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Publié le 19 Juillet 2016

José María Castillo : «L'Église est passé de l'Évangile de Jésus à la religion des prêtres»

José María Castillo dans son article sur periodistadigital.com ce mardi 19 juillet 2016 nous montre qu’il est souvent dit (et il est vrai) que la religion chrétienne a son origine dans Jésus de Nazareth. Comme ils le disent (et il est vrai aussi) que l'Église a fait ses débuts dans la vie et les enseignements de Jésus. Mais il est vrai, comme je viens de le dire, il est que Jésus n a ni fondé (ou créé) une religion, ni fondée (ou créé) une Église.

Comment peut-on trouver une religion venant d'un homme qui a provoqué un conflit meurtrier avec les dirigeants de sa religion, avec le temple, les prêtres, les rituels et les règles que la religion imposait au peuple, de sorte que tout s’est terminé par une condamnation de Jésus comme un criminel subversif ? Et en ce qui concerne l'Église, pas même le Concile Vatican II a osé dire que Jésus était le «fondateur» de l’Église, mais a simplement déclaré qu’elle avait son origine dans la prédication de Jésus sur le Royaume de Dieu (LG 5, 1).

La lecture et l'analyse approfondie des Évangiles montrent clairement que Jésus était un prophète qui a transmis à sa postérité une vie, une manière d'être et d'agir dans ce monde. Une vie qui prend de fait la pratique des trois préoccupations fondamentales que Jésus lui-même a vécu : 1) Santé (histoires de «guérison des malades»), 2) Alimentation (histoires de partage de tables), et 3) Relations humaines (leçons sur «le bonheur, la miséricorde, la justice, le pardon, l'amour ...»).

L'Église a été organisée par la suite suivant la mission de Jésus et elle était présente dans la société de telle sorte que l’élément central et décisif dans sa vie était la lutte contre la souffrance et l' acceptation de toutes sortes de personnes marginalisées, exclues et méprisées, ce fut alors que l'Église se propagea dans tout l'Empire, pour devenir une institution centrale très appréciée à l'époque.

Comme l’a bien expliqué le professeur E.R. Dodds, quand l'Empire a vécu un «temps de détresse» réel (entre la moitié du IIe siècle et le IVe siècle), «l'Église offrait tout le nécessaire pour constituer une sorte de sécurité sociale : soins pour les orphelins et les veuves, traitement des personnes âgées, des handicapés et de personnes sans moyens de subsistance ... ». Dodds ajoute même : «Ils devraient être parmi beaucoup de gens sans-abri, de barbares urbanisés, de paysans qui sont arrivés vers les villes en quête de travail, de soldats libérés, de rentiers ruinés par l'inflation et les esclaves affranchis. Pour toutes ces personnes l'adhésion à la communauté chrétienne devait être le seul moyen de préserver le respect de soi et de donner à la vie un sens. Dans la chaleur de la communauté s’expérimenté la chaleur humaine et il y avait la preuve que quelqu'un s’intéressait à nous, dans ce monde et l'autre».

Au fil du temps, le cœur des préoccupations de l'Église se déplaçait : à la lutte contre les souffrances des pauvres et des exclus, on mit en place et on renforça l'autorité elle-même. Ce qui a entraîné le déplacement de l'Évangile de Jésus à la religion des prêtres. Au centre de l'Église cessa alors d'être dans le service évangélique. Et ce fut, depuis lors, l'église du «pouvoir» qui met - dans la pratique - la soumission des fidèles à la solidarité avec les pauvres, les marginalisés et les exclus.

José María Castillo conclue que la plupart des gens ou des religieux comprennent que mettre en pratique la religion ne peut se faire qu’en suivant l’Évangile de Jésus. Et il se demande si nous nous sommes installés dans notre religion traditionnelle ou si nous allons suivre Jésus ? Une bonne question qui trouve sa réponse en chacun de nous.

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Publié le 15 Mai 2016

La Pentecôte, un récit des Actes des Apôtres qui a besoin d'une relecture

Le récit de la Pentecôte dans Actes 2, 1-42 fait suite au passage qui montre comment la communauté chrétienne commence à s'organiser, mais il y a peu de chance que c'était à Jérusalem, mais plutôt en Galilée, à Capharnaüm dans la maison de Pierre ou à Magdala, dans la maison de Marie de Magdala.

Sont présents dans la chambre haute Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe, Thomas, Barthélémy, Matthieu, Jacques, fils d'Alphée, Simon le Zélote, et Jude, fils de Jacques. Se trouve également parmi eux Marie, la mère de Jésus et les frères de Jésus (Actes 1, 13-14). On cite le remplacement de Judas par Matthias. Il semble que Judas ne s'est pas suicidé et qu'il fait toujours partie des 12, c'est sans doute Pierre que l'on remplace, puisqu'il va devenir le porte parole du groupe. Matthias est choisit par tirage au sort (Actes 1, 23-26), même si cette pratique vient sans doute de l'auteur, car elle est grecque. Il serait plus probable que pour un mouvement synagogal, le vote s'est fait à main lever pour éviter toute contestation. Ce groupe restreint qui devait se composer d'une vingtaine de personnes se base sur l'étude de la Torah, des paroles de Jésus, mais aussi sur la prière et les repas en commun.

L'événement qui va faire bouger le mouvement de Jésus a lieu durant la fête de Chavouot à Jérusalem, lors d'un pèlerinage où se trouvait la communauté chrétienne naissante. Il aurait eu lieu 2 ou 3 ans après la mort de Jésus. Cela n'aurait rien d'étonnant, si Jésus avant de partir leur avait fait savoir que c'est durant cette fête qu'un événement montrerait au grand jour le Royaume des cieux, car ce jour était la célébration de l'Alliance entre Dieu et Moïse, mais aussi celui de l'instauration de la Torah. Durant le Ier siècle, c'était l'un des grands pèlerinages annuels, célébré par certains juifs hellénisés.

Contrairement à ce que dit le texte, ce n'est pas un bruit qui est venu du ciel qui attire les gens devant la maison où logent les vingtaines de personnes qui gardent en mémoire l'enseignement de Jésus. Les gens proches des lieux entendent du bruit (Actes 2, 5-6). Sans doute les personnes à l'intérieur ont déplacé des meubles pour réfléchir, discuter et décider de ce qu'ils allaient faire. Ils sortent ensuite et se mettent à parler la langue des pèlerins (Actes 2, 6-12). Cela n'a rien d'étonnant, vu que les disciples étaient de la classe moyenne comme Jésus (pêcheurs, artisans, voire des notables locaux, un est même publicain, on trouve aussi de riches veuves), et ils devaient savoir parler le grec, langue usitée en Occident et l'araméen en Orient, tandis que l'hébreu était la langue religieuse.

C'est à ce moment-là que Pierre se met en avant avec les 12 apôtres pour faire un discours qui va marquer l'histoire de la chrétienté (Actes 2, 14-36). Il fait un résumé des activités de Jésus qu'il présente comme un prophète charismatique et guérisseur, qui a été livré aux Romains pour être crucifié (Actes 2, 22-24), puis il leur annonce que Dieu a ramené Jésus à la vie (Actes 2, 24-25). Pierre a-t-il eu en tête cette prophétie dans Isaïe 53, 10 pour annoncer la résurrection de Jésus : "Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, il verra une postérité et prolongera ses jours." La résurrection d'un seul homme n'allait pas de soi, puisqu'elle devait être nationale, donc Pierre semble juste indiquer que la résurrection de Jésus est le commencement de celle-ci. Par la suite, Pierre déclare que Jésus est le Messie (Actes 2, 36), un roi qui s'oppose au tout puissant pouvoir de Rome en voulant libérer Israël. Les disciples croient que le grand jour va venir.

La conviction de Pierre semble atteindre une partie de l'auditoire (Actes 2, 37). À ceux qui viennent le voir, il leur dit de changer de vie comme l'a fait Jésus lors de son annonce du Royaume des cieux, un État qui par son existence s'oppose à l'empire romain, et qui devait être proche, puis il leur demande de se faire baptiser, un geste qui est un rite d'initiation pour entrer dans un groupe d'élu et cela montre qu'ils décident de passer dans un stade plus engagé (Actes 2, 38). Ceux qui rejoignent le groupe devaient tout au plus être une dizaine, au lieu des 3000 annoncés dans Actes 2, 41. C'est un début modeste pour le mouvement de Pierre, mais c'est un bon début au vu de comment va se répandre le christianisme par la suite.

