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Publié le 20 Mai 2013

Le récit des Actes des Apôtres prend plus de relief remis dans son contexte historique. Il suit probablement de peu l'Ascension, peut-être la Pâque. Les disciples semblent s'être installé à Jérusalem comme leur avait recommandé Jésus en Actes 1, 4, probablement pas pour y attendre l'Esprit, mais plutôt l'achèvement du temps comme le promettait Zacharie 14. Ils vivaient probablement chez des sympathisants, tels les parents de Marc, le propriétaire du Cénacle, dans leurs propres lieux, comme la maison non nommé où ils se réunissent lors de la Pentecôte. Une communauté dont les membres sont tous sauf privés de moyens : entrepreneurs de pêche galiléens (Simon Pierre et son frère André, Jacques et Jean, fils de Zébédée), artisans aisés (les frères de Jésus), riches sympathisants (Lazare de Béthanie, qui a les moyens suffisants pour vivre avec deux sœurs non mariés), des femmes qui " utilisaient leurs biens pour aider Jésus et ses disciples " (Luc 8, 3 : Marie de Magdala, peut-être patronne d'une des conserverie de poissons dont la ville était renommée, Jeanne, femme de Chuza, un des administrateurs d'Hérode Antipas et Suzanne).

Ils auraient pu alors se contenter d'attendre comme les Esséniens et leurs sympathisants le moment de la fin avant d'agir. Mais les disciples semblent avoir repris l'objectif de Jésus : sauver les " brebis perdues de la Maison d'Israël " (Matthieu 15, 24). Et pour cela, il faut prêcher, comme Jésus les a formés, mais ils ne semblent pas prêts, d'où des discussions vives autour des chefs de la nouvelle communauté, les " colonnes ", Jacques, le frère de Jésus, assis sur le trône de Jérusalem (donc régent en l'absence de Jésus), Simon Pierre, nommé après la résurrection par Jésus son principal ministre, et Jacques, fils de Zébédée, qui est devenue le chef des Douze, ce qui explique son exécution par Hérode Agrippa Ier en 44 et son remplacement dans les sources tels les Actes quand Jean, son frère, l'a remplacé. Ces derniers favorables à la prédication l'ont emporté. Le jour de la Pentecôte, ils ne sont probablement que ceux cités dans Actes 1, 13-14 : " Pierre, Jean, Jacques et André ; Philippe et Thomas ; Barthélemy et Matthieu ; Jacques fils d'Alphée, Simon le zélote et Jude fils de Jacques (...) avec quelques femmes dont Marie la mère de Jésus, et avec les frères de Jésus. "

Un indice dans le texte de cette discussion se trouve peut-être en Actes 2, 2 : " Tout à coup il y eut un bruit " Un bruit ? L'évangéliste Luc rajoute : " qui venait du ciel comme le souffle d'un violent coup de vent ". Si on choisi la version courte, c'est plutôt des mouvements de meuble, pour que les disciples puissent tous s'installer pour discuter, ou une discussion un peu forte entre eux qui attire l'attention de la foule. Avec la version longue, défendue par Marie-Émile Boismard (Le Texte occidental des Actes des apôtres. Reconstitution et réhabilitation, avec A. Lamouille, Édition nouvelle entièrement refondue (Études bibliques NS 40), Paris, J. Gabalda, 2000), Étienne Nodet et Justin Taylor (Essai sur les origines du christianisme, éd. Cerf, 1998), ça serait le tonnerre qui aurait attiré la foule, mais une discussion vive interprété plus tard comme une action de l'Esprit ne doit pas être écarté non plus. Dans le récit, primitif, c'est la foule qui est actrice du récit, et il n'y avait pas l'épisode des langues de feu, probable création de Luc, l'Esprit se manifestant par " le souffle d'un violent coup de vent ", compréhensible pour les lecteurs judéo-chrétiens et craignants-Dieu que visaient ce récit primitif. Mais, alors pourquoi la Pentecôte ? Car dans les mouvements messianiques à tendances apocalyptiques cette fête avait pris un sens plus particulier que celui du Judaïsme de l'époque, celui d'une fête autour de l'alliance de Dieu avec son peuple, qui selon le livre des Jubilés, est révélée de nouveau par l'Ange à Moïse (voir Exode 24,1-11) après les temps patriarcaux où la fête été célébrée : « Il a été ordonné et écrit sur les tablettes du ciel qu'on doit célébrer la fête des Semaines en ce mois une fois par an pour renouveler l'Alliance chaque année » (Jubilés 6,17), d'où la forme que cette fête avait prise pour les Esséniens. Donc un choix tout sauf innocent.

La suite du récit semble continué dans l'inexplicable. Mais dans les faits, il n'y a rien de cela. L'attroupement attire une foule bigarrée devant la maison où sont réuni les disciples : " Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye cyrénaïque, ceux de Rome en résidence ici, tous, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes " (Actes 2, 9-11). Rien d'étonnant à cela les Juifs en 42 sont 8 millions, dont 6 dans tout l'empire romain avec 2 dans la seule Palestine, et 2 dans l'empire rival parthe. Et pendant les grandes fêtes de pèlerinage juives, comme la Pentecôte, il y avait 100 000 à 200 000 Juifs venant de tout l'empire, donc il n'y a pas à s'étonner de la présence d'une foule si bigarrée de Juifs. Ces derniers sont surpris de les entende parler dans leur langue : " Tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? " (Actes 2, 7-8). Mais rien de surprenant à cela, les disciples parlent le grec seconde langue de l'empire, que pratique certains disciples Pierre et André, et Philippe, originaires d'une ville hellénophone Bethsaïde, et l'araméen, la langue commune aux peuples de l'Orient romain et de l'empire parthe. Et ils ont probablement quelques notions de latin, les textes officiels étant écrit en latin. La référence au fait qu'ils soient Galiléens montrent que leur dialecte particulier ressortait mais aussi de la réputation qu'ils étaient de mauvais pratiquants du Judaïsme, tel que le montre Jean 7, 15 et 49, et le Talmud. On ne sait pas ce qu'il prêche car la foule n'exprime que son incrédulité : " Qu'est-ce que cela veut dire ? " (Actes 2, 12). La suite paraît un rajout inutile car en période de fête, il ne devait pas être rare de voir des hommes prêcher et débattre tant le Judaïsme était divers sans que l'on disent qu'ils étaient pris de " vin de doux " ou que Pierre mettent en avant une prédiction de Joël 3 1-5 pour justifier leur prise de parole et peut-être souligner le motif eschatologique de l'événement.

Pierre prend alors la parole. Il faut dire que d'après les évangiles, il a toujours à ce sujet était très à l'aise et a toujours fait figure de porte parole des Douze, et en tant que principal ministre, c'est à lui de se mettre en avant. Dès sa prise de parole, on sent que son annonce a été extrêmement développé pendant les deux ou trois ans où les apparitions de Jésus ont reformées la communauté, et qui est le modèle de la prédication que donnait les disciples de Jésus lors des fêtes de pèlerinage où il pouvait s'adresser à un très large public, qui même en dehors de Palestine était dans l'attente du jour de Yahvé (ce que montre très bien les premiers Oracles sybillins datant du Ier siècle), ce qui montre le choix tout sauf innocent de ces derniers ici.

