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Publié le 26 Décembre 2014

c) Quand Jésus est-il né ?

Certains membres de celles-ci, en apprenant plus sur Jésus, durent s'étonner qu'alors qu'il était considéré comme un grand homme par ses disciples, le Messie, promis à Israël, ses disciples et les missionnaires itinérants ne suggérait rien au sujet de sa date de naissance alors qu'on connaissait son lieu de naissance, Nazareth. D'où la question qui dut s'élever au sein de ces communautés probablement : « Quand Jésus a-t-il vu le jour ». Question qui importait peu, il faut le dire aux disciples et aux frères de Jésus, qui l'avaient côtoyé en Palestine, d'autant qu'à l'époque, les registres d'état civil, dans les régions administrées directement par Rome, ce qui n'est pas le cas de la Galilée, lors des recensements, ne notaient que le nom et le lieu d'origine des membres d'une famille imposable. Les disciples, n'oublions pas que Pierre dirigeait à Antioche, les missionnaires mandatés par l'ecclésia de Jérusalem, et les frères de Jésus semblent avoir compris ce besoin et rassemblèrent oralement les souvenirs de ces derniers sur la date supposé de naissance de Jésus qu'emportèrent les missionnaires qui finirent par les mettre par écrit dans des sommaires vagues sur lesquels s'appuieront plus tard les évangiles de Matthieu et de Luc.

Les premiers situent la naissance de Jésus dans son contexte juif et probablement au sein de l' ecclésia d'Antioche dans une communauté, issu de la Diaspora, qui connaît plutôt bien Jésus :

« Jésus est né au temps du roi Hérode(, roi de Judée). » (Matthieu 2, 1 ; Luc 1, 5)

Un sommaire assez vague qui pouvait contenter cette communauté, d'autant que la Diaspora juive avait bénéficié des faveurs du roi de Judée lors de son long règne. Et que l'on pouvait facilement situer à la fin du règne de celui-ci plutôt qu'au début.

Mais ce manque de précision semble avoir posé problème aux païens convertis, car ces derniers ne semblaient pas connaître le roi de Judée à part dans les provinces qu'il avait favorisé. Donc pour répondre aux questions de leurs nouveaux convertis à ce sujet, les frères de Jésus, source principale semble-t-il, essayèrent de se remémorer des événements particuliers qui correspondait à la naissance de Jésus et qui donnèrent naissance à trois types de sommaire chronologique, d'abord deux hérodiens puis un impérial :

1) « (Aux jours d'Hérode, roi de Judée,) une étoile fut vu dans l'Est » (Matthieu 2, 2, 9)

On précise pour les païens convertis, qu'« au temps du roi Hérode(, roi de Judée) », il y a eu un événement insolite, dont les frères de Jésus ont gardé la mémoire, la vision d'une étoile à l'Orient. Rien d'innocent dans cette mention. En effet, c'est une référence évidente à l'étoile comme symbole de royauté pour les derniers Hasmonéens (se reporter à la monnaie qui sert d'image à l'article) et Hérode, dans la tradition de la dynastie d'Alexandre Jannée (103 – 76 avant J. – C.). Peut – être faut – il lier le choix de ce symbole à l'importance grandissante des horoscopes royaux. Comme nous l'apprend, Marie – Françoise Baslez : « Les dates d'émission de ces monnaies juives à l'étoile suggèrent de leur reconnaître aussi un caractère commémoratif astrologique, ce qui peut fournir une des clés de l'épisode évangélique.

Les trois séries (de pièces évoquées plus haut) furent frappées lors de la conjonction de Jupiter et de Saturne dans la collection du Poisson est un signe eschatologique (associée au peuple juif en astrologie), que Saturne marque le cours du temps (et pour les mésopotamiens représentait la divinité protectrice d'Israël) et Jupiter la royauté, cette conjonction planétaire pouvait apparaître comme l'annonce d'un bouleversement historique (car l'équinoxe du printemps entrait dans la constellation du poisson à cette époque, un symbole de changement d'ère). Or elle se reproduisit en 7 avant notre ère, peu avant la date vraisemblable de la naissance de Jésus, et on peut comprendre qu'une tradition évangélique l'ait utilisé comme repère chronologique... » (Les mages et l'étoile de Bethléem Les premiers temps de l'Eglise de Saint Paul à Saint Augustin, éditions Gallimard et Le Monde de la Bible, 2004, p. 249.)

La plupart des prosélytes et des craignants Dieu, qui en avaient les moyens, s'étaient déjà rendus lors d'un des trois pèlerinage d'obligation à Jérusalem ou étaient restés y vivre, où ils avaient probablement eu entre les mains ces fameuses pièces et savaient qu'elles avaient été fondus à la fin du règne d'Hérode Ier le Grand à la suite d'un grand événement astrologique. Parmi eux se trouvaient probablement certains des missionnaires qui furent envoyés au sein des communautés pauliniennes et qui furent à même d'expliquer cet événement astrologique comme une référence à la naissance de Jésus.

2) « (En ces jours là) Hérode commanda (à ses ministres) et envoya tué ses fils, Alexandre et Aristobule » (Matthieu 2, 16) :

l'événement astrologique pouvait très bien ne rien dire à une grande partie des membres de la communauté paulinienne. La plupart ne s'était jamais déplacé à Jérusalem - le voyage coutait cher si on vivait loin de la Palestine, comme à Corinthe ou Thessalonique - et n'avait probablement jamais vu les fameuses pièces à l'étoile d'Hérode Ier le Grand. Par contre, il est fort possible qu'il ait entendu parler de cet événements à l'image de ce qu'en dit l'historien païen Macrobe (c. 395-436) : « Quand l'[empereur Auguste] apprit que parmi les enfants de Syrie de moins de deux ans qu'Hérode Roi des Juifs avait fait tuer, se trouvait son propre fils, il dit qu'il valait mieux être le cochon d'Hérode que son fils » Mais à l'origine, il se présentait plus vraisemblablement ainsi, car lorsque Macrobe a repris ce texte le récit du massacre des innocents était déjà bien développé : « Quand l'[empereur Auguste] apprit que Hérode Roi des Juifs avait fait tuer (son ou : ses) propre fils, il dit qu'il valait mieux être le cochon d'Hérode que son fils. » Selon le professeur Peter Richardson, historien à Université de Toronto, le récit du massacre des innocents proviendrait peut-être de la confusion de deux récits relatant le massacre d'enfants à travers le temps, même si je pense qu'à l'origine ce n'était qu'un sommaire destiné aux nouveaux convertis païens.

« Le fait que la naissance de jésus et l'exécution de deux des enfants d'Hérode (Alexandre et Aristobule IV en 7 av. J. – C.) ait pu avoir lieu la même année est très évocateur. Ce qui a pu se produire dans le récit chrétien du massacre de Bethléem c'est que l'horreur d'un père qui exécute deux de ses fils ait été mélangée à l'histoire de la naissance de Jésus pour devenir le récit de l'exécution de quelques enfants à l'époque de la naissance de Jésus. » Cet acte a, en effet, fait une profonde impression à l'époque et a été enregistré aussi bien par Flavius Josèphe que dans la littérature apocryphe juive du Ier siècle, en particulier l'Assomption de Moïse, où l'on lit cette prophétie: « Un roi insolent détrônera [les prêtres hasmonéens] ... il tuera tous les jeunes. » « Ici Hérode tue vraiment tous les enfants juifs qui ont cherché à le remplacer, comme Matthieu 2:17 le dit, mais ce sont plutôt ses propres enfants de sang Maccabéen ! » (Robert Eisenman, James The Brother of Jesus, I. 3 " Romans, Herodians and Jewish sects ", p.49, 1997; voir aussi E. P. Sanders, The Historical Figure of Jesus, 1993, p.87-88).

Ainsi, les nouveaux convertis pouvaient mieux situer le règne du roi Hérode, car on faisait une anecdote qui concernait une citation bien connu qui venait de l'empereur Auguste, et qui étrangement se marier parfaitement avec le rapport sur l'étoile, qui tous deux se passèrent à la fin du règne d'Hérode en l'an 7 av. J. - C.

3) Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier. (Luc 2, 1)

Il est possible également que ces références ne signifiait absolument à une autre partie des membres de la communauté, en particulier ceux de condition modeste, qui était par exemple majoritaire à Thessalonique, et ne savait pas qui était Hérode Ier le Grand. Il est probable que les missionnaires durent s'adapter à leur curiosité et les frères de Jésus durent se rappeler d'autres événements. Et la politique du premier princeps Auguste semble avoir beaucoup marqué les provinciaux, parmi eux les habitants du royaume de Judée, notamment l'usage de recensements généraux et particuliers (Judée par exemple en 6 ap. J. - C.) pour s'attacher à connaître le cadastre provincial et des gens libres vivant hors d'Italie (ou des colonies romaines) afin de mieux percevoir l'impôt. Et c'est justement un recensement qu'évoque notre sommaire en ces termes : « un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier », suggérant que Jésus est né lors d'un recensement général. Or, Les Res Gestae Divi Augusti, compte-rendu des actes accomplis par Auguste sous son règne, en évoque justement trois :

« Et pendant mon sixième consulat, j’ai mené le recensement des citoyens romains avec mon collègue M. Agrippa (28 av. J.-C.). J’ai procédé à ce lustre pour la première fois depuis quarante et un ans. Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions soixante-trois mille citoyens romains. Ensuite, une deuxième fois, disposant des pleins pouvoirs proconsulaires, j’ai procédé au lustre sans collègue, sous le consulat de C. Censorinus et de C. Asinius (8 av. J.-C.). Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions deux cent trente-trois mille citoyens romains. Enfin, une troisième fois, disposant des pleins pouvoirs proconsulaires, j’ai procédé au lustre avec pour collègue mon fils Tibère César, sous le consulat de Sex. Pompeius et de Sex. Appuleius (14 ap. J.-C.). Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions neuf cent trente-sept mille citoyens romains ».

