Articles avec #culture biblique tag

Publié le 13 Septembre 2014

Roger Karban dans un excellent article de NCRonline.org datant du 30 août 2014 nous montre qu'il y a près de 40 ans, lors d'une conférence générale de clergé diocésain, Raymond Brown nous disait, "Il n'y a pas de prédictions sur Jésus dans toutes les Écritures hébraïques, comme nous les connaissons." Sa déclaration n'était pas une exégèse radicale; il représente l'opinion de la grande majorité des savants, catholiques et non-catholiques.

Si les prophètes ne sont pas prédictifs, que sont-ils ? S'ils n'annoncent pas la venue de Jésus, pourquoi sont-ils inclus dans nos Écritures ? Il existe deux définitions classiques des prophètes qui se recoupent. La première, celle du père Bruce Vawter : il enseignait que les "prophètes", "sont la conscience du peuple." Le second, Hans Walter Wolff : le savant insiste sur le fait que les "prophètes", "sont les gens de la communauté qui nous fournissent les conséquences futures de nos actions présentes."

Les prophètes sont les réformateurs de la communauté, ceux qui nous ramènent aux débuts de notre foi. Bien avant, que nous ayons développé une structure d'Église hiérarchique, ou même avant que nos ancêtres dans la foi aient commencé à considérer nos Écritures comme divinement inspirées, la façon dont la Bible accepta de discerner la volonté de Dieu dans nos vies est la surface de ce que nous apportent les prophètes dans notre milieu.

Nos auteurs sacrés présument que Dieu récompense toujours chaque communauté de foi avec des gens inspirés qui peuvent couper à travers les méandres de la religion organisée et nous ramener à ce que Dieu avait initialement prévu pour le peuple de Dieu. Pas étonnant que Paul, dans 1 Corinthiens 14, 1, encourage ses lecteurs, à "Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à celui de prophétie."

C'est pourquoi les prophètes bibliques rappellent constamment à leur public à "revenir à l'Éternel", don de se rapporter à Dieu, pas d'une institution, pas d'un ensemble de règles et de règlements, ou à une figure d'autorité ou de structure. Le peuple de Dieu devraient aller seul avec le Saint Esprit, la force essentielle dans leur vie quotidienne.

Pourtant, comme Jérémie, le souligne, les choses inquiétantes se produisent pour ceux qui osent aller vers un Autre suprême. La réforme qu'il prêche et sa propre relation avec l'Éternel est de détruire sa vie. Non seulement elle le force à rester célibataire, mais ses compatriotes juifs le considèrent comme un traître pour eux et leur pays. Comme il l'avance : "La parole de l'Eternel m'a apporté la dérision et le reproche toute la journée." Au cours du terrestre de Jésus de Nazareth, la plupart des gens ne le considéraient pas comme le Fils unique de Dieu, mais comme un prophète. Il fut historiquement rejeté et tué à cause de ses déclarations prophétiques et de son mode de vie, et non à cause de sa divinité.

Bien que le Jésus de Matthieu ne pousse jamais son enveloppe théologique près de l'imagerie de Jérémie, il rappelle souvent à ses disciples, comme il le fait dans la péricope d'aujourd'hui, que ceux qui projettent de le suivre devront d'abord mourir avec lui. Jésus contredit sans douleur la version du christianisme de Pierre, non seulement avec "Passe derrière moi, Satan !" mais aussi avec une déclaration mordante : "Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive." Puisque nous ne cherchons sûrement pas une crucifixion littérale, comment pouvons-nous imiter sa mort ?

De nombreux chercheurs sont convaincus que Jésus a initialement encouragé ses disciples à porter leur "tau", pas leur croix. Certains des juifs contemporains de Jésus emploient le tau - T - la dernière lettre de l'alphabet hébreu, comme un symbole du fait qu'ils étaient totalement ouverts à tout ce Yahvé voulait d'eux.

Si c'est le cas, porter sa croix ne se réfère pas à un supporter qui attend patiemment un moment dramatique de souffrance. Il décrit une relation continue, généreuse, ouverte et honnête avec Dieu, une quête quotidienne pour découvrir ce que Dieu veut de nous. Les imitateurs de Jésus savent exactement où Jérémie voulait en venir; une telle quête implique toujours une véritable mort pour soi, y compris beaucoup de douleur.

Pour quoi d'autre Paul pouvait faire référence quand il encourageait les Romains, "soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait ?" L'apôtre avait déjà découvert ce que portait son tau impliquait.

Dans un certain sens c'est dommage que tant de disciples de Jésus par la suite ont mis son ministère prophétique dans les oubliettes une fois qu'ils découvrirent sa divinité. Mais, d'autre part, l'adorer est beaucoup moins douloureux que de l'imiter.

Roger Kagan conclut de la plus belle manière ce que l'Église ne veut plus faire, imiter Jésus au lieu de charger de fardeaux ceux à qui elle devrait parler.

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Publié le 25 Août 2014

Kipa nous montre que le pape François a mis en garde contre une image sécularisée de Jésus. Beaucoup voient seulement aujourd'hui Jésus comme un grand prophète, un maître de sagesse et un modèle de justice, a-t-il dit, le dimanche 24 Août 2014, au cours de sa prière de l'Angélus sur la place Saint-Pierre.

Ce n'est pas un visage sécularisé de Jésus qu'ont les gens, car il est impossible d'enfermer la figure de Jésus dans un portrait unique. Les évangiles canoniques proposent quatre portraits de Jésus différents et complémentaires. Dans les Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) Jésus est nommé rabbin, prophète, Fils de l'Homme, Messie et Fils de Dieu, tandis que dans l'Évangile de Jean il est le Roi, l'Agneau de Dieu, le Messie, Le Fils de Dieu, le Fils de l'Homme ou la personnification de l'Esprit Saint. Les options sont nombreuses et il n'est pas anormal que la vision qu'on a de Jésus peut différer.

Aujourd'hui encore, tous les gens se posent la question de savoir la position qu'ils lui confèrent au lieu de le nommer Fils de Dieu, comme l'ont fait ses disciples auparavant, déclare le pape François devant des dizaines de milliers de pèlerins et de visiteurs. Il a invité la foule à répéter trois fois avec lui la phrase : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant".

Contrairement à ce que pense le pape François, Jésus n'a pas grand-chose à voir avec la révélation surnaturelle du Jésus-Christ propagée après coup. Et comme le signale Geza Vermes (Enquête sur l'identité de Jésus : Nouvelles interprétations, Bayard, 2003), le terme Fils de dieu servait aussi à désigner le Messie depuis le IIe siècle avant J.-C., mais semble aussi juste désigner par métaphore que Jésus était un juif pieux.

Donc, que le pape François n'ait pas d'inquiétude les gens sont mieux formés et peuvent maintenait mieux comprendre qui était Jésus à travers leurs lectures et leurs actes.

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Publié le 24 Août 2014

Dans la lecture de ce dimanche 24 août, nous voyons le passage de Matthieu 16, 13-20Pierre déclare que Jésus est le Messie. Pourtant en regardant de près ce passage, ce n'est pas la vision chrétienne qui se dessine mais bien celle d'un Messie politique car la christologie qui s’est développée à partir du Nouveau Testament éclipse souvent la messianologie originelle.

Jésus dans ce texte demande à ses disciples : "Mais vous, qui dites-vous que je suis ?" Et Pierre répond : "Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !"

Quand Pierre dit à Jésus qu'il est le Messie, il y montre ses espoirs politiques et non spirituels. Il désire à travers Jésus la libération de l'Empire romain et la restauration de la grandeur d'Israël (Chrétiens du Nicaragua : l'évangile en révolution, KARTHALA Éditions, 1980). Il faut dire que l'entourage de Jésus l'avait suivi mais dans la forme du Messie qu'ils espéraient eux-mêmes (Minnerath, Jésus et le pouvoir, Éditions Beauchesne, 1987). Ce n'est nullement comme l'annonce l'Évangile de Matthieu son "Père qui est aux cieux" qui lui a "révélé cela", mais son rêve de voir un Jésus politique prenant les armes contre Rome.

Comme le montre Roland Minnerath (Jésus et le pouvoir, Éditions Beauchesne, 1987), Jésus choisit d'être le Messie selon la vision de Zacharie IX, un roi pacifique des petits et des opprimés, contrairement à celle que souhaite Pierre. Mireille Hadas-Lebel (Une histoire du Messie, Albin Michel, 2014) de façon plus précise montre que les Messies juifs se prétendaient d'authentiques descendants de David, justes et bons comme le conseiller merveilleux d’Isaïe XI, humbles comme le roi monté sur un âne de Zacharie IX. Jésus ne différait pas d'eux dans cette prétention, sauf peut être dans ses méthodes. Il ne désirait pas utiliser la violence pour instaurer le Royaume de Dieu.