Il reposait sur deux points précis :

1 ) le premier est le kérygme (en grec " proclamation à haute voix ") est un énoncé premier de la foi, la profession de foi fondamentale de la communauté naissante, qui selon Daniel Marguerat (dir. et al., Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Genève, Labor et Fides, 2008, 4e éd., 540 p) et Étienne Trocmé (id, 1998), est la base de l'enseignement de ces derniers en particulier en milieu juifs où ses arguments étaient très parlants dans le débat entre sectes juives : « Israélites, écoutez mes paroles : Jésus le Nazôréen, homme que Dieu avait accrédité auprès de vous en opérant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez, cet homme, selon le plan bien arrêté par Dieu dans sa prescience, vous l'avez livré et supprimé en le faisant crucifier par la main des impies ; mais Dieu l'a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n'était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir. (...) Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité, nous tous en sommes témoins. (...) Convertissez-vous : que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit. » (Actes 2, 22-24, 32, 38.)

2 ) Entre deux d'après Geza Vermes (Enquête sur l'identité de Jésus, Bayard, 2003) figurait peut-être une interprétation de l'Écriture, appelé pesher (explication) chez les esséniens, comme le montre Actes 2, 25-28, qui cite le Psaume 16, 8-11 : « David en effet dit de lui : Je voyais constamment le Seigneur devant moi, car il est à ma droite pour que je ne sois pas ébranlé. Aussi mon cœur était-il dans la joie et ma langue a chanté d'allégresse. Bien mieux, ma chair reposera dans l'espérance, car tu n'abandonneras pas ma vie au séjour des morts et tu ne laisseras pas ton saint connaître la décomposition. Tu m'as montré les chemins de la vie, tu me rempliras de joie par ta présence. ». Ce que montre bien la suite du kérygme après la première parenthèse qui prend un tour explicatif du pesher, et qui ne nécessite en rien le rajout des versets 29 à 31 qui semble plutôt une explication à destination des pagano-chrétiens qui ne connaissaient pas les subtilités du langage employé à la synagogue ou dans les milieux messianiques juifs. Dans ce dernier, Pierre sous entendrait que le roi David ne parlait pas de sa propre Résurrection, mais de celle de quelqu'un d'autre, donc le Messie, ici Jésus.

Et cet enseignement sent la poudre deux ans à peine après la mort de Jésus, d'après John Dominic Crossan, James Tabor (The Jesus Dynasty : A New Historical Investigation of Jesus, His Royal Family, and the Birth of Christianity, Simon & Schuster, 2006), Paula Fredriksen (De Jésus aux Christs, Cerf, 1992) et Étienne Nodet et Justin Taylor (Essai sur les origines du christianisme, éd. Cerf, 1998). En effet, comme l'indique Luc 24, 21, ses disciples espéraient que Jésus " était celui qui allait délivrer Israël ". Et la Résurrection de Jésus montre, tel que le prouve le kérygme avec ou sans le pesher, que Jésus était bien un " homme que Dieu avait accrédité " (Actes 2, 22), le Messie qu'attendait Israël. Car Dieu ne l'a pas laissé sous l'emprise de la mort, mais en a fait le premier ressuscité, annonçant ainsi le Jour de Yahvé, qui signifiera la chute de l'empire romain. Et tous sont invités à changer de cœur pour suivre la route de Jésus, le jugement étant proche et sera peut-être mené par ce dernier. Dieu n'a donc pas abandonné son alliance, qu'en Jésus il la renouvelle, en particulier lors de la fête de Pentecôte qui s'y prêtait très bien car elle était devenue à partir l'exil à Babylone, une attente de la libération définitive, de l'Exode définitif, de l'Alliance définitive, de la Pâque définitive, de la Pentecôte définitive. Donc c'est la Résurrection de Jésus qui inaugure les temps nouveaux.

Un message qui pourtant semble passer au début inaperçu. Il faut dire que la mort de Jésus avait fait disparaître dans la clandestinité un mouvement qui n'inquiétait plus le préfet de Judée, Ponce Pilate. De plus, la foule autour de la maison de Jésus ne devait pas être aussi nombreuse que l'évoque le récit d'Actes 2. Étroitesse de certaines rues de Jérusalem de l'époque ? Possible. Si on tient compte aussi des mouvements lors des fêtes de pèlerinage, et des débats entre sectes qui s'y déroulaient, rien d'étonnant au fait que les soldats romains ne réagissent, ni les gardes du Temple, car ça se passe en dehors du sanctuaire. Ce qui prouve la réflexion dont on fait alors preuve les disciples et prouve que cet événement est tout sauf un épisode dû à une soudaine inspiration divine, ce que prouve l'annonce de Pierre qui montre un vrai travail de réflexion christologique.

Le message semble avoir porté de ce public, nourri du messianisme juif même en dehors de la Judée (voir plus haut), qui aurait été " 3 000 " (Actes 2, 41) à se convertir. Mais comme l'explique Geza Vermes, les Pharisiens et les Esséniens apparus au IIe siècle avant J.-C. n'étaient que 6 000 et 4 000 au Ier siècle ap. J.-C., ce qui laisserait plutôt supposer une centaine de personnes pour les disciples de Jésus mais lors du grand maximum du groupe original qui aurait été 120. Alors combien de convertis ou de sympathisants ce jour-là, on devrait plutôt penser à 20 à 50 personnes. Ce qui constitue déjà une foule, mais explique que les autorités ne furent guère inquiétés du moins jusqu'à l'agitation helléniste de 36. Le baptême devait alors ressemblé à celui de Jean le Baptiste, tel que le rapporte Actes 19, 1-3, où Apollos et des disciples judéo-chrétiens à Ephèse semblent ignorer un autre baptême, qui a probablement été mis au point soit au sein des communautés hellénistes et pauliniennes.

L'évangéliste Luc lorsqu'il reprit dans les années 80-90 le récit primitif remodela le récit et ce pour une bonne raison car pour lui, le récit de la Pentecôte est l'équivalent du don de la loi à Moïse sur le Sinaï, à l'image de la place qu'il accorde au début de la prédication dans le Sermon sur la Montagne. Ce que remarque très bien Robert Cabié : " La fête juive qui, sept semaines après la Pâque, commémorait déjà, dans certaines communautés d'Israël, l'alliance du Sinaï a certainement mis sa marque sur le récit des Actes des Apôtres (que l'épisode entend renouveler - matérialise la Voix divine) : c'est à la lumière des traditions rabbiniques concernant le don de la Loi que s'éclaire l'ambiguïté établie intentionnellement entre les langues de feu venues du ciel et les langues diverses dans lesquelles est entendue la prédication des apôtres, signe de l'universalité de l'Église. " (Pentecôte in Encyclopedia Universalis.)