Merci et bonne fête de la Pentecôte !

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Publié le 5 Mai 2016

José Antonio Pagola dans un article de periodistadigital.com du jeudi 5 avril nous montre comment bien lire le récit de l’Ascension et le rendre vivant dans l’Église :

«Les Évangiles nous donnent de nombreuses clés pour comprendre comment ont commencé le voyage historique des premières communautés chrétiennes, sans la présence de Jésus en face de ses disciples. Peut-être que ça n'a pas été aussi simple qu'on l’imagine parfois. Comment ont-ils compris et vécu leur relation avec lui, une fois qu'il a disparu de la terre ?

Matthieu ne dit pas un mot de son ascension au ciel. Il termine son évangile avec une scène d'adieu sur une montagne en Galilée où Jésus nous fait cette promesse solennelle : "Sachez que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde." Les disciples n’ont pas à sentir son absence. Jésus est toujours avec eux. Mais comment ?

Luc offre une vue différente. Dans la scène finale de son Évangile, Jésus "est séparé d'eux au ciel." Les disciples doivent accepter avec réalisme la séparation : Jésus vit dans et avec le mystère de Dieu. Mais jusqu'à la "bénédiction" du Père à son Fils. Ses disciples commencent leur voyage protégé par cette bénédiction avec laquelle Jésus a guéri les malades, pardonné les pécheurs et caressé les petits.

L'évangéliste Jean met dans la bouche de Jésus des paroles qui suggèrent une autre clé. Quand il doit quitter ses disciples, Jésus dit : "Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous". La tristesse des disciples est explicable. Ils veulent la sécurité qu'ils ont toujours eue avec Jésus. Est-ce la tentation de vivre puérilement sous la protection du Maître.

La réponse de Jésus montre une sage pédagogie. Son absence va augmenter la maturité de ses adeptes. Il laisse l'empreinte de son Esprit. Celui qui, en son absence, promeut la croissance responsable et adulte qui sera la nôtre. Il est bon de rappeler un temps où semble grandir parmi nous la crainte de la créativité, la tentation de l’immobilisme ou la nostalgie pour le christianisme pensé pour un autre temps et une autre culture.

Les chrétiens ont chuté de plus d'une fois à travers l’histoire à la tentation de vivre la suite de Jésus puérilement. La fête de l'Ascension du Seigneur nous montre qu’après la présence historique de Jésus, nous rappelle que nous vivons dans l’esprit du temps "de la créativité et de croissance responsable. L'Esprit ne fournit pas aux adeptes des recettes éternelles de Jésus". Il nous donne la lumière et l’encouragement à aller chercher des nouvelles pistes pour reproduire sa performance aujourd'hui. Et il nous conduit dans toute la vérité de Jésus.»

Serons-nous aussi participer à la créativité et à la croissance responsable que nous demande Jésus, c’est possible en abandonnant l’Église forteresse et en se risquant à aller vers le monde.

Merci !

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Publié le 10 Avril 2016

La pêche miraculeuse, un récit symbolique qui indique le bon gouvernement de l’Église

Nous avons vu ce dimanche l’épisode de la pêche miraculeuse dans Jean 21,1-24. Et son intérêt réside dans une partie du texte qui mets en opposition la dynamique de l’Église des auteurs de l’évangile de Jean avec ses pratiques égalitaires où même les femmes disciples jouaient comme le montre l’apparition de Jésus à Marie de Magdala dans Jean 20,11-18, qui veut jouer un rôle en s’attachant à un compromis avec communautés pétriniennes et pauliennes qui se sont institutionnalisés et dogmatisés, tout montrant une autre image plus ouverte de l’Église.

Nous nous centrerons sur la partie où l’on voit la primauté de Pierre dans Jean 21,15-17, qui semble avoir été accepté par la communauté johannique mais pas dans le sens dont la conçoivent les communautés pétriniennes et pauliennes. Jésus va demander à Pierre à trois reprise : «Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?» Cela peut revenir sur son reniement à trois reprises dans les évangiles synoptiques, mais c’est bien plus que cela, à travers cette question. Jésus ne demande pas si l’aime seulement, mais s’il est capable lui aussi d’aimer. C’est sans doute une demande de la communauté johannique qui souhaite que la primauté pétrinienne se fasse dans l’amour de tous les frères et non sur un mur dogmatique. Elle souhaite une Église qui accueille.

Jésus lui demande aussi à trois reprises : «Pais mes brebis». Jésus souhaite que Pierre soit un pasteur et pas un dirigeant politique. Mais ce pasteur ne doit pas être un mercenaire qui abandonne ses brebis aux loups comme le montre Jésus dans Jésus 10, 13-13, mais plutôt un bon pasteur comme le montre Jean 10,14-16, qui connaît ses brebis et que ces dernières connaissent aussi, il va même vers celles qui ne sont pas dans l’enclos et il est prêt à se sacrifier pour elle. La communauté de Jean invite les communautés chrétiennes et plus particulièrement leurs chefs à s’ouvrir aux autres et à ne pas abandonner ceux qui ne sont plus dans l’enclos, mais aussi à bien connaître leurs membres et à les accompagner avec amour durant toute leur vie.

Enfin, quand Pierre demande à Jésus ce que va devenir le disciple que Jésus aimait dans Jean 21,21 : «Seigneur, et lui ?» Il lui dira qu’il veut qu’il demeure jusqu’à ce qu’il revienne, mais cette formulation est des plus symbolique car demeurer veut aussi dire que la foi doit rester forte et sans fanatisme dans ces communautés malgré les vexations qu’elles peuvent subir des chefs des autres communautés et les difficultés à trouver leur place. La fin du texte va plus loin quand l’auteur dit qui témoigne de ces faits et qu’il les a écrits (Jean 21,24), pour montrer aux communautés pétriniennes et pauliennes que le témoignage de la communauté johannique est aussi valable que le sien, et qu’elles doivent accepter des conceptions différentes des leurs. L’acceptation des différences serait une excellente chose dans notre Église où il y a trop d’hommes de pouvoirs et de docteurs de la loi.

Quand Jésus dit à deux reprises «Suis-moi» à Pierre dans Jean 21, 19 et Jean 21,22, serons nous aussi capable de suivre Jésus pour former des communautés où l’amour est central, ouverte aux autres même à ceux qui se sont éloignés, de demeurer dans la foi et d’accepter les différences. Ce n’est pas impossible, mais pour cela il faut débrancher nos préjugés et nos certitudes pour que l’Église soit réellement une communauté de croyants.

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Publié le 25 Mars 2016

Vendredi Saint : la crucifixion de Jésus une mort des plus politique

Comme le montre Libération.fr, le pape François a lavé jeudi 24 mars 2016 les pieds de onze migrants de confession chrétienne, musulmane ou hindoue et d’une employée de leur centre d’hébergement près de Rome, témoignant de la priorité qu’il accorde à l’accueil. Dans une courte homélie improvisée, le pape a opposé ce geste de «fraternité» au «geste de guerre, de destruction» commis mardi à Bruxelles, où des attentats ont fait 31 morts et près de 300 blessés. «Derrière ce geste, il y a les fabricants, les marchands d’armes, qui veulent le sang, pas la paix, qui veulent la guerre, pas la fraternité», a-t-il dénoncé. «Nous sommes différents, nous avons des cultures et des religions différentes. Mais nous sommes frères et nous voulons vivre en paix, et tel est le geste que je fais avec vous», a-t-il insisté avant de demander aux centaines de demandeurs d’asile présents d’échanger «un geste de fraternité».

