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Publié le 19 Avril 2014

Pour comprendre pourquoi Jésus s'est rendu à Jérusalem et y est mort, on doit d'abord s'éloigner d'une théologie simpliste qui perdure encore dans la tête de certains chrétiens : Jésus serait venu à Jérusalem « pour mourir pour nos péchés ».

Surtout parce que, dans le Nouveau Testament, notre première source au sujet des buts de ce séjour est Paul de Tarse, qui ne se réfère jamais à ce sujet à un propos de Jésus au point de développer sa propre théologie sur la mort de Jésus : « un seul est mort pour tous et donc que tous sont morts. Et il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Corinthiens 5, 14-15) ; « nous croyons en celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification » (Romains 4, 24-25).

On peut comprendre que les disciples de Jésus soit resté circonspect quant à sa théorie de la croix salvatrice, croyance étrange à une époque où la croix est une mort dévalorisante et humiliante, celle des rebelles contre Rome, mais contrairement à ce qu'avance Paul, la croix n'est pas un scandale pour les Juifs car les corps pendu au bois l'étaient après la mort, et Gamaliel, qui prend la défense des disciples de Jésus dans Actes 5, 34-39, ne s'y réfère jamais, alors que ce sujet aurait pu prêter à contradiction. D'ailleurs, le Sanhédrin ne le fait pas plus. Étrange vu le niveau des études de ses membres en matière de théologie. Ce qui a plutôt tendance à montrer que ces derniers jugeaient que Jésus était plus mort pour des buts politiques que religieux. On comprend donc pourquoi Simon-Pierre n'en parle jamais, sinon dans des interpolations, œuvre de l'auteur des Actes des Apôtres, pour créer une union des premières communautés chrétiennes alors que tout au long de cet ouvrage, il ne fait que prouver le contraire. D'ailleurs, pour eux, c'est la Résurrection de Jésus qui a sauvé Israël et l'humanité, pouvant permettre, ainsi, la venue du Royaume : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus (...) crucifié. » (2, 36) ; « Dieu, lui, avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes que son Messie souffrirait et c’est ce qu’il a accompli » (3, 18). Ces deux passages, tiré de la bouche d'un des plus proches disciples de Jésus, suggèrent même que Jésus n'était pas au courant du plan de Dieu, et aucun récit des disciples de Jésus ne nous dit à quel prophétie il se rapporte car il n'utilise jamais celle du Serviteur Souffrant, par contre il se réfère à un Psaume (2, 1-3, Actes 4, 25-26), qui date probablement de la période où un roi de Juda dominait ses voisins, d'où le terme mis en avant de Oint (Messie). Les disciples y pointent du doigt les autorités juives et romaines, ce qu'il font aussi dans les passages cités plus haut. Il faut d'ailleurs savoir que les trois récits de l'annonce de sa mort et sa résurrection sont considérés actuellement, tel que l'avait bien montré Raymond E. Brown (La Mort du Messie, Bayard, 2005), comme une création de l'évangéliste, rédacteur de l'évangile de Marc, sur la figure du Serviteur Souffrant, qui a été développé au sein de la communauté helléniste, mais pas au sein de celle que l'on baptisera plus tard de judéo-chrétienne. Et même ici, Jésus ne dit jamais qu'il va mourir pour les péchés de qui que ce soit. Par contre, on sent une influence de la communauté helléniste sur les propos de Paul, même si à ce niveau, il les a dépassé, car pour lui, Jésus a libéré les hommes de la Torah par sa mort et sa résurrection, car par « les œuvres de la loi, personne ne sera justifié » (Galates 2, 16), « les passions pécheresses, se servant de la loi, (...) afin que nous portions des fruits pour la mort » (Romains, 7, 15) , « les pratiquants de la loi sont » donc « tous sous le coup de la malédiction, puisqu’il est écrit : Maudit soit quiconque ne persévère pas dans l’accomplissement de tout ce qui est écrit dans le livre de la loi. » (Galates 3, 10.) Par cette théologie du péché et de la Loi qui semble l'avoir beaucoup obsédé au point que cet enseignement marquera aussi la communauté de l'évangile de Jean, qui a vu dans une communauté fondée par ce dernier, celle d'Éphèse, il nous fait remarquer que le Jésus historique ne l'intéressait pas (c'est le seul ressuscité), au point de ne pas connaitre (ou de l'avoir volontairement oublié) un enseignement essentiel de Jésus en la matière : « Mais il est plus facile au ciel et à la terre de passer qu'à un iota ou un sherif de la loi de tomber. » (source Q 16, 17 dans Frédéric Amsler, L'évangile inconnu. La source des paroles de Jésus, Essais bibliques n°30, Labor et Fides, Genève, 2001.)

Pour comprendre ce qu'attendait Jésus de son dernier pèlerinage à Jérusalem, il faut convient d'étudier tout ce séjour jusqu'à sa mort à partir de ce qui l'a motivé.

1) Un homme populaire mais incompris : une formation nécessaire des disciples

La décision de Jésus est du à un événement qui n'aurait pu du prêter à confusion mais que le contexte galiléen explique aisément et amènera Jésus à remettre en question sa prédication.

a) Un geste messianique incompris :

Lorsque Jésus envoie ses disciples en mission deux par deux à travers la Galilée (Marc 6, 6-13 ; source Q 10, 2-12 dans Frédéric Amsler, id. ; Matthieu 10, 5b, 23bc), il est persuadé que le Royaume de Dieu est proche : « en vérité, je vous le déclare, vous n’achèverez pas le tour des villes d’Israël avant que ne vienne le Fils de l’homme. » (Matthieu 10, 23bc.) Cette image avait une grande force dans les milieux apocalyptiques juifs du Ier siècle, car elle ne désignait pas un personnage unique comme sera le cas après la chute du Temple mais les « saints du Très Haut » (Daniel 7, 18, 22, 27), c'est-à-dire le peuple d'Israël. C'est pourquoi elle avait une aussi grande force dans la communauté de Qumran, où elle a été reprise dans un apocryphe araméen de Daniel, datant du Ier siècle av. J. - C. C'est donc la restauration de la royauté d'Israël qu'annonce Jésus par ses disciples.

On peut donc comprendre leur succès, tant la domination d'Hérode Antipas est détesté en Galilée, ce qui réjouit au plus haut point Jésus lorsqu'ils font un bilan prometteur de leur mission : « En cet instant, il dit : « Je te remercie, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché aux sages et aux érudits et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, parce que tu as bien voulu qu'il en soit ainsi. » (source Q 10, 21.) Il en est maintenant persuadé, Israël va régner à nouveau : « Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez (...) Car je vous le dis : Nombre de rois et de prophètes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, et entendre ce que vous avez entendez et ne l'ont pas entendu. » (source Q 10, 23-24.)

Si l'on suit Marc 11, 28-33, tout au long de son enseignement, Jésus associe son action à celle de Jean. Ce dernier vient alors d'être exécuté et Jésus peut être considéré par le mouvement baptiste comme son successeur désigné. Le succès de la mission galiléenne renforce alors sa position de prédicateur de la venue du Royaume comme Jean le Baptiste. Mais il n'est pas encore reconnu par le mouvement à l'image de ce dernier comme un Messie. Pourtant les premiers passages de l'évangile de Jean suggère que Jean et Jésus menaient leur action de façon commune pour la venue du Royaume, en tant que Messie-Prêtre et Messie-Roi. Il doit donc convaincre son mouvement de ce fait. Cela passe par un geste symbolique, celui de la multiplication des pains, tout sauf innocent. Jean-François Baudoz (Les signes du Messie d’Israël, dans Philippe Gruson, Michel Quesnel, dir., La Bible et sa culture. Jésus et le Nouveau Testament, Paris, Desclée de Brouwer, 2000, pp. 123-130), dans nous rappelle, en effet, qu'« Les Juifs du Ier siècle attendaient un Nouveau Moïse qui renouvellerait les signes de l'Exode, particulièrement le don de la manne (...). La multiplication des pains a donc un rapport avec la messianité de Jésus (...) Nombre de prophètes, au demeurant thaumaturgique, se sont levés au Ier siècle et voulaient renouveler les signes de l'Exode. C'est ainsi qu'un certain Theudas prétendait diviser les eaux du Jourdain. Il ne fait guère de doute que Jésus a été considéré comme l'un de ces prophètes des temps nouveaux. » En gros, Jésus décide donc de faire une déclaration publique de sa messianité, ce que montre très bien la progression du récit : choix d'un lieu désert (lieu du don de la manne), foule (représentation du peuple d'Israël) et don du pain, qualifié du « ciel » (terme que donne Jean 6, 31 à la manne, qui au départ n'a jamais concerné Jésus).