En effet, l'évangéliste Luc est semble-t-il membre d'une communauté qui a grandi à l'ombre de la synagogue, et qui s'adresse dorénavant à un public plus divers qu'il tente d'initier aux subtilités des commentaires bibliques, le pesher, qu'il méconnait. D'où la référence au vent et au feu qui sont des images connues de l'Ancien testament dans les scènes de théophanie, où Dieu manifeste sa présence (1 Rois 19, 11 ; Isaïe 66, 15 ; Psaumes 50, 3). Le don en langues est une réponse à la confusion de Babel (Genèse 11, 1-9) et il invite à voir dans la prophétie de Joël 3, 1-5 l'accomplissement de la Pentecôte. Un pesher destiné à un public non judéo-chrétiens ou sympathisants craignants-Dieu mais pagano-chrétien, où il est aussi expliqué un autre pesher celui du Psaume 16, 8-11 dans les . Et qui relie le récit à la promesse de Jésus de l'envoi de l'Esprit Saint en Actes 1, 5, mais qui ne concernait probablement pas la première communauté chrétienne, dont les membres avaient été disciples du Baptiste. Ici, la promesse de l'Esprit concerne la communauté de l'évangéliste qui attire probablement la méfiance des autorités romaines, dont le récit s'ils l'ont lu ont dû les inquiéter, et qui est sur le point d'être expulsé de la synagogue (entre 88 et 95). Donc afin de savoir quoi dire à ces dernières comme le montre les recommandations donnés aux disciples dans les synoptiques par Jésus face à d'éventuelles poursuites de la part des Juifs et des Romains.

Par ce biais, il veut montrer que l'église est né lors de cet événement, mais dans la réalité ce ne sera qu'à Antioche qu'en 40 lorsqu'apparaitra pour la première fois le terme de Chrétiens, les disciples de Jésus ne ressortant pas du Judaïsme où il est né sur ce n'est pour la croyance en un Messie ressuscité, peut-être commune avec certaines croyances au sujet du Maître de justice essénien.

freyr1978

La Pentecôte, une proclamation organisé tout sauf inspiré
La Pentecôte, une proclamation organisé tout sauf inspiré

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Publié le 10 Mai 2013

La fête de l'Ascension est fondé sur un très curieux récit de Luc 24, 50-53, et amplifié par Actes 1, 2-11, et qui a son pendant en Matthieu 28, 16-20. Des récits qui ont été rassemblé dans les années 80-90 probablement au sein de la communauté judéo-chrétienne d'Antioche, où l'on estime que ces deux évangiles ont été écrit. Dans le texte primitif, il n'y ait fait aucune allusion à une montée au ciel de Jésus. Et si on suit Matthieu 28, 10-16, et Luc 1, 6, ce récit a des portées politiques.

En effet, d'après Matthieu 28, 10 et 16, si les disciples se rendent sur la montagne de l' Ascension, c'est que Jésus leur a indiqué le site. Ici, il y a fort rapprochement avec la prudence dont fait preuve Jésus avant sa mort et sa résurrection à Jérusalem, lors de la fête de Pâque qui lui sera fatal. Il faut dire que la Galilée où semble se reformer la communauté plutôt discrètement peut-être après une série d'apparitions comme dans 1 Corinthiens 15, 5-7, est gouverné par Hérode Antipas qui au cours de ministère de Jésus l'a obliger à quitter la Galilée et n'a pas hésité à tuer Jean le Baptiste. Il verrait d'un mauvais œil la renaissance de ce mouvement apocalyptique dont le maître l'a traité de " Renard ". Donc la prudence est de rigueur. Et les disciples ont du venir en petit groupe pour ne pas se faire remarquer probablement autour des 12, des 3 femmes disciples principales, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques ou Joset, ou Marie de Jacques d'après une variante de, et Salomé, mère de Jacques et Jean, fils de Zébédée, les 4 frères de Jésus, Jacques, Simon, Jude et Joset et probablement Cléophas, l'oncle de Jésus, et son fils Syméon. On sait comment les autorités romaines et leurs collaborateurs régissaient à l'encontre de réunion non autorisée, le cas qui a causé la chute de Pilate en 36 est parlant.

D'après Actes 1, 6, la première question que pose les disciples à Jésus est tout sauf ambiguë : " Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? " En effet, par sa Résurrection, tel que le montre Paula Fredriksen et Daniel Schwarz, Jésus inaugure la venue du Royaume en étant le premier ressuscité, d'où la question. Dans Actes 1, 7-8; l'auteur de l'évangile de Luc met dans la bouche de Jésus une réponse qui n'est probablement pas celle originale de Jésus : " Vous n'avez pas à connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ; mais vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. " Ici, c'est la réflexion qui a vu le jour au sein des communautés chrétiennes après la chute du Temple (70), où les Chrétiens s'étant aperçu que la Seconde venue du Christ, la Parousie, n'avait pas eu lieu. Et avec Matthieu 28, 19, le seul élément en commun est le suivant : " vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. " Pour Daniel Schwarz, ce ne serait pas " jusqu'aux extrémités de la terre " mais " jusqu'aux extrémités d'Israël ", c'est-à-dire Eretz Israël. Ce serait la seule partie authentique du texte. Ce serait la seule partie authentique du texte.

Il était probablement précédé d'une réponse où Jésus annonçait que la Royauté allait bien revenir à Israël, du fait même de sa propre Résurrection, annonciatrice du Jour de Yahwé, en faisant cela il réveillait le mouvement jusque là en attente, et encourageait peut-être les apôtres au sens large à revenir à Jérusalem, d'après Actes 1, 4 : " il leur recommanda de ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre la promesse du Père ". En effet, si l'on suit Hyam Macoby, Jésus serait mort parce qu'il aurait voulu réaliser une prophétie de Zacharie 14 où le monde nouveau commencerait au Mont des Oliviers, donc à proximité de Jérusalem. La Résurrection de Jésus réactualisait donc la prophétie, mais cette fois avec le Retour du Fils de l'homme.

Ensuite, d'après de nombreuses variantes, Jésus " disparut au milieu d'eux ", et ne fut pas " enlevé au Ciel ". Un langage qui symbolise plutôt un passage à la clandestinité mais symbolique pas réel. Car c'est le Ressuscité qui part en clandestinité jusqu'au Jour de Yahvé, étant d'après Actes 2, à la position du Messie, à la droite de Dieu. L'évangéliste Luc expliquera plus tard ce terme à son public qui ne le comprenait peut-être pas par la montée au Ciel, peut-être par l'ajout d'une petite séquence ou en utilisant un matériau traditionnel au sein de sa communauté : " et une nuée vint les soustraire à leurs regards. Comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s'en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se trouvèrent à leur côté et leur dirent : " Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel. " (Actes 1, 9-11) Ici, le " vers le Ciel " ne symbolise pas le Royaume des Cieux de Matthieu, mais un nom que l'on donnait à Yahwé, utilisé par les juifs pratiquants respectant l'interdiction de prononcer son Nom. Une sorte de " vers le Père ", terme abondamment utilisé par Jésus. Ce que disent probablement ces deux anges, c'est que Jésus ne reviendra pas dans la gloire mais de façon aussi humble qu'il a disparu. Ce que pourrait montrer le fait qu'il a peut-être fait des apparitions au cours des périodes difficiles de la communauté, sans être jamais mentionné, ce que suggère Matthieu 28, 20 : " Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps. " Notamment pour faire remplacer Jacques qui a été lapidé en 62, et conseiller en 70 aux chefs de sa communauté de fuir Jérusalem. De bons conseils comme toujours.

Cela se produisit probablement au printemps comme le montre la présence d'une nuée, donc un temps humide, peut-être quelques jours avant la Pâque, jour de la libération nationale du peuple d'Israël. Jésus apprécie toujours autant les symboles. Ce qui laissera le temps à la communauté de s'installer chez des sympathisants, tel le Cénacle, et achètent des immeubles, peut-être la maison où se déroule la Pentecôte, pour s'y installer pour réaliser la promesse de Jésus et donc de préparer au mieux l'annonce aux Juifs et aux sympathisants craignants-Dieu qu'elle fera lors des grandes fêtes juives, dont le récit de Actes 2 est un des modèles.