Après ce geste louable du pape François pour nous rappeler que les migrants sont toujours là et que nous ne voyons pas ignorer leur situation, nous allons voir aujourd’hui d’un peu plus près la crucifixion de Jésus. Dans ElComercio.pe le jeudi, Douglas Boin signale que «les témoignages bibliques qui accusent les Juifs sont une distraction essayant de jeter les historiens sur un mauvais chemin.» Encore une fois il y a un consensus parmi les chercheurs : si Jésus a été condamné à la crucifixion, ce devait être pour des crimes qui causaient une méthode d'exécution aussi extrême : la sédition, défier la puissance de Rome, ou une insurrection contre l'État. Et un gouverneur romain comme Ponce Pilate ne pouvait pas hésiter un instant à appliquer ce châtiment. Le fait que, selon certains des Évangiles, il a été exécuté avec les voleurs, «nous pouvons parler de rebelles» comme Savage le précise, confirme cette thèse. Simon Sebag Montefiore écrit dans «Jérusalem. A Biography» : «Les Évangiles, écrites ou modifiées après la destruction du Temple en 70, accusent les Juifs et acquittent les Romains, désireux de montrer leur fidélité à l'Empire Cependant, les accusations portées contre Jésus et la punition elle-même disent le contraire. Elles racontent leur propre histoire : c’était une opération romaine».

Comme le montre debate.com.mx, selon une étude réalisée par le médecin légiste Frederick Zugibe, qui enquêta sur la mort de Jésus il y a plus de 30 ans, Jésus serait mort d'un arrêt cardiaque en raison de chocs causés par les saignements des cils et la lance un soldat romain qui lui perça le côté droit, le touchant au poumon et au cœur. D'autres recherches suggèrent que la crucifixion de Jésus dura trois heures à la mort, mais dans le cadre de son calvaire subi une hypovolémie, une diminution des fluides sanguins dans tout le corps en raison de saignements multiples et de déshydratation, en plus d'énormes maux de tête et de crampes. Complètement nu devant la foule, la douleur et les dommages causés par la crucifixion ont été conçus pour être si intense que l'on devait sans cesse lutter pour éviter la mort, mais cela pouvait durer des jours sans aucun soulagement. Selon le Dr Frederick Zugibe, les mains étaient clouées à la nervure médiane avec un clou qui peut causer une douleur tellement forte que même la morphine n’aiderait pas à la soulager; la douleur intense, horriblement brûlante, comme un éclair à travers le bras. La rupture du nerf pied plantaire avec un clou avait un effet terrible aussi. En outre, la position du corps sur une traverse, rendait la respiration extrêmement difficile.

Je laisse le dernier mot à Luis G. Collazo dans sa tribune «El Jesus crucificado» dans ElNuevoDia.com : «Jésus crucifié remet la conversion à des structures et des systèmes qui sont en retard sur le vrai progrès humain. Ils sont appelés à devenir le Royaume de Dieu et rendre sa justice pour promouvoir une répartition équitable des biens matériels, ce qui contribuera à la guérison de la terre, au lieu de cela ils donnent une économie de marché néolibérale; les progrès de la construction d'une richesse fondée sur le bien commun, la démilitarisation et la ‘transformation des armes en outils agricoles’, la promotion du dialogue et de pardon, au lieu de cela on cautionne les dettes des pays pauvres plutôt que d'assurer le ‘pain quotidien’ pour tout le monde. En fin de compte, le Crucifié, a donné sa vie ‘pour l'amour du monde’. Il a annoncé un Royaume de Dieu pour ‘tous’. Il s’offre comme un holocauste révolutionnaire pour ouvrir à nouveau l’espérance et y dénoncer toute la nécrophilie abominable; toute la xénophobie; mettant en avant la Xénophilie pour tous; rendant toute discrimination absurde; tout génocide et toute action qui annule la glorieuse manifestation du bonheur vaines. La croix nous dit que finalement, que les forces du mal ne prévaudront pas.»

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Publié le 24 Mars 2016

Les femmes dans la table, le mythe du Jésus végétalien et d’autres secrets autour de la Dernière Cène

Iker Morán dans son article du mardi 22 mars 2016 dans blogs.20minutos.es nous montre l'un des plus célèbres repas de l’histoire, et il reste 20 siècles plus tard un sujet qui génère toutes sortes de débats. Qu'est-ce qu'ils ont mangé ? Quand a eu lieu le dîner ? Qui était là ? Et même une autre théorie folle sur un Jésus végétarien ou végétalien alimente chaque année à Pâques une discussion qui ne prend pas fin. En fait, il est presque impossible de savoir avec certitude ce que Jésus mangeait avec ses disciples lors de la dernière Cène, parce que les seules références qui pourraient être considérés comme directes sont les textes évangéliques qui mettent tout l'accent sur le symbolisme et n’ s’occupent nullement du côté le culinaire. Mais malgré les inconnues, s'il y a quelqu'un qui connaît le sujet c'est Miguel Angel Almodovar.

Un journaliste et un animateur, a parlé largement du sujet gastronomique le plus débattu de tous les temps à travers ses études historiques sur qui a inspiré plusieurs documentaires sur History Channel et Canal Cocina, où les chefs de renom réinterprètent le menu ce soir-là. Une série que année reprend cette Mario Sandoval. Auteur de La última Cena (Oberon, Anaya), l’auteur de l’article a parlé avec lui, afin que de dévoiler quelques-uns des mystères de la soirée sans étoiles Michelin, mais avec beaucoup de poids historique et religieux. Et, plus de 2000 ans plus tard, ce repas nous montre qu'il ya des choses qui peuvent encore nous surprendre.

Les femmes au dîner ? Bien que nous connaissons le rôle secondaire que l'Église et de l'histoire officielle du christianisme ont donné à la femme, il semble que le dernier reps de Jésus avait peu à voir avec la rencontre entre hommes que l’on représente traditionnellement. «Nous savons que Jésus arrive à Jérusalem accompagné de plusieurs femmes : Marie, sa mère; Marie de Cléophas, probablement sa tante; Jeanne, épouse de Chouza, l'intendant d’Hérode; Marie la mère de Jacques le Mineur; bien sûr, sa disciple préféré, Marie de Magdala; et d'autres», explique l'auteur de La última Cena. «Il fait peu de sens que Jésus lors de cette nuit transcendantale leur disent d’aller dîner à un burger, parce qu'il doit résoudre des problèmes avec quelques-uns de ses disciples.» En outre, un fait strictement historique est qu’à ce dîner de Pâques, un des rituels juifs et commémoratives les plus importants, il est peu probable que les femmes ne soient pas là, car elles devaient être là pour lire les textes sacrés qui portent strictement sur l’épisode biblique. En règle générale, les femmes cuisinent et les hommes servent puis prennent leur retraite du service, et donc les femmes doivent donc être là à la dernière Cène.

Juste 12 ? C’est une autre idée qui a survécu jusqu'à ce jour, mais Miguel Angel Almodovar démontre que ce n’est pas le cas. "Douze est un nombre qui correspond à la numérologie mystique, se référant aux douze fils de Jacob, qui sont la semence des douze tribus d'Israël, et les douze portes de la Nouvelle Jérusalem ou à la Jérusalem Céleste. Au dîner, les invités ont pu être douze ou trente-deux, parce que nous savons que il y avait beaucoup de personnes qui ont suivi Jésus. "

Aucun agneau ? Pour toute personne qui se demande comment était le dîner avait ce jour-là, il faut sans aucun doute inclure l'agneau parmi les plats servis. "La substance du menu est qu'il n'y avait pas de Pâque sans rôti d'agneau", corrige l'auteur du livre. "Dans l'Évangile de Jean et les enquêtes du dîner de Joseph Aloïs Ratzinger, le pape émérite Benoît XVI n'a pas pris place à Pâques, mais à la veille ou avant-hier, et l'agneau ne pouvait s’acheter dans le Temple et était rituellement sacrifié jour correspondant".

Le menu authentique ? S'il n'y avait pas d’agneau, ce qui a été servi ce soir -là ? Almodóvar explique sur la base de ses conclusions sur la cuisine de l'époque et des références sur le sujet, selon toute probabilité, le menu de la dernière Cène inclut le matsot ou des gâteaux de pain sans levain, à savoir, azyme, rappelant le fait que Israélites n’avaient pas eu le temps de préparer du pain levé quand ils partirent hors d’Égypte, sur indication de Dieu.