Le recensement général qui doit être retenu est celui datant de la fin du règne d'Hérode Ier en 8 avant J. - C. Cette hypothèse est recoupé, semble-t-il, par le Père de l'Église, Tertullien de Carthage, qui affirme en 207 que « L'histoire atteste qu'il y eut sous le règne d'Auguste un recensement exécuté dans la Judée par Sextius Saturninus. C'est à ces archives qu'ils auraient dû demander la preuve de sa naissance et de sa famille » (Contre Marcion, IV, 19, 10.) Une affirmation intéressante car sa source ignore celui de Quirinius, cité par l'évangéliste Luc, et démontrerait qu'il a existé une autre version où c'était son prédécesseur qui l'avait effectué. Cependant, « sous le rapport fiscal, Hérode semble avoir joui de la plus grande indépendance que peut revendiquer un prince vassal. (...) Or si Rome avait procédé au recensement à l'époque d'Hérode, cette mesure administrative non seulement ne serait en aucune harmonie avec l'autonomie du royaume, mais supposerait le paiement régulier d'un tribut par Hérode ; cependant nulle part dans les sources il n'est question d'un pareil paiement. L'histoire juridique de Rome ne connaît aucun cas où pareille ingérence aurait été faite dans les affaires intérieures d'un royaume vassal. » (Gilbert Picard, La date de naissance de Jésus du point de vue romain, in Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et belles lettres n°139, 1995, p. 801.) Tout au plus, peut-on penser que les frères de Jésus se rappelèrent-ils d'un recensement général pratiqué dans la province voisine de Syrie par le gouverneur Saturninus qui marqua leur mémoire pour la raison évoqué plus haut, mais qui eut lieu en fait un an plus tôt. Rien d'anormal la mémoire joue parfois des tours, ou sinon c'est que l'opposition a été très dure, par exemple comme en Gaule, où il a duré jusqu'en 6 av. J. - C.

Les missionnaires avec ces 3 sommaires chronologiques pouvaient remplir la tâche qu'avaient les chroniques par exemple impériales ou des historiens gréco-romains, à l'image de Tite-Live, où les grands personnages qui avaient marqué l'empire romain, était valorisé dès leur naissance, et ce avec une indication chronologique précise, à l'image de l'empereur Auguste, qui semble être la référence des premiers chrétiens. Israël Knohl semble même suggérer dans son ouvrage L'Autre Messie (Edition Albin Michel, 2001) que celui-ci a été considéré à un moment par les Juifs, et parmi eux les Esséniens, comme le « Fils de l'homme » du livre de Daniel et de 1 Hénoch, ce qui semble rejoindre les propos de Paul Marius Martin dans Antoine et Cléopâtre : la fin d'un rêve (Albin Michel, Paris, 1990) selon lesquels Marc Antoine et Octave - le futur Auguste - luttèrent à coup de prophéties les présentant tous deux comme les libérateurs de l'Orient. Est-ce à dire que les disciples et frères de Jésus le présentaient par ce biais comme le vrai successeur de l'empereur Auguste par la volonté de Dieu et non Tibère ?

Ces sommaires auraient probablement disparu si un contexte de violence messianique n'avait pas obligé l'ecclésia de Jérusalem à partir d'eux à développer des récits afin d'affirmer la messianité d'un Messie qui semblait avoir échoué pour une grande partie des Juifs que ce soit en Palestine ou dans la Diaspora.

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Rédigé par paroissiens-progressistes

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Publié le 26 Décembre 2014

b) Des circonstances de naissance détaillées :

Le second sommaire se trouve dans l'évangile de Luc. Dépouillé des quatre récits d'annonce messianiques de la naissance et l'enfance de Jésus (l'annonciation, l'annonce aux bergers, la présentation de Jésus au Temple, auquel j'adjoint aussi l'épisode de Jésus au Temple), il devait se présenter ainsi :

« Dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, une jeune fille fut accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David ; cette jeune fille s’appelait Marie ; (...)

Or, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle du haut. Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l’enfant, on l’appela du nom de Jésus. Et lorsque furent accomplis les jours, ils l'emmenèrent pour le présenter au Seigneur, selon qu'il est écrit dans la Loi du Seigneur : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur (...)

Puis quand vint le jour où, suivant la loi de Moïse, elle devait être purifié, ils l’amenèrent à Jérusalem pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petits pigeons. Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.

Quant à l’enfant, il grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui.

Ses parents allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, comme ils y étaient montés suivant la coutume de la fête, le jeune Jésus resta dans le temple, assis au milieu des maîtres, à les écouter et les interroger. Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth ; il leur était soumis. » (Luc 1, 26-27 ; 2, 6-7, 21, 22, 24, 39-40, 41-43, 46)

Ce sommaire contrairement au précédent s'adresse probablement à une ou des communauté(s) qui ne connaissait pas bien Jésus vu le luxe de détail qu'il se permet d'y faire figurer dès le début, comme le prouve la méconnaissance des parents de Jésus et de certains rituels juifs. Il est probable qu'il soit celui qu'emmenait avec eux les missionnaires itinérants mandatés par l'ecclésia d'Antioche, qui avait reçu délégation de l'ecclésia de Jérusalem. Et il visait les communautés pauliniennes pour lequel Paul était avare de détails sur les origines de Jésus : celui-ci était « issu selon la chair de la lignée de David » (Romains 1, 3), donc par le père qui n'est pas nommé, « né d'une femme » (Galates 4, 4), c'est-à-dire mariée et en âge d'enfanter, sans la nommer elle aussi, et « soumis à la loi juive » (id., 4, 4). Car comme je l'ai expliqué, le Jésus historique ne l'intéressait pas. Ce qui a permis à l'ecclésia d'Antioche de répondre à un désir de ces communautés qui voulaient mieux connaître Jésus.

Comme le sommaire de Matthieu, il présentait un Jésus, juif pratiquant et homme de son temps dès l'enfance, à travers l'allusion aux différentes traditions juives :

1) « Dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, une jeune fille (fut) accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David ; cette jeune fille s’appelait Marie ; (...) » (Luc 1, 26-27) :

l'ignorance sur les origines de Jésus de la part du public destinataire est ici criante. On cite d'abord son lieu d'origine Nazareth. Peut-être parce que lorsque les destinataires demandaient ce que voulait dire « Jésus le Nazarénien », les missionnaire leur expliquait qu'il était né à Nazareth, bourg inconnu de Galilée. On développe un peu le statut de ses parents, Paul n'ayant jamais cité leur nom, mais les missionnaires indiquant qu'il était bien le « fils de Joseph » et de « de Marie », et précise, aussi, que par son père, Jésus était bien « issu selon la chair de la lignée de David » (Romains 1, 3). Donc le Messie promis à Israël. Marie y est qualifié de « jeune fille », c'est-à-dire pubère et en âge de se marier, et donc « (fut) accordée en mariage à (...) Joseph », selon les procédures détaillées plus haut. Ensuite, il y avait peut-être la cérémonie du mariage, relaté plus haut. Peut-être sous un format plus court, où était cité les noms des pères de Marie et Joseph, que nous n'avons plus, et pris sur les exemples de Genèse 29, 22-23, 28 : « Laban rassembla tous les gens du lieu et fit un banquet. Le soir venu, Laban prit sa fille Léa et l’amena à Jacob pour qu’il allât vers elle. (...)Il termina la semaine de noces de Léa (...) », et de Juges 14, 10-11, 15, 18, 20 : « Puis son père descendit chez la femme et Samson y donna un festin, car c’est ainsi que font les jeunes gens. Or, dès qu’on le vit, on prit trente compagnons pour rester avec lui. (...) Or, le septième jour, (...) Au septième jour, avant le coucher du soleil, (...) au compagnon qui lui avait servi de garçon d’honneur ». Ce qui démontre l'ancienneté de ce rituel que l'on devait déjà pratiquer entre le VIIe et le VIIIe siècle, date présumé du récit le plus ancien, celui de la Genèse.

2) « Or, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la chambre du haut » (Luc 2, 6-7) :

On ne détaille pas l'accouchement, qui était connu de tous, et qui était à l'époque plutôt le fait d'une sage femme ou de parentes de la famille que d'un praticien, ce que ne se gênera pas de faire un apocryphe, l'évangile de Jacques, de manière ridicule. Par contre le verset 7, indique que Jésus est né comme tous les enfants juifs, car on l'a enveloppé de langes, après l'avoir baigné et frotté de sel pour affermir la peau (Ezéchiel 16, 4). Mais un détail est plus intriguant au premier abord sur les circonstances de la naissance de Jésus : son dépôt dans une mangeoire parce qu'il y a trop de gens dans la chambre du haut, qui est la traduction exacte du mot grec « kataluma ». Cela tient simplement aux structures des maisons de l'époque qu'ont permis de mettre au jour les recherches de Joe Zias, archéologue à l'Université hébraïque de Jérusalem (dans le documentaire de Jérémy Bowen, Liron Levo, Sur les trace de Jésus, BBC, 2002). Celles-ci se composent principalement de murs de pierre qui délimitent de vastes espaces au sol, avec au sommet un toit qui est une terrasse végétalisée, à l'image des toits de chaume de certaines maisons françaises. A l'intérieur, le rez-de-chaussée présente des niches voûtées pour loger les animaux, qui fournissent également le chauffage l'hiver. Ce qui explique la présence d'une mangeoire. A l'étage, l'espace au dessus des voûtes est destiné à l'habitation humaine avec un coin cuisine marqué par le foyer, et la chambre du haut est une mezzanine autour de la pièce. Elle semble bondée pour deux raisons : l'accouchement, ainsi que l'explique Claire Pfann (dans le documentaire de Jérémy Bowen, Liron Levo, Sur les trace de Jésus, BBC, 2002), de l'Université de Terre Sainte, est la pire aventure qui puisse arriver à une femme et il est nécessaire qu'elle soit entourée pour limiter les dégâts, notamment par la famille des deux époux et de parentes qui assisteront la parturiente ; et la naissance d'un premier né, surtout masculin, était un moment de réjouissance, et donc le village a très bien pu après la naissance donner ses félicitations à la famille, ce qui pourrait peut-être aussi une indication de sa condition sociale au sein du bourg de Nazareth, à l'époque être un tekton faisait du père de Jésus un petit notable. Il n'y aurait donc rien d'étonnant à ce que Jésus ait été placé dans la mangeoire.

3) « Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l’enfant, on l’appela du nom de Jésus. Et lorsque furent accomplis les jours, ils l'emmenèrent (à Jérusalem) pour le présenter au Seigneur, selon qu'il est écrit dans la Loi du Seigneur : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur (...)»(Luc 2, 21, 22) :

Le début est une réponse aux affirmations de Paul qui disait : « en Jésus-Christ, ni la circoncision ni l'incirconcision n'a de valeur, mais la foi qui est agissante par la charité » (Galates 5, 6). Ce que contredisait les missionnaires avec ce sommaire où Jésus était circoncis le huitième jour, signe de génération en génération de l'alliance entre Dieu et Israël (Genèse 17, 9-14), tel que le disait la formule paternelle à cette occasion : « Qui nous a sanctifiés de ses préceptes et nous a donnés d'introduire notre enfant dans l'alliance d'Abraham notre père. » (Schabbath 137, 2.) Ce jour-là, on donnait à l'enfant, probablement le père qui organisait la cérémonie, son nom, « parce que, disait-on, Dieu a changé les noms d'Abraham et de Sarah lorsqu'il a institué la circoncision » (ce qui est une référence à Genèse 17, 5 et 17). Je ne reviendrais pas sur la symbolique du nom l'ayant expliqué plus haut. Et aussi, il apporte une autre preuve de la judaïté de Jésus en parlant de sa présentation, rachat qui concernait uniquement les Juifs aînés de sexe masculin, conformément à la loi (voir Exode 13:1-15 et Nombres 18:15-17), touchant seuls les lévites restaient au service du Seigneur (Lévitique 8,16-18), les aînés des autres tribus étaient rachetés à l'âge d'un mois, en payant cinq sicles (Exode 13,13; Nombres 18,15-16). Ce qui explique que cette cérémonie se déroulait 31 jours après la naissance de l'enfant. Il est fort possible que les parents de Jésus, contrairement à ce qu'indique le récit actuel qui l'associe au rite de purification de la mère, ait procédé plutôt « au rachat des premiers-nés chez un prêtre n'importe où dans le pays (Nombres 18, 15) - il existait des villes de lévites en Galilée -, mais certains profitaient de l'occasion pour aller par piété en pèlerinage à Jérusalem, à la Maison de Dieu. » (David Flusser, Jésus, Editions du Seuil, Paris, 1970, p. 25).

4) « Puis quand vint le jour où, suivant la loi de Moïse, elle devait être purifié, ils l’amenèrent à Jérusalem pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petits pigeons. Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. » :

les missionnaires continue à noter les contradictions avec le Jésus de Paul et celui qu'on connu les disciples de Jésus. Ses parents continue de pratiquer pieusement la Torah. Le temps dit « de l'impureté » (sept jours pour un garçon et quatorze pour une fille) étant passé et la mère restant encore chez elle 33 jours pour un garçon et 70 pour une fille, elle se rendait au Temple pour apporter une offrande au prêtre à la porte du sanctuaire afin de valider la purification. Comme Raymond E. Brown (The Birth of the Messiah, Image Books, New York, 1979) l'a noté, au moment de la naissance de Jésus, « la porte de Nicanor était l'entrée habituelle pour les femmes cherchant de purification, elle (Marie) est généralement présumée avoir été au côté ouest de la cour des femmes, et qu'elle constituait donc le point le plus éloigné de l'entrée pour une femme dans le Temple. » Le sacrifice du v. 24 ne concerne pas le rachat du premier né, comme dans le récit actuel, mais celui de l'offrande de la mère purifiée : « L'offrande habituelle était un agneau et un jeune pigeon ou colombe. Si le couple était pauvre, comme ce fut probablement le cas de Marie et Joseph, deux jeunes pigeons ou des colombes (Lévitique 12, 8) pouvaient être offerts. » (Raymond E. Brown, id.) Je ne pense pas que le couple soit pauvre vu qu'il a peut-être fait deux voyages à Jérusalem, mais le choix indiquerait que pour les pèlerins la vie étaient très chère dans la ville sainte si on habitait loin de la Judée comme Marie et Joseph.

5) « Quant à l’enfant, il grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui » :

Le fait que Jésus grandissent et que la « faveur de Dieu » soit sur lui est un renvoi évident aux exemples bibliques d'hommes choisis par Dieu avant leur naissance pour présider aux destinées d'Israël, à l'image de Samuel qui, dans le Temple de Silo, « grandissait devant le SEIGNEUR » (1 Samuel 2, 21) et du juge Samson, qui « grandit et le SEIGNEUR le bénit » (Juges 13, 24.) Les missionnaires démontrent ainsi que Jésus a été un des acteurs de l'histoire d'Israël dès son enfance. Et le rajout qu'il « se fortifiait, tout rempli de sagesse » est très proche de la conception de l'éducation qu'avait les Juifs de l'époque, tel que l'exprime Flavius Josèphe, pour qui la Torah « veut que la sagesse préside à leur éducation (celle des enfants) dès le début ; elle ordonne de leur apprendre à lire, elle veut qu’ils vivent dans le commerce des lois et sachent les actions de leurs aïeux, afin qu’ils imitent celles-ci et que, nourris dans le culte de celles-là, ils ne les transgressent pas et n’aient pas de prétexte à les ignorer. » Mais ce dû être une éducation assez sommaire pour Jésus, chez lui ou dans le local de la synagogue, où les enfants devaient apprendre les grands événements de l'histoire d'Israël et ce qu'il fallait pour vivre comme un juif, tout en apprenant un métier auprès de son père. Peut-être a-t-il trouvé quelqu'un pour lui apprendre à lire et à écrire. En mettant en avant cela, les missionnaires démontrait qu'il avait été éduqué selon les préceptes de la Torah.

6) « Ses parents allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, comme ils y étaient montés suivant la coutume de la fête, le jeune Jésus resta dans le temple, assis au milieu des maîtres, à les écouter et les interroger. Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth ; il leur était soumis. » :

Le sommaire continue de préciser que les parents de Jésus sont de juifs pratiquants, fidèles à la Torah, en rapportant qu'ils « allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque ». Rien d'étonnant à cela, les Galiléens du Ier siècle, contrairement aux préjugés des Sages et des rabbins, apparaissent comme des Juifs pieux, attaché au Temple, versant la dîme et s'y rendant régulièrement en pèlerinage lors des 3 fêtes d'obligation, Pâque, la Pentecôte et la Fête des tentes, alors que toutes les familles de cette période ne pouvaient ou ne respectaient pas cette pratique. Les femmes n'étaient pas obligé d'après le Talmud de s'y rendre, mais Hillel avait recommandé à ces dernières de s'y rendre à Pâque, ce que semble faire Marie, qui a subi peut-être l’influence du célèbre Sage. Rien d'étonnant quand on sait que certains disciples de celui-ci vivaient en Galilée, tel Yohanan ben Zakkaï. Ce qui souligne encore plus la piété de Marie et Joseph, et peut-être une certaine aisance. Jésus a alors 12 ans. Pour David Flusser : « De nos jours, c'est à partir de treize ans que le judaïsme considère comme adulte un enfant, alors qu'à cette époque un garçon de douze ans pouvait l'être. » Si bien qu'« À 12 ans, Jésus est un adolescent (la bar mitsva n'existe pas encore) qui peut accompagner sa famille lors des trois grandes fêtes de pèlerinage, notamment celui de la Pâque, à Jérusalem ». Jésus, reste dans le Temple, où il s'assit au milieu des maîtres, peut-être pour ce qui ressemblait à l'époque du Second Temple à une pré bar mitsva. Les Sages bénissaient, en effet, les enfants qui avaient atteint leur premier jour de jeûne à l'âge de 12 ou 13 ans, ce qui a pu être le cas de Jésus. Qu'à cette occasion , il écoute et interroge les Maîtres n'a rien d'étonnant, car d'après la Mishna l'instruction religieuse serait devenu plus intense pour Jésus à son arrivée à l'âge de 12 ans (Niddah 5, 6 ; Meguila 4, 6; Pirké Abot 5, 12). La fête finit, il descend - ce qui une allusion au fait de « monter à Jérusalem », qui signifie s'y rendre pour les fêtes de pèlerinage - à Nazareth avec ses parents, en leur étant soumis. Une allusion qui n'est pas innocente car elle évoque le cinquième des dix commandements : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne le SEIGNEUR, ton Dieu. » (Exode 20, 12.) Les missionnaires voulaient ainsi démontrer que Jésus durant son enfance a été un juif très respectueux de la Torah.

En plus, du compromis de Jérusalem, ces sommaires montrant Jésus et sa famille comme des Juifs pratiquant et ce dès sa naissance firent beaucoup pour la prédication des missionnaires mandatés par l'ecclésia d'Antioche en démontrant la véracité de leurs propos face à la libération de la Torah défendue par Paul. Ce qui explique en partie l'exaspération de Paul vu plus haut. Et peut-être aussi qu'il finit par venir rechercher le mandat de l'ecclésia de Jérusalem en 58 pour continuer sa mission sans opposition mais pas sans devoir faire preuve cette fois ci de compromis pour démontrer sa judaïté : « Fais donc ce que nous allons te dire. Nous avons quatre hommes qui sont tenus par un vœu. Prends-les avec toi, accomplis la purification en même temps qu’eux et charge-toi de leurs dépenses. (...) tout le monde comprendra que (...) tu te conformes, toi aussi, à l’observance de la Loi. Quant aux païens qui sont devenus croyants, nous leur avons écrit nos décisions (...). » (Actes 21, 23-25.) Ce qui fut semble-t-il un échec. Il sera arrêté au Temple de Jérusalem après une émeute que sa présence provoqua, ce qui le conduira à Rome, à sa demande pour être jugé en tant que citoyen romain et fut probablement exécuté en l'an 62, et non 64 car « Ces gens (...) ont soulevé le monde entier (...). Tous ces individus agissent à l’encontre des édits de l’empereur ; ils prétendent qu’il y a un autre roi, Jésus. » (Actes 17, 6-7.) Les missionnaires d'Antioche réussirent si bien leur travail que le compromis de Jérusalem servira de base à la vie des Chrétiens de l'empire romain encore à l'époque de l'apologiste Justin Martyr, qui écrit ses deux Apologies entre 155 et 157.

Mais entre 52 et 58 une autre question vint à se poser au sein des communautés de la gentilité.

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Publié le 26 Décembre 2014

Les récits de l'enfance de Jésus, que l'on dénomme évangile de l'enfance, constitue les deux premiers chapitres des évangiles de Luc et de Matthieu, qui des trois évangiles synoptiques, ont le plus de point commun. Mais leurs récits divergent ici car leurs propos n'est pas le même. Ce sont, en effet, des récits de foi, résultant d'un long processus de composition et de l'organisation sociale et spirituelle de leurs communautés toutes issus de la Diaspora juive au sein de l'empire romain. Ce ne sont donc pas des récits historiques, mais ils montrent la croyance des communautés, auteures de ces évangiles de l'enfance, en l'implication de Dieu dans l'histoire de l'humanité, et en particulier dans la naissance de Jésus, le Messie (cette état d'esprit se retrouve dans la généalogie de l'évangile de Matthieu, qui veut démontrer l'ascendance davidique de Jésus - que j'étudierais après les traditions de la nativité).

C'est ce long processus qui va nous intéresser et à travers lequel nous verrons que celui-ci est le fait d'un contexte et d'une communauté à une période précisé qui aboutira dans les années 80-90 aux récits développés que l'on connaît aujourd'hui.

I - Une réponse à l'enseignement de Paul :

L'origine des quatre évangiles est vu par les différents exégètes comme un long processus de rassemblement au sein d'une communauté après la disparition des disciples qui avait besoin de garder la mémoire de Jésus. Mais il est probable que les sources les plus anciennes des évangiles aient vu le jour dans un contexte bien particulier.

1) « la fin de la loi, c'est le Christ » (Romains 10, 4) :

En effet, c'est le débat entre 48 et 52 sur la circoncision des païens convertis par les missions de la communauté (ecclésia, équivalent grec de synagogue) d'Antioche - il n'y a probablement pas eu que Paul et Barnabé -, au Judaïsme apocalyptique des nazoréens, qui ont pris le nom de chrétiens en 40 à Antioche, suite à leur soutien aux tentatives des Juifs contre l'élévation d'une statue dans le Temple e Jérusalem de Caligula.

a) Une interprétation personnelle de Paul :

Une solution fut trouvée à Jérusalem en 52 lors d'une réunion des frères de Jésus, des apôtres et des anciens, avec une délégation de la communauté d'Antioche, composée de Paul et Barnabé, « avec quelques autres frères » -ce qui suggère que l'enseignement des deux missionnaires ne faisaient pas l'unanimité. C'est celle de Jacques, frère de Jésus, l'évêque de Jérusalem et régent en son absence, qui fut privilégié : « L'Esprit Saint et nous-mêmes, nous avons en effet décidé de ne vous imposer aucune autre charge que ces exigences inévitables : vous abstenir des viandes de sacrifices païens, du sang, des animaux étouffés et de l'immoralité. Si vous évitez tout cela avec soin, vous aurez bien agi. » (Actes 15, 28-29.) Une solution de compromis qui pouvait permettre les repas en commun et la vie avec les païens pour les juifs membres de la communauté. Et, si l'on suit Galates 2, 9, les « colonnes », Jacques, Céphas (Pierre) et Jean, donnèrent aussi « la main, à moi (Paul) et à Barnabas, en signe de communion, afin que nous allions, nous vers les païens, eux vers les circoncis. » Rite, identique à celui qui fut fait pour les diacres, chefs du groupe helléniste, et qui signifie qu'ils leur délèguent une partie de leurs pouvoirs, mais en tant que délégués de l'église d'Antioche, pas en leur nom propre, comme le suggère Paul.

Et, Pierre les accompagna à Antioche, où il fit la communauté de table avec l'ecclesia d'Antioche, mais ce qu'il ne savait pas c'était que Paul avait une définition toute personnelle de cette dernière : « Tout ce qu'on vend au marché (où l'on trouvait aussi des viandes sacrifiées aux idoles, ou non étouffées), mangez-le sans poser de question par motif de conscience ; car la terre et tout ce qu'elle contient sont au Seigneur. Si un non-croyant vous invite et que vous acceptiez d'y aller, mangez de tout ce qui vous est offert, sans poser de question par motif de conscience. » (1 Corinthiens 10, 25-27.) Donc un non respect évident des règles imposés par la déclaration de l'ecclésia de Jérusalem. Prévenu par les envoyés de Jacques, Pierre et Barnabé, qui est un lévite, refusèrent de continuer les repas commun qui violait leur conscience de pratiquant juif, et comme l'a très bien fait remarqué Hyam Macoby (Paul et l'invention du christianisme, Lieu commun, 1987) n'était donc pas en tort. Paul s'en plaint devant l'ecclesia d'Antioche, mais il fut mis en minorité, Barnabé ne le soutenant pas. D'ailleurs, Pierre semble être resté sur place pour réorganiser la communauté et mettre en place le compromis décidé à Jérusalem avec un tel succès que Paul coupe les ponts avec son ecclésia en se séparant de Barnabé car dorénavant pour garantir la validité de leur enseignement, il veut emmener avec eux Jean surnommé Marc, proche des frères de Jésus.

Il décide alors de retourner vers les communautés qu'ils ont fondé puis il va répandre la bonne nouvelle et organiser des communautés en Syrie, Phénicie, Asie Mineure et Grèce, c'est-à-dire tout le long de la côte de la Méditerranée, entre 52 et 58, sans mandat ni des frères de Jésus ni des 12, chefs de l'ecclésia de Jérusalem, ni de l'ecclésia d'Antioche, à qui a été remis la charge de convertir les « incirconcis ». Cette dernière, derrière ses nouveaux chefs, Pierre et Barnabé, va donc, tel que le suggère Jérôme Murphy O'Connor (Histoire de Paul de Tarse. Le voyageur du Christ, Cerf, 2004) commencer à s'intéresser à l'enseignement de cet infatigable voyageur, qu'il a eu le temps de relayer à Antioche en plus de sa vision de la communauté de table. Celle-ci s'écarte très fortement de celui des disciples directs de Jésus au sujet de la Torah, qui eux ont connu Jésus : « Avant la venue de la foi, nous étions gardés en captivité sous la loi, en vue de la foi qui devait être révélée. Ainsi donc, la loi a été notre pédagogue, en attendant le Christ, afin que nous soyons justifiés par la foi. Mais, après la venue de la foi, nous ne sommes plus soumis à ce pédagogue. Car tous, vous êtes, par la foi, fils de Dieu, en Jésus Christ. » (Galates 3, 23-26) Donc pour lui, « la fin de la loi, c’est Christ, pour que soit donnée la justice à tout homme qui croit. » (Romains 10, 4.) Ce qui fait que « l’homme n’est pas justifié par les œuvres de la loi, mais seulement par la foi de Jésus Christ ; nous avons cru, nous aussi, en Jésus Christ, afin d’être justifiés par la foi du Christ et non par les œuvres de la loi, parce que, par les œuvres de la loi, personne ne sera justifié. » (Galates 2, 16.) On comprend dès lors les oppositions que l'on déguise lors de leurs missions entre Paul et Barnabé et que l'incident d'Antioche vient d'exposer au grand jour.

L'ecclésia d'Antioche se doit donc de réagir à un homme qui prétend avoir reçu des « colonnes » une délégation personnelle au même titre que Barnabé, alors qu'en réalité il l'a reçu en tant que délégué de cette dernière, qui se sent responsable des erreurs de son ancien membre au sein des communautés fondés en son nom et en son nom propre, profitant de l'aura de la décision de l'ecclésia de Jérusalem.

b) Surveillance des communautés pauliniennes :

Le succès de Paul au sein de la sphère des sympathisants païens du Judaïsme avaient de quoi inquiéter.

L'exemple du Jésus historique n'intéressait pas Paul, comme il l'avoue lui-même : « Si nous avons connu le Christ à la manière humaine, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là. » (2 Corinthiens 5, 16.) Alors que ce dernier était la base de l'enseignement donné jusque-là par l'ecclésia de Jérusalem puis celle d'Antioche. Un seul l'intéresse, Jésus Christ ou le Christ ressuscité, « établi, selon l’Esprit Saint, Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d’entre les morts, Jésus Christ notre Seigneur » (Romains 1, 4) qui « lui est aussi apparu » (1 Corinthiens 15, 8), à lui qui a « persécuté l'ecclésia de Dieu », ainsi qu'il dénomme la communauté chrétienne. Si bien que de son point de vue, il est devenu, au même titre que les disciples directs de Jésus, « apôtre » (1 Corinthiens 9, 1), pour qu'il annonce que tous les hommes « sont gratuitement justifiés par sa grâce, en vertu de la délivrance accomplie en Jésus Christ. C’est lui que Dieu a destiné à servir d’expiation par son sang, par le moyen de la foi, pour montrer ce qu’était la justice, du fait qu’il avait laissé impunis les péchés d’autrefois » (Romains 3, 24-25). Donc ce n'est plus la pratique de la Torah, donc des « œuvres » qui offre le salut, mais la foi au seul Jésus Christ, qui, pour lui, n'était pas un homme mais un être de « condition divine » que Dieu a envoyé « dans la condition de notre chair de péché » (Romains 8, 3), « semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme » (Philippiens 2, 6-7) pour « condamné le péché dans la chair » (Romains 8, 3). On peut comprendre que les frères de Jésus et les 12, qui ont bien connu Jésus, aient été choqués par un tel enseignement venant d'un homme qui ne reconnaissait pas leur autorité ni leur vécu avec celui qu'il considérait comme le Messie promis à Israël : « Ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je pas vu Jésus, notre Seigneur ? N’êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur ? » (1 Corinthiens 9, 1.)

Il faut donc réorganiser les communautés pauliniennes avant que ces dernières ne se détourne de la source même de l'enseignement de Jésus, la Torah, qui, pour lui et ses disciples étaient source de salut au même titre que la Résurrection de Jésus, tel que peut en attester une lecture attentive de l'Épître de Jacques, écrite entre les années 80 et 90, où l'on retrouve les réponses des communautés nazoréenne à l'enseignement des communautés pauliniennes. Ce qui dans le cas des convertis païens se fera par le compromis de Jérusalem. Et là aussi les missions, envoyés par l'ecclésia d'Antioche, connaissent beaucoup de succès. On apprend, à travers la lecture des épîtres pauliniennes (1 Corinthiens 1, 12), que Pierre s'y investi également, ce qui a augmenté probablement leur réussite, car, en tant que témoins de la prédication de Jésus, il était en mesure de contredire l'enseignement de Paul, qui le prendra d'ailleurs très mal : « Mais, en ce qui concerne les personnalités – ce qu’ils étaient alors, peu m’importe : Dieu ne regarde pas à la situation des hommes » (Galates 2, 6 ) ; « Ces gens-là sont de faux apôtres, des faussaires camouflés en apôtres du Christ ; rien d’étonnant à cela : Satan lui-même se camoufle en ange de lumière » (2 Corinthiens 11, 13-14). Au point qu'il réponde vertement à la communauté qu'il a fondé en Galatie : « J’admire avec quelle rapidité vous vous détournez de celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, pour passer à un évangile différent. » (Galates 1, 6.)

Un succès qui n'est pas du qu'à la présence des disciples de Jésus parmi les missionnaires, envoyés par l'ecclésia d'Antioche, maintenant dirigé par Pierre et Barnabé, mais aussi pour aussi pour tous les missionnaires itinérants délégués par elle qui ne l'ont pas connu à travers probablement la mise par écrit entre 52 et 58 de la prédication des disciples mais pas encore sous une forme regroupé à l'image des quatre évangiles et pouvaient permettre d'offrir un modèle de vie à travers l'exemple de Jésus. Ils circulaient sous forme de livrets où étaient rassemblés, les dits de Jésus, tel le document Q, qui a probablement vu le jour en Galilée au cours de cette période, ses miracles, le récit de sa mort, des récits épars de sa résurrection des sommaires de son itinéraire. Leur contenu consistait à démontrer que Jésus était un pratiquant de la religion juive rigoureux qui n'avait jamais eu l'intention d'abolir la Torah : « Ne croyez pas que je suis venu nier la Torah et les Prophètes : je suis venu les mettre en application » (Matthieu 5, 17) ; « il est plus facile au ciel et à la terre de passer qu'à un iota ou à un shérif de la Loi de tomber » (Q 16, 17) ; « Celui qui ignore le " moindre " des commandements sera jugé " moindre " parmi ceux du Royaume de Dieu » (Matthieu 5, 19).

Et quelle meilleure manière de démontrer que Jésus a été un juif rigoureux que de le faire en montrant que la famille de Jésus était pratiquante et qu'il a donc suivi tous les préceptes de la loi juive dès sa naissance. On peut donc penser que des sommaires ont circulé qui seront à l'origine des évangiles de l'enfance de Matthieu et de Luc.

2) Jésus était juif dès le berceau :

Ces sommaires étaient de deux sortes : d'abord, ceux s'adressant à une communauté qui semble bien connaître Jésus sans qu'on ait besoin de préciser de détails superflus ; ensuite, ceux, où le Jésus humain pouvant être contestée, on développe les circonstances de sa naissance et de son enfance pour démontrer qu'il a toujours été un juif pratiquant.

a) Des circonstances de naissance bien connu :

Le premier sommaire se trouve dans l'évangile de Matthieu. Il est très facile à retrouver une fois dépouillé du récit d'annonce de la naissance de Jésus à Joseph produit par la communauté de l'évangéliste dans un autre contexte.

Il se présentait ainsi :

« Marie, sa mère, fut fiancée à Joseph ; il prit chez lui son épouse, et elle lui enfanta son fils premier-né, et il l'appela du nom de Jésus. » (Matthieu 1, 18, 24-25.)

Il y a très peu de détails, les parents de Jésus y sont nommés sans autre précision, et on n'explique pas les procédures de fiançailles juives, car ces faits semblent être connus de ceux à qui il s'adresse. C'est donc une communauté qui a vu le jour au sein de la Diaspora juive, et probablement au sein d'un groupe qui connaissait les disciples et les frères de Jésus, ce qui explique que Marie et Joseph n'y soit que nommé sans autre précision sociale que leur paternité. D'ailleurs rien d'étonnant à cela : le père de Jésus porte un nom très commun chez les Juifs de cette période, qui est celui de l'un des douze fils du patriarche Jacob, et la mère de Jésus « s'appelait Marie, Myriam en hébreu, qui était aussi un nom courant à cette époque. Bien que nous ne connaissons que peu de nom de femmes de l'Antiquité (...), Flavius Josèphe mentionne huit femmes du nom du nom de Myriam. Toutes tiraient le nom de la première d'entre elles, qui n'étaient autre que la sœur de Moïse » (David Flusser, Jésus, Editions du Seuil, Paris, 1970). Et qu'il n'y a aucune mention de leur lieu d'origine, le bourg de Nazareth en Galilée, peut-être parce que tout le monde au sein de la communauté où ce récit était écrit connaissait le surnom que l'on avait donné à Jésus, le « Nazarénien », qui signifiait qu'il était originaire de ce bourg. L'ecclésia d'Antioche semble être un choix intéressant, car cette dernière a été réorganisé par Pierre en 52.

Ce peu de détails démontrent aussi qu'ils semblent être une réponse au trouble que Paul avait jeté au sein de l'ecclésia en disant que Jésus était venu abolir la Torah. Ceux-ci présentent donc une famille juive pratiquante, respectant les traditions juives dès leurs fiançailles, et s'adresse à des gens qui les connaissent bien, et parmi eux aussi les païens convertis qui fréquentaient la synagogue :

1) « Marie (...) fut fiancée à Joseph » (Matthieu 1, 18) :

ceux qui lisait le terme « fiancée » comprenait qu'il avait un sens plus fort à l'époque qu'aujourd'hui, puisqu'il signifiait, comme l'a très bien traduit la TOB (Traduction Œcuménique de la Bible) « accordée en mariage » pour la future mariée, qu'on ne devait pas tarder à marier de peur qu'elle ne se livre à la débauche (Sanhédrin 76a). Les âges des deux époux devaient être assortis. En effet, tel que le rapporte le docteur en théologie et professeur honoraire à l'Institut catholique de Paris, Charles Perrot, les filles « étaient mariées entre douze et quinze ans (nubile ou pas) et les garçons n'étaient guère plus vieux » (ces derniers entre 15 et 18 ans, âge légal dans le Talmud) (Pirké Aboth, V, 21). D'autant que l'espérance de vie était plus courte entre 40 à 45 ans pour les femmes et les hommes, et signifiait donc qu'il fallait se marier tôt pour avoir le plus de chance d'avoir des enfants à une époque où la mortalité en couches et infantile étaient importantes. En effet, les fiançailles n'avait rien de romantique, étant la base de mariage arrangé à travers un contrat (Ketubah) entre les familles des deux futurs époux, voire si son père est mort, le futur « fiancé», qui avait souvent charge de la famille, et entre la famille de la future « fiancée » avec le futur « fiancé», résultat d'une négociation financière (dont le total s'appelait le Mohar) qui avait dans le Judaïsme la valeur du mariage lui – même, raison pour laquelle Marie est qualifié d'« épouse » dans le verset 24. Ce contrat avait pour but d'éviter la dispersion des biens, le père recherchant un parti pour sa fille dans sa parenté et le même milieu social, qui ne sera jamais évoqué ici, probablement parce que ce à qui était destiné ce sommaire connaissait la profession de son père, tekton, qu'il serait plus juste de traduire non par charpentier mais par artisan en bâtiment ou construction. Et cela facilitait les fiançailles, car les fiancés se connaissaient, et devait se rencontrer au moins avant les fiançailles (Kidduschin 41a), afin de faciliter l'acceptation de la fille qui pouvait refuser le choix de son père si elle avait atteint l'âge de 13 ans, étant devenu majeure, ce qui était moins compliqué avant qu'elle soit majeure (entre 12 ans et 12 ans et 6 mois). Pour ceux qui auraient vu le film Ben Hur de William Wyler, sorti en 1959, cette pratique est évoqué par Esther qui dit avoir rencontré son futur fiancé une fois avant son futur mariage, organisé par son père.

2) « il prit chez lui son épouse » (Matthieu 1, 24) :

la phrase a elle aussi un sens plus fort à l'époque car elle désigne la cérémonie de mariage qui est qualifié dans le Talmud, de « réception » ou « introduction de l'épouse » (dans la maison de l'époux). En effet, un an après avoir établi le contrat de fiançailles, les parents de la future épouse l'amenaient dans la maison de son futur époux, ou sinon c'est ce dernier qui venait la chercher si les parents de la fiancée lui donnait leur accord. Dès le premier jour le mariage était consommé, car, après le festin, le mari était conduit par ses amis (« les amis de l'époux » ou « les fils de l'époux », que l'on retrouve dans Matthieu 9, 15) dans la chambre nuptiale où sa femme l'avait précédé, puis le nouveau marié sortait de la chambre pour annoncer aux invités : « notre mariage est consommé! », validant ainsi le contrat de fiançailles. Ce qui semble avoir été le cas pour Marie et Joseph. En effet, comme le précise Flavius Josèphe : « La loi ne connaît qu’une seule union, l’union naturelle de la femme, et seulement si elle doit avoir pour but de procréer » (Contre Apion, Livre II, 24), ainsi que l'indique que le premier commandement de la Torah : « Croissez et multipliez » (Genèse 1, 28). Et fortement encouragé par un devoir d'obligation conjugale : « Il ne privera sa femme ni de nourriture, ni de vêtement, ni de droit conjugal » (Exode 21, 10). Au point qu'un groupe d'esséniens, avaient accepté des femmes parmi eux, car ils pensaient « que renoncer au mariage c'est vraiment retrancher la partie de la vie la plus importante, à savoir la propagation de l'espèce ; chose d'autant plus grave que le genre humain disparaîtrait en très peu de temps si tous adoptaient cette opinion. » (Guerre des Juifs, II, 8, 13.) Donc, il y a peu de chances comme l'exprime le récit actuel de l'évangile de Matthieu que Joseph n'est pas connu sa femme jusqu'à la naissance de Jésus. L'annonce de la consommation donnait alors lieu à une fête qui durait 7 jours pour les parents et amis des nouveaux mariés, 7 jours de réjouissances, appelés les « sept jours du repas de noces », parait-il avec plus de décorum en Galilée qu'en Judée (Toseftah, ch. I).

3) « elle lui enfanta son fils premier-né, et il l'appela du nom de Jésus. » (Matthieu 1, 25) :

la paternité de Joseph n'était pas un problème au sein de l'ecclésia d'Antioche comme elle l'est aujourd'hui pour les chrétiens actuels, car c'était par le père que se faisait l'ascendance, ce que montre Romains 1, 3 : « son Fils, issu selon la chair de la lignée de David ». Et cela est attesté dans la traduction en syriaque – c'est – à – dire en araméen – de l'évangile de Matthieu, retrouvé dans le Codex Sinaïticus, au verset 16 : « Joseph, à qui avait été fiancée (la vierge) Marie, engendra Jésus », et 21 : « Marie, ton épouse, t'enfantera un fils ». Et explique que dans la traduction de l'évangile de Matthieu de Baal Shem Tov et du Codex de Bèze, on dise que Jésus était le « fils premier-né », l'« être sorti le premier du sein maternel » (Exode 13, 2 et 13, 12, cf. aussi Nombres 3, 12-13 et 18, 15-16), donc leur premier enfant. On n'évoque pas sa circoncision 8 jours après, ce qui suggère qu'au sein de la communauté d'ascendance juive c'était un fait tellement établi qu'on n'avait pas besoin d'en parler. On pense que c'est à ce moment là qu'était choisi le nom de l'enfant - j'en expliquerai la raison plus bas. À l'époque, il était une coutume assez répandue de donner à un enfant juif le nom de son père, encore vivant.

Le nom choisi pour l'enfant fut Jésus, qui se prononçait Yeshua, ce qui signifiait « Dieu sauve », mais la prononciation galiléenne était surement Yeshu, ce qui a donné en grec, Iêsous, qui servait déjà dans la Septante à désigner le successeur de Moïse, Joshuah (Josué), et a donné notre Jésus actuel. Mais il ne démarquait en rien son porteur, comme aujourd'hui : « À cette époque, " Jésus " était un des noms juifs les plus répandus. L'historien juif de l'Antiquité, Flavius Joséphe, mentionne, par exemple, vingt hommes portant ce nom. Le premier est le Joshuah (Josué) de la Bible, le successeur de Moïse, qui conquit la Terre Sainte. Mus par un respect religieux emplis de crainte, les anciens juifs évitaient d'utiliser certains noms bibliques importants, tels David, Salomon, Moïse et Aaron. Et il est bien possible que le nom Yeshua - Jésus - ait connu une grande popularité à cette époque dans la mesure où il pouvait se substituer à celui de Moïse. » (David Flusser, Jésus, Editions du Seuil, Paris, 1970). D'après John P. Meier (Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire. Vol. 1, Les sources, les origines, les dates, éditions du Cerf, 2004), ce désir de refléter l’époque patriarcale et l’Exode par le nom, tels que le montre celui des parents de Jésus, daterait plutôt du IIe siècle avant J. - C., à l’époque des frères Maccabées et de la montée du mouvement nationaliste qui s’opposait à la tentative d’acculturation des Grecs. Cette renaissance juive était surtout forte dans les petites villes et dans les milieux ruraux, comme en Galilée, qui la refusait. Le symbolisme de cette dénomination démontre que les parents de Jésus étaient donc ce qu'on pourrait appelés des « patriotes » juifs, dont le règne d'Hérode Ier le Grand, un demi-juif, ami de l'empereur Auguste, avaient exaspéré les attentes messianiques, à l'image de l'auteur de L'Assomption de Moïse.

Ce sommaire a pu rassurer les membres de l'ecclésia d'Antioche, que l'enseignement de Paul avait décontenancé : « ton enseignement pousserait tous les Juifs qui vivent parmi les païens à abandonner Moïse ; tu leur dirais de ne plus circoncire leurs enfants et de ne plus suivre les règles. » (Actes 21, 21.) Et qui avait créé une division que démontre le problème des tables communes. Les missionnaires leur montraient en effet un Jésus pleinement juif, né sous le sceau de la Torah.

Mais si ce sommaire pouvait suffire à un public en contact direct avec l'ecclésia de Jérusalem, ce n'était pas le ca pour ceux qui se trouvait en dehors de cette zone, ce qui obligea les missionnaires itinérants à développer un sommaire plus spécifique à un nouveau type de convertis, celui lucanien.

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Publié le 27 Novembre 2014

francetvinfo.fr dans son article du vendredi 14 novembre 2014 nous montre que deux auteurs américains affirment avoir découvert un "évangile perdu" qui révélerait cette face cachée de la vie du Christ.

Annoncée il y a une semaine, la sortie du livre The Lost Gospel (le livre n'est pas encore traduit en français), promettait de secouer la religion chrétienne : ses auteurs, l'historien Barrie Wilson et le journaliste et écrivain israélien Simcha Jacobovici, affirment avoir découvert un manuscrit prouvant que Jésus était marié à sa disciple Marie-Madeleine, avec qui il aurait eu deux enfants.

Mais le soufflé est un peu retombé avec la publication de l'ouvrage, mardi 11 novembre. Voici les raisons pour lesquelles il faut prendre avec des pincettes ce qui était présenté comme une découverte historique.

"Décoder le texte sacré qui révèle le mariage de Jésus et Marie-Madeleine". Sur la couverture qu'il a choisie pour The Lost Gospel, l'éditeur Pegasus Books (pas vraiment spécialisé dans les textes historiques) ne laisse aucune place à l'ambiguïté. Et pourtant, le raisonnement des deux auteurs demande pas mal d'imagination. Le manuscrit qu'ils ont découvert, oublié dans les archives de la British Library, raconte l'histoire du patriarche Joseph (un personnage de l'Ancien testament qui n'a rien à voir avec Joseph le père de Jésus) et de sa compagne Aseneth. Ils sont effectivement mariés et parents de deux enfants, mais pas une fois le nom de Jésus ou de Marie-Madeleine n'est mentionné dans le manuscrit.

Ce qui n'empêche pas les auteurs d'y voir une vaste métaphore de la vie de Jésus, se basant notamment sur un passage qu'ils interprètent comme décrivant le signe de croix, alors que Joseph serait antérieur à la crucifixion. Si les textes bibliques sont loin d'être dépourvus de symbolisme, le lien avec Jésus semble un peu trop ténu pour affirmer que le texte révèle sa vraie vie. Selon le spécialiste des religions du journal britannique The Telegraph, l'ouvrage ressemble plus à un livre de Dan Brown, l'auteur du Da Vinci Code, qui évoquait lui aussi la descendance de Jésus et Marie-Madeleine, qu'à un ouvrage d'historien.

Toujours selon le Telegraph, l'histoire de Joseph et Aseneth est loin d'être une découverte des auteurs de The Lost Gospel, qui sont simplement les premiers à y voir une métaphore de la vie de Jésus. Le manuscrit de la British Library avait déjà été étudié par plusieurs historiens, qui ne l'avaient pas trouvé particulièrement remarquable. D'autres versions du texte, notamment en Grec ancien, circulaient depuis longtemps, et une version anglaise est même disponible en ligne.

Comme l'expliquait l'historien Michael Langlois à francetv info, en avril, les textes les plus fiables pour connaître la véritable vie de Jésus sont ceux qui sont le plus contemporain de sa vie. Difficile, donc, de mettre sur le même plan les évangiles reconnus par l'Église, qui se basent supposément sur les écrits des apôtres de Jésus, et le texte de "l'Évangile perdu", daté l'an 570 après Jésus-Christ. La théorie d'un Jésus marié et père n'est d'ailleurs mentionné dans aucun texte connu et antérieur à cette date. Un historien spécialiste de l'histoire de Joseph et Aseneth pense même que le manuscrit consulté par les deux auteurs, rédigé dans un dialecte de l'Araméen, a été traduit depuis sa langue originelle, le Grec ancien, ce qui augmenterait les risques d'une mauvaise interprétation.

D'ailleurs, ce manuscrit est loin d'être le seul présentant un Jésus bien différent de celui décrit par les différentes églises chrétiennes actuelles. Un parchemin copte divulgué en 2012 avait notamment crée la polémique, car on pouvait y lire "Et Jésus leur a dit, ma femme..." Ce qui témoigne surtout des croyances très diverses des premiers chrétiens sur leur messie.

C'est encore une belle tentative de montrer une vie secrète de Jésus, mais il n'y a pas la moindre crédibilité dans ces revendications, surtout que le manuscrit qu'ont découvert les deux auteurs ne concerne que le patriarche Joseph. Ce texte n'apporte rien de nouveau, mais il montre que la recherche historique sur Jésus n'est pas morte.

Merci !

Pourquoi rien ne prouve que Jésus était marié et père de deux enfants

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Publié le 21 Octobre 2014

newsweek.com dans son article du jeudi 18 septembre 2014 nous montre que Jésus peut avoir été crucifié parce que ses disciples portaient des armes, selon une analyse scientifique des livres du Nouveau Testament.

Dale Martin, professeur d'études religieuses à l'Université de Yale, affirme que cet aspect historique sur Jésus, cité dans les Évangiles, a reçu peu d'attention, mais il pourrait expliquer à lui seul l'exécution de Jésus et montre aussi que l'homme de Nazareth n'était pas un pacifiste, on est généralement convaincu qu'il l'était. Les Évangiles de Marc et de Luc montrent qu'au moins une fois (et probablement deux ou plus) des disciples de Jésus portaient une épée quand Jésus ut arrêté peu de temps après la dernière Cène, au moment de la fête de Pâque. Selon l'Evangile de Jean, un disciple, Simon-Pierre, a même utilisé son épée pour couper l'oreille d'un des soldats chargés d'arrêter Jésus.

Comme le dit Martin à Newsweek, ce comportement militant n'aurait certainement pas été toléré par les Romains, dirigés par le préfet Ponce Pilate. Par exemple, des documents historiques montrent qu'il était illégal au moment de marcher d'être armé à Rome et dans d'autres villes romaines. Selon Martin, bien qu'aucun dossiers juridiques survécurent de Jérusalem, il va de soi, en se basant sur une connaissance certaine de l'histoire romaine, que les dirigeants de la région auraient désapprouvé le port d' épées, et n'auraient pas toléré qu'une bande armée de Juifs itinérants soit dans la ville au cours de Pâque, une fête souvent turbulente. D'après Martin, "Tout comme vous pouviez être arrêté à Rome, même pour n'avoir qu'un poignard, si les disciples de Jésus étaient armés, ce serait suffisant pour le crucifier sans raison".

Harold Attridge, un ancien doyen de la faculté de théologie de Yale qui n'était pas impliqué avec le papier, trouve que l'analyse de Martin est solide et que "probablement les Romains ont été sévères contre quelqu'un vu comme une menace politique", comme ce fut certainement le cas avec Jésus. Le document "nous rappelle que les premiers disciples de Jésus et peut-être Jésus lui-même ont été inévitablement jetés dans le conflit avec l'arbitraire d'État utilisé par l'Empire romain [dans lequel] les Romains pratiquaient à la fois une violence aléatoire et intentionnelle contre les populations qu'ils avaient conquises, tuant des dizaines de milliers d'hommes par crucifixion ", selon le spécialiste du Nouveau Testament Hal Taussig, qui est à l'Union Theological Seminary de New York.

L'article de Martin aborde une question encore plus importante, dit Bart Ehrman, professeur à l'Université de Caroline du Nord : Pourquoi les disciples de Jésus étaient tous armés, en particulier au cours d'une fête religieuse ? Martin souligne le fait que Jésus et ses disciples s'attendaient probablement s'attendent à ce qu'une confrontation apocalyptique était à l'horizon, ils se trouvaient donc dans les forces divines (sous la forme des anges) qui détruiraient Rome et temple d'Hérode pour l'avènement d'un règne sainte. Il ajoute que cela pourrait exiger des combats pour les disciples de Jésus.

Il semble assez lointain, mais un scénario similaire est décrit dans certaines parties du livre de l'Apocalypse. D'après Martin, ce scénario de "forces célestes rejointes par les forces humaines ... avait une attente dans un document central de la mer Morte". En effet, de nombreux universitaires qui étudient l'historicité de la Bible croient selon Martin "que Jésus était un prophète apocalyptique juif qui attendait l'arrivée imminente du royaume de Dieu sur terre". Le document suggère également que Jésus peut avoir été en faveur de la lutte, au moins dans ce cas apocalyptique, selon Ehrman. Il dit également que "Ça me fait repenser à mon avis que Jésus était un pacifiste intégral". "Et il en faut beaucoup chez moi pour me faire changer mon point de vue au sujet de Jésus."

Mais tout le monde n'est pas d'accord avec le point de vue de Martin. Bien que le document est une "contribution extraordinaire", pour Taussig, il est "presque impossible pour nous de savoir si les théories que proposent le professeur Martin sont historiquement valable ou pas." Établir la véritable histoire derrière les livres n'est pas une tâche facile à faire, étant donné que les Évangiles ont été écrites 40 à 60 ans après la vie de Jésus, par des gens qui n'ont pas été témoins des événements et dont les écrits ne sont pas de première main. Et comme on peut l'imaginer, il ya beaucoup de désaccord entre les chercheurs.

Paula Fredriksen, une historienne du christianisme antique à l'Université hébraïque de Jérusalem, dit que l'article de Martin a plusieurs trous "qui peuvent conduire des camions de travers." D'une part, elle ne pense pas qu'il est légitime de supposer puisque porter une épée était illégale dans la ville de Rome, les mêmes lois s'appliquaient obligatoirement à Jérusalem. Le contrôle de la ville n'était pas trop serré, soutient-elle, et le préfet romain la visitait que pendant la Pâque, pour aider à maintenir la paix. Et pendant ce temps il aurait été probablement impossible pour la police de surveiller les milliers de Juifs qui se déversaient à Jérusalem. Elle dit aussi : "Je ne peux même pas imaginer dans quel pétrin il était".

En outre, dit-elle, le mot grec utilisé dans les Évangiles que Martin interprète comme une épée signifie quelque chose de plus proche d'un couteau (poignard ?). Et ceux-ci pouvaient être facilement dissimulés, ajoute-elle. selon elle, "Seuls des professionnels", comme des soldats, auraient eu "des épées". Mais elle apprécie Martin qui s'est employer à "travailler son argument", car c'est ce que font les gens qui étudient la Bible dans un critère historique. Pour Fredriksen, la controverse est inévitable et l'argument est "amusant". Elle conclut que : "C'est un sport de contact."

L'étude historique de la Bible se renouvelle continuellement et comme le montre Dale Martin, elle permet de faire un sain débat qui permet de découvrir au mieux Jésus dans son contexte et de pouvoir lire la Bible avec un regard plus ouvert.

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Publié le 13 Septembre 2014

Roger Karban dans un excellent article de NCRonline.org datant du 30 août 2014 nous montre qu'il y a près de 40 ans, lors d'une conférence générale de clergé diocésain, Raymond Brown nous disait, "Il n'y a pas de prédictions sur Jésus dans toutes les Écritures hébraïques, comme nous les connaissons." Sa déclaration n'était pas une exégèse radicale; il représente l'opinion de la grande majorité des savants, catholiques et non-catholiques.

Si les prophètes ne sont pas prédictifs, que sont-ils ? S'ils n'annoncent pas la venue de Jésus, pourquoi sont-ils inclus dans nos Écritures ? Il existe deux définitions classiques des prophètes qui se recoupent. La première, celle du père Bruce Vawter : il enseignait que les "prophètes", "sont la conscience du peuple." Le second, Hans Walter Wolff : le savant insiste sur le fait que les "prophètes", "sont les gens de la communauté qui nous fournissent les conséquences futures de nos actions présentes."

Les prophètes sont les réformateurs de la communauté, ceux qui nous ramènent aux débuts de notre foi. Bien avant, que nous ayons développé une structure d'Église hiérarchique, ou même avant que nos ancêtres dans la foi aient commencé à considérer nos Écritures comme divinement inspirées, la façon dont la Bible accepta de discerner la volonté de Dieu dans nos vies est la surface de ce que nous apportent les prophètes dans notre milieu.

Nos auteurs sacrés présument que Dieu récompense toujours chaque communauté de foi avec des gens inspirés qui peuvent couper à travers les méandres de la religion organisée et nous ramener à ce que Dieu avait initialement prévu pour le peuple de Dieu. Pas étonnant que Paul, dans 1 Corinthiens 14, 1, encourage ses lecteurs, à "Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à celui de prophétie."

C'est pourquoi les prophètes bibliques rappellent constamment à leur public à "revenir à l'Éternel", don de se rapporter à Dieu, pas d'une institution, pas d'un ensemble de règles et de règlements, ou à une figure d'autorité ou de structure. Le peuple de Dieu devraient aller seul avec le Saint Esprit, la force essentielle dans leur vie quotidienne.

Pourtant, comme Jérémie, le souligne, les choses inquiétantes se produisent pour ceux qui osent aller vers un Autre suprême. La réforme qu'il prêche et sa propre relation avec l'Éternel est de détruire sa vie. Non seulement elle le force à rester célibataire, mais ses compatriotes juifs le considèrent comme un traître pour eux et leur pays. Comme il l'avance : "La parole de l'Eternel m'a apporté la dérision et le reproche toute la journée." Au cours du terrestre de Jésus de Nazareth, la plupart des gens ne le considéraient pas comme le Fils unique de Dieu, mais comme un prophète. Il fut historiquement rejeté et tué à cause de ses déclarations prophétiques et de son mode de vie, et non à cause de sa divinité.

Bien que le Jésus de Matthieu ne pousse jamais son enveloppe théologique près de l'imagerie de Jérémie, il rappelle souvent à ses disciples, comme il le fait dans la péricope d'aujourd'hui, que ceux qui projettent de le suivre devront d'abord mourir avec lui. Jésus contredit sans douleur la version du christianisme de Pierre, non seulement avec "Passe derrière moi, Satan !" mais aussi avec une déclaration mordante : "Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive." Puisque nous ne cherchons sûrement pas une crucifixion littérale, comment pouvons-nous imiter sa mort ?

De nombreux chercheurs sont convaincus que Jésus a initialement encouragé ses disciples à porter leur "tau", pas leur croix. Certains des juifs contemporains de Jésus emploient le tau - T - la dernière lettre de l'alphabet hébreu, comme un symbole du fait qu'ils étaient totalement ouverts à tout ce Yahvé voulait d'eux.

Si c'est le cas, porter sa croix ne se réfère pas à un supporter qui attend patiemment un moment dramatique de souffrance. Il décrit une relation continue, généreuse, ouverte et honnête avec Dieu, une quête quotidienne pour découvrir ce que Dieu veut de nous. Les imitateurs de Jésus savent exactement où Jérémie voulait en venir; une telle quête implique toujours une véritable mort pour soi, y compris beaucoup de douleur.

Pour quoi d'autre Paul pouvait faire référence quand il encourageait les Romains, "soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait ?" L'apôtre avait déjà découvert ce que portait son tau impliquait.

Dans un certain sens c'est dommage que tant de disciples de Jésus par la suite ont mis son ministère prophétique dans les oubliettes une fois qu'ils découvrirent sa divinité. Mais, d'autre part, l'adorer est beaucoup moins douloureux que de l'imiter.

Roger Kagan conclut de la plus belle manière ce que l'Église ne veut plus faire, imiter Jésus au lieu de charger de fardeaux ceux à qui elle devrait parler.

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Publié le 25 Août 2014

Kipa nous montre que le pape François a mis en garde contre une image sécularisée de Jésus. Beaucoup voient seulement aujourd'hui Jésus comme un grand prophète, un maître de sagesse et un modèle de justice, a-t-il dit, le dimanche 24 Août 2014, au cours de sa prière de l'Angélus sur la place Saint-Pierre.

Ce n'est pas un visage sécularisé de Jésus qu'ont les gens, car il est impossible d'enfermer la figure de Jésus dans un portrait unique. Les évangiles canoniques proposent quatre portraits de Jésus différents et complémentaires. Dans les Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) Jésus est nommé rabbin, prophète, Fils de l'Homme, Messie et Fils de Dieu, tandis que dans l'Évangile de Jean il est le Roi, l'Agneau de Dieu, le Messie, Le Fils de Dieu, le Fils de l'Homme ou la personnification de l'Esprit Saint. Les options sont nombreuses et il n'est pas anormal que la vision qu'on a de Jésus peut différer.

Aujourd'hui encore, tous les gens se posent la question de savoir la position qu'ils lui confèrent au lieu de le nommer Fils de Dieu, comme l'ont fait ses disciples auparavant, déclare le pape François devant des dizaines de milliers de pèlerins et de visiteurs. Il a invité la foule à répéter trois fois avec lui la phrase : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant".

Contrairement à ce que pense le pape François, Jésus n'a pas grand-chose à voir avec la révélation surnaturelle du Jésus-Christ propagée après coup. Et comme le signale Geza Vermes (Enquête sur l'identité de Jésus : Nouvelles interprétations, Bayard, 2003), le terme Fils de dieu servait aussi à désigner le Messie depuis le IIe siècle avant J.-C., mais semble aussi juste désigner par métaphore que Jésus était un juif pieux.

Donc, que le pape François n'ait pas d'inquiétude les gens sont mieux formés et peuvent maintenait mieux comprendre qui était Jésus à travers leurs lectures et leurs actes.

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Publié le 24 Août 2014

Dans la lecture de ce dimanche 24 août, nous voyons le passage de Matthieu 16, 13-20Pierre déclare que Jésus est le Messie. Pourtant en regardant de près ce passage, ce n'est pas la vision chrétienne qui se dessine mais bien celle d'un Messie politique car la christologie qui s’est développée à partir du Nouveau Testament éclipse souvent la messianologie originelle.

Jésus dans ce texte demande à ses disciples : "Mais vous, qui dites-vous que je suis ?" Et Pierre répond : "Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !"

Quand Pierre dit à Jésus qu'il est le Messie, il y montre ses espoirs politiques et non spirituels. Il désire à travers Jésus la libération de l'Empire romain et la restauration de la grandeur d'Israël (Chrétiens du Nicaragua : l'évangile en révolution, KARTHALA Éditions, 1980). Il faut dire que l'entourage de Jésus l'avait suivi mais dans la forme du Messie qu'ils espéraient eux-mêmes (Minnerath, Jésus et le pouvoir, Éditions Beauchesne, 1987). Ce n'est nullement comme l'annonce l'Évangile de Matthieu son "Père qui est aux cieux" qui lui a "révélé cela", mais son rêve de voir un Jésus politique prenant les armes contre Rome.

Comme le montre Roland Minnerath (Jésus et le pouvoir, Éditions Beauchesne, 1987), Jésus choisit d'être le Messie selon la vision de Zacharie IX, un roi pacifique des petits et des opprimés, contrairement à celle que souhaite Pierre. Mireille Hadas-Lebel (Une histoire du Messie, Albin Michel, 2014) de façon plus précise montre que les Messies juifs se prétendaient d'authentiques descendants de David, justes et bons comme le conseiller merveilleux d’Isaïe XI, humbles comme le roi monté sur un âne de Zacharie IX. Jésus ne différait pas d'eux dans cette prétention, sauf peut être dans ses méthodes. Il ne désirait pas utiliser la violence pour instaurer le Royaume de Dieu.

Jésus reprend Pierre et lui annonce : "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux."

Contrairement à ce que l'on pourrait croire dans ce passage, Jésus ne fonde pas l'Église, qui est ici encore une mauvaise traduction, car ekklesia en grec, veut dire assemblée, et dans le papyrus d'Éléphantine, le mot servait à désigner la synagogue, qui est une assemblée des croyants. Donc, Simon devenu Pierre ne sera que l'une des colonnes d'un mouvement purement juif. De plus, Jésus en donnant les clés du Royaume à Pierre ne le fait devenir que son vizir pas son successeur, car cette capacité de lier et de délier est un pouvoir juridique qui fait référence à la prérogative du vizir, lui permettant d’autoriser ou de refuser l’entrée dans le palais et l’accès au roi, et il avait également par ce dernier le pouvoir de lier et délier les affaires (Hyam Maccoby, Paul et l'invention du christianisme, 1987).

Enfin comme le dit l'Évangile de Matthieu : "Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ." Le fait que Jésus demande à ses disciples de taire sa prétention messianique, c'est afin d'éviter le risque que Rome puisse réagir, car le préfet de Judée Ponce Pilate n'hésitait pas à se débarrasser des gêneur sans procès. Il faut dire qu'au tournant du premier siècle, une révolte générale couve et Jésus pourrait devenir le symbole de la résistance juive face à l’occupation romaine. Il préfère la prudence à une mort trop précipitée.

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Publié le 3 Août 2014

À peine reconnu, Jésus rassemble ses disciples, probablement plus que les quatre disciples comme le suggère le « avant tout autre » aperçu plus haut, mais on ne peut savoir lesquels - même si les hypothèses que j'ai relaté plus haut permettent de remplir quelques vides -, et se rend en Judée :

« Après cela, Jésus se rendit avec ses disciples dans le pays de Judée ; il y séjourna avec eux et il baptisait. Jean, de son côté, baptisait à Aenon, non loin de Salim. Les gens venaient et se faisaient baptiser. »

Probablement dans la vallée du Jourdain, il baptise avec ses disciples, prenant le relais de l'action du Messie-Grand Prêtre, Jean, qui a dû déplacer ses activités en Samarie, à Aenon, signifiant « source », près de Salim, qui se situe à ’Aïn Fâr’ah, 12 km au nord-est de la ville de Sichem et de l'actuelle Naplouse, d'après Boismard et Robinson, et à proximité duquel se situe de nombreuses sources, un bon site pour pratiquer des baptêmes. De plus, Jean n'a pas choisi innocemment cet endroit, d'après James Tabor, car l'endroit se situait à l'intersection de la vallée de Jezréel et du Jourdain. C'était la route utilisée par les Galiléens pour se rendre au sud de la Judée pour l'automne prochain pour les fêtes de Roch Hachana, Yom Kippour, et de Soukkot (ou des Tabernacles). Jean se situait à la donc à la croisée des chemins, ou sur une voie nationale. Ce qui n'est pas sans conséquence, d'après James Tabor, car l'Année sabbatique 26-27 commence et termine en automne (mois de Tishri), celui de grandes fêtes juives, où l'on laisse la terre en repos, et donc une masse de paysans se retrouvent libres, de quoi provoquer un mouvement de masse, mais probablement pas un soulèvement de masse comme le pense notre universitaire. Donc les débuts du baptiste situait par les exégètes en octobre 27 serait tout sauf innocent. Qui plus est le choix de la préfecture de Judée, gouvernée depuis 26 par Ponce Pilate, où il ne sera pas menacé par Hérode Antipas qui semble maintenant bien décidé à agir contre Jean le Baptiste, démontre bien un plan coordonné avec Jésus, qui lui-même prêche en dehors de la zone d'influence du tétrarque, en Judée, et probablement à proximité du sud de la Judée emprunté par les Galiléens. Ici, tel que le suggère la prophétie de Zacharie 6, 3, l'action est commune et concerté vu le choix des sites baptismaux : « et tous deux témoigneront d'une entente parfaite entre eux », et signifie donc l'arrivée prochaine de Dieu.

« Or il arriva qu'une discussion concernant la purification opposa des Juifs à des disciples de Jean. »

Il est peu probable que cette discussion comme l'on pensait des exégètes tel que Maurice Goguel, R. Meyer et Bultmann marquerait la rupture entre le mouvement de Jésus et celui de Jean ou, d'après André Chouraqui, qu'il aurait existé des tensions entre les deux groupes, mais ce serait plutôt un débat qu'il y avait entre les différentes sectes juives. Peut-être des débats avec d'autres groupes baptistes, tels celles cités parmi les sept hérésies juives par Hégesippe (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, 4, 22, 7), tels les Masbothéens et les Héméropatistes, ces derniers étant cités par le Talmud, qui rapporte un épisode entre les Pharisiens et ces derniers, qui réitérait le baptême chaque jour. Serait-ce les mêmes qui se serait opposé à la vision de Jean d'un seul baptême purificateur ? Ou les voisins proches de Jean, la communauté de Qumran, dont j'ai montré dans l'article précédent que la vision de Jean différait de la leur sur les Deux Messies, mais aussi probablement sur la purification. Comme l'indique David Flusser : « Étant persuadé que les Esséniens s'étaient trompés en divisant Israël et en se constituant en une secte séparée, Jean le Baptiste proposa à l'ensemble du peuple d'Israël l'option du rite de l'immersion sans changer de vie. » ( Les sources juives du Christianisme. Une introduction, éditions de l'éclat, Paris-Tel Aviv, 2003, p. 66-67.) On peut comprendre qu'il soit né une discussion entre les deux groupes à ce sujet si il remettait en cause tout ce que les Esséniens avait appris jusqu'ici.

Cependant, un débat avec les Pharisiens ne peut être tout à fait rejeté, car André Chouraqui donne du verset 36 une position originale qui dans la version primitive suivait peut-être le débat (ce qui est entre parenthèse sont mes modifications) :

« Celui qui croit au Fils a (le Royaume de Dieu) ; celui qui n'obéit pas au Fils ne verra pas l(e royaume), mais la colère de Dieu demeure sur lui. »

Dans le texte actuel, on a la « vie éternelle » et la « vie », mais d'après l'article de Jacques Buchhold, L'évangile de Jean, une traduction des « synoptiques » (in ThEv vol. 4, n° 1, 2005, p. 22-23), à l'origine ce serait le terme « Royaume de Dieu » qui recouvrait dans l'évangile de Jean les mêmes réalités eschatologiques que ceux des synoptiques (Matthieu 19). Ce qui rend d'ailleurs d'un point de vue juif ce passage plus compréhensif. D'après Chouraqui, la pensée de Jean serait ici dirigée contre les cercles pharisiens, qui prêchaient le rassemblement d'Israël non autour d'un homme, mais de la Torah. Mais cette vision est minoritaire parmi les exégètes, car il est peu probable que les Pharisiens, comme la plupart des Juifs pratiquants, passait par la Samarie, même s'ils habitaient en Galilée comme Hillel, pour aller en pèlerinage à Jérusalem surtout depuis que les Samaritains avaient jeté un cadavre dans le Temple. Mais rien n'empêche de la retenir quand on se rappelle que certains Sages pharisiens puis les rabbis jusqu'en 150 ont considérés les Samaritains comme des membres du peuple d'Israël, à l'image de Jésus, ce qui n'était donc pas un phénomène isolé et explique la participation des Samaritains à la Guerre Juive de 66-70. Donc le point de Chouraqui n'est pas sans intérêt pour ce passage précis.

Ensuite, Jean est interpellé par des disciples inquiets :

« Ils vinrent trouver Jean et lui dirent : « Rabbi, voici qu'il se met lui aussi à baptiser. » Jean leur fit cette réponse : « Celui qui a l'épouse est l'époux ; quant à l'ami de l'époux, il se tient là, il l'écoute et la voix de l'époux le comble de joie. »

Les disciples de Jean semble avoir été surpris que Jésus baptise également. Il faut dire que ce dernier n'a mis au courant du rôle de Messie-royal de Jésus que deux disciples. Pourquoi ? Probablement pour qu'il ne soit pas menacé lui aussi par Hérode Antipas. La suite lui donnera raison. Il décide donc d'expliquer à ses disciples que ce que fait Jésus l'est avec son accord avec une réponse qui est on ne peut plus clair : « Celui qui a l'épouse est l'époux ; quant à l'ami de l'époux, il se tient là, il l'écoute et la voix de l'époux le comble de joie. » L'ami de l'époux était le garçon d'honneur chargé de vérifier la soumission aux prescriptions en matière de pureté rituelle, et surtout de parer et de conduire la fiancée au domicile du futur époux. C'est probablement ce dernier aspect que l'on met en valeur ici. Une allusion nette au rôle du Messie, chargé de préparer et conduire Israël vers Yahvé, qui dans l'Ancien Testament est comparé à l'époux d'Israël, comme le montre les nombreuses références du livre d'Osée à ce sujet. L'époux, ici, ne concernerait donc pas Jésus dans cette tradition mais Dieu et l'ami de l'époux serait, en fait, les Deux Messies chargés de préparer Israël, son épouse, au retour prochain de Dieu. Une réponse qui semble avoir été comprise par les disciples de Jean, le maître reconnaissant devant tout le groupe la messianité royale de Jésus. Mais assez obscur pour que les espions d'Hérode Antipas ne puisse la saisir, surtout si l'on songe que parmi les premiers chrétiens, notamment ceux qui furent à l'origine de la rédaction de l'évangile de Jean entre 88 et 95, ce ne fut pas le cas non plus, car ces derniers n'avaient pas les référents hébraïques nécessaires pour comprendre ce passage.

Jacques Tissot

Jacques Tissot

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Publié le 8 Juin 2014

Croire que Jésus est en vie est une chose, mais pour que le mouvement continue, les disciples doivent convaincre les autres que Jésus est bel et bien ressuscité. Une tâche ardue. C'est pourquoi beaucoup pensent qu'un autre événement a été crucial pour la survie du mouvement, il s'agit de la Pentecôte. Entre temps, ils ont passé leur temps à prier ensemble. C'est cet événement religieux qui transforme le groupe du moins le croit-on.

L'épisode de la Pentecôte est souvent considéré comme le début de l'Église chrétienne, mais il représente une menace, dans l'ambiance de l'ancienne Jérusalem où des habitants rappellent que les messies provoquent des représailles à grande échelle. Pierre et les disciples doivent susciter des craintes légitimes. Ils annoncent le Royaume de Dieu et le rendent réel à travers l'organisation de leur groupe.

Il sont privés de chef et une expérience commune les rapproche, elle les motive, les encourage à prêcher, à convertir, à partager leur expérience. Expérience pas si sûr, car les disciples auraient pu décider de proclamer le Royaume de Dieu après une longue réflexion qui aurait pu durer 2 ans, le temps d'organiser le groupe. Le fait de parler des langues différentes n'est pas étonnant, car pour faire du commerce les disciples devaient savoir parler le grec et l'araméen, tout en sachant lire et parler l'hébreu pour la synagogue.

Il y a également le fait que le groupe devait déjà être organisé. Le nouveau groupe n'avait pas attendu béatement que Dieu vienne détruire le mal et instaurer le Royaume de Dieu, Pierre construit déjà une société modèle au sein de la nouvelle enclave. Il supervise un système communautaire où les biens sont partagés, où chacun se soutien. Ce style de vie radicale n'est pas isolé au 1er siècle. Ce que les disciples proposaient c'était le modèle du Royaume de Dieu à travers l'organisation du groupe.

Le fait de proclamer la venue du Messie et la nouvelle ère messianique est une revendication politique. Les Juifs de Jérusalem étaient quotidiennement confronté au pouvoir des Romains. Ils savaient que César ne tolérait aucune remise en question de son pouvoir. Le fait de proclamer un nouveau roi signifiait que la vie des Juifs était menacée parce que le gouverneur romain n'accepterait aucun chef suprême en dehors de César.

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La Pentecôte ou la naissance d'un mouvement politique juif

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