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Publié le 18 Septembre 2016

Radio Vatican nous montre que le pape François s'est arrêté ce dimanche 18 septembre 2016 sur l'Évangile du jour, tiré de Luc : «Nul ne peut servir deux maîtres» : Avec la parabole du gérant malhonnête, Jésus nous invite à choisir entre deux voies : la sienne, celle de la rectitude et du partage, ou celle du monde, marquée par l’avidité et la corruption. Jésus loue l’habileté du gérant malhonnête. Il ne le présente cependant «pas comme un modèle à suivre, mais comme un exemple de ruse». À ce style de vie proprement mondain, fait de corruption, d’illusion, d’abus, somme toute facile à suivre, nous devons répondre avec ce que le pape appelle «l’astuce chrétienne», laquelle requiert un «style de vie sérieux mais joyeux», honnêteté et rectitude, «respect des autres et de leur dignité».

Ce sont à ces deux voies diamétralement opposées que le Christ nous invite à réfléchir, et c’est un choix ferme qui nous est demandé : entre «honnêteté et malhonnêteté, entre altruisme et égoïsme, entre le Bien et le mal». «On ne peut osciller entre l’une et l’autre», assure le pape, car ces voies impliquent des «logiques différentes et contraires». La conclusion du passage évangélique de ce dimanche est d’ailleurs catégorique : «nul ne peut servir deux maitres, ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre» (Luc 16, 13).

Jésus nous pose donc devant «un choix clair, entre Lui et l’esprit du monde», entre la «logique de la corruption et de l’avidité, et celle de la rectitude et du partage». L’usage de la corruption s’apparente à celle des drogues, affirme le pape. «On pense pouvoir en user, et s’arrêter quand on veut». Or la corruption produit une certaine dépendance, «génère pauvreté, exploitation, souffrance». «Combien de victimes de cette corruption dans le monde, aujourd’hui !», a-t-il déploré. En choisissant au contraire la voie de l’Évangile, celle de l’intégrité, nous devenons «artisans de paix et ouvrons des horizons d’espérance pour l’humanité». «Dans la gratuité et le don de nous-mêmes, a-t-il conclu, nous servons le maître juste : Dieu».

Le pape François nous dit ici que l’argent issu du système économique est porteur d’injustice et corrupteur, c’est pour cela que l’argent ne doit pas devenir une nouvelle idole, mais qu’il doit être investi dans le partage et délivrer le nécessiteux. En étant intègre, et en n’attendant rien en retour, alors nous serons porteurs de l’Évangile.

Comme le montre Odon Vallet dans Chroniques du village planétaire (Desclée de Brouwer, 2013), on peut voir la parabole dans un autre sens puisque le gérant habile (Luc 16,9-13) se fait des amis avec l’argent trompeur. Il évite le compromis et efface la moitié de leur dette à celui qui doit cent jarres d’huile à son maître et à celui qui doit cent sacs de blé. Il renégocie la dette qu’il adapte à chaque cas et sait transiger. Mais on peut aussi y voir l’année jubilaire, qui toutes les sept semaines d’années annule les dettes. Dans notre monde actuel, ce gérant évite les faillites potentielles, les banqueroutes probables et les paniques à redouter, ce qui ne peut arriver que dans des institutions rigides comme nous pouvoir le voir durant les crises économiques.

Ainsi cette parabole qui a un sens spirituel peut être aussi vue dans un sens économique, et peut être une critique des institutions économiques qui n’ont pas de gérants habiles à leur tête.

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Publié le 4 Septembre 2016

Phoebé de Cenchrées, une femme importante dans la communauté chrétienne primitive

Hier, a été fêtée Phoebé qui est la seule diaconesse mentionnée par Paul dans la lettre de saint Paul aux Romains, car parmi les fidèles de Cenchrées, en Grèce actuelle, elle a beaucoup aidé ce dernier.

Cenchrées est le port oriental de Corinthe, où se trouvait Phoebé une négociante qui est saluée en premier par Paul dans Romains 1,16. C’est elle qui portera la lettre au Romains, selon le code épistolaire du temps. Paul la pare aussi de titre de ministre (diaconesse) (Marie-Josèphe Aubert, Des femmes diacres : un nouveau chemin pour l'Église, Editions Beauchesne, 1 janv. 1987 et Élisabeth Dufourcq, Histoire des chrétiennes. T.1 - Des origines évangéliques au siècle des sorcières, Tallandier, 2015).

Phoebé est aussi «protectrice des chrétiens» de la ville, c’est-à-dire qu’elle s’occupe du «patronat», l’assistance matérielle et morale accordée à des personnages fortunés et influents dans leur communauté ou à des individus qui formaient leur «clientèle». Elle recevait les frères chrétiens venus d’Asie ou de Syrie. Elle ouvrait aussi sa maison aux réunions de l’Église, c’est à cette époque que se tenaient des assemblées chrétiennes dans des maisons privées (Marie-Josèphe Aubert, Des femmes diacres : un nouveau chemin pour l'Église, Editions Beauchesne, 1 janv. 1987 et Élisabeth Dufourcq, Histoire des chrétiennes. T.1 - Des origines évangéliques au siècle des sorcières, Tallandier, 2015).

Le titre de ministre, semble désigner son titre de diaconesse, et montre que le charisme commence à devenir le point d’appui pour la mission, la fonction. En utilisant le terme de diaconesse, ou ministre, Paul désigne ici une collaboratrice et évoque ainsi le service bien concret qu’elle rend à la communauté. Elle fait mieux que de l’accueillir, dans les moments difficiles, elle lui servit de prostate, c'est-à-dire de garant judiciaire, fonction essentielle pour la protection des voyageurs dans le monde romain (Marie-Josèphe Aubert, Des femmes diacres : un nouveau chemin pour l'Église, Editions Beauchesne, 1 janv. 1987 et Élisabeth Dufourcq, Histoire des chrétiennes. T.1 - Des origines évangéliques au siècle des sorcières, Tallandier, 2015).