Ensuite, nous devrions avoir le Karpas, qui est une sorte de salade d'herbes amères, évoquant la désolation et les larmes versées par les Israélites pendant leur séjour en Égypte, et qui peut être composé de céleri, de laitue romaine, de pousses de radis épicés ou maror, d’endive, de cresson et de persil. Puis vient un poisson d'eau douce du fleuve du Jourdain ou de la mer de Galilée, de la sauce préparée avec un goût amer, comme c’était d'usage à l'époque. Puis, en l'absence de l'agneau, ils auraient servi une caille farcie de miel cuite, des dattes, des raisins secs, des noix de pin, de la sauge, de l'ail et du persil, un plat très populaire pendant le règne d'Hérode et que pouvaient se permettre les classes inférieures.

Le dernier élément sur​​ le menu était le charoseth, qui rappelle la boue ou le mortier que les Juifs utilisaient pour construire des briques dans le pays d'Égypte, une sauce plus ou moins épaisse, mais toujours avec la texture nécessaire pour qu’elle soit mangé avec les doigts, comme on le fait indéfectiblement à ce moment-là, à la base de pomme séchée, de raisins secs, de figues sèches ou de pain aux figues, des bâtons de cannelle, des abricots secs, des noix hachées, du gingembre, du miel et du vin.

Des plats qu’Almodóvar a reproduits dans son livre avec l'aide de chefs comme Ramón Freixa et Paco Roncero, y compris des recettes pour ceux qui oseraient se préparer chez eux leur Dernière Cène particulaire.

Le vin du dîner ? Il faut savoir qu’il était d’une teinte rouge d'une variété primitive de l’actuel syrah, un vin très tannique (micro-substances issues de la peau ou des pépins des raisins qui confèrent une certaine âpreté au vin rouge), rugueux et d’un ton élevé, quatre boissons étaient servis et qui, de façon à parler, était «offert» ou «rose» selon le rituel. À la dernière Cène, pour atteindre la troisième coupe, Jésus, au lieu de répéter la formule traditionnelle, a déclaré : «Cette coupe est l’alliance nouvelle en mon sang; Vous ferez cela en mémoire de moi».

Jésus végétarien ou végétalien? Bien que cela puisse paraître assez surréaliste, il y a ceux qui défendent cette idée. «En fait, tous les végétaliens militants ont des théories, comme le prêtre romain Mario Canciani ou l’italo-allemande bénédictine Bargi Pixner, entre autres, qui prennent les textes bibliques comme des radis par les feuilles qui leur conviennent», fait valoir Almodóvar. C’est quelque chose qui est apparemment pas trop soutenu : «Dans les quatre évangiles canoniques, Jésus montre à plusieurs reprises son peu de respect des normes alimentaires mosaïques et il est également plus évident que le poisson forme une partie importante de son alimentation quotidienne».

Comme nous pouvons le voir le dernier repas de Jésus livre des surprise et nous montre une célébration festive où les femmes avaient un rôle important.

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Publié le 26 Décembre 2015

Olivier Rogeau dans son article du vendredi 25 décembre 2015 pour LeVif.be nous montre que selon l'historien Simon Claude Mimouni, Jésus a lui-même fondé une communauté urbaine à Jérusalem, entreprise qui va redémarrer après sa mort sous l'impulsion de son frère Jacques. Une thèse qui rompt avec la théologie des Actes des apôtres.

À Jérusalem, la mort infâmante de Jésus sur la croix a jeté le désarroi parmi ses disciples. Les propos désabusés que l'auteur de l'Évangile selon Luc prête aux disciples d'Emmaüs traduisent leur état d'esprit : "Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël..." (Lc 24,19). Les exégètes ont tendance à considérer que Jésus n'aurait été qu'un épisode sans lendemain, un échec parmi d'autres dans l'histoire des mouvements prophétiques ou messianiques de l'époque, si un phénomène exceptionnel ne s'était pas produit dans l'esprit des disciples : l'exaltation et la résurrection de leur Maître. C'est la croyance fondatrice de ce qui deviendra le christianisme. Jésus assume ainsi une destinée semblable à celle des prophètes souffrants et persécutés, modèles qui ne manquent pas dans la tradition judéenne. Dans ce cas, le "génie" du christianisme est un inconnu : on ne sait pas qui, parmi les proches du crucifié, a eu le premier l'idée de donner à croire qu'il a été "revivifié", pour employer le langage de l'époque.

On peut toutefois envisager tout autrement le lien qui s'établit entre Jésus et son entourage après la crucifixion : les apôtres ne feraient que continuer l'œuvre fondatrice de leur Maître. Le véritable fondateur de la communauté préchrétienne de Jérusalem serait donc Jésus lui-même. C'est la thèse défendue par Simon Claude Mimouni, titulaire de la chaire Origines du christianisme à l'Ecole pratique des Hautes études de Paris et auteur de plusieurs ouvrages sur cette communauté (Jacques le Juste, frère de Jésus de Nazareth, Bayard, 2015; Le christianisme des origines à Constantin, avec Pierre Maraval, PUF, 2006; Les Chrétiens d'origine juive dans l'Antiquité, Albin Michel, 2004.).

Le Vif/L'Express : Comment est né le mouvement chrétien ?

Simon Claude Mimouni : Pour la plupart des critiques, le Messie n'a pas organisé grand-chose de son vivant. Les vrais fondateurs de la communauté qui deviendra plus tard le christianisme sont, estiment-ils, Paul de Tarse, l'apôtre Pierre ou Jacques le Juste. Pourtant, on voit mal, à l'époque comme aujourd'hui, comment un groupe pourrait survivre à son leader charismatique sans qu'un embryon de communauté ait été créé du vivant de ce chef. Cela dit, ce groupe ne comptait peut-être qu'une douzaine de membres ou familles, soit la taille d'une petite synagogue contemporaine à Bruxelles ou Paris.

Quels éléments incitent à penser que la communauté de Jérusalem a été fondée par Jésus lui-même ?

Seule l'existence d'une communauté du vivant de Jésus permet de comprendre la prise en charge du corps du crucifié après sa mort. Elle explique aussi le retour des disciples à Jérusalem après un temps de dispersion. Ce groupe est à l'origine de la représentation traditionnelle de l'exaltation et de la résurrection, car il a refusé d'admettre la disparition définitive de son chef, en qui il avait mis tant d'espoir. La tradition évangélique du tombeau vide trouvé par les femmes et celle des apparitions de Jésus sur la route d'Emmaüs ou en Galilée sont manifestement postérieures au retour des disciples à Jérusalem et à la croyance en la résurrection.

Qu'en concluez-vous ?

Que Jésus n'est pas seulement à l'origine d'un mouvement prophétique itinérant en Galilée. Il est aussi le fondateur d'une communauté urbaine à Jérusalem. Le rabbi de Nazareth donne à cette association, similaire à tant d'autres dans la société judéenne du Ier siècle, une dimension messianique et une perspective eschatologique : l'avènement du "Royaume" ou du "Règne de Dieu". Lancée peu avant la condamnation de Jésus, l'entreprise va être poursuivie, non sans hésitations, par ses disciples revenus à Jérusalem. Plus précisément, il va y avoir un redémarrage, sous la direction de membres de la famille du condamné, avec à leur tête Jacques le Juste.

Jacques le Juste, et non par l'apôtre Pierre ?

Au regard de la documentation dont on dispose, ce redémarrage peut être attribué à Jacques le Juste ou à Pierre. Je penche pour Jacques, qui a bénéficié d'une apparition de Jésus attestée non seulement dans la littérature canonique, mais aussi dans les textes apocryphes, ces écrits non retenus par l'Église. Plusieurs Pères de l'Église affirment eux-mêmes que Jacques a été le premier responsable de la communauté de Jérusalem après la mort du Christ. Il n'y a aucune raison de négliger leurs témoignages. Par ailleurs, situer la fondation de l'entreprise avant la Passion, et non après la Pentecôte, c'est placer cette création du côté du Jésus de l'histoire, du Jésus "réel", et non du Jésus de la tradition, de la foi. En considérant Jésus comme le fondateur de l'entreprise, on le réintroduit dans une dimension historique, celle d'avant la résurrection.

L'auteur des Actes des apôtres ne dit-il pas que la communauté a été fondée à la Pentecôte, avec la descente de l'Esprit Saint ?

