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Publié le 26 Décembre 2015

Olivier Rogeau dans son article du vendredi 25 décembre 2015 pour LeVif.be nous montre que selon l'historien Simon Claude Mimouni, Jésus a lui-même fondé une communauté urbaine à Jérusalem, entreprise qui va redémarrer après sa mort sous l'impulsion de son frère Jacques. Une thèse qui rompt avec la théologie des Actes des apôtres.

À Jérusalem, la mort infâmante de Jésus sur la croix a jeté le désarroi parmi ses disciples. Les propos désabusés que l'auteur de l'Évangile selon Luc prête aux disciples d'Emmaüs traduisent leur état d'esprit : "Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël..." (Lc 24,19). Les exégètes ont tendance à considérer que Jésus n'aurait été qu'un épisode sans lendemain, un échec parmi d'autres dans l'histoire des mouvements prophétiques ou messianiques de l'époque, si un phénomène exceptionnel ne s'était pas produit dans l'esprit des disciples : l'exaltation et la résurrection de leur Maître. C'est la croyance fondatrice de ce qui deviendra le christianisme. Jésus assume ainsi une destinée semblable à celle des prophètes souffrants et persécutés, modèles qui ne manquent pas dans la tradition judéenne. Dans ce cas, le "génie" du christianisme est un inconnu : on ne sait pas qui, parmi les proches du crucifié, a eu le premier l'idée de donner à croire qu'il a été "revivifié", pour employer le langage de l'époque.

On peut toutefois envisager tout autrement le lien qui s'établit entre Jésus et son entourage après la crucifixion : les apôtres ne feraient que continuer l'œuvre fondatrice de leur Maître. Le véritable fondateur de la communauté préchrétienne de Jérusalem serait donc Jésus lui-même. C'est la thèse défendue par Simon Claude Mimouni, titulaire de la chaire Origines du christianisme à l'Ecole pratique des Hautes études de Paris et auteur de plusieurs ouvrages sur cette communauté (Jacques le Juste, frère de Jésus de Nazareth, Bayard, 2015; Le christianisme des origines à Constantin, avec Pierre Maraval, PUF, 2006; Les Chrétiens d'origine juive dans l'Antiquité, Albin Michel, 2004.).

Le Vif/L'Express : Comment est né le mouvement chrétien ?

Simon Claude Mimouni : Pour la plupart des critiques, le Messie n'a pas organisé grand-chose de son vivant. Les vrais fondateurs de la communauté qui deviendra plus tard le christianisme sont, estiment-ils, Paul de Tarse, l'apôtre Pierre ou Jacques le Juste. Pourtant, on voit mal, à l'époque comme aujourd'hui, comment un groupe pourrait survivre à son leader charismatique sans qu'un embryon de communauté ait été créé du vivant de ce chef. Cela dit, ce groupe ne comptait peut-être qu'une douzaine de membres ou familles, soit la taille d'une petite synagogue contemporaine à Bruxelles ou Paris.

Quels éléments incitent à penser que la communauté de Jérusalem a été fondée par Jésus lui-même ?

Seule l'existence d'une communauté du vivant de Jésus permet de comprendre la prise en charge du corps du crucifié après sa mort. Elle explique aussi le retour des disciples à Jérusalem après un temps de dispersion. Ce groupe est à l'origine de la représentation traditionnelle de l'exaltation et de la résurrection, car il a refusé d'admettre la disparition définitive de son chef, en qui il avait mis tant d'espoir. La tradition évangélique du tombeau vide trouvé par les femmes et celle des apparitions de Jésus sur la route d'Emmaüs ou en Galilée sont manifestement postérieures au retour des disciples à Jérusalem et à la croyance en la résurrection.

Qu'en concluez-vous ?

Que Jésus n'est pas seulement à l'origine d'un mouvement prophétique itinérant en Galilée. Il est aussi le fondateur d'une communauté urbaine à Jérusalem. Le rabbi de Nazareth donne à cette association, similaire à tant d'autres dans la société judéenne du Ier siècle, une dimension messianique et une perspective eschatologique : l'avènement du "Royaume" ou du "Règne de Dieu". Lancée peu avant la condamnation de Jésus, l'entreprise va être poursuivie, non sans hésitations, par ses disciples revenus à Jérusalem. Plus précisément, il va y avoir un redémarrage, sous la direction de membres de la famille du condamné, avec à leur tête Jacques le Juste.

Jacques le Juste, et non par l'apôtre Pierre ?

Au regard de la documentation dont on dispose, ce redémarrage peut être attribué à Jacques le Juste ou à Pierre. Je penche pour Jacques, qui a bénéficié d'une apparition de Jésus attestée non seulement dans la littérature canonique, mais aussi dans les textes apocryphes, ces écrits non retenus par l'Église. Plusieurs Pères de l'Église affirment eux-mêmes que Jacques a été le premier responsable de la communauté de Jérusalem après la mort du Christ. Il n'y a aucune raison de négliger leurs témoignages. Par ailleurs, situer la fondation de l'entreprise avant la Passion, et non après la Pentecôte, c'est placer cette création du côté du Jésus de l'histoire, du Jésus "réel", et non du Jésus de la tradition, de la foi. En considérant Jésus comme le fondateur de l'entreprise, on le réintroduit dans une dimension historique, celle d'avant la résurrection.

L'auteur des Actes des apôtres ne dit-il pas que la communauté a été fondée à la Pentecôte, avec la descente de l'Esprit Saint ?

Cette présentation relève de la théologie. Le texte de Luc vise à mettre une distance entre le Jésus de l'histoire et celui de la tradition, entre l'époque du ministère de Jésus et celle des apôtres. Les Actes distinguent le temps ascendant et le temps descendant : la montée du Messie au ciel, qui permet la descente de l'Esprit Saint sur terre. Faire commencer l'histoire de la communauté de Jérusalem après la résurrection est une construction destinée à montrer que le fondateur est toujours vivant. En fait, c'est au moment de son entrée et de son séjour dans la ville sainte que Jésus peut être reconnu dans sa messianité et l'a sans doute été, et c'est à Jérusalem qu'il peut fonder sa communauté et l'a sans doute fondée. Cela dit, cette entreprise n'est pas directement à l'origine de l'Église, dont l'émergence va nécessiter des siècles de gestation.

Que sait-on encore sur cette première communauté judéo-chrétienne ?

Le lieu où elle se rassemble est désigné, dans les Évangiles et les Actes, par l'expression "chambre haute". La communauté de Jérusalem a été fondée dans une maison du quartier du mont Sion, non loin du Temple. Le site, désigné habituellement comme une synagogue judéo-chrétienne, paraît avoir subsisté jusqu'au IVe siècle.

Que devient la communauté de Jérusalem au cours du Ier siècle ?

De la mort de Jésus, vers l'an 30 de notre ère, à la lapidation du diacre Étienne, chef du groupe des judéo-chrétiens hellénistes, vers 36-37, l'histoire du mouvement créé par le Nazaréen se confond avec la communauté établie dans la ville sainte. Ce qui n'exclut pas l'existence de communautés semblables en Galilée ou ailleurs. Jusqu'à la mort de Jacques le Juste, lapidé en 62, cette situation perdure, mais dans une moindre mesure, vu le développement des fondations pauliniennes en Asie mineure et en Grèce. Par la suite, la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem, appelée "nazôréenne", se trouve de plus en plus marginalisée à l'intérieur de la mouvance chrétienne, mais aussi au sein même de l'ethnicité judéenne.

Quand se marque cet affaiblissement des Nazôréens ?

Il est manifeste après le départ de la communauté chrétienne pour Pella, ville de la Décapole, à l'est du Jourdain, vers 68 de notre ère, lors de la première révolte juive contre Rome. Il s'accentue quand la communauté revient à Jérusalem, vers 74. Au IIe siècle, la marginalisation du mouvement nazoréen par les chrétiens d'origine païenne ne conduit pas à sa disparition totale : tant bien que mal, les Nazôréens subsistent, même si nous manquons de documents pour l'attester.

L'hypothèse que la communauté chrétienne existait déjà sous la forme d'un petit mouvement synagogal autour de Jésus et de ses frères permet aussi d'expliquer pourquoi on verrait un mouvement déjà bien organise comme le montre les Actes des Apôtres. Très intéressant.

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Publié le 22 Décembre 2015

Le journaliste Olivier Rogeau, dans un article dans LeVif.be du dimanche 20 décembre 2015 nous montre que la thèse de l'émergence d'un "christianisme dynastique" séduit les exégètes. En clair, des membres de la famille de Jésus - Jacques le Juste, Siméon... - auraient dirigé la communauté judéo-chrétienne, et non les Douze.

La succession de Jésus à la tête de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem pose question. A-t-elle été "apostolique", comme l'affirme la tradition de l'Église (Jésus aurait transmis aux apôtres son autorité et ses pouvoirs) ? Ou "dynastique", comme le suggèrent des écrits du IIe siècle consignés par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique ? Ces passages, tirés essentiellement d'Hégésippe, écrivain converti au christianisme (né vers 115 à Jérusalem, mort en 180), précisent que Jacques le Juste, "frère de Jésus", et non Pierre, porte-parole des Douze, a reçu des apôtres l'administration de la communauté de Jérusalem. Ils indiquent aussi qu'après Jacques, exécuté par lapidation en l'an 62, un autre membre de la famille de Jésus a dirigé la communauté : un certain Siméon, qualifié de cousin du prophète galiléen.