Enfin, Phoebé est la seule femme dont le Nouveau Testament parle comme ayant eu un titre et une fonction dans l’institution ecclésiale. Elle est dans doute morte à Corinthe et elle est fêtée le 3 septembre. Elle est actuellement mise de côté pour des raisons linguistiques car le terme «ministre» ou diakonoi pose problème à la hiérarchie purement masculine, car elle ne veut pas conclure que les femmes ont eu des ministères ordonnés dès le début de l’Église (Michele Bennardo, Lorenzo Bortolin, et Benito Cutellè, Il diacono : Chi è. Cosa fa. Come diventarlo, Effata Editrice IT, 2007, Élisabeth Dufourcq, Histoire des chrétiennes. T.1 - Des origines évangéliques au siècle des sorcières, Tallandier, 2015 et http://www.ihu.unisinos.br/noticias/557137-sera-que-a-igreja-aceitara-mulheres-diaconos-santa-febe-rogai-por-nos).

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Publié le 19 Juillet 2016

José María Castillo : «L'Église est passé de l'Évangile de Jésus à la religion des prêtres»

José María Castillo dans son article sur periodistadigital.com ce mardi 19 juillet 2016 nous montre qu’il est souvent dit (et il est vrai) que la religion chrétienne a son origine dans Jésus de Nazareth. Comme ils le disent (et il est vrai aussi) que l'Église a fait ses débuts dans la vie et les enseignements de Jésus. Mais il est vrai, comme je viens de le dire, il est que Jésus n a ni fondé (ou créé) une religion, ni fondée (ou créé) une Église.

Comment peut-on trouver une religion venant d'un homme qui a provoqué un conflit meurtrier avec les dirigeants de sa religion, avec le temple, les prêtres, les rituels et les règles que la religion imposait au peuple, de sorte que tout s’est terminé par une condamnation de Jésus comme un criminel subversif ? Et en ce qui concerne l'Église, pas même le Concile Vatican II a osé dire que Jésus était le «fondateur» de l’Église, mais a simplement déclaré qu’elle avait son origine dans la prédication de Jésus sur le Royaume de Dieu (LG 5, 1).

La lecture et l'analyse approfondie des Évangiles montrent clairement que Jésus était un prophète qui a transmis à sa postérité une vie, une manière d'être et d'agir dans ce monde. Une vie qui prend de fait la pratique des trois préoccupations fondamentales que Jésus lui-même a vécu : 1) Santé (histoires de «guérison des malades»), 2) Alimentation (histoires de partage de tables), et 3) Relations humaines (leçons sur «le bonheur, la miséricorde, la justice, le pardon, l'amour ...»).

L'Église a été organisée par la suite suivant la mission de Jésus et elle était présente dans la société de telle sorte que l’élément central et décisif dans sa vie était la lutte contre la souffrance et l' acceptation de toutes sortes de personnes marginalisées, exclues et méprisées, ce fut alors que l'Église se propagea dans tout l'Empire, pour devenir une institution centrale très appréciée à l'époque.

Comme l’a bien expliqué le professeur E.R. Dodds, quand l'Empire a vécu un «temps de détresse» réel (entre la moitié du IIe siècle et le IVe siècle), «l'Église offrait tout le nécessaire pour constituer une sorte de sécurité sociale : soins pour les orphelins et les veuves, traitement des personnes âgées, des handicapés et de personnes sans moyens de subsistance ... ». Dodds ajoute même : «Ils devraient être parmi beaucoup de gens sans-abri, de barbares urbanisés, de paysans qui sont arrivés vers les villes en quête de travail, de soldats libérés, de rentiers ruinés par l'inflation et les esclaves affranchis. Pour toutes ces personnes l'adhésion à la communauté chrétienne devait être le seul moyen de préserver le respect de soi et de donner à la vie un sens. Dans la chaleur de la communauté s’expérimenté la chaleur humaine et il y avait la preuve que quelqu'un s’intéressait à nous, dans ce monde et l'autre».

Au fil du temps, le cœur des préoccupations de l'Église se déplaçait : à la lutte contre les souffrances des pauvres et des exclus, on mit en place et on renforça l'autorité elle-même. Ce qui a entraîné le déplacement de l'Évangile de Jésus à la religion des prêtres. Au centre de l'Église cessa alors d'être dans le service évangélique. Et ce fut, depuis lors, l'église du «pouvoir» qui met - dans la pratique - la soumission des fidèles à la solidarité avec les pauvres, les marginalisés et les exclus.

José María Castillo conclue que la plupart des gens ou des religieux comprennent que mettre en pratique la religion ne peut se faire qu’en suivant l’Évangile de Jésus. Et il se demande si nous nous sommes installés dans notre religion traditionnelle ou si nous allons suivre Jésus ? Une bonne question qui trouve sa réponse en chacun de nous.

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Publié le 15 Mai 2016

La Pentecôte, un récit des Actes des Apôtres qui a besoin d'une relecture

Le récit de la Pentecôte dans Actes 2, 1-42 fait suite au passage qui montre comment la communauté chrétienne commence à s'organiser, mais il y a peu de chance que c'était à Jérusalem, mais plutôt en Galilée, à Capharnaüm dans la maison de Pierre ou à Magdala, dans la maison de Marie de Magdala.

Sont présents dans la chambre haute Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe, Thomas, Barthélémy, Matthieu, Jacques, fils d'Alphée, Simon le Zélote, et Jude, fils de Jacques. Se trouve également parmi eux Marie, la mère de Jésus et les frères de Jésus (Actes 1, 13-14). On cite le remplacement de Judas par Matthias. Il semble que Judas ne s'est pas suicidé et qu'il fait toujours partie des 12, c'est sans doute Pierre que l'on remplace, puisqu'il va devenir le porte parole du groupe. Matthias est choisit par tirage au sort (Actes 1, 23-26), même si cette pratique vient sans doute de l'auteur, car elle est grecque. Il serait plus probable que pour un mouvement synagogal, le vote s'est fait à main lever pour éviter toute contestation. Ce groupe restreint qui devait se composer d'une vingtaine de personnes se base sur l'étude de la Torah, des paroles de Jésus, mais aussi sur la prière et les repas en commun.

L'événement qui va faire bouger le mouvement de Jésus a lieu durant la fête de Chavouot à Jérusalem, lors d'un pèlerinage où se trouvait la communauté chrétienne naissante. Il aurait eu lieu 2 ou 3 ans après la mort de Jésus. Cela n'aurait rien d'étonnant, si Jésus avant de partir leur avait fait savoir que c'est durant cette fête qu'un événement montrerait au grand jour le Royaume des cieux, car ce jour était la célébration de l'Alliance entre Dieu et Moïse, mais aussi celui de l'instauration de la Torah. Durant le Ier siècle, c'était l'un des grands pèlerinages annuels, célébré par certains juifs hellénisés.