Cette présentation relève de la théologie. Le texte de Luc vise à mettre une distance entre le Jésus de l'histoire et celui de la tradition, entre l'époque du ministère de Jésus et celle des apôtres. Les Actes distinguent le temps ascendant et le temps descendant : la montée du Messie au ciel, qui permet la descente de l'Esprit Saint sur terre. Faire commencer l'histoire de la communauté de Jérusalem après la résurrection est une construction destinée à montrer que le fondateur est toujours vivant. En fait, c'est au moment de son entrée et de son séjour dans la ville sainte que Jésus peut être reconnu dans sa messianité et l'a sans doute été, et c'est à Jérusalem qu'il peut fonder sa communauté et l'a sans doute fondée. Cela dit, cette entreprise n'est pas directement à l'origine de l'Église, dont l'émergence va nécessiter des siècles de gestation.

Que sait-on encore sur cette première communauté judéo-chrétienne ?

Le lieu où elle se rassemble est désigné, dans les Évangiles et les Actes, par l'expression "chambre haute". La communauté de Jérusalem a été fondée dans une maison du quartier du mont Sion, non loin du Temple. Le site, désigné habituellement comme une synagogue judéo-chrétienne, paraît avoir subsisté jusqu'au IVe siècle.

Que devient la communauté de Jérusalem au cours du Ier siècle ?

De la mort de Jésus, vers l'an 30 de notre ère, à la lapidation du diacre Étienne, chef du groupe des judéo-chrétiens hellénistes, vers 36-37, l'histoire du mouvement créé par le Nazaréen se confond avec la communauté établie dans la ville sainte. Ce qui n'exclut pas l'existence de communautés semblables en Galilée ou ailleurs. Jusqu'à la mort de Jacques le Juste, lapidé en 62, cette situation perdure, mais dans une moindre mesure, vu le développement des fondations pauliniennes en Asie mineure et en Grèce. Par la suite, la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem, appelée "nazôréenne", se trouve de plus en plus marginalisée à l'intérieur de la mouvance chrétienne, mais aussi au sein même de l'ethnicité judéenne.

Quand se marque cet affaiblissement des Nazôréens ?

Il est manifeste après le départ de la communauté chrétienne pour Pella, ville de la Décapole, à l'est du Jourdain, vers 68 de notre ère, lors de la première révolte juive contre Rome. Il s'accentue quand la communauté revient à Jérusalem, vers 74. Au IIe siècle, la marginalisation du mouvement nazoréen par les chrétiens d'origine païenne ne conduit pas à sa disparition totale : tant bien que mal, les Nazôréens subsistent, même si nous manquons de documents pour l'attester.

L'hypothèse que la communauté chrétienne existait déjà sous la forme d'un petit mouvement synagogal autour de Jésus et de ses frères permet aussi d'expliquer pourquoi on verrait un mouvement déjà bien organise comme le montre les Actes des Apôtres. Très intéressant.

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Publié le 22 Décembre 2015

Le journaliste Olivier Rogeau, dans un article dans LeVif.be du dimanche 20 décembre 2015 nous montre que la thèse de l'émergence d'un "christianisme dynastique" séduit les exégètes. En clair, des membres de la famille de Jésus - Jacques le Juste, Siméon... - auraient dirigé la communauté judéo-chrétienne, et non les Douze.

La succession de Jésus à la tête de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem pose question. A-t-elle été "apostolique", comme l'affirme la tradition de l'Église (Jésus aurait transmis aux apôtres son autorité et ses pouvoirs) ? Ou "dynastique", comme le suggèrent des écrits du IIe siècle consignés par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique ? Ces passages, tirés essentiellement d'Hégésippe, écrivain converti au christianisme (né vers 115 à Jérusalem, mort en 180), précisent que Jacques le Juste, "frère de Jésus", et non Pierre, porte-parole des Douze, a reçu des apôtres l'administration de la communauté de Jérusalem. Ils indiquent aussi qu'après Jacques, exécuté par lapidation en l'an 62, un autre membre de la famille de Jésus a dirigé la communauté : un certain Siméon, qualifié de cousin du prophète galiléen.

Ce Siméon serait le fils de Marie, une tante de Jésus, et de Clopas, frère du charpentier Joseph, le père du rabbi de Nazareth. Une réunion a eu lieu à Jérusalem avant la destruction de la ville sainte, en 70. Siméon a été désigné nouveau responsable de la communauté par un collège composé de parents de Jésus, d'apôtres et autres disciples. On lui aurait même accordé le titre d'"évêque". S'il a été choisi, c'est en raison de sa parenté avec Jésus, conviennent les exégètes. En revanche, on ne sait si Justus, le successeur de Siméon, est lui aussi issu de la famille du prophète, comme le prétendent certaines sources. Selon Eusèbe, des petits-fils de Jude, "frère du Seigneur selon la chair", ont été persécutés sous l'empereur Domitien, à la fin du Ier siècle. Le messianisme, idéologie aux accents libérateurs, était alors redouté par les autorités romaines.

Certains auteurs qualifient la direction de l'Église de Jérusalem, voire celle de l'ensemble des premières communautés chrétiennes créées en Palestine, de "califat chrétien". L'expression est, bien sûr, anachronique et relève du monde musulman : le califat a été institué à la mort de Mahomet, en 632, pour remplacer le Prophète à la tête de son État, les deux premiers califes étant ses beaux-pères, le troisième un aristocrate mecquois et le quatrième, Ali, un cousin et gendre du fondateur de l'islam.

La thèse du "califat chrétien" a été proposée, pour la première fois, en 1910 par Adolf von Harnack. Elle a été reprise en 1923 par Eduard Meyer, puis développée par d'autres auteurs dans la seconde moitié du XXe siècle. Selon eux, le mouvement chrétien aurait été dirigé par des membres de la famille de Jésus au moins jusqu'en 107-108, voire jusqu'en 135. Jacques le Juste aurait été placé à la tête de la communauté de Jérusalem précisément en raison de sa parenté avec Jésus. Ce scénario serait conforme aux usages héréditaires qui prévalent dans la société judéenne palestinienne au tournant de notre ère, notamment lors de la désignation des grands prêtres. Le théologien protestant Christian Grappe a avancé, dans sa thèse - D'un Temple à l'autre. Pierre et l'Eglise primitive de Jérusalem (1992) - , des parallèles entre ce christianisme dynastique et des traditions similaires observées chez les musulmans, les mormons et les kimbanguistes congolais. Le choix de Jacques "frère de Jésus" comme chef de la communauté judéo-chrétienne illustrerait, selon l'auteur, "les vertus du charisme héréditaire".

De même, l'historien Simon Claude Mimouni, auteur de Jacques le Juste, frère de Jésus de Nazareth (Bayard, 2015), estime que la survivance du mouvement de Jésus n'est pas forcément due à ses disciples : "Les parents du condamné semblent avoir assuré cette survivance, ce qui impose de leur accorder une certaine primauté. On peut comparer le mouvement de Jésus à celui de Judas de Galilée ou de Gamala. Ce groupe-là a émergé en 4 avant notre ère et a survécu jusqu'en 74 de notre ère grâce aux descendants de son fondateur, qui se sont succédés à sa tête. En 66, l'un d'entre eux, Menahem, a d'ailleurs cherché à se faire reconnaître comme messie. Hormis les Actes des apôtres, les sources sont unanimes pour considérer que Jacques a été le successeur immédiat de Jésus à la tête de la communauté." D'autres exégètes penchent pour une responsabilité partagée jusqu'au départ de Pierre de Jérusalem, en 43 ou 44. Une certitude : Jacques a été la figure emblématique des chrétiens d'origine judéenne, marginalisés à partir de 70 de notre ère. En triomphant au IVe siècle, les chrétiens d'origine grecque auraient éliminé de nombreux documents relatifs à la succession dynastique.

