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Publié le 5 Mai 2014

theglobaldispatch.com dans son article du vendredi 02 mai 2014 nous montre qu'un groupe d'archéologues espagnols travaillant en Égypte a trouvé un portrait à côté d'un tombeau dont certains disent qu'il pourrait être une représentation anticipée de Jésus-Christ.

Selon le rapport du Huffington Post, une mystérieuse série de tombes datant du VIe et du VIIe siècles ont été découvertes par une équipe catalane, après 20 années de fouilles et avoir retiré 45 tonnes de roche.

Le chercheur principal, Josep Padró dit que l'image montre le Christ sur un mur de roche : "[c'est] la figure d'un jeune homme, aux cheveux bouclés, vêtu d'une tunique courte avec sa main levée comme pour donner une bénédiction." Padró déclare à La Vanguardia que "Nous pourrions avoir affaire à une très ancienne image de Jésus-Christ".

Le reportage local dit que d'autres images coptes ont été trouvés dans les tombes, et que ces images sont protégé par toute une équipe de traducteurs qui est assemblé pour traduire les inscriptions trouvées dans les tombes. Ceci est le dernier des nombreux objets anciens trouvés que l'on pensé être connecté avec Jésus de Nazareth.

En 2011, des archéologues travaillant à proximité de la mer de Galilée avaient découvert un livret âgé de 2000 ans avec ce qui était alors considéré comme l'une des plus anciennes représentations de Jésus. Le livret aurait porté l'inscription "Sauveur d'Israël". L'identité de ce livret est questionnée.

Le découvertes archéologiques ont le charme de toujours faire des découvertes intéressantes et attendons de voir ce que vont donner celles-ci dans ces tombes égyptiennes qui peuvent livrer des renseignements sur le christianisme de cette époque.

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Josep Padró, d'une équipe archéologique en Égypte aurait trouvé le plus ancien portrait de Jésus-Christ

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Publié le 20 Avril 2014

Le thème de la résurrection devint un des thèmes de l'Église pré-conciliaire notamment dans l'exégèse moderne. Il fut considéré comme une question de l'apologétique, une preuve afin de garantir ce que Jésus avait dit et fait, mais pas le cœur même de la foi chrétienne, et elle fut à attaché à la rédemption future.

Par conséquent, il n'est pas étonnant que FX Durrwell, livra un travail de la théologie biblique en 1950, qui trouva une oreille réceptive, ensuite le Concile Vatican II inaugura un intense de travail exégétique et théologique sur la résurrection dans les années 1960 et au début des années 1970, par exemple, en 1966 Pierre Benoit, avec La Passion et la Résurrection de Jésus-Christ et Léon-Dufour en 1971, avec La Résurrection et le Message de Pâques. Ce ferment exégétique ne passa pas inaperçue à Rome, et les exégètes furent invités à tenir un séminaire sous l'égide du Vatican en 1970, pour afficher le fruit de leurs travaux historiques. Parmi ces qui firent des présentations se trouvaient B.M. Ahern, R.E. Brown, J. Dupont, A. Feuillet, J. Guitton, J. Kremer, M.-J. le Guillou, X. Léon-Dufour, et C.M. Martini, et les participants furent abordés par Paul VI. Les théologiens à propos de la résurrection auraient bénéficié d'une certaine ouverture sur les études historico-critiques qui se divisa entre une théologie modérée d'un Gerald O'Collins ou d'un Raymond Brown en 1973, et les présentations plus radicales d'un Hans Küng et d'un Edward Schillebeeckx en 1974.

Gerald O'Collins en 1973, dans The Resurrection of Jesus Christ (The Easter Jesus) fait appel à des études bibliques récentes sur la résurrection. Il suggère, par exemple, que deux traditions authentiques mais distinctes sont à l'origine des récits évangéliques de la résurrection. La première est l'apparition de Jésus à Pierre et aux Douze, et de l'autre les femmes visitant le tombeau vide, ce n'est que progressivement que ces deux traditions furent réunies, d'abord dans l'Évangile de Marc, puis dans celui de Luc, et enfin sous forme entièrement intégrée dans Jean. Il pense aussi qu'il est plausible, malgré "un point mineur" que la première apparition avait eu lieu en Galilée. L'épisode du tombeau vide est pour lui une pièce importante. Raymond Brown lui dans The Virginal Conception and Bodily Resurrection of Jesus en 1973, pense que la résurrection corporelle de Jésus est un élément sûr. Pour Brown l'historicité du tombeau vide ne fait également aucun doute. En ce qui concerne Joseph d'Arimathie, il écrivait : "Il est pratiquement certain que ce n'était pas le fruit de l'imagination chrétienne, on se souvenait précisément de lui parce qu'il a joué un rôle de premier plan dans la sépulture de Jésus, et donc il y avait quelqu'un qui savait exactement où Jésus avait été enseveli." Et dans l'élaboration de ses conclusions définitives à propos de la résurrection de Jésus, il écrit : "Et donc à partir d'une étude critique de l'évidence biblique, je jugerais que les chrétiens peuvent et doivent continuer de parler d'une résurrection corporelle de Jésus. Nos premiers ancêtres dans la foi proclamèrent une résurrection corporelle dans le sens où ils ne pensaient pas que le corps de Jésus avait été corrompu dans la tombe."

Hans Küng dans Être chrétien en 1974 nous dit que Paul dans I Corinthiens n'en parle jamais, et il ne "pouvait imaginer la résurrection dans le sens d'être revêtu d'un corps nouveau qui nous attend déjà dans les cieux" et donc il aurait pu supposer que le corps de Jésus est resté dans le tombeau. Mais même si Paul "ne pouvait pas imaginer une résurrection sans un tombeau vide ..." Sa foi en la résurrection ne repose ni sur le tombeau vide, ni sur certains événements du matin de Pâques. Pour Hans Küng, "Il n'est guère possible, par conséquent, de réfuter l'hypothèse que les histoires de la tombe vide comme des élaborations mythiques du message de la résurrection." Il suffit de noter les difficultés rencontrées par les disciples qui ont dû prêcher Jésus ressuscité à Jérusalem tandis que son corps était dans la tombe, un problème que reconnaît Hans Küng, mais il note la période écoulée entre l'enterrement et la prédication qui aurait rendu la vérification du corps difficile, ou bien que la prédication, elle-même, n'aurait pas eu de retentissement dans à Jérusalem. Pour Hans Küng le tombeau vide "ne peut fournir aucune preuve de la résurrection." Hans Küng en vient à la conclusion que la foi en Jésus ressuscité est indépendante du tombeau vide. Enfin Hans Küng affirme que, bien que la résurrection n'est pas un événement historique, ni un miracle, elle est en quelque sorte un événement réel. Le tombeau vide n'est pas l'affirmation d'une réanimation du corps de Jésus, pour Hans Küng, tous ses aspects corporels ont été laissé derrière lui.

Edward Schillebeeckx va plus loin dans Jezus, het verhaal van een levende en 1974, nous disant que l'épisode du tombeau est légendaire, de même que les apparitions après la résurrection le sont. Ce n'est pas le tombeau vide et les apparitions après la résurrection qui ont amené les disciples à croire que Jésus était ressuscité, mais ils en possédaient déjà que la croyance qu'ils ont ensuite sur une certaine période rempli par la création des histoires du tombeau vide et sur les apparitions. De cette façon, la question fondamentale de l'existence de ces évènements est renversée : le tombeau vide est née de pèlerinages au tombeau et des liturgies qui y étaient célébrées. L'histoire des femmes au tombeau est une légende, tandis que Luc compte les apparitions après la résurrection selon un modèle hellénistique. Nous ne devons pas nous se soucier se trouvant dans le tombeau parce qu'il suit "l'eschatologie de la résurrection des corps, qui théologiquement parlant, n'a cependant rien à voir, avec un cadavre."

Le dominicain Jacques Pohier en 1977 dans la revue Concilium, lui nous dit que les témoins de la résurrection ne croient pas en Jésus ressuscité, car ils l'ont rencontré de leur vivant, mais c'est leur foi en Jésus qui leur fait croire en Jésus ressuscité, et dire qu'il était ressuscité. En 1984, Thomas Sheehan écrivit un avis dans un livre concernant la résurrection. Son titre était “Revolution in the Church”, et sa première ligne est explicite : "Le démantèlement de la théologie catholique traditionnelle, par les catholiques eux-mêmes, est désormais un fait accompli." Les histoires sur la résurrection, nous dit Sheehan, sont «en contradiction l'une avec l'autre», qui est l'une des raisons pour lesquelles il en vient à la conclusion qu'ils "ne sont pas des récits historiques, mais les mythes religieux." Alors que selon lui le tombeau de Jésus a sans doute été trouvé vide, les histoires d'apparitions "sont relativement des légendes tardives" puisqu'elles figurent dans Matthieu et Luc aux environ de l'année 85, et en dernière analyse, "ils ne sont pas essentiels à la foi chrétienne". Simon, après la mort de Jésus, s'était rendu à Capharnaüm, et il avait eu une "expérience révélatrice", ce qui a peut-être été rien de plus qu'une réflexion "sur la vie et le message" de Jésus. Sheehan essaie ensuite d'imaginer ce que le contenu de ce message aurait pu être : "Jésus allait bientôt revenir dans la gloire pour inaugurer le royaume de Dieu !" Après cette expérience, Pierre parla à ses condisciples sur ce sujet. Pas d'apparitions, pas besoin de se demander si le tombeau était vide ou non, et donc, pas de résurrection qui conduisit à une apparition à Simon pour qu'il puisse recouvrer la foi en Jésus ressuscité. Au contraire, l'expérience révélatrice de Simon vient en premier lieu et elle fut formulée plus tard comme la résurrection de Jésus, mais cette expérience pourrait être, et était probablement, exprimé d'une autre manière au sein des premier Chrétiens.