On comprend alors l'enthousiasme de la foule : « À la vue du signe qu’il venait d’opérer, les gens dirent : « Celui-ci est vraiment le Prophète (...). » Mais Jésus, sachant qu’on allait venir l’enlever pour le faire roi, se retira à nouveau, seul, dans la montagne. » (Jean 6, 14-15.) La foule, probablement constituée en partie des membres de la « Quatrième philosophie » (qui donnera naissance aux Sicaires et aux Zélotes), celle de Judas de Galiléen, n'a pas compris la portée du symbole de Jésus, ne voyant que la portée politique. Est-ce cela que les « tout-petits » ont compris, que ce n'est pas Dieu qui ferait venir le royaume, mais Jésus ?. Ce qui est frustrant pour ce dernier qui se rend compte qu'en plus d'un an personne n'a rien compris de son enseignement alors que sa première annonce à Capharnaüm était pourtant claire : « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Evangile. » (Marc 1, 15.) Il décide donc de se retirer hors de portée de la foule, trop exaltée pour retrouver toute logique.

Jésus va aller de désillusion en désillusion au cours de la journée qui suit. En effet, dans la rédaction primitive du récit - d'après John P. Meier (Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire : vol. 2, La parole et les gestes, Les éditions du Cerf, 2005) -, la multiplication était suivi par la demande d'un signe. Celui-ci évolue entre l'évangile de Marc, et de Jean, qui par son rapport à la manne, renvoie probablement le mieux aux espérance de ses disciples et de la foule : « Le lendemain, ils lui dirent : « Mais toi, quel signe fais-tu donc (...) ? Au désert, nos pères ont mangé la manne, ainsi qu’il est écrit : Il leur a donné à manger un pain qui vient du ciel. » Mais Jésus leur dit : « Amen, Amen, je vous le dis, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c’est mon Père (...). » (Jean 6, 22a, 30ab, 31-32.) En effet, la foule, probablement influencé par les disciples de Judas le Galiléen, peut-être autour de ses fils, Simon et Jacob, ne veut pas un nouveau Moïse, mais veut un Messie guerrier qui viendra les sauver immédiatement, mais Jésus refuse. Il voulait rassembler le mouvement baptiste pas prendre le pouvoir. C'est Dieu qui y pourvoira comme au temps du désert. Des disciples proches décident alors de partir, car ils n'ont vu Jésus qu'à travers le point de vue guerrier : «Dès lors, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de faire route avec lui. » Ce n'est donc pas une « crise galiléenne », tel que l'avait très bien montré Jules Isaac, dans Jésus et Israël (Broché, 1948) - un très bon livre que je conseille -, mais plutôt une crise dans le groupe des disciples de Jésus, qui n'a jamais affecté sa popularité, tel que le montre très bien son entrée à Jérusalem au milieu d'une foule en liesse.

Toujours d'après John P. Meier (id.), la demande de signe était suivi par la question de confiance de Jésus à ses disciples restants. Dans Jean, selon la version primitive proposée par Marie-Émile Boismard (Synopse des quatre évangiles en français, vol. III, L'évangile de Jean, avec A. Lamouille et G. Rochais, Paris, Éd. du Cerf, 1977 ; Un évangile pré-johannique, vol. III, avec A. Lamouille, J. Gabalda, Paris,1994 ; Comment Luc a remanié l'évangile de Jean, J. Gabalda, Paris, 2001), elle est très directe : « Alors Jésus dit aux Douze : « Et vous, ne voulez-vous pas partir ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? (...) Tu es le Saint de Dieu.» » (Jean 6, 67-68b, 69b.) Et dans le proto-Marc, proposé par le même exégète (L'évangile de Marc. Sa préhistoire, F. Paris, Gabalda, dans Études Bibliques n.s. 26, 1994 ; Jésus, un homme de Nazareth, raconté par Marc l'évangéliste, Éd. du Cerf, 1996) : « il interrogeait ses disciples : « Qui suis-je, au dire des hommes ? » Pierre lui répond : « Tu es le Christ. » » (Marc 8, 27b, 29cd.) Jésus est rassuré car la question de confiance au disciples restants portent ses fruits : il pourra compter dorénavant sur un groupe de disciples plus réduit mais plus fiable pour son futur projet qui doit se faire dans la plus grande discrétion : « Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne. » (Marc 8, 30.)

Ce qui est compréhensif, car le signe de la multiplication des pains a décidé Hérode Antipas à réagir, mais Jésus a été prévenu : « A cet instant, quelques Pharisiens s’approchèrent et lui dirent : « Va-t’en, pars d’ici, car Hérode veut te faire mourir. » Il leur dit : « Allez dire à ce renard : Voici, je chasse les démons et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour c’est fini. » (Sources de l'EP dans Phlippe Nautin, L'Évangile retrouvé. Jésus et l'évangile primitif, collection Christianisme antique 5, édition Beauschene, 1998) Cette anecdote montre que Jésus pourra peut-être compter pour son futur projet sur la sympathie des Pharisiens dont son enseignement les rapproche. Mais il faut dire que cela tombe bien car le départ de disciples proches a montré à Jésus qu'il devait préparer ses disciples aux attentes du Royaume et non aux leurs plus humaines.

Freyr1978

Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique  (1ère partie)
Le dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem : le regard de l'exégèse historico-critique  (1ère partie)

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Publié le 18 Avril 2014

Les motifs de la condamnation à mort de Jésus sont surtout politiques, contrairement à ce qu'en disent les Évangiles, car ce Messie potentiel gênait les élites de son temps.

Juridiquement la condamnation à mort de Jésus a été prononcé par l'autorité romaine. la flagellation et la crucifixion sont des supplices romains. De plus l'inscription obligatoire fixée sur la croix, le titulus, indique le motif de la condamnation : "Jésus, le Nazaréen, roi des Juifs" (Jean 19, 9). La prétention royale de Jésus faisait si peu de doute aux yeux des Romains que c'est à cause d'elle que Jésus fut tourné en ridicule par la cohorte. Pilate ne douta pas de la revendication politique d'un homme qui se disait si clairement le roi des Juifs. Il le classa donc parmi les chefs zélotes qui de temps à autres prétendaient au trône d'Israël.

Les Évangiles à plusieurs reprises laissent transparaitre son implication révolutionnaire dans le rétablissement du Royaume de dieu sur Terre, assurance d'une nouvelle ère de justice pour les classes opprimées. Sa prédication le rapproche des zélotes : le "Royaume de Dieu est proche". "Heureux, vous qui êtes pauvres , car le royaume de Dieu est à vous !" ... "Mais malheur à vous les riches, car vous avez votre consolation" (Luc 6, 20 et 24) dit-il, en s'exprimant à la manière de David dans les Psaumes. On peut également voir son attitude critique à l'égard d'Hérode Antipas qu'il appelle le "renard" (Luc 13, 32). Mais aussi l'ironie avec laquelle, il parle des souverains, qui en dominant sur les peuples, se parent du titre de "bienfaiteurs" (Luc 22, 25).