Olivier Rogeau nous parle aussi de Jacques, le frère de Jésus dans une autre partie sous le titre de "JACQUES LE JUSTE, ASCÈTE AUX IDÉES RIGORISTES", dans laquelle il nous parle d'une tradition du IIe siècle, conservée par Eusèbe de Césarée, qui présente Jacques le Juste, frère de Jésus, comme un ascète, observant scrupuleusement la Loi et admiré du peuple pour sa piété. Il ne boit ni vin ni boisson fermentée, ne prend pas de bain et n'utilise pour son corps ni le rasoir, ni l'huile. "C'est sans doute pour cette raison que Paul, lors de son dernier séjour à Jérusalem, est obligé d'observer un rituel de purification pour se faire accréditer auprès de la communauté chrétienne, dont les règles paraissent très strictes en la matière", commente l'historien Simon Claude Mimouni. Hégésippe, l'auteur cité par Eusèbe, raconte encore que Jacques est qualifié de "Juste" depuis l'époque de Jésus et qu'il a la permission, tel un grand prêtre, d'entrer dans le "saint des saints" du Temple de Jérusalem, où il se rend seul pour prier à genoux.

Au plus tard après la dispersion des Douze, Jacques le Juste est considéré comme le véritable responsable de la communauté judéo-chrétienne. Pendant les deux ou trois décennies de son mandat, il tente de maintenir l'unité des églises locales, qui se multiplient. En s'appuyant sur un cercle d'Anciens, il fait reconnaître l'autorité de l'Église de Jérusalem. Il accepte un compromis sur les conditions à poser à la conversion des non-juifs - les païens adeptes du Messie ne doivent pas se soumettre à la circoncision -, mais impose le respect des lois de pureté alimentaire. Ainsi, à Antioche, Pierre et Barnabé avaient accepté la communauté de table avec les non-juifs, mais les envoyés de Jacques ont contraint les apôtres à changer d'attitude.

La mort de Jacques est rapportée par Flavius Josèphe, historien romain d'origine judéenne. Le chef de la communauté chrétienne est condamné par le Sanhédrin et lapidé en l'an 62. Pourquoi Jacques, dont le zèle à l'égard de Torah lui a valu la réputation de "Juste", a-t-il été condamné à mort par un grand prêtre ? "Tout comme son frère Jésus, Jacques est mort à cause de ses idées rigoristes et sans concession aucune, répond l'historien Simon Claude Mimouni : il a subi le sort des prophètes, qui proclament un message critique à l'égard des autorités en place."

Jacques le Juste incarne une branche morte du christianisme. L'Église de Jérusalem a été, sous son "règne", la communauté dominante du mouvement juif-chrétien. Elle sera marginalisée dans la tourmente des guerres juives contre les Romains. Le véritable point de départ du christianisme actuel se situe, indiquent les Actes des apôtres, non pas dans la ville sainte, mais à Antioche.

L'exégèse semble faire son chemin sur l'idée d'un christianisme dynastique et cet article confirme la place essentielle des frères de Jésus au sein de la communauté chrétienne. Après tout, les Actes des apôtres montre le rôle essentiel de Jacques le Juste dans celle-ci.

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Publié le 17 Décembre 2015

Voilà à quoi a pu ressembler Jésus

Europe1.fr dans son article du lundi 14 décembre 2014 nous montre que des archéologues, en se basant sur les techniques de l'anthropologie médico-légale, ont affublé le prophète d'une peau mate et de cheveux frisés.

Dans les églises, il est partout sur les vitraux, dans les tableaux et sur les crucifix. Avec un même physique ou presque. Jésus est quasiment tout le temps représenté dans l'iconographie chrétienne avec des cheveux longs, une peau laiteuse, des membres longs et maigres. Or, sémite à l'origine, le prêcheur ne ressemblait sans doute pas du tout à ça. Si aucun indice datant de son époque ne permet de connaître son vrai visage, des archéologues britanniques et israéliens ont essayé de restituer son portrait, rapporté par le site Popular Mechanis.

Les chercheurs, qui se sont basés sur les techniques de l'anthropologie médico-légale, ont abouti à un résultat qui ne correspond en rien au visage du prophète qui existe dans l'imaginaire collectif. Pour parvenir à ce Jésus "new look", ils ont utilisé le crâne d'un homme ayant vécu dans la région de Galilée au 1er siècle, celle où a grandi le prophète.

À cette base, ils ont ajouté une couleur de peau. Pour cela, ils ont utilisé des représentations de Sémites, les habitants de la Palestine à l'époque, datant de l'Antiquité. Résultat : Jésus a la peau mate et porte des cheveux noirs et frisés. De plus, il perd sa longue chevelure. Pour se justifier, les scientifiques rapportent un passage de la Bible. "La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c'est une honte pour l'homme de porter les cheveux longs tandis que c'est une gloire pour la femme de les porter ainsi ?", rappelle ainsi le 1er épître de Paul.

Le corps de Jésus enfin était tout le contraire de celui visible dans nos représentations. Les archéologues rapportent en effet que dans l'Antiquité, l'homme du Proche-Orient mesurait en moyenne 1 mètre 55 pour un poids de 49 kilos. Jésus, qui selon la Bible, était fils de charpentier, a par ailleurs sans doute exercé le même métier. Il serait donc logique de l'imaginer doté d'une musculature un peu plus importante que ses compatriotes. Bien évidemment, les chercheurs l'admettent : ce portrait n'est pas exactement celui du fondateur du christianisme mais il s'en rapproche sans doute beaucoup.

Un Jésus hors standard ? Est-il possible d'envisager que Jésus n'ait pas du tout correspondu aux standards de l'époque ? Rien n'empêche évidemment que des hommes typés "viking" aient vécu dans la Galilée romaine. Pour autant, le site Popular Mechanics met en avant deux arguments qui vont à l'encontre de cette hypothèse.

Premièrement, si Jésus avait eu un physique très différent de ses compatriotes, nul doute que la Bible en aurait fait mention. De plus, le Nouveau testament rapporte que Judas, celui qui a dénoncé le prophète aux Romains, a dû le désigner du doigt, ce qui prouverait que Jésus avait un physique qui ne le différenciait pas de ses disciples. Si Jésus est devenu blanc et même parfois blond dans l'iconographie religieuse européenne, c'est qu'en réalité, chaque continent s'est imaginé Jésus... à l'image de ses croyants.

Jésus un juif comme un autre, cela est tout à fait possible puisqu'il ne se démarquait pas des autres, vu que les Romains avaient eu besoin de Judas pour leur montrer.

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Publié le 21 Septembre 2015

Jésus, Messie Royal : la tradition johannique primitive (7ème partie)

Cet enseignement eut tellement de succès semble-t-il qu’il intéresse le groupe religieux qui a le plus d’influence à Jérusalem et en Judée sur la population, celui des Pharisiens. Ces derniers, comme nous l’avons vu précédemment, ont envoyé une ambassade auprès de Jean. Tel que le démontre les récits de l’entrée de Jésus à Jérusalem, ces derniers s’inquiètent des mouvements de foule, surtout si autour d’hommes qui se disent inspirés par Dieu, à l’image de Jean le Baptiste. Le plus logique est qu’il ait envoyé un des leurs voir Jésus pour connaître ses positions, comme l’indique le « nous » employé par Nicodème, comme il l’avait fait pour Jean :

« Or il y avait, parmi les Pharisiens, un homme du nom de Nicodème, un des notables juifs. Il vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n'est pas avec lui. »

Nicodème est évoqué dans le Talmud sous le nom de Nakdimon ben Gorion (de son vrai nom Bouni) comme une des trois plus grosses fortunes de la ville de Jérusalem au moment du siège de la ville (70), renommée pour sa générosité envers les pèlerins qui envahissaient Jérusalem à l'occasion des trois grandes fêtes de pèlerinages (Ta'anit 19b). Ce qui est habile de la part de la secte car Jésus en tant que pèlerin aurait pu l’accueillir favorablement car il avait bénéficié de sa générosité. La rencontre se déroule de nuit non par crainte car les Pharisiens n’ont aucune hostilité à son sujet mais, parce que, comme l’indique, Léon Xavier Dufour (Lecture de l'évangile selon Jean. Jn 1-4. I, éditions du Seuil, 1988), « la coutume juive recommandait la culture nocturne de la Torah ». Donc il pouvait sonder l’enseignement de Jésus et voir s’il risquait de faire se lever le peuple lors de la fête, principale crainte de son groupe. Il faut rappeler que d’après le Talmud, ce dernier n’était pas favorable à la guerre contre les Romains. Ce passage ne nous indique pas où se déroule la rencontre. Il est possible de penser que Jésus, ayant suivi un convoi de galiléens vers Jérusalem, il campait dans le Mont des Oliviers, comme tous les pèlerins qui se rendaient à Jérusalem, voire peut-être chez une relation qui habitait la cité.