Jésus reprend Pierre et lui annonce : "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux."

Contrairement à ce que l'on pourrait croire dans ce passage, Jésus ne fonde pas l'Église, qui est ici encore une mauvaise traduction, car ekklesia en grec, veut dire assemblée, et dans le papyrus d'Éléphantine, le mot servait à désigner la synagogue, qui est une assemblée des croyants. Donc, Simon devenu Pierre ne sera que l'une des colonnes d'un mouvement purement juif. De plus, Jésus en donnant les clés du Royaume à Pierre ne le fait devenir que son vizir pas son successeur, car cette capacité de lier et de délier est un pouvoir juridique qui fait référence à la prérogative du vizir, lui permettant d’autoriser ou de refuser l’entrée dans le palais et l’accès au roi, et il avait également par ce dernier le pouvoir de lier et délier les affaires (Hyam Maccoby, Paul et l'invention du christianisme, 1987).

Enfin comme le dit l'Évangile de Matthieu : "Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ." Le fait que Jésus demande à ses disciples de taire sa prétention messianique, c'est afin d'éviter le risque que Rome puisse réagir, car le préfet de Judée Ponce Pilate n'hésitait pas à se débarrasser des gêneur sans procès. Il faut dire qu'au tournant du premier siècle, une révolte générale couve et Jésus pourrait devenir le symbole de la résistance juive face à l’occupation romaine. Il préfère la prudence à une mort trop précipitée.

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Publié le 3 Août 2014

À peine reconnu, Jésus rassemble ses disciples, probablement plus que les quatre disciples comme le suggère le « avant tout autre » aperçu plus haut, mais on ne peut savoir lesquels - même si les hypothèses que j'ai relaté plus haut permettent de remplir quelques vides -, et se rend en Judée :

« Après cela, Jésus se rendit avec ses disciples dans le pays de Judée ; il y séjourna avec eux et il baptisait. Jean, de son côté, baptisait à Aenon, non loin de Salim. Les gens venaient et se faisaient baptiser. »

Probablement dans la vallée du Jourdain, il baptise avec ses disciples, prenant le relais de l'action du Messie-Grand Prêtre, Jean, qui a dû déplacer ses activités en Samarie, à Aenon, signifiant « source », près de Salim, qui se situe à ’Aïn Fâr’ah, 12 km au nord-est de la ville de Sichem et de l'actuelle Naplouse, d'après Boismard et Robinson, et à proximité duquel se situe de nombreuses sources, un bon site pour pratiquer des baptêmes. De plus, Jean n'a pas choisi innocemment cet endroit, d'après James Tabor, car l'endroit se situait à l'intersection de la vallée de Jezréel et du Jourdain. C'était la route utilisée par les Galiléens pour se rendre au sud de la Judée pour l'automne prochain pour les fêtes de Roch Hachana, Yom Kippour, et de Soukkot (ou des Tabernacles). Jean se situait à la donc à la croisée des chemins, ou sur une voie nationale. Ce qui n'est pas sans conséquence, d'après James Tabor, car l'Année sabbatique 26-27 commence et termine en automne (mois de Tishri), celui de grandes fêtes juives, où l'on laisse la terre en repos, et donc une masse de paysans se retrouvent libres, de quoi provoquer un mouvement de masse, mais probablement pas un soulèvement de masse comme le pense notre universitaire. Donc les débuts du baptiste situait par les exégètes en octobre 27 serait tout sauf innocent. Qui plus est le choix de la préfecture de Judée, gouvernée depuis 26 par Ponce Pilate, où il ne sera pas menacé par Hérode Antipas qui semble maintenant bien décidé à agir contre Jean le Baptiste, démontre bien un plan coordonné avec Jésus, qui lui-même prêche en dehors de la zone d'influence du tétrarque, en Judée, et probablement à proximité du sud de la Judée emprunté par les Galiléens. Ici, tel que le suggère la prophétie de Zacharie 6, 3, l'action est commune et concerté vu le choix des sites baptismaux : « et tous deux témoigneront d'une entente parfaite entre eux », et signifie donc l'arrivée prochaine de Dieu.

« Or il arriva qu'une discussion concernant la purification opposa des Juifs à des disciples de Jean. »

Il est peu probable que cette discussion comme l'on pensait des exégètes tel que Maurice Goguel, R. Meyer et Bultmann marquerait la rupture entre le mouvement de Jésus et celui de Jean ou, d'après André Chouraqui, qu'il aurait existé des tensions entre les deux groupes, mais ce serait plutôt un débat qu'il y avait entre les différentes sectes juives. Peut-être des débats avec d'autres groupes baptistes, tels celles cités parmi les sept hérésies juives par Hégesippe (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, 4, 22, 7), tels les Masbothéens et les Héméropatistes, ces derniers étant cités par le Talmud, qui rapporte un épisode entre les Pharisiens et ces derniers, qui réitérait le baptême chaque jour. Serait-ce les mêmes qui se serait opposé à la vision de Jean d'un seul baptême purificateur ? Ou les voisins proches de Jean, la communauté de Qumran, dont j'ai montré dans l'article précédent que la vision de Jean différait de la leur sur les Deux Messies, mais aussi probablement sur la purification. Comme l'indique David Flusser : « Étant persuadé que les Esséniens s'étaient trompés en divisant Israël et en se constituant en une secte séparée, Jean le Baptiste proposa à l'ensemble du peuple d'Israël l'option du rite de l'immersion sans changer de vie. » ( Les sources juives du Christianisme. Une introduction, éditions de l'éclat, Paris-Tel Aviv, 2003, p. 66-67.) On peut comprendre qu'il soit né une discussion entre les deux groupes à ce sujet si il remettait en cause tout ce que les Esséniens avait appris jusqu'ici.

Cependant, un débat avec les Pharisiens ne peut être tout à fait rejeté, car André Chouraqui donne du verset 36 une position originale qui dans la version primitive suivait peut-être le débat (ce qui est entre parenthèse sont mes modifications) :

« Celui qui croit au Fils a (le Royaume de Dieu) ; celui qui n'obéit pas au Fils ne verra pas l(e royaume), mais la colère de Dieu demeure sur lui. »

Dans le texte actuel, on a la « vie éternelle » et la « vie », mais d'après l'article de Jacques Buchhold, L'évangile de Jean, une traduction des « synoptiques » (in ThEv vol. 4, n° 1, 2005, p. 22-23), à l'origine ce serait le terme « Royaume de Dieu » qui recouvrait dans l'évangile de Jean les mêmes réalités eschatologiques que ceux des synoptiques (Matthieu 19). Ce qui rend d'ailleurs d'un point de vue juif ce passage plus compréhensif. D'après Chouraqui, la pensée de Jean serait ici dirigée contre les cercles pharisiens, qui prêchaient le rassemblement d'Israël non autour d'un homme, mais de la Torah. Mais cette vision est minoritaire parmi les exégètes, car il est peu probable que les Pharisiens, comme la plupart des Juifs pratiquants, passait par la Samarie, même s'ils habitaient en Galilée comme Hillel, pour aller en pèlerinage à Jérusalem surtout depuis que les Samaritains avaient jeté un cadavre dans le Temple. Mais rien n'empêche de la retenir quand on se rappelle que certains Sages pharisiens puis les rabbis jusqu'en 150 ont considérés les Samaritains comme des membres du peuple d'Israël, à l'image de Jésus, ce qui n'était donc pas un phénomène isolé et explique la participation des Samaritains à la Guerre Juive de 66-70. Donc le point de Chouraqui n'est pas sans intérêt pour ce passage précis.