Ce Siméon serait le fils de Marie, une tante de Jésus, et de Clopas, frère du charpentier Joseph, le père du rabbi de Nazareth. Une réunion a eu lieu à Jérusalem avant la destruction de la ville sainte, en 70. Siméon a été désigné nouveau responsable de la communauté par un collège composé de parents de Jésus, d'apôtres et autres disciples. On lui aurait même accordé le titre d'"évêque". S'il a été choisi, c'est en raison de sa parenté avec Jésus, conviennent les exégètes. En revanche, on ne sait si Justus, le successeur de Siméon, est lui aussi issu de la famille du prophète, comme le prétendent certaines sources. Selon Eusèbe, des petits-fils de Jude, "frère du Seigneur selon la chair", ont été persécutés sous l'empereur Domitien, à la fin du Ier siècle. Le messianisme, idéologie aux accents libérateurs, était alors redouté par les autorités romaines.

Certains auteurs qualifient la direction de l'Église de Jérusalem, voire celle de l'ensemble des premières communautés chrétiennes créées en Palestine, de "califat chrétien". L'expression est, bien sûr, anachronique et relève du monde musulman : le califat a été institué à la mort de Mahomet, en 632, pour remplacer le Prophète à la tête de son État, les deux premiers califes étant ses beaux-pères, le troisième un aristocrate mecquois et le quatrième, Ali, un cousin et gendre du fondateur de l'islam.

La thèse du "califat chrétien" a été proposée, pour la première fois, en 1910 par Adolf von Harnack. Elle a été reprise en 1923 par Eduard Meyer, puis développée par d'autres auteurs dans la seconde moitié du XXe siècle. Selon eux, le mouvement chrétien aurait été dirigé par des membres de la famille de Jésus au moins jusqu'en 107-108, voire jusqu'en 135. Jacques le Juste aurait été placé à la tête de la communauté de Jérusalem précisément en raison de sa parenté avec Jésus. Ce scénario serait conforme aux usages héréditaires qui prévalent dans la société judéenne palestinienne au tournant de notre ère, notamment lors de la désignation des grands prêtres. Le théologien protestant Christian Grappe a avancé, dans sa thèse - D'un Temple à l'autre. Pierre et l'Eglise primitive de Jérusalem (1992) - , des parallèles entre ce christianisme dynastique et des traditions similaires observées chez les musulmans, les mormons et les kimbanguistes congolais. Le choix de Jacques "frère de Jésus" comme chef de la communauté judéo-chrétienne illustrerait, selon l'auteur, "les vertus du charisme héréditaire".

De même, l'historien Simon Claude Mimouni, auteur de Jacques le Juste, frère de Jésus de Nazareth (Bayard, 2015), estime que la survivance du mouvement de Jésus n'est pas forcément due à ses disciples : "Les parents du condamné semblent avoir assuré cette survivance, ce qui impose de leur accorder une certaine primauté. On peut comparer le mouvement de Jésus à celui de Judas de Galilée ou de Gamala. Ce groupe-là a émergé en 4 avant notre ère et a survécu jusqu'en 74 de notre ère grâce aux descendants de son fondateur, qui se sont succédés à sa tête. En 66, l'un d'entre eux, Menahem, a d'ailleurs cherché à se faire reconnaître comme messie. Hormis les Actes des apôtres, les sources sont unanimes pour considérer que Jacques a été le successeur immédiat de Jésus à la tête de la communauté." D'autres exégètes penchent pour une responsabilité partagée jusqu'au départ de Pierre de Jérusalem, en 43 ou 44. Une certitude : Jacques a été la figure emblématique des chrétiens d'origine judéenne, marginalisés à partir de 70 de notre ère. En triomphant au IVe siècle, les chrétiens d'origine grecque auraient éliminé de nombreux documents relatifs à la succession dynastique.

Olivier Rogeau nous parle aussi de Jacques, le frère de Jésus dans une autre partie sous le titre de "JACQUES LE JUSTE, ASCÈTE AUX IDÉES RIGORISTES", dans laquelle il nous parle d'une tradition du IIe siècle, conservée par Eusèbe de Césarée, qui présente Jacques le Juste, frère de Jésus, comme un ascète, observant scrupuleusement la Loi et admiré du peuple pour sa piété. Il ne boit ni vin ni boisson fermentée, ne prend pas de bain et n'utilise pour son corps ni le rasoir, ni l'huile. "C'est sans doute pour cette raison que Paul, lors de son dernier séjour à Jérusalem, est obligé d'observer un rituel de purification pour se faire accréditer auprès de la communauté chrétienne, dont les règles paraissent très strictes en la matière", commente l'historien Simon Claude Mimouni. Hégésippe, l'auteur cité par Eusèbe, raconte encore que Jacques est qualifié de "Juste" depuis l'époque de Jésus et qu'il a la permission, tel un grand prêtre, d'entrer dans le "saint des saints" du Temple de Jérusalem, où il se rend seul pour prier à genoux.

Au plus tard après la dispersion des Douze, Jacques le Juste est considéré comme le véritable responsable de la communauté judéo-chrétienne. Pendant les deux ou trois décennies de son mandat, il tente de maintenir l'unité des églises locales, qui se multiplient. En s'appuyant sur un cercle d'Anciens, il fait reconnaître l'autorité de l'Église de Jérusalem. Il accepte un compromis sur les conditions à poser à la conversion des non-juifs - les païens adeptes du Messie ne doivent pas se soumettre à la circoncision -, mais impose le respect des lois de pureté alimentaire. Ainsi, à Antioche, Pierre et Barnabé avaient accepté la communauté de table avec les non-juifs, mais les envoyés de Jacques ont contraint les apôtres à changer d'attitude.

La mort de Jacques est rapportée par Flavius Josèphe, historien romain d'origine judéenne. Le chef de la communauté chrétienne est condamné par le Sanhédrin et lapidé en l'an 62. Pourquoi Jacques, dont le zèle à l'égard de Torah lui a valu la réputation de "Juste", a-t-il été condamné à mort par un grand prêtre ? "Tout comme son frère Jésus, Jacques est mort à cause de ses idées rigoristes et sans concession aucune, répond l'historien Simon Claude Mimouni : il a subi le sort des prophètes, qui proclament un message critique à l'égard des autorités en place."

Jacques le Juste incarne une branche morte du christianisme. L'Église de Jérusalem a été, sous son "règne", la communauté dominante du mouvement juif-chrétien. Elle sera marginalisée dans la tourmente des guerres juives contre les Romains. Le véritable point de départ du christianisme actuel se situe, indiquent les Actes des apôtres, non pas dans la ville sainte, mais à Antioche.

L'exégèse semble faire son chemin sur l'idée d'un christianisme dynastique et cet article confirme la place essentielle des frères de Jésus au sein de la communauté chrétienne. Après tout, les Actes des apôtres montre le rôle essentiel de Jacques le Juste dans celle-ci.

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Publié le 17 Décembre 2015

Voilà à quoi a pu ressembler Jésus

Europe1.fr dans son article du lundi 14 décembre 2014 nous montre que des archéologues, en se basant sur les techniques de l'anthropologie médico-légale, ont affublé le prophète d'une peau mate et de cheveux frisés.

Dans les églises, il est partout sur les vitraux, dans les tableaux et sur les crucifix. Avec un même physique ou presque. Jésus est quasiment tout le temps représenté dans l'iconographie chrétienne avec des cheveux longs, une peau laiteuse, des membres longs et maigres. Or, sémite à l'origine, le prêcheur ne ressemblait sans doute pas du tout à ça. Si aucun indice datant de son époque ne permet de connaître son vrai visage, des archéologues britanniques et israéliens ont essayé de restituer son portrait, rapporté par le site Popular Mechanis.

Les chercheurs, qui se sont basés sur les techniques de l'anthropologie médico-légale, ont abouti à un résultat qui ne correspond en rien au visage du prophète qui existe dans l'imaginaire collectif. Pour parvenir à ce Jésus "new look", ils ont utilisé le crâne d'un homme ayant vécu dans la région de Galilée au 1er siècle, celle où a grandi le prophète.

À cette base, ils ont ajouté une couleur de peau. Pour cela, ils ont utilisé des représentations de Sémites, les habitants de la Palestine à l'époque, datant de l'Antiquité. Résultat : Jésus a la peau mate et porte des cheveux noirs et frisés. De plus, il perd sa longue chevelure. Pour se justifier, les scientifiques rapportent un passage de la Bible. "La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c'est une honte pour l'homme de porter les cheveux longs tandis que c'est une gloire pour la femme de les porter ainsi ?", rappelle ainsi le 1er épître de Paul.

Le corps de Jésus enfin était tout le contraire de celui visible dans nos représentations. Les archéologues rapportent en effet que dans l'Antiquité, l'homme du Proche-Orient mesurait en moyenne 1 mètre 55 pour un poids de 49 kilos. Jésus, qui selon la Bible, était fils de charpentier, a par ailleurs sans doute exercé le même métier. Il serait donc logique de l'imaginer doté d'une musculature un peu plus importante que ses compatriotes. Bien évidemment, les chercheurs l'admettent : ce portrait n'est pas exactement celui du fondateur du christianisme mais il s'en rapproche sans doute beaucoup.