Contrairement à ce que dit le texte, ce n'est pas un bruit qui est venu du ciel qui attire les gens devant la maison où logent les vingtaines de personnes qui gardent en mémoire l'enseignement de Jésus. Les gens proches des lieux entendent du bruit (Actes 2, 5-6). Sans doute les personnes à l'intérieur ont déplacé des meubles pour réfléchir, discuter et décider de ce qu'ils allaient faire. Ils sortent ensuite et se mettent à parler la langue des pèlerins (Actes 2, 6-12). Cela n'a rien d'étonnant, vu que les disciples étaient de la classe moyenne comme Jésus (pêcheurs, artisans, voire des notables locaux, un est même publicain, on trouve aussi de riches veuves), et ils devaient savoir parler le grec, langue usitée en Occident et l'araméen en Orient, tandis que l'hébreu était la langue religieuse.

C'est à ce moment-là que Pierre se met en avant avec les 12 apôtres pour faire un discours qui va marquer l'histoire de la chrétienté (Actes 2, 14-36). Il fait un résumé des activités de Jésus qu'il présente comme un prophète charismatique et guérisseur, qui a été livré aux Romains pour être crucifié (Actes 2, 22-24), puis il leur annonce que Dieu a ramené Jésus à la vie (Actes 2, 24-25). Pierre a-t-il eu en tête cette prophétie dans Isaïe 53, 10 pour annoncer la résurrection de Jésus : "Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, il verra une postérité et prolongera ses jours." La résurrection d'un seul homme n'allait pas de soi, puisqu'elle devait être nationale, donc Pierre semble juste indiquer que la résurrection de Jésus est le commencement de celle-ci. Par la suite, Pierre déclare que Jésus est le Messie (Actes 2, 36), un roi qui s'oppose au tout puissant pouvoir de Rome en voulant libérer Israël. Les disciples croient que le grand jour va venir.

La conviction de Pierre semble atteindre une partie de l'auditoire (Actes 2, 37). À ceux qui viennent le voir, il leur dit de changer de vie comme l'a fait Jésus lors de son annonce du Royaume des cieux, un État qui par son existence s'oppose à l'empire romain, et qui devait être proche, puis il leur demande de se faire baptiser, un geste qui est un rite d'initiation pour entrer dans un groupe d'élu et cela montre qu'ils décident de passer dans un stade plus engagé (Actes 2, 38). Ceux qui rejoignent le groupe devaient tout au plus être une dizaine, au lieu des 3000 annoncés dans Actes 2, 41. C'est un début modeste pour le mouvement de Pierre, mais c'est un bon début au vu de comment va se répandre le christianisme par la suite.

Merci et bonne fête de la Pentecôte !

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Publié le 5 Mai 2016

José Antonio Pagola dans un article de periodistadigital.com du jeudi 5 avril nous montre comment bien lire le récit de l’Ascension et le rendre vivant dans l’Église :

«Les Évangiles nous donnent de nombreuses clés pour comprendre comment ont commencé le voyage historique des premières communautés chrétiennes, sans la présence de Jésus en face de ses disciples. Peut-être que ça n'a pas été aussi simple qu'on l’imagine parfois. Comment ont-ils compris et vécu leur relation avec lui, une fois qu'il a disparu de la terre ?

Matthieu ne dit pas un mot de son ascension au ciel. Il termine son évangile avec une scène d'adieu sur une montagne en Galilée où Jésus nous fait cette promesse solennelle : "Sachez que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde." Les disciples n’ont pas à sentir son absence. Jésus est toujours avec eux. Mais comment ?

Luc offre une vue différente. Dans la scène finale de son Évangile, Jésus "est séparé d'eux au ciel." Les disciples doivent accepter avec réalisme la séparation : Jésus vit dans et avec le mystère de Dieu. Mais jusqu'à la "bénédiction" du Père à son Fils. Ses disciples commencent leur voyage protégé par cette bénédiction avec laquelle Jésus a guéri les malades, pardonné les pécheurs et caressé les petits.

L'évangéliste Jean met dans la bouche de Jésus des paroles qui suggèrent une autre clé. Quand il doit quitter ses disciples, Jésus dit : "Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous". La tristesse des disciples est explicable. Ils veulent la sécurité qu'ils ont toujours eue avec Jésus. Est-ce la tentation de vivre puérilement sous la protection du Maître.

La réponse de Jésus montre une sage pédagogie. Son absence va augmenter la maturité de ses adeptes. Il laisse l'empreinte de son Esprit. Celui qui, en son absence, promeut la croissance responsable et adulte qui sera la nôtre. Il est bon de rappeler un temps où semble grandir parmi nous la crainte de la créativité, la tentation de l’immobilisme ou la nostalgie pour le christianisme pensé pour un autre temps et une autre culture.

Les chrétiens ont chuté de plus d'une fois à travers l’histoire à la tentation de vivre la suite de Jésus puérilement. La fête de l'Ascension du Seigneur nous montre qu’après la présence historique de Jésus, nous rappelle que nous vivons dans l’esprit du temps "de la créativité et de croissance responsable. L'Esprit ne fournit pas aux adeptes des recettes éternelles de Jésus". Il nous donne la lumière et l’encouragement à aller chercher des nouvelles pistes pour reproduire sa performance aujourd'hui. Et il nous conduit dans toute la vérité de Jésus.»

Serons-nous aussi participer à la créativité et à la croissance responsable que nous demande Jésus, c’est possible en abandonnant l’Église forteresse et en se risquant à aller vers le monde.

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Publié le 10 Avril 2016

La pêche miraculeuse, un récit symbolique qui indique le bon gouvernement de l’Église

Nous avons vu ce dimanche l’épisode de la pêche miraculeuse dans Jean 21,1-24. Et son intérêt réside dans une partie du texte qui mets en opposition la dynamique de l’Église des auteurs de l’évangile de Jean avec ses pratiques égalitaires où même les femmes disciples jouaient comme le montre l’apparition de Jésus à Marie de Magdala dans Jean 20,11-18, qui veut jouer un rôle en s’attachant à un compromis avec communautés pétriniennes et pauliennes qui se sont institutionnalisés et dogmatisés, tout montrant une autre image plus ouverte de l’Église.