Ensuite, Jean est interpellé par des disciples inquiets :

« Ils vinrent trouver Jean et lui dirent : « Rabbi, voici qu'il se met lui aussi à baptiser. » Jean leur fit cette réponse : « Celui qui a l'épouse est l'époux ; quant à l'ami de l'époux, il se tient là, il l'écoute et la voix de l'époux le comble de joie. »

Les disciples de Jean semble avoir été surpris que Jésus baptise également. Il faut dire que ce dernier n'a mis au courant du rôle de Messie-royal de Jésus que deux disciples. Pourquoi ? Probablement pour qu'il ne soit pas menacé lui aussi par Hérode Antipas. La suite lui donnera raison. Il décide donc d'expliquer à ses disciples que ce que fait Jésus l'est avec son accord avec une réponse qui est on ne peut plus clair : « Celui qui a l'épouse est l'époux ; quant à l'ami de l'époux, il se tient là, il l'écoute et la voix de l'époux le comble de joie. » L'ami de l'époux était le garçon d'honneur chargé de vérifier la soumission aux prescriptions en matière de pureté rituelle, et surtout de parer et de conduire la fiancée au domicile du futur époux. C'est probablement ce dernier aspect que l'on met en valeur ici. Une allusion nette au rôle du Messie, chargé de préparer et conduire Israël vers Yahvé, qui dans l'Ancien Testament est comparé à l'époux d'Israël, comme le montre les nombreuses références du livre d'Osée à ce sujet. L'époux, ici, ne concernerait donc pas Jésus dans cette tradition mais Dieu et l'ami de l'époux serait, en fait, les Deux Messies chargés de préparer Israël, son épouse, au retour prochain de Dieu. Une réponse qui semble avoir été comprise par les disciples de Jean, le maître reconnaissant devant tout le groupe la messianité royale de Jésus. Mais assez obscur pour que les espions d'Hérode Antipas ne puisse la saisir, surtout si l'on songe que parmi les premiers chrétiens, notamment ceux qui furent à l'origine de la rédaction de l'évangile de Jean entre 88 et 95, ce ne fut pas le cas non plus, car ces derniers n'avaient pas les référents hébraïques nécessaires pour comprendre ce passage.

Jacques Tissot

Jacques Tissot

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Publié le 8 Juin 2014

Croire que Jésus est en vie est une chose, mais pour que le mouvement continue, les disciples doivent convaincre les autres que Jésus est bel et bien ressuscité. Une tâche ardue. C'est pourquoi beaucoup pensent qu'un autre événement a été crucial pour la survie du mouvement, il s'agit de la Pentecôte. Entre temps, ils ont passé leur temps à prier ensemble. C'est cet événement religieux qui transforme le groupe du moins le croit-on.

L'épisode de la Pentecôte est souvent considéré comme le début de l'Église chrétienne, mais il représente une menace, dans l'ambiance de l'ancienne Jérusalem où des habitants rappellent que les messies provoquent des représailles à grande échelle. Pierre et les disciples doivent susciter des craintes légitimes. Ils annoncent le Royaume de Dieu et le rendent réel à travers l'organisation de leur groupe.

Il sont privés de chef et une expérience commune les rapproche, elle les motive, les encourage à prêcher, à convertir, à partager leur expérience. Expérience pas si sûr, car les disciples auraient pu décider de proclamer le Royaume de Dieu après une longue réflexion qui aurait pu durer 2 ans, le temps d'organiser le groupe. Le fait de parler des langues différentes n'est pas étonnant, car pour faire du commerce les disciples devaient savoir parler le grec et l'araméen, tout en sachant lire et parler l'hébreu pour la synagogue.

Il y a également le fait que le groupe devait déjà être organisé. Le nouveau groupe n'avait pas attendu béatement que Dieu vienne détruire le mal et instaurer le Royaume de Dieu, Pierre construit déjà une société modèle au sein de la nouvelle enclave. Il supervise un système communautaire où les biens sont partagés, où chacun se soutien. Ce style de vie radicale n'est pas isolé au 1er siècle. Ce que les disciples proposaient c'était le modèle du Royaume de Dieu à travers l'organisation du groupe.

Le fait de proclamer la venue du Messie et la nouvelle ère messianique est une revendication politique. Les Juifs de Jérusalem étaient quotidiennement confronté au pouvoir des Romains. Ils savaient que César ne tolérait aucune remise en question de son pouvoir. Le fait de proclamer un nouveau roi signifiait que la vie des Juifs était menacée parce que le gouverneur romain n'accepterait aucun chef suprême en dehors de César.

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La Pentecôte ou la naissance d'un mouvement politique juif

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Publié le 29 Mai 2014

À partir des années 1960, un certain nombre de théologiens ont donné leur interprétation sur la tradition néotestamentaire de l'ascension de Jésus. Certains l'ont même rejeté à raison comme le vestige d'une vision postérieure datant du IIe siècle, au moment où les éléments juifs du christianisme commencent à être relégués. Ils laissent entendre que les contemporains ne pouvaient croire à la montée corporelle de Jésus au ciel, ce qui n'est pas faux.

La première interprétation colle à la pensée juive de la résurrection à l'époque de Jésus ? L'objection viendrait du fait que les chercheurs s'inspirent de Paul qui disait que «la chair et le sang ne peuvent hériter de royaume de Dieu» (1 Corinthiens 15, 50). Vient alors l'idée que l'ascension est une tradition tardive et qui fut rajoutée dans les écrits du Nouveau Testament. La déclaration que fait Paul signifie clairement que les corps terrestres sont soumis à la corruption, montrant la puissance du péché, ce qui fait que les morts ne peuvent pas entrer au ciel, mais seraient dans un stade intermédiaire en attendant la résurrection des morts. Suivant la tradition juive, la résurrection pouvait être spirituelle, on peut ainsi voir l'ascension et l'envoi en mission comme une expérience spirituelle qui aurait décidé les disciples de Jésus à continuer le mouvement.

La deuxième interprétation colle à celle de Rudolph Bultmann (1884-1976), un spécialiste du Nouveau Testament. Il écrit que «La cosmologie du Nouveau Testament est essentiellement mythique dans son personnage, le monde est considéré comme une structure à trois étages, avec la Terre au centre, le Ciel au-dessus et en dessous l'enfer. Le Ciel est la demeure de Dieu et des anges célestes .... Personne n'est assez vieux pour penser ou supposer de lui-même que Dieu vit dans un ciel local». Des idées telles que l'incarnation corporelle, l'ascension et les apparitions de Jésus dans la gloire sont pour ce courant théologique de la mythologie.

La troisième interprétation est que l'ascension est une pure fiction. Robert Funk et le Jesus Seminar affirment que dès les premières étapes du mouvement chrétien, que "résurrection et ascension / exaltation [étaient considérés] comme un événement unique." Cela implique que Jésus fut repris immédiatement au ciel après sa résurrection et que les apparitions venaient du ciel. Mais lorsque les apparitions plus tardives commencèrent à être dépeintes comme physiques, "il est devenu nécessaire de mettre un terme aux apparitions corporelle, car Jésus ne pouvait pas continuer à errer sur la terre. Il aurait été vu par beaucoup de gens et aurait dû mourir une seconde fois". Donc, toute la tradition de l'ascension est une fiction inventée par Luc pour résoudre ce problème. Ce serait une "résurrection spirituelle", "où la personne de Jésus fut élevé mais pas son corps."

La quatrième interprétation sans doute la meilleure donne une interprétation plus combattive de l'ascension. Jésus disparaît, pour partir à la droite de Dieu, si l'on suit Actes 2, 34, ou dans la clandestinité, pour ceux qui croient qu'en fait il était juste dans le coma dans le tombeau, d'où il ne serait ressorti que lors de la Guerre Juive de 66-70. Le 9 août 70, lors d'un conseil de guerre pour délibérer sur l'opportunité d'incendier et de raser le Temple, Titus évoque 'la lutte l'une contre l'autre de ces deux sectes, en dépit de leur origine commune'. Rome a décidé de mettre fin aux violences entre juifs et judéo-chrétiens. Le mouvement de Jésus est alors le seul qui puisse résister aux Zélotes, moins nombreux mais moins connus, ils ont des soutiens parmi quelques légionnaires, les cas de Longin est Corneille le démontre. Le mouvement est non violent, mais Jésus n'a pas interdit de défendre sa vie. Et si Jésus était revenu à ce moment là, qui sait ? Les apparitions continuèrent après sa disparition. L'ascension ne serait juste qu'un départ précipité de Jésus pour continuer son mouvement de résistance non violent. Il fut donc toujours présent au sein de sa communauté, grâce au rôle important de sa famille qui dirigea l'Église jusqu'en 135.

Après tout, il est possible que l'auteur de Luc et des Actes s'inspire d'une tradition populaire faisant un parallèle avec les assomptions respectives de Moïse, d'Hénoch ou d'Isaïe, ou encore avec d'autres récits édifiants mettant en scène l'élévation de personnages illustres de la mythologie gréco-romaine, comme Romulus, Hercule ou Médée, voire des apothéoses d'empereurs romains, dans une démarche et un récit qui tendent à historiciser le phénomène d'élévation de Jésus.