Un Jésus hors standard ? Est-il possible d'envisager que Jésus n'ait pas du tout correspondu aux standards de l'époque ? Rien n'empêche évidemment que des hommes typés "viking" aient vécu dans la Galilée romaine. Pour autant, le site Popular Mechanics met en avant deux arguments qui vont à l'encontre de cette hypothèse.

Premièrement, si Jésus avait eu un physique très différent de ses compatriotes, nul doute que la Bible en aurait fait mention. De plus, le Nouveau testament rapporte que Judas, celui qui a dénoncé le prophète aux Romains, a dû le désigner du doigt, ce qui prouverait que Jésus avait un physique qui ne le différenciait pas de ses disciples. Si Jésus est devenu blanc et même parfois blond dans l'iconographie religieuse européenne, c'est qu'en réalité, chaque continent s'est imaginé Jésus... à l'image de ses croyants.

Jésus un juif comme un autre, cela est tout à fait possible puisqu'il ne se démarquait pas des autres, vu que les Romains avaient eu besoin de Judas pour leur montrer.

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Publié le 21 Septembre 2015

Jésus, Messie Royal : la tradition johannique primitive (7ème partie)

Cet enseignement eut tellement de succès semble-t-il qu’il intéresse le groupe religieux qui a le plus d’influence à Jérusalem et en Judée sur la population, celui des Pharisiens. Ces derniers, comme nous l’avons vu précédemment, ont envoyé une ambassade auprès de Jean. Tel que le démontre les récits de l’entrée de Jésus à Jérusalem, ces derniers s’inquiètent des mouvements de foule, surtout si autour d’hommes qui se disent inspirés par Dieu, à l’image de Jean le Baptiste. Le plus logique est qu’il ait envoyé un des leurs voir Jésus pour connaître ses positions, comme l’indique le « nous » employé par Nicodème, comme il l’avait fait pour Jean :

« Or il y avait, parmi les Pharisiens, un homme du nom de Nicodème, un des notables juifs. Il vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n'est pas avec lui. »

Nicodème est évoqué dans le Talmud sous le nom de Nakdimon ben Gorion (de son vrai nom Bouni) comme une des trois plus grosses fortunes de la ville de Jérusalem au moment du siège de la ville (70), renommée pour sa générosité envers les pèlerins qui envahissaient Jérusalem à l'occasion des trois grandes fêtes de pèlerinages (Ta'anit 19b). Ce qui est habile de la part de la secte car Jésus en tant que pèlerin aurait pu l’accueillir favorablement car il avait bénéficié de sa générosité. La rencontre se déroule de nuit non par crainte car les Pharisiens n’ont aucune hostilité à son sujet mais, parce que, comme l’indique, Léon Xavier Dufour (Lecture de l'évangile selon Jean. Jn 1-4. I, éditions du Seuil, 1988), « la coutume juive recommandait la culture nocturne de la Torah ». Donc il pouvait sonder l’enseignement de Jésus et voir s’il risquait de faire se lever le peuple lors de la fête, principale crainte de son groupe. Il faut rappeler que d’après le Talmud, ce dernier n’était pas favorable à la guerre contre les Romains. Ce passage ne nous indique pas où se déroule la rencontre. Il est possible de penser que Jésus, ayant suivi un convoi de galiléens vers Jérusalem, il campait dans le Mont des Oliviers, comme tous les pèlerins qui se rendaient à Jérusalem, voire peut-être chez une relation qui habitait la cité.

Par son salut, il indique que le groupe Pharisien ne lui est pas défavorable : « Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n'est pas avec lui. » Et est quasiment identique à celui des Pharisiens et des Hérodiens dans Marc 12, 14 : « Maître, nous savons que tu es franc et que tu ne te laisses pas influencer par qui que ce soit : tu ne tiens pas compte de la condition des gens, mais tu enseignes les chemins de Dieu selon la vérité. » Dans ce cas, Charles Harold Dodd remarque de façon pertinente que « Ce compliment par lequel on aborde Jésus et qu’il repousse (ou du moins n’accepte pas) était un thème constant du dialogue au stade oral de la tradition, légère preuve de plus que l’auteur du quatrième évangile était en contact avec l’un des rameaux de la tradition. » (La tradition historique du quatrième évangile, Coll. « Lectio Divina » n° 128, 1987.) Dans ces deux cas, du début à la fin de la prédication de Jésus, les Pharisiens reconnaissent donc la validité des signes et de l’enseignement du Nazaréen, lui reconnaissant même le titre respectueux de « Rabbi », qui n’est alors qu’honorifique, comme nous l’avons vu précédemment. Mais ce pourrait être une allusion de la part de Nicodème au fait qu’il pense que Jésus pouvait être un de ses rabbins Galiléens inspirés reconnus pour leur miracle et leur relation avec Dieu, les Hassidim. Par exemple, Rabbi Hanina Ben Dosa, contemporain de Jésus, est, ainsi, sollicité à deux reprises par Rabbi Gamaliel l’Ancien et Rabbi Yohanan Ben Zakkai. Rappelons également que le Judaïsme de l’époque, tel que l’exprime Edward P. Sanders (Paul and Palestinian Judaism, SCM Press, 1977), était pluriel et ouvert au débat, notamment sur les prescriptions de la Torah, une spécialité reconnu des Pharisiens, qui constituait, pour eux, une forme d’enseignement et peut expliquer leur influence sur la société juive alors qu’il n’était pas plus de 6 000 d’après Flavius Josèphe, même s’il était en nombre le groupe religieux le plus important au Ier siècle.

Jésus n’attend pas que Nicodème lui pose une question pour commencer à lui faire part de son enseignement :

« Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. »

Pour Raymond Brown (The Gospel According to John, Vol. 1, Anchor Bible, 1966 et 1970, traduction espagnole, Ediciones Cristiandad, Madrid, 1971-1972), la raison en est simple, son salut fait penser à Jésus que Nicodème pensait en la venue du Royaume par son action libératrice. N’utilise-t-il pas le terme « Royaume de Dieu », qui est d’ailleurs l’une des rares occurrences de ce terme utilisé par l’évangéliste avec celle qui suit plus bas, ce qui démontre probablement l’ancienneté de ce passage. Contrairement à Brown (id.), je pense que traduire anōthen par « naître d’en haut » dans ce passage est une erreur. En effet, Nicodème réagira bien mieux si la traduction privilégié est « naître de nouveau » dans ces termes : « Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? ». De plus, il est trop semblable à un passage des synoptiques où Jésus reprend ses disciples pour savoir qui sera le plus grand pour être un hasard fortuit : « En vérité, je vous le dis (déclare), qui n'accueillera pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n'y entrera pas. » (Marc 10, 15 ; évangile de Jérusalem de Philippe Rolland et proto-Marc de Marie-Émile Boismard) Ici, il n’y a pas de mise en modèle de la simplicité accueillante de l’enfant à des adultes plein de prétention, mais plutôt un renvoi tout simplement au baptême proposé par Jean et Jésus comme on le verra plus bas. Comme le suggère Dodd, « il se peut que cette parole lui soit (à l’évangéliste) parvenue lui soit parvenue sous une forme très semblable, mais non identique à celle qui était parvenue à Matthieu (18, 3 qui en est plus proche) » (id.) et donc à celle d’origine de la tradition marcienne, dont le passage de Matthieu, plus développé, s’inspire. Dans ce cas précis, Jésus invite donc Nicodème à accueillir le baptême de Jean, dont il pense qu’il partage la croyance si l’on suit Brown. Selon cette dernier, « Il convient à écouter Jean de faire ce qui est bien, de pratiquer les vertus en général et la justice, en particulier, gage d’harmonie entre les hommes et de piété envers Dieu. C’est ainsi que se constitue une communauté, un peuple, dont le baptême marque l’union, un peuple dont ceux qui le constituent sont ainsi purifiés corporellement et spirituellement. » (Jacques-Noël Pérès, Dans le grand bain, dans Jésus. Biographie non autorisée, Historia Editions, Paris, 2013.) Tel, comme l’exprime José Antonio Pagola, les membres d’un peuple rénové dans un programme clair de restauration d’Israël ouvert à tous. « (…) la hâche » n’est-elle pas déjà « posée contre la racine des arbres » ? (Document Q 3, 9 dans Frédéric Amsler, id.) Et c’est pour cette raison que Jésus est venu à Jérusalem persuader le peuple juif face à cette imminence de se convertir. C’est à lui qu’est lancé cet impérieux appel de Jean et maintenant de Jésus. Il n’y a donc rien d’anormal à ce que Jésus invite au baptême un Pharisien mieux à même de l’aider à sauver Israël avant le grand jour vu l’influence du groupe sur la société juive du Ier siècle.