Nous nous centrerons sur la partie où l’on voit la primauté de Pierre dans Jean 21,15-17, qui semble avoir été accepté par la communauté johannique mais pas dans le sens dont la conçoivent les communautés pétriniennes et pauliennes. Jésus va demander à Pierre à trois reprise : «Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?» Cela peut revenir sur son reniement à trois reprises dans les évangiles synoptiques, mais c’est bien plus que cela, à travers cette question. Jésus ne demande pas si l’aime seulement, mais s’il est capable lui aussi d’aimer. C’est sans doute une demande de la communauté johannique qui souhaite que la primauté pétrinienne se fasse dans l’amour de tous les frères et non sur un mur dogmatique. Elle souhaite une Église qui accueille.

Jésus lui demande aussi à trois reprises : «Pais mes brebis». Jésus souhaite que Pierre soit un pasteur et pas un dirigeant politique. Mais ce pasteur ne doit pas être un mercenaire qui abandonne ses brebis aux loups comme le montre Jésus dans Jésus 10, 13-13, mais plutôt un bon pasteur comme le montre Jean 10,14-16, qui connaît ses brebis et que ces dernières connaissent aussi, il va même vers celles qui ne sont pas dans l’enclos et il est prêt à se sacrifier pour elle. La communauté de Jean invite les communautés chrétiennes et plus particulièrement leurs chefs à s’ouvrir aux autres et à ne pas abandonner ceux qui ne sont plus dans l’enclos, mais aussi à bien connaître leurs membres et à les accompagner avec amour durant toute leur vie.

Enfin, quand Pierre demande à Jésus ce que va devenir le disciple que Jésus aimait dans Jean 21,21 : «Seigneur, et lui ?» Il lui dira qu’il veut qu’il demeure jusqu’à ce qu’il revienne, mais cette formulation est des plus symbolique car demeurer veut aussi dire que la foi doit rester forte et sans fanatisme dans ces communautés malgré les vexations qu’elles peuvent subir des chefs des autres communautés et les difficultés à trouver leur place. La fin du texte va plus loin quand l’auteur dit qui témoigne de ces faits et qu’il les a écrits (Jean 21,24), pour montrer aux communautés pétriniennes et pauliennes que le témoignage de la communauté johannique est aussi valable que le sien, et qu’elles doivent accepter des conceptions différentes des leurs. L’acceptation des différences serait une excellente chose dans notre Église où il y a trop d’hommes de pouvoirs et de docteurs de la loi.

Quand Jésus dit à deux reprises «Suis-moi» à Pierre dans Jean 21, 19 et Jean 21,22, serons nous aussi capable de suivre Jésus pour former des communautés où l’amour est central, ouverte aux autres même à ceux qui se sont éloignés, de demeurer dans la foi et d’accepter les différences. Ce n’est pas impossible, mais pour cela il faut débrancher nos préjugés et nos certitudes pour que l’Église soit réellement une communauté de croyants.

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Publié le 25 Mars 2016

Vendredi Saint : la crucifixion de Jésus une mort des plus politique

Comme le montre Libération.fr, le pape François a lavé jeudi 24 mars 2016 les pieds de onze migrants de confession chrétienne, musulmane ou hindoue et d’une employée de leur centre d’hébergement près de Rome, témoignant de la priorité qu’il accorde à l’accueil. Dans une courte homélie improvisée, le pape a opposé ce geste de «fraternité» au «geste de guerre, de destruction» commis mardi à Bruxelles, où des attentats ont fait 31 morts et près de 300 blessés. «Derrière ce geste, il y a les fabricants, les marchands d’armes, qui veulent le sang, pas la paix, qui veulent la guerre, pas la fraternité», a-t-il dénoncé. «Nous sommes différents, nous avons des cultures et des religions différentes. Mais nous sommes frères et nous voulons vivre en paix, et tel est le geste que je fais avec vous», a-t-il insisté avant de demander aux centaines de demandeurs d’asile présents d’échanger «un geste de fraternité».

Après ce geste louable du pape François pour nous rappeler que les migrants sont toujours là et que nous ne voyons pas ignorer leur situation, nous allons voir aujourd’hui d’un peu plus près la crucifixion de Jésus. Dans ElComercio.pe le jeudi, Douglas Boin signale que «les témoignages bibliques qui accusent les Juifs sont une distraction essayant de jeter les historiens sur un mauvais chemin.» Encore une fois il y a un consensus parmi les chercheurs : si Jésus a été condamné à la crucifixion, ce devait être pour des crimes qui causaient une méthode d'exécution aussi extrême : la sédition, défier la puissance de Rome, ou une insurrection contre l'État. Et un gouverneur romain comme Ponce Pilate ne pouvait pas hésiter un instant à appliquer ce châtiment. Le fait que, selon certains des Évangiles, il a été exécuté avec les voleurs, «nous pouvons parler de rebelles» comme Savage le précise, confirme cette thèse. Simon Sebag Montefiore écrit dans «Jérusalem. A Biography» : «Les Évangiles, écrites ou modifiées après la destruction du Temple en 70, accusent les Juifs et acquittent les Romains, désireux de montrer leur fidélité à l'Empire Cependant, les accusations portées contre Jésus et la punition elle-même disent le contraire. Elles racontent leur propre histoire : c’était une opération romaine».

Comme le montre debate.com.mx, selon une étude réalisée par le médecin légiste Frederick Zugibe, qui enquêta sur la mort de Jésus il y a plus de 30 ans, Jésus serait mort d'un arrêt cardiaque en raison de chocs causés par les saignements des cils et la lance un soldat romain qui lui perça le côté droit, le touchant au poumon et au cœur. D'autres recherches suggèrent que la crucifixion de Jésus dura trois heures à la mort, mais dans le cadre de son calvaire subi une hypovolémie, une diminution des fluides sanguins dans tout le corps en raison de saignements multiples et de déshydratation, en plus d'énormes maux de tête et de crampes. Complètement nu devant la foule, la douleur et les dommages causés par la crucifixion ont été conçus pour être si intense que l'on devait sans cesse lutter pour éviter la mort, mais cela pouvait durer des jours sans aucun soulagement. Selon le Dr Frederick Zugibe, les mains étaient clouées à la nervure médiane avec un clou qui peut causer une douleur tellement forte que même la morphine n’aiderait pas à la soulager; la douleur intense, horriblement brûlante, comme un éclair à travers le bras. La rupture du nerf pied plantaire avec un clou avait un effet terrible aussi. En outre, la position du corps sur une traverse, rendait la respiration extrêmement difficile.