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Les interprétations théologiques récentes de l'ascension de Jésus

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Publié le 5 Mai 2014

theglobaldispatch.com dans son article du vendredi 02 mai 2014 nous montre qu'un groupe d'archéologues espagnols travaillant en Égypte a trouvé un portrait à côté d'un tombeau dont certains disent qu'il pourrait être une représentation anticipée de Jésus-Christ.

Selon le rapport du Huffington Post, une mystérieuse série de tombes datant du VIe et du VIIe siècles ont été découvertes par une équipe catalane, après 20 années de fouilles et avoir retiré 45 tonnes de roche.

Le chercheur principal, Josep Padró dit que l'image montre le Christ sur un mur de roche : "[c'est] la figure d'un jeune homme, aux cheveux bouclés, vêtu d'une tunique courte avec sa main levée comme pour donner une bénédiction." Padró déclare à La Vanguardia que "Nous pourrions avoir affaire à une très ancienne image de Jésus-Christ".

Le reportage local dit que d'autres images coptes ont été trouvés dans les tombes, et que ces images sont protégé par toute une équipe de traducteurs qui est assemblé pour traduire les inscriptions trouvées dans les tombes. Ceci est le dernier des nombreux objets anciens trouvés que l'on pensé être connecté avec Jésus de Nazareth.

En 2011, des archéologues travaillant à proximité de la mer de Galilée avaient découvert un livret âgé de 2000 ans avec ce qui était alors considéré comme l'une des plus anciennes représentations de Jésus. Le livret aurait porté l'inscription "Sauveur d'Israël". L'identité de ce livret est questionnée.

Le découvertes archéologiques ont le charme de toujours faire des découvertes intéressantes et attendons de voir ce que vont donner celles-ci dans ces tombes égyptiennes qui peuvent livrer des renseignements sur le christianisme de cette époque.

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Josep Padró, d'une équipe archéologique en Égypte aurait trouvé le plus ancien portrait de Jésus-Christ

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Publié le 20 Avril 2014

Le thème de la résurrection devint un des thèmes de l'Église pré-conciliaire notamment dans l'exégèse moderne. Il fut considéré comme une question de l'apologétique, une preuve afin de garantir ce que Jésus avait dit et fait, mais pas le cœur même de la foi chrétienne, et elle fut à attaché à la rédemption future.

Par conséquent, il n'est pas étonnant que FX Durrwell, livra un travail de la théologie biblique en 1950, qui trouva une oreille réceptive, ensuite le Concile Vatican II inaugura un intense de travail exégétique et théologique sur la résurrection dans les années 1960 et au début des années 1970, par exemple, en 1966 Pierre Benoit, avec La Passion et la Résurrection de Jésus-Christ et Léon-Dufour en 1971, avec La Résurrection et le Message de Pâques. Ce ferment exégétique ne passa pas inaperçue à Rome, et les exégètes furent invités à tenir un séminaire sous l'égide du Vatican en 1970, pour afficher le fruit de leurs travaux historiques. Parmi ces qui firent des présentations se trouvaient B.M. Ahern, R.E. Brown, J. Dupont, A. Feuillet, J. Guitton, J. Kremer, M.-J. le Guillou, X. Léon-Dufour, et C.M. Martini, et les participants furent abordés par Paul VI. Les théologiens à propos de la résurrection auraient bénéficié d'une certaine ouverture sur les études historico-critiques qui se divisa entre une théologie modérée d'un Gerald O'Collins ou d'un Raymond Brown en 1973, et les présentations plus radicales d'un Hans Küng et d'un Edward Schillebeeckx en 1974.

Gerald O'Collins en 1973, dans The Resurrection of Jesus Christ (The Easter Jesus) fait appel à des études bibliques récentes sur la résurrection. Il suggère, par exemple, que deux traditions authentiques mais distinctes sont à l'origine des récits évangéliques de la résurrection. La première est l'apparition de Jésus à Pierre et aux Douze, et de l'autre les femmes visitant le tombeau vide, ce n'est que progressivement que ces deux traditions furent réunies, d'abord dans l'Évangile de Marc, puis dans celui de Luc, et enfin sous forme entièrement intégrée dans Jean. Il pense aussi qu'il est plausible, malgré "un point mineur" que la première apparition avait eu lieu en Galilée. L'épisode du tombeau vide est pour lui une pièce importante. Raymond Brown lui dans The Virginal Conception and Bodily Resurrection of Jesus en 1973, pense que la résurrection corporelle de Jésus est un élément sûr. Pour Brown l'historicité du tombeau vide ne fait également aucun doute. En ce qui concerne Joseph d'Arimathie, il écrivait : "Il est pratiquement certain que ce n'était pas le fruit de l'imagination chrétienne, on se souvenait précisément de lui parce qu'il a joué un rôle de premier plan dans la sépulture de Jésus, et donc il y avait quelqu'un qui savait exactement où Jésus avait été enseveli." Et dans l'élaboration de ses conclusions définitives à propos de la résurrection de Jésus, il écrit : "Et donc à partir d'une étude critique de l'évidence biblique, je jugerais que les chrétiens peuvent et doivent continuer de parler d'une résurrection corporelle de Jésus. Nos premiers ancêtres dans la foi proclamèrent une résurrection corporelle dans le sens où ils ne pensaient pas que le corps de Jésus avait été corrompu dans la tombe."

Hans Küng dans Être chrétien en 1974 nous dit que Paul dans I Corinthiens n'en parle jamais, et il ne "pouvait imaginer la résurrection dans le sens d'être revêtu d'un corps nouveau qui nous attend déjà dans les cieux" et donc il aurait pu supposer que le corps de Jésus est resté dans le tombeau. Mais même si Paul "ne pouvait pas imaginer une résurrection sans un tombeau vide ..." Sa foi en la résurrection ne repose ni sur le tombeau vide, ni sur certains événements du matin de Pâques. Pour Hans Küng, "Il n'est guère possible, par conséquent, de réfuter l'hypothèse que les histoires de la tombe vide comme des élaborations mythiques du message de la résurrection." Il suffit de noter les difficultés rencontrées par les disciples qui ont dû prêcher Jésus ressuscité à Jérusalem tandis que son corps était dans la tombe, un problème que reconnaît Hans Küng, mais il note la période écoulée entre l'enterrement et la prédication qui aurait rendu la vérification du corps difficile, ou bien que la prédication, elle-même, n'aurait pas eu de retentissement dans à Jérusalem. Pour Hans Küng le tombeau vide "ne peut fournir aucune preuve de la résurrection." Hans Küng en vient à la conclusion que la foi en Jésus ressuscité est indépendante du tombeau vide. Enfin Hans Küng affirme que, bien que la résurrection n'est pas un événement historique, ni un miracle, elle est en quelque sorte un événement réel. Le tombeau vide n'est pas l'affirmation d'une réanimation du corps de Jésus, pour Hans Küng, tous ses aspects corporels ont été laissé derrière lui.

Edward Schillebeeckx va plus loin dans Jezus, het verhaal van een levende en 1974, nous disant que l'épisode du tombeau est légendaire, de même que les apparitions après la résurrection le sont. Ce n'est pas le tombeau vide et les apparitions après la résurrection qui ont amené les disciples à croire que Jésus était ressuscité, mais ils en possédaient déjà que la croyance qu'ils ont ensuite sur une certaine période rempli par la création des histoires du tombeau vide et sur les apparitions. De cette façon, la question fondamentale de l'existence de ces évènements est renversée : le tombeau vide est née de pèlerinages au tombeau et des liturgies qui y étaient célébrées. L'histoire des femmes au tombeau est une légende, tandis que Luc compte les apparitions après la résurrection selon un modèle hellénistique. Nous ne devons pas nous se soucier se trouvant dans le tombeau parce qu'il suit "l'eschatologie de la résurrection des corps, qui théologiquement parlant, n'a cependant rien à voir, avec un cadavre."