La conscience qu'avait Jésus de remplir une mission divine est décisive pour la venue de ce royaume. Jésus assume son rôle dynastique et s'implique politiquement, rassemblant les foules et bravant les autorités juives pro-romaines pour rétablir la royauté en Israël. Il a un certain ascendant sur la foule qui veut le faire roi (Jean 6, 15). Il y a également certaines de ses paroles sur le port de l'épée. S'il n'est pas zélote lui-même, il en admet dans son état major. L'attraction qu'il exerce sur les zélotes est indéniable, parmi les Douze, il y en a sûrement un, Simon le Zélote.

Martin Hengel, professeur protestant du Nouveau Testament, spécialiste reconnu du judaïsme hellénistique et, dans ce contexte, du mouvement zélote dressé contre l'occupation romaine, publia un article sous le titre, «Jésus était-il un révolutionnaire ?» en 1970, nous montre que Jésus de Nazareth était un jeune homme de 36 ou 37 ans, lucide, décidé, inflexible et, s'il le fallait, combatif, en tout cas sans peur. Ce n'était sûrement pas un représentant de l'establishment politico-religieux, ni un conformiste, ni un apologète de l'état des choses, ni un défenseur du calme et de l'ordre. Il demandait qu'on s'engage, et, en ce sens, il «brandissait le glaive» : il ne semait pas la paix, mais, dans certaines circonstances, le conflit, même dans les familles. Pas de problème : il remettait totalement en question le système social et religieux, l'ordre de la loi juive et du Temple, et, dans cette mesure, son message avait ses conséquences politiques.

Le message de Jésus suggère qu'il préparait Israël pour le remplacement de l'ordre social et politique par une théocratie, différente de celle que voulurent imposer les papes plus tard. Son message et ses miracles étaient une réponse populaire à cet effet. Jésus fut reconnu par beaucoup comme le Messie, à cause de son action durant sa dernière visite à Jérusalem suggérant qu'il se regardait lui-même ainsi : il apparait qu'il ait arrangé son entrée messianique dans la ville (Marc 11, 1). on suppose que "son nettoyage du Temple" (Marc 11, 15) est un casse-tête : elle eut un effet, celle d'attaquer l'autorité de l'aristocratie sacerdotale, qui se porta avec une affaire domestique sous les Romains. L'attaque de Jésus au Temple pourrait avoir coïncidé avec un incident dont les zélotes furent responsables (Marc 15, 7).

L'attitude double de Jésus à l'égard d'un monde injuste, dont il annonce la fin et dans lequel les disciples doivent travailler pour le Royaume, n'est ni contradictoire ni une attitude de compromis. Un tel message était un bon motif pour se débarrasser d'un futur opposant qui de plus se prétendait "roi des Juifs", donc un opposant au pouvoir de l'empereur dont le préfet de Judée devait assoir son autorité.

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Les motifs politiques de la condamnation de Jésus

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Publié le 17 Avril 2014

Simon de Cyrène est donné comme un des acteurs de la crucifixion, mais cette précision pourrait être une création littéraire.

Simon de Cyrène, dans le Nouveau Testament, est un spectateur à qui ont fait porter la croix de Jésus. Il était probablement un Juif africain venant de la province romaine de Cyrénaïque, et il est considéré comme le père d'Alexandre et de Rufus, deux membres important de la communauté chrétienne primitive.

Les Juifs de Cyrène étaient en contact étroit avec leurs frères en Palestine, et étaient libres d'envoyer leurs offrandes à Jérusalem («Ant». XVI. 6, § 5). D'ailleurs, ils avaient une synagogue à Jérusalem, où beaucoup allaient pour les fêtes annuelles et Agrippa avait envoyé une lettre écrite en leur faveur à des Cyrénéens ("BJ" ii. 16, § 4). Trois fils d'un certain Ismaël qui fut décapité à Cyrène, étaient présents lors du siège de Jérusalem (ib. vi 2, § 2.), Et après que la guerre fut terminée en Syrie, les Romains rencontrèrent encore une opposition à Cyrène, où Jonathan le Sicaire incita les Juifs à une émeute. La perturbation fut, cependant, vite étouffée par le gouverneur de Catulle ("BJ" vii 11, § 1;. "Vita", § 76).

Les trois Évangiles synoptiques font dire que Jésus n'a jamais porté sa propre croix, mais que ce fut plutôt «Simon de Cyrène» comme le disent les textes : "En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter sa croix" (Mt 27,32) », ou "Quand ils l'emmenèrent, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus" (Luc 23,26). Mais Jean, d'autre part, nous dit simplement que Jésus «sortit, portant sa croix» (Jean 19,17), et il ne mentionne pas l'incident avec Simon. On l'aurait rajouté à l'épisode de la crucifixion, car ses deux fils Rufus et Alexandre seraient devenu important dans la communauté chrétienne. D'ailleurs le transport du «patibulum», la poutre transversale était porté sur les épaules du condamné jusqu'au lieu de sa crucifixion.

Simon de Cyrène, un homme de passage ? Simon est identifié par rapport à ses deux fils, pour le lecteur de Marc 15, 21. En effet, en «lisant entre les lignes» le texte évangélique, on se demande si Simon, inspiré et touché par les événements de la passion de Jésus, avait peut-être rejoint la première communauté judéo-chrétienne de Jérusalem, avec toute sa famille. Au moment où les traditions évangéliques furent écrites et diffusées des décennies plus tard, il serait logique que Simon, ne fut sans doute plus vivant, et on se souvenait de lui comme "le père d'Alexandre et de Rufus."

La tradition dit que ses fils Rufus et Alexandre devinrent des missionnaires. L'inclusion de leurs noms dans Marc suggère qu'ils eurent une certaine position dans la communauté chrétienne primitive à Rome . Il fut même été suggéré que le Rufus mentionné par Paul dans Romains 16, 13 serait le fils de Simon de Cyrène. Certains liens mettent Simon lui-même avec les "hommes de Cyrène" qui ont prêchèrent l'Évangile aux Grecs dans les Actes 11, 20. D'ailleurs dans les Actes des Apôtres, plusieurs Cyrénéens sont mentionnés comme étant présent lors de la fête de la Pentecôte à Jérusalem (Actes 10), où ils avaient leur propre synagogue (6, 9). Certains, dont Lucius (13, 1) qu'on disait avoir été le premier évêque de Cyrène, se rendit à Antioche (11, 20).

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Simon de Cyrène, un homme de passage ?

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Publié le 17 Avril 2014

Barabbas est un personnage célèbre qui aurait été libéré à la place de Jésus, mais en regardant de plus près cet épisode aurait été donné à dessein.

Barabbas ("Fils d'Abbas"), est un prisonnier libéré à la place de Jésus. Les évangélistes disaient que c'était un brigand (Jean 18, 40), un meurtrier (Luc 23, 19), un insurgé (Marc 15, 7), et un fameux prisonnier (Matthieu 27, 16). Barabbas, serait un émeutier juif, qui après avoir participé à des actes de violence aurait assassiné une personne (Marc 15, 7), ce qui amena les Romains à le capturer et à l'emprisonner. Il aurait été libéré par Ponce Pilate suite au choix de la foule, convaincue par chefs des prêtres et les anciens (Matthieu 27, 20; Marc 15, 11; et Luc 23, 18). Pilate joua avec la coutume "je vous relâche quelqu'un à la Pâque" (Jean 18,39). Mais il y a peu de preuves que cette coutume ait existé. Mais, une célébration antique romaine appelée Lectisternium impliquait et comprenait parfois un retrait temporaire des chaînes de tous les prisonniers. Mais on voit mal un homme aussi cruel que Pilate le faire.