Je laisse le dernier mot à Luis G. Collazo dans sa tribune «El Jesus crucificado» dans ElNuevoDia.com : «Jésus crucifié remet la conversion à des structures et des systèmes qui sont en retard sur le vrai progrès humain. Ils sont appelés à devenir le Royaume de Dieu et rendre sa justice pour promouvoir une répartition équitable des biens matériels, ce qui contribuera à la guérison de la terre, au lieu de cela ils donnent une économie de marché néolibérale; les progrès de la construction d'une richesse fondée sur le bien commun, la démilitarisation et la ‘transformation des armes en outils agricoles’, la promotion du dialogue et de pardon, au lieu de cela on cautionne les dettes des pays pauvres plutôt que d'assurer le ‘pain quotidien’ pour tout le monde. En fin de compte, le Crucifié, a donné sa vie ‘pour l'amour du monde’. Il a annoncé un Royaume de Dieu pour ‘tous’. Il s’offre comme un holocauste révolutionnaire pour ouvrir à nouveau l’espérance et y dénoncer toute la nécrophilie abominable; toute la xénophobie; mettant en avant la Xénophilie pour tous; rendant toute discrimination absurde; tout génocide et toute action qui annule la glorieuse manifestation du bonheur vaines. La croix nous dit que finalement, que les forces du mal ne prévaudront pas.»

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Publié le 24 Mars 2016

Les femmes dans la table, le mythe du Jésus végétalien et d’autres secrets autour de la Dernière Cène

Iker Morán dans son article du mardi 22 mars 2016 dans blogs.20minutos.es nous montre l'un des plus célèbres repas de l’histoire, et il reste 20 siècles plus tard un sujet qui génère toutes sortes de débats. Qu'est-ce qu'ils ont mangé ? Quand a eu lieu le dîner ? Qui était là ? Et même une autre théorie folle sur un Jésus végétarien ou végétalien alimente chaque année à Pâques une discussion qui ne prend pas fin. En fait, il est presque impossible de savoir avec certitude ce que Jésus mangeait avec ses disciples lors de la dernière Cène, parce que les seules références qui pourraient être considérés comme directes sont les textes évangéliques qui mettent tout l'accent sur le symbolisme et n’ s’occupent nullement du côté le culinaire. Mais malgré les inconnues, s'il y a quelqu'un qui connaît le sujet c'est Miguel Angel Almodovar.

Un journaliste et un animateur, a parlé largement du sujet gastronomique le plus débattu de tous les temps à travers ses études historiques sur qui a inspiré plusieurs documentaires sur History Channel et Canal Cocina, où les chefs de renom réinterprètent le menu ce soir-là. Une série que année reprend cette Mario Sandoval. Auteur de La última Cena (Oberon, Anaya), l’auteur de l’article a parlé avec lui, afin que de dévoiler quelques-uns des mystères de la soirée sans étoiles Michelin, mais avec beaucoup de poids historique et religieux. Et, plus de 2000 ans plus tard, ce repas nous montre qu'il ya des choses qui peuvent encore nous surprendre.

Les femmes au dîner ? Bien que nous connaissons le rôle secondaire que l'Église et de l'histoire officielle du christianisme ont donné à la femme, il semble que le dernier reps de Jésus avait peu à voir avec la rencontre entre hommes que l’on représente traditionnellement. «Nous savons que Jésus arrive à Jérusalem accompagné de plusieurs femmes : Marie, sa mère; Marie de Cléophas, probablement sa tante; Jeanne, épouse de Chouza, l'intendant d’Hérode; Marie la mère de Jacques le Mineur; bien sûr, sa disciple préféré, Marie de Magdala; et d'autres», explique l'auteur de La última Cena. «Il fait peu de sens que Jésus lors de cette nuit transcendantale leur disent d’aller dîner à un burger, parce qu'il doit résoudre des problèmes avec quelques-uns de ses disciples.» En outre, un fait strictement historique est qu’à ce dîner de Pâques, un des rituels juifs et commémoratives les plus importants, il est peu probable que les femmes ne soient pas là, car elles devaient être là pour lire les textes sacrés qui portent strictement sur l’épisode biblique. En règle générale, les femmes cuisinent et les hommes servent puis prennent leur retraite du service, et donc les femmes doivent donc être là à la dernière Cène.

Juste 12 ? C’est une autre idée qui a survécu jusqu'à ce jour, mais Miguel Angel Almodovar démontre que ce n’est pas le cas. "Douze est un nombre qui correspond à la numérologie mystique, se référant aux douze fils de Jacob, qui sont la semence des douze tribus d'Israël, et les douze portes de la Nouvelle Jérusalem ou à la Jérusalem Céleste. Au dîner, les invités ont pu être douze ou trente-deux, parce que nous savons que il y avait beaucoup de personnes qui ont suivi Jésus. "

Aucun agneau ? Pour toute personne qui se demande comment était le dîner avait ce jour-là, il faut sans aucun doute inclure l'agneau parmi les plats servis. "La substance du menu est qu'il n'y avait pas de Pâque sans rôti d'agneau", corrige l'auteur du livre. "Dans l'Évangile de Jean et les enquêtes du dîner de Joseph Aloïs Ratzinger, le pape émérite Benoît XVI n'a pas pris place à Pâques, mais à la veille ou avant-hier, et l'agneau ne pouvait s’acheter dans le Temple et était rituellement sacrifié jour correspondant".

Le menu authentique ? S'il n'y avait pas d’agneau, ce qui a été servi ce soir -là ? Almodóvar explique sur la base de ses conclusions sur la cuisine de l'époque et des références sur le sujet, selon toute probabilité, le menu de la dernière Cène inclut le matsot ou des gâteaux de pain sans levain, à savoir, azyme, rappelant le fait que Israélites n’avaient pas eu le temps de préparer du pain levé quand ils partirent hors d’Égypte, sur indication de Dieu.