Le dominicain Jacques Pohier en 1977 dans la revue Concilium, lui nous dit que les témoins de la résurrection ne croient pas en Jésus ressuscité, car ils l'ont rencontré de leur vivant, mais c'est leur foi en Jésus qui leur fait croire en Jésus ressuscité, et dire qu'il était ressuscité. En 1984, Thomas Sheehan écrivit un avis dans un livre concernant la résurrection. Son titre était “Revolution in the Church”, et sa première ligne est explicite : "Le démantèlement de la théologie catholique traditionnelle, par les catholiques eux-mêmes, est désormais un fait accompli." Les histoires sur la résurrection, nous dit Sheehan, sont «en contradiction l'une avec l'autre», qui est l'une des raisons pour lesquelles il en vient à la conclusion qu'ils "ne sont pas des récits historiques, mais les mythes religieux." Alors que selon lui le tombeau de Jésus a sans doute été trouvé vide, les histoires d'apparitions "sont relativement des légendes tardives" puisqu'elles figurent dans Matthieu et Luc aux environ de l'année 85, et en dernière analyse, "ils ne sont pas essentiels à la foi chrétienne". Simon, après la mort de Jésus, s'était rendu à Capharnaüm, et il avait eu une "expérience révélatrice", ce qui a peut-être été rien de plus qu'une réflexion "sur la vie et le message" de Jésus. Sheehan essaie ensuite d'imaginer ce que le contenu de ce message aurait pu être : "Jésus allait bientôt revenir dans la gloire pour inaugurer le royaume de Dieu !" Après cette expérience, Pierre parla à ses condisciples sur ce sujet. Pas d'apparitions, pas besoin de se demander si le tombeau était vide ou non, et donc, pas de résurrection qui conduisit à une apparition à Simon pour qu'il puisse recouvrer la foi en Jésus ressuscité. Au contraire, l'expérience révélatrice de Simon vient en premier lieu et elle fut formulée plus tard comme la résurrection de Jésus, mais cette expérience pourrait être, et était probablement, exprimé d'une autre manière au sein des premier Chrétiens.

John Dominic Crossan, un ancien prêtre Servite, nous montre dans The Historical Jesus : The Life of a Mediterranean Jewish Peasant, en 1991, la reconstruction savante du Jésus historique prend la place de celui de la foi. Et sa reconstruction de la résurrection n'est pas "sur les origines de la foi chrétienne, mais sur les origines de l'autorité chrétienne", il démontre la rivalité pour le leadership dans l'Église primitive qui sont exprimé dans les différentes histoires au sujet de Pierre, et dans l'Évangile de Jean, sur le disciple bien-aimé courant au tombeau.

La plupart des chercheurs pensent aujourd'hui que quelque chose s'est réellement passé. Les disciples auraient eu des expériences réelles. Ils crurent avoir vu Jésus ressuscité. Et la plupart de ces chercheurs pensent que les disciples ont vraiment vu quelque chose, qu'ils eurent des expériences réelles. Mais la majorité des savants qui admettent que Jésus leur est apparu, répugnent à un corps physique et ils pensent qu'il y avait une sorte d'esprit vaporeux ou bien quelque chose d'autre, un corps glorieux qui pourrait être physique. Le débat reste ouvert.

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La résurrection de Jésus selon l'exégèse moderne

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Publié le 19 Avril 2014

b) La formation des disciples :

Il décide donc de s'éloigner de la Galilée, où d'après Marc, il ne reviendra qu'à une reprise, et dans le plus grand secret (9, 30 : « Jésus ne voulait pas qu’on le sache »), pour se protéger des poursuites du « renard » dont il est un des sujets et organiser le groupe des disciples pour la venue du Royaume.

Il restructure probablement d'abord son groupe autour de ses plus proches, sa famille, les douze, dont les noms fluctuent (la multiplication des pains a donc aussi divisé son cercle le plus proche), et du groupe des femmes. Puis, il décide de reprendre leur formation en main car ses disciples, en grande majorité galiléen comme la foule de la multiplication des pains, sont encore pollués par une vision glorieuse et guerrière du Messie. Le film Le Rois des Rois de Nicholas Ray restitue d'ailleurs très bien ce moment charnière.

D'abord, il annonce à ses disciples que la venue du Royaume n'est pas une réalité lointaine mais proche : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair » (Luc 10, 18), c'est-à-dire l'adversaire de Dieu, l'empereur de Rome, Tibère, et que « parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance » (Marc 9, 1). Les disciples ont toutes les raisons d'être optimistes.

Il doit, cependant, modérer leur enthousiasme, le Royaume ne viendra pas à la manière des rebelles galiléens, mais par leur action de prédication de la Bonne Nouvelle : « Le Royaume de Dieu est en vous » (source Q 17, 21 dans Frédéric Amsler, id.) Raison pour laquelle, tel qu'il l'annonce dans la paraboles des Mines, les disciples ne peuvent se contenter de leurs acquis : « Méchant esclave, tu savais que je moissonnais où je n'avais pas semé et que je ramassais où je n'avais pas répandu ? Il te fallait donc placer mon argent chez les changeurs ! Et à mon retour, j'aurais retiré mon bien avec intérêt. Enlevez-lui donc cette mine et donnez-là à celui qui a dix mines. Car, à tout homme qui a, on donnera, mais celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé. » (source Q 19, 22-26 dans Frédéric Amsler, id.) Et doivent comprendre les effets immédiats de la venue du Royaume : « Beaucoup sont appelé, mais peu sont élus » (Matthieu 22, 21) ; « Entrez par la porte étroite, car beaucoup chercheront à entrer et peu nombreux ceux qui la (franchissent). » (source Q 13, 24 dans Frédéric Amsler, id..) Car C'est Yahvé, « le plus fort » de Jean le Baptiste, en personne qui fera venir le Royaume, et non Jésus, tel que le montre la prière du « Notre Père » : « Que ton règne vienne » (source Q 11, 2b dans Frédéric Amsler, id.). On comprend donc le propos de Simon-Pierre, qui ne figurait probablement pas à l'origine dans le récit de l'appel de l'homme riche mais plutôt après ces appels à l'urgence : « Eh bien ! nous, nous avons tout laissé pour te suivre. » (Marc 10, 28.) Cependant, Jésus par la symbolique, les rassure, car ce sera un Israël restauré, dont les Douze seront les représentants, à l'image de celui de Daniel 7, 13-14, qui jugera aux côtés de Dieu : « Alors on verra le Fils de l’homme venir, entouré de nuées, dans la plénitude de la puissance et dans la gloire » (Marc 13, 26). Raison pour laquelle, c'est le peuple d'Israël qui est visé par cette annonce : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » (Matthieu 15, 24.) Cette restauration sera, toutefois, terrible : « Car tel l'éclair qui surgit de l'Orient et étincelle jusqu'à l'Occident, ainsi sera le Fils de l'homme lors de son jour. » (source Q 17, 24 dans Frédéric Amsler, id.) Et Jésus en a bien conscience : «C’est du feu que je suis venu jeter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (source Q 12, 49 dans Frédéric Amsler, id.)

Cependant, le Royaume de Dieu n'est pas fermé, comme celui des membres de la « quatrième philosophie », c'est-à-dire des rebelles galiléens, et des Esséniens, il est ouvert à tous, car la restauration d'Israël profitera à toute l'humanité : « Et beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident et s'attableront avec Abraham et Isaac et Jacob dans le royaume de Dieu. » (source Q 13, 29-28 dans Frédéric Amsler, id.) Le retour de Dieu sera festif, joyeux, un banquet messianique, au cours duquel Dieu récompensera, en effet, tous les hommes de bien, peu importe leur origine : « toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Matthieu 25, 40), et ceux qui auront suivi Jésus : «Amen, je vous dis qu’il n’est personne qui aura quitté maison ou frères ou sœurs ou père ou mère ou enfants à cause du royaume de Dieu qui ne reçoive de nombreuses fois autant, et il héritera de la vie éternelle » (Proto-Matthieu, version Phlippe Rolland.) Dans une société où l'ordre établi sera renversé : « Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers » (source Q 13, 20 dans Frédéric Amsler, id.) ; « Quiconque s'élève sera abaissé et qui s'abaisse sera élevé » (source Q 14, 11 dans Frédéric Amsler, id.). Ce qu'il dit dans la clandestinité, et non le secret, à ses disciples est donc dans la droite ligne des Béatitudes (source Q 6, 20-23 dans Frédéric Amsler, id.) : « Bienheureux, vous les pauvres, parce que le règne de Dieu est à vous. Bienheureux, vous les affamés, parce que vous serez rassasiés. Bienheureux vous les endeuillés parce que vous serez consolés. » Message révolutionnaire car dans le Royaume ce ne sera pas les importants, qui composent avec les Romains et leurs collaborateurs, qui seront récompensés mais leurs victimes, les petits paysans, propriétaires et les commerçants, qui ont vu la pression fiscale augmenté et se retrouve confronté aux tentatives d'Hérode Antipas, le tétrarque de Galilée et de Ponce Pilate, le préfet de Judée, de modifier leur culture en introduisant l'hellénisme, auquel a succombé une partie de l'élite. Jésus dit donc à ses disciples que Dieu a enfin entendu les cris de son peuple comme au temps de l'Exode. C'est la raison pour laquelle, rien de ce qu'il a dit dans la clandestinité ne doit être dissimulé quand le temps sera venu : « Il n'y a rien de voilé qui ne sera pas dévoilé ni de caché qui ne sera pas connu. Ce que je vous dis dans l'obscurité, dites-le en pleine lumière, et ce que vous entendez à l'oreille, proclamez-le sur les toits. » (source Q 12, 2-3, dans Frédéric Amsler, id.) Bien conscient qu'un tel message amènera la division, et mal compris la violence, jusqu'au sein même de la famille : « Pensez-vous que je sois venu jeter la paix sur la terre ? Je ne suis pas venu jeter la paix mais l'épée. Car je suis venu diviser fils contre père et fille contre sa mère et belle-fille contre sa belle-mère. » (source Q 12, 51, 53, dans Frédéric Amsler, id.)

