser au cours de cette semaine, et les portes de tous les tribunaux de droit être fermé pendant ces 15 jours.

 

Le dimanche des Rameaux, considéré comme l'une des douze grandes fêtes de l'année liturgique, ouvre la Semaine sainte, bien que dans la liturgie orthodoxe, il soit associé à la célébration de la veille : le samedi de Lazare, où l’on célèbre la réanimation de ce dernier.

On célébre lors de cette fête avant tout l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Mais le récit historique primitif n’est pas aussi simple à la lecture. Il faut d’abord savoir que Jésus en allant à Jérusalem tente le tout pour le tout. En 2 ans et demi de prédication, Jésus a connut un succès mitigé. Il a convaincu les foules rurales et les commerçants et artisans de Galilée, dont font partie ses disciples et sa famille, on peut lui prêter une centaine de disciples, peut-être les 120 des Actes des Apôtres, mais il n’est pas parvenu à convaincre les autorités de Galilée, qu’il a dû fuir devant les menaces du tétrarque de Galilée, Hérode Antipas (Luc 13, 31), et celles de Jérusalem, méfiantes envers les Prophètes, surtout de Galilée, où est né la sédition de ceux qu’appelait le Dr Zeitlin, les Pharisiens de l’Apocalypse, autour de Judas le Galiléen. Jésus se doit donc de montrer par des signes qu’il est bien le Messie promis, et que Dieu à travers lui accomplira les prophéties de Zacharie 12 et 14 annonçant la délivrance de la ville sainte, ce qui peut expliquer pourquoi il ne fait pas taire l’aveugle Bartimée à Jéricho lorsqu’il le nomme  « Fils de David ».

D’après le proto-Marc, l’entrée de Jésus à Jérusalem se serait présenté de la manière suivante :

« Quand ils approchent de Jérusalem, en vue de Bethphagé et de Béthanie, près du mont des Oliviers, il envoie deux de ses disciples, en leur disant : " Allez au village qui est en face de vous, et aussitôt, en y pénétrant, vous trouverez, à l'attache, un ânon que personne n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Et si quelqu'un vous dit : "Que faites-vous là ?" dites : "Le Maître en a besoin et aussitôt il va le renvoyer ici. " Ils partirent et on les laissa faire. Ils amènent l'ânon à Jésus et ils mettent sur lui leurs manteaux et il s'assit dessus. Et beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin ; et ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : " Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! " »

Jésus montre d’ores et déjà qu’il se revendique comme le Messie, car le fait qu’il monte sur un âne est une allusion à la prophétie de Zacharie 9, 9 où le Messie serait monté sur un ânon. Mais cette entrée a sans eut moins d’importance qu’il n’y paraît car l’événement s’est probablement déroulé non à Pâque mais lors de la fête des Tentes, en automne, car les disciples utilisent des palmes, utilisés lors de célébration et chantent le Psaume 118, le Hallel, qui contient dans son v. 26 : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » et était chanté aux pèlerins qui entrait dans la ville de Jérusalem. Ce qui explique que les soldats romains n’aient pas réagit car c’était un événement qui se déroulait chaque année.

Ce qui condamna Jésus fut probablement ce qui suivit le fait qu’il provoqua un scandale dans le Temple de Jérusalem. Le récit primitif se serait tenu de cette façon :

« Entré dans le Temple, il se mit à chasser les vendeurs, en leur disant : " Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands ! " »

Ici encore on aurait une allusion aux prophéties par exemple Zacharie 14, 16-19, pour qui au jour de Yahvé, il n’y aurait plus de marchands dans le sanctuaire. En faisant cela, il ne faisait que rappeler la violente attaque du prophète Jérémie (Jérémie 26) contre les prêtres qui les avait accusé d’avoir fait du Temple « une maison de voleurs ». Donc à travers les marchands, il annonce aussi la fin de la mainimise des sadducéens, collaborateurs des Romains, sur le Temple et parmi elles les quatre grandes familles des grands prêtres cités dans le Talmud, qui touchaient une part sur les revenus du commerce du Temple. Mais Jésus ne fut pas le seul à remettre en cause le Temple, un certain Jésus, fils d’Ananie, annonça en 62 lors de la même fête la destruction du Temple, ce qui ne semble pas avoir été le cas de Jésus (Guerre des Juifs 6, 300-310). Il fut finalement saisit par les autorités qui le firent fouetter et le conduisirent devant le procurateur romain Albinus, qui le fit flageller jusqu’au sang et le laissa aller, le considérant comme fou. Mais le geste ne fut peut-être pas aussi violent qu’il n’y paraît, et il ne semble pas y avoir eut de problème avec le capitaine du Temple qui n’aurait pas hésité à l’arrêter. Jésus a peut-être trouvé un compromis avec le Grand Prêtre.