Ensuite, nous devrions avoir le Karpas, qui est une sorte de salade d'herbes amères, évoquant la désolation et les larmes versées par les Israélites pendant leur séjour en Égypte, et qui peut être composé de céleri, de laitue romaine, de pousses de radis épicés ou maror, d’endive, de cresson et de persil. Puis vient un poisson d'eau douce du fleuve du Jourdain ou de la mer de Galilée, de la sauce préparée avec un goût amer, comme c’était d'usage à l'époque. Puis, en l'absence de l'agneau, ils auraient servi une caille farcie de miel cuite, des dattes, des raisins secs, des noix de pin, de la sauge, de l'ail et du persil, un plat très populaire pendant le règne d'Hérode et que pouvaient se permettre les classes inférieures.

Le dernier élément sur​​ le menu était le charoseth, qui rappelle la boue ou le mortier que les Juifs utilisaient pour construire des briques dans le pays d'Égypte, une sauce plus ou moins épaisse, mais toujours avec la texture nécessaire pour qu’elle soit mangé avec les doigts, comme on le fait indéfectiblement à ce moment-là, à la base de pomme séchée, de raisins secs, de figues sèches ou de pain aux figues, des bâtons de cannelle, des abricots secs, des noix hachées, du gingembre, du miel et du vin.

Des plats qu’Almodóvar a reproduits dans son livre avec l'aide de chefs comme Ramón Freixa et Paco Roncero, y compris des recettes pour ceux qui oseraient se préparer chez eux leur Dernière Cène particulaire.

Le vin du dîner ? Il faut savoir qu’il était d’une teinte rouge d'une variété primitive de l’actuel syrah, un vin très tannique (micro-substances issues de la peau ou des pépins des raisins qui confèrent une certaine âpreté au vin rouge), rugueux et d’un ton élevé, quatre boissons étaient servis et qui, de façon à parler, était «offert» ou «rose» selon le rituel. À la dernière Cène, pour atteindre la troisième coupe, Jésus, au lieu de répéter la formule traditionnelle, a déclaré : «Cette coupe est l’alliance nouvelle en mon sang; Vous ferez cela en mémoire de moi».

Jésus végétarien ou végétalien? Bien que cela puisse paraître assez surréaliste, il y a ceux qui défendent cette idée. «En fait, tous les végétaliens militants ont des théories, comme le prêtre romain Mario Canciani ou l’italo-allemande bénédictine Bargi Pixner, entre autres, qui prennent les textes bibliques comme des radis par les feuilles qui leur conviennent», fait valoir Almodóvar. C’est quelque chose qui est apparemment pas trop soutenu : «Dans les quatre évangiles canoniques, Jésus montre à plusieurs reprises son peu de respect des normes alimentaires mosaïques et il est également plus évident que le poisson forme une partie importante de son alimentation quotidienne».

Comme nous pouvons le voir le dernier repas de Jésus livre des surprise et nous montre une célébration festive où les femmes avaient un rôle important.

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Publié le 26 Décembre 2015

Olivier Rogeau dans son article du vendredi 25 décembre 2015 pour LeVif.be nous montre que selon l'historien Simon Claude Mimouni, Jésus a lui-même fondé une communauté urbaine à Jérusalem, entreprise qui va redémarrer après sa mort sous l'impulsion de son frère Jacques. Une thèse qui rompt avec la théologie des Actes des apôtres.

À Jérusalem, la mort infâmante de Jésus sur la croix a jeté le désarroi parmi ses disciples. Les propos désabusés que l'auteur de l'Évangile selon Luc prête aux disciples d'Emmaüs traduisent leur état d'esprit : "Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël..." (Lc 24,19). Les exégètes ont tendance à considérer que Jésus n'aurait été qu'un épisode sans lendemain, un échec parmi d'autres dans l'histoire des mouvements prophétiques ou messianiques de l'époque, si un phénomène exceptionnel ne s'était pas produit dans l'esprit des disciples : l'exaltation et la résurrection de leur Maître. C'est la croyance fondatrice de ce qui deviendra le christianisme. Jésus assume ainsi une destinée semblable à celle des prophètes souffrants et persécutés, modèles qui ne manquent pas dans la tradition judéenne. Dans ce cas, le "génie" du christianisme est un inconnu : on ne sait pas qui, parmi les proches du crucifié, a eu le premier l'idée de donner à croire qu'il a été "revivifié", pour employer le langage de l'époque.

On peut toutefois envisager tout autrement le lien qui s'établit entre Jésus et son entourage après la crucifixion : les apôtres ne feraient que continuer l'œuvre fondatrice de leur Maître. Le véritable fondateur de la communauté préchrétienne de Jérusalem serait donc Jésus lui-même. C'est la thèse défendue par Simon Claude Mimouni, titulaire de la chaire Origines du christianisme à l'Ecole pratique des Hautes études de Paris et auteur de plusieurs ouvrages sur cette communauté (Jacques le Juste, frère de Jésus de Nazareth, Bayard, 2015; Le christianisme des origines à Constantin, avec Pierre Maraval, PUF, 2006; Les Chrétiens d'origine juive dans l'Antiquité, Albin Michel, 2004.).

Le Vif/L'Express : Comment est né le mouvement chrétien ?

Simon Claude Mimouni : Pour la plupart des critiques, le Messie n'a pas organisé grand-chose de son vivant. Les vrais fondateurs de la communauté qui deviendra plus tard le christianisme sont, estiment-ils, Paul de Tarse, l'apôtre Pierre ou Jacques le Juste. Pourtant, on voit mal, à l'époque comme aujourd'hui, comment un groupe pourrait survivre à son leader charismatique sans qu'un embryon de communauté ait été créé du vivant de ce chef. Cela dit, ce groupe ne comptait peut-être qu'une douzaine de membres ou familles, soit la taille d'une petite synagogue contemporaine à Bruxelles ou Paris.

Quels éléments incitent à penser que la communauté de Jérusalem a été fondée par Jésus lui-même ?

Seule l'existence d'une communauté du vivant de Jésus permet de comprendre la prise en charge du corps du crucifié après sa mort. Elle explique aussi le retour des disciples à Jérusalem après un temps de dispersion. Ce groupe est à l'origine de la représentation traditionnelle de l'exaltation et de la résurrection, car il a refusé d'admettre la disparition définitive de son chef, en qui il avait mis tant d'espoir. La tradition évangélique du tombeau vide trouvé par les femmes et celle des apparitions de Jésus sur la route d'Emmaüs ou en Galilée sont manifestement postérieures au retour des disciples à Jérusalem et à la croyance en la résurrection.

Qu'en concluez-vous ?