Ces propos, dont certains peuvent paraître proche des disciples de Judas le Galiléen, influent dans leur région d'origine, provoquent l'excitation des ses disciples, qui ne les entendent que d'un point de vue très humain. Pour eux, le Royaume est une réalité qui n'est pas ouverte mais fermée autour du seul groupe choisi par Jésus, à l'image des rebelles galiléens et des esséniens, dont les bouillants Jacques et Jean, fils de Zébédée, surnommée par les lui les « fils du tonnerre » sont les dignes représentants : « Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas » (Marc 9, 38) ; « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu tombe du ciel et les consume ? » (Luc 9, 54.). Un royaume où ils se voient siéger comme des rois auprès de Jésus et pour lequel il se dispute les places d'honneur. Il doit mettre les points sur les i au sujet de la venue de Dieu avec des phrases très dures, envers Simon-Pierre : « Passe derrière moi, Satan! - qu'il faut traduire soit par adversaire ou pire partisan des romains - Car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes! » (Marc 8, 33, qui pour John P. Meier était à l'origine isolé du récit de l'annonce de la mort et de la résurrection par Jésus), et Jacques et Jean : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés. Car le Fils de l'homme est venu, non pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver » (Luc 6, 55-56, addition) ; « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous » (Marc 10, 40); « siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder : ce sera donné à ceux pour qui cela est préparé » (Marc 9, 40). En effet, ce royaume n'est pas celui des hommes mais de Dieu, où Jésus se met au service des autres pas au-dessus des autres : « Les rois des nations les commandent en maîtres, et les grands personnages leur font sentir leur pouvoir. Mais cela ne se passe pas ainsi parmi vous. (...) si l'un de vous veut être grand, il doit être votre serviteur, et si l'un de vous veut être le premier, il doit être l'esclave de tous. Car le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour se faire servir, mais il est venu pour servir. » (Marc 9, 42-45.) Ce que ne comprend pas non plus sa famille, qui elle aussi, garde cette vision trop humaine (Jean 7, 3), et à qui il une violente remontrance : « Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère. » (Marc 3, 34). Un dit plus à sa place à un moment où Jésus, dans la clandestinité, serait revenu à Capharnaüm, y ameutant la foule devant sa maison, et inquiétant sa famille qui lui conseillait la prudence. Il est possible que ce dit fut prononcé pour protéger sa famille d'une arrestation toujours possible en Galilée, mais aussi avec une arrière pensée : faire comprendre à sa famille que Dieu va plus loin que les liens du sang, même si ils sont appelés à gouverner avec Jésus en tant que famille régnante aux côtés des disciples qui constitueront l'administration de ce nouveau royaume.

L'objectif de Jésus est Jérusalem, la ville sainte où Dieu demeure dans le saint des saints du Temple. Un épisode est clair à ce sujet celui de la Transfiguration, rapporté par Luc, que Marie-Émile Boismard jugeait être indépendant de celui des évangiles de Marc et Matthieu. Ici, Jésus parle avec « deux hommes » (Luc 9, 30a) « de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem » (Luc 9, 31b). Ce récit de la Transfiguration a un degré d'authenticité que n'a pas celui de Marc et Matthieu, car on dirait une réunion préparatoire au grand projet de Jésus qui démarrera à la fête des Tentes de l'an 29 qui a été transformé en révélation probablement par Simon-Pierre, Jacques et Jean, qui sous la fatigue et la présence de nuages bas sur le mont Hermon qui réfléchissaient le soleil, ont cru assisté à un événement merveilleux, qui a probablement eu lieu après la question de confiance. D'ailleurs, c'est à partir de là que Luc nous dit que « Jésus prit résolument la route de Jérusalem » (Luc 9, 51b).

Jésus, afin de préparer ce voyage, doit créer des réseaux pour le soutien logistique dont il aura besoin afin de convaincre les autorités juives qu'il est venue, en tant que Messie, préparer la venue immédiate du Royaume.

c) L'organisation de réseaux :

Les villes visées sont particulièrement Béthanie (Jean 11, 1 ; Marc 11, 1, 11, 12 ; 14, 3), Jéricho (Luc 10, 30 ; Marc 10, 46), Bethphagé (Marc 11, 1), qui sont essentielles afin de pouvoir installer un groupe dans un axe autour de la ville de Jérusalem, où il fera de même et pourra trouver des bastions nécessaires à une installation qui pourra être définitive. Le choix de Bethphagé est tout sauf innocent quant on sait que c'est une ville de prêtres, il cherche donc des alliés au sein même du Temple. Et, Jésus semble avoir créé d'excellents réseaux, car quand il vient à Jéricho, il est déjà connu (Marc 10, 46, 48), et il compte des amis proches à Béthanie, Marthe, Marie, et leur frère Lazare (Luc 10, 38-39 ; Jean 11, 1) et peut-être Simon le lépreux (Marc 14, 3), la ville devenant son quartier général en Judée, tout comme Capharnaüm l'avait été en Galilée. Ici, on peut probablement voir l'action de l'intendant du groupe de Jésus, Judas Iscariote, probablement le seul Judéen parmi ses disciples, et qui semble avoir été un notable, qui a pu jouer de relations possibles avec des membres du Sanhédrin ou des prêtres du Temple de Jérusalem, qui pourrait expliquer la grande proximité qu'on lui prête avec ses derniers (Marc 14, 10 ; Matthieu 27, 4). Et, dans la province, ce qui augmente ses opportunités d'audience, il a d'excellentes relations avec les Pharisiens, car ceux-ci prennent plaisir à discuter avec ce maître qui a un enseignement nouveau, même s'il n'approuve pas sa trop grande mansuétude de table avec les pécheurs, à tel point qu'il l'invite à manger (Luc 11, 37). Il faut dire, que comme Jésus, c'est une « secte » très centrée autour de l'importance des repas, où l'on débat de façon animé, ce qui explique que les déclarations très dures de Jésus étaient tout sauf mal vu même à propos de l'hypocrisie de certains de ses membres (source Q 11, 39- 44 dans Frédéric Amsler, id.), ces derniers s'y retrouvant probablement quand on se rappelle les 7 types de Pharisiens que l'on retrouve dans le Talmud (Sotah 22b), dont les 6 premiers ressemblent beaucoup à ceux hypocrites de Jésus :

« 1). Les « Forts d’épaule », Ils écrivent leurs actions sur leur dos pour se faire honorer des hommes. 2). Les « Pointilleux », qui vont par les rues, traînant, pour se faire remarquer ; en faisant de petits pas sans lever les pieds. 3). Les « Cogne-tête, » ceux là ferment les yeux, soi-disant pour ne pas voir les femmes et vont se cogner le front contre les murs. 4)... Les « Humbles renforcés » qui marchent pliés en deux. Ils se montrent comme s’ils avaient déjà tout accompli, et veulent en faire plus. 5)... Les « Pharisiens de calcul » qui ne pratiquent la Loi que pour avoir les récompenses qu’elle promet, et non par amour pour Dieu. 6)... Les « Pharisiens de la peur », qui ne font le bien que dans la crainte du châtiment. 7)... Les « Pharisiens du devoir », ceux là sont les bons. »

Jésus ne se contente pas de créer des réseaux mais recrée aussi ceux déjà existant, qui lui sont favorables. Son voyage au-delà du Jourdain (Marc 10, 1 ; Jean 10, 40) en est révélateur car il se rend « à l’endroit où Jean avait commencé à baptiser » (Jean 10, 40) et semble y avoir demeurer un certain temps d'après les deux évangiles. Ce faisant il ne fait que revendiquer son rôle de successeur du Baptiste, ayant déjà été associé à la mission de ce dernier en tant que Messie-Roi au début de son ministère. Et il pourra aussi espérer s'appuyer sur ces réseaux que le Baptiste a installé en Samarie (Jean 3, 23), pouvant expliquer l'accueil dans un village dans Luc 9, 56. Dosithée semble avoir été un de ses disciples et la conversion de son disciple, Simon, par le diacre Philippe (Actes 8, 9-13), semble montrer que les deux groupes s'entendaient bien mais pas sans heurts. Jésus semble n'avoir pas eu trop de difficultés pour ressusciter le mouvement, brisé pour un temps par Hérode Antipas : « Et là, ils furent nombreux à croire en lui. » (Jean 10, 41) Il pourra donc compter sur lui pour son futur projet.