Par contre, Nicodème reste alors très premier degré :

Nicodème lui dit : « Comment un homme pourrait-il naître s'il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? »

A-t-il bien compris que Jésus parlait du baptême comme symbole de l’arrivée du Règne de Dieu ? À l’évidence non, il ne l’a compris que dans le sens de « naître une deuxième fois », sinon Jésus ne lui expliquerait pas ensuite de quoi il en retourne à son interlocuteur :

« Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s'il ne naît d’Eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. »

Ici, Jésus emploie des termes que Nicodème, en tant que Pharisien, est à même de comprendre. Notamment l’allusion à l’Eau et à l’Esprit, qui est un renvoie au Livre d’Ezéchiel : « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai. Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. » (36, 25-26). Léon Xavier-Dufour (id.) note que ce passage a une connotation eschatologique évidente : « Dans Ezéchiel, l’association « Eau » et « Esprit » évoque le premier verset du récit de la Création (Genèse 1, 2) ; (…) cette association suggère dans sa prophétie que le don de l’Esprit correspond à une création nouvelle. (…) L’Esprit qui va renouveler le cœur des hommes est, selon Ezéchiel, celui même de Dieu. » Cet aspect est renforcé par le fait que lorsqu’Ezéchiel fait cette prophétie une partie de la population de l’ancien royaume de Judée, en fait ses élites, vit en exil à Babylonie, et que Dieu promet donc la restauration du royaume de Juda. Ce à quoi renvoie très bien « Un passage des Jubilés (1, 23 s.) - « Je créerai en un Esprit saint qui les purifiera… Je serais un Père pour eux et ils seront mes fils. » -, qui reprend cette annonce, associe effectivement le don de l’esprit à la condition de « Fils » (au pluriel) de Dieu. » (id.). Comme le souligne très justement D. A. Carson, on retrouve bien là le propos évoqué plus haut par Jésus, celui d’une seule naissance, une naissance eschatologique d’après cette référence à Ezéchiel, qui décrirait, selon lui, la “nouvelle alliance” de Jérémie 31:31-34 (Exegetical Fallacies, 1984, p. 42). Pour F. F. Bruce, cela pourrait aussi être une référence au baptême des prosélytes, fait avant la circoncision en signe de purification, que Nicodème, un rabbin enseignant de notoriété publique pratiquait certainement (Answers to Questions, Paternoster Press, Exeter, 1972, p. 67). Donc, d’après cette interprétation, Jésus associe volontairement le baptême de Jean à la nouvelle naissance eschatologique, c’est-à-dire la venue du « Royaume de Dieu », terme qu’il répète. Ici, il y a une référence nette au fait que c’est tout Israël, terme qu’on retrouve déjà dans Jubilés 1, 23-25 avec le terme « Fils » au pluriel, qui est appelé au Baptême, qui vu l’urgence des temps se substitue en partie aux rites de purification du Temple pour sauver le plus grand nombre, qui pourront ainsi « entrer dans le Royaume ». On peut se demander si Jean le Baptiste et Jésus n’avait pas une bibliothèque équivalente à celle d’une secte apocalyptique comme les Esséniens, ce livre figurant en bonne place dans les Manuscrits de Qumran.

Jésus développe ensuite son propos :

« Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, (mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit.) »

Les versets 6 et 7 sont probablement des interpolations de la main même de l’évangéliste qui alourdisse inutilement un dialogue plutôt fluide très proche de celui des synoptiques et répètent des termes évoqués voire les modifient en utilisant notamment le terme « naître d’en haut » à la place de « naître de nouveau ». Ce qui n’est pas le cas, par contre, de ce verset 8. En effet, d’après Peter Tomson : « Le jeu de mots entre « vent » et « Esprit » fonctionne bien à travers le grec pneuma qi a les deux significations, mais est encore mieux compris à partir de l’araméen ou de l’hébreu (rouah, Gn 1, 2) - pneuma et rouah signifient tous deux “vent,” “souffle,” et “esprit”. Nous avons ici une trace de parabole racontée interrompue par le « vous ne savez pas » (Gn 3, 8). Ces données renvoient à une couche sémitique plus ancienne sous la surface grecque de l’évangile. Cela fait penser au passage du parler en paraboles vers un penser en allégorie. » (Jésus et les auteurs du Nouveau Testament dans leur relation au judaïsme, collection « Initiations bibliques », éditions du Cerf, Paris, 2003, p. 318) Jean 3, 8 est, en effet, très proche des exemples, fondés sur la nature, qu’utilisent Jésus dans les synoptiques et le document Q. L’idée dans ce passage, fondée sur un jeu de mots, est que le vent est tout aussi libre (sans restriction) que l’Esprit. Personne ne peut voir le vent, si ce n’est ses effets, « sa voix ». Il en est donc de même pour l’Esprit. Et si Nicodème a vu les effets de l’Esprit, en valorisant les signes que Jésus a accompli à Jérusalem, pourquoi n’en comprend-il pas les conséquences immédiates. Le Royaume accueille donc en son sein des « hommes nouveaux », par l’expérience du baptême, qui amenait une nouvelle naissance eschatologique et par le fait du retour chez eux des baptisés à une dispersion de cette dernière dans tout le peuple juif. La vision de l’Esprit par Jésus lors de son baptême en est-elle le symbole ?

En effet, comme le montre la suite du récit, Nicodème se méprend totalement sur le sens de ces deux dits de Jésus :

« Nicodème lui dit : « Comment cela peut-il se faire ? » »

D’après Bob Utley (Les Mémoires et les Lettres du Disciple Bien- Aimé : l’Évangile selon Jean, Ière, IIème et IIIème Épîtres de Jean, Série d’Études Bibliques assortie de Commentaires, Nouveau Testament, Vol. 4, Bible Lessons International, Marshall, Texas 2011), qui suit Raymond Brown en privilégiant le terme « naître d’en haut », Nicodème a dû comprendre la terminologie symbolique de Jésus à la lumière du baptême des prosélytes du Judaïsme et de la prédication de Jean-Baptiste. Dans la réalité, en suivant la ligne primitive du récit, c’est plutôt le contraire, car rien ne suggère le fait de « naître d’en haut ». En effet, si Jésus utilise Ezéchiel 36, 25-26, c’est juste à titre de comparaison car il lui permet de faire une liaison entre la prédication baptismale de Jean et le baptême des prosélytes auprès d’un interlocuteur qui semble hermétique à la première. Mais, Nicodème ne semble pas avoir compris la subtilité de la comparaison, ne voyant dans les propos de Jésus qu’une allusion au baptême des prosélytes. Ce qui on le comprend peut intriguer ce Pharisien qu’on renvoie au rang d’un non-Juif qui se converti. A-t-il aussi compris l’image du vent dans ce sens ? Possible.

Jésus semble surpris que son interlocuteur n’ait pas compris son allusion au baptême de Jean comme une « nouvelle naissance » qui marque l’arrivée du Règne de Dieu :

« Jésus lui répondit : « Tu es maître en Israël et tu n'as pas la connaissance de ces choses ! » »

Une fin de passage assez drôle, bien dans la veine de ce que Peter Tomson a appelé « l’humour de Dieu » (id.) qui transparaît à travers Jésus. Le Jésus de la tradition johannique primitive n’est donc pas l’homme froid et rugueux qui est ressorti de la composition de l’évangéliste, mais un homme plus proche des synoptiques, qui est un bon vivant. La pique humoristique finale est d’autant plus visible quand on se rappelle, comme le souligne André Myre que « Les conflits dont témoignent les évangiles (…) témoignent des efforts des classes dirigeantes du Sud pour imposer leur vision de la vie israélite à la Galilée. En Jésus, c’est le peuple de Galilée qui résiste aux pressions du Sud. » (C’était un Galiléen, dans Jésus : une énigme non résolue, Le Monde de la Bible. Hors série, 2002.) Certes, les conflits avec ces dernières n’ont pas encore eut lieu. Mais, à travers cette répartie, Jésus souligne à son interlocuteur qu’en Galilée même il y a des Sages, ceux du groupe des Hassidim ou des Pharisiens de l’Apocalypse, nom que donne Solomon Zeitlin aux disciples de Judas le Galiléen (Who Crucified Jesus?, Harper & Brothers, Publishers, New York, 1942, 1947), qui constitue la majorité des disciples galiléens de Jean et de Jésus. Et que ceux-ci sont d’un niveau égal à ceux qui exercent à Jérusalem et que donc la Galilée n’est pas la terre de sots et d’ignorants qu’ils imaginent, sinon comment expliquer que celui qui se prétend « maître en Israël » n’ait « pas la connaissance de ces choses ».

Et, d’après la plupart des exégètes, dont Léon Xavier-Dufour, le récit s’arrêtait au verset 10 comme dans la plupart des controverses qui se trouvaient dans les synoptiques par le fait que Nicodème ne réponde rien, surpris par la répartie de ce « Rabbi » qui apporte un enseignement nouveau. En cela, on peut penser, à l’image de Raymond Brown (id.), que ce dialogue était assez proche à l’origine de ceux des synoptiques avant que l’évangéliste ne le modifie, tel qu’il apparaît dans le récit dorénavant évoqué, même si notre exégète pense que ce récit n’est peut-être pas retrouvable vu les interpolations de la communauté pour coller au christocentrisme qui s’y était développé.