Barabbas devait être crucifié avec deux autres prisonniers, mais comme la fête de la Pâque devait attirer des milliers de pèlerins à Jérusalem, les autorités romaines pensèrent qu'il fallait attendre la fin de la fête. Bien que les chefs des prêtres et les anciens étaient en faveur de la crucifixion de Barabbas, ils savaient que la foule l'admirait comme un combattant pour la liberté. Par conséquent Barabbas fut libéré quand Pilate entendit la foule crier : "Mort à cet homme et libère-nous Barabbas" (Luc 23,18). Certains chercheurs supposent que Barabbas aurait appartenu au groupe des Zélotes - des patriotes qui luttaient contre la domination romaine. Dans certaines versions antérieures, son prénom nous est donné comme celui de Jésus.

Le philologue allemand Paul Wendland appelait aussi l'attention sur un passage de Philon 5 où il est raconté que la populace d'Alexandrie, pour se moquer du roi juif Agrippa, prit un dément inoffensif nommé Karabas, l'attifa d'une couronne en papyrus, d'un roseau brisé et d'une natte et lui rendit des honneurs comme à un roi. Karabas ne pourrait-il pas être rapproché de Barabbas ? (“Jesus als Saturnalien-Konig”, Hermes, XXXIII (1898), pp. 175-179)

En regardant, ce serait un homme qui aurait arrêté dans une rafle après une émeute qui avait causé quelques décès à Jérusalem. Finalement, il fut libéré par Pilate sans doute innocenté de ce qu'on l'accusait quand le gouverneur vint à Jérusalem pour superviser l'ordre public durant la fête de Pâque. On peut supposer que cela avait eu lieu en même temps que Jésus fut crucifié, ou non loin de là, ou à un autre Pâque. Dans tous les cas, cette nouvelle frappa les chrétiens comme une ironie cruelle. Matthieu, dans une certaine tradition textuelle, soutient que le nom de Barabbas est Jésus (27, 16-17). La foule est selon Matthieu confronté à un choix cornélien entre "Jésus, le roi des Juifs" ou "Jésus, le fils du Père." Cela suggère fortement que les préoccupations théologiques plutôt qu'historique dans cette œuvre.

Pour Benjamin Urrutia, co-auteur de The Logia of Yeshua, Jésus, dans cette perspective, aurait été le planificateur et chef de la résistance juive non-violente au plan de Pilate à mettre en place les sigles en formes d'aigles des légions romaines sur le Mont du Temple de Jérusalem. Mais rien ne semble confirmer que Jésus ait participé à un tel épisode.

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Barabbas, un coupable littéraire ?

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Publié le 16 Avril 2014

Voyons Ponce Pilate, un préfet de Judée à l'époque de Jésus et qui s'avère loin du personnage indécis décrit dans les Évangiles.

Ponce Pilate (mort en 41), est un préfet romain de Judée (26-36), qui présida le procès de Jésus et donna l'ordre de sa crucifixion. Selon la tradition, Ponce Pilate est un chevalier romain du clan samnite des Pontii (d'où son nom latin, Pontius Pilatus). En 26, l'empereur Tibère, sur le conseil de son favori Séjan qui protège Pilate nomme ce dernier procurateur de Judée, ou plutôt préfet selon une inscription découverte à Césarée.

Le Nouveau Testament représente Pilate comme un homme faible et vacillant qui ne trouvait à redire de Jésus, mais il ordonne son exécution car la foule réclamait sa mort. Ce portrait est peu fiable. Le Pilate des Évangiles est une falsification. De tous les gouverneurs de Judée, Pilate est l'un des plus connu, non seulement par le biais du Nouveau Testament, mais aussi parce qu'il est le seul gouverneur romain examiné en détail par les célèbres historiens Juifs de cette période, Philon et Flavius Josèphe. Philon le décrit comme "un homme d'un caractère inflexible, dur et inflexible" (Legatio, 38, 302). Il décrivit du gouverneur ses corruptions, ses actes d'insolence, ses rapines, son habitude d'insulter son interlocuteur, sa cruauté, ses assassinats de personnes non-jugées et donc non-condamnées, et son inhumanité continuelle, gratuite et outrageuse.

Le comportement de Pilate envers la communauté juive montra son étroit mépris envers elle ce qui donna lieu à des protestation, des troubles et du ressentiment. Un de ses premiers actes fut d'envoyer un groupe de soldats en armes à Jérusalem, avec des enseignes portant l'image de l'empereur, ce qui était contraire à la loi juive et à la pratique antérieure de l'armée romaine en Judée. Après un affrontement avec les Juifs à ce sujet, Pilate fit enlever les enseignes (Antiq XVIII, 3, 1, 55-9). La force avec laquelle Pilate réprima des émeutes abouti souvent à de nombreux morts, comme, par exemple, lorsque les personnes ont protestèrent contre l'appropriation des trésors sacrés du temple pour construire un l'aqueduc pour amener de l'eau à Jérusalem (Antiq, 3, 2, 60-62).

Mais les récits bibliques montrent clairement que Jésus était devenu une telle menace pour les pouvoirs établis que seule la peine de mort romaine, la crucifixion, suffirait. C'est une curiosité que les récits bibliques indiquent une réticence de la part de Pilate à condamner Jésus à la mort horrible réservée aux traîtres. En d'autres récits historiques, Pilate avait exécuté des milliers de personnes et n'aurait donc dû avoir aucun scrupule à prononcer une sentence de mort envers un autre juif subversif. Certains historiens pensent que le temps où les Évangiles furent écrites, entre 70 à 90, les premiers chrétiens espéraient rendre leur histoire plus acceptable pour que les Romains se convertissent en minimisant le rôle de Pilate. Pourtant Ponce Pilate n'aurait pas hésité à exécuter un Juif gênant si il pensait qu'il devait préserver l'ordre. Jésus représentait une menace, Pilate l'aurait probablement exécuté juste pour donner l'exemple. Si il se prétendait le roi des Juifs, il aurait constitué une menace pour l'autorité romaine. Les Romains n'auraient donc pas hésité à exécuter un dissident politique ou un fauteur de troubles. Les deux insurgés crucifiés avec Jésus, auraient participé à un soulèvement inconnu contre la domination romaine. Peut-être que cette situation fut provoquée par des actions de Pilate.

Après la chute et l'exécution de Séjan, en 31, Pilate se trouve davantage exposé aux critiques acerbes des Juifs. Le Nouveau Testament nous parle également de “Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices” (Luc 13,1), certains commentateurs l'interprètent comme se référant aux pèlerins venus à Jérusalem durant un grand festival pour présenter leurs offrandes au temple et qui perdirent leurs vies dans la répression violente d'une émeute. C'était la dispersion brutale d'une foule de pèlerins Samaritains au mont Garizim qui provoqua finalement la chute de Pilate (XVIII Antiq 4, 1-2, 85-89). Connu pour sa sévérité envers les Juifs, on lui ordonna finalement de retourner à Rome pour subir un procès pour cruauté et oppression, car les dirigeants Samaritains protestèrent auprès de Vitellius, légat de Syrie. Une tradition d'une exactitude incertaine soutient qu'il se tua sur ordre de Caligula en 39, une autre légende rapporte que Pilate et sa femme se convertirent au christianisme, ce qui est peu probable. Mais dans la réalité, Pilate fut banni par Caligula à Vienne en Gaule, où il mourut en l'an 41.

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Ponce Pilate, un préfet de Judée brutal et expéditif

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Publié le 16 Avril 2014

En cette semaine sainte, je ne vais pas faire de religion, mais vous parler des principaux acteurs de la mort d'un rebelle juif, Jésus, qui eux sont historiques, nous allons commencer par Caïphe, le Grand Prêtre de l'époque.