Le choix de viser aussi la Samarie est tout sauf accidentel. En effet, le projet de Jésus invite aussi à dépasser les clivages, notamment entre Juifs et Samaritains, car la venue du Royaume signifierait la réunion des Douze tribus d'Israël, et donc des Juifs avec les Samaritains. D'ailleurs, Jésus ne l'annonce-t-il pas en choisissant les Douze ? Dans la parabole du Bon Samaritain, il prend ainsi, en exemple, un Samaritain qui fait preuve de bonté envers un Juif laissé pour mort par des brigands sur la route de Jéricho, une chute choquante qui dépasse le simple « aime ton prochain comme toi-même » pour aller plus loin : « aime celui que tu crois être ton ennemi ». Probablement pour le scribe qui a posé la question, mais peut-être pas pour tous les Pharisiens. Certains Sages puis Rabbis, jusqu'en 150, considèrent les Samaritains comme des membres du Peuple élu. D'ailleurs, ces derniers se battront aux côtés des Juifs lors de la guerre juive de 66-70. Mais cela ne va pas de soi, le message de Jésus a du mal à atteindre l'autre membre du peuple élu, ce qui explique son mauvais accueil dans un village (Luc 9, 52-53) parce que celui-ci ne se rend pas au mont Garizim, l'équivalent, pour eux, du Temple de Jérusalem. Peut-être aussi parce qu'il invite à dépasser les lieux cultes, tout en insistant sur la primauté spirituelle des Juifs : « l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs » (Jean 4, 21-22). Ce que montre très bien, comme l'a remarqué Oscar Cullmann (Jésus et les révolutionnaires de son temps, Les éditions Labor et Fides, 1973), la place qu'à le Temple pour lui dans la religion juive : « Quand donc tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande » (Matthieu 5, 23-24.) Ce faisant, en ne remettant pas en cause le culte sacrificiel comme les Esséniens, il ne peut que s'attirer la sympathie des prêtres et des lévites qui exercent au sein du Temple, ce qui encourage les probabilités de succès à Jérusalem.

C'est donc avec beaucoup de confiance que Jésus monte à Jérusalem pour la fête des Tentes de l'an 29 pour un séjour qui sera marqué de symboles forts pour le long projet de Jésus qui ne s’achèvera qu'à la Pâque de l'an 30.

Freyr1978

Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique (2ème partie)
Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique (2ème partie)
Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique (2ème partie)
Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique (2ème partie)

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Publié le 19 Avril 2014

Pour comprendre pourquoi Jésus s'est rendu à Jérusalem et y est mort, on doit d'abord s'éloigner d'une théologie simpliste qui perdure encore dans la tête de certains chrétiens : Jésus serait venu à Jérusalem « pour mourir pour nos péchés ».

Surtout parce que, dans le Nouveau Testament, notre première source au sujet des buts de ce séjour est Paul de Tarse, qui ne se réfère jamais à ce sujet à un propos de Jésus au point de développer sa propre théologie sur la mort de Jésus : « un seul est mort pour tous et donc que tous sont morts. Et il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Corinthiens 5, 14-15) ; « nous croyons en celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification » (Romains 4, 24-25).

On peut comprendre que les disciples de Jésus soit resté circonspect quant à sa théorie de la croix salvatrice, croyance étrange à une époque où la croix est une mort dévalorisante et humiliante, celle des rebelles contre Rome, mais contrairement à ce qu'avance Paul, la croix n'est pas un scandale pour les Juifs car les corps pendu au bois l'étaient après la mort, et Gamaliel, qui prend la défense des disciples de Jésus dans Actes 5, 34-39, ne s'y réfère jamais, alors que ce sujet aurait pu prêter à contradiction. D'ailleurs, le Sanhédrin ne le fait pas plus. Étrange vu le niveau des études de ses membres en matière de théologie. Ce qui a plutôt tendance à montrer que ces derniers jugeaient que Jésus était plus mort pour des buts politiques que religieux. On comprend donc pourquoi Simon-Pierre n'en parle jamais, sinon dans des interpolations, œuvre de l'auteur des Actes des Apôtres, pour créer une union des premières communautés chrétiennes alors que tout au long de cet ouvrage, il ne fait que prouver le contraire. D'ailleurs, pour eux, c'est la Résurrection de Jésus qui a sauvé Israël et l'humanité, pouvant permettre, ainsi, la venue du Royaume : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus (...) crucifié. » (2, 36) ; « Dieu, lui, avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes que son Messie souffrirait et c’est ce qu’il a accompli » (3, 18). Ces deux passages, tiré de la bouche d'un des plus proches disciples de Jésus, suggèrent même que Jésus n'était pas au courant du plan de Dieu, et aucun récit des disciples de Jésus ne nous dit à quel prophétie il se rapporte car il n'utilise jamais celle du Serviteur Souffrant, par contre il se réfère à un Psaume (2, 1-3, Actes 4, 25-26), qui date probablement de la période où un roi de Juda dominait ses voisins, d'où le terme mis en avant de Oint (Messie). Les disciples y pointent du doigt les autorités juives et romaines, ce qu'il font aussi dans les passages cités plus haut. Il faut d'ailleurs savoir que les trois récits de l'annonce de sa mort et sa résurrection sont considérés actuellement, tel que l'avait bien montré Raymond E. Brown (La Mort du Messie, Bayard, 2005), comme une création de l'évangéliste, rédacteur de l'évangile de Marc, sur la figure du Serviteur Souffrant, qui a été développé au sein de la communauté helléniste, mais pas au sein de celle que l'on baptisera plus tard de judéo-chrétienne. Et même ici, Jésus ne dit jamais qu'il va mourir pour les péchés de qui que ce soit. Par contre, on sent une influence de la communauté helléniste sur les propos de Paul, même si à ce niveau, il les a dépassé, car pour lui, Jésus a libéré les hommes de la Torah par sa mort et sa résurrection, car par « les œuvres de la loi, personne ne sera justifié » (Galates 2, 16), « les passions pécheresses, se servant de la loi, (...) afin que nous portions des fruits pour la mort » (Romains, 7, 15) , « les pratiquants de la loi sont » donc « tous sous le coup de la malédiction, puisqu’il est écrit : Maudit soit quiconque ne persévère pas dans l’accomplissement de tout ce qui est écrit dans le livre de la loi. » (Galates 3, 10.) Par cette théologie du péché et de la Loi qui semble l'avoir beaucoup obsédé au point que cet enseignement marquera aussi la communauté de l'évangile de Jean, qui a vu dans une communauté fondée par ce dernier, celle d'Éphèse, il nous fait remarquer que le Jésus historique ne l'intéressait pas (c'est le seul ressuscité), au point de ne pas connaitre (ou de l'avoir volontairement oublié) un enseignement essentiel de Jésus en la matière : « Mais il est plus facile au ciel et à la terre de passer qu'à un iota ou un sherif de la loi de tomber. » (source Q 16, 17 dans Frédéric Amsler, L'évangile inconnu. La source des paroles de Jésus, Essais bibliques n°30, Labor et Fides, Genève, 2001.)

Pour comprendre ce qu'attendait Jésus de son dernier pèlerinage à Jérusalem, il faut convient d'étudier tout ce séjour jusqu'à sa mort à partir de ce qui l'a motivé.

1) Un homme populaire mais incompris : une formation nécessaire des disciples

La décision de Jésus est du à un événement qui n'aurait pu du prêter à confusion mais que le contexte galiléen explique aisément et amènera Jésus à remettre en question sa prédication.

a) Un geste messianique incompris :

Lorsque Jésus envoie ses disciples en mission deux par deux à travers la Galilée (Marc 6, 6-13 ; source Q 10, 2-12 dans Frédéric Amsler, id. ; Matthieu 10, 5b, 23bc), il est persuadé que le Royaume de Dieu est proche : « en vérité, je vous le déclare, vous n’achèverez pas le tour des villes d’Israël avant que ne vienne le Fils de l’homme. » (Matthieu 10, 23bc.) Cette image avait une grande force dans les milieux apocalyptiques juifs du Ier siècle, car elle ne désignait pas un personnage unique comme sera le cas après la chute du Temple mais les « saints du Très Haut » (Daniel 7, 18, 22, 27), c'est-à-dire le peuple d'Israël. C'est pourquoi elle avait une aussi grande force dans la communauté de Qumran, où elle a été reprise dans un apocryphe araméen de Daniel, datant du Ier siècle av. J. - C. C'est donc la restauration de la royauté d'Israël qu'annonce Jésus par ses disciples.

On peut donc comprendre leur succès, tant la domination d'Hérode Antipas est détesté en Galilée, ce qui réjouit au plus haut point Jésus lorsqu'ils font un bilan prometteur de leur mission : « En cet instant, il dit : « Je te remercie, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché aux sages et aux érudits et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, parce que tu as bien voulu qu'il en soit ainsi. » (source Q 10, 21.) Il en est maintenant persuadé, Israël va régner à nouveau : « Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez (...) Car je vous le dis : Nombre de rois et de prophètes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, et entendre ce que vous avez entendez et ne l'ont pas entendu. » (source Q 10, 23-24.)

Si l'on suit Marc 11, 28-33, tout au long de son enseignement, Jésus associe son action à celle de Jean. Ce dernier vient alors d'être exécuté et Jésus peut être considéré par le mouvement baptiste comme son successeur désigné. Le succès de la mission galiléenne renforce alors sa position de prédicateur de la venue du Royaume comme Jean le Baptiste. Mais il n'est pas encore reconnu par le mouvement à l'image de ce dernier comme un Messie. Pourtant les premiers passages de l'évangile de Jean suggère que Jean et Jésus menaient leur action de façon commune pour la venue du Royaume, en tant que Messie-Prêtre et Messie-Roi. Il doit donc convaincre son mouvement de ce fait. Cela passe par un geste symbolique, celui de la multiplication des pains, tout sauf innocent. Jean-François Baudoz (Les signes du Messie d’Israël, dans Philippe Gruson, Michel Quesnel, dir., La Bible et sa culture. Jésus et le Nouveau Testament, Paris, Desclée de Brouwer, 2000, pp. 123-130), dans nous rappelle, en effet, qu'« Les Juifs du Ier siècle attendaient un Nouveau Moïse qui renouvellerait les signes de l'Exode, particulièrement le don de la manne (...). La multiplication des pains a donc un rapport avec la messianité de Jésus (...) Nombre de prophètes, au demeurant thaumaturgique, se sont levés au Ier siècle et voulaient renouveler les signes de l'Exode. C'est ainsi qu'un certain Theudas prétendait diviser les eaux du Jourdain. Il ne fait guère de doute que Jésus a été considéré comme l'un de ces prophètes des temps nouveaux. » En gros, Jésus décide donc de faire une déclaration publique de sa messianité, ce que montre très bien la progression du récit : choix d'un lieu désert (lieu du don de la manne), foule (représentation du peuple d'Israël) et don du pain, qualifié du « ciel » (terme que donne Jean 6, 31 à la manne, qui au départ n'a jamais concerné Jésus).

On comprend alors l'enthousiasme de la foule : « À la vue du signe qu’il venait d’opérer, les gens dirent : « Celui-ci est vraiment le Prophète (...). » Mais Jésus, sachant qu’on allait venir l’enlever pour le faire roi, se retira à nouveau, seul, dans la montagne. » (Jean 6, 14-15.) La foule, probablement constituée en partie des membres de la « Quatrième philosophie » (qui donnera naissance aux Sicaires et aux Zélotes), celle de Judas de Galiléen, n'a pas compris la portée du symbole de Jésus, ne voyant que la portée politique. Est-ce cela que les « tout-petits » ont compris, que ce n'est pas Dieu qui ferait venir le royaume, mais Jésus ?. Ce qui est frustrant pour ce dernier qui se rend compte qu'en plus d'un an personne n'a rien compris de son enseignement alors que sa première annonce à Capharnaüm était pourtant claire : « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Evangile. » (Marc 1, 15.) Il décide donc de se retirer hors de portée de la foule, trop exaltée pour retrouver toute logique.

Jésus va aller de désillusion en désillusion au cours de la journée qui suit. En effet, dans la rédaction primitive du récit - d'après John P. Meier (Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire : vol. 2, La parole et les gestes, Les éditions du Cerf, 2005) -, la multiplication était suivi par la demande d'un signe. Celui-ci évolue entre l'évangile de Marc, et de Jean, qui par son rapport à la manne, renvoie probablement le mieux aux espérance de ses disciples et de la foule : « Le lendemain, ils lui dirent : « Mais toi, quel signe fais-tu donc (...) ? Au désert, nos pères ont mangé la manne, ainsi qu’il est écrit : Il leur a donné à manger un pain qui vient du ciel. » Mais Jésus leur dit : « Amen, Amen, je vous le dis, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c’est mon Père (...). » (Jean 6, 22a, 30ab, 31-32.) En effet, la foule, probablement influencé par les disciples de Judas le Galiléen, peut-être autour de ses fils, Simon et Jacob, ne veut pas un nouveau Moïse, mais veut un Messie guerrier qui viendra les sauver immédiatement, mais Jésus refuse. Il voulait rassembler le mouvement baptiste pas prendre le pouvoir. C'est Dieu qui y pourvoira comme au temps du désert. Des disciples proches décident alors de partir, car ils n'ont vu Jésus qu'à travers le point de vue guerrier : «Dès lors, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de faire route avec lui. » Ce n'est donc pas une « crise galiléenne », tel que l'avait très bien montré Jules Isaac, dans Jésus et Israël (Broché, 1948) - un très bon livre que je conseille -, mais plutôt une crise dans le groupe des disciples de Jésus, qui n'a jamais affecté sa popularité, tel que le montre très bien son entrée à Jérusalem au milieu d'une foule en liesse.

Toujours d'après John P. Meier (id.), la demande de signe était suivi par la question de confiance de Jésus à ses disciples restants. Dans Jean, selon la version primitive proposée par Marie-Émile Boismard (Synopse des quatre évangiles en français, vol. III, L'évangile de Jean, avec A. Lamouille et G. Rochais, Paris, Éd. du Cerf, 1977 ; Un évangile pré-johannique, vol. III, avec A. Lamouille, J. Gabalda, Paris,1994 ; Comment Luc a remanié l'évangile de Jean, J. Gabalda, Paris, 2001), elle est très directe : « Alors Jésus dit aux Douze : « Et vous, ne voulez-vous pas partir ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? (...) Tu es le Saint de Dieu.» » (Jean 6, 67-68b, 69b.) Et dans le proto-Marc, proposé par le même exégète (L'évangile de Marc. Sa préhistoire, F. Paris, Gabalda, dans Études Bibliques n.s. 26, 1994 ; Jésus, un homme de Nazareth, raconté par Marc l'évangéliste, Éd. du Cerf, 1996) : « il interrogeait ses disciples : « Qui suis-je, au dire des hommes ? » Pierre lui répond : « Tu es le Christ. » » (Marc 8, 27b, 29cd.) Jésus est rassuré car la question de confiance au disciples restants portent ses fruits : il pourra compter dorénavant sur un groupe de disciples plus réduit mais plus fiable pour son futur projet qui doit se faire dans la plus grande discrétion : « Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne. » (Marc 8, 30.)

Ce qui est compréhensif, car le signe de la multiplication des pains a décidé Hérode Antipas à réagir, mais Jésus a été prévenu : « A cet instant, quelques Pharisiens s’approchèrent et lui dirent : « Va-t’en, pars d’ici, car Hérode veut te faire mourir. » Il leur dit : « Allez dire à ce renard : Voici, je chasse les démons et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour c’est fini. » (Sources de l'EP dans Phlippe Nautin, L'Évangile retrouvé. Jésus et l'évangile primitif, collection Christianisme antique 5, édition Beauschene, 1998) Cette anecdote montre que Jésus pourra peut-être compter pour son futur projet sur la sympathie des Pharisiens dont son enseignement les rapproche. Mais il faut dire que cela tombe bien car le départ de disciples proches a montré à Jésus qu'il devait préparer ses disciples aux attentes du Royaume et non aux leurs plus humaines.

Freyr1978

Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique  (1ère partie)
Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique  (1ère partie)

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Rédigé par paroissiens-progressistes

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