John Dominic Crossan, un ancien prêtre Servite, nous montre dans The Historical Jesus : The Life of a Mediterranean Jewish Peasant, en 1991, la reconstruction savante du Jésus historique prend la place de celui de la foi. Et sa reconstruction de la résurrection n'est pas "sur les origines de la foi chrétienne, mais sur les origines de l'autorité chrétienne", il démontre la rivalité pour le leadership dans l'Église primitive qui sont exprimé dans les différentes histoires au sujet de Pierre, et dans l'Évangile de Jean, sur le disciple bien-aimé courant au tombeau.

La plupart des chercheurs pensent aujourd'hui que quelque chose s'est réellement passé. Les disciples auraient eu des expériences réelles. Ils crurent avoir vu Jésus ressuscité. Et la plupart de ces chercheurs pensent que les disciples ont vraiment vu quelque chose, qu'ils eurent des expériences réelles. Mais la majorité des savants qui admettent que Jésus leur est apparu, répugnent à un corps physique et ils pensent qu'il y avait une sorte d'esprit vaporeux ou bien quelque chose d'autre, un corps glorieux qui pourrait être physique. Le débat reste ouvert.

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La résurrection de Jésus selon l'exégèse moderne

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Publié le 19 Avril 2014

b) La formation des disciples :

Il décide donc de s'éloigner de la Galilée, où d'après Marc, il ne reviendra qu'à une reprise, et dans le plus grand secret (9, 30 : « Jésus ne voulait pas qu’on le sache »), pour se protéger des poursuites du « renard » dont il est un des sujets et organiser le groupe des disciples pour la venue du Royaume.

Il restructure probablement d'abord son groupe autour de ses plus proches, sa famille, les douze, dont les noms fluctuent (la multiplication des pains a donc aussi divisé son cercle le plus proche), et du groupe des femmes. Puis, il décide de reprendre leur formation en main car ses disciples, en grande majorité galiléen comme la foule de la multiplication des pains, sont encore pollués par une vision glorieuse et guerrière du Messie. Le film Le Rois des Rois de Nicholas Ray restitue d'ailleurs très bien ce moment charnière.

D'abord, il annonce à ses disciples que la venue du Royaume n'est pas une réalité lointaine mais proche : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair » (Luc 10, 18), c'est-à-dire l'adversaire de Dieu, l'empereur de Rome, Tibère, et que « parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance » (Marc 9, 1). Les disciples ont toutes les raisons d'être optimistes.

Il doit, cependant, modérer leur enthousiasme, le Royaume ne viendra pas à la manière des rebelles galiléens, mais par leur action de prédication de la Bonne Nouvelle : « Le Royaume de Dieu est en vous » (source Q 17, 21 dans Frédéric Amsler, id.) Raison pour laquelle, tel qu'il l'annonce dans la paraboles des Mines, les disciples ne peuvent se contenter de leurs acquis : « Méchant esclave, tu savais que je moissonnais où je n'avais pas semé et que je ramassais où je n'avais pas répandu ? Il te fallait donc placer mon argent chez les changeurs ! Et à mon retour, j'aurais retiré mon bien avec intérêt. Enlevez-lui donc cette mine et donnez-là à celui qui a dix mines. Car, à tout homme qui a, on donnera, mais celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé. » (source Q 19, 22-26 dans Frédéric Amsler, id.) Et doivent comprendre les effets immédiats de la venue du Royaume : « Beaucoup sont appelé, mais peu sont élus » (Matthieu 22, 21) ; « Entrez par la porte étroite, car beaucoup chercheront à entrer et peu nombreux ceux qui la (franchissent). » (source Q 13, 24 dans Frédéric Amsler, id..) Car C'est Yahvé, « le plus fort » de Jean le Baptiste, en personne qui fera venir le Royaume, et non Jésus, tel que le montre la prière du « Notre Père » : « Que ton règne vienne » (source Q 11, 2b dans Frédéric Amsler, id.). On comprend donc le propos de Simon-Pierre, qui ne figurait probablement pas à l'origine dans le récit de l'appel de l'homme riche mais plutôt après ces appels à l'urgence : « Eh bien ! nous, nous avons tout laissé pour te suivre. » (Marc 10, 28.) Cependant, Jésus par la symbolique, les rassure, car ce sera un Israël restauré, dont les Douze seront les représentants, à l'image de celui de Daniel 7, 13-14, qui jugera aux côtés de Dieu : « Alors on verra le Fils de l’homme venir, entouré de nuées, dans la plénitude de la puissance et dans la gloire » (Marc 13, 26). Raison pour laquelle, c'est le peuple d'Israël qui est visé par cette annonce : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » (Matthieu 15, 24.) Cette restauration sera, toutefois, terrible : « Car tel l'éclair qui surgit de l'Orient et étincelle jusqu'à l'Occident, ainsi sera le Fils de l'homme lors de son jour. » (source Q 17, 24 dans Frédéric Amsler, id.) Et Jésus en a bien conscience : «C’est du feu que je suis venu jeter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (source Q 12, 49 dans Frédéric Amsler, id.)

Cependant, le Royaume de Dieu n'est pas fermé, comme celui des membres de la « quatrième philosophie », c'est-à-dire des rebelles galiléens, et des Esséniens, il est ouvert à tous, car la restauration d'Israël profitera à toute l'humanité : « Et beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident et s'attableront avec Abraham et Isaac et Jacob dans le royaume de Dieu. » (source Q 13, 29-28 dans Frédéric Amsler, id.) Le retour de Dieu sera festif, joyeux, un banquet messianique, au cours duquel Dieu récompensera, en effet, tous les hommes de bien, peu importe leur origine : « toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Matthieu 25, 40), et ceux qui auront suivi Jésus : «Amen, je vous dis qu’il n’est personne qui aura quitté maison ou frères ou sœurs ou père ou mère ou enfants à cause du royaume de Dieu qui ne reçoive de nombreuses fois autant, et il héritera de la vie éternelle » (Proto-Matthieu, version Phlippe Rolland.) Dans une société où l'ordre établi sera renversé : « Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers » (source Q 13, 20 dans Frédéric Amsler, id.) ; « Quiconque s'élève sera abaissé et qui s'abaisse sera élevé » (source Q 14, 11 dans Frédéric Amsler, id.). Ce qu'il dit dans la clandestinité, et non le secret, à ses disciples est donc dans la droite ligne des Béatitudes (source Q 6, 20-23 dans Frédéric Amsler, id.) : « Bienheureux, vous les pauvres, parce que le règne de Dieu est à vous. Bienheureux, vous les affamés, parce que vous serez rassasiés. Bienheureux vous les endeuillés parce que vous serez consolés. » Message révolutionnaire car dans le Royaume ce ne sera pas les importants, qui composent avec les Romains et leurs collaborateurs, qui seront récompensés mais leurs victimes, les petits paysans, propriétaires et les commerçants, qui ont vu la pression fiscale augmenté et se retrouve confronté aux tentatives d'Hérode Antipas, le tétrarque de Galilée et de Ponce Pilate, le préfet de Judée, de modifier leur culture en introduisant l'hellénisme, auquel a succombé une partie de l'élite. Jésus dit donc à ses disciples que Dieu a enfin entendu les cris de son peuple comme au temps de l'Exode. C'est la raison pour laquelle, rien de ce qu'il a dit dans la clandestinité ne doit être dissimulé quand le temps sera venu : « Il n'y a rien de voilé qui ne sera pas dévoilé ni de caché qui ne sera pas connu. Ce que je vous dis dans l'obscurité, dites-le en pleine lumière, et ce que vous entendez à l'oreille, proclamez-le sur les toits. » (source Q 12, 2-3, dans Frédéric Amsler, id.) Bien conscient qu'un tel message amènera la division, et mal compris la violence, jusqu'au sein même de la famille : « Pensez-vous que je sois venu jeter la paix sur la terre ? Je ne suis pas venu jeter la paix mais l'épée. Car je suis venu diviser fils contre père et fille contre sa mère et belle-fille contre sa belle-mère. » (source Q 12, 51, 53, dans Frédéric Amsler, id.)