Caïphe est le Grand Prêtre de 18 à 36, beau-fils et successeur d'Anne. Il appartenait au parti des Sadducéens, mouvement religieux Judéen dont la plupart des membres se trouvaient parmi l'élite juive aisée. Flavius Josèphe parle de lui comme «Joseph, qui était appelé Caïphe». On suppose que Caïphe appartenait à la famille sacerdotale des Kathros, une branche collatérale de la puissante famille des Boethos, originaire d'Alexandrie en Égypte et promue au grand pontificat par Hérode le Grand. Il épouse une fille d'Anne l'ancien Grand Prêtre.

Il est possible que Caïphe était un membre de l'ambassade qui se rendit à Rome en 17 pour discuter de questions fiscales (Tacite, Annales, 2, 42,5). En 18, le gouverneur romain Valerius Gratus nomma Caïphe, Grand Prêtre de Jérusalem à la place de Simon, fils de Camith. Les deux hommes devaient avoir une relation de travail excellente, parce que Caïphe resta dans ce poste d'une façon exceptionnellement longue. Le successeur de Gratus, Ponce Pilate conserva le Grand Prêtre dans son poste. Comme Grand Prêtre, Caïphe était président du tribunal de grande instance (Sanhédrin).

Le ministère de Jean-Baptiste avait eu lieu sous le sacerdoce d'Anne et Caïphe (Luc 3, 2). C'est dans le palais de Caïphe que les prêtres et les anciens complotèrent pour tuer Jésus (Matthieu 26, 3). Lors de cette réunion Caïphe aurait dit qu'il valait mieux pour les Juifs qu'un seul homme meure pour le peuple, plutôt que la nation toute entière soit détruite (Jean 11, 50). Selon Matthieu (26, 57), Jésus après son arrestation fut conduit à la maison de Caïphe, mais selon Jean (18, 12-24), il avait d'abord été interrogé par Anne qui l'envoya ensuite à Caïphe. Ce dernier, à son tour, l'envoya à Pilate. Mais dans la réalité, après que la garde du Temple avait arrêté Jésus de Nazareth, Caïphe organisa surtout une audition et lui demanda s'il était le Messie, une prétention dangereuse. Parce que Jésus ne pouvait pas (ou refusa de) réfuter l'accusation, le Grand Prêtre ne pouvant faire autrement le remis aux autorités romaines, qui l'avaient reconnu coupable de trahison (c'est à dire, le fait de se prétendre le roi des Juifs).

Pour les historiens, comme Marie-Françoise Baslez dans Le Monde de la Bible, ce procès juif est une impossibilité : d'une part les évangiles présentent une séance de nuit du Sanhédrin, ce qui serait irréaliste, d'autre part le Sanhédrin n'avait pas à cette époque le pouvoir d'appliquer la peine capitale. Jésus a pu être condamné pour des blasphèmes divers; aucun ne peut lui être imputé avec certitude; il n'a certainement pas été condamné parce qu'il aurait affirmé sa messianité (seuls ses disciples ont pu ou voulu croire qu'il était le Messie) et encore moins qu'il était «Dieu, Fils de Dieu». Son hostilité au Temple a joué un rôle plus décisif dans sa condamnation. Tout se serait donc déroulé la nuit, dans la cour du Grand Prêtre où des membres du Sanhédrin (ou du moins une partie) aurait été présents ; l'interrogatoire aurait abouti à la décision de conduire Jésus devant Pilate; seul ce dernier aurait instruit un véritable procès aboutissant à la condamnation à mort sous le grief de rébellion par prétention à la royauté.

Caïphe était encore le Grand Prêtre quand Pierre et Jean avaient guéri un boiteux, tout en prêchant au peuple dans le Temple (Actes 4, 6). En Décembre 36, la carrière de Pilate en Judée vint à son terme. Le gouverneur de Syrie, L. Vitellius intervint. Dans les affaires juives pendant la fête de la Pâque de 37, Caïphe fut démis de ses fonctions. Il fut remplacé par son beau-frère Jonathan, fils d'Anne. Cette destitution par l'autorité romaine qui l'avait nommée, fait suite au rappel à Rome de Ponce Pilate auquel il semble lié. Son fils Elyehoeanay (Elionaeus ben Kantheras), sera l'un des derniers grands prêtres.

En 1990, une grotte funéraire datant du IIe siècle fut découverte par les archéologues au sud de Jérusalem qui y trouvèrent des ossuaires en pierre, dont un qui avait le nom de "Joseph fils de Qaifa" inscrit dessus. La sépulture contenait les ossements d'un homme de 60 ans environ, d'une femme de 40 ans et de deux très jeunes enfants. Certains commentateurs pensent que c'était le tombeau de la famille du Grand-Prêtre.

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Caïphe, un Grand Prêtre stratège

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Publié le 14 Avril 2014

Christian Makariannous montre dans son excellent article dans L'Express.fr du vendredi 11 avril 2014 que Jésus a encore des points méconnus de sa vie et que la recherche historique est loin d'être finie.

Et si, derrière l'image du Christ et son message de paix, on avait occulté le combat politique de l'homme de Nazareth? La polémique n'est pas nouvelle, mais le livre de l'écrivain musulman Reza Aslan lui redonne une saisissante actualité. L'Express en publie des extraits et prolonge un débat que deux mille ans de controverses n'ont toujours pas épuisé.

Était-il le "bon berger", celui qui faisait paître ses brebis dans de verts pâturages et qui laissait tout pour sauver une seule d'entre elles ? N'était-il pas davantage un révolté qui rêvait de renverser l'ordre établi, de mettre fin à la domination romaine et de chasser du Temple de Jérusalem la caste des grands prêtres ? Sera-t-il jamais une figure paisible, sacralisée par l'aspiration à la paix d'un monde en furie, l'incarnation d'un Dieu réconcilié avec le genre humain, l'inventeur insurpassable du message d'amour ?

Un livre - Le Zélote. La vie et l'époque de Jésus de Nazareth (Arènes) - vient brusquement remettre en question la figure apaisante, fraternelle, universelle, du Christ et rallume une ancienne polémique en offrant une lecture inattendue et très actuelle de la vie de Jésus. Son auteur, Reza Aslan, est un musulman chiite d'origine iranienne, qui s'est passionné pour le christianisme en suivant d'abord la formation littéraliste des évangélistes américains, avant de s'en séparer pour retourner à la foi de ses origines.

En peu de temps, son ouvrage est devenu n° 1 des ventes de livres aux États-Unis, puis best-seller dans 25 pays. Grâce à une thèse qui, sans être résolument nouvelle, soulève de bonnes questions auxquelles il faut apporter des réponses claires. Pour Aslan, Jésus est avant tout un juif qui s'inscrivait pleinement dans son temps, le Ier siècle de l'ère définie par sa naissance, qui cherchait à relier sa parole et son action au message des grands prophètes (Élie, Élisée, Michée, Amos, Isaïe, Jérémie...), tous convaincus que Dieu viendrait un jour libérer Israël. "Comme les zélotes, estime l'auteur, il [Jésus] reconnaissait que le règne de Dieu n'exigeait pas simplement une transformation intérieure tendant à la justice et à la rectitude, mais un retournement complet de l'ordre politique, religieux et économique de la période".

Partant, la réinterprétation que propose Aslan consiste à oublier tout ce qu'enseigne le catéchisme traditionnel pour laisser surgir sous les mêmes mots un autre texte, profondément corrosif et au contenu politique affirmé. Ce qui le conduit très loin, notamment à faire de l'homme de Nazareth un véritable leader révolutionnaire qui applique un principe implacable : "Le règne de Dieu ne peut être installé sans l'anéantissement des dirigeants en place." Il n'est pas jusqu'aux Béatitudes, ces promesses splendides - au nombre de huit dans l'Évangile de Matthieu - faites aux démunis ("Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux. [...] Heureux les affligés, car ils seront consolés"), qui ne soient réinterprétées dans le sens d'un programme résolument politique. Ce Jésus-là prend facilement les traits d'un Mahomet, chef de guerre, interprétation dont les chrétiens ne sauraient s'offusquer, puisque, contrairement à l'islam, la foi chrétienne ne consiste pas en une récitation de la seule version autorisée.

Qui étaient ces zélotes auxquels Aslan veut rattacher Jésus ? À proprement parler, leur existence historique n'est documentée que dans la décennie 60, phase de troubles intenses, soit bien après la mort de Jésus. Leur révolte va entrer dans l'Histoire en provoquant par mesure de rétorsion un événement catastrophique et irréversible, la destruction, en 70, du Temple de Jérusalem par les Romains sur ordre de l'empereur Titus. L'historien juif Flavius Josèphe, auquel on doit en grande partie la connaissance de ce mouvement (dont il était l'adversaire), les présente comme un quatrième parti au sein du monde juif de l'Antiquité. Les sadducéens constituent la classe sacerdotale supérieure, dotée de tous les privilèges ; ils négocient leur position avec les Romains, qui s'appuient sur eux. Les esséniens, à l'opposé, abritent le courant puriste, retiré de la cité, isolé dans le dépouillement du désert et concentré sur ses rites parfois presque ésotériques. Les pharisiens, eux, représentent la classe moyenne des villes, se préoccupent de l'application des principes de la Torah (les cinq premiers livres de la Bible ou Pentateuque) dans la vie quotidienne, ce qui se traduit par le développement d'une véritable loi orale et par la contestation des prérogatives que préservent jalousement les sadducéens.

Les pharisiens (dont l'apôtre Paul était un parfait représentant jusqu'à sa conversion sur le chemin de Damas) donneront naissance, après la dispersion du peuple juif, au judaïsme rabbinique qui se confond jusqu'à nos jours avec le destin du peuple juif. Dans ce paysage en pleine accélération dramatique, les zélotes (du grec zêlotai, traduction de l'hébreu qanna'im, qui signifie "zélés") se réclament de grands personnages bibliques, justiciers et réformateurs intransigeants. Proches d'une définition de la foi qui est aussi celle des pharisiens, ils se distinguent de ces derniers par leurs méthodes d'action, radicales voire fanatiques, car ils combattent activement les Romains et considèrent que la détermination guerrière la plus absolue est un moyen de précipiter l'avènement du Messie. En 66, un sacrifice païen effectué devant la synagogue de Césarée sert d'étincelle à la révolte juive, qui s'étend à Jérusalem. Les zélotes, qui parviennent à rassembler leurs compatriotes, infligent une sévère défaite à la XIIe légion romaine et prennent temporairement le contrôle de la Ville sainte. Le philosophe et historien Ernest Renan assimilera ce soulèvement à "un accès de fièvre qu'on ne peut comparer qu'à celui qui saisit la France durant la Révolution". La réplique romaine sera effroyable et se soldera par la destruction complète du Temple et la dissémination des juifs.

C'est donc à ce courant extrémiste que Reza Aslan veut faire adhérer Jésus, en s'appuyant sur de nombreux indices, effectivement troublants, mais en empruntant un chemin biographique qui ne manquera pas d'être critiqué. Certaines des paroles du Christ restent jusqu'à ce jour mystérieuses, voire dérangeantes : "N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive." Mais le choix d'Aslan, qui consiste à se passer de l'interprétation spirituelle pour en rester au mot à mot, produit des effets de distorsion. Pour les chrétiens, cette parole à consonance guerrière est la définition même du combat intérieur, du déchirement des âmes semblable à celui que produirait une lame. La suite de ce passage suffit à la montrer : "Car je suis venu opposer l'homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa famille" (Matthieu X, 35-36). Il n'y a là rien qui s'apparente à une guerre, mais tout d'un conflit sur la foi qui divisera, en effet, le monde juif d'une maison à l'autre et séparera douloureusement les chrétiens et les juifs. Sinon, pourquoi Jésus aurait-il dit à ses disciples : "Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups" (Matthieu X, 16) ? Plus solide est la mention, dans l'entourage de Jésus, de certains disciples qui présentent toutes les caractéristiques des zélotes - Simon le Zélote et Judas Iscariote -, mais leur appartenance semble, en l'occurrence, clairement assumée par les Évangiles.

Dans un autre livre récemment paru, Jésus (Seuil), le théologien suisse Hans Küng, camarade d'études d'un certain Joseph Ratzinger, rappelle fort utilement que "Jésus est en personne le programme du christianisme". C'est pourquoi il y aura encore de nombreuses polémiques sur la vie méconnue de Jésus, sur ses paroles énigmatiques, sur ses années de silence... Blaise Pascal a résumé au mieux le débat, qui ne s'éteindra pas : "Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire." Le christianisme poursuit sa course, tant il est vrai qu'il est fondé sur la liberté de chacun et qu'à ce titre il demeure tout aussi subversif après deux millénaires.

Contrairement à ce que beaucoup de courants conservateurs annonçaient avec le Jésus de Benoît XVI, non l'exégèse historico-critique n'est pas finie, et Jésus comme personnage historique n'a pas encore livré tous ses secrets.

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La vie méconnue de Jésus

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Publié le 2 Avril 2014

RTL.fr dans son article du mercredi 31 mars 2014 nous montre qu'avec 44 millions de dollars de recettes, "Noé", avec Russell Crowe dans le rôle-titre, a pris la tête du box-office américain pour son premier week-end d'exploitation. Les diverses polémiques n'auront pas entaché la sortie de l'épopée biblique signée Darren Aronofsky.

Censuré par plusieurs pays arabes et très critiqué par quelques institutions chrétiennes aux États-Unis, Noé avec Russell Crowe réalise un bon démarrage au box-office américain pour son premier week-end en salles, selon des chiffres publiés de la société Exhibitor Relations.

Avec 44 millions de dollars de recettes, le film devance cette semaine la nouvelle saga phare pour adolescents Divergente, l'histoire d'une jeune fille destinée à libérer un monde post-apocalyptique de ses tyrans. Le long métrage de science-fiction amasse encore 26,5 millions de dollars (95,3 millions en deux semaines).

C'est une très belle nouvelle, car le réalisateur Darren Aronofsky ne s'en est pas tenu qu'aux textes religieux et s'est aussi servi de l'expérience humaine afin de rendre le récit crédible, car pour lui il était plus important de faire venir aussi les non-croyants ou les personnes moins portées sur la religion dans une salle de cinéma. Bravo !

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Box-office US : "Noé" prend le large devant "Divergente"

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Publié le 4 Février 2014

Actuellement certains rabbins juifs spéculent sur qui aurait été Jésus, cela amène différentes positions qui sont très intéressantes à voir et qui nous montre que leur avis est très ouvert à son sujet.

Un rabbin orthodoxe américain Shmuley Boteach dans Kosher Jesus (2012) rappelle que bien qu'il ne croit pas que Jésus est le Messie, il espère qu'un regard nouveau sur Jésus comme un homme qui a vécu et est mort comme un Juif pratiquant aidera à éliminer l'antisémitisme, mais aussi à établir la bonne volonté entre les religions et à renforcer les valeurs judéo-chrétiennes. Selon Boteach, Jésus était en fait un impressionnant savant et un visionnaire méprisant les Romains pour leur cruauté, qui n'a jamais prétendu être divin. Il était quelqu'un avec qui les rabbins n'ont jamais eu aucun problème. Il travailla pour raviver l'observance rituelle juive de tous les aspects de la Torah. Selon lui, Jésus se rebella contre les Romains et fut crucifié par les Romains car il essaya de secouer leur joug. Boteach présente Jésus comme un combattant de la liberté et un sage juif.

La rabbin de la synagogue Lev Chadah à Milan, Barbara Aiello montre que Jésus était pleinement juif, car il respectait la Torah, payait l'impôt au Temple et allait à la synagogue. Selon elle, Jésus était un Juif très nationaliste respectueux de la loi, qui était profondément préoccupé par la morale et l'éthique de la société dans laquelle il vivait. Comme le prophète Michée, Jésus avait une profonde sympathie pour l'opprimé, le pauvre, et les victimes de l'injustice sociale. Pourtant, de nombreux chercheurs pensent que Jésus ne s'est jamais vu comme le fondateur d'une nouvelle religion. D'ailleurs, les valeurs et l'éthique qui sont attribués à Jésus sont les valeurs et de l'éthique qui sont le fondement de la tradition juive.

Selon Nehemia Gordon, une autorité spirituelle du mouvement karaïte, dans The Hebrew Yeshua vs. the Greek Jesus (2005), Jésus de Nazareth fut élevé dans une famille juive pratiquante dans une culture où la Torah (les cinq livres de Pentateuque), était la constitution nationale. Les enseignements de Jésus, qui forment la base du christianisme, sont nées dans l'ignorance de la terre, de la langue et la culture de la Bible. Les questions sur lesquelles Jésus lutta avec les pharisiens à propos de leurs traditions religieuses artificielles pour empêcher les populations d'entrer dans la servitude, ne sont tout simplement pas comprises par les chrétiens modernes, ni ses instructions les plus importantes.

Le rabbin David Zaslow, chef spirituel de la synagogue Havurah Shir Hadash à Ashland, dans l'Oregon, dans son ouvrage Jesus : First-Century Rabbi (2013) montre que le Jésus historique était un Juif pratiquant Torah et dénonce la fausse impression de certains chrétiens qu'il n'aurait pas observé le Sabbat ou les lois alimentaires juives par exemple, qui est mort comme un Juif parce que les Romains étaient terrifiés du fait qu'il aurait pu devenir le roi des Juifs, et donc une menace politique pour l'Empire. Ses enseignements sont clairement enracinées dans le judaïsme de pointe de son époque. Il souhaite également qu'en ce qui concerne Jésus, il est temps de prendre du recul dans les croyances et être prêt à voir que le Jésus de l'histoire n'est pas le même que le Christ de l'Église.

Ce sont des visons intéressantes de Jésus qui montre que dans le judaïsme l'image de Jésus est bien plus ouverte que ce que l'on pourrait croire. Après tout Jésus était juif et les rabbins juifs ont le droit d'interpréter un personnage de leur histoire.

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Publié le 3 Janvier 2014

Je vais consacrer un article au père de Jésus, Joseph, resté trop en retrait par rapport à son épouse, Marie. Une grande injustice, non ? Et d'abord, une bonne année 2014 à tous ceux et à toutes celles qui liront ces quelques lignes !

Je vais consacrer un article au père de Jésus, Joseph, resté trop en retrait par rapport à son épouse, Marie. Une grande injustice, non ? Et d'abord, une bonne année 2014 à tous ceux et à toutes celles qui liront ces quelques lignes !

Il faut dire que déjà vu le peu d'informations sur Marie, c'est encore pire pour Joseph. Cependant, tout exégète digne de ce nom sait que de peu en fonction du contexte on peut essayer de retracer la vie d'une personne, grâce aux sources en nos possessions, pour nous les évangiles, les Antiquités Judaïques et la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, le Talmud et les recherches archéologiques en Galilée et en Judée. Donc on ne part pas de rien.

Si Joseph avait 15 ou 18 ans en 7 avant Jésus Christ, lors de ses fiançailles, tel que le veut le droit juif de l'époque, on peut estimer qu'il est né en 22 ou 25 avant Jésus-Christ, sous le règne d'Hérode Ier le Grand (37-4). D'après Matthieu 13, 55, Luc 2, 4 et Jean 1, 45 , il est assurément originaire de Nazareth, dont on sait fort peu de choses, car la source la plus ancienne sur ce dernier sont les quatre évangiles, sinon que c'était probablement une modeste bourgade - ce qui a été confirmé par les recherches archéologiques sur le site présumé du village dont estime la population de 100-200 à 400 habitants -, ce que souligne dans Jean 1, 45 par un proverbe probablement local : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? »

D'après John P. Meier (Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire : vol. 1, Les sources, les origines, les dates, éditions du Cerf, Paris, 2004), son nom, Yosseph ou Yosé en dialecte galiléen, qui est celui de l’un des 12 fils de Jacob, reflète une volonté apparu dans la Judée au IIe siècle avant J. - C., à l’époque des frères Maccabées et de la montée du mouvement nationaliste qui s’opposait à la tentative d’acculturation des Grecs, de refléter l’époque patriarcale et l’Exode. Cette renaissance juive était surtout forte dans les petites villes et dans les milieux ruraux, comme en Galilée, et s'était semble-t-il affermi depuis qu'Hérode le Grand régnait sur le pays depuis 37, ayant fait de la province un tremplin pour son ascension lorsqu'il en était stratège en 47 av. J. - C. en y éliminant les partisans des Hasmonéens, qui avait rejudaïsé la Galilée à partir de 104 av. J. - C, dont Ezéchias, le père de Judas le Galiléen. La symbolique du nom prend aussi plus d'évidence quand on sait qu'au temps de Jésus, il était donné au moment de la circoncision qui avait lieu 8 jours après la naissance. Celle-ci avait pour but, d'après la formule utilisé par le père à cette occasion, d'« introduire notre enfant dans l'alliance d'Abraham notre père » (Schabbath, 137, 2). Donc parce que Dieu a changé les noms d'Abraham et de Sarah lorsqu'il a institué la circoncision, les parents faisaient de même. Ce nom était choisi d'ordinaire parmi ceux qui étaient déjà portés par un des parents. Cela avait été probablement le cas de Joseph. Pourtant, son seul frère dont nous possédons le nom s'appelait Clopas (Jean 19, 25 ; Hégésippe, Histoire ecclésiastique, in Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique 3, 11), peut-être le même que Cléopas (Luc 24, 18), qui est un nom d'origine grecque et le diminutif de Kléopâtros. La famille de Joseph appartenait-elle à ces groupes bilingues, qu'évoque José Antonio Pagola (Jésus. Approche historique, collection Lire la Bible, éditions du Cerf, Paris, 2012) - en se référant à des inscriptions en araméen (ou hébreu) et grec, trouvées en Basse Galilée et sur les rives sur le lac de Génésareth -, qui parlaient araméen et employaient un grec rudimentaire ? Possible, mais on ne peut aller plus loin.