Cependant, le récit du premier pèlerinage à Jérusalem finit de manière abrupte. En effet, Jésus ne semble pas avoir convaincu les élites juives, malgré une certaine sympathie de la part du mouvement pharisien, et contrairement à ce qu’il pensait le Royaume n’est pas arrivé. De plus, Jean n’est pas venu à Jérusalem prendre sa place à ses côtés en tant que Messie-Prêtre comme cela était prévu. En fait, il a été arrêté en Samarie par Hérode Antipas. Mais, comme nous le verrons dans l’article suivant, la nouvelle ne semble pas avoir filtré avant la fin de la Pâque. Ce que suggère aussi les Synoptiques. En gros, ce fut un échec complet. Mais ce voyage ne fut pas inutile. Il a permis à Jésus d’établir des relations au sein de la ville, qui vont lui être nécessaire plus tard, notamment avec les Pharisiens, et de comprendre que la prédication baptismale avait ses limites. Ce que montre très bien les Synoptiques et l’évangile de Jean – du moins dans ses strates les plus anciennes - en décrivant que son enseignement à partir de sa visite à Jérusalem s’éloigne de celui de son Maître, ce que nous verrons également à partir du miracle de Cana. Et qu’il va devoir s’adapter à ses contradicteurs dans un Judaïsme divisé et lieu de débats, notamment sur des questions aussi essentielles que les prescriptions de la Torah et l’arrivée ou non du Règne de Dieu.

Freyr1978

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Publié le 21 Septembre 2015

Jésus, Messie Royal : la tradition johannique primitive (6ème partie)

L'activité baptiste de Jésus semble s'achever à un moment important la Pâque de l'an 28. Ce qui semble marquer pour Jean et Jésus l'aboutissement de leur annonce depuis la fête des Tentes de l'an 27. Était-ce pour cela qu'il s'était divisé en deux groupes pour annoncer finalement tous deux à Jérusalem la venue du Royaume de Dieu sur terre après avoir constitué un vrai groupe de pression ? Possible, si on analyse Apocalypse 11, 3-9 où l'on parle des deux témoins, probablement une allusion aux deux Messies, qui prêchent à Jérusalem. Donc, le Royaume devait venir un jour pleinement symbolique, celui où les Juifs célébraient la délivrance par le Dieu d'Israël, Yahwé, de l'oppression égyptienne. Jésus suivra la même logique lorsqu’il montera à Jérusalem pour la fête des Tentes de l’année 29, pour inaugurer le Royaume de Dieu, qui devrait prendre place à la Pâque de l’an 30. Un héritage probable de l’influence de son Maître. Certains remarqueront que contrairement à la plupart des exégètes, parmi lesquels Michel Quesnel (Jésus et le témoignage des évangiles dans Jésus : une énigme non résolue, Le Monde de la Bible. Hors série, 2002, p. 13), qui situent cette fête après le début de cette mission, j’ai choisi l’option contraire, car l’arrestation de Jean n’a pu avoir lieu que la veille d’une grande fête pour éviter tout risque d’émeute et c’est elle qui déterminera le départ de Jésus pour la Galilée.

Jésus monte, ainsi, à Jérusalem dans ce but bien précis :

« La Pâque (...) était proche et Jésus monta à Jérusalem. »

Et, comme on peut s'y attendre pour un homme qui vient prêcher la fin de l'occupation romaine de manière plus subtile que les disciples de Judas le Galiléen, le succès semble immédiat :

« (...) durant la fête (...), beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu'il opérait. »

La foule est enthousiaste devant les signes de Jésus. Qu'entend-on ici par signes ? La question mérite d'être posée, car l'évangéliste a modifié la structure primitive du texte, et l’a placé avant le signe de Cana, alors que d'après Marie-Émile Boismard (Synopse des quatre évangiles en français, vol. III, L'évangile de Jean, avec A. Lamouille et G. Rochais, Paris, Éd. du Cerf, 1977 ; Un évangile pré-johannique. Vol. II [Jean 2,13-4,54] en 2 tomes, Études Bibliques n.s. 24-25, Paris, Gabalda, 1994 avec Arnaud Lamouille) il se situait à l'origine après la Pâque de l'an 28. Si on suit, le livre de l'Exode (4, 1), les signes (ʼôthot, semeia en grec) sont en fait 3 miracles accordés par Dieu au prophète Moïse pour authentifier sa mission. Mais ici le terme « signe » ne semble pas avoir été donné par Jésus à son action mais plutôt par les habitants et les pèlerins à Jérusalem, comme le montre le pharisien Nicodème. Est-ce la raison pour laquelle la tradition johannique considère que le premier miracle a été accompli à Cana car ce serait à ce moment là que Jésus revendiquerait un titre spécial ? C’est une possibilité dont il faut tenir compte, car son action lors de la Pâque 28 se fait en commun avec celle de Jean, l’autre Messie. Ces signes sont là pour convaincre le centre religieux du peuple juif de l’arrivée imminente du règne de Dieu, qui va rétablir Israël pensent-ils lors de cette fête. Il est possible qu’ils aient été cités originellement comme on peut le voir dans Matthieu 21, 14 : « Des aveugles et des boiteux s’avancèrent vers lui dans le temple, et il les guérit. » Le terme « signe » renvoie également à un titre spécifique pour ceux qui crurent " en son nom ", suggérant une adhésion totale à sa personne, peut-être en croyant voir en lui le Prophète, promis par Moïse dans Deutéronome 18, que nous avons évoqué précédemment. Il semblerait que ce titre ait auprès du public autant de signification que celle de Messie à l'époque. Ce pourrait être la raison pour laquelle Jésus laisse autant planer le doute sur ses revendications, car le Prophète et le Messie ont à peu près le même rôle dans le Judaïsme de l'époque. Il est possible que Jésus les ait baptisés tel que le suggère son activité précédente, car comme le souligne Jacqueline Martin-Bagnaudez, certains baptistes étaient présents à Jérusalem même, ce qui semble suggérer qu’une communauté s’y est développée (Pour les Juifs, qui est Jésus ? Le Jésus historique vu par les historiens juifs, Éditions Salvator, Yves Briend Éditeur, SA, Paris, 2014, p. 93). Pourquoi pas de disciples de Jean ? Ce ne devait pas être un groupe important à ses débuts car le dialogue entre Nicodème et Jésus semble démontrer que le premier ne les connaissait guère.

Dans les chapitres 2 et 3, on sent que l'auteur de l'évangile a probablement modifié le récit primitif afin de faire coller son récit à la christologie abouti dont il émaille tout son ouvrage. Si bien, que certains logia qui ont un haut degré d'authenticité se trouvent placés à des endroits où ils n'étaient pas situé à l'origine. Ce qui est peut-être le cas des logia de Jean 3, 13-15, qui ressemble plus à une réponse à l'admiration de la foule qu'il justifie :

« (Jésus leur dit) : « Nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. » »

Comme le démontre André Chouraqui (Un Pacte neuf, Brépols, 1984), cette allusion est tout sauf innocente. En effet, d'après le Targum Neofiti sur Deutéronome 30, 11, « Celui qui est monté au Ciel » n'est autre que Moïse : « Le verset 13 désigne donc Jésus comme le nouveau Moïse descendu du Ciel pour communiquer aux hommes la parole divine, source de la vie nouvelle dans l'Esprit. » Boismard indique qu’il est possible que Jésus cite en fait ce targum (cf. aussi Jean 7, 38.). Ce qui ne peut-être établi avec certitude. Cependant, Jésus associe cette revendication au terme peu usité de « Fils de l'homme », traduction grecque de l'araméen bar enasha, qui signifie tout simplement « homme », « l'homme », ou « quelqu'un ». Terme assez vague qui d'après Geza Vermes , que je rejoins ici, a une signification plus particulière pour les Galiléens : « dans le dialecte araméen de Galilée qui était celui de Jésus, « Fils d'homme » était parfois utilisé dans un monologue ou un dialogue pour désigner de façon détournée le locuteur lui-même. (...) Le but de cette périphrase était de (...) camoufler ce qui en langage, pouvait paraître de la forfanterie » (Enquête sur l’identité de Jésus. Nouvelles interprétations, Bayard, Paris, 2003, p. 43), en remplaçant le « Je » par l'expression plus équivoque et plus humble de « Fils de l'homme ». Ce qui peut-être le cas ici car il dit être le Nouveau Moïse de Deutéronome 18.

Ce qu'il semble confirmer en ces termes :

« Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l'homme soit élevé afin que quiconque croit ait, en lui, (le Royaume de Dieu). »

En effet, dans Nombres 21, 49, durant l'errance au Désert, les Hébreux, victime de serpents empoisonnés, sont sauvés par le serpent d'airain qu'a élevé sur l'ordre de Dieu, Moïse. À l'origine, ce récit était une explication de la présence jusqu'au règne du roi de Juda, Ézéchias, de cette idole, qui était peut-être l'équivalent des veaux d'or du royaume d'Israël, dans le temple de Jérusalem. Le récit mettait en avant, non un rituel magique, mais le fait que c'était la croyance en Dieu qui sauvait la personne qui se trouvait devant le serpent, surtout s'il était comme le pense certains exégètes une représentation animalisé de Yahvé mais propre à Juda. Ce qu'ont très bien compris les auteurs juifs ultérieurs, mais sans la référence à la monolâtrie de l'époque royale qui a presque disparu des textes bibliques, tel celui du livre de la Sagesse : « en effet quiconque se retournait (vers le serpent) était sauvé non par l'objet regardé, mais par toi, le sauveur du monde. » (16, 7.) Et, à travers l'évocation du serpent, il entend qu'il est le Nouveau Moïse. Mais il va plus loin, il ne se contente pas d'être seulement le Prophète promis par Moïse. Ce sera vers lui que le peuple d'Israël devra se tourner pour être sauvé, car Dieu agit à travers lui, comme au temps du serpent d'airain. C'est pour cela qu'il doit être élevé, non crucifié, évoquant ainsi subtilement des prétentions royales.