Mais ce qu’il ne faut pas oublier c’est que la remise en cause du Temple pose aussi des problèmes aux gouverneurs romains, car ils n’hésitaient pas à prendre de l’argent dans le Trésor du Temple, comme le fera le préfet de Judée, Ponce Pilate pour bâtir un aqueduc. Quiconque remet en cause celui-ci devient dangereux pour les Romains. Mais contrairement à son homonyme, Jésus n’avait pas l’excuse de la folie.

D’autant que le dernier signe qu’il choisira le condamnera résolument, celui de l’onction de Béthanie qui se présenté ansi dans le récit primitif :

« Comme il se trouvait à Béthanie, chez Simon le lépreux, alors qu'il était à table, une femme vint, avec un flacon d'albâtre contenant un nard pur, de grand prix. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête. Or il y en eut qui s'indignèrent entre eux. Et ils la rudoyaient. Mais Jésus dit : " Laissez-la ; pourquoi la tracassez-vous ? C'est une bonne œuvre qu'elle a accomplie sur moi. »

Mais celui-ci se passe probablement dans une athmosphère de préparation de l’événement Pasacal, six ou deux jours avant. En effet, Jésus ne revendique plus le titre de Messie, il va plus loin, il s’est fait oindre, donc mettant devant le fait accompli les autorités. Cela annonce la libération d’Israël tout comme la fête de la Pâque annonçait celle du peuple juif de l'esclavage en Egypte. Encore un très fort symbole prophétique.

Le Grand Prêtre Caïphe, un homme habile, se doit de réagir, car le préfet de Judée, Pilate, ne lui pardonnera pas ces deux coups d’éclat de Jésus et réagira de manière violente. Mais la condamnation de Jésus ne fait pas l’unanimité au sein du conseil de ce dernier (on ne cite dans le texte primitif de l’évangile de Jean que les grands prêtres), car il est tout de même considéré comme un Prophète (Bethphagé, où il a pris l’ânon, était un village de prêtres, donc il a des partisans parmi eux), et Jésus a de nombreux partisans, auxquels pourraient s’associer les disciples de Judas le Galiléen, mené par ses fils, Simon et Jacob. Le danger est trop grand, il faut agir vite, et avant la fête, qui aurait tendance à plus exciter la foule, donc Caïphe propose aux Sadducéens, la seule solution possible : « il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière ». Donc de le livrer à Pilate. Le sort de Jésus était réglé par pure pragmatisme.

 