Que Jésus n'est pas seulement à l'origine d'un mouvement prophétique itinérant en Galilée. Il est aussi le fondateur d'une communauté urbaine à Jérusalem. Le rabbi de Nazareth donne à cette association, similaire à tant d'autres dans la société judéenne du Ier siècle, une dimension messianique et une perspective eschatologique : l'avènement du "Royaume" ou du "Règne de Dieu". Lancée peu avant la condamnation de Jésus, l'entreprise va être poursuivie, non sans hésitations, par ses disciples revenus à Jérusalem. Plus précisément, il va y avoir un redémarrage, sous la direction de membres de la famille du condamné, avec à leur tête Jacques le Juste.

Jacques le Juste, et non par l'apôtre Pierre ?

Au regard de la documentation dont on dispose, ce redémarrage peut être attribué à Jacques le Juste ou à Pierre. Je penche pour Jacques, qui a bénéficié d'une apparition de Jésus attestée non seulement dans la littérature canonique, mais aussi dans les textes apocryphes, ces écrits non retenus par l'Église. Plusieurs Pères de l'Église affirment eux-mêmes que Jacques a été le premier responsable de la communauté de Jérusalem après la mort du Christ. Il n'y a aucune raison de négliger leurs témoignages. Par ailleurs, situer la fondation de l'entreprise avant la Passion, et non après la Pentecôte, c'est placer cette création du côté du Jésus de l'histoire, du Jésus "réel", et non du Jésus de la tradition, de la foi. En considérant Jésus comme le fondateur de l'entreprise, on le réintroduit dans une dimension historique, celle d'avant la résurrection.

L'auteur des Actes des apôtres ne dit-il pas que la communauté a été fondée à la Pentecôte, avec la descente de l'Esprit Saint ?

Cette présentation relève de la théologie. Le texte de Luc vise à mettre une distance entre le Jésus de l'histoire et celui de la tradition, entre l'époque du ministère de Jésus et celle des apôtres. Les Actes distinguent le temps ascendant et le temps descendant : la montée du Messie au ciel, qui permet la descente de l'Esprit Saint sur terre. Faire commencer l'histoire de la communauté de Jérusalem après la résurrection est une construction destinée à montrer que le fondateur est toujours vivant. En fait, c'est au moment de son entrée et de son séjour dans la ville sainte que Jésus peut être reconnu dans sa messianité et l'a sans doute été, et c'est à Jérusalem qu'il peut fonder sa communauté et l'a sans doute fondée. Cela dit, cette entreprise n'est pas directement à l'origine de l'Église, dont l'émergence va nécessiter des siècles de gestation.

Que sait-on encore sur cette première communauté judéo-chrétienne ?

Le lieu où elle se rassemble est désigné, dans les Évangiles et les Actes, par l'expression "chambre haute". La communauté de Jérusalem a été fondée dans une maison du quartier du mont Sion, non loin du Temple. Le site, désigné habituellement comme une synagogue judéo-chrétienne, paraît avoir subsisté jusqu'au IVe siècle.

Que devient la communauté de Jérusalem au cours du Ier siècle ?

De la mort de Jésus, vers l'an 30 de notre ère, à la lapidation du diacre Étienne, chef du groupe des judéo-chrétiens hellénistes, vers 36-37, l'histoire du mouvement créé par le Nazaréen se confond avec la communauté établie dans la ville sainte. Ce qui n'exclut pas l'existence de communautés semblables en Galilée ou ailleurs. Jusqu'à la mort de Jacques le Juste, lapidé en 62, cette situation perdure, mais dans une moindre mesure, vu le développement des fondations pauliniennes en Asie mineure et en Grèce. Par la suite, la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem, appelée "nazôréenne", se trouve de plus en plus marginalisée à l'intérieur de la mouvance chrétienne, mais aussi au sein même de l'ethnicité judéenne.

Quand se marque cet affaiblissement des Nazôréens ?

Il est manifeste après le départ de la communauté chrétienne pour Pella, ville de la Décapole, à l'est du Jourdain, vers 68 de notre ère, lors de la première révolte juive contre Rome. Il s'accentue quand la communauté revient à Jérusalem, vers 74. Au IIe siècle, la marginalisation du mouvement nazoréen par les chrétiens d'origine païenne ne conduit pas à sa disparition totale : tant bien que mal, les Nazôréens subsistent, même si nous manquons de documents pour l'attester.

L'hypothèse que la communauté chrétienne existait déjà sous la forme d'un petit mouvement synagogal autour de Jésus et de ses frères permet aussi d'expliquer pourquoi on verrait un mouvement déjà bien organise comme le montre les Actes des Apôtres. Très intéressant.

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Publié le 22 Décembre 2015

Le journaliste Olivier Rogeau, dans un article dans LeVif.be du dimanche 20 décembre 2015 nous montre que la thèse de l'émergence d'un "christianisme dynastique" séduit les exégètes. En clair, des membres de la famille de Jésus - Jacques le Juste, Siméon... - auraient dirigé la communauté judéo-chrétienne, et non les Douze.

La succession de Jésus à la tête de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem pose question. A-t-elle été "apostolique", comme l'affirme la tradition de l'Église (Jésus aurait transmis aux apôtres son autorité et ses pouvoirs) ? Ou "dynastique", comme le suggèrent des écrits du IIe siècle consignés par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique ? Ces passages, tirés essentiellement d'Hégésippe, écrivain converti au christianisme (né vers 115 à Jérusalem, mort en 180), précisent que Jacques le Juste, "frère de Jésus", et non Pierre, porte-parole des Douze, a reçu des apôtres l'administration de la communauté de Jérusalem. Ils indiquent aussi qu'après Jacques, exécuté par lapidation en l'an 62, un autre membre de la famille de Jésus a dirigé la communauté : un certain Siméon, qualifié de cousin du prophète galiléen.

Ce Siméon serait le fils de Marie, une tante de Jésus, et de Clopas, frère du charpentier Joseph, le père du rabbi de Nazareth. Une réunion a eu lieu à Jérusalem avant la destruction de la ville sainte, en 70. Siméon a été désigné nouveau responsable de la communauté par un collège composé de parents de Jésus, d'apôtres et autres disciples. On lui aurait même accordé le titre d'"évêque". S'il a été choisi, c'est en raison de sa parenté avec Jésus, conviennent les exégètes. En revanche, on ne sait si Justus, le successeur de Siméon, est lui aussi issu de la famille du prophète, comme le prétendent certaines sources. Selon Eusèbe, des petits-fils de Jude, "frère du Seigneur selon la chair", ont été persécutés sous l'empereur Domitien, à la fin du Ier siècle. Le messianisme, idéologie aux accents libérateurs, était alors redouté par les autorités romaines.

Certains auteurs qualifient la direction de l'Église de Jérusalem, voire celle de l'ensemble des premières communautés chrétiennes créées en Palestine, de "califat chrétien". L'expression est, bien sûr, anachronique et relève du monde musulman : le califat a été institué à la mort de Mahomet, en 632, pour remplacer le Prophète à la tête de son État, les deux premiers califes étant ses beaux-pères, le troisième un aristocrate mecquois et le quatrième, Ali, un cousin et gendre du fondateur de l'islam.

La thèse du "califat chrétien" a été proposée, pour la première fois, en 1910 par Adolf von Harnack. Elle a été reprise en 1923 par Eduard Meyer, puis développée par d'autres auteurs dans la seconde moitié du XXe siècle. Selon eux, le mouvement chrétien aurait été dirigé par des membres de la famille de Jésus au moins jusqu'en 107-108, voire jusqu'en 135. Jacques le Juste aurait été placé à la tête de la communauté de Jérusalem précisément en raison de sa parenté avec Jésus. Ce scénario serait conforme aux usages héréditaires qui prévalent dans la société judéenne palestinienne au tournant de notre ère, notamment lors de la désignation des grands prêtres. Le théologien protestant Christian Grappe a avancé, dans sa thèse - D'un Temple à l'autre. Pierre et l'Eglise primitive de Jérusalem (1992) - , des parallèles entre ce christianisme dynastique et des traditions similaires observées chez les musulmans, les mormons et les kimbanguistes congolais. Le choix de Jacques "frère de Jésus" comme chef de la communauté judéo-chrétienne illustrerait, selon l'auteur, "les vertus du charisme héréditaire".

De même, l'historien Simon Claude Mimouni, auteur de Jacques le Juste, frère de Jésus de Nazareth (Bayard, 2015), estime que la survivance du mouvement de Jésus n'est pas forcément due à ses disciples : "Les parents du condamné semblent avoir assuré cette survivance, ce qui impose de leur accorder une certaine primauté. On peut comparer le mouvement de Jésus à celui de Judas de Galilée ou de Gamala. Ce groupe-là a émergé en 4 avant notre ère et a survécu jusqu'en 74 de notre ère grâce aux descendants de son fondateur, qui se sont succédés à sa tête. En 66, l'un d'entre eux, Menahem, a d'ailleurs cherché à se faire reconnaître comme messie. Hormis les Actes des apôtres, les sources sont unanimes pour considérer que Jacques a été le successeur immédiat de Jésus à la tête de la communauté." D'autres exégètes penchent pour une responsabilité partagée jusqu'au départ de Pierre de Jérusalem, en 43 ou 44. Une certitude : Jacques a été la figure emblématique des chrétiens d'origine judéenne, marginalisés à partir de 70 de notre ère. En triomphant au IVe siècle, les chrétiens d'origine grecque auraient éliminé de nombreux documents relatifs à la succession dynastique.

Olivier Rogeau nous parle aussi de Jacques, le frère de Jésus dans une autre partie sous le titre de "JACQUES LE JUSTE, ASCÈTE AUX IDÉES RIGORISTES", dans laquelle il nous parle d'une tradition du IIe siècle, conservée par Eusèbe de Césarée, qui présente Jacques le Juste, frère de Jésus, comme un ascète, observant scrupuleusement la Loi et admiré du peuple pour sa piété. Il ne boit ni vin ni boisson fermentée, ne prend pas de bain et n'utilise pour son corps ni le rasoir, ni l'huile. "C'est sans doute pour cette raison que Paul, lors de son dernier séjour à Jérusalem, est obligé d'observer un rituel de purification pour se faire accréditer auprès de la communauté chrétienne, dont les règles paraissent très strictes en la matière", commente l'historien Simon Claude Mimouni. Hégésippe, l'auteur cité par Eusèbe, raconte encore que Jacques est qualifié de "Juste" depuis l'époque de Jésus et qu'il a la permission, tel un grand prêtre, d'entrer dans le "saint des saints" du Temple de Jérusalem, où il se rend seul pour prier à genoux.

Au plus tard après la dispersion des Douze, Jacques le Juste est considéré comme le véritable responsable de la communauté judéo-chrétienne. Pendant les deux ou trois décennies de son mandat, il tente de maintenir l'unité des églises locales, qui se multiplient. En s'appuyant sur un cercle d'Anciens, il fait reconnaître l'autorité de l'Église de Jérusalem. Il accepte un compromis sur les conditions à poser à la conversion des non-juifs - les païens adeptes du Messie ne doivent pas se soumettre à la circoncision -, mais impose le respect des lois de pureté alimentaire. Ainsi, à Antioche, Pierre et Barnabé avaient accepté la communauté de table avec les non-juifs, mais les envoyés de Jacques ont contraint les apôtres à changer d'attitude.

La mort de Jacques est rapportée par Flavius Josèphe, historien romain d'origine judéenne. Le chef de la communauté chrétienne est condamné par le Sanhédrin et lapidé en l'an 62. Pourquoi Jacques, dont le zèle à l'égard de Torah lui a valu la réputation de "Juste", a-t-il été condamné à mort par un grand prêtre ? "Tout comme son frère Jésus, Jacques est mort à cause de ses idées rigoristes et sans concession aucune, répond l'historien Simon Claude Mimouni : il a subi le sort des prophètes, qui proclament un message critique à l'égard des autorités en place."

Jacques le Juste incarne une branche morte du christianisme. L'Église de Jérusalem a été, sous son "règne", la communauté dominante du mouvement juif-chrétien. Elle sera marginalisée dans la tourmente des guerres juives contre les Romains. Le véritable point de départ du christianisme actuel se situe, indiquent les Actes des apôtres, non pas dans la ville sainte, mais à Antioche.

L'exégèse semble faire son chemin sur l'idée d'un christianisme dynastique et cet article confirme la place essentielle des frères de Jésus au sein de la communauté chrétienne. Après tout, les Actes des apôtres montre le rôle essentiel de Jacques le Juste dans celle-ci.

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