Par son salut, il indique que le groupe Pharisien ne lui est pas défavorable : « Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n'est pas avec lui. » Et est quasiment identique à celui des Pharisiens et des Hérodiens dans Marc 12, 14 : « Maître, nous savons que tu es franc et que tu ne te laisses pas influencer par qui que ce soit : tu ne tiens pas compte de la condition des gens, mais tu enseignes les chemins de Dieu selon la vérité. » Dans ce cas, Charles Harold Dodd remarque de façon pertinente que « Ce compliment par lequel on aborde Jésus et qu’il repousse (ou du moins n’accepte pas) était un thème constant du dialogue au stade oral de la tradition, légère preuve de plus que l’auteur du quatrième évangile était en contact avec l’un des rameaux de la tradition. » (La tradition historique du quatrième évangile, Coll. « Lectio Divina » n° 128, 1987.) Dans ces deux cas, du début à la fin de la prédication de Jésus, les Pharisiens reconnaissent donc la validité des signes et de l’enseignement du Nazaréen, lui reconnaissant même le titre respectueux de « Rabbi », qui n’est alors qu’honorifique, comme nous l’avons vu précédemment. Mais ce pourrait être une allusion de la part de Nicodème au fait qu’il pense que Jésus pouvait être un de ses rabbins Galiléens inspirés reconnus pour leur miracle et leur relation avec Dieu, les Hassidim. Par exemple, Rabbi Hanina Ben Dosa, contemporain de Jésus, est, ainsi, sollicité à deux reprises par Rabbi Gamaliel l’Ancien et Rabbi Yohanan Ben Zakkai. Rappelons également que le Judaïsme de l’époque, tel que l’exprime Edward P. Sanders (Paul and Palestinian Judaism, SCM Press, 1977), était pluriel et ouvert au débat, notamment sur les prescriptions de la Torah, une spécialité reconnu des Pharisiens, qui constituait, pour eux, une forme d’enseignement et peut expliquer leur influence sur la société juive alors qu’il n’était pas plus de 6 000 d’après Flavius Josèphe, même s’il était en nombre le groupe religieux le plus important au Ier siècle.

Jésus n’attend pas que Nicodème lui pose une question pour commencer à lui faire part de son enseignement :

« Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. »

Pour Raymond Brown (The Gospel According to John, Vol. 1, Anchor Bible, 1966 et 1970, traduction espagnole, Ediciones Cristiandad, Madrid, 1971-1972), la raison en est simple, son salut fait penser à Jésus que Nicodème pensait en la venue du Royaume par son action libératrice. N’utilise-t-il pas le terme « Royaume de Dieu », qui est d’ailleurs l’une des rares occurrences de ce terme utilisé par l’évangéliste avec celle qui suit plus bas, ce qui démontre probablement l’ancienneté de ce passage. Contrairement à Brown (id.), je pense que traduire anōthen par « naître d’en haut » dans ce passage est une erreur. En effet, Nicodème réagira bien mieux si la traduction privilégié est « naître de nouveau » dans ces termes : « Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? ». De plus, il est trop semblable à un passage des synoptiques où Jésus reprend ses disciples pour savoir qui sera le plus grand pour être un hasard fortuit : « En vérité, je vous le dis (déclare), qui n'accueillera pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n'y entrera pas. » (Marc 10, 15 ; évangile de Jérusalem de Philippe Rolland et proto-Marc de Marie-Émile Boismard) Ici, il n’y a pas de mise en modèle de la simplicité accueillante de l’enfant à des adultes plein de prétention, mais plutôt un renvoi tout simplement au baptême proposé par Jean et Jésus comme on le verra plus bas. Comme le suggère Dodd, « il se peut que cette parole lui soit (à l’évangéliste) parvenue lui soit parvenue sous une forme très semblable, mais non identique à celle qui était parvenue à Matthieu (18, 3 qui en est plus proche) » (id.) et donc à celle d’origine de la tradition marcienne, dont le passage de Matthieu, plus développé, s’inspire. Dans ce cas précis, Jésus invite donc Nicodème à accueillir le baptême de Jean, dont il pense qu’il partage la croyance si l’on suit Brown. Selon cette dernier, « Il convient à écouter Jean de faire ce qui est bien, de pratiquer les vertus en général et la justice, en particulier, gage d’harmonie entre les hommes et de piété envers Dieu. C’est ainsi que se constitue une communauté, un peuple, dont le baptême marque l’union, un peuple dont ceux qui le constituent sont ainsi purifiés corporellement et spirituellement. » (Jacques-Noël Pérès, Dans le grand bain, dans Jésus. Biographie non autorisée, Historia Editions, Paris, 2013.) Tel, comme l’exprime José Antonio Pagola, les membres d’un peuple rénové dans un programme clair de restauration d’Israël ouvert à tous. « (…) la hâche » n’est-elle pas déjà « posée contre la racine des arbres » ? (Document Q 3, 9 dans Frédéric Amsler, id.) Et c’est pour cette raison que Jésus est venu à Jérusalem persuader le peuple juif face à cette imminence de se convertir. C’est à lui qu’est lancé cet impérieux appel de Jean et maintenant de Jésus. Il n’y a donc rien d’anormal à ce que Jésus invite au baptême un Pharisien mieux à même de l’aider à sauver Israël avant le grand jour vu l’influence du groupe sur la société juive du Ier siècle.

Par contre, Nicodème reste alors très premier degré :

Nicodème lui dit : « Comment un homme pourrait-il naître s'il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? »

A-t-il bien compris que Jésus parlait du baptême comme symbole de l’arrivée du Règne de Dieu ? À l’évidence non, il ne l’a compris que dans le sens de « naître une deuxième fois », sinon Jésus ne lui expliquerait pas ensuite de quoi il en retourne à son interlocuteur :

« Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s'il ne naît d’Eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. »

Ici, Jésus emploie des termes que Nicodème, en tant que Pharisien, est à même de comprendre. Notamment l’allusion à l’Eau et à l’Esprit, qui est un renvoie au Livre d’Ezéchiel : « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai. Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. » (36, 25-26). Léon Xavier-Dufour (id.) note que ce passage a une connotation eschatologique évidente : « Dans Ezéchiel, l’association « Eau » et « Esprit » évoque le premier verset du récit de la Création (Genèse 1, 2) ; (…) cette association suggère dans sa prophétie que le don de l’Esprit correspond à une création nouvelle. (…) L’Esprit qui va renouveler le cœur des hommes est, selon Ezéchiel, celui même de Dieu. » Cet aspect est renforcé par le fait que lorsqu’Ezéchiel fait cette prophétie une partie de la population de l’ancien royaume de Judée, en fait ses élites, vit en exil à Babylonie, et que Dieu promet donc la restauration du royaume de Juda. Ce à quoi renvoie très bien « Un passage des Jubilés (1, 23 s.) - « Je créerai en un Esprit saint qui les purifiera… Je serais un Père pour eux et ils seront mes fils. » -, qui reprend cette annonce, associe effectivement le don de l’esprit à la condition de « Fils » (au pluriel) de Dieu. » (id.). Comme le souligne très justement D. A. Carson, on retrouve bien là le propos évoqué plus haut par Jésus, celui d’une seule naissance, une naissance eschatologique d’après cette référence à Ezéchiel, qui décrirait, selon lui, la “nouvelle alliance” de Jérémie 31:31-34 (Exegetical Fallacies, 1984, p. 42). Pour F. F. Bruce, cela pourrait aussi être une référence au baptême des prosélytes, fait avant la circoncision en signe de purification, que Nicodème, un rabbin enseignant de notoriété publique pratiquait certainement (Answers to Questions, Paternoster Press, Exeter, 1972, p. 67). Donc, d’après cette interprétation, Jésus associe volontairement le baptême de Jean à la nouvelle naissance eschatologique, c’est-à-dire la venue du « Royaume de Dieu », terme qu’il répète. Ici, il y a une référence nette au fait que c’est tout Israël, terme qu’on retrouve déjà dans Jubilés 1, 23-25 avec le terme « Fils » au pluriel, qui est appelé au Baptême, qui vu l’urgence des temps se substitue en partie aux rites de purification du Temple pour sauver le plus grand nombre, qui pourront ainsi « entrer dans le Royaume ». On peut se demander si Jean le Baptiste et Jésus n’avait pas une bibliothèque équivalente à celle d’une secte apocalyptique comme les Esséniens, ce livre figurant en bonne place dans les Manuscrits de Qumran.

Jésus développe ensuite son propos :

« Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, (mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit.) »

Les versets 6 et 7 sont probablement des interpolations de la main même de l’évangéliste qui alourdisse inutilement un dialogue plutôt fluide très proche de celui des synoptiques et répètent des termes évoqués voire les modifient en utilisant notamment le terme « naître d’en haut » à la place de « naître de nouveau ». Ce qui n’est pas le cas, par contre, de ce verset 8. En effet, d’après Peter Tomson : « Le jeu de mots entre « vent » et « Esprit » fonctionne bien à travers le grec pneuma qi a les deux significations, mais est encore mieux compris à partir de l’araméen ou de l’hébreu (rouah, Gn 1, 2) - pneuma et rouah signifient tous deux “vent,” “souffle,” et “esprit”. Nous avons ici une trace de parabole racontée interrompue par le « vous ne savez pas » (Gn 3, 8). Ces données renvoient à une couche sémitique plus ancienne sous la surface grecque de l’évangile. Cela fait penser au passage du parler en paraboles vers un penser en allégorie. » (Jésus et les auteurs du Nouveau Testament dans leur relation au judaïsme, collection « Initiations bibliques », éditions du Cerf, Paris, 2003, p. 318) Jean 3, 8 est, en effet, très proche des exemples, fondés sur la nature, qu’utilisent Jésus dans les synoptiques et le document Q. L’idée dans ce passage, fondée sur un jeu de mots, est que le vent est tout aussi libre (sans restriction) que l’Esprit. Personne ne peut voir le vent, si ce n’est ses effets, « sa voix ». Il en est donc de même pour l’Esprit. Et si Nicodème a vu les effets de l’Esprit, en valorisant les signes que Jésus a accompli à Jérusalem, pourquoi n’en comprend-il pas les conséquences immédiates. Le Royaume accueille donc en son sein des « hommes nouveaux », par l’expérience du baptême, qui amenait une nouvelle naissance eschatologique et par le fait du retour chez eux des baptisés à une dispersion de cette dernière dans tout le peuple juif. La vision de l’Esprit par Jésus lors de son baptême en est-elle le symbole ?

En effet, comme le montre la suite du récit, Nicodème se méprend totalement sur le sens de ces deux dits de Jésus :

« Nicodème lui dit : « Comment cela peut-il se faire ? » »

D’après Bob Utley (Les Mémoires et les Lettres du Disciple Bien- Aimé : l’Évangile selon Jean, Ière, IIème et IIIème Épîtres de Jean, Série d’Études Bibliques assortie de Commentaires, Nouveau Testament, Vol. 4, Bible Lessons International, Marshall, Texas 2011), qui suit Raymond Brown en privilégiant le terme « naître d’en haut », Nicodème a dû comprendre la terminologie symbolique de Jésus à la lumière du baptême des prosélytes du Judaïsme et de la prédication de Jean-Baptiste. Dans la réalité, en suivant la ligne primitive du récit, c’est plutôt le contraire, car rien ne suggère le fait de « naître d’en haut ». En effet, si Jésus utilise Ezéchiel 36, 25-26, c’est juste à titre de comparaison car il lui permet de faire une liaison entre la prédication baptismale de Jean et le baptême des prosélytes auprès d’un interlocuteur qui semble hermétique à la première. Mais, Nicodème ne semble pas avoir compris la subtilité de la comparaison, ne voyant dans les propos de Jésus qu’une allusion au baptême des prosélytes. Ce qui on le comprend peut intriguer ce Pharisien qu’on renvoie au rang d’un non-Juif qui se converti. A-t-il aussi compris l’image du vent dans ce sens ? Possible.

Jésus semble surpris que son interlocuteur n’ait pas compris son allusion au baptême de Jean comme une « nouvelle naissance » qui marque l’arrivée du Règne de Dieu :

« Jésus lui répondit : « Tu es maître en Israël et tu n'as pas la connaissance de ces choses ! » »

Une fin de passage assez drôle, bien dans la veine de ce que Peter Tomson a appelé « l’humour de Dieu » (id.) qui transparaît à travers Jésus. Le Jésus de la tradition johannique primitive n’est donc pas l’homme froid et rugueux qui est ressorti de la composition de l’évangéliste, mais un homme plus proche des synoptiques, qui est un bon vivant. La pique humoristique finale est d’autant plus visible quand on se rappelle, comme le souligne André Myre que « Les conflits dont témoignent les évangiles (…) témoignent des efforts des classes dirigeantes du Sud pour imposer leur vision de la vie israélite à la Galilée. En Jésus, c’est le peuple de Galilée qui résiste aux pressions du Sud. » (C’était un Galiléen, dans Jésus : une énigme non résolue, Le Monde de la Bible. Hors série, 2002.) Certes, les conflits avec ces dernières n’ont pas encore eut lieu. Mais, à travers cette répartie, Jésus souligne à son interlocuteur qu’en Galilée même il y a des Sages, ceux du groupe des Hassidim ou des Pharisiens de l’Apocalypse, nom que donne Solomon Zeitlin aux disciples de Judas le Galiléen (Who Crucified Jesus?, Harper & Brothers, Publishers, New York, 1942, 1947), qui constitue la majorité des disciples galiléens de Jean et de Jésus. Et que ceux-ci sont d’un niveau égal à ceux qui exercent à Jérusalem et que donc la Galilée n’est pas la terre de sots et d’ignorants qu’ils imaginent, sinon comment expliquer que celui qui se prétend « maître en Israël » n’ait « pas la connaissance de ces choses ».

Et, d’après la plupart des exégètes, dont Léon Xavier-Dufour, le récit s’arrêtait au verset 10 comme dans la plupart des controverses qui se trouvaient dans les synoptiques par le fait que Nicodème ne réponde rien, surpris par la répartie de ce « Rabbi » qui apporte un enseignement nouveau. En cela, on peut penser, à l’image de Raymond Brown (id.), que ce dialogue était assez proche à l’origine de ceux des synoptiques avant que l’évangéliste ne le modifie, tel qu’il apparaît dans le récit dorénavant évoqué, même si notre exégète pense que ce récit n’est peut-être pas retrouvable vu les interpolations de la communauté pour coller au christocentrisme qui s’y était développé.

Cependant, le récit du premier pèlerinage à Jérusalem finit de manière abrupte. En effet, Jésus ne semble pas avoir convaincu les élites juives, malgré une certaine sympathie de la part du mouvement pharisien, et contrairement à ce qu’il pensait le Royaume n’est pas arrivé. De plus, Jean n’est pas venu à Jérusalem prendre sa place à ses côtés en tant que Messie-Prêtre comme cela était prévu. En fait, il a été arrêté en Samarie par Hérode Antipas. Mais, comme nous le verrons dans l’article suivant, la nouvelle ne semble pas avoir filtré avant la fin de la Pâque. Ce que suggère aussi les Synoptiques. En gros, ce fut un échec complet. Mais ce voyage ne fut pas inutile. Il a permis à Jésus d’établir des relations au sein de la ville, qui vont lui être nécessaire plus tard, notamment avec les Pharisiens, et de comprendre que la prédication baptismale avait ses limites. Ce que montre très bien les Synoptiques et l’évangile de Jean – du moins dans ses strates les plus anciennes - en décrivant que son enseignement à partir de sa visite à Jérusalem s’éloigne de celui de son Maître, ce que nous verrons également à partir du miracle de Cana. Et qu’il va devoir s’adapter à ses contradicteurs dans un Judaïsme divisé et lieu de débats, notamment sur des questions aussi essentielles que les prescriptions de la Torah et l’arrivée ou non du Règne de Dieu.

Freyr1978

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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