Mais la première mention de la célébration de cette fête est plus tardive que l’événement. Comme beaucoup d'autres du même genre, elle fut primitivement propre à l'Eglise de Jérusalem, où il est né au IVe siècle. II est décrit dans la Pérégrination d’Egérie, récit d'un pèlerinage accompli aux lieux saints d'Orient, en 383, par une grande dame, originaire de la Gaule méridionale ou du sud de l’Espagne. Après avoir célébré le samedi, veille du Dimanche des Rameaux, un service dans le sanctuaire dit " Lazarium ", à Béthanie, l'église de Jérusalem invitait, ainsi, les pèlerins à participer à une procession « mimant » l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, en secouant des rameaux, qui était organisé depuis le village de Béthanie (pour la raison précédente) jusqu’à Jérusalem, pour rendre hommage à Jésus. Cyrille de Scythopolis, écrivain du VIe siècle, le mentionne aussi. Dès 397, des palmes étaient, ce dimanche, bénies dans les églises de Mésopotamie. De Jérusalem, cette procession a presque immédiatement été introduite dans la liturgie de la Syrie et l'Egypte et s’est répandu dans presque tout l’Orient e ; cependant cet évènement n'a pas donné lieu à une des douze grandes fêtes liturgiques orientales et Byzance ne l’accueillit que tardivement, et l’abandonna dès le Xe siècle. Les icônes de l'entrée à Jérusalem se sont développées seulement au XVIe et XVIIe siècle. A Rome, pourtant au temps du pape Léon 1er (440-461), le dernier dimanche de Carême est seulement considéré comme le dimanche de la Passion, et il se caractérise par la lecture solennelle de la Passion selon saint Matthieu. Jusqu’à la fin du Xe siècle, la Passion sera l’unique thème de ce dimanche, même si les sacramentaires donnent à ce jour le titre de Dominica in palmas de passione Domini. Et, dans le reste de l’Occident, ce dimanche était réservé pour les cérémonies pré-baptismale, appelés dominica competentium, le dimanche des compétans, parce que ce jour - là les catéchumènes venaient demander à l'évêque la grâce d'être admis au baptème, qui se conférait le dimanche suivant, car le baptême était administré à Pâques, et au début de la solennelle la Semaine Sainte. On leur donnait aussi alors le symbole, afin qu'ils l'apprennent par coeur, et le récitent à l'évêque dans la cérémonie du baptème. On l'appela aussi capitalivium, le dimanche du lavement de tête, parce qu'en ces jours - là on préparait en leur lavant la tête ceux qui devaient être baptisés à Pâque. Quelquefois après on l'appella le dimanche d'indulgence, parce que c'était la coûtume des empereurs et des patriarches de distribuer des dons ce jour - là. C’est l’empereur Théodose qui aurait à l’initiative de ce geste d’après Jean Chrysostome. Coutume qui sera reprise par les empereurs qui lui succéderont, si l’on suit le pape Léon Ier : dans un de ses Sermons : « Les empereurs romains, dit-il, observent déjà depuis longtemps cette sainte institution. » Dans les Capitulaires de Charlemagne, les évêques avaient même le droit d'exiger des juges, pour l'amour de Jésus-Christ, est-il dit, la délivrance des prisonniers dans les jours qui précédaient la Pâque, et de leur interdire, à ces magistrats, l'entrée de l'église, s'ils refusaient d'obéir.

La bénédiction des Rameaux ne s'introduisit que progressivement en Occident, à partir seulement du VIIIe ou du IXe siècle. Les anciens livres liturgiques de l'Église latine, en effet, n'en donnait aucune indication. Cette procession se développa d'abord en Gaule et en Espagne (VIIe – VIIIe siècle). Isidore, évêque de de Séville (601 - 636) mentionne le dies palmarum, l'usage de porter des rameaux à l'église et de crier Hosanna; mais il ne dit rien d'une procession faite en même temps. Amalaire de Metz (775 - 850) en parle mais dans des termes qui ne montrent pas que l'usage fût universel ; et Théodulfe (+ 821), évêque d'Orléans composa l'hymne « Gloria, laus et d'honor ». Elle n’arrivera à Rome qu’à la fin du XIe siècle : l'Eglise accomplit alors dans son rituel du jour la bénédiction des rameaux et la procession des fidèles, issue de la liturgie de Jérusalem. Et répand celle-ci au reste de l’Occident, comme le montre les représentations de l'entrée de Jésus à Jérusalem qu’ont commence à trouver au Xe et XIe siècle.

 

L'expression « Pâques fleuries » a souvent désigné ce jour de manière poétique car ce rameau de buis ou de laurier devait être fleuri. Il est aussi connu sous le nom de dimanche des palmes dans le sud de la France et les pays méditerranéens. C'est pourquoi dans d'autres pays, on parle de dimanche des Palmes. De même, en latin, la langue officielle de l'église catholique, ce jour porte le nom de Dominica in Palmis. On disait aussi Pâques à buis en Picardie, ou bien Hozanne, Dimanche Ozannier dans le Limousin, Dimanche des Paumes en Lorraine (paume est une variante du mot palme).

C'est un dimanche festif, car il célèbre l'entrée du Christ à Jérusalem, où il est accueilli triomphalement par le peuple tenant des palmes. Les fidèles apportent ce jour des rameaux et le prêtre les bénit. Les rameaux que la Pérégrination d’Egérie indique comme portés à Jérusalem étaient ceux du palmier et de l'olivier. L'usage des palmes a été conservé dans les processions de Provence, de l'Italie, dans celles des provinces méridionales de l'Espagne et dans celles du Portugal. Dans la plupart des régions françaises, elles ont été remplacées par le buis, et dans quelques-unes par le laurier, en Bretagne par exemple, et le myrte. En Angleterre, on bénit le saule marceau ; aux Pays-Bas, le houx. Ces rameaux sont ensuite conservés plusieurs mois. Les rameaux verdoyants, signes de vitalité, sont déposés sur les tombes et exposés dans les intérieurs des maisons. On décorait, ainsi en France, les croix de carrefour et des cimetières avec des rameaux : elle portait alors le nom de Croix Hosannière. Le médecin et écrivain humaniste,

François Rabelais (1483/94 - 1553)  parle de la croix Osanière et écrit, en note :

En poictevin est la croix ailleurs dicte Boysseliere, pres laquelle au dimenche des Rameaux l'on chante. Osanna filio David etc.

On l'appelle aussi dans certaines régions croix Buisée, croix Boisée.

Par extension, les croix hosannières désignent les croix des cimetières.

Lorsque, ce jour-là, on se rend à l'église, on reçoit habituellement des rameaux coupés. L'important est que ces branches soient issues d'arbres toujours verts, afin de symboliser l'immortalité du Christ. On les ramène alors souvent pour les tresser et en faire de vraies œuvres d'art. Et le Mercredi des cendres, premier jour de carême, on les brûle pour les réduire en cendre ; et de cette cendre, on fait un signe de croix en disant « repentez-vous et convertissez-vous » ou « vous êtes poussière et vous retournerez poussière ».

Dans le Rite orthodoxe, pour la Procession des Palmes, le célébrant était jadis monté sur un âne. On trouve aussi cette coutume en Italie et en Espagne.

 

Depuis les réformes liturgiques des papes Pie XII (1955) et  Paul VI (1970), la fête des Rameaux commémore également la Passion du Christ, mort sur la croix, dont on fait la lecture après la bénédiction où est lu le récit dé l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (à partir de 1962, la Passion selon saint Matthieu ; puis en 1969, en alternance, celle de saint Matthieu, saint Marc ou saint Luc). D’ailleurs, les vêtements du prêtre pour la cérémonie sont d’un profond rouge écarlate, la couleur du sang, indiquant ainsi le sacrifice suprême rédempteur du Christ qui est entrée dans la ville qui l’a accueilli avant qu’il n’accomplisse sa Passion et sa Résurrection à Jérusalem.

La célébration du dimanche des Rameaux est codifiée par le Missel Romain de 1970. Alors qu’avant 1955, la bénédiction des rameaux se déroulait dans l’église même, la liturgie renouvelée propose la commémoration de l’entrée du Seigneur à Jérusalem à l’extérieur des murs. Elle comprend une oraison et un évangile de l’entrée à Jésus à Jérusalem et une procession d’entrée dans l’église accompagnée de chants. Cette procession permet de retrouver la signification primitive qui consiste dans un cheminement d’un point à un autre. Puis la messe se déroule sans mention des rameaux et comporte la proclamation du récit de la Passion. Cette double liturgie associant le triomphe et la souffrance, constitue une porte d’entrée à la semaine sainte.

Depuis 1985, le dimanche des Rameaux, les catholiques célèbrent aussi la « Journée mondiale de lajeunesse », moment où le pape adresse un message aux jeunes.

 

Mon prochain article sera consacré au Jeudi saint, qui célèbre le dernier repas de Jésus.

 

                                                                                                                                                                                                Freyr1978

 

 

  

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Publié le 13 Avril 2011

9782756011066 1 75 1Après deux bandes dessinées assez réussies sur La Genèse adaptée en deux volumes, Jean-Christophe Camus et Michel Dufranne se sont attaqués à l’Évangile selon saint Matthieu, le plus emblématique des quatre évangiles. Cette excellente bande dessinée est mise en image par Dalibor Talajic (dessin) et Ive Svorcina (couleur). Pour cette adaptation de l’Evangile de Matthieu, les auteurs de cette bande dessinée ont choisi la traduction de Louis Segond, de 1910. Cet album a réclamé une année entière au dessinateur pour avoir le résultat voulu. Cet ouvrage est vraiment très réussi : dessins expressifs, couleurs pastel agréables, paroles du Christ fidèlement reproduites et de fort belles pages comme celles consacrées aux Béatitudes.

 

Dans sa préface à “L’Evangile selon Matthieu”, Frédéric Lenoir, philosophe et directeur du “Monde des religions”, souligne que, “comme le chef-d’œuvre cinématographique de Pasolini, les auteurs ont fait le choix, très heureux, de privilégier la force bouleversante des paroles du Christ […]". Ce qui est un bon choix, car on y voit le Jésus humain : doux et colérique à la fois. Le message rien que le message, et c’est cela qu’on attend du Messie. En gros, un message pour tous et pas besoin d’être croyant.

 

On y voit un Jésus porteur d’une éthique subversive comme le montre le cas des Béatitudes, où l’on y trouve de nombreuses exhortations à renverser les codes établis, à dénoncer les conformismes, à se dégager de toute propriété. Jésus ici n’est ni un docteur universel ni même l’apôtre de la paix que l’on a présenté par la suite. Le message apparaît comme destiné aux plus pauvres, aux marginaux et aux accablés. C’est là sa plus grande audace. La radicalité de son message le rend suspect aux yeux des autorités de son temps, ce qui le conduira à sa mort. L’Evangile selon Matthieu s'inscrit donc bien dans ce climat de tension qui prévalait dans la Palestine d'avant la destruction du Temple.

 

En gros cet ouvrage décrit la vie de Jésus de Nazareth, en tant que Messie. Le texte s'applique à présenter – chronologiquement - les éléments-clés qui, encore aujourd'hui, posent les jalons du christianisme comme la nativité, le baptême, les miracles, les prêches, l'exécution, la résurrection et l'ascension. Il n'en reste pas moins que, en s'accrochant à la lettre au texte, les auteurs n'en distordent en aucun cas le message.

 

«Cet Évangile selon Matthieu en bande dessinée nous offre avec toute sa vigueur originelle le discours de Jésus. Les auteurs ont fait le choix, très heureux, de privilégier la force bouleversante des paroles du Christ. Loin des images pieuses, on découvre ainsi un Jésus provocateur, excessif, parfois colérique, exigeant, toujours soucieux de dénoncer l'hypocrisie religieuse. Le lecteur peu habitué aux textes évangéliques pourra ainsi mesurer l'étonnante modernité de cette parole libre, qui dérange autant les esprits matérialistes que les religieux légalistes. Une parole aux accents universels qui touche croyants comme incroyants, chrétiens comme non chrétiens, et qui rappelle que l'amour est au-dessus de tout, y compris la foi en Dieu.» Tout est dit de cette excellente bande dessinée dans les mots de Frédéric Lenoir qui décrit la force de cet Évangile au message encore très actuel. Le texte est tel qu’il est sans vision dogmatique.

 

Longtemps considéré comme le plus ancien des Évangiles, ce texte serait postérieur à celui de Marc. Néanmoins fondateur, écrit quelques décennies après la mort de Jésus, il énonce la «bonne nouvelle» du Messie, attendue par les Juifs. Cette bande dessinée relève la gageure de croquer la vie de Jésus de Nazareth, de la Nativité à l'Ascension, sans jamais saturer le sens de ses paroles. Une parole libre d'une étonnante modernité.

 

Cette adaptation est une réussite. Fidèle au texte originel, elle sait séduire et émouvoir. Je vous la conseille encore plus vu qu’elle a été déconseillée par famille chrétienne, ce qui prouve la qualité de cet ouvrage.

 

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Publié le 23 Février 2011

affiche matthieuDans notre contexte de crise économique, un film m'a attiré le regard et c'est celui de Pier Paolo Pasolini réalisé en 1964, l'Evangile selon saint Matthieu. Un film dédié à Jean XXIII.

 

Ici pas de vision douce du Christ, on retrouve le discours enflammé de l'Evangile selon saint Matthieu. Pasolini a sans doute été inspiré par ce Christ pacifique qui n'est pas "venu apporter la paix mais le glaive" et qui est venu diviser la famille.

 

Ce Christ est agressif, menaçant, maudissant les puissants, haïssant la mauvaise propriété et menant son combat de façon déterminée, avec la colère de celui qui sait que son combat est juste et qui doit affronter les obstacles qu'on lui dresse sur son chemin. Les discours violents qu'il porte contre les villes comme Capharnaüm, Nazareth ou Jérusalem sont tels qu'on les retrouvent dans cet évangile.

 

Ici le Christ a une mine hagarde de guérillero, prophète exalté, vindicatif, homme du peuple en communion avec tous les révoltés. Le choix de l'acteur pour faire le Christ dans un étudiant espagnol luttant contre le franquisme et le fascisme s'avéra bon pour porter le message si révolutionnaire du Christ.

 

Pasolini devra affronter les intégristes lors de la sortie de son film. Et ces derniers n'utiliseront pas des méthodes très dignes comme lui balancer des oeufs pourris, se bagarrer avec lui ou l'insulter. Des méthodes qui ne grandissent pas ces croyants.

 

Un film très actuel remettant le message du Christ dans son contexte et dans le notre, alors ne vous privez pas de le voir pour ressentir enfin l'enseignement du Christ autrement.

 

Merci !

 

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