Quand plus tard, l'évangéliste Luc repris ce récit entre 80 et 90, il en modifia le contenu en effacer le contenu nationaliste et révolutionnaire, notamment en Actes 1, 6, pour lui donner une nouvelle actualité car ce probable prosélyte par son " Vous n'avez pas à connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité " montre que ce dernier, qui a dû vivre le choc de la Chute du Temple (70), invite à ces lecteurs de voir que le Fils de l'homme viendra lorsqu'il écrit, les poursuites de l'empereur Domitien (88-91) et l'exclusion des synagogues (88-95) étant alors des signes visibles qui ne touchent cette fois-ci que les Chrétiens, et non pas l'époque du Christ et celle de la Première guerre juive (66-73), d'où la formule vague tenu par Jésus. Il est possible aussi que contrairement à la communauté de Matthieu, où Jésus restait présent, celle de Luc, pourtant plus charismatique, n'ait plus bénéficié d'apparitions de Jésus, et que certains membres de sa communauté ait douté de sa Résurrection. Par ce récit, Luc affirmait que Jésus avait bien ressuscité mais qu'a présent ce dernier laissait le relais à la communauté chrétienne seule d'annoncer la bonne nouvelle, tout comme l'évangéliste Jean, dont la communauté semble avoir connu le même problème, dans le récit de l'apparition à Thomas : " Heureux ceux qui croient sans m'avoir vu " (20, 24).

freyr1978

Dessin de Tazi-san

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Publié le 1 Mai 2013

En ce 1er mai, fête du travail, on peut se poser la question de savoir si Jésus était un révolutionnaire. La réponse est oui, Jésus peut-être vu comme un révolutionnaire, mais attention ce n'est pas un marxiste, car il n'aurait pas imposé le royaume de Dieu par la violence, mais par le consensus et la voie légale autour de lui. Si, on peut donner une bonne définition du révolutionnaire, c'est un homme qui apporte des transformations fondamentales et Jésus semble entrer dans cette case. Pourtant, il n'aurait pas collaboré avec un pouvoir utilisant la violence comme l'a fait l'Église avec les régimes franquistes et salazaristes, mais aussi ceux d'extrême droite en Amérique latine.

L'enseignement de Jésus était révolutionnaire, il bouleversa la société en place et il devait paraître fou en public, il alla vers des gens qu'on avait peur de toucher (par exemple, les lépreux), et effectivement il parlait et il guérissait toutes les personnes. Les scribes et les Pharisiens haïssaient ses paraboles, qui semblaient toujours les mettre en tort. Si l'on suit Marcus Borg, Jésus se révèle être un libérateur social, conduit par la "politique de la compassion" pour défendre les droits des femmes et des pauvres contre un establishment social oppressif.

Pour John Dominic Crossan, Jésus animait de ses invectives la rébellion des pauvres contre l'hellénisation de la Palestine. Il prône un égalitarisme radical hostile à toute hiérarchisation sociale. Il partage la compagnie de n'importe qui. Il mange avec tout le monde, pratiquant une «commensalité ouverte» qui fait scandale. Son activité thérapeutique est associée à la magie, car elle opère sur un registre parallèle aux règles religieuses officielles à propos de la maladie. Ses exorcismes s'expliquent par le surgissement fréquent de phénomènes démoniaques dans les sociétés soumises à une occupation coloniale. Le nomadisme de Jésus l'aurait conduit à rencontrer qui le voulait, mais sans intention aucune de constituer un groupe de disciples (on trouve un cas typique : Zachée, qui l'accueille comme hôte et non comme disciple) (Jesus : A Revolutionary Biography, 1994).

Il appela les chefs religieux (les scribes et les sadducéens, certains pharisiens), hypocrites. Les conquérants romains haïs et détestés permettaient à ces hommes de conserver leur pouvoir et leur autorité, tant qu'ils gardaient leur peuple dans le rang. Arrive alors ce jeune rabbin qui dit à la foule que ce sont des hypocrites, des aveugles, des serpents, et des vipères : il ne faisait pas preuve de tact - ils le détestait pour cela - mais la foule le suivait. Si l'on suit E.P. Sanders, cela serait normal, car Jésus a prétendu que la fin était proche, que Dieu était sur ​​le point d'établir son royaume, que ceux qui le rejoindront y seraient inclus, et (au moins implicitement) qu' il y régnerait (Jesus and Judaism, SCM Press, 1985).

Si l'on suit l'historien Archibald Robertson (A Origin of Christianism, 1954): "Les premières couches de l'Évangile ... pointent vers un mouvement révolutionnaire conduit d'abord par Jean-Baptiste, puis par Jésus ... visant à renverser l'occupant romain et la dynastie d'Hérode en Palestine pour la création d'un "royaume de Dieu" terrestre dans lequel le premier serait le dernier et le dernier le premier, les riches seront renvoyés les mains vides et les pauvres remplis de bonnes choses et des maisons et des terrains leur seront donnés."

Les dirigeants complotèrent alors pour tuer Jésus, mais tous ne le font pas, la raison est que Jésus est devenu une menace pour l'establishment qui ne peut être traité que d'une manière. Si l'on suit Crossan, il meurt abandonné; des croyants ensuite interprétèrent sa mort suivant des catégories prophétiques qui donneront naissance au récit de la Passion et de Pâques (Jesus : A Revolutionary Biography, 1994). L'establishment essaya d'empêcher les disciples de cette secte aux croyances révolutionnaires de répandre leur message et ainsi d'obtenir plus d'adeptes. Il ne faisait que se mettre sur les pas de Jésus, qui firent survivre de nombreuses déclarations radicales de Jésus. Par exemple : "Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée." (Matthieu 10, 34) Il dit à plusieurs reprises que le Royaume de Dieu est à portée de main(Archibald Robertson, A Origin of Christianism, 1954).

Jésus prouva ses doctrines et ses croyances révolutionnaires à travers sa propre résurrection d'entre les morts. Une révolution fondamentale où les idées anciennes seront remplacées par les nouvelles. Pour Crossan "La crucifixion signifie que le pouvoir impérial avait gagné". La "Résurrection signifiait que la justice divine avait gagné. Dieu est du côté du Crucifié. Les valeurs de Rome sont un problème mort pour lui." (Jesus : A Revolutionary Biography, 1994)

En résumé, Jésus avait grandement perturbé la caste dirigeante de son époque, il lui coûta beaucoup d'argent, en bouleversant le statu quo, il avait eu le soutien des masses, car en soulignant l'hypocrisie des autorités, en battant en brèche leurs arguments, et surtout, en sachant les contrer, il devenait dangereux. La planification active de sa mort commença un an avant son arrestation. Comme le dit Crossan, Jésus appelle à la résistance non-violente face à Rome et à la juste répartition des terres et de la nourriture. Il fut crucifié parce qu'il menaçait la stabilité romaine - et non pas comme un sacrifice à Dieu pour les péchés de l'humanité (Jesus : A Revolutionary Biography, 1994).