Sinon, on ne connaît pas le nom de ses deux parents. Toutefois, on peut estimer que le nom de son père était Jacob, si l'on tient compte que ce nom était celui de l'un de ses fils (Marc 6, 3 ; Matthieu 13, 55) - pratique courante - et qu'on lui donne ce nom dans la généalogie de Matthieu (1, 16), peut-être ici symbolique, le patriarche Jacob étant le père du patriarche Joseph. On ne sait pas non plus l'étendue de sa famille, qui selon les mœurs de l'époque, est probablement nombreuse, sans qu'on puisse estimé le nombre d'enfants, ou de garçons et de filles, car nous n'en connaissons que deux, Joseph et Clopas. Il se peut aussi que cette famille, comme d'autres familles juives, ait été de la descendance de David, comme l'atteste la plus ancienne source chrétienne, l'Épître de Paul aux Romains (1, 3), écrite entre 55 et 57. Un cercueil datant de l'époque de Jésus découvert à Jérusalem qui porte l'indication : " Appartient à la maison de David ", pourrait le confirmer. En effet, d'après Daniel Marguerat : « (...) toutes les familles faisaient ces généalogies. Pas seulement celle de Jésus » (interviewé par Jocelyn Rochat dans l'article Zut, on a encore oublié Joseph ! dans Allez Savoir !) et donc de son père, Joseph, qui sont inconnues, car comme l'on très bien remarqué les exégètes actuels, celles de Matthieu et de Luc donnent plutôt l'impression du fait de leurs incohérences et de leur contenu théologique qu'elles ont été élaborées ad hoc dans le but de prouver la descendance davidique. De plus, « Il est (...) important, souligne David Flusser, de rappeler que, s'il existait au Ier siècle des personnes qui pouvaient faire remonter leur ascendance jusqu'à David, nous n'avons aucune certitude quant à l'appartenance de Jésus lui-même ( et de Joseph) à la lignée davidique » (Jésus, Seuil, 1970 ; Éclat, 2005).

Si Joseph était tekton (Matthieu 13, 55 et la version vetus latinus de Marc 6, 3), on estime que son père devait l'être également. Ce mot mal rendu par " charpentier " signifie plutôt en grec " bâtisseur ", " constructeur ", si bien que l'auteur du Protévangile de Jacques, écrit probablement entre 150 et 170, fait ainsi dire à Joseph qu’il « construit des bâtiments ». D'après Pierre Antoine Bernheim, " Ces activités pouvaient nécessiter une formation assez longue et des connaissances techniques approfondies. Le terme grec utilisé, tekton, comporte une connotation d'habileté et de sagesse. C'est pourquoi les meilleurs artisans étaient très recherchés (...) " (Famille et éducation de Jésus dans La Bible est sa culture. Jésus et le Nouveau Testament, dirigé pat Michel Quesnel et Philippe Gruson, Desclée de Brouwer, Paris, 2000), notamment à cette période de construction qu'est le règne d'Hérode (37-4 av. J. - C.). Donc, tout sauf des journaliers, comme le pense James Tabor.

Cela permet de penser que l'instruction qu'a reçu Joseph n'était guère différente de celle de Jésus. D'après José Antonio Pagola (id.), les garçons restait sous la responsabilité de leur " mère et des membres féminins de son groupe familial " jusqu'à 7-8 ans, puis " il était incorporé presque sans transition dans le monde des adultes ", l'éducation étant assez sommaire, leur père se concentrant sur l'enseignement de leur futur métier, souvent le sien, ce qui est très important pour la société juive du Ier siècle, car, comme le dit Rabbi Yehouda HaNasi (135-env. 225 ap. J. - C.), « Celui qui n'enseigne pas un métier à son fils c'est comme s'il lui enseignait le brigandage. » (Talmud de Babylone, Kidduschin, 29 a, 30 b.) En même temps, chez eux ou dans le local de la synagogue, ils devaient, souligne Bernheim (id.), sans doute apprendre les grands événements de l'histoire d'Israël et ce qu'il fallait pour vivre comme un Juif. Les plus doués et les plus motivés pouvaient chercher quelqu'un leur apprenant à lire voire écrire. Ce fut peut-être le cas de Joseph qui parlait peut-être trois langues : l'araméen, sa langue maternelle, l'hébreu, qu'il a appris à la synagogue, et le grec, de façon pratique et rudimentaire dans le cadre de son apprentissage de tekton « car, tel que le rappelle Flavius Josèphe, notre nation n'encourage pas ceux qui apprennent le langage de nombreuses nations » (Antiquités Judaïques 20, 21, 2). On peut donc comprendre en Jean 12, 20-22, pourquoi André et Philippe, s'il pratiquait un grec moins basique, ait pu servir d'interprète à Jésus auprès de pèlerins grecs voulant le rencontrer. À partir de 12-13 ans, devenu adolescent (la Bar mitsvah n'existe pas encore), l'apprentissage terminé, Joseph a dû être associé à l'entreprise familiale - un grand nombre d'enfants était aussi utile car c'était une main d'œuvre nécessaire au développement d'une entreprise surtout familiale -, et il pouvait aussi participer au culte synagogal et accompagner ses parents aux trois pèlerinages au Temple de Jérusalem, mais peut-être pas peaufiner son éducation religieuse car les écoles des Sages étaient chères et ne se trouvaient qu'à Jérusalem. Mais il est possible qu'il ait pu le faire d'une autre façon ce que nous évoquerons dans la deuxième partie de l'article.

Puis les parents cherchaient une épouse pour leur fils. C'était d'une grande importance pour les Juifs du Ier siècle, car « Celui qui n'a pas de femme n'est pas un homme complet » à tel point que l'on considérait que « Le Ciel - Dieu - condamne sept choses, et la première concerne l'homme qui n'a pas de femme ». L'homme se doit donc de vivre avec une femme féconde et entouré d'enfants pour respecter le premier commandement divin donné à l'humanité : « Soyez féconds et prolifiques » (Genèse 1, 28) et surtout d'assurer une descendance à sa famille et au peuple juif, ce qui était particulièrement important pour des familles juives habitants dans des hameaux isolés comme Nazareth. D'après Charles Perrot, les filles « étaient mariées entre douze et quinze ans et les garçons n'étaient guère plus vieux » (Les récits de l'enfance de Jésus, dans Cahiers Évangile n°18, Cerf, 1976) - peut-être avait-il quinze et dix-huit ans. Cette moyenne d'âge au mariage était dû au fait que les hommes et les femmes avaient une espérance de vie moins importante qu'aujourd'hui, expliquant que l'entrée dans l'âge adulte avait lieu plus tôt. Le mariage se déroule alors en deux temps dans le droit juif. Le premier est celui des fiançailles, qui consiste dans les faits à un contrat entre les deux familles, donc à un mariage arrangé, car il concernait des biens et des terres, du fait que les familles étaient surtout des unités de production, ce qui explique que celui-ci était endogamique (même milieu, ici celui des artisans, et même tribu, le mariage est alors clanique, sans que l'on puisse dire avec certitude laquelle comme je l'ai évoqué plus haut). Ce semble être le cas pour la famille choisi par le père de Joseph, car deux filles vont épouser Joseph et son frère, Clopas, et qui s'appelle toutes deux Myriam, celle qu'épouse le premier est probablement l'aînée des deux sœurs qui est alors nubile, et est peut-être né entre 22 et 19 avant Jésus-Christ. N'y a-t-il pas aussi une stratégie familiale qui passerait par l'alliance matrimoniale de deux familles rivales sur le marché du travail et aussi de créer un réseau concurrentiel aux élites dirigeantes du village ? Possible, mais on ne peut le prouver, même si d'après Jean 1, 45, Joseph semblait connu en dehors de son village. Connaissait-il sa promise ? Nazareth étant un modeste village, rien ne s'y oppose, surtout si on se rappelle que les galiléennes se déplaçaient plus librement que les Judéennes, devant aider aux champs lors des moissons, allant aux puits, et ne portant pas le voile, même si on ne peut le dire avec certitude.

À partir des fiançailles, Myriam était déjà considérée comme son épouse, et attendait sous le toit de son père, la cérémonie de mariage - appelé « réception » ou « introduction de l'épouse » (dans la maison de l'époux) - n'ayant lieu qu'un an plus tard afin de permettre aux époux de préparer au mieux leurs conditions de vie de couple et notamment pour le futur époux, d'autant plus s'il est un tekton, de construire la maison qui accueillera son futur couple, qui consistait souvent en une annexe à la maison paternelle.

Images tirées du manga Le Messie.
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