Ces propos, dont certains peuvent paraître proche des disciples de Judas le Galiléen, influent dans leur région d'origine, provoquent l'excitation des ses disciples, qui ne les entendent que d'un point de vue très humain. Pour eux, le Royaume est une réalité qui n'est pas ouverte mais fermée autour du seul groupe choisi par Jésus, à l'image des rebelles galiléens et des esséniens, dont les bouillants Jacques et Jean, fils de Zébédée, surnommée par les lui les « fils du tonnerre » sont les dignes représentants : « Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas » (Marc 9, 38) ; « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu tombe du ciel et les consume ? » (Luc 9, 54.). Un royaume où ils se voient siéger comme des rois auprès de Jésus et pour lequel il se dispute les places d'honneur. Il doit mettre les points sur les i au sujet de la venue de Dieu avec des phrases très dures, envers Simon-Pierre : « Passe derrière moi, Satan! - qu'il faut traduire soit par adversaire ou pire partisan des romains - Car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes! » (Marc 8, 33, qui pour John P. Meier était à l'origine isolé du récit de l'annonce de la mort et de la résurrection par Jésus), et Jacques et Jean : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés. Car le Fils de l'homme est venu, non pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver » (Luc 6, 55-56, addition) ; « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous » (Marc 10, 40); « siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder : ce sera donné à ceux pour qui cela est préparé » (Marc 9, 40). En effet, ce royaume n'est pas celui des hommes mais de Dieu, où Jésus se met au service des autres pas au-dessus des autres : « Les rois des nations les commandent en maîtres, et les grands personnages leur font sentir leur pouvoir. Mais cela ne se passe pas ainsi parmi vous. (...) si l'un de vous veut être grand, il doit être votre serviteur, et si l'un de vous veut être le premier, il doit être l'esclave de tous. Car le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour se faire servir, mais il est venu pour servir. » (Marc 9, 42-45.) Ce que ne comprend pas non plus sa famille, qui elle aussi, garde cette vision trop humaine (Jean 7, 3), et à qui il une violente remontrance : « Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère. » (Marc 3, 34). Un dit plus à sa place à un moment où Jésus, dans la clandestinité, serait revenu à Capharnaüm, y ameutant la foule devant sa maison, et inquiétant sa famille qui lui conseillait la prudence. Il est possible que ce dit fut prononcé pour protéger sa famille d'une arrestation toujours possible en Galilée, mais aussi avec une arrière pensée : faire comprendre à sa famille que Dieu va plus loin que les liens du sang, même si ils sont appelés à gouverner avec Jésus en tant que famille régnante aux côtés des disciples qui constitueront l'administration de ce nouveau royaume.

L'objectif de Jésus est Jérusalem, la ville sainte où Dieu demeure dans le saint des saints du Temple. Un épisode est clair à ce sujet celui de la Transfiguration, rapporté par Luc, que Marie-Émile Boismard jugeait être indépendant de celui des évangiles de Marc et Matthieu. Ici, Jésus parle avec « deux hommes » (Luc 9, 30a) « de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem » (Luc 9, 31b). Ce récit de la Transfiguration a un degré d'authenticité que n'a pas celui de Marc et Matthieu, car on dirait une réunion préparatoire au grand projet de Jésus qui démarrera à la fête des Tentes de l'an 29 qui a été transformé en révélation probablement par Simon-Pierre, Jacques et Jean, qui sous la fatigue et la présence de nuages bas sur le mont Hermon qui réfléchissaient le soleil, ont cru assisté à un événement merveilleux, qui a probablement eu lieu après la question de confiance. D'ailleurs, c'est à partir de là que Luc nous dit que « Jésus prit résolument la route de Jérusalem » (Luc 9, 51b).

Jésus, afin de préparer ce voyage, doit créer des réseaux pour le soutien logistique dont il aura besoin afin de convaincre les autorités juives qu'il est venue, en tant que Messie, préparer la venue immédiate du Royaume.

c) L'organisation de réseaux :

Les villes visées sont particulièrement Béthanie (Jean 11, 1 ; Marc 11, 1, 11, 12 ; 14, 3), Jéricho (Luc 10, 30 ; Marc 10, 46), Bethphagé (Marc 11, 1), qui sont essentielles afin de pouvoir installer un groupe dans un axe autour de la ville de Jérusalem, où il fera de même et pourra trouver des bastions nécessaires à une installation qui pourra être définitive. Le choix de Bethphagé est tout sauf innocent quant on sait que c'est une ville de prêtres, il cherche donc des alliés au sein même du Temple. Et, Jésus semble avoir créé d'excellents réseaux, car quand il vient à Jéricho, il est déjà connu (Marc 10, 46, 48), et il compte des amis proches à Béthanie, Marthe, Marie, et leur frère Lazare (Luc 10, 38-39 ; Jean 11, 1) et peut-être Simon le lépreux (Marc 14, 3), la ville devenant son quartier général en Judée, tout comme Capharnaüm l'avait été en Galilée. Ici, on peut probablement voir l'action de l'intendant du groupe de Jésus, Judas Iscariote, probablement le seul Judéen parmi ses disciples, et qui semble avoir été un notable, qui a pu jouer de relations possibles avec des membres du Sanhédrin ou des prêtres du Temple de Jérusalem, qui pourrait expliquer la grande proximité qu'on lui prête avec ses derniers (Marc 14, 10 ; Matthieu 27, 4). Et, dans la province, ce qui augmente ses opportunités d'audience, il a d'excellentes relations avec les Pharisiens, car ceux-ci prennent plaisir à discuter avec ce maître qui a un enseignement nouveau, même s'il n'approuve pas sa trop grande mansuétude de table avec les pécheurs, à tel point qu'il l'invite à manger (Luc 11, 37). Il faut dire, que comme Jésus, c'est une « secte » très centrée autour de l'importance des repas, où l'on débat de façon animé, ce qui explique que les déclarations très dures de Jésus étaient tout sauf mal vu même à propos de l'hypocrisie de certains de ses membres (source Q 11, 39- 44 dans Frédéric Amsler, id.), ces derniers s'y retrouvant probablement quand on se rappelle les 7 types de Pharisiens que l'on retrouve dans le Talmud (Sotah 22b), dont les 6 premiers ressemblent beaucoup à ceux hypocrites de Jésus :

« 1). Les « Forts d’épaule », Ils écrivent leurs actions sur leur dos pour se faire honorer des hommes. 2). Les « Pointilleux », qui vont par les rues, traînant, pour se faire remarquer ; en faisant de petits pas sans lever les pieds. 3). Les « Cogne-tête, » ceux là ferment les yeux, soi-disant pour ne pas voir les femmes et vont se cogner le front contre les murs. 4)... Les « Humbles renforcés » qui marchent pliés en deux. Ils se montrent comme s’ils avaient déjà tout accompli, et veulent en faire plus. 5)... Les « Pharisiens de calcul » qui ne pratiquent la Loi que pour avoir les récompenses qu’elle promet, et non par amour pour Dieu. 6)... Les « Pharisiens de la peur », qui ne font le bien que dans la crainte du châtiment. 7)... Les « Pharisiens du devoir », ceux là sont les bons. »

Jésus ne se contente pas de créer des réseaux mais recrée aussi ceux déjà existant, qui lui sont favorables. Son voyage au-delà du Jourdain (Marc 10, 1 ; Jean 10, 40) en est révélateur car il se rend « à l’endroit où Jean avait commencé à baptiser » (Jean 10, 40) et semble y avoir demeurer un certain temps d'après les deux évangiles. Ce faisant il ne fait que revendiquer son rôle de successeur du Baptiste, ayant déjà été associé à la mission de ce dernier en tant que Messie-Roi au début de son ministère. Et il pourra aussi espérer s'appuyer sur ces réseaux que le Baptiste a installé en Samarie (Jean 3, 23), pouvant expliquer l'accueil dans un village dans Luc 9, 56. Dosithée semble avoir été un de ses disciples et la conversion de son disciple, Simon, par le diacre Philippe (Actes 8, 9-13), semble montrer que les deux groupes s'entendaient bien mais pas sans heurts. Jésus semble n'avoir pas eu trop de difficultés pour ressusciter le mouvement, brisé pour un temps par Hérode Antipas : « Et là, ils furent nombreux à croire en lui. » (Jean 10, 41) Il pourra donc compter sur lui pour son futur projet.

Le choix de viser aussi la Samarie est tout sauf accidentel. En effet, le projet de Jésus invite aussi à dépasser les clivages, notamment entre Juifs et Samaritains, car la venue du Royaume signifierait la réunion des Douze tribus d'Israël, et donc des Juifs avec les Samaritains. D'ailleurs, Jésus ne l'annonce-t-il pas en choisissant les Douze ? Dans la parabole du Bon Samaritain, il prend ainsi, en exemple, un Samaritain qui fait preuve de bonté envers un Juif laissé pour mort par des brigands sur la route de Jéricho, une chute choquante qui dépasse le simple « aime ton prochain comme toi-même » pour aller plus loin : « aime celui que tu crois être ton ennemi ». Probablement pour le scribe qui a posé la question, mais peut-être pas pour tous les Pharisiens. Certains Sages puis Rabbis, jusqu'en 150, considèrent les Samaritains comme des membres du Peuple élu. D'ailleurs, ces derniers se battront aux côtés des Juifs lors de la guerre juive de 66-70. Mais cela ne va pas de soi, le message de Jésus a du mal à atteindre l'autre membre du peuple élu, ce qui explique son mauvais accueil dans un village (Luc 9, 52-53) parce que celui-ci ne se rend pas au mont Garizim, l'équivalent, pour eux, du Temple de Jérusalem. Peut-être aussi parce qu'il invite à dépasser les lieux cultes, tout en insistant sur la primauté spirituelle des Juifs : « l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs » (Jean 4, 21-22). Ce que montre très bien, comme l'a remarqué Oscar Cullmann (Jésus et les révolutionnaires de son temps, Les éditions Labor et Fides, 1973), la place qu'à le Temple pour lui dans la religion juive : « Quand donc tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande » (Matthieu 5, 23-24.) Ce faisant, en ne remettant pas en cause le culte sacrificiel comme les Esséniens, il ne peut que s'attirer la sympathie des prêtres et des lévites qui exercent au sein du Temple, ce qui encourage les probabilités de succès à Jérusalem.

C'est donc avec beaucoup de confiance que Jésus monte à Jérusalem pour la fête des Tentes de l'an 29 pour un séjour qui sera marqué de symboles forts pour le long projet de Jésus qui ne s’achèvera qu'à la Pâque de l'an 30.

Freyr1978

Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique (2ème partie)
Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique (2ème partie)
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Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique (2ème partie)

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Publié le 19 Avril 2014

Pour comprendre pourquoi Jésus s'est rendu à Jérusalem et y est mort, on doit d'abord s'éloigner d'une théologie simpliste qui perdure encore dans la tête de certains chrétiens : Jésus serait venu à Jérusalem « pour mourir pour nos péchés ».

Surtout parce que, dans le Nouveau Testament, notre première source au sujet des buts de ce séjour est Paul de Tarse, qui ne se réfère jamais à ce sujet à un propos de Jésus au point de développer sa propre théologie sur la mort de Jésus : « un seul est mort pour tous et donc que tous sont morts. Et il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Corinthiens 5, 14-15) ; « nous croyons en celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification » (Romains 4, 24-25).

On peut comprendre que les disciples de Jésus soit resté circonspect quant à sa théorie de la croix salvatrice, croyance étrange à une époque où la croix est une mort dévalorisante et humiliante, celle des rebelles contre Rome, mais contrairement à ce qu'avance Paul, la croix n'est pas un scandale pour les Juifs car les corps pendu au bois l'étaient après la mort, et Gamaliel, qui prend la défense des disciples de Jésus dans Actes 5, 34-39, ne s'y réfère jamais, alors que ce sujet aurait pu prêter à contradiction. D'ailleurs, le Sanhédrin ne le fait pas plus. Étrange vu le niveau des études de ses membres en matière de théologie. Ce qui a plutôt tendance à montrer que ces derniers jugeaient que Jésus était plus mort pour des buts politiques que religieux. On comprend donc pourquoi Simon-Pierre n'en parle jamais, sinon dans des interpolations, œuvre de l'auteur des Actes des Apôtres, pour créer une union des premières communautés chrétiennes alors que tout au long de cet ouvrage, il ne fait que prouver le contraire. D'ailleurs, pour eux, c'est la Résurrection de Jésus qui a sauvé Israël et l'humanité, pouvant permettre, ainsi, la venue du Royaume : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus (...) crucifié. » (2, 36) ; « Dieu, lui, avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes que son Messie souffrirait et c’est ce qu’il a accompli » (3, 18). Ces deux passages, tiré de la bouche d'un des plus proches disciples de Jésus, suggèrent même que Jésus n'était pas au courant du plan de Dieu, et aucun récit des disciples de Jésus ne nous dit à quel prophétie il se rapporte car il n'utilise jamais celle du Serviteur Souffrant, par contre il se réfère à un Psaume (2, 1-3, Actes 4, 25-26), qui date probablement de la période où un roi de Juda dominait ses voisins, d'où le terme mis en avant de Oint (Messie). Les disciples y pointent du doigt les autorités juives et romaines, ce qu'il font aussi dans les passages cités plus haut. Il faut d'ailleurs savoir que les trois récits de l'annonce de sa mort et sa résurrection sont considérés actuellement, tel que l'avait bien montré Raymond E. Brown (La Mort du Messie, Bayard, 2005), comme une création de l'évangéliste, rédacteur de l'évangile de Marc, sur la figure du Serviteur Souffrant, qui a été développé au sein de la communauté helléniste, mais pas au sein de celle que l'on baptisera plus tard de judéo-chrétienne. Et même ici, Jésus ne dit jamais qu'il va mourir pour les péchés de qui que ce soit. Par contre, on sent une influence de la communauté helléniste sur les propos de Paul, même si à ce niveau, il les a dépassé, car pour lui, Jésus a libéré les hommes de la Torah par sa mort et sa résurrection, car par « les œuvres de la loi, personne ne sera justifié » (Galates 2, 16), « les passions pécheresses, se servant de la loi, (...) afin que nous portions des fruits pour la mort » (Romains, 7, 15) , « les pratiquants de la loi sont » donc « tous sous le coup de la malédiction, puisqu’il est écrit : Maudit soit quiconque ne persévère pas dans l’accomplissement de tout ce qui est écrit dans le livre de la loi. » (Galates 3, 10.) Par cette théologie du péché et de la Loi qui semble l'avoir beaucoup obsédé au point que cet enseignement marquera aussi la communauté de l'évangile de Jean, qui a vu dans une communauté fondée par ce dernier, celle d'Éphèse, il nous fait remarquer que le Jésus historique ne l'intéressait pas (c'est le seul ressuscité), au point de ne pas connaitre (ou de l'avoir volontairement oublié) un enseignement essentiel de Jésus en la matière : « Mais il est plus facile au ciel et à la terre de passer qu'à un iota ou un sherif de la loi de tomber. » (source Q 16, 17 dans Frédéric Amsler, L'évangile inconnu. La source des paroles de Jésus, Essais bibliques n°30, Labor et Fides, Genève, 2001.)

Pour comprendre ce qu'attendait Jésus de son dernier pèlerinage à Jérusalem, il faut convient d'étudier tout ce séjour jusqu'à sa mort à partir de ce qui l'a motivé.

1) Un homme populaire mais incompris : une formation nécessaire des disciples

La décision de Jésus est du à un événement qui n'aurait pu du prêter à confusion mais que le contexte galiléen explique aisément et amènera Jésus à remettre en question sa prédication.

a) Un geste messianique incompris :

Lorsque Jésus envoie ses disciples en mission deux par deux à travers la Galilée (Marc 6, 6-13 ; source Q 10, 2-12 dans Frédéric Amsler, id. ; Matthieu 10, 5b, 23bc), il est persuadé que le Royaume de Dieu est proche : « en vérité, je vous le déclare, vous n’achèverez pas le tour des villes d’Israël avant que ne vienne le Fils de l’homme. » (Matthieu 10, 23bc.) Cette image avait une grande force dans les milieux apocalyptiques juifs du Ier siècle, car elle ne désignait pas un personnage unique comme sera le cas après la chute du Temple mais les « saints du Très Haut » (Daniel 7, 18, 22, 27), c'est-à-dire le peuple d'Israël. C'est pourquoi elle avait une aussi grande force dans la communauté de Qumran, où elle a été reprise dans un apocryphe araméen de Daniel, datant du Ier siècle av. J. - C. C'est donc la restauration de la royauté d'Israël qu'annonce Jésus par ses disciples.

On peut donc comprendre leur succès, tant la domination d'Hérode Antipas est détesté en Galilée, ce qui réjouit au plus haut point Jésus lorsqu'ils font un bilan prometteur de leur mission : « En cet instant, il dit : « Je te remercie, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché aux sages et aux érudits et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, parce que tu as bien voulu qu'il en soit ainsi. » (source Q 10, 21.) Il en est maintenant persuadé, Israël va régner à nouveau : « Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez (...) Car je vous le dis : Nombre de rois et de prophètes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, et entendre ce que vous avez entendez et ne l'ont pas entendu. » (source Q 10, 23-24.)

Si l'on suit Marc 11, 28-33, tout au long de son enseignement, Jésus associe son action à celle de Jean. Ce dernier vient alors d'être exécuté et Jésus peut être considéré par le mouvement baptiste comme son successeur désigné. Le succès de la mission galiléenne renforce alors sa position de prédicateur de la venue du Royaume comme Jean le Baptiste. Mais il n'est pas encore reconnu par le mouvement à l'image de ce dernier comme un Messie. Pourtant les premiers passages de l'évangile de Jean suggère que Jean et Jésus menaient leur action de façon commune pour la venue du Royaume, en tant que Messie-Prêtre et Messie-Roi. Il doit donc convaincre son mouvement de ce fait. Cela passe par un geste symbolique, celui de la multiplication des pains, tout sauf innocent. Jean-François Baudoz (Les signes du Messie d’Israël, dans Philippe Gruson, Michel Quesnel, dir., La Bible et sa culture. Jésus et le Nouveau Testament, Paris, Desclée de Brouwer, 2000, pp. 123-130), dans nous rappelle, en effet, qu'« Les Juifs du Ier siècle attendaient un Nouveau Moïse qui renouvellerait les signes de l'Exode, particulièrement le don de la manne (...). La multiplication des pains a donc un rapport avec la messianité de Jésus (...) Nombre de prophètes, au demeurant thaumaturgique, se sont levés au Ier siècle et voulaient renouveler les signes de l'Exode. C'est ainsi qu'un certain Theudas prétendait diviser les eaux du Jourdain. Il ne fait guère de doute que Jésus a été considéré comme l'un de ces prophètes des temps nouveaux. » En gros, Jésus décide donc de faire une déclaration publique de sa messianité, ce que montre très bien la progression du récit : choix d'un lieu désert (lieu du don de la manne), foule (représentation du peuple d'Israël) et don du pain, qualifié du « ciel » (terme que donne Jean 6, 31 à la manne, qui au départ n'a jamais concerné Jésus).

On comprend alors l'enthousiasme de la foule : « À la vue du signe qu’il venait d’opérer, les gens dirent : « Celui-ci est vraiment le Prophète (...). » Mais Jésus, sachant qu’on allait venir l’enlever pour le faire roi, se retira à nouveau, seul, dans la montagne. » (Jean 6, 14-15.) La foule, probablement constituée en partie des membres de la « Quatrième philosophie » (qui donnera naissance aux Sicaires et aux Zélotes), celle de Judas de Galiléen, n'a pas compris la portée du symbole de Jésus, ne voyant que la portée politique. Est-ce cela que les « tout-petits » ont compris, que ce n'est pas Dieu qui ferait venir le royaume, mais Jésus ?. Ce qui est frustrant pour ce dernier qui se rend compte qu'en plus d'un an personne n'a rien compris de son enseignement alors que sa première annonce à Capharnaüm était pourtant claire : « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Evangile. » (Marc 1, 15.) Il décide donc de se retirer hors de portée de la foule, trop exaltée pour retrouver toute logique.

Jésus va aller de désillusion en désillusion au cours de la journée qui suit. En effet, dans la rédaction primitive du récit - d'après John P. Meier (Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire : vol. 2, La parole et les gestes, Les éditions du Cerf, 2005) -, la multiplication était suivi par la demande d'un signe. Celui-ci évolue entre l'évangile de Marc, et de Jean, qui par son rapport à la manne, renvoie probablement le mieux aux espérance de ses disciples et de la foule : « Le lendemain, ils lui dirent : « Mais toi, quel signe fais-tu donc (...) ? Au désert, nos pères ont mangé la manne, ainsi qu’il est écrit : Il leur a donné à manger un pain qui vient du ciel. » Mais Jésus leur dit : « Amen, Amen, je vous le dis, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c’est mon Père (...). » (Jean 6, 22a, 30ab, 31-32.) En effet, la foule, probablement influencé par les disciples de Judas le Galiléen, peut-être autour de ses fils, Simon et Jacob, ne veut pas un nouveau Moïse, mais veut un Messie guerrier qui viendra les sauver immédiatement, mais Jésus refuse. Il voulait rassembler le mouvement baptiste pas prendre le pouvoir. C'est Dieu qui y pourvoira comme au temps du désert. Des disciples proches décident alors de partir, car ils n'ont vu Jésus qu'à travers le point de vue guerrier : «Dès lors, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de faire route avec lui. » Ce n'est donc pas une « crise galiléenne », tel que l'avait très bien montré Jules Isaac, dans Jésus et Israël (Broché, 1948) - un très bon livre que je conseille -, mais plutôt une crise dans le groupe des disciples de Jésus, qui n'a jamais affecté sa popularité, tel que le montre très bien son entrée à Jérusalem au milieu d'une foule en liesse.

Toujours d'après John P. Meier (id.), la demande de signe était suivi par la question de confiance de Jésus à ses disciples restants. Dans Jean, selon la version primitive proposée par Marie-Émile Boismard (Synopse des quatre évangiles en français, vol. III, L'évangile de Jean, avec A. Lamouille et G. Rochais, Paris, Éd. du Cerf, 1977 ; Un évangile pré-johannique, vol. III, avec A. Lamouille, J. Gabalda, Paris,1994 ; Comment Luc a remanié l'évangile de Jean, J. Gabalda, Paris, 2001), elle est très directe : « Alors Jésus dit aux Douze : « Et vous, ne voulez-vous pas partir ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? (...) Tu es le Saint de Dieu.» » (Jean 6, 67-68b, 69b.) Et dans le proto-Marc, proposé par le même exégète (L'évangile de Marc. Sa préhistoire, F. Paris, Gabalda, dans Études Bibliques n.s. 26, 1994 ; Jésus, un homme de Nazareth, raconté par Marc l'évangéliste, Éd. du Cerf, 1996) : « il interrogeait ses disciples : « Qui suis-je, au dire des hommes ? » Pierre lui répond : « Tu es le Christ. » » (Marc 8, 27b, 29cd.) Jésus est rassuré car la question de confiance au disciples restants portent ses fruits : il pourra compter dorénavant sur un groupe de disciples plus réduit mais plus fiable pour son futur projet qui doit se faire dans la plus grande discrétion : « Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne. » (Marc 8, 30.)

Ce qui est compréhensif, car le signe de la multiplication des pains a décidé Hérode Antipas à réagir, mais Jésus a été prévenu : « A cet instant, quelques Pharisiens s’approchèrent et lui dirent : « Va-t’en, pars d’ici, car Hérode veut te faire mourir. » Il leur dit : « Allez dire à ce renard : Voici, je chasse les démons et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour c’est fini. » (Sources de l'EP dans Phlippe Nautin, L'Évangile retrouvé. Jésus et l'évangile primitif, collection Christianisme antique 5, édition Beauschene, 1998) Cette anecdote montre que Jésus pourra peut-être compter pour son futur projet sur la sympathie des Pharisiens dont son enseignement les rapproche. Mais il faut dire que cela tombe bien car le départ de disciples proches a montré à Jésus qu'il devait préparer ses disciples aux attentes du Royaume et non aux leurs plus humaines.

Freyr1978

Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique  (1ère partie)
Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique  (1ère partie)

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Publié le 18 Avril 2014

Les motifs de la condamnation à mort de Jésus sont surtout politiques, contrairement à ce qu'en disent les Évangiles, car ce Messie potentiel gênait les élites de son temps.

Juridiquement la condamnation à mort de Jésus a été prononcé par l'autorité romaine. la flagellation et la crucifixion sont des supplices romains. De plus l'inscription obligatoire fixée sur la croix, le titulus, indique le motif de la condamnation : "Jésus, le Nazaréen, roi des Juifs" (Jean 19, 9). La prétention royale de Jésus faisait si peu de doute aux yeux des Romains que c'est à cause d'elle que Jésus fut tourné en ridicule par la cohorte. Pilate ne douta pas de la revendication politique d'un homme qui se disait si clairement le roi des Juifs. Il le classa donc parmi les chefs zélotes qui de temps à autres prétendaient au trône d'Israël.

Les Évangiles à plusieurs reprises laissent transparaitre son implication révolutionnaire dans le rétablissement du Royaume de dieu sur Terre, assurance d'une nouvelle ère de justice pour les classes opprimées. Sa prédication le rapproche des zélotes : le "Royaume de Dieu est proche". "Heureux, vous qui êtes pauvres , car le royaume de Dieu est à vous !" ... "Mais malheur à vous les riches, car vous avez votre consolation" (Luc 6, 20 et 24) dit-il, en s'exprimant à la manière de David dans les Psaumes. On peut également voir son attitude critique à l'égard d'Hérode Antipas qu'il appelle le "renard" (Luc 13, 32). Mais aussi l'ironie avec laquelle, il parle des souverains, qui en dominant sur les peuples, se parent du titre de "bienfaiteurs" (Luc 22, 25).

La conscience qu'avait Jésus de remplir une mission divine est décisive pour la venue de ce royaume. Jésus assume son rôle dynastique et s'implique politiquement, rassemblant les foules et bravant les autorités juives pro-romaines pour rétablir la royauté en Israël. Il a un certain ascendant sur la foule qui veut le faire roi (Jean 6, 15). Il y a également certaines de ses paroles sur le port de l'épée. S'il n'est pas zélote lui-même, il en admet dans son état major. L'attraction qu'il exerce sur les zélotes est indéniable, parmi les Douze, il y en a sûrement un, Simon le Zélote.

Martin Hengel, professeur protestant du Nouveau Testament, spécialiste reconnu du judaïsme hellénistique et, dans ce contexte, du mouvement zélote dressé contre l'occupation romaine, publia un article sous le titre, «Jésus était-il un révolutionnaire ?» en 1970, nous montre que Jésus de Nazareth était un jeune homme de 36 ou 37 ans, lucide, décidé, inflexible et, s'il le fallait, combatif, en tout cas sans peur. Ce n'était sûrement pas un représentant de l'establishment politico-religieux, ni un conformiste, ni un apologète de l'état des choses, ni un défenseur du calme et de l'ordre. Il demandait qu'on s'engage, et, en ce sens, il «brandissait le glaive» : il ne semait pas la paix, mais, dans certaines circonstances, le conflit, même dans les familles. Pas de problème : il remettait totalement en question le système social et religieux, l'ordre de la loi juive et du Temple, et, dans cette mesure, son message avait ses conséquences politiques.

Le message de Jésus suggère qu'il préparait Israël pour le remplacement de l'ordre social et politique par une théocratie, différente de celle que voulurent imposer les papes plus tard. Son message et ses miracles étaient une réponse populaire à cet effet. Jésus fut reconnu par beaucoup comme le Messie, à cause de son action durant sa dernière visite à Jérusalem suggérant qu'il se regardait lui-même ainsi : il apparait qu'il ait arrangé son entrée messianique dans la ville (Marc 11, 1). on suppose que "son nettoyage du Temple" (Marc 11, 15) est un casse-tête : elle eut un effet, celle d'attaquer l'autorité de l'aristocratie sacerdotale, qui se porta avec une affaire domestique sous les Romains. L'attaque de Jésus au Temple pourrait avoir coïncidé avec un incident dont les zélotes furent responsables (Marc 15, 7).

L'attitude double de Jésus à l'égard d'un monde injuste, dont il annonce la fin et dans lequel les disciples doivent travailler pour le Royaume, n'est ni contradictoire ni une attitude de compromis. Un tel message était un bon motif pour se débarrasser d'un futur opposant qui de plus se prétendait "roi des Juifs", donc un opposant au pouvoir de l'empereur dont le préfet de Judée devait assoir son autorité.

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Les motifs politiques de la condamnation de Jésus

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Publié le 17 Avril 2014

Simon de Cyrène est donné comme un des acteurs de la crucifixion, mais cette précision pourrait être une création littéraire.

Simon de Cyrène, dans le Nouveau Testament, est un spectateur à qui ont fait porter la croix de Jésus. Il était probablement un Juif africain venant de la province romaine de Cyrénaïque, et il est considéré comme le père d'Alexandre et de Rufus, deux membres important de la communauté chrétienne primitive.

Les Juifs de Cyrène étaient en contact étroit avec leurs frères en Palestine, et étaient libres d'envoyer leurs offrandes à Jérusalem («Ant». XVI. 6, § 5). D'ailleurs, ils avaient une synagogue à Jérusalem, où beaucoup allaient pour les fêtes annuelles et Agrippa avait envoyé une lettre écrite en leur faveur à des Cyrénéens ("BJ" ii. 16, § 4). Trois fils d'un certain Ismaël qui fut décapité à Cyrène, étaient présents lors du siège de Jérusalem (ib. vi 2, § 2.), Et après que la guerre fut terminée en Syrie, les Romains rencontrèrent encore une opposition à Cyrène, où Jonathan le Sicaire incita les Juifs à une émeute. La perturbation fut, cependant, vite étouffée par le gouverneur de Catulle ("BJ" vii 11, § 1;. "Vita", § 76).

Les trois Évangiles synoptiques font dire que Jésus n'a jamais porté sa propre croix, mais que ce fut plutôt «Simon de Cyrène» comme le disent les textes : "En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter sa croix" (Mt 27,32) », ou "Quand ils l'emmenèrent, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus" (Luc 23,26). Mais Jean, d'autre part, nous dit simplement que Jésus «sortit, portant sa croix» (Jean 19,17), et il ne mentionne pas l'incident avec Simon. On l'aurait rajouté à l'épisode de la crucifixion, car ses deux fils Rufus et Alexandre seraient devenu important dans la communauté chrétienne. D'ailleurs le transport du «patibulum», la poutre transversale était porté sur les épaules du condamné jusqu'au lieu de sa crucifixion.

Simon de Cyrène, un homme de passage ? Simon est identifié par rapport à ses deux fils, pour le lecteur de Marc 15, 21. En effet, en «lisant entre les lignes» le texte évangélique, on se demande si Simon, inspiré et touché par les événements de la passion de Jésus, avait peut-être rejoint la première communauté judéo-chrétienne de Jérusalem, avec toute sa famille. Au moment où les traditions évangéliques furent écrites et diffusées des décennies plus tard, il serait logique que Simon, ne fut sans doute plus vivant, et on se souvenait de lui comme "le père d'Alexandre et de Rufus."

La tradition dit que ses fils Rufus et Alexandre devinrent des missionnaires. L'inclusion de leurs noms dans Marc suggère qu'ils eurent une certaine position dans la communauté chrétienne primitive à Rome . Il fut même été suggéré que le Rufus mentionné par Paul dans Romains 16, 13 serait le fils de Simon de Cyrène. Certains liens mettent Simon lui-même avec les "hommes de Cyrène" qui ont prêchèrent l'Évangile aux Grecs dans les Actes 11, 20. D'ailleurs dans les Actes des Apôtres, plusieurs Cyrénéens sont mentionnés comme étant présent lors de la fête de la Pentecôte à Jérusalem (Actes 10), où ils avaient leur propre synagogue (6, 9). Certains, dont Lucius (13, 1) qu'on disait avoir été le premier évêque de Cyrène, se rendit à Antioche (11, 20).

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Simon de Cyrène, un homme de passage ?

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Publié le 17 Avril 2014

Barabbas est un personnage célèbre qui aurait été libéré à la place de Jésus, mais en regardant de plus près cet épisode aurait été donné à dessein.

Barabbas ("Fils d'Abbas"), est un prisonnier libéré à la place de Jésus. Les évangélistes disaient que c'était un brigand (Jean 18, 40), un meurtrier (Luc 23, 19), un insurgé (Marc 15, 7), et un fameux prisonnier (Matthieu 27, 16). Barabbas, serait un émeutier juif, qui après avoir participé à des actes de violence aurait assassiné une personne (Marc 15, 7), ce qui amena les Romains à le capturer et à l'emprisonner. Il aurait été libéré par Ponce Pilate suite au choix de la foule, convaincue par chefs des prêtres et les anciens (Matthieu 27, 20; Marc 15, 11; et Luc 23, 18). Pilate joua avec la coutume "je vous relâche quelqu'un à la Pâque" (Jean 18,39). Mais il y a peu de preuves que cette coutume ait existé. Mais, une célébration antique romaine appelée Lectisternium impliquait et comprenait parfois un retrait temporaire des chaînes de tous les prisonniers. Mais on voit mal un homme aussi cruel que Pilate le faire.

Barabbas devait être crucifié avec deux autres prisonniers, mais comme la fête de la Pâque devait attirer des milliers de pèlerins à Jérusalem, les autorités romaines pensèrent qu'il fallait attendre la fin de la fête. Bien que les chefs des prêtres et les anciens étaient en faveur de la crucifixion de Barabbas, ils savaient que la foule l'admirait comme un combattant pour la liberté. Par conséquent Barabbas fut libéré quand Pilate entendit la foule crier : "Mort à cet homme et libère-nous Barabbas" (Luc 23,18). Certains chercheurs supposent que Barabbas aurait appartenu au groupe des Zélotes - des patriotes qui luttaient contre la domination romaine. Dans certaines versions antérieures, son prénom nous est donné comme celui de Jésus.

Le philologue allemand Paul Wendland appelait aussi l'attention sur un passage de Philon 5 où il est raconté que la populace d'Alexandrie, pour se moquer du roi juif Agrippa, prit un dément inoffensif nommé Karabas, l'attifa d'une couronne en papyrus, d'un roseau brisé et d'une natte et lui rendit des honneurs comme à un roi. Karabas ne pourrait-il pas être rapproché de Barabbas ? (“Jesus als Saturnalien-Konig”, Hermes, XXXIII (1898), pp. 175-179)

En regardant, ce serait un homme qui aurait arrêté dans une rafle après une émeute qui avait causé quelques décès à Jérusalem. Finalement, il fut libéré par Pilate sans doute innocenté de ce qu'on l'accusait quand le gouverneur vint à Jérusalem pour superviser l'ordre public durant la fête de Pâque. On peut supposer que cela avait eu lieu en même temps que Jésus fut crucifié, ou non loin de là, ou à un autre Pâque. Dans tous les cas, cette nouvelle frappa les chrétiens comme une ironie cruelle. Matthieu, dans une certaine tradition textuelle, soutient que le nom de Barabbas est Jésus (27, 16-17). La foule est selon Matthieu confronté à un choix cornélien entre "Jésus, le roi des Juifs" ou "Jésus, le fils du Père." Cela suggère fortement que les préoccupations théologiques plutôt qu'historique dans cette œuvre.

Pour Benjamin Urrutia, co-auteur de The Logia of Yeshua, Jésus, dans cette perspective, aurait été le planificateur et chef de la résistance juive non-violente au plan de Pilate à mettre en place les sigles en formes d'aigles des légions romaines sur le Mont du Temple de Jérusalem. Mais rien ne semble confirmer que Jésus ait participé à un tel épisode.

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Barabbas, un coupable littéraire ?

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Publié le 16 Avril 2014

Voyons Ponce Pilate, un préfet de Judée à l'époque de Jésus et qui s'avère loin du personnage indécis décrit dans les Évangiles.

Ponce Pilate (mort en 41), est un préfet romain de Judée (26-36), qui présida le procès de Jésus et donna l'ordre de sa crucifixion. Selon la tradition, Ponce Pilate est un chevalier romain du clan samnite des Pontii (d'où son nom latin, Pontius Pilatus). En 26, l'empereur Tibère, sur le conseil de son favori Séjan qui protège Pilate nomme ce dernier procurateur de Judée, ou plutôt préfet selon une inscription découverte à Césarée.

Le Nouveau Testament représente Pilate comme un homme faible et vacillant qui ne trouvait à redire de Jésus, mais il ordonne son exécution car la foule réclamait sa mort. Ce portrait est peu fiable. Le Pilate des Évangiles est une falsification. De tous les gouverneurs de Judée, Pilate est l'un des plus connu, non seulement par le biais du Nouveau Testament, mais aussi parce qu'il est le seul gouverneur romain examiné en détail par les célèbres historiens Juifs de cette période, Philon et Flavius Josèphe. Philon le décrit comme "un homme d'un caractère inflexible, dur et inflexible" (Legatio, 38, 302). Il décrivit du gouverneur ses corruptions, ses actes d'insolence, ses rapines, son habitude d'insulter son interlocuteur, sa cruauté, ses assassinats de personnes non-jugées et donc non-condamnées, et son inhumanité continuelle, gratuite et outrageuse.

Le comportement de Pilate envers la communauté juive montra son étroit mépris envers elle ce qui donna lieu à des protestation, des troubles et du ressentiment. Un de ses premiers actes fut d'envoyer un groupe de soldats en armes à Jérusalem, avec des enseignes portant l'image de l'empereur, ce qui était contraire à la loi juive et à la pratique antérieure de l'armée romaine en Judée. Après un affrontement avec les Juifs à ce sujet, Pilate fit enlever les enseignes (Antiq XVIII, 3, 1, 55-9). La force avec laquelle Pilate réprima des émeutes abouti souvent à de nombreux morts, comme, par exemple, lorsque les personnes ont protestèrent contre l'appropriation des trésors sacrés du temple pour construire un l'aqueduc pour amener de l'eau à Jérusalem (Antiq, 3, 2, 60-62).

Mais les récits bibliques montrent clairement que Jésus était devenu une telle menace pour les pouvoirs établis que seule la peine de mort romaine, la crucifixion, suffirait. C'est une curiosité que les récits bibliques indiquent une réticence de la part de Pilate à condamner Jésus à la mort horrible réservée aux traîtres. En d'autres récits historiques, Pilate avait exécuté des milliers de personnes et n'aurait donc dû avoir aucun scrupule à prononcer une sentence de mort envers un autre juif subversif. Certains historiens pensent que le temps où les Évangiles furent écrites, entre 70 à 90, les premiers chrétiens espéraient rendre leur histoire plus acceptable pour que les Romains se convertissent en minimisant le rôle de Pilate. Pourtant Ponce Pilate n'aurait pas hésité à exécuter un Juif gênant si il pensait qu'il devait préserver l'ordre. Jésus représentait une menace, Pilate l'aurait probablement exécuté juste pour donner l'exemple. Si il se prétendait le roi des Juifs, il aurait constitué une menace pour l'autorité romaine. Les Romains n'auraient donc pas hésité à exécuter un dissident politique ou un fauteur de troubles. Les deux insurgés crucifiés avec Jésus, auraient participé à un soulèvement inconnu contre la domination romaine. Peut-être que cette situation fut provoquée par des actions de Pilate.

Après la chute et l'exécution de Séjan, en 31, Pilate se trouve davantage exposé aux critiques acerbes des Juifs. Le Nouveau Testament nous parle également de “Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices” (Luc 13,1), certains commentateurs l'interprètent comme se référant aux pèlerins venus à Jérusalem durant un grand festival pour présenter leurs offrandes au temple et qui perdirent leurs vies dans la répression violente d'une émeute. C'était la dispersion brutale d'une foule de pèlerins Samaritains au mont Garizim qui provoqua finalement la chute de Pilate (XVIII Antiq 4, 1-2, 85-89). Connu pour sa sévérité envers les Juifs, on lui ordonna finalement de retourner à Rome pour subir un procès pour cruauté et oppression, car les dirigeants Samaritains protestèrent auprès de Vitellius, légat de Syrie. Une tradition d'une exactitude incertaine soutient qu'il se tua sur ordre de Caligula en 39, une autre légende rapporte que Pilate et sa femme se convertirent au christianisme, ce qui est peu probable. Mais dans la réalité, Pilate fut banni par Caligula à Vienne en Gaule, où il mourut en l'an 41.

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Ponce Pilate, un préfet de Judée brutal et expéditif

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Publié le 16 Avril 2014

En cette semaine sainte, je ne vais pas faire de religion, mais vous parler des principaux acteurs de la mort d'un rebelle juif, Jésus, qui eux sont historiques, nous allons commencer par Caïphe, le Grand Prêtre de l'époque.

Caïphe est le Grand Prêtre de 18 à 36, beau-fils et successeur d'Anne. Il appartenait au parti des Sadducéens, mouvement religieux Judéen dont la plupart des membres se trouvaient parmi l'élite juive aisée. Flavius Josèphe parle de lui comme «Joseph, qui était appelé Caïphe». On suppose que Caïphe appartenait à la famille sacerdotale des Kathros, une branche collatérale de la puissante famille des Boethos, originaire d'Alexandrie en Égypte et promue au grand pontificat par Hérode le Grand. Il épouse une fille d'Anne l'ancien Grand Prêtre.

Il est possible que Caïphe était un membre de l'ambassade qui se rendit à Rome en 17 pour discuter de questions fiscales (Tacite, Annales, 2, 42,5). En 18, le gouverneur romain Valerius Gratus nomma Caïphe, Grand Prêtre de Jérusalem à la place de Simon, fils de Camith. Les deux hommes devaient avoir une relation de travail excellente, parce que Caïphe resta dans ce poste d'une façon exceptionnellement longue. Le successeur de Gratus, Ponce Pilate conserva le Grand Prêtre dans son poste. Comme Grand Prêtre, Caïphe était président du tribunal de grande instance (Sanhédrin).

Le ministère de Jean-Baptiste avait eu lieu sous le sacerdoce d'Anne et Caïphe (Luc 3, 2). C'est dans le palais de Caïphe que les prêtres et les anciens complotèrent pour tuer Jésus (Matthieu 26, 3). Lors de cette réunion Caïphe aurait dit qu'il valait mieux pour les Juifs qu'un seul homme meure pour le peuple, plutôt que la nation toute entière soit détruite (Jean 11, 50). Selon Matthieu (26, 57), Jésus après son arrestation fut conduit à la maison de Caïphe, mais selon Jean (18, 12-24), il avait d'abord été interrogé par Anne qui l'envoya ensuite à Caïphe. Ce dernier, à son tour, l'envoya à Pilate. Mais dans la réalité, après que la garde du Temple avait arrêté Jésus de Nazareth, Caïphe organisa surtout une audition et lui demanda s'il était le Messie, une prétention dangereuse. Parce que Jésus ne pouvait pas (ou refusa de) réfuter l'accusation, le Grand Prêtre ne pouvant faire autrement le remis aux autorités romaines, qui l'avaient reconnu coupable de trahison (c'est à dire, le fait de se prétendre le roi des Juifs).

Pour les historiens, comme Marie-Françoise Baslez dans Le Monde de la Bible, ce procès juif est une impossibilité : d'une part les évangiles présentent une séance de nuit du Sanhédrin, ce qui serait irréaliste, d'autre part le Sanhédrin n'avait pas à cette époque le pouvoir d'appliquer la peine capitale. Jésus a pu être condamné pour des blasphèmes divers; aucun ne peut lui être imputé avec certitude; il n'a certainement pas été condamné parce qu'il aurait affirmé sa messianité (seuls ses disciples ont pu ou voulu croire qu'il était le Messie) et encore moins qu'il était «Dieu, Fils de Dieu». Son hostilité au Temple a joué un rôle plus décisif dans sa condamnation. Tout se serait donc déroulé la nuit, dans la cour du Grand Prêtre où des membres du Sanhédrin (ou du moins une partie) aurait été présents ; l'interrogatoire aurait abouti à la décision de conduire Jésus devant Pilate; seul ce dernier aurait instruit un véritable procès aboutissant à la condamnation à mort sous le grief de rébellion par prétention à la royauté.

Caïphe était encore le Grand Prêtre quand Pierre et Jean avaient guéri un boiteux, tout en prêchant au peuple dans le Temple (Actes 4, 6). En Décembre 36, la carrière de Pilate en Judée vint à son terme. Le gouverneur de Syrie, L. Vitellius intervint. Dans les affaires juives pendant la fête de la Pâque de 37, Caïphe fut démis de ses fonctions. Il fut remplacé par son beau-frère Jonathan, fils d'Anne. Cette destitution par l'autorité romaine qui l'avait nommée, fait suite au rappel à Rome de Ponce Pilate auquel il semble lié. Son fils Elyehoeanay (Elionaeus ben Kantheras), sera l'un des derniers grands prêtres.

En 1990, une grotte funéraire datant du IIe siècle fut découverte par les archéologues au sud de Jérusalem qui y trouvèrent des ossuaires en pierre, dont un qui avait le nom de "Joseph fils de Qaifa" inscrit dessus. La sépulture contenait les ossements d'un homme de 60 ans environ, d'une femme de 40 ans et de deux très jeunes enfants. Certains commentateurs pensent que c'était le tombeau de la famille du Grand-Prêtre.

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Caïphe, un Grand Prêtre stratège

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Publié le 14 Avril 2014

Christian Makariannous montre dans son excellent article dans L'Express.fr du vendredi 11 avril 2014 que Jésus a encore des points méconnus de sa vie et que la recherche historique est loin d'être finie.

Et si, derrière l'image du Christ et son message de paix, on avait occulté le combat politique de l'homme de Nazareth? La polémique n'est pas nouvelle, mais le livre de l'écrivain musulman Reza Aslan lui redonne une saisissante actualité. L'Express en publie des extraits et prolonge un débat que deux mille ans de controverses n'ont toujours pas épuisé.

Était-il le "bon berger", celui qui faisait paître ses brebis dans de verts pâturages et qui laissait tout pour sauver une seule d'entre elles ? N'était-il pas davantage un révolté qui rêvait de renverser l'ordre établi, de mettre fin à la domination romaine et de chasser du Temple de Jérusalem la caste des grands prêtres ? Sera-t-il jamais une figure paisible, sacralisée par l'aspiration à la paix d'un monde en furie, l'incarnation d'un Dieu réconcilié avec le genre humain, l'inventeur insurpassable du message d'amour ?

Un livre - Le Zélote. La vie et l'époque de Jésus de Nazareth (Arènes) - vient brusquement remettre en question la figure apaisante, fraternelle, universelle, du Christ et rallume une ancienne polémique en offrant une lecture inattendue et très actuelle de la vie de Jésus. Son auteur, Reza Aslan, est un musulman chiite d'origine iranienne, qui s'est passionné pour le christianisme en suivant d'abord la formation littéraliste des évangélistes américains, avant de s'en séparer pour retourner à la foi de ses origines.

En peu de temps, son ouvrage est devenu n° 1 des ventes de livres aux États-Unis, puis best-seller dans 25 pays. Grâce à une thèse qui, sans être résolument nouvelle, soulève de bonnes questions auxquelles il faut apporter des réponses claires. Pour Aslan, Jésus est avant tout un juif qui s'inscrivait pleinement dans son temps, le Ier siècle de l'ère définie par sa naissance, qui cherchait à relier sa parole et son action au message des grands prophètes (Élie, Élisée, Michée, Amos, Isaïe, Jérémie...), tous convaincus que Dieu viendrait un jour libérer Israël. "Comme les zélotes, estime l'auteur, il [Jésus] reconnaissait que le règne de Dieu n'exigeait pas simplement une transformation intérieure tendant à la justice et à la rectitude, mais un retournement complet de l'ordre politique, religieux et économique de la période".

Partant, la réinterprétation que propose Aslan consiste à oublier tout ce qu'enseigne le catéchisme traditionnel pour laisser surgir sous les mêmes mots un autre texte, profondément corrosif et au contenu politique affirmé. Ce qui le conduit très loin, notamment à faire de l'homme de Nazareth un véritable leader révolutionnaire qui applique un principe implacable : "Le règne de Dieu ne peut être installé sans l'anéantissement des dirigeants en place." Il n'est pas jusqu'aux Béatitudes, ces promesses splendides - au nombre de huit dans l'Évangile de Matthieu - faites aux démunis ("Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux. [...] Heureux les affligés, car ils seront consolés"), qui ne soient réinterprétées dans le sens d'un programme résolument politique. Ce Jésus-là prend facilement les traits d'un Mahomet, chef de guerre, interprétation dont les chrétiens ne sauraient s'offusquer, puisque, contrairement à l'islam, la foi chrétienne ne consiste pas en une récitation de la seule version autorisée.

Qui étaient ces zélotes auxquels Aslan veut rattacher Jésus ? À proprement parler, leur existence historique n'est documentée que dans la décennie 60, phase de troubles intenses, soit bien après la mort de Jésus. Leur révolte va entrer dans l'Histoire en provoquant par mesure de rétorsion un événement catastrophique et irréversible, la destruction, en 70, du Temple de Jérusalem par les Romains sur ordre de l'empereur Titus. L'historien juif Flavius Josèphe, auquel on doit en grande partie la connaissance de ce mouvement (dont il était l'adversaire), les présente comme un quatrième parti au sein du monde juif de l'Antiquité. Les sadducéens constituent la classe sacerdotale supérieure, dotée de tous les privilèges ; ils négocient leur position avec les Romains, qui s'appuient sur eux. Les esséniens, à l'opposé, abritent le courant puriste, retiré de la cité, isolé dans le dépouillement du désert et concentré sur ses rites parfois presque ésotériques. Les pharisiens, eux, représentent la classe moyenne des villes, se préoccupent de l'application des principes de la Torah (les cinq premiers livres de la Bible ou Pentateuque) dans la vie quotidienne, ce qui se traduit par le développement d'une véritable loi orale et par la contestation des prérogatives que préservent jalousement les sadducéens.

Les pharisiens (dont l'apôtre Paul était un parfait représentant jusqu'à sa conversion sur le chemin de Damas) donneront naissance, après la dispersion du peuple juif, au judaïsme rabbinique qui se confond jusqu'à nos jours avec le destin du peuple juif. Dans ce paysage en pleine accélération dramatique, les zélotes (du grec zêlotai, traduction de l'hébreu qanna'im, qui signifie "zélés") se réclament de grands personnages bibliques, justiciers et réformateurs intransigeants. Proches d'une définition de la foi qui est aussi celle des pharisiens, ils se distinguent de ces derniers par leurs méthodes d'action, radicales voire fanatiques, car ils combattent activement les Romains et considèrent que la détermination guerrière la plus absolue est un moyen de précipiter l'avènement du Messie. En 66, un sacrifice païen effectué devant la synagogue de Césarée sert d'étincelle à la révolte juive, qui s'étend à Jérusalem. Les zélotes, qui parviennent à rassembler leurs compatriotes, infligent une sévère défaite à la XIIe légion romaine et prennent temporairement le contrôle de la Ville sainte. Le philosophe et historien Ernest Renan assimilera ce soulèvement à "un accès de fièvre qu'on ne peut comparer qu'à celui qui saisit la France durant la Révolution". La réplique romaine sera effroyable et se soldera par la destruction complète du Temple et la dissémination des juifs.

C'est donc à ce courant extrémiste que Reza Aslan veut faire adhérer Jésus, en s'appuyant sur de nombreux indices, effectivement troublants, mais en empruntant un chemin biographique qui ne manquera pas d'être critiqué. Certaines des paroles du Christ restent jusqu'à ce jour mystérieuses, voire dérangeantes : "N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive." Mais le choix d'Aslan, qui consiste à se passer de l'interprétation spirituelle pour en rester au mot à mot, produit des effets de distorsion. Pour les chrétiens, cette parole à consonance guerrière est la définition même du combat intérieur, du déchirement des âmes semblable à celui que produirait une lame. La suite de ce passage suffit à la montrer : "Car je suis venu opposer l'homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa famille" (Matthieu X, 35-36). Il n'y a là rien qui s'apparente à une guerre, mais tout d'un conflit sur la foi qui divisera, en effet, le monde juif d'une maison à l'autre et séparera douloureusement les chrétiens et les juifs. Sinon, pourquoi Jésus aurait-il dit à ses disciples : "Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups" (Matthieu X, 16) ? Plus solide est la mention, dans l'entourage de Jésus, de certains disciples qui présentent toutes les caractéristiques des zélotes - Simon le Zélote et Judas Iscariote -, mais leur appartenance semble, en l'occurrence, clairement assumée par les Évangiles.

Dans un autre livre récemment paru, Jésus (Seuil), le théologien suisse Hans Küng, camarade d'études d'un certain Joseph Ratzinger, rappelle fort utilement que "Jésus est en personne le programme du christianisme". C'est pourquoi il y aura encore de nombreuses polémiques sur la vie méconnue de Jésus, sur ses paroles énigmatiques, sur ses années de silence... Blaise Pascal a résumé au mieux le débat, qui ne s'éteindra pas : "Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire." Le christianisme poursuit sa course, tant il est vrai qu'il est fondé sur la liberté de chacun et qu'à ce titre il demeure tout aussi subversif après deux millénaires.

Contrairement à ce que beaucoup de courants conservateurs annonçaient avec le Jésus de Benoît XVI, non l'exégèse historico-critique n'est pas finie, et Jésus comme personnage historique n'a pas encore livré tous ses secrets.

Merci !

La vie méconnue de Jésus

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