En gros, Jésus annonce la même chose qu’aux disciples de Jean dans la source Q : « Allez rapporter à Jean ce que vous voyez : Les aveugles voient de nouveau et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, et les morts se relèvent et les pauvres reçoivent de bonnes nouvelles. » (22, dans dans Frédéric Amsler, L'évangile inconnu. La source des paroles de Jésus, Essais bibliques n°30, Labor et Fides, Genève, 2001.) L’action de Jésus porte en lui l’arrivée du Règne de Dieu. Elle en est le signe. En cela, on retrouve du moins en partie dans cette action miraculeuse telle qu’on la voit également dans l’évangile de Jean une référence indéniable à son origine galiléenne. En effet, les hassidim galiléens étaient considérés par le Talmud comme des « hommes d’action », « action » traduisant les bonnes œuvres dans le Judaïsme. Et comme l’a fait très bien remarqué Frédéric Manns, Jésus est représenté dans l’évangile de Jean comme un homme pieux pratiquant les « bonnes œuvres » qui ne se limite pas aux seuls miracles (Les racines juives du christianisme, Presses de la Renaissance, Paris, 2006). Mais Jésus pousse cette vision plus loin car il revendique une place à part des hassidims galiléens, qui ont peut-être été à l’origine de sa formation avant son baptême, celle de Précurseur du Règne de Dieu en tant que Messie-Roi.

Freyr1978

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Publié le 15 Juillet 2015

Comme nous le montre HuffingtonPost.com le 28 décembre 2013, l'acteur et comédien John Fugelsang donna son point de vue sur Jésus en une seule phrase, et il est assez éloigné de la vision de compromis que l'on donne souvent du personnage :

"Jésus était un révolutionnaire radical non violent se tenant avec les lépreux, les prostituées et les escrocs; il n'était pas Américain et ne parlait pas l'anglais; il était contre la richesse, contre la peine de mort, contre les prières publiques (Matthieu 6,5); mais il n'a jamais été anti-gay, n'a jamais mentionné l'avortement ou du contrôle des naissances, n'a jamais dit que les pauvres étaient paresseux, n'a jamais justifié la torture, ne s'est jamais battu jamais pour les allégements fiscaux, pour les plus riches des nazaréens, n'a jamais invité un lépreux à payer des cotisations, et il était d'une communauté de sans abris aux cheveux mi-longs et à la peau brune organisant une campagne d'intimidation chez les juifs du Moyen-Orient."

Par ce biais, il se moque alors la masse des candidats républicains qui parlent souvent de Jésus de Nazareth, en ignorant hypocritement ses mots quand ils en viennent aux questions sociales. Ses paroles sont un regard honnête sur ce que la Bible dit vraiment de Jésus et montrent par un argument convaincant comment les Républicains l'ont détourné à des fins politiques. Il poussa plus loin sur Twitter en disant que Jésus aurait été considéré aujourd'hui comme un socialiste pour répondre à des critiques.

rawstory.com montre aussi que John Fugelsang a répondu à des question lors de l'émission The Ed Montrer sur SNBC au mois de mars 2015, en disant que si on est chrétien, ce n'est pas notre travail de juger les personnes homosexuelles, notre travail est d'aimer les homosexuels, et sur ce que devait être un gouvernement prônant des valeurs chrétiennes : "Si vous voulez avoir un gouvernement basé sur les valeurs chrétiennes, cela signifie que vous prenez soin des pauvres, vous prenez soin des malades, vous ne commencez pas à vous battre avec les gens, vous êtes aimables avec ceux qui sont en prison, et vous permettez à des organismes privés de bienfaisance de vendre des pâtisseries pour renflouer Wall Street."

Une vision qui se rapproche du pape François dans la défense des plus pauvres, et qui montre que Jésus n'était pas un homme de compromis mais bien un homme qui souhaitait un changement social non violent.

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Publié le 29 Juin 2015

SRF.ch dans son article du dimanche 28 juin 2015 nous montre que dans un livre avec des centaines de pages densément imprimés du théologien Konrad Schmid qui est depuis 2002 un professeur dans les Études sur l'Ancien Testament et de l'histoire religieuse juive à la Faculté de théologie de l'Université de Zurich, où un de ses intérêts de recherche est l'histoire littéraire de l'Ancien Testament, il est donc peu surprenant de ne pas le lire complètement. Mais on peut y voir à travers que la Bible contient souvent des demi-vérités et nous pouvons y voir 5 réponses à 5 revendications sur la Bible.

Première revendication : La Bible définit l'homme comme la couronne de la création. Cela a des conséquences désastreuses pour la nature et les animaux.

L'écrivain Carl Amery et l'historien des sciences Lynn White représentaient au début des années 1970 ce point de vue : l'ordre de Dieu à l'homme dans le premier chapitre de la Bible a jeté les bases pour l'exploitation de la nature que nous observons aujourd'hui. Mais la crise écologique actuelle ne peut pas être attribué à une déclaration spécifique de la Bible. Enfin, il y a de nombreuses causes et elles concernent également les parties non-chrétiennes du monde. Pour Konrad Schmid bien que la Bible montre que les personnes sont effectivement définies comme le couronnement de la création, mais les raisons de la domination humaine sur les autres créatures ne doivent pas être trouvées ici. C'est Plutôt, dans son évolution: Même sans la Bible, l'homme aurait mis au point le modèle qui existe aujourd'hui.

Deuxième revendication : Le Nouveau Testament est antisémite.

L'Ancien Testament contient des déclarations acérées contre Israël et le royaume de Juda, ce qui est difficile à dire. Il y a même quelques passages anti-juives dans le Nouveau Testament. Un est particulièrement bien connu est celui de Jean 8, 44 : "Vous avez pour père le diable." Mais ces déclarations ne reflètent ni la position de Jésus ni celle de la première génération de chrétiens. Elles sont plutôt dues aux alentours de l'an 100 avec les conflits naissants entre l'Église et la synagogue. L'Église plus insignifiante utilisa une polémique exagérée contre le judaïsme, à partir de laquelle ils voulaient tomber. "La Bible est pleine d'histoires sur les assassinats, la guerre et le viol", "La Bible est discriminatoire envers les femmes", "La Bible est un livre pleine de contes de fées et de mythes" : c'est d'autres questions auxquels le théologien Konrad Schmid répond dans son ouvrage.

Troisième revendication : Jésus n'a pas pu mourir sur la croix.

Cette hypothèse représentant les auteurs de la théologie du début du XIXe siècle. Plus tard, cette déclaration se trouve également dans certains auteurs du XXe siècle. Ils voulaient une explication naturelle pour la résurrection de Jésus : Il est seulement apparemment mort sur la croix, puis il retourna de nouveau à la vie. Historiquement, il est maintenant accepté que Jésus était un personnage historique qui est né à Nazareth, a travaillé comme un prédicateur itinérant en Galilée et de la Judée et qu'il est mort en l'an 30 à Jérusalem, où il fut crucifié. Mais la résurrection est historiquement explicable. D'ailleurs les témoignages des personnes associées à Jésus sont détectables, il avaient eu des visions du Ressuscité.

Quatrième revendication : Jésus n'est pas le Fils de Dieu.

Jésus n'est pas dans le sens biologique le Fils de Dieu, mais il l'est dans un théologique. "Fils de Dieu" est une métaphore bien connue qui se trouve dans l'ancien Proche-Orient et dans l'Ancien Testament à propos des rois (Psaume 2,7). Et le roi est le représentant de Dieu sur terre, il peut être considéré comme son "fils". Lorsque dans le christianisme primitif Jésus fut appelé le "Fils de Dieu", cela avait la même intention que s'il s'était appelé le "Messie" ou le "Christ". Jésus est interprété comme la figure royale sauveur qui s'est approché si près de Dieu que l'on peut l'adorer avec lui sous le titre de "Seigneur", un titre qui est par ailleurs réservé, même dans ce contexte, à Dieu seul. Cela a abouti au IVe siècle à la doctrine de la Trinité divine.

Cinquième revendication : Jésus ne voulait pas de l'Église.

L'historien français de l'Église Alfred Loisy (1857-1940) a inventé l'expression : "Jésus annonçait le Royaume, et c'est l'Église qui est venue". Cette déclaration montre l'écart entre ce que Jésus attend et l'organisation sociale du début de la chrétienté. Jésus n'avait pas à l'esprit d'établir une Église, bien que l'Évangile de Matthieu la représente dans une perspective historique afin de la rendre crédible (Matthieu 16,18). L'aspect communautaire joue un rôle central dans le ministère de Jésus, l'émergence de l'Église peut être alors considérée comme une étape logique dans le développement du christianisme après sa mort.

Le théologien Konrad Schmidt répond à des questions que se posent beaucoup de croyants et de non croyants de façon très subtile qui donne ici une belle leçon d'exégèse qui se base sur une lecture sérieuse de la Bible.

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Publié le 31 Mai 2015

Jésus a fait partie d'une famille nombreuse

Françoise Chandernagor à travers son roman Vie de Jude, frère de Jésus, aux éditions Albin Michel en 2014, nous montre que Jésus avait des frères et sœurs. Ils sont présents chez Marc (6,3) et Matthieu (13,54-56). N'oublions pas que Jésus est le fils "premier né" de Marie et Joseph (Luc 2,7), donc rien ne dit que ses parents n'ont pas eu d'autres enfants. Jacques et Joset, Simon et Jude sont cités comme ses "frères". Il a peut être eu deux 2 sœurs qui furent mariés par la suite.

De nombreux historiens, biblistes et exégètes confirment qu'ils étaient bien ses frères et sœurs comme le montre Pierre-Antoine Bernheim dans son excellent ouvrage Jacques, frère de Jésus, aux éditions Albin Michel en 2003. Plus important, un grand nombre d'attestations antiques mentionnent les frères de Jésus, certaines parlant même de "frère du Christ selon la chair", plus encore quand Flavius Josèphe, un auteur juif qui écrit vers 93-94 pour un public romain, nous dit que Jacques est le "frère de Jésus, appelé Christ", dans les Antiquités judaïques.

Les frères de Jésus devinrent très influents et eurent un rôle majeur dans l'Église au point que comme nous le montre Geza Vermes dans son Dictionnaire des contemporains de Jésus aux éditions Bayard en 2008, sous le règne de l'empereur Domitien, les petits-fils de Jude, frère de Jésus, furent mis sous une liste noire par les Romains car ces descendants de David étaient considérés comme des rebelles messianiques (Histoire ecclésiastique III, 20). Ce qui montre que durant les 70 ans qui suivirent la mort et la résurrection de Jésus, un lien familial avec lui était un atout important pour assumer la direction de l'Église.

Pierre-Antoine Bernheim pense que c'est l'appartenance à une lignée davidique qui explique la position prééminente des membres de la famille de Jésus qui jouèrent un rôle significatif dans les Églises de Palestine et des régions voisines longtemps après sa mort. Si on suit ce mode dynastique, cela explique pourquoi Jacques est devenu à la mort de Jésus le premier évêque de Jérusalem, ce que confirme Simon Claude Mimouni dans son ouvrage Jacques le juste, frère de Jésus de Nazareth aux éditions Bayard en 2015.

Devenu gênants pour la succession apostolique que l'on faisait désormais partir de Pierre, il fallait se débarrasser habilement des frères de Jésus, en les transformant en cousins germains, ce que fit en vrai métronome Jérôme au Ve siècle qui fusionna Jacques, fis d'Alphée avec Jacques, frère du Seigneur, tout en faisant devenir aussi Simon et Jude des fils de Clopas, confondu avec Alphée.

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Publié le 2 Janvier 2015

Le Saint Suaire est un faux selon un expert britannique

noticieros.televisa.com dans son article du vendredi 24 octobre 2014 nous montre que Charles Freeman dit qu'il n'y a aucune preuve historique du Suaire avant 1355, il suppose donc qu'il n'y a pas de suaire qui a enveloppé le corps du Christ.

C'est un débat qui continue : est-ce que le suaire de Turin est le linceul du Christ ? Ou est-ce totalement faux ? Or, selon un expert, la réponse est que le Suaire de Turin, qui est visité par des millions de personnes chaque année, est sans doute faux.

Charles Freeman, un érudit et auteur britannique dit dans History Today, l'un des journaux les plus respectés sur l'histoire, qu'outre la datation au carbone 14 en 1988, montrant que le suaire a ses origines au XIVe siècle, il existe des preuves qu'il fut modifié au fil du temps et utilisé spécifiquement pendant un rituel médiéval de Pâque.

Dans son examen des textes historiques, Freeman a été incapable de trouver une mention du Saint Suaire, avant 1355, ce qui est étrange pour cette relique d'une grande signification religieuse. Le chercheur affirme que le suaire a été acquis par la maison de Savoie (Casa Savoia en italien), une des plus anciennes dynasties royales du monde, ce qui en fait une "relique de grand prestige" en 1453.

Freeman continue son analyse, estimant que les représentations du suaire, y compris une gravure de l'artiste Antonio Tempesta en 1613, sont différentes de ce que nous connaissons aujourd'hui.

Ces représentations dit-il, sont axé sur des fonctionnalités qui ne sont pas faciles à trouver, comme la couronne d'épines et de longs cheveux du Christ dans son cou. En outre, il n'est pas si facile de voir le visage dans le suaire une fois couvert de sang. "C'est incroyable, mais peu de chercheurs semblent avoir réalisé que le suaire était très différente entre les XVIe et XVIIe siècles de l'objet que nous voyons aujourd'hui", ajouta Freeman.

Cela l'amène à conclure que le suaire a été probablement utilisé dans un rituel médiévale pendant la Pâque. Notamment une cérémonie appelée "Quem quaeritis" ou "Qui cherchez vous ?". Lors de la cérémonie "on montre une partie de la résurrection suivant la mort pour montrer que le Christ est vraiment ressuscité" dit aussi le chercheur britannique.

En 2015, le Saint Suaire sera exposée à Turin pour la première fois au public en cinq ans, pour célébrer le 200e anniversaire de la naissance de Saint Don Bosco et on prévoit jusqu'à 2 millions de pèlerins cherchant à le regarder de près.

L'hypothèse de Charles Freeman tient la route et elle est celle d'un historien qui a écrit le livre le plus complet sur les reliques en 2011, Holy Bones, Holy Dust : How Relics Shaped the History of Medieval Europe, où il démontre que les reliques étaient avant tout une monnaie d'échange, permettant de faire de bonnes affaires et une bonne propagande politique à travers l'Europe, et elles étaient même utilisées pour exercer un pouvoir militaire.

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Publié le 26 Décembre 2014

c) Quand Jésus est-il né ?

Certains membres de celles-ci, en apprenant plus sur Jésus, durent s'étonner qu'alors qu'il était considéré comme un grand homme par ses disciples, le Messie, promis à Israël, ses disciples et les missionnaires itinérants ne suggérait rien au sujet de sa date de naissance alors qu'on connaissait son lieu de naissance, Nazareth. D'où la question qui dut s'élever au sein de ces communautés probablement : « Quand Jésus a-t-il vu le jour ». Question qui importait peu, il faut le dire aux disciples et aux frères de Jésus, qui l'avaient côtoyé en Palestine, d'autant qu'à l'époque, les registres d'état civil, dans les régions administrées directement par Rome, ce qui n'est pas le cas de la Galilée, lors des recensements, ne notaient que le nom et le lieu d'origine des membres d'une famille imposable. Les disciples, n'oublions pas que Pierre dirigeait à Antioche, les missionnaires mandatés par l'ecclésia de Jérusalem, et les frères de Jésus semblent avoir compris ce besoin et rassemblèrent oralement les souvenirs de ces derniers sur la date supposé de naissance de Jésus qu'emportèrent les missionnaires qui finirent par les mettre par écrit dans des sommaires vagues sur lesquels s'appuieront plus tard les évangiles de Matthieu et de Luc.

Les premiers situent la naissance de Jésus dans son contexte juif et probablement au sein de l' ecclésia d'Antioche dans une communauté, issu de la Diaspora, qui connaît plutôt bien Jésus :

« Jésus est né au temps du roi Hérode(, roi de Judée). » (Matthieu 2, 1 ; Luc 1, 5)

Un sommaire assez vague qui pouvait contenter cette communauté, d'autant que la Diaspora juive avait bénéficié des faveurs du roi de Judée lors de son long règne. Et que l'on pouvait facilement situer à la fin du règne de celui-ci plutôt qu'au début.

Mais ce manque de précision semble avoir posé problème aux païens convertis, car ces derniers ne semblaient pas connaître le roi de Judée à part dans les provinces qu'il avait favorisé. Donc pour répondre aux questions de leurs nouveaux convertis à ce sujet, les frères de Jésus, source principale semble-t-il, essayèrent de se remémorer des événements particuliers qui correspondait à la naissance de Jésus et qui donnèrent naissance à trois types de sommaire chronologique, d'abord deux hérodiens puis un impérial :

1) « (Aux jours d'Hérode, roi de Judée,) une étoile fut vu dans l'Est » (Matthieu 2, 2, 9)

On précise pour les païens convertis, qu'« au temps du roi Hérode(, roi de Judée) », il y a eu un événement insolite, dont les frères de Jésus ont gardé la mémoire, la vision d'une étoile à l'Orient. Rien d'innocent dans cette mention. En effet, c'est une référence évidente à l'étoile comme symbole de royauté pour les derniers Hasmonéens (se reporter à la monnaie qui sert d'image à l'article) et Hérode, dans la tradition de la dynastie d'Alexandre Jannée (103 – 76 avant J. – C.). Peut – être faut – il lier le choix de ce symbole à l'importance grandissante des horoscopes royaux. Comme nous l'apprend, Marie – Françoise Baslez : « Les dates d'émission de ces monnaies juives à l'étoile suggèrent de leur reconnaître aussi un caractère commémoratif astrologique, ce qui peut fournir une des clés de l'épisode évangélique.

Les trois séries (de pièces évoquées plus haut) furent frappées lors de la conjonction de Jupiter et de Saturne dans la collection du Poisson est un signe eschatologique (associée au peuple juif en astrologie), que Saturne marque le cours du temps (et pour les mésopotamiens représentait la divinité protectrice d'Israël) et Jupiter la royauté, cette conjonction planétaire pouvait apparaître comme l'annonce d'un bouleversement historique (car l'équinoxe du printemps entrait dans la constellation du poisson à cette époque, un symbole de changement d'ère). Or elle se reproduisit en 7 avant notre ère, peu avant la date vraisemblable de la naissance de Jésus, et on peut comprendre qu'une tradition évangélique l'ait utilisé comme repère chronologique... » (Les mages et l'étoile de Bethléem Les premiers temps de l'Eglise de Saint Paul à Saint Augustin, éditions Gallimard et Le Monde de la Bible, 2004, p. 249.)

La plupart des prosélytes et des craignants Dieu, qui en avaient les moyens, s'étaient déjà rendus lors d'un des trois pèlerinage d'obligation à Jérusalem ou étaient restés y vivre, où ils avaient probablement eu entre les mains ces fameuses pièces et savaient qu'elles avaient été fondus à la fin du règne d'Hérode Ier le Grand à la suite d'un grand événement astrologique. Parmi eux se trouvaient probablement certains des missionnaires qui furent envoyés au sein des communautés pauliniennes et qui furent à même d'expliquer cet événement astrologique comme une référence à la naissance de Jésus.

2) « (En ces jours là) Hérode commanda (à ses ministres) et envoya tué ses fils, Alexandre et Aristobule » (Matthieu 2, 16) :

l'événement astrologique pouvait très bien ne rien dire à une grande partie des membres de la communauté paulinienne. La plupart ne s'était jamais déplacé à Jérusalem - le voyage coutait cher si on vivait loin de la Palestine, comme à Corinthe ou Thessalonique - et n'avait probablement jamais vu les fameuses pièces à l'étoile d'Hérode Ier le Grand. Par contre, il est fort possible qu'il ait entendu parler de cet événements à l'image de ce qu'en dit l'historien païen Macrobe (c. 395-436) : « Quand l'[empereur Auguste] apprit que parmi les enfants de Syrie de moins de deux ans qu'Hérode Roi des Juifs avait fait tuer, se trouvait son propre fils, il dit qu'il valait mieux être le cochon d'Hérode que son fils » Mais à l'origine, il se présentait plus vraisemblablement ainsi, car lorsque Macrobe a repris ce texte le récit du massacre des innocents était déjà bien développé : « Quand l'[empereur Auguste] apprit que Hérode Roi des Juifs avait fait tuer (son ou : ses) propre fils, il dit qu'il valait mieux être le cochon d'Hérode que son fils. » Selon le professeur Peter Richardson, historien à Université de Toronto, le récit du massacre des innocents proviendrait peut-être de la confusion de deux récits relatant le massacre d'enfants à travers le temps, même si je pense qu'à l'origine ce n'était qu'un sommaire destiné aux nouveaux convertis païens.

« Le fait que la naissance de jésus et l'exécution de deux des enfants d'Hérode (Alexandre et Aristobule IV en 7 av. J. – C.) ait pu avoir lieu la même année est très évocateur. Ce qui a pu se produire dans le récit chrétien du massacre de Bethléem c'est que l'horreur d'un père qui exécute deux de ses fils ait été mélangée à l'histoire de la naissance de Jésus pour devenir le récit de l'exécution de quelques enfants à l'époque de la naissance de Jésus. » Cet acte a, en effet, fait une profonde impression à l'époque et a été enregistré aussi bien par Flavius Josèphe que dans la littérature apocryphe juive du Ier siècle, en particulier l'Assomption de Moïse, où l'on lit cette prophétie: « Un roi insolent détrônera [les prêtres hasmonéens] ... il tuera tous les jeunes. » « Ici Hérode tue vraiment tous les enfants juifs qui ont cherché à le remplacer, comme Matthieu 2:17 le dit, mais ce sont plutôt ses propres enfants de sang Maccabéen ! » (Robert Eisenman, James The Brother of Jesus, I. 3 " Romans, Herodians and Jewish sects ", p.49, 1997; voir aussi E. P. Sanders, The Historical Figure of Jesus, 1993, p.87-88).

Ainsi, les nouveaux convertis pouvaient mieux situer le règne du roi Hérode, car on faisait une anecdote qui concernait une citation bien connu qui venait de l'empereur Auguste, et qui étrangement se marier parfaitement avec le rapport sur l'étoile, qui tous deux se passèrent à la fin du règne d'Hérode en l'an 7 av. J. - C.

3) Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier. (Luc 2, 1)

Il est possible également que ces références ne signifiait absolument à une autre partie des membres de la communauté, en particulier ceux de condition modeste, qui était par exemple majoritaire à Thessalonique, et ne savait pas qui était Hérode Ier le Grand. Il est probable que les missionnaires durent s'adapter à leur curiosité et les frères de Jésus durent se rappeler d'autres événements. Et la politique du premier princeps Auguste semble avoir beaucoup marqué les provinciaux, parmi eux les habitants du royaume de Judée, notamment l'usage de recensements généraux et particuliers (Judée par exemple en 6 ap. J. - C.) pour s'attacher à connaître le cadastre provincial et des gens libres vivant hors d'Italie (ou des colonies romaines) afin de mieux percevoir l'impôt. Et c'est justement un recensement qu'évoque notre sommaire en ces termes : « un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier », suggérant que Jésus est né lors d'un recensement général. Or, Les Res Gestae Divi Augusti, compte-rendu des actes accomplis par Auguste sous son règne, en évoque justement trois :

« Et pendant mon sixième consulat, j’ai mené le recensement des citoyens romains avec mon collègue M. Agrippa (28 av. J.-C.). J’ai procédé à ce lustre pour la première fois depuis quarante et un ans. Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions soixante-trois mille citoyens romains. Ensuite, une deuxième fois, disposant des pleins pouvoirs proconsulaires, j’ai procédé au lustre sans collègue, sous le consulat de C. Censorinus et de C. Asinius (8 av. J.-C.). Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions deux cent trente-trois mille citoyens romains. Enfin, une troisième fois, disposant des pleins pouvoirs proconsulaires, j’ai procédé au lustre avec pour collègue mon fils Tibère César, sous le consulat de Sex. Pompeius et de Sex. Appuleius (14 ap. J.-C.). Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions neuf cent trente-sept mille citoyens romains ».

Le recensement général qui doit être retenu est celui datant de la fin du règne d'Hérode Ier en 8 avant J. - C. Cette hypothèse est recoupé, semble-t-il, par le Père de l'Église, Tertullien de Carthage, qui affirme en 207 que « L'histoire atteste qu'il y eut sous le règne d'Auguste un recensement exécuté dans la Judée par Sextius Saturninus. C'est à ces archives qu'ils auraient dû demander la preuve de sa naissance et de sa famille » (Contre Marcion, IV, 19, 10.) Une affirmation intéressante car sa source ignore celui de Quirinius, cité par l'évangéliste Luc, et démontrerait qu'il a existé une autre version où c'était son prédécesseur qui l'avait effectué. Cependant, « sous le rapport fiscal, Hérode semble avoir joui de la plus grande indépendance que peut revendiquer un prince vassal. (...) Or si Rome avait procédé au recensement à l'époque d'Hérode, cette mesure administrative non seulement ne serait en aucune harmonie avec l'autonomie du royaume, mais supposerait le paiement régulier d'un tribut par Hérode ; cependant nulle part dans les sources il n'est question d'un pareil paiement. L'histoire juridique de Rome ne connaît aucun cas où pareille ingérence aurait été faite dans les affaires intérieures d'un royaume vassal. » (Gilbert Picard, La date de naissance de Jésus du point de vue romain, in Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et belles lettres n°139, 1995, p. 801.) Tout au plus, peut-on penser que les frères de Jésus se rappelèrent-ils d'un recensement général pratiqué dans la province voisine de Syrie par le gouverneur Saturninus qui marqua leur mémoire pour la raison évoqué plus haut, mais qui eut lieu en fait un an plus tôt. Rien d'anormal la mémoire joue parfois des tours, ou sinon c'est que l'opposition a été très dure, par exemple comme en Gaule, où il a duré jusqu'en 6 av. J. - C.

Les missionnaires avec ces 3 sommaires chronologiques pouvaient remplir la tâche qu'avaient les chroniques par exemple impériales ou des historiens gréco-romains, à l'image de Tite-Live, où les grands personnages qui avaient marqué l'empire romain, était valorisé dès leur naissance, et ce avec une indication chronologique précise, à l'image de l'empereur Auguste, qui semble être la référence des premiers chrétiens. Israël Knohl semble même suggérer dans son ouvrage L'Autre Messie (Edition Albin Michel, 2001) que celui-ci a été considéré à un moment par les Juifs, et parmi eux les Esséniens, comme le « Fils de l'homme » du livre de Daniel et de 1 Hénoch, ce qui semble rejoindre les propos de Paul Marius Martin dans Antoine et Cléopâtre : la fin d'un rêve (Albin Michel, Paris, 1990) selon lesquels Marc Antoine et Octave - le futur Auguste - luttèrent à coup de prophéties les présentant tous deux comme les libérateurs de l'Orient. Est-ce à dire que les disciples et frères de Jésus le présentaient par ce biais comme le vrai successeur de l'empereur Auguste par la volonté de Dieu et non Tibère ?

Ces sommaires auraient probablement disparu si un contexte de violence messianique n'avait pas obligé l'ecclésia de Jérusalem à partir d'eux à développer des récits afin d'affirmer la messianité d'un Messie qui semblait avoir échoué pour une grande partie des Juifs que ce soit en Palestine ou dans la Diaspora.

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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