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Publié le 21 Septembre 2015

Jésus, Messie Royal : la tradition johannique primitive (6ème partie)

L'activité baptiste de Jésus semble s'achever à un moment important la Pâque de l'an 28. Ce qui semble marquer pour Jean et Jésus l'aboutissement de leur annonce depuis la fête des Tentes de l'an 27. Était-ce pour cela qu'il s'était divisé en deux groupes pour annoncer finalement tous deux à Jérusalem la venue du Royaume de Dieu sur terre après avoir constitué un vrai groupe de pression ? Possible, si on analyse Apocalypse 11, 3-9 où l'on parle des deux témoins, probablement une allusion aux deux Messies, qui prêchent à Jérusalem. Donc, le Royaume devait venir un jour pleinement symbolique, celui où les Juifs célébraient la délivrance par le Dieu d'Israël, Yahwé, de l'oppression égyptienne. Jésus suivra la même logique lorsqu’il montera à Jérusalem pour la fête des Tentes de l’année 29, pour inaugurer le Royaume de Dieu, qui devrait prendre place à la Pâque de l’an 30. Un héritage probable de l’influence de son Maître. Certains remarqueront que contrairement à la plupart des exégètes, parmi lesquels Michel Quesnel (Jésus et le témoignage des évangiles dans Jésus : une énigme non résolue, Le Monde de la Bible. Hors série, 2002, p. 13), qui situent cette fête après le début de cette mission, j’ai choisi l’option contraire, car l’arrestation de Jean n’a pu avoir lieu que la veille d’une grande fête pour éviter tout risque d’émeute et c’est elle qui déterminera le départ de Jésus pour la Galilée.

Jésus monte, ainsi, à Jérusalem dans ce but bien précis :

« La Pâque (...) était proche et Jésus monta à Jérusalem. »

Et, comme on peut s'y attendre pour un homme qui vient prêcher la fin de l'occupation romaine de manière plus subtile que les disciples de Judas le Galiléen, le succès semble immédiat :

« (...) durant la fête (...), beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu'il opérait. »

La foule est enthousiaste devant les signes de Jésus. Qu'entend-on ici par signes ? La question mérite d'être posée, car l'évangéliste a modifié la structure primitive du texte, et l’a placé avant le signe de Cana, alors que d'après Marie-Émile Boismard (Synopse des quatre évangiles en français, vol. III, L'évangile de Jean, avec A. Lamouille et G. Rochais, Paris, Éd. du Cerf, 1977 ; Un évangile pré-johannique. Vol. II [Jean 2,13-4,54] en 2 tomes, Études Bibliques n.s. 24-25, Paris, Gabalda, 1994 avec Arnaud Lamouille) il se situait à l'origine après la Pâque de l'an 28. Si on suit, le livre de l'Exode (4, 1), les signes (ʼôthot, semeia en grec) sont en fait 3 miracles accordés par Dieu au prophète Moïse pour authentifier sa mission. Mais ici le terme « signe » ne semble pas avoir été donné par Jésus à son action mais plutôt par les habitants et les pèlerins à Jérusalem, comme le montre le pharisien Nicodème. Est-ce la raison pour laquelle la tradition johannique considère que le premier miracle a été accompli à Cana car ce serait à ce moment là que Jésus revendiquerait un titre spécial ? C’est une possibilité dont il faut tenir compte, car son action lors de la Pâque 28 se fait en commun avec celle de Jean, l’autre Messie. Ces signes sont là pour convaincre le centre religieux du peuple juif de l’arrivée imminente du règne de Dieu, qui va rétablir Israël pensent-ils lors de cette fête. Il est possible qu’ils aient été cités originellement comme on peut le voir dans Matthieu 21, 14 : « Des aveugles et des boiteux s’avancèrent vers lui dans le temple, et il les guérit. » Le terme « signe » renvoie également à un titre spécifique pour ceux qui crurent " en son nom ", suggérant une adhésion totale à sa personne, peut-être en croyant voir en lui le Prophète, promis par Moïse dans Deutéronome 18, que nous avons évoqué précédemment. Il semblerait que ce titre ait auprès du public autant de signification que celle de Messie à l'époque. Ce pourrait être la raison pour laquelle Jésus laisse autant planer le doute sur ses revendications, car le Prophète et le Messie ont à peu près le même rôle dans le Judaïsme de l'époque. Il est possible que Jésus les ait baptisés tel que le suggère son activité précédente, car comme le souligne Jacqueline Martin-Bagnaudez, certains baptistes étaient présents à Jérusalem même, ce qui semble suggérer qu’une communauté s’y est développée (Pour les Juifs, qui est Jésus ? Le Jésus historique vu par les historiens juifs, Éditions Salvator, Yves Briend Éditeur, SA, Paris, 2014, p. 93). Pourquoi pas de disciples de Jean ? Ce ne devait pas être un groupe important à ses débuts car le dialogue entre Nicodème et Jésus semble démontrer que le premier ne les connaissait guère.

Dans les chapitres 2 et 3, on sent que l'auteur de l'évangile a probablement modifié le récit primitif afin de faire coller son récit à la christologie abouti dont il émaille tout son ouvrage. Si bien, que certains logia qui ont un haut degré d'authenticité se trouvent placés à des endroits où ils n'étaient pas situé à l'origine. Ce qui est peut-être le cas des logia de Jean 3, 13-15, qui ressemble plus à une réponse à l'admiration de la foule qu'il justifie :

« (Jésus leur dit) : « Nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. » »

Comme le démontre André Chouraqui (Un Pacte neuf, Brépols, 1984), cette allusion est tout sauf innocente. En effet, d'après le Targum Neofiti sur Deutéronome 30, 11, « Celui qui est monté au Ciel » n'est autre que Moïse : « Le verset 13 désigne donc Jésus comme le nouveau Moïse descendu du Ciel pour communiquer aux hommes la parole divine, source de la vie nouvelle dans l'Esprit. » Boismard indique qu’il est possible que Jésus cite en fait ce targum (cf. aussi Jean 7, 38.). Ce qui ne peut-être établi avec certitude. Cependant, Jésus associe cette revendication au terme peu usité de « Fils de l'homme », traduction grecque de l'araméen bar enasha, qui signifie tout simplement « homme », « l'homme », ou « quelqu'un ». Terme assez vague qui d'après Geza Vermes , que je rejoins ici, a une signification plus particulière pour les Galiléens : « dans le dialecte araméen de Galilée qui était celui de Jésus, « Fils d'homme » était parfois utilisé dans un monologue ou un dialogue pour désigner de façon détournée le locuteur lui-même. (...) Le but de cette périphrase était de (...) camoufler ce qui en langage, pouvait paraître de la forfanterie » (Enquête sur l’identité de Jésus. Nouvelles interprétations, Bayard, Paris, 2003, p. 43), en remplaçant le « Je » par l'expression plus équivoque et plus humble de « Fils de l'homme ». Ce qui peut-être le cas ici car il dit être le Nouveau Moïse de Deutéronome 18.

Ce qu'il semble confirmer en ces termes :

« Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l'homme soit élevé afin que quiconque croit ait, en lui, (le Royaume de Dieu). »

En effet, dans Nombres 21, 49, durant l'errance au Désert, les Hébreux, victime de serpents empoisonnés, sont sauvés par le serpent d'airain qu'a élevé sur l'ordre de Dieu, Moïse. À l'origine, ce récit était une explication de la présence jusqu'au règne du roi de Juda, Ézéchias, de cette idole, qui était peut-être l'équivalent des veaux d'or du royaume d'Israël, dans le temple de Jérusalem. Le récit mettait en avant, non un rituel magique, mais le fait que c'était la croyance en Dieu qui sauvait la personne qui se trouvait devant le serpent, surtout s'il était comme le pense certains exégètes une représentation animalisé de Yahvé mais propre à Juda. Ce qu'ont très bien compris les auteurs juifs ultérieurs, mais sans la référence à la monolâtrie de l'époque royale qui a presque disparu des textes bibliques, tel celui du livre de la Sagesse : « en effet quiconque se retournait (vers le serpent) était sauvé non par l'objet regardé, mais par toi, le sauveur du monde. » (16, 7.) Et, à travers l'évocation du serpent, il entend qu'il est le Nouveau Moïse. Mais il va plus loin, il ne se contente pas d'être seulement le Prophète promis par Moïse. Ce sera vers lui que le peuple d'Israël devra se tourner pour être sauvé, car Dieu agit à travers lui, comme au temps du serpent d'airain. C'est pour cela qu'il doit être élevé, non crucifié, évoquant ainsi subtilement des prétentions royales.

En gros, Jésus annonce la même chose qu’aux disciples de Jean dans la source Q : « Allez rapporter à Jean ce que vous voyez : Les aveugles voient de nouveau et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, et les morts se relèvent et les pauvres reçoivent de bonnes nouvelles. » (22, dans dans Frédéric Amsler, L'évangile inconnu. La source des paroles de Jésus, Essais bibliques n°30, Labor et Fides, Genève, 2001.) L’action de Jésus porte en lui l’arrivée du Règne de Dieu. Elle en est le signe. En cela, on retrouve du moins en partie dans cette action miraculeuse telle qu’on la voit également dans l’évangile de Jean une référence indéniable à son origine galiléenne. En effet, les hassidim galiléens étaient considérés par le Talmud comme des « hommes d’action », « action » traduisant les bonnes œuvres dans le Judaïsme. Et comme l’a fait très bien remarqué Frédéric Manns, Jésus est représenté dans l’évangile de Jean comme un homme pieux pratiquant les « bonnes œuvres » qui ne se limite pas aux seuls miracles (Les racines juives du christianisme, Presses de la Renaissance, Paris, 2006). Mais Jésus pousse cette vision plus loin car il revendique une place à part des hassidims galiléens, qui ont peut-être été à l’origine de sa formation avant son baptême, celle de Précurseur du Règne de Dieu en tant que Messie-Roi.

Freyr1978

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Publié le 15 Juillet 2015

Comme nous le montre HuffingtonPost.com le 28 décembre 2013, l'acteur et comédien John Fugelsang donna son point de vue sur Jésus en une seule phrase, et il est assez éloigné de la vision de compromis que l'on donne souvent du personnage :

"Jésus était un révolutionnaire radical non violent se tenant avec les lépreux, les prostituées et les escrocs; il n'était pas Américain et ne parlait pas l'anglais; il était contre la richesse, contre la peine de mort, contre les prières publiques (Matthieu 6,5); mais il n'a jamais été anti-gay, n'a jamais mentionné l'avortement ou du contrôle des naissances, n'a jamais dit que les pauvres étaient paresseux, n'a jamais justifié la torture, ne s'est jamais battu jamais pour les allégements fiscaux, pour les plus riches des nazaréens, n'a jamais invité un lépreux à payer des cotisations, et il était d'une communauté de sans abris aux cheveux mi-longs et à la peau brune organisant une campagne d'intimidation chez les juifs du Moyen-Orient."

Par ce biais, il se moque alors la masse des candidats républicains qui parlent souvent de Jésus de Nazareth, en ignorant hypocritement ses mots quand ils en viennent aux questions sociales. Ses paroles sont un regard honnête sur ce que la Bible dit vraiment de Jésus et montrent par un argument convaincant comment les Républicains l'ont détourné à des fins politiques. Il poussa plus loin sur Twitter en disant que Jésus aurait été considéré aujourd'hui comme un socialiste pour répondre à des critiques.

rawstory.com montre aussi que John Fugelsang a répondu à des question lors de l'émission The Ed Montrer sur SNBC au mois de mars 2015, en disant que si on est chrétien, ce n'est pas notre travail de juger les personnes homosexuelles, notre travail est d'aimer les homosexuels, et sur ce que devait être un gouvernement prônant des valeurs chrétiennes : "Si vous voulez avoir un gouvernement basé sur les valeurs chrétiennes, cela signifie que vous prenez soin des pauvres, vous prenez soin des malades, vous ne commencez pas à vous battre avec les gens, vous êtes aimables avec ceux qui sont en prison, et vous permettez à des organismes privés de bienfaisance de vendre des pâtisseries pour renflouer Wall Street."

Une vision qui se rapproche du pape François dans la défense des plus pauvres, et qui montre que Jésus n'était pas un homme de compromis mais bien un homme qui souhaitait un changement social non violent.

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Publié le 29 Juin 2015

SRF.ch dans son article du dimanche 28 juin 2015 nous montre que dans un livre avec des centaines de pages densément imprimés du théologien Konrad Schmid qui est depuis 2002 un professeur dans les Études sur l'Ancien Testament et de l'histoire religieuse juive à la Faculté de théologie de l'Université de Zurich, où un de ses intérêts de recherche est l'histoire littéraire de l'Ancien Testament, il est donc peu surprenant de ne pas le lire complètement. Mais on peut y voir à travers que la Bible contient souvent des demi-vérités et nous pouvons y voir 5 réponses à 5 revendications sur la Bible.

Première revendication : La Bible définit l'homme comme la couronne de la création. Cela a des conséquences désastreuses pour la nature et les animaux.

L'écrivain Carl Amery et l'historien des sciences Lynn White représentaient au début des années 1970 ce point de vue : l'ordre de Dieu à l'homme dans le premier chapitre de la Bible a jeté les bases pour l'exploitation de la nature que nous observons aujourd'hui. Mais la crise écologique actuelle ne peut pas être attribué à une déclaration spécifique de la Bible. Enfin, il y a de nombreuses causes et elles concernent également les parties non-chrétiennes du monde. Pour Konrad Schmid bien que la Bible montre que les personnes sont effectivement définies comme le couronnement de la création, mais les raisons de la domination humaine sur les autres créatures ne doivent pas être trouvées ici. C'est Plutôt, dans son évolution: Même sans la Bible, l'homme aurait mis au point le modèle qui existe aujourd'hui.

Deuxième revendication : Le Nouveau Testament est antisémite.

L'Ancien Testament contient des déclarations acérées contre Israël et le royaume de Juda, ce qui est difficile à dire. Il y a même quelques passages anti-juives dans le Nouveau Testament. Un est particulièrement bien connu est celui de Jean 8, 44 : "Vous avez pour père le diable." Mais ces déclarations ne reflètent ni la position de Jésus ni celle de la première génération de chrétiens. Elles sont plutôt dues aux alentours de l'an 100 avec les conflits naissants entre l'Église et la synagogue. L'Église plus insignifiante utilisa une polémique exagérée contre le judaïsme, à partir de laquelle ils voulaient tomber. "La Bible est pleine d'histoires sur les assassinats, la guerre et le viol", "La Bible est discriminatoire envers les femmes", "La Bible est un livre pleine de contes de fées et de mythes" : c'est d'autres questions auxquels le théologien Konrad Schmid répond dans son ouvrage.

Troisième revendication : Jésus n'a pas pu mourir sur la croix.

Cette hypothèse représentant les auteurs de la théologie du début du XIXe siècle. Plus tard, cette déclaration se trouve également dans certains auteurs du XXe siècle. Ils voulaient une explication naturelle pour la résurrection de Jésus : Il est seulement apparemment mort sur la croix, puis il retourna de nouveau à la vie. Historiquement, il est maintenant accepté que Jésus était un personnage historique qui est né à Nazareth, a travaillé comme un prédicateur itinérant en Galilée et de la Judée et qu'il est mort en l'an 30 à Jérusalem, où il fut crucifié. Mais la résurrection est historiquement explicable. D'ailleurs les témoignages des personnes associées à Jésus sont détectables, il avaient eu des visions du Ressuscité.

Quatrième revendication : Jésus n'est pas le Fils de Dieu.

Jésus n'est pas dans le sens biologique le Fils de Dieu, mais il l'est dans un théologique. "Fils de Dieu" est une métaphore bien connue qui se trouve dans l'ancien Proche-Orient et dans l'Ancien Testament à propos des rois (Psaume 2,7). Et le roi est le représentant de Dieu sur terre, il peut être considéré comme son "fils". Lorsque dans le christianisme primitif Jésus fut appelé le "Fils de Dieu", cela avait la même intention que s'il s'était appelé le "Messie" ou le "Christ". Jésus est interprété comme la figure royale sauveur qui s'est approché si près de Dieu que l'on peut l'adorer avec lui sous le titre de "Seigneur", un titre qui est par ailleurs réservé, même dans ce contexte, à Dieu seul. Cela a abouti au IVe siècle à la doctrine de la Trinité divine.

Cinquième revendication : Jésus ne voulait pas de l'Église.

L'historien français de l'Église Alfred Loisy (1857-1940) a inventé l'expression : "Jésus annonçait le Royaume, et c'est l'Église qui est venue". Cette déclaration montre l'écart entre ce que Jésus attend et l'organisation sociale du début de la chrétienté. Jésus n'avait pas à l'esprit d'établir une Église, bien que l'Évangile de Matthieu la représente dans une perspective historique afin de la rendre crédible (Matthieu 16,18). L'aspect communautaire joue un rôle central dans le ministère de Jésus, l'émergence de l'Église peut être alors considérée comme une étape logique dans le développement du christianisme après sa mort.

Le théologien Konrad Schmidt répond à des questions que se posent beaucoup de croyants et de non croyants de façon très subtile qui donne ici une belle leçon d'exégèse qui se base sur une lecture sérieuse de la Bible.

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Publié le 31 Mai 2015

Jésus a fait partie d'une famille nombreuse

Françoise Chandernagor à travers son roman Vie de Jude, frère de Jésus, aux éditions Albin Michel en 2014, nous montre que Jésus avait des frères et sœurs. Ils sont présents chez Marc (6,3) et Matthieu (13,54-56). N'oublions pas que Jésus est le fils "premier né" de Marie et Joseph (Luc 2,7), donc rien ne dit que ses parents n'ont pas eu d'autres enfants. Jacques et Joset, Simon et Jude sont cités comme ses "frères". Il a peut être eu deux 2 sœurs qui furent mariés par la suite.

De nombreux historiens, biblistes et exégètes confirment qu'ils étaient bien ses frères et sœurs comme le montre Pierre-Antoine Bernheim dans son excellent ouvrage Jacques, frère de Jésus, aux éditions Albin Michel en 2003. Plus important, un grand nombre d'attestations antiques mentionnent les frères de Jésus, certaines parlant même de "frère du Christ selon la chair", plus encore quand Flavius Josèphe, un auteur juif qui écrit vers 93-94 pour un public romain, nous dit que Jacques est le "frère de Jésus, appelé Christ", dans les Antiquités judaïques.

Les frères de Jésus devinrent très influents et eurent un rôle majeur dans l'Église au point que comme nous le montre Geza Vermes dans son Dictionnaire des contemporains de Jésus aux éditions Bayard en 2008, sous le règne de l'empereur Domitien, les petits-fils de Jude, frère de Jésus, furent mis sous une liste noire par les Romains car ces descendants de David étaient considérés comme des rebelles messianiques (Histoire ecclésiastique III, 20). Ce qui montre que durant les 70 ans qui suivirent la mort et la résurrection de Jésus, un lien familial avec lui était un atout important pour assumer la direction de l'Église.

Pierre-Antoine Bernheim pense que c'est l'appartenance à une lignée davidique qui explique la position prééminente des membres de la famille de Jésus qui jouèrent un rôle significatif dans les Églises de Palestine et des régions voisines longtemps après sa mort. Si on suit ce mode dynastique, cela explique pourquoi Jacques est devenu à la mort de Jésus le premier évêque de Jérusalem, ce que confirme Simon Claude Mimouni dans son ouvrage Jacques le juste, frère de Jésus de Nazareth aux éditions Bayard en 2015.

Devenu gênants pour la succession apostolique que l'on faisait désormais partir de Pierre, il fallait se débarrasser habilement des frères de Jésus, en les transformant en cousins germains, ce que fit en vrai métronome Jérôme au Ve siècle qui fusionna Jacques, fis d'Alphée avec Jacques, frère du Seigneur, tout en faisant devenir aussi Simon et Jude des fils de Clopas, confondu avec Alphée.

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Publié le 2 Janvier 2015

Le Saint Suaire est un faux selon un expert britannique

noticieros.televisa.com dans son article du vendredi 24 octobre 2014 nous montre que Charles Freeman dit qu'il n'y a aucune preuve historique du Suaire avant 1355, il suppose donc qu'il n'y a pas de suaire qui a enveloppé le corps du Christ.

C'est un débat qui continue : est-ce que le suaire de Turin est le linceul du Christ ? Ou est-ce totalement faux ? Or, selon un expert, la réponse est que le Suaire de Turin, qui est visité par des millions de personnes chaque année, est sans doute faux.

Charles Freeman, un érudit et auteur britannique dit dans History Today, l'un des journaux les plus respectés sur l'histoire, qu'outre la datation au carbone 14 en 1988, montrant que le suaire a ses origines au XIVe siècle, il existe des preuves qu'il fut modifié au fil du temps et utilisé spécifiquement pendant un rituel médiéval de Pâque.

Dans son examen des textes historiques, Freeman a été incapable de trouver une mention du Saint Suaire, avant 1355, ce qui est étrange pour cette relique d'une grande signification religieuse. Le chercheur affirme que le suaire a été acquis par la maison de Savoie (Casa Savoia en italien), une des plus anciennes dynasties royales du monde, ce qui en fait une "relique de grand prestige" en 1453.

Freeman continue son analyse, estimant que les représentations du suaire, y compris une gravure de l'artiste Antonio Tempesta en 1613, sont différentes de ce que nous connaissons aujourd'hui.

Ces représentations dit-il, sont axé sur des fonctionnalités qui ne sont pas faciles à trouver, comme la couronne d'épines et de longs cheveux du Christ dans son cou. En outre, il n'est pas si facile de voir le visage dans le suaire une fois couvert de sang. "C'est incroyable, mais peu de chercheurs semblent avoir réalisé que le suaire était très différente entre les XVIe et XVIIe siècles de l'objet que nous voyons aujourd'hui", ajouta Freeman.

Cela l'amène à conclure que le suaire a été probablement utilisé dans un rituel médiévale pendant la Pâque. Notamment une cérémonie appelée "Quem quaeritis" ou "Qui cherchez vous ?". Lors de la cérémonie "on montre une partie de la résurrection suivant la mort pour montrer que le Christ est vraiment ressuscité" dit aussi le chercheur britannique.

En 2015, le Saint Suaire sera exposée à Turin pour la première fois au public en cinq ans, pour célébrer le 200e anniversaire de la naissance de Saint Don Bosco et on prévoit jusqu'à 2 millions de pèlerins cherchant à le regarder de près.

L'hypothèse de Charles Freeman tient la route et elle est celle d'un historien qui a écrit le livre le plus complet sur les reliques en 2011, Holy Bones, Holy Dust : How Relics Shaped the History of Medieval Europe, où il démontre que les reliques étaient avant tout une monnaie d'échange, permettant de faire de bonnes affaires et une bonne propagande politique à travers l'Europe, et elles étaient même utilisées pour exercer un pouvoir militaire.

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Publié le 26 Décembre 2014

c) Quand Jésus est-il né ?

Certains membres de celles-ci, en apprenant plus sur Jésus, durent s'étonner qu'alors qu'il était considéré comme un grand homme par ses disciples, le Messie, promis à Israël, ses disciples et les missionnaires itinérants ne suggérait rien au sujet de sa date de naissance alors qu'on connaissait son lieu de naissance, Nazareth. D'où la question qui dut s'élever au sein de ces communautés probablement : « Quand Jésus a-t-il vu le jour ». Question qui importait peu, il faut le dire aux disciples et aux frères de Jésus, qui l'avaient côtoyé en Palestine, d'autant qu'à l'époque, les registres d'état civil, dans les régions administrées directement par Rome, ce qui n'est pas le cas de la Galilée, lors des recensements, ne notaient que le nom et le lieu d'origine des membres d'une famille imposable. Les disciples, n'oublions pas que Pierre dirigeait à Antioche, les missionnaires mandatés par l'ecclésia de Jérusalem, et les frères de Jésus semblent avoir compris ce besoin et rassemblèrent oralement les souvenirs de ces derniers sur la date supposé de naissance de Jésus qu'emportèrent les missionnaires qui finirent par les mettre par écrit dans des sommaires vagues sur lesquels s'appuieront plus tard les évangiles de Matthieu et de Luc.

Les premiers situent la naissance de Jésus dans son contexte juif et probablement au sein de l' ecclésia d'Antioche dans une communauté, issu de la Diaspora, qui connaît plutôt bien Jésus :

« Jésus est né au temps du roi Hérode(, roi de Judée). » (Matthieu 2, 1 ; Luc 1, 5)

Un sommaire assez vague qui pouvait contenter cette communauté, d'autant que la Diaspora juive avait bénéficié des faveurs du roi de Judée lors de son long règne. Et que l'on pouvait facilement situer à la fin du règne de celui-ci plutôt qu'au début.

Mais ce manque de précision semble avoir posé problème aux païens convertis, car ces derniers ne semblaient pas connaître le roi de Judée à part dans les provinces qu'il avait favorisé. Donc pour répondre aux questions de leurs nouveaux convertis à ce sujet, les frères de Jésus, source principale semble-t-il, essayèrent de se remémorer des événements particuliers qui correspondait à la naissance de Jésus et qui donnèrent naissance à trois types de sommaire chronologique, d'abord deux hérodiens puis un impérial :

1) « (Aux jours d'Hérode, roi de Judée,) une étoile fut vu dans l'Est » (Matthieu 2, 2, 9)

On précise pour les païens convertis, qu'« au temps du roi Hérode(, roi de Judée) », il y a eu un événement insolite, dont les frères de Jésus ont gardé la mémoire, la vision d'une étoile à l'Orient. Rien d'innocent dans cette mention. En effet, c'est une référence évidente à l'étoile comme symbole de royauté pour les derniers Hasmonéens (se reporter à la monnaie qui sert d'image à l'article) et Hérode, dans la tradition de la dynastie d'Alexandre Jannée (103 – 76 avant J. – C.). Peut – être faut – il lier le choix de ce symbole à l'importance grandissante des horoscopes royaux. Comme nous l'apprend, Marie – Françoise Baslez : « Les dates d'émission de ces monnaies juives à l'étoile suggèrent de leur reconnaître aussi un caractère commémoratif astrologique, ce qui peut fournir une des clés de l'épisode évangélique.

Les trois séries (de pièces évoquées plus haut) furent frappées lors de la conjonction de Jupiter et de Saturne dans la collection du Poisson est un signe eschatologique (associée au peuple juif en astrologie), que Saturne marque le cours du temps (et pour les mésopotamiens représentait la divinité protectrice d'Israël) et Jupiter la royauté, cette conjonction planétaire pouvait apparaître comme l'annonce d'un bouleversement historique (car l'équinoxe du printemps entrait dans la constellation du poisson à cette époque, un symbole de changement d'ère). Or elle se reproduisit en 7 avant notre ère, peu avant la date vraisemblable de la naissance de Jésus, et on peut comprendre qu'une tradition évangélique l'ait utilisé comme repère chronologique... » (Les mages et l'étoile de Bethléem Les premiers temps de l'Eglise de Saint Paul à Saint Augustin, éditions Gallimard et Le Monde de la Bible, 2004, p. 249.)

La plupart des prosélytes et des craignants Dieu, qui en avaient les moyens, s'étaient déjà rendus lors d'un des trois pèlerinage d'obligation à Jérusalem ou étaient restés y vivre, où ils avaient probablement eu entre les mains ces fameuses pièces et savaient qu'elles avaient été fondus à la fin du règne d'Hérode Ier le Grand à la suite d'un grand événement astrologique. Parmi eux se trouvaient probablement certains des missionnaires qui furent envoyés au sein des communautés pauliniennes et qui furent à même d'expliquer cet événement astrologique comme une référence à la naissance de Jésus.

2) « (En ces jours là) Hérode commanda (à ses ministres) et envoya tué ses fils, Alexandre et Aristobule » (Matthieu 2, 16) :

l'événement astrologique pouvait très bien ne rien dire à une grande partie des membres de la communauté paulinienne. La plupart ne s'était jamais déplacé à Jérusalem - le voyage coutait cher si on vivait loin de la Palestine, comme à Corinthe ou Thessalonique - et n'avait probablement jamais vu les fameuses pièces à l'étoile d'Hérode Ier le Grand. Par contre, il est fort possible qu'il ait entendu parler de cet événements à l'image de ce qu'en dit l'historien païen Macrobe (c. 395-436) : « Quand l'[empereur Auguste] apprit que parmi les enfants de Syrie de moins de deux ans qu'Hérode Roi des Juifs avait fait tuer, se trouvait son propre fils, il dit qu'il valait mieux être le cochon d'Hérode que son fils » Mais à l'origine, il se présentait plus vraisemblablement ainsi, car lorsque Macrobe a repris ce texte le récit du massacre des innocents était déjà bien développé : « Quand l'[empereur Auguste] apprit que Hérode Roi des Juifs avait fait tuer (son ou : ses) propre fils, il dit qu'il valait mieux être le cochon d'Hérode que son fils. » Selon le professeur Peter Richardson, historien à Université de Toronto, le récit du massacre des innocents proviendrait peut-être de la confusion de deux récits relatant le massacre d'enfants à travers le temps, même si je pense qu'à l'origine ce n'était qu'un sommaire destiné aux nouveaux convertis païens.

« Le fait que la naissance de jésus et l'exécution de deux des enfants d'Hérode (Alexandre et Aristobule IV en 7 av. J. – C.) ait pu avoir lieu la même année est très évocateur. Ce qui a pu se produire dans le récit chrétien du massacre de Bethléem c'est que l'horreur d'un père qui exécute deux de ses fils ait été mélangée à l'histoire de la naissance de Jésus pour devenir le récit de l'exécution de quelques enfants à l'époque de la naissance de Jésus. » Cet acte a, en effet, fait une profonde impression à l'époque et a été enregistré aussi bien par Flavius Josèphe que dans la littérature apocryphe juive du Ier siècle, en particulier l'Assomption de Moïse, où l'on lit cette prophétie: « Un roi insolent détrônera [les prêtres hasmonéens] ... il tuera tous les jeunes. » « Ici Hérode tue vraiment tous les enfants juifs qui ont cherché à le remplacer, comme Matthieu 2:17 le dit, mais ce sont plutôt ses propres enfants de sang Maccabéen ! » (Robert Eisenman, James The Brother of Jesus, I. 3 " Romans, Herodians and Jewish sects ", p.49, 1997; voir aussi E. P. Sanders, The Historical Figure of Jesus, 1993, p.87-88).

Ainsi, les nouveaux convertis pouvaient mieux situer le règne du roi Hérode, car on faisait une anecdote qui concernait une citation bien connu qui venait de l'empereur Auguste, et qui étrangement se marier parfaitement avec le rapport sur l'étoile, qui tous deux se passèrent à la fin du règne d'Hérode en l'an 7 av. J. - C.

3) Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier. (Luc 2, 1)

Il est possible également que ces références ne signifiait absolument à une autre partie des membres de la communauté, en particulier ceux de condition modeste, qui était par exemple majoritaire à Thessalonique, et ne savait pas qui était Hérode Ier le Grand. Il est probable que les missionnaires durent s'adapter à leur curiosité et les frères de Jésus durent se rappeler d'autres événements. Et la politique du premier princeps Auguste semble avoir beaucoup marqué les provinciaux, parmi eux les habitants du royaume de Judée, notamment l'usage de recensements généraux et particuliers (Judée par exemple en 6 ap. J. - C.) pour s'attacher à connaître le cadastre provincial et des gens libres vivant hors d'Italie (ou des colonies romaines) afin de mieux percevoir l'impôt. Et c'est justement un recensement qu'évoque notre sommaire en ces termes : « un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier », suggérant que Jésus est né lors d'un recensement général. Or, Les Res Gestae Divi Augusti, compte-rendu des actes accomplis par Auguste sous son règne, en évoque justement trois :

« Et pendant mon sixième consulat, j’ai mené le recensement des citoyens romains avec mon collègue M. Agrippa (28 av. J.-C.). J’ai procédé à ce lustre pour la première fois depuis quarante et un ans. Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions soixante-trois mille citoyens romains. Ensuite, une deuxième fois, disposant des pleins pouvoirs proconsulaires, j’ai procédé au lustre sans collègue, sous le consulat de C. Censorinus et de C. Asinius (8 av. J.-C.). Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions deux cent trente-trois mille citoyens romains. Enfin, une troisième fois, disposant des pleins pouvoirs proconsulaires, j’ai procédé au lustre avec pour collègue mon fils Tibère César, sous le consulat de Sex. Pompeius et de Sex. Appuleius (14 ap. J.-C.). Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions neuf cent trente-sept mille citoyens romains ».

Le recensement général qui doit être retenu est celui datant de la fin du règne d'Hérode Ier en 8 avant J. - C. Cette hypothèse est recoupé, semble-t-il, par le Père de l'Église, Tertullien de Carthage, qui affirme en 207 que « L'histoire atteste qu'il y eut sous le règne d'Auguste un recensement exécuté dans la Judée par Sextius Saturninus. C'est à ces archives qu'ils auraient dû demander la preuve de sa naissance et de sa famille » (Contre Marcion, IV, 19, 10.) Une affirmation intéressante car sa source ignore celui de Quirinius, cité par l'évangéliste Luc, et démontrerait qu'il a existé une autre version où c'était son prédécesseur qui l'avait effectué. Cependant, « sous le rapport fiscal, Hérode semble avoir joui de la plus grande indépendance que peut revendiquer un prince vassal. (...) Or si Rome avait procédé au recensement à l'époque d'Hérode, cette mesure administrative non seulement ne serait en aucune harmonie avec l'autonomie du royaume, mais supposerait le paiement régulier d'un tribut par Hérode ; cependant nulle part dans les sources il n'est question d'un pareil paiement. L'histoire juridique de Rome ne connaît aucun cas où pareille ingérence aurait été faite dans les affaires intérieures d'un royaume vassal. » (Gilbert Picard, La date de naissance de Jésus du point de vue romain, in Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et belles lettres n°139, 1995, p. 801.) Tout au plus, peut-on penser que les frères de Jésus se rappelèrent-ils d'un recensement général pratiqué dans la province voisine de Syrie par le gouverneur Saturninus qui marqua leur mémoire pour la raison évoqué plus haut, mais qui eut lieu en fait un an plus tôt. Rien d'anormal la mémoire joue parfois des tours, ou sinon c'est que l'opposition a été très dure, par exemple comme en Gaule, où il a duré jusqu'en 6 av. J. - C.

Les missionnaires avec ces 3 sommaires chronologiques pouvaient remplir la tâche qu'avaient les chroniques par exemple impériales ou des historiens gréco-romains, à l'image de Tite-Live, où les grands personnages qui avaient marqué l'empire romain, était valorisé dès leur naissance, et ce avec une indication chronologique précise, à l'image de l'empereur Auguste, qui semble être la référence des premiers chrétiens. Israël Knohl semble même suggérer dans son ouvrage L'Autre Messie (Edition Albin Michel, 2001) que celui-ci a été considéré à un moment par les Juifs, et parmi eux les Esséniens, comme le « Fils de l'homme » du livre de Daniel et de 1 Hénoch, ce qui semble rejoindre les propos de Paul Marius Martin dans Antoine et Cléopâtre : la fin d'un rêve (Albin Michel, Paris, 1990) selon lesquels Marc Antoine et Octave - le futur Auguste - luttèrent à coup de prophéties les présentant tous deux comme les libérateurs de l'Orient. Est-ce à dire que les disciples et frères de Jésus le présentaient par ce biais comme le vrai successeur de l'empereur Auguste par la volonté de Dieu et non Tibère ?

Ces sommaires auraient probablement disparu si un contexte de violence messianique n'avait pas obligé l'ecclésia de Jérusalem à partir d'eux à développer des récits afin d'affirmer la messianité d'un Messie qui semblait avoir échoué pour une grande partie des Juifs que ce soit en Palestine ou dans la Diaspora.

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Publié le 26 Décembre 2014

b) Des circonstances de naissance détaillées :

Le second sommaire se trouve dans l'évangile de Luc. Dépouillé des quatre récits d'annonce messianiques de la naissance et l'enfance de Jésus (l'annonciation, l'annonce aux bergers, la présentation de Jésus au Temple, auquel j'adjoint aussi l'épisode de Jésus au Temple), il devait se présenter ainsi :

« Dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, une jeune fille fut accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David ; cette jeune fille s’appelait Marie ; (...)

Or, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle du haut. Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l’enfant, on l’appela du nom de Jésus. Et lorsque furent accomplis les jours, ils l'emmenèrent pour le présenter au Seigneur, selon qu'il est écrit dans la Loi du Seigneur : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur (...)

Puis quand vint le jour où, suivant la loi de Moïse, elle devait être purifié, ils l’amenèrent à Jérusalem pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petits pigeons. Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.

Quant à l’enfant, il grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui.

Ses parents allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, comme ils y étaient montés suivant la coutume de la fête, le jeune Jésus resta dans le temple, assis au milieu des maîtres, à les écouter et les interroger. Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth ; il leur était soumis. » (Luc 1, 26-27 ; 2, 6-7, 21, 22, 24, 39-40, 41-43, 46)

Ce sommaire contrairement au précédent s'adresse probablement à une ou des communauté(s) qui ne connaissait pas bien Jésus vu le luxe de détail qu'il se permet d'y faire figurer dès le début, comme le prouve la méconnaissance des parents de Jésus et de certains rituels juifs. Il est probable qu'il soit celui qu'emmenait avec eux les missionnaires itinérants mandatés par l'ecclésia d'Antioche, qui avait reçu délégation de l'ecclésia de Jérusalem. Et il visait les communautés pauliniennes pour lequel Paul était avare de détails sur les origines de Jésus : celui-ci était « issu selon la chair de la lignée de David » (Romains 1, 3), donc par le père qui n'est pas nommé, « né d'une femme » (Galates 4, 4), c'est-à-dire mariée et en âge d'enfanter, sans la nommer elle aussi, et « soumis à la loi juive » (id., 4, 4). Car comme je l'ai expliqué, le Jésus historique ne l'intéressait pas. Ce qui a permis à l'ecclésia d'Antioche de répondre à un désir de ces communautés qui voulaient mieux connaître Jésus.

Comme le sommaire de Matthieu, il présentait un Jésus, juif pratiquant et homme de son temps dès l'enfance, à travers l'allusion aux différentes traditions juives :

1) « Dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, une jeune fille (fut) accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David ; cette jeune fille s’appelait Marie ; (...) » (Luc 1, 26-27) :

l'ignorance sur les origines de Jésus de la part du public destinataire est ici criante. On cite d'abord son lieu d'origine Nazareth. Peut-être parce que lorsque les destinataires demandaient ce que voulait dire « Jésus le Nazarénien », les missionnaire leur expliquait qu'il était né à Nazareth, bourg inconnu de Galilée. On développe un peu le statut de ses parents, Paul n'ayant jamais cité leur nom, mais les missionnaires indiquant qu'il était bien le « fils de Joseph » et de « de Marie », et précise, aussi, que par son père, Jésus était bien « issu selon la chair de la lignée de David » (Romains 1, 3). Donc le Messie promis à Israël. Marie y est qualifié de « jeune fille », c'est-à-dire pubère et en âge de se marier, et donc « (fut) accordée en mariage à (...) Joseph », selon les procédures détaillées plus haut. Ensuite, il y avait peut-être la cérémonie du mariage, relaté plus haut. Peut-être sous un format plus court, où était cité les noms des pères de Marie et Joseph, que nous n'avons plus, et pris sur les exemples de Genèse 29, 22-23, 28 : « Laban rassembla tous les gens du lieu et fit un banquet. Le soir venu, Laban prit sa fille Léa et l’amena à Jacob pour qu’il allât vers elle. (...)Il termina la semaine de noces de Léa (...) », et de Juges 14, 10-11, 15, 18, 20 : « Puis son père descendit chez la femme et Samson y donna un festin, car c’est ainsi que font les jeunes gens. Or, dès qu’on le vit, on prit trente compagnons pour rester avec lui. (...) Or, le septième jour, (...) Au septième jour, avant le coucher du soleil, (...) au compagnon qui lui avait servi de garçon d’honneur ». Ce qui démontre l'ancienneté de ce rituel que l'on devait déjà pratiquer entre le VIIe et le VIIIe siècle, date présumé du récit le plus ancien, celui de la Genèse.

2) « Or, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la chambre du haut » (Luc 2, 6-7) :

On ne détaille pas l'accouchement, qui était connu de tous, et qui était à l'époque plutôt le fait d'une sage femme ou de parentes de la famille que d'un praticien, ce que ne se gênera pas de faire un apocryphe, l'évangile de Jacques, de manière ridicule. Par contre le verset 7, indique que Jésus est né comme tous les enfants juifs, car on l'a enveloppé de langes, après l'avoir baigné et frotté de sel pour affermir la peau (Ezéchiel 16, 4). Mais un détail est plus intriguant au premier abord sur les circonstances de la naissance de Jésus : son dépôt dans une mangeoire parce qu'il y a trop de gens dans la chambre du haut, qui est la traduction exacte du mot grec « kataluma ». Cela tient simplement aux structures des maisons de l'époque qu'ont permis de mettre au jour les recherches de Joe Zias, archéologue à l'Université hébraïque de Jérusalem (dans le documentaire de Jérémy Bowen, Liron Levo, Sur les trace de Jésus, BBC, 2002). Celles-ci se composent principalement de murs de pierre qui délimitent de vastes espaces au sol, avec au sommet un toit qui est une terrasse végétalisée, à l'image des toits de chaume de certaines maisons françaises. A l'intérieur, le rez-de-chaussée présente des niches voûtées pour loger les animaux, qui fournissent également le chauffage l'hiver. Ce qui explique la présence d'une mangeoire. A l'étage, l'espace au dessus des voûtes est destiné à l'habitation humaine avec un coin cuisine marqué par le foyer, et la chambre du haut est une mezzanine autour de la pièce. Elle semble bondée pour deux raisons : l'accouchement, ainsi que l'explique Claire Pfann (dans le documentaire de Jérémy Bowen, Liron Levo, Sur les trace de Jésus, BBC, 2002), de l'Université de Terre Sainte, est la pire aventure qui puisse arriver à une femme et il est nécessaire qu'elle soit entourée pour limiter les dégâts, notamment par la famille des deux époux et de parentes qui assisteront la parturiente ; et la naissance d'un premier né, surtout masculin, était un moment de réjouissance, et donc le village a très bien pu après la naissance donner ses félicitations à la famille, ce qui pourrait peut-être aussi une indication de sa condition sociale au sein du bourg de Nazareth, à l'époque être un tekton faisait du père de Jésus un petit notable. Il n'y aurait donc rien d'étonnant à ce que Jésus ait été placé dans la mangeoire.

3) « Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l’enfant, on l’appela du nom de Jésus. Et lorsque furent accomplis les jours, ils l'emmenèrent (à Jérusalem) pour le présenter au Seigneur, selon qu'il est écrit dans la Loi du Seigneur : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur (...)»(Luc 2, 21, 22) :

Le début est une réponse aux affirmations de Paul qui disait : « en Jésus-Christ, ni la circoncision ni l'incirconcision n'a de valeur, mais la foi qui est agissante par la charité » (Galates 5, 6). Ce que contredisait les missionnaires avec ce sommaire où Jésus était circoncis le huitième jour, signe de génération en génération de l'alliance entre Dieu et Israël (Genèse 17, 9-14), tel que le disait la formule paternelle à cette occasion : « Qui nous a sanctifiés de ses préceptes et nous a donnés d'introduire notre enfant dans l'alliance d'Abraham notre père. » (Schabbath 137, 2.) Ce jour-là, on donnait à l'enfant, probablement le père qui organisait la cérémonie, son nom, « parce que, disait-on, Dieu a changé les noms d'Abraham et de Sarah lorsqu'il a institué la circoncision » (ce qui est une référence à Genèse 17, 5 et 17). Je ne reviendrais pas sur la symbolique du nom l'ayant expliqué plus haut. Et aussi, il apporte une autre preuve de la judaïté de Jésus en parlant de sa présentation, rachat qui concernait uniquement les Juifs aînés de sexe masculin, conformément à la loi (voir Exode 13:1-15 et Nombres 18:15-17), touchant seuls les lévites restaient au service du Seigneur (Lévitique 8,16-18), les aînés des autres tribus étaient rachetés à l'âge d'un mois, en payant cinq sicles (Exode 13,13; Nombres 18,15-16). Ce qui explique que cette cérémonie se déroulait 31 jours après la naissance de l'enfant. Il est fort possible que les parents de Jésus, contrairement à ce qu'indique le récit actuel qui l'associe au rite de purification de la mère, ait procédé plutôt « au rachat des premiers-nés chez un prêtre n'importe où dans le pays (Nombres 18, 15) - il existait des villes de lévites en Galilée -, mais certains profitaient de l'occasion pour aller par piété en pèlerinage à Jérusalem, à la Maison de Dieu. » (David Flusser, Jésus, Editions du Seuil, Paris, 1970, p. 25).

4) « Puis quand vint le jour où, suivant la loi de Moïse, elle devait être purifié, ils l’amenèrent à Jérusalem pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petits pigeons. Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. » :

les missionnaires continue à noter les contradictions avec le Jésus de Paul et celui qu'on connu les disciples de Jésus. Ses parents continue de pratiquer pieusement la Torah. Le temps dit « de l'impureté » (sept jours pour un garçon et quatorze pour une fille) étant passé et la mère restant encore chez elle 33 jours pour un garçon et 70 pour une fille, elle se rendait au Temple pour apporter une offrande au prêtre à la porte du sanctuaire afin de valider la purification. Comme Raymond E. Brown (The Birth of the Messiah, Image Books, New York, 1979) l'a noté, au moment de la naissance de Jésus, « la porte de Nicanor était l'entrée habituelle pour les femmes cherchant de purification, elle (Marie) est généralement présumée avoir été au côté ouest de la cour des femmes, et qu'elle constituait donc le point le plus éloigné de l'entrée pour une femme dans le Temple. » Le sacrifice du v. 24 ne concerne pas le rachat du premier né, comme dans le récit actuel, mais celui de l'offrande de la mère purifiée : « L'offrande habituelle était un agneau et un jeune pigeon ou colombe. Si le couple était pauvre, comme ce fut probablement le cas de Marie et Joseph, deux jeunes pigeons ou des colombes (Lévitique 12, 8) pouvaient être offerts. » (Raymond E. Brown, id.) Je ne pense pas que le couple soit pauvre vu qu'il a peut-être fait deux voyages à Jérusalem, mais le choix indiquerait que pour les pèlerins la vie étaient très chère dans la ville sainte si on habitait loin de la Judée comme Marie et Joseph.

5) « Quant à l’enfant, il grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui » :

Le fait que Jésus grandissent et que la « faveur de Dieu » soit sur lui est un renvoi évident aux exemples bibliques d'hommes choisis par Dieu avant leur naissance pour présider aux destinées d'Israël, à l'image de Samuel qui, dans le Temple de Silo, « grandissait devant le SEIGNEUR » (1 Samuel 2, 21) et du juge Samson, qui « grandit et le SEIGNEUR le bénit » (Juges 13, 24.) Les missionnaires démontrent ainsi que Jésus a été un des acteurs de l'histoire d'Israël dès son enfance. Et le rajout qu'il « se fortifiait, tout rempli de sagesse » est très proche de la conception de l'éducation qu'avait les Juifs de l'époque, tel que l'exprime Flavius Josèphe, pour qui la Torah « veut que la sagesse préside à leur éducation (celle des enfants) dès le début ; elle ordonne de leur apprendre à lire, elle veut qu’ils vivent dans le commerce des lois et sachent les actions de leurs aïeux, afin qu’ils imitent celles-ci et que, nourris dans le culte de celles-là, ils ne les transgressent pas et n’aient pas de prétexte à les ignorer. » Mais ce dû être une éducation assez sommaire pour Jésus, chez lui ou dans le local de la synagogue, où les enfants devaient apprendre les grands événements de l'histoire d'Israël et ce qu'il fallait pour vivre comme un juif, tout en apprenant un métier auprès de son père. Peut-être a-t-il trouvé quelqu'un pour lui apprendre à lire et à écrire. En mettant en avant cela, les missionnaires démontrait qu'il avait été éduqué selon les préceptes de la Torah.

6) « Ses parents allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, comme ils y étaient montés suivant la coutume de la fête, le jeune Jésus resta dans le temple, assis au milieu des maîtres, à les écouter et les interroger. Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth ; il leur était soumis. » :

Le sommaire continue de préciser que les parents de Jésus sont de juifs pratiquants, fidèles à la Torah, en rapportant qu'ils « allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque ». Rien d'étonnant à cela, les Galiléens du Ier siècle, contrairement aux préjugés des Sages et des rabbins, apparaissent comme des Juifs pieux, attaché au Temple, versant la dîme et s'y rendant régulièrement en pèlerinage lors des 3 fêtes d'obligation, Pâque, la Pentecôte et la Fête des tentes, alors que toutes les familles de cette période ne pouvaient ou ne respectaient pas cette pratique. Les femmes n'étaient pas obligé d'après le Talmud de s'y rendre, mais Hillel avait recommandé à ces dernières de s'y rendre à Pâque, ce que semble faire Marie, qui a subi peut-être l’influence du célèbre Sage. Rien d'étonnant quand on sait que certains disciples de celui-ci vivaient en Galilée, tel Yohanan ben Zakkaï. Ce qui souligne encore plus la piété de Marie et Joseph, et peut-être une certaine aisance. Jésus a alors 12 ans. Pour David Flusser : « De nos jours, c'est à partir de treize ans que le judaïsme considère comme adulte un enfant, alors qu'à cette époque un garçon de douze ans pouvait l'être. » Si bien qu'« À 12 ans, Jésus est un adolescent (la bar mitsva n'existe pas encore) qui peut accompagner sa famille lors des trois grandes fêtes de pèlerinage, notamment celui de la Pâque, à Jérusalem ». Jésus, reste dans le Temple, où il s'assit au milieu des maîtres, peut-être pour ce qui ressemblait à l'époque du Second Temple à une pré bar mitsva. Les Sages bénissaient, en effet, les enfants qui avaient atteint leur premier jour de jeûne à l'âge de 12 ou 13 ans, ce qui a pu être le cas de Jésus. Qu'à cette occasion , il écoute et interroge les Maîtres n'a rien d'étonnant, car d'après la Mishna l'instruction religieuse serait devenu plus intense pour Jésus à son arrivée à l'âge de 12 ans (Niddah 5, 6 ; Meguila 4, 6; Pirké Abot 5, 12). La fête finit, il descend - ce qui une allusion au fait de « monter à Jérusalem », qui signifie s'y rendre pour les fêtes de pèlerinage - à Nazareth avec ses parents, en leur étant soumis. Une allusion qui n'est pas innocente car elle évoque le cinquième des dix commandements : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne le SEIGNEUR, ton Dieu. » (Exode 20, 12.) Les missionnaires voulaient ainsi démontrer que Jésus durant son enfance a été un juif très respectueux de la Torah.

En plus, du compromis de Jérusalem, ces sommaires montrant Jésus et sa famille comme des Juifs pratiquant et ce dès sa naissance firent beaucoup pour la prédication des missionnaires mandatés par l'ecclésia d'Antioche en démontrant la véracité de leurs propos face à la libération de la Torah défendue par Paul. Ce qui explique en partie l'exaspération de Paul vu plus haut. Et peut-être aussi qu'il finit par venir rechercher le mandat de l'ecclésia de Jérusalem en 58 pour continuer sa mission sans opposition mais pas sans devoir faire preuve cette fois ci de compromis pour démontrer sa judaïté : « Fais donc ce que nous allons te dire. Nous avons quatre hommes qui sont tenus par un vœu. Prends-les avec toi, accomplis la purification en même temps qu’eux et charge-toi de leurs dépenses. (...) tout le monde comprendra que (...) tu te conformes, toi aussi, à l’observance de la Loi. Quant aux païens qui sont devenus croyants, nous leur avons écrit nos décisions (...). » (Actes 21, 23-25.) Ce qui fut semble-t-il un échec. Il sera arrêté au Temple de Jérusalem après une émeute que sa présence provoqua, ce qui le conduira à Rome, à sa demande pour être jugé en tant que citoyen romain et fut probablement exécuté en l'an 62, et non 64 car « Ces gens (...) ont soulevé le monde entier (...). Tous ces individus agissent à l’encontre des édits de l’empereur ; ils prétendent qu’il y a un autre roi, Jésus. » (Actes 17, 6-7.) Les missionnaires d'Antioche réussirent si bien leur travail que le compromis de Jérusalem servira de base à la vie des Chrétiens de l'empire romain encore à l'époque de l'apologiste Justin Martyr, qui écrit ses deux Apologies entre 155 et 157.

Mais entre 52 et 58 une autre question vint à se poser au sein des communautés de la gentilité.

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Publié le 26 Décembre 2014

Les récits de l'enfance de Jésus, que l'on dénomme évangile de l'enfance, constitue les deux premiers chapitres des évangiles de Luc et de Matthieu, qui des trois évangiles synoptiques, ont le plus de point commun. Mais leurs récits divergent ici car leurs propos n'est pas le même. Ce sont, en effet, des récits de foi, résultant d'un long processus de composition et de l'organisation sociale et spirituelle de leurs communautés toutes issus de la Diaspora juive au sein de l'empire romain. Ce ne sont donc pas des récits historiques, mais ils montrent la croyance des communautés, auteures de ces évangiles de l'enfance, en l'implication de Dieu dans l'histoire de l'humanité, et en particulier dans la naissance de Jésus, le Messie (cette état d'esprit se retrouve dans la généalogie de l'évangile de Matthieu, qui veut démontrer l'ascendance davidique de Jésus - que j'étudierais après les traditions de la nativité).

C'est ce long processus qui va nous intéresser et à travers lequel nous verrons que celui-ci est le fait d'un contexte et d'une communauté à une période précisé qui aboutira dans les années 80-90 aux récits développés que l'on connaît aujourd'hui.

I - Une réponse à l'enseignement de Paul :

L'origine des quatre évangiles est vu par les différents exégètes comme un long processus de rassemblement au sein d'une communauté après la disparition des disciples qui avait besoin de garder la mémoire de Jésus. Mais il est probable que les sources les plus anciennes des évangiles aient vu le jour dans un contexte bien particulier.

1) « la fin de la loi, c'est le Christ » (Romains 10, 4) :

En effet, c'est le débat entre 48 et 52 sur la circoncision des païens convertis par les missions de la communauté (ecclésia, équivalent grec de synagogue) d'Antioche - il n'y a probablement pas eu que Paul et Barnabé -, au Judaïsme apocalyptique des nazoréens, qui ont pris le nom de chrétiens en 40 à Antioche, suite à leur soutien aux tentatives des Juifs contre l'élévation d'une statue dans le Temple e Jérusalem de Caligula.

a) Une interprétation personnelle de Paul :

Une solution fut trouvée à Jérusalem en 52 lors d'une réunion des frères de Jésus, des apôtres et des anciens, avec une délégation de la communauté d'Antioche, composée de Paul et Barnabé, « avec quelques autres frères » -ce qui suggère que l'enseignement des deux missionnaires ne faisaient pas l'unanimité. C'est celle de Jacques, frère de Jésus, l'évêque de Jérusalem et régent en son absence, qui fut privilégié : « L'Esprit Saint et nous-mêmes, nous avons en effet décidé de ne vous imposer aucune autre charge que ces exigences inévitables : vous abstenir des viandes de sacrifices païens, du sang, des animaux étouffés et de l'immoralité. Si vous évitez tout cela avec soin, vous aurez bien agi. » (Actes 15, 28-29.) Une solution de compromis qui pouvait permettre les repas en commun et la vie avec les païens pour les juifs membres de la communauté. Et, si l'on suit Galates 2, 9, les « colonnes », Jacques, Céphas (Pierre) et Jean, donnèrent aussi « la main, à moi (Paul) et à Barnabas, en signe de communion, afin que nous allions, nous vers les païens, eux vers les circoncis. » Rite, identique à celui qui fut fait pour les diacres, chefs du groupe helléniste, et qui signifie qu'ils leur délèguent une partie de leurs pouvoirs, mais en tant que délégués de l'église d'Antioche, pas en leur nom propre, comme le suggère Paul.

Et, Pierre les accompagna à Antioche, où il fit la communauté de table avec l'ecclesia d'Antioche, mais ce qu'il ne savait pas c'était que Paul avait une définition toute personnelle de cette dernière : « Tout ce qu'on vend au marché (où l'on trouvait aussi des viandes sacrifiées aux idoles, ou non étouffées), mangez-le sans poser de question par motif de conscience ; car la terre et tout ce qu'elle contient sont au Seigneur. Si un non-croyant vous invite et que vous acceptiez d'y aller, mangez de tout ce qui vous est offert, sans poser de question par motif de conscience. » (1 Corinthiens 10, 25-27.) Donc un non respect évident des règles imposés par la déclaration de l'ecclésia de Jérusalem. Prévenu par les envoyés de Jacques, Pierre et Barnabé, qui est un lévite, refusèrent de continuer les repas commun qui violait leur conscience de pratiquant juif, et comme l'a très bien fait remarqué Hyam Macoby (Paul et l'invention du christianisme, Lieu commun, 1987) n'était donc pas en tort. Paul s'en plaint devant l'ecclesia d'Antioche, mais il fut mis en minorité, Barnabé ne le soutenant pas. D'ailleurs, Pierre semble être resté sur place pour réorganiser la communauté et mettre en place le compromis décidé à Jérusalem avec un tel succès que Paul coupe les ponts avec son ecclésia en se séparant de Barnabé car dorénavant pour garantir la validité de leur enseignement, il veut emmener avec eux Jean surnommé Marc, proche des frères de Jésus.

Il décide alors de retourner vers les communautés qu'ils ont fondé puis il va répandre la bonne nouvelle et organiser des communautés en Syrie, Phénicie, Asie Mineure et Grèce, c'est-à-dire tout le long de la côte de la Méditerranée, entre 52 et 58, sans mandat ni des frères de Jésus ni des 12, chefs de l'ecclésia de Jérusalem, ni de l'ecclésia d'Antioche, à qui a été remis la charge de convertir les « incirconcis ». Cette dernière, derrière ses nouveaux chefs, Pierre et Barnabé, va donc, tel que le suggère Jérôme Murphy O'Connor (Histoire de Paul de Tarse. Le voyageur du Christ, Cerf, 2004) commencer à s'intéresser à l'enseignement de cet infatigable voyageur, qu'il a eu le temps de relayer à Antioche en plus de sa vision de la communauté de table. Celle-ci s'écarte très fortement de celui des disciples directs de Jésus au sujet de la Torah, qui eux ont connu Jésus : « Avant la venue de la foi, nous étions gardés en captivité sous la loi, en vue de la foi qui devait être révélée. Ainsi donc, la loi a été notre pédagogue, en attendant le Christ, afin que nous soyons justifiés par la foi. Mais, après la venue de la foi, nous ne sommes plus soumis à ce pédagogue. Car tous, vous êtes, par la foi, fils de Dieu, en Jésus Christ. » (Galates 3, 23-26) Donc pour lui, « la fin de la loi, c’est Christ, pour que soit donnée la justice à tout homme qui croit. » (Romains 10, 4.) Ce qui fait que « l’homme n’est pas justifié par les œuvres de la loi, mais seulement par la foi de Jésus Christ ; nous avons cru, nous aussi, en Jésus Christ, afin d’être justifiés par la foi du Christ et non par les œuvres de la loi, parce que, par les œuvres de la loi, personne ne sera justifié. » (Galates 2, 16.) On comprend dès lors les oppositions que l'on déguise lors de leurs missions entre Paul et Barnabé et que l'incident d'Antioche vient d'exposer au grand jour.

L'ecclésia d'Antioche se doit donc de réagir à un homme qui prétend avoir reçu des « colonnes » une délégation personnelle au même titre que Barnabé, alors qu'en réalité il l'a reçu en tant que délégué de cette dernière, qui se sent responsable des erreurs de son ancien membre au sein des communautés fondés en son nom et en son nom propre, profitant de l'aura de la décision de l'ecclésia de Jérusalem.

b) Surveillance des communautés pauliniennes :

Le succès de Paul au sein de la sphère des sympathisants païens du Judaïsme avaient de quoi inquiéter.

L'exemple du Jésus historique n'intéressait pas Paul, comme il l'avoue lui-même : « Si nous avons connu le Christ à la manière humaine, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là. » (2 Corinthiens 5, 16.) Alors que ce dernier était la base de l'enseignement donné jusque-là par l'ecclésia de Jérusalem puis celle d'Antioche. Un seul l'intéresse, Jésus Christ ou le Christ ressuscité, « établi, selon l’Esprit Saint, Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d’entre les morts, Jésus Christ notre Seigneur » (Romains 1, 4) qui « lui est aussi apparu » (1 Corinthiens 15, 8), à lui qui a « persécuté l'ecclésia de Dieu », ainsi qu'il dénomme la communauté chrétienne. Si bien que de son point de vue, il est devenu, au même titre que les disciples directs de Jésus, « apôtre » (1 Corinthiens 9, 1), pour qu'il annonce que tous les hommes « sont gratuitement justifiés par sa grâce, en vertu de la délivrance accomplie en Jésus Christ. C’est lui que Dieu a destiné à servir d’expiation par son sang, par le moyen de la foi, pour montrer ce qu’était la justice, du fait qu’il avait laissé impunis les péchés d’autrefois » (Romains 3, 24-25). Donc ce n'est plus la pratique de la Torah, donc des « œuvres » qui offre le salut, mais la foi au seul Jésus Christ, qui, pour lui, n'était pas un homme mais un être de « condition divine » que Dieu a envoyé « dans la condition de notre chair de péché » (Romains 8, 3), « semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme » (Philippiens 2, 6-7) pour « condamné le péché dans la chair » (Romains 8, 3). On peut comprendre que les frères de Jésus et les 12, qui ont bien connu Jésus, aient été choqués par un tel enseignement venant d'un homme qui ne reconnaissait pas leur autorité ni leur vécu avec celui qu'il considérait comme le Messie promis à Israël : « Ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je pas vu Jésus, notre Seigneur ? N’êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur ? » (1 Corinthiens 9, 1.)

Il faut donc réorganiser les communautés pauliniennes avant que ces dernières ne se détourne de la source même de l'enseignement de Jésus, la Torah, qui, pour lui et ses disciples étaient source de salut au même titre que la Résurrection de Jésus, tel que peut en attester une lecture attentive de l'Épître de Jacques, écrite entre les années 80 et 90, où l'on retrouve les réponses des communautés nazoréenne à l'enseignement des communautés pauliniennes. Ce qui dans le cas des convertis païens se fera par le compromis de Jérusalem. Et là aussi les missions, envoyés par l'ecclésia d'Antioche, connaissent beaucoup de succès. On apprend, à travers la lecture des épîtres pauliniennes (1 Corinthiens 1, 12), que Pierre s'y investi également, ce qui a augmenté probablement leur réussite, car, en tant que témoins de la prédication de Jésus, il était en mesure de contredire l'enseignement de Paul, qui le prendra d'ailleurs très mal : « Mais, en ce qui concerne les personnalités – ce qu’ils étaient alors, peu m’importe : Dieu ne regarde pas à la situation des hommes » (Galates 2, 6 ) ; « Ces gens-là sont de faux apôtres, des faussaires camouflés en apôtres du Christ ; rien d’étonnant à cela : Satan lui-même se camoufle en ange de lumière » (2 Corinthiens 11, 13-14). Au point qu'il réponde vertement à la communauté qu'il a fondé en Galatie : « J’admire avec quelle rapidité vous vous détournez de celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, pour passer à un évangile différent. » (Galates 1, 6.)

Un succès qui n'est pas du qu'à la présence des disciples de Jésus parmi les missionnaires, envoyés par l'ecclésia d'Antioche, maintenant dirigé par Pierre et Barnabé, mais aussi pour aussi pour tous les missionnaires itinérants délégués par elle qui ne l'ont pas connu à travers probablement la mise par écrit entre 52 et 58 de la prédication des disciples mais pas encore sous une forme regroupé à l'image des quatre évangiles et pouvaient permettre d'offrir un modèle de vie à travers l'exemple de Jésus. Ils circulaient sous forme de livrets où étaient rassemblés, les dits de Jésus, tel le document Q, qui a probablement vu le jour en Galilée au cours de cette période, ses miracles, le récit de sa mort, des récits épars de sa résurrection des sommaires de son itinéraire. Leur contenu consistait à démontrer que Jésus était un pratiquant de la religion juive rigoureux qui n'avait jamais eu l'intention d'abolir la Torah : « Ne croyez pas que je suis venu nier la Torah et les Prophètes : je suis venu les mettre en application » (Matthieu 5, 17) ; « il est plus facile au ciel et à la terre de passer qu'à un iota ou à un shérif de la Loi de tomber » (Q 16, 17) ; « Celui qui ignore le " moindre " des commandements sera jugé " moindre " parmi ceux du Royaume de Dieu » (Matthieu 5, 19).

Et quelle meilleure manière de démontrer que Jésus a été un juif rigoureux que de le faire en montrant que la famille de Jésus était pratiquante et qu'il a donc suivi tous les préceptes de la loi juive dès sa naissance. On peut donc penser que des sommaires ont circulé qui seront à l'origine des évangiles de l'enfance de Matthieu et de Luc.

2) Jésus était juif dès le berceau :

Ces sommaires étaient de deux sortes : d'abord, ceux s'adressant à une communauté qui semble bien connaître Jésus sans qu'on ait besoin de préciser de détails superflus ; ensuite, ceux, où le Jésus humain pouvant être contestée, on développe les circonstances de sa naissance et de son enfance pour démontrer qu'il a toujours été un juif pratiquant.

a) Des circonstances de naissance bien connu :

Le premier sommaire se trouve dans l'évangile de Matthieu. Il est très facile à retrouver une fois dépouillé du récit d'annonce de la naissance de Jésus à Joseph produit par la communauté de l'évangéliste dans un autre contexte.

Il se présentait ainsi :

« Marie, sa mère, fut fiancée à Joseph ; il prit chez lui son épouse, et elle lui enfanta son fils premier-né, et il l'appela du nom de Jésus. » (Matthieu 1, 18, 24-25.)

Il y a très peu de détails, les parents de Jésus y sont nommés sans autre précision, et on n'explique pas les procédures de fiançailles juives, car ces faits semblent être connus de ceux à qui il s'adresse. C'est donc une communauté qui a vu le jour au sein de la Diaspora juive, et probablement au sein d'un groupe qui connaissait les disciples et les frères de Jésus, ce qui explique que Marie et Joseph n'y soit que nommé sans autre précision sociale que leur paternité. D'ailleurs rien d'étonnant à cela : le père de Jésus porte un nom très commun chez les Juifs de cette période, qui est celui de l'un des douze fils du patriarche Jacob, et la mère de Jésus « s'appelait Marie, Myriam en hébreu, qui était aussi un nom courant à cette époque. Bien que nous ne connaissons que peu de nom de femmes de l'Antiquité (...), Flavius Josèphe mentionne huit femmes du nom du nom de Myriam. Toutes tiraient le nom de la première d'entre elles, qui n'étaient autre que la sœur de Moïse » (David Flusser, Jésus, Editions du Seuil, Paris, 1970). Et qu'il n'y a aucune mention de leur lieu d'origine, le bourg de Nazareth en Galilée, peut-être parce que tout le monde au sein de la communauté où ce récit était écrit connaissait le surnom que l'on avait donné à Jésus, le « Nazarénien », qui signifiait qu'il était originaire de ce bourg. L'ecclésia d'Antioche semble être un choix intéressant, car cette dernière a été réorganisé par Pierre en 52.

Ce peu de détails démontrent aussi qu'ils semblent être une réponse au trouble que Paul avait jeté au sein de l'ecclésia en disant que Jésus était venu abolir la Torah. Ceux-ci présentent donc une famille juive pratiquante, respectant les traditions juives dès leurs fiançailles, et s'adresse à des gens qui les connaissent bien, et parmi eux aussi les païens convertis qui fréquentaient la synagogue :

1) « Marie (...) fut fiancée à Joseph » (Matthieu 1, 18) :

ceux qui lisait le terme « fiancée » comprenait qu'il avait un sens plus fort à l'époque qu'aujourd'hui, puisqu'il signifiait, comme l'a très bien traduit la TOB (Traduction Œcuménique de la Bible) « accordée en mariage » pour la future mariée, qu'on ne devait pas tarder à marier de peur qu'elle ne se livre à la débauche (Sanhédrin 76a). Les âges des deux époux devaient être assortis. En effet, tel que le rapporte le docteur en théologie et professeur honoraire à l'Institut catholique de Paris, Charles Perrot, les filles « étaient mariées entre douze et quinze ans (nubile ou pas) et les garçons n'étaient guère plus vieux » (ces derniers entre 15 et 18 ans, âge légal dans le Talmud) (Pirké Aboth, V, 21). D'autant que l'espérance de vie était plus courte entre 40 à 45 ans pour les femmes et les hommes, et signifiait donc qu'il fallait se marier tôt pour avoir le plus de chance d'avoir des enfants à une époque où la mortalité en couches et infantile étaient importantes. En effet, les fiançailles n'avait rien de romantique, étant la base de mariage arrangé à travers un contrat (Ketubah) entre les familles des deux futurs époux, voire si son père est mort, le futur « fiancé», qui avait souvent charge de la famille, et entre la famille de la future « fiancée » avec le futur « fiancé», résultat d'une négociation financière (dont le total s'appelait le Mohar) qui avait dans le Judaïsme la valeur du mariage lui – même, raison pour laquelle Marie est qualifié d'« épouse » dans le verset 24. Ce contrat avait pour but d'éviter la dispersion des biens, le père recherchant un parti pour sa fille dans sa parenté et le même milieu social, qui ne sera jamais évoqué ici, probablement parce que ce à qui était destiné ce sommaire connaissait la profession de son père, tekton, qu'il serait plus juste de traduire non par charpentier mais par artisan en bâtiment ou construction. Et cela facilitait les fiançailles, car les fiancés se connaissaient, et devait se rencontrer au moins avant les fiançailles (Kidduschin 41a), afin de faciliter l'acceptation de la fille qui pouvait refuser le choix de son père si elle avait atteint l'âge de 13 ans, étant devenu majeure, ce qui était moins compliqué avant qu'elle soit majeure (entre 12 ans et 12 ans et 6 mois). Pour ceux qui auraient vu le film Ben Hur de William Wyler, sorti en 1959, cette pratique est évoqué par Esther qui dit avoir rencontré son futur fiancé une fois avant son futur mariage, organisé par son père.

2) « il prit chez lui son épouse » (Matthieu 1, 24) :

la phrase a elle aussi un sens plus fort à l'époque car elle désigne la cérémonie de mariage qui est qualifié dans le Talmud, de « réception » ou « introduction de l'épouse » (dans la maison de l'époux). En effet, un an après avoir établi le contrat de fiançailles, les parents de la future épouse l'amenaient dans la maison de son futur époux, ou sinon c'est ce dernier qui venait la chercher si les parents de la fiancée lui donnait leur accord. Dès le premier jour le mariage était consommé, car, après le festin, le mari était conduit par ses amis (« les amis de l'époux » ou « les fils de l'époux », que l'on retrouve dans Matthieu 9, 15) dans la chambre nuptiale où sa femme l'avait précédé, puis le nouveau marié sortait de la chambre pour annoncer aux invités : « notre mariage est consommé! », validant ainsi le contrat de fiançailles. Ce qui semble avoir été le cas pour Marie et Joseph. En effet, comme le précise Flavius Josèphe : « La loi ne connaît qu’une seule union, l’union naturelle de la femme, et seulement si elle doit avoir pour but de procréer » (Contre Apion, Livre II, 24), ainsi que l'indique que le premier commandement de la Torah : « Croissez et multipliez » (Genèse 1, 28). Et fortement encouragé par un devoir d'obligation conjugale : « Il ne privera sa femme ni de nourriture, ni de vêtement, ni de droit conjugal » (Exode 21, 10). Au point qu'un groupe d'esséniens, avaient accepté des femmes parmi eux, car ils pensaient « que renoncer au mariage c'est vraiment retrancher la partie de la vie la plus importante, à savoir la propagation de l'espèce ; chose d'autant plus grave que le genre humain disparaîtrait en très peu de temps si tous adoptaient cette opinion. » (Guerre des Juifs, II, 8, 13.) Donc, il y a peu de chances comme l'exprime le récit actuel de l'évangile de Matthieu que Joseph n'est pas connu sa femme jusqu'à la naissance de Jésus. L'annonce de la consommation donnait alors lieu à une fête qui durait 7 jours pour les parents et amis des nouveaux mariés, 7 jours de réjouissances, appelés les « sept jours du repas de noces », parait-il avec plus de décorum en Galilée qu'en Judée (Toseftah, ch. I).

3) « elle lui enfanta son fils premier-né, et il l'appela du nom de Jésus. » (Matthieu 1, 25) :

la paternité de Joseph n'était pas un problème au sein de l'ecclésia d'Antioche comme elle l'est aujourd'hui pour les chrétiens actuels, car c'était par le père que se faisait l'ascendance, ce que montre Romains 1, 3 : « son Fils, issu selon la chair de la lignée de David ». Et cela est attesté dans la traduction en syriaque – c'est – à – dire en araméen – de l'évangile de Matthieu, retrouvé dans le Codex Sinaïticus, au verset 16 : « Joseph, à qui avait été fiancée (la vierge) Marie, engendra Jésus », et 21 : « Marie, ton épouse, t'enfantera un fils ». Et explique que dans la traduction de l'évangile de Matthieu de Baal Shem Tov et du Codex de Bèze, on dise que Jésus était le « fils premier-né », l'« être sorti le premier du sein maternel » (Exode 13, 2 et 13, 12, cf. aussi Nombres 3, 12-13 et 18, 15-16), donc leur premier enfant. On n'évoque pas sa circoncision 8 jours après, ce qui suggère qu'au sein de la communauté d'ascendance juive c'était un fait tellement établi qu'on n'avait pas besoin d'en parler. On pense que c'est à ce moment là qu'était choisi le nom de l'enfant - j'en expliquerai la raison plus bas. À l'époque, il était une coutume assez répandue de donner à un enfant juif le nom de son père, encore vivant.

Le nom choisi pour l'enfant fut Jésus, qui se prononçait Yeshua, ce qui signifiait « Dieu sauve », mais la prononciation galiléenne était surement Yeshu, ce qui a donné en grec, Iêsous, qui servait déjà dans la Septante à désigner le successeur de Moïse, Joshuah (Josué), et a donné notre Jésus actuel. Mais il ne démarquait en rien son porteur, comme aujourd'hui : « À cette époque, " Jésus " était un des noms juifs les plus répandus. L'historien juif de l'Antiquité, Flavius Joséphe, mentionne, par exemple, vingt hommes portant ce nom. Le premier est le Joshuah (Josué) de la Bible, le successeur de Moïse, qui conquit la Terre Sainte. Mus par un respect religieux emplis de crainte, les anciens juifs évitaient d'utiliser certains noms bibliques importants, tels David, Salomon, Moïse et Aaron. Et il est bien possible que le nom Yeshua - Jésus - ait connu une grande popularité à cette époque dans la mesure où il pouvait se substituer à celui de Moïse. » (David Flusser, Jésus, Editions du Seuil, Paris, 1970). D'après John P. Meier (Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire. Vol. 1, Les sources, les origines, les dates, éditions du Cerf, 2004), ce désir de refléter l’époque patriarcale et l’Exode par le nom, tels que le montre celui des parents de Jésus, daterait plutôt du IIe siècle avant J. - C., à l’époque des frères Maccabées et de la montée du mouvement nationaliste qui s’opposait à la tentative d’acculturation des Grecs. Cette renaissance juive était surtout forte dans les petites villes et dans les milieux ruraux, comme en Galilée, qui la refusait. Le symbolisme de cette dénomination démontre que les parents de Jésus étaient donc ce qu'on pourrait appelés des « patriotes » juifs, dont le règne d'Hérode Ier le Grand, un demi-juif, ami de l'empereur Auguste, avaient exaspéré les attentes messianiques, à l'image de l'auteur de L'Assomption de Moïse.

Ce sommaire a pu rassurer les membres de l'ecclésia d'Antioche, que l'enseignement de Paul avait décontenancé : « ton enseignement pousserait tous les Juifs qui vivent parmi les païens à abandonner Moïse ; tu leur dirais de ne plus circoncire leurs enfants et de ne plus suivre les règles. » (Actes 21, 21.) Et qui avait créé une division que démontre le problème des tables communes. Les missionnaires leur montraient en effet un Jésus pleinement juif, né sous le sceau de la Torah.

Mais si ce sommaire pouvait suffire à un public en contact direct avec l'ecclésia de Jérusalem, ce n'était pas le ca pour ceux qui se trouvait en dehors de cette zone, ce qui obligea les missionnaires itinérants à développer un sommaire plus spécifique à un nouveau type de convertis, celui lucanien.

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Publié le 27 Novembre 2014

francetvinfo.fr dans son article du vendredi 14 novembre 2014 nous montre que deux auteurs américains affirment avoir découvert un "évangile perdu" qui révélerait cette face cachée de la vie du Christ.

Annoncée il y a une semaine, la sortie du livre The Lost Gospel (le livre n'est pas encore traduit en français), promettait de secouer la religion chrétienne : ses auteurs, l'historien Barrie Wilson et le journaliste et écrivain israélien Simcha Jacobovici, affirment avoir découvert un manuscrit prouvant que Jésus était marié à sa disciple Marie-Madeleine, avec qui il aurait eu deux enfants.

Mais le soufflé est un peu retombé avec la publication de l'ouvrage, mardi 11 novembre. Voici les raisons pour lesquelles il faut prendre avec des pincettes ce qui était présenté comme une découverte historique.

"Décoder le texte sacré qui révèle le mariage de Jésus et Marie-Madeleine". Sur la couverture qu'il a choisie pour The Lost Gospel, l'éditeur Pegasus Books (pas vraiment spécialisé dans les textes historiques) ne laisse aucune place à l'ambiguïté. Et pourtant, le raisonnement des deux auteurs demande pas mal d'imagination. Le manuscrit qu'ils ont découvert, oublié dans les archives de la British Library, raconte l'histoire du patriarche Joseph (un personnage de l'Ancien testament qui n'a rien à voir avec Joseph le père de Jésus) et de sa compagne Aseneth. Ils sont effectivement mariés et parents de deux enfants, mais pas une fois le nom de Jésus ou de Marie-Madeleine n'est mentionné dans le manuscrit.

Ce qui n'empêche pas les auteurs d'y voir une vaste métaphore de la vie de Jésus, se basant notamment sur un passage qu'ils interprètent comme décrivant le signe de croix, alors que Joseph serait antérieur à la crucifixion. Si les textes bibliques sont loin d'être dépourvus de symbolisme, le lien avec Jésus semble un peu trop ténu pour affirmer que le texte révèle sa vraie vie. Selon le spécialiste des religions du journal britannique The Telegraph, l'ouvrage ressemble plus à un livre de Dan Brown, l'auteur du Da Vinci Code, qui évoquait lui aussi la descendance de Jésus et Marie-Madeleine, qu'à un ouvrage d'historien.

Toujours selon le Telegraph, l'histoire de Joseph et Aseneth est loin d'être une découverte des auteurs de The Lost Gospel, qui sont simplement les premiers à y voir une métaphore de la vie de Jésus. Le manuscrit de la British Library avait déjà été étudié par plusieurs historiens, qui ne l'avaient pas trouvé particulièrement remarquable. D'autres versions du texte, notamment en Grec ancien, circulaient depuis longtemps, et une version anglaise est même disponible en ligne.

Comme l'expliquait l'historien Michael Langlois à francetv info, en avril, les textes les plus fiables pour connaître la véritable vie de Jésus sont ceux qui sont le plus contemporain de sa vie. Difficile, donc, de mettre sur le même plan les évangiles reconnus par l'Église, qui se basent supposément sur les écrits des apôtres de Jésus, et le texte de "l'Évangile perdu", daté l'an 570 après Jésus-Christ. La théorie d'un Jésus marié et père n'est d'ailleurs mentionné dans aucun texte connu et antérieur à cette date. Un historien spécialiste de l'histoire de Joseph et Aseneth pense même que le manuscrit consulté par les deux auteurs, rédigé dans un dialecte de l'Araméen, a été traduit depuis sa langue originelle, le Grec ancien, ce qui augmenterait les risques d'une mauvaise interprétation.

D'ailleurs, ce manuscrit est loin d'être le seul présentant un Jésus bien différent de celui décrit par les différentes églises chrétiennes actuelles. Un parchemin copte divulgué en 2012 avait notamment crée la polémique, car on pouvait y lire "Et Jésus leur a dit, ma femme..." Ce qui témoigne surtout des croyances très diverses des premiers chrétiens sur leur messie.

C'est encore une belle tentative de montrer une vie secrète de Jésus, mais il n'y a pas la moindre crédibilité dans ces revendications, surtout que le manuscrit qu'ont découvert les deux auteurs ne concerne que le patriarche Joseph. Ce texte n'apporte rien de nouveau, mais il montre que la recherche historique sur Jésus n'est pas morte.

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Pourquoi rien ne prouve que Jésus était marié et père de deux enfants

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Publié le 21 Octobre 2014

newsweek.com dans son article du jeudi 18 septembre 2014 nous montre que Jésus peut avoir été crucifié parce que ses disciples portaient des armes, selon une analyse scientifique des livres du Nouveau Testament.

Dale Martin, professeur d'études religieuses à l'Université de Yale, affirme que cet aspect historique sur Jésus, cité dans les Évangiles, a reçu peu d'attention, mais il pourrait expliquer à lui seul l'exécution de Jésus et montre aussi que l'homme de Nazareth n'était pas un pacifiste, on est généralement convaincu qu'il l'était. Les Évangiles de Marc et de Luc montrent qu'au moins une fois (et probablement deux ou plus) des disciples de Jésus portaient une épée quand Jésus ut arrêté peu de temps après la dernière Cène, au moment de la fête de Pâque. Selon l'Evangile de Jean, un disciple, Simon-Pierre, a même utilisé son épée pour couper l'oreille d'un des soldats chargés d'arrêter Jésus.

Comme le dit Martin à Newsweek, ce comportement militant n'aurait certainement pas été toléré par les Romains, dirigés par le préfet Ponce Pilate. Par exemple, des documents historiques montrent qu'il était illégal au moment de marcher d'être armé à Rome et dans d'autres villes romaines. Selon Martin, bien qu'aucun dossiers juridiques survécurent de Jérusalem, il va de soi, en se basant sur une connaissance certaine de l'histoire romaine, que les dirigeants de la région auraient désapprouvé le port d' épées, et n'auraient pas toléré qu'une bande armée de Juifs itinérants soit dans la ville au cours de Pâque, une fête souvent turbulente. D'après Martin, "Tout comme vous pouviez être arrêté à Rome, même pour n'avoir qu'un poignard, si les disciples de Jésus étaient armés, ce serait suffisant pour le crucifier sans raison".

Harold Attridge, un ancien doyen de la faculté de théologie de Yale qui n'était pas impliqué avec le papier, trouve que l'analyse de Martin est solide et que "probablement les Romains ont été sévères contre quelqu'un vu comme une menace politique", comme ce fut certainement le cas avec Jésus. Le document "nous rappelle que les premiers disciples de Jésus et peut-être Jésus lui-même ont été inévitablement jetés dans le conflit avec l'arbitraire d'État utilisé par l'Empire romain [dans lequel] les Romains pratiquaient à la fois une violence aléatoire et intentionnelle contre les populations qu'ils avaient conquises, tuant des dizaines de milliers d'hommes par crucifixion ", selon le spécialiste du Nouveau Testament Hal Taussig, qui est à l'Union Theological Seminary de New York.

L'article de Martin aborde une question encore plus importante, dit Bart Ehrman, professeur à l'Université de Caroline du Nord : Pourquoi les disciples de Jésus étaient tous armés, en particulier au cours d'une fête religieuse ? Martin souligne le fait que Jésus et ses disciples s'attendaient probablement s'attendent à ce qu'une confrontation apocalyptique était à l'horizon, ils se trouvaient donc dans les forces divines (sous la forme des anges) qui détruiraient Rome et temple d'Hérode pour l'avènement d'un règne sainte. Il ajoute que cela pourrait exiger des combats pour les disciples de Jésus.

Il semble assez lointain, mais un scénario similaire est décrit dans certaines parties du livre de l'Apocalypse. D'après Martin, ce scénario de "forces célestes rejointes par les forces humaines ... avait une attente dans un document central de la mer Morte". En effet, de nombreux universitaires qui étudient l'historicité de la Bible croient selon Martin "que Jésus était un prophète apocalyptique juif qui attendait l'arrivée imminente du royaume de Dieu sur terre". Le document suggère également que Jésus peut avoir été en faveur de la lutte, au moins dans ce cas apocalyptique, selon Ehrman. Il dit également que "Ça me fait repenser à mon avis que Jésus était un pacifiste intégral". "Et il en faut beaucoup chez moi pour me faire changer mon point de vue au sujet de Jésus."

Mais tout le monde n'est pas d'accord avec le point de vue de Martin. Bien que le document est une "contribution extraordinaire", pour Taussig, il est "presque impossible pour nous de savoir si les théories que proposent le professeur Martin sont historiquement valable ou pas." Établir la véritable histoire derrière les livres n'est pas une tâche facile à faire, étant donné que les Évangiles ont été écrites 40 à 60 ans après la vie de Jésus, par des gens qui n'ont pas été témoins des événements et dont les écrits ne sont pas de première main. Et comme on peut l'imaginer, il ya beaucoup de désaccord entre les chercheurs.

Paula Fredriksen, une historienne du christianisme antique à l'Université hébraïque de Jérusalem, dit que l'article de Martin a plusieurs trous "qui peuvent conduire des camions de travers." D'une part, elle ne pense pas qu'il est légitime de supposer puisque porter une épée était illégale dans la ville de Rome, les mêmes lois s'appliquaient obligatoirement à Jérusalem. Le contrôle de la ville n'était pas trop serré, soutient-elle, et le préfet romain la visitait que pendant la Pâque, pour aider à maintenir la paix. Et pendant ce temps il aurait été probablement impossible pour la police de surveiller les milliers de Juifs qui se déversaient à Jérusalem. Elle dit aussi : "Je ne peux même pas imaginer dans quel pétrin il était".

En outre, dit-elle, le mot grec utilisé dans les Évangiles que Martin interprète comme une épée signifie quelque chose de plus proche d'un couteau (poignard ?). Et ceux-ci pouvaient être facilement dissimulés, ajoute-elle. selon elle, "Seuls des professionnels", comme des soldats, auraient eu "des épées". Mais elle apprécie Martin qui s'est employer à "travailler son argument", car c'est ce que font les gens qui étudient la Bible dans un critère historique. Pour Fredriksen, la controverse est inévitable et l'argument est "amusant". Elle conclut que : "C'est un sport de contact."

L'étude historique de la Bible se renouvelle continuellement et comme le montre Dale Martin, elle permet de faire un sain débat qui permet de découvrir au mieux Jésus dans son contexte et de pouvoir lire la Bible avec un regard plus ouvert.

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