Crossan décrit les événements de la dernière semaine de la vie de Jésus et il nous montre la frustration croissante des autorités romaines qui délibèrent sur ​​la façon de neutraliser Jésus. Crossan dit à plusieurs reprises que les Romains décidèrent de ne pas arrêter Jésus à cause de la foule et leur attrait est évident pour Jésus. Finalement, l'occasion se présente. Judas s'avance avec une offre et promet de trouver Jésus, ce qui avantage l'autorité romaine, il parcourt durant la nuit un chemin entre Jérusalem et Béthanie. Dans les mains des Romains, Jésus se retrouve face à face avec Pilate. Pour Crossan l'échange entre Pilate et Jésus serait parabolique, mais non basé sur des faits historiques. À la fin de son argumentaire, Jésus dit à Pilate : "Le règne de Rome, Pilate, se fonde sur sa protection par la violence." "Mon Royaume de Dieu est basé sur la résistance non-violente comparé à ton Royaume. Pilate, il ne peut même pas me sauver de toi." (Jesus : A Revolutionary Biography, 1994)

Jésus était révolutionnaire dans le sens où il aurait introduit une vision du Judaïsme moins rigide, amenant une nouvelle pensée et façon de faire les choses, il bouleversa ainsi l'establishment. En ce sens, il était très certainement un révolutionnaire, et devait mourir. Si Jésus se battait pour ça, il n'est guère étonnant que les Romains l'ont crucifié, et que ses disciples furent persécutés. La raison de son exécution, c'est qu'en montrant le changement d'époque, il avait fait le geste symbolique de trop en renversant les tables de change au temple. C'est l'acte essentiel qui aurait conduit à son exécution, même s'il y avait d'autres causes qui y contribuèrent (E.P. Sanders, Jesus and Judaism, SCM Press, 1985).

Beaucoup des premiers chrétiens pratiquaient une mise en commun des biens. Les Actes des Apôtres nous disent : "Les croyants ensemble mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, ils donnaient à tout le monde ce dont ils avaient besoin." (2, 45) Ses disciples, après la mort et la résurrection, continuèrent alors à attendre la restauration d'Israël et l'inauguration de la nouvelle ère, et ils ont continuèrent à voir Jésus occupant la première place dans le royaume.

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Publié le 25 Décembre 2012

Je vais me livrer à un commentaire du contenu de la lecture que l'on lit chaque réveillon de Noël, celle de la Nativité de Jésus, qui a donné naissance à la fête, celle de Luc 2, 1-20 :
 
" Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier.
Ce premier recensement eut lieu à l'époque où Quirinius était gouverneur de Syrie.
Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville ;
Joseph aussi monta de la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s'appelle Bethléem en Judée, parce qu'il était de la famille et de la descendance de David,
pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu'ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva ;
elle accoucha de son fils premier-né, l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle du haut.
Il y avait dans le même pays des bergers qui vivaient aux champs et montaient la garde pendant la nuit auprès de leur troupeau.
Un ange du Seigneur se présenta devant eux, la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière et ils furent saisis d'une grande crainte.
L'ange leur dit : "  Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple :
Il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur ;
et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. " 
Tout à coup il y eut avec l'ange l'armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu et disait :
"  Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés. "
Or, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se dirent entre eux : "  Allons donc jusqu'à Bethléem et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. " 
Ils y allèrent en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire.
Après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant.
Quant à Marie, elle retenait tous ces événements en en cherchant le sens.
Puis les bergers s'en retournèrent, chantant la gloire et les louanges de Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, en accord avec ce qui leur avait été annoncé. "
 
Un récit de naissance : la NativitéC'est un récit appartient à un genre littéraire en vogue en particulier à partir du Ier siècle, tel que le montre les récits concernant la naissance de Moïse, qui consiste à marquer la grandeur d'un personnage qui s'est illustré dans l'histoire afin de marquer qu'il a été choisi par la divinité pour jouer un rôle particulier. Ce sont le plus souvent des récits composés plus ou moins longtemps avant la mort du personnage, quand avec un certain recul, on devient en mesure d'évaluer sa notoriété. Luc a ce recul nécessaire car il écrit en 80-90. Et comme il le suggère avoir " entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la parole ".
 
Comme le suggère François Bovon,  ce n'est pas impossible car il aurait pu se servir de sources plus anciennes qui auraient commencé à circuler dans les communautés judéo-chrétiennes et qu'auraient retravaillé l'évangéliste pour un public qui ne fréquentait pas tous la synagogue. Il est possible que ces récits ait été composés de petits sommaires qui aurait circulé dans les années 50 afin de montrer que dès sa naissance, Jésus aurait respecté toutes les dispositions du Judaïsme, afin de contrer les affirmations de Paul de Tarse selon laquelle Jésus avait mis fin à la Torah, la Loi juive : " Le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle du haut. Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l'enfant, on l'appela du nom de Jésus. Puis quand vint le jour où, suivant la loi de Moïse, ils devaient être purifiés, ils l'amenèrent à Jérusalem (...) pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petits pigeons."
Le sommaire fut ensuite peut-être amplifié par les premières communautés chrétiennes entre 66 et 70 pour démontrer que c'était bien Jésus qui devait amené le Jour du Fils de l'homme et non les Messies autoproclamés qui explosent durant cette période et auxquels d'après Tacite, ils s'opposent à Jérusalem lorsque la ville est assiégée. Un récit de naissance : la NativitéLe récit de la nativité commençait alors avec l'Annonciation à Marie, plus courte, qui par son oui, faisait entrée la communauté d'Israël dans le renouveau du prophétisme avec Jean le baptiste qui annonce la venue du royaume que doit marquer la naissance de Jésus, appelé à devenir le Messie. La naissance de Jésus s'enchaînait directement après Luc 1, 38, tel que le montre François Bovon, suggérant que Jésus serait né à Nazareth, et non à Bethléem, qui est d'ailleurs à l'époque quasi inoccupée (on n'y trouve que la trace de grandes propriétés terriennes tel que l'on montré les recherches d'Aviram Oshri sur le site) : " Or, pendant qu'ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle du haut. " Le récit est d'ailleurs rempli de coutumes juives de l'époque : Jésus, comme les autres enfants de son âge, est enveloppé de langes après l'avoir baigné et frotté de sel pour affermir la peau (Ezéchiel 16, 4). Et d'après Joe Zias, le fait que Jésus ait été déposé dans une mangeoire renvoie aux dispositions des maisons juives de l'époque, composées de deux étages, une pièce commune en haut, ce qu'exprime le vrai sens du terme kataluma qui veut dire salle du haut, et en bas de celle-ci, des niches voutées pour accueillir les animaux, qui permettent de chauffer l'habitation pendant les saisons froides. Dans les faits, s'il y a été déposé c'est probablement du fait que trop de monde vinrent donner leurs félicitations à ses parents. De plus, une maison juive de l'époque de l'extérieur ne se démarquait pas des autres, étant toute en pierres. C'était l'intérieur qui montrait l'origine sociale.
 
C'est l'évangéliste qui aurait réuni le récit de la nativité avec celui des bergers, d'autant plus facilement que comme dans celui de l'Annonciation à Marie, on trouvait des allusions à un Jésus " emmailloté et couché dans une mangeoire. ". Il aurait lui aussi circulé à peu près au même moment, provenant d'une autre communauté, datable de la même période. François Bovon et Martin Dibelius en donnent les grandes lignes : 
Un récit de naissance : la Nativité« Il y avait dans le même pays des bergers qui vivaient aux champs et montaient la garde pendant la nuit auprès de leur troupeau. L'ange du Seigneur se présenta devant eux, la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière et ils furent saisis d'une grande crainte. L'ange leur dit : « Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
(Or, quand l'ange les eut quittés, les bergers se dirent entre eux : « Allons donc et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. »)
Ils (y allèrent et) trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire. (Après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers et retenaient tous ces événements (dans leur cœur).
Puis les bergers s'en retournèrent. »
Ici, on se retrouve devant un récit d'annonciation, tout comme celui de Marie, qui se termine aussi par une réalisation des promesses de l'ange, et qui tient à démontrer que dès sa naissance, Jésus a été établi Messie d'Israël, tel que le montre l'allusion " aux champs " (1 Samuel 16, 11), lorsque le prophète Samuel y trouve le futur roi David, berger également, et la présence de l'ange du Seigneur, qui à l'origine était une personnification de Yahvé. La réalisation du message de ce dernier est reprise des prophéties d'Isaïe : « Qu'ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : " Ton Dieu règne. " » (52, 7)  et d'Isaïe : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix, ... » (9, 5). La réunion des passages bibliques était une pratique courante des rabbins du Talmud, et semble suggérer que cette pratique l'était aussi chez les premiers chrétiens, qui en associant deux passages de contexte différent, la première écrite vers écrite vers 550-540 av. J. - C., concernant l'inauguration du règne personnel de Yahvé sur Jérusalem, et l'autre au VIIIe siècle av. J. - C., concernant la naissance peut-être du roi de Juda, Ezéchias (716-687), veulent montrer que la réalisation des prophéties messianiques s'est réalisé dès sa naissance. Les prétendants messianiques et les groupes de zélotes qui les suivaient remettaient probablement en cause leur croyance, comme le montre ces deux récits, car la seconde venue du Fils de l'homme, la Parousie, ne s'était pas réalisé lorsque commença la guerre juive (66-70) contre les Romains. De ce fait, la localisation à Bethléem pourrait être erronée, car la " ville de David " est une référence à Jérusalem, et n'a aucun lien avec Michée 5,1. On se retrouverait alors dans une interprétation symbolique, peut-être en réponse aux affirmations des prétendants messianiques, du retour de Dieu dans la capitale royale, et donc de libération d'Israël, que marque la naissance du futur Messie.
 
Un récit de naissance : la NativitéDans les années 80-90, lorsque l'évangéliste reprend les deux récits peut-être est-ce pour répondre aux interrogations des membres de sa communauté sur les origines de Jésus, contestée par leurs interlocuteurs juifs, les rabbins, qui remettaient en cause la messianité de Jésus. C'est la raison pour laquelle, il reprend le genre littéraire de la nativité en plein développement depuis les années 40 à 50, et en ajoutant quelques éléments au récit de la Nativité et des bergers après leur fusion.
Un des buts évidents est peut-être de mettre au centre du récit les marginaux, tel que le montre l'accent mis sur le fait que Jésus est né dans une mangeoire, et que les premiers qui sont bénéficiaires de l'annonce de la libération d'Israël sont les bergers, qui, dans une liste des personnes impures dans le Talmud figure parmi eux parce qu'ils ne pouvaient pratiquer les rituels juifs quotidiennement. La communauté de l'évangéliste, tel que le montre les Actes des Apôtres, dont il est lui-même l'auteur, portait une grande attention aux pauvres, du fait qu'elle est constituée de notables et de petits notables (artisans et commerçants), tel que le prouve la caisse commune pour aider les plus démunis. Un appel donc à un changement radical de société que marque le chapitre 6, celui des Béatitudes (v. 20-23), où ce sont eux qui sont mis en avant par Jésus. Mais le berger n'a pas qu'une image négative. Il est aussi le guide (l'image du rabbin) dans le Judaïsme de la fin du Ier siècle, ou même le « pasteur », tel Jacob (Genèse 30,36), Moïse (Exode 3, 1), et David, qui gardait les troupeaux lorsque Samuel le choisit pour l'onction royale (1 Samuel 16, 11).
Aux arguments contre la messianité de Jésus que l'on trouve dans l'évangile de Jean : "  Le Christ pourrait-il venir de la Galilée ?  L'Écriture (Michée 5, 1) ne dit-elle pas qu'il sera de la lignée de David et qu'il viendra de Bethléem, la petite cité dont David était originaire ? " (7, 41-42). Luc y répond en expliquant que Jésus, bien qu'étant réellement né à Nazareth, le fut à Bethléem lors du recensement qu'aurait ordonné l'empereur Auguste en l'an 6, et qui fut réalisé par le légat d'Auguste, propréteur, Publius Sulpicius Quirinius, gouverneur de Syrie de 6 à 9, Un récit de naissance : la Nativitémais les procédures du recensement tel que le rapporte ce récit sont inconnus en Palestine et il ne concerne que la Judée, devenue une province à la déposition d'Archelaüs. D'ailleurs Jésus est probablement né entre 6 et 7 avant J. - C.lors du règne d'Hérode le Grand, l'évangéliste se contredisant (Luc 1, 5). Ce qui est une probablement une création de celui-ci avait peut-être aussi pour but de convaincre les autorités qui lisaient ce passage que dès sa naissance Jésus respectait les législations impériales, une chose à laquelle était attaché les communautés pagano-chrétiennes, fondées par Paul de Tarse : " Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir, car il n'y a d'autorité que par Dieu et celles qui existent sont établies par lui. " (Romains 13, 1.) Surtout au moment où reprennent les poursuites contre les chrétiens en 83 sous le règne de l'empereur Domitien .
Un récit de naissance : la NativitéL'évangéliste ajoute aussi un autre épisode avec où apparaît " l'armée des cieux " qui désignait à l'origine les étoiles, et qui furent peu à peu assimilés aux habitants des Cieux ou à la Cour de Dieu. Et qui reprend le fameux épisodes de l'appel du prophète Isaïe, où se trouvait une théophanie (6, 2 – 3) : « Des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. Ils se criaient l'un à l'autre ces paroles : " Saint, saint, saint est Yahvé Sabaot, sa gloire emplit toute la terre. " » Que l'évangéliste, dans une pratique commune à ceux qui avaient produits les récits de la Nativité (qui prouvent que c'était certainement un sympathisant de la religion juive, qui fréquentait la synagogue), a peut-être associé au Psaume 148 (1 – 2) pour le chant des anges : « Alleluia ! Louez Yahvé depuis les cieux, louez-le dans les hauteurs, louez-le, tous ses anges, louez-le, toutes ses armées ! » Luc lui donne, comme pour Isaïe 6, 3, une connotation universaliste. Aujourd'hui, Dieu ne s'adresse plus seulement à Israël mais à tous ceux prêt à suivre le message de Jésus, comparé à des greffes d'un olivier sauvage sur un olivier de culture, dans ce qui pour Paul de Tarse est devenue un grand Israël (Romains 11, 16-24), et que donc tous les hommes sont appelés à la libération que va marquer la venue de Jésus.
 
Rien ne laissait présager l'histoire tel que nous la connaissons aujourd'hui, car même le mot kataluma, même dans le récit de Luc, d'après Marie-Émile Boismard, renvoyait bien à la " salle du haut ". Comment en est-on arrivé à une famille, ne trouvant plus de place, obligé d'occuper une étable ou une grotte où nait le futur Messie, pauvre parmi les pauvres. Un récit de naissance : la NativitéNous la devons probablement à une erreur d'interprétation qui eut cours au IIe siècle, et qui est déjà bien attestée lorsque le philosophe chrétien Justin de Naplouse la relate à son tour dans son Dialogue avec Tryphon le Juif (rédigé en Syro-Palestine, entre 150 et 155) : " Au contraire, comme c'était en Judée qu'eut lieu le premier recensement de Quirinius (Lc 2 : 2), de Nazareth où il habitait, il monta se faire inscrire à Bethléem d'où il était, car il était de la tribu de Juda qui occupait cette région.... L'enfant était né à Bethléem, comme Joseph n'avait pas où loger dans ce village, il s'installa dans une grotte toute voisine de Bethléem, et tandis qu'ils étaient là, Marie enfanta le Christ et le plaça dans une mangeoire : à leur arrivée les mages d'Arabie l'y trouvèrent  ".
 
Ainsi, grâce à Justin, le récit de la Nativité acquit le merveilleux qui lui manquait et qui allait assurer le  succès de la communauté chrétienne, notamment à partir du IIIe siècle en Asie Mineure, en Syrie et à Rome, en montrant que Jésus allait changer la société en faveur des plus faibles, des marginaux, qui furent les premiers appelés lors de sa naissance.
Un très bon et joyeux Noël à tous ceux qui lieront cet article !

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Publié le 22 Décembre 2012

La lecture du dimanche 9 décembre 2012, le second dimanche de l'Avent, est tiré de Luc 3, 1-6 :

 

" L'an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d'Iturée et de Trachonitide, et Lysanias tétrarque d'Abilène,

sous le sacerdoce de Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert.

Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés,

comme il est écrit au livre des oracles du prophète Isaïe : Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis ;

et tous verront le salut de Dieu. "

 

C'est une adaptation du récit de la prédication de Jean le Baptiste de Marc 1, 1-6 :

" Commencement de l'Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu :

Ainsi qu'il est écrit dans le livre du prophète Isaïe, Voici, j'envoie mon messager en avant de toi, Pour préparer ton chemin.

Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, Rendez droits ses sentiers.

Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés.

Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés.

Jean était vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. "

 

Les deux auteurs n'écrivent pas au même moment. Pour Marc, les spécialistes penchent entre 64 et 70 et pour Luc entre 80 et 90 mais ils différent peu dans les grandes lignes de leur objectif : mettre Jésus, le disciple de Jean le baptiste, devant lui.

 

Luc 3, 1-2 nous montre d'abord qu'un des buts de l'évangéliste qui est d'inscrire l'action de Jésus dans l'histoire : " Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, (...) il m'a paru bon (...) après m'être soigneusement informé de tout à partir des origines, d'en écrire pour toi un récit ordonné " (1, 3-4). C'est la raison pour laquelle, il date l'action de Jean, qui sera à l'origine de celle de Jésus, comme il l'a fait pour la naissance de Jésus (2, 1-2), en se servant des années du règne de l'empereur Tibère. L'année 15 de son règne pour être plus précis, qui si l'on suit les pièces de monnaie de Pilate, cité au v. 1, émise à partir de l'an 16 de Tibère (29-30), se situerait en 28-29. Et il cite également les personnes de pouvoir dans l'espace où a vécut Jésus :  Ponce Pilate, qui est préfet de Judée de 26 à 36 ; Hérode Antipas, tétrarque (un souverain qui a autorité sur le quart d'une région, ici le quart du royaume de son père, Hérode Ier le Grand, décédé en l'an 4 av. J. - C.) de Galilée de 4 av. J. - C. à 39 ap. J. - C.  ; son frère, Hérode Philippe II, tétrarque de 4 av. J. - C. à 34 ap. J. - C.de l'Iturée (en fait l'Auranitide, qui en est une partie) et la Trachonitide, mais aussi de la Batanée et de la Galaunitide, des régions situées au sud-est du Liban ; Lysanias, tétrarque d'Abilène (district situé à 27 kilomètres au nord-ouest de Damas), attesté par les deux inscriptions commémoratives de Nymphaios, affranchi du souverain, entre l’année 14,  où avec Tibère Livie fut déclarée Augusta,  et l’année de sa mort en 29 ; Hannan (Hanne) ben Seth, grand prêtre de 6 à 15, cité du fait de l'influence de sa famille, qui produisit 6 grands-prêtres, dont son gendre, Joseph Caïphe, qui le fut le titulaire officiel du poste de 26 à 36, au moment de la prédication du baptiste et de Jésus, et qui d'après Daniel R. Schwartz (Agrippa I: The Last King of Judaea, Mohr, Tübingen, 1990, p. 185-189), aurait pu appartenir à la famille de Boethus, qui produisit, elle aussi, 4 grands prêtres de 15 à 64. Deux personnages qui ne sont pas cités pour leur rôle religieux mais parce que le grand-prêtre, étant devenue le premier personnage du peuple juif, il représentait le peuple devant les autorités romaines. Cette datation pouvait provenir de " ceux qui furent dès le début témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la parole. " (1, 2.) Une théorie intéressante, qui avait été proposée par Marie-Émile Boismard, serait que l'évangéliste avait utilisé des traditions provenant du courant baptiste voire un évangile baptiste.

 

Après avoir fait entrer Jésus dans l'histoire en datant le début de prédication de Jean le baptiste, Luc enchaîne, ainsi, au v. 2 : " la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert ". Ce qui est très différent de Marc 1, 4, où c'est la soudaineté de l'appel de Jean qui prépare la venue de Jésus, tout comme Élie dans 1 Rois 17, 1. Ici, on a plutôt une reprise de 1 Rois où c'est, ainsi, qu'est présenté le fait que le prophète reçoivent mission de Dieu : " La parole du SEIGNEUR fut adressée à Elie " (17, 2) ? C'est donc l'envoi du prophète qui va amener la prédication de Jésus d'après Luc. Cet appel se fait dans un lieu symbolique de l'histoire d'Israël, le Désert, où, lors de l'Exode, le peuple a rencontré Dieu. Au Ier siècle, il prend une connotation différente, c'est devenue un lieu pur que Dieu a choisi pour offrir sa loi et son alliance, et où par exemple Judas Maccabée alla pour se décontaminer de la souillure du Temple par Antiochos IV Épiphane en 164 en pratiquant une ascèse sévère, tout comme le fait en 28-29, Jean le Baptiste. C'est aussi une des raisons pour laquelle par exemple Theudas, prétendant messianique, qui prétendait diviser le Jourdain en deux, choisi ce lieu en 46. De quel souillure parle-t-on à l'époque de Jésus ? De celle de l'occupation romaine qui est vu comme une punition pour les péchés d'Israël. Comme l'indique les deux derniers exemples : " l'un des mots hébreux utilisés par Isaïe pour " désert " est Aravah, un terme géographique encore utilisée en Israël de nos jours pour désigner cette région de la vallée du Jourdain " (James Tabor, La Véritable Histoire de Jésus. Une enquête scientifique et historique sur l'homme et sa lignée, Robert Laffont, Paris, 2007, p. 140.) Le désert est donc celui de Judée d'où l'indication du v. 3 qui n'avait pas paru nécessaire à Marc, dont le public connaissait peut-être les lieux de la prédication de Jésus.

 

Quelle prédication ? Luc 3, 3, tout comme Marc 1, 4 enchaîne sur le contenu de la prédication de Jean le baptiste dans des termes équivalents : " Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés  ". Mais, il n'enchaîne pas sur Marc 1, 5, qui présente le succès de la prédication du Baptiste. Ce qu'il proclame (certaines traductions préfèrent le mot crie, renvoyant à la force de l'appel lancé par le prophète) c'est " un baptême de conversion en vue du pardon des péchés ". Jean le baptiste ne fut pas le seul au Ier siècle à le proposer : il existait d'autres groupes baptistes avant et après 70, qui sont cités uniquement par le Talmud et  les pères de l'Église. D'après ce que ces sources nous présentent, ils étaient divers, mais extrêmement populaires car " les baptistes conscients des frustrations du peuple devant la complexité des rites sacrificiels du Temple, offraient à la place un rite baptismal simple, qui avait valeur rédemptrice. (...) "

Jean le baptiste s'en détache comme le précise Marc 1, 5 car son baptême est unique : " ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés ", et Flavius Josèphe : " C’était un homme de grande piété qui exhortait les Juifs (...) à recevoir le baptême après s’être rendus agréables à Dieu en ne se contentant pas de ne point commettre quelques péchés, mais en joignant la pureté du corps à celle de l’âme." (Antiquités judaïques, XVII, 7.) D'après Paula Fredriksen, " Jean baptisa ceux qui avaient accompli la tsuvah ; ceux qui s'étaient repentis de leurs péchés (...) Les péchés sont pardonnés parce que le pécheur s'est déjà repenti et prouve son repentir en se faisant baptiser dans le Jourdain. En d'autres termes, dans le récit de Josèphe, le baptême est une alternative ou un équivalent à l'offrande expiatoire au Temple. " (De Jésus aux christs, les origines des représentations de Jésus dans le Nouveau Testament, Cerf, Paris, 1992.) En effet, " le rite d'immersion baptiste, qui fut pratiqué par Jean (...) avait l'avantage de se substituer aux rites de pardon dispensé dans le Temple, qui eux supposaient l'accomplissement de sacrifices et de pénitences préalables. " (Jacques Baldet, id.) Cet appel signifie que Jean appelle les gens à changer, à se convertir, car le Jugement est proche, ce qu'exprime très bien le " proclamant " de Luc 3, 3. De ce fait, " Son baptême est une action symbolique, et elle a implicitement une signification politique. Si tous les Juifs doivent se faire baptiser, c'est que le pays tout entier est menacé par l'impureté. " (Gerd Theissen, La religion des premiers chrétiens, collection « Initiations – Bible et christianisme ancien », Cerf, Paris, 2002, p. 68.) Et que donc s'ils ne se convertissent pas dans leur cœur (ce qu'implique la tsuvah, un vrai retournement), ils ne pourront être sauvé du jugement qui approche.

 

L'énonciation des rois et des puissants de l'Orient romain aux versets 1-2 est donc pour Luc une énonciation que le règne de Jésus commence en l'an 15 de Tibère, et est donc le début de la domination d'Israël (comprenant aussi tous les convertis au Christianisme) sur le monde. Ce qu'indique les versets 4-6 inspirés des prophéties d'Isaïe 40, 3 :  " Une voix proclame : Dans le désert dégagez un chemin pour le SEIGNEUR " et Malachie 3, 1 : " Voici, j'envoie mon messager. Il aplanira le chemin devant moi  ", qui se trouvait aussi en Marc 1, 2-3. Mais Luc ajoute l'intégralité d'Isaïe 40, 3-5 après l'évocation de Malachie 3, 1 : " Que tout vallon soit relevé, que toute montagne et toute colline soient rabaissées, que l'éperon devienne une plaine et les mamelons, une trouée ! Alors la gloire du SEIGNEUR sera dévoilée. " Ce qui pourrait indiquer que l'évangéliste écrit peut-être aussi pour une communauté qui fréquentent moins ces textes bibliques ou qui ne fréquentaient pas la synagogues, c'est-à-dire d'origine pagano-chrétienne.

Cette prophétie est tirée du « Second Isaïe » (ou Deutéro-Isaïe), œuvre anonyme écrite vers 550-540 (chapitres 40 à 66), et parle d'un nouvel exode - le retour du peuple d'Israël en exil de Babylone à Jérusalem. D'où la reprise d'une coutume orientale où l'on préparer les voies au souverain dans les lieux où il doit passer, en faisant des routes ou en réparant celles qui exist

La lecture du dimanche 9 décembre 2012, le second dimanche de l'Avent, est tiré de Luc 3, 1-6 :

 

" L'an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d'Iturée et de Trachonitide, et Lysanias tétrarque d'Abilène,

sous le sacerdoce de Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert.

Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés,

comme il est écrit au livre des oracles du prophète Isaïe : Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis ;

et tous verront le salut de Dieu. "

 

C'est une adaptation du récit de la prédication de Jean le Baptiste de Marc 1, 1-6 :

" Commencement de l'Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu :

Ainsi qu'il est écrit dans le livre du prophète Isaïe, Voici, j'envoie mon messager en avant de toi, Pour préparer ton chemin.

Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, Rendez droits ses sentiers.

Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés.

Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés.

Jean était vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. "

 

Les deux auteurs n'écrivent pas au même moment. Pour Marc, les spécialistes penchent entre 64 et 70 et pour Luc entre 80 et 90 mais ils différent peu dans les grandes lignes de leur objectif : mettre Jésus, le disciple de Jean le baptiste, devant lui.

 

Luc 3, 1-2 nous montre d'abord qu'un des buts de l'évangéliste qui est d'inscrire l'action de Jésus dans l'histoire : " Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, (...) il m'a paru bon (...) après m'être soigneusement informé de tout à partir des origines, d'en écrire pour toi un récit ordonné " (1, 3-4). C'est la raison pour laquelle, il date l'action de Jean, qui sera à l'origine de celle de Jésus, comme il l'a fait pour la naissance de Jésus (2, 1-2), en se servant des années du règne de l'empereur Tibère. L'année 15 de son règne pour être plus précis, qui si l'on suit les pièces de monnaie de Pilate, cité au v. 1, émise à partir de l'an 16 de Tibère (29-30), se situerait en 28-29. Et il cite également les personnes de pouvoir dans l'espace où a vécut Jésus :  Ponce Pilate, qui est préfet de Judée de 26 à 36 ; Hérode Antipas, tétrarque (un souverain qui a autorité sur le quart d'une région, ici le quart du royaume de son père, Hérode Ier le Grand, décédé en l'an 4 av. J. - C.) de Galilée de 4 av. J. - C. à 39 ap. J. - C.  ; son frère, Hérode Philippe II, tétrarque de 4 av. J. - C. à 34 ap. J. - C.de l'Iturée (en fait l'Auranitide, qui en est une partie) et la Trachonitide, mais aussi de la Batanée et de la Galaunitide, des régions situées au sud-est du Liban ; Lysanias, tétrarque d'Abilène (district situé à 27 kilomètres au nord-ouest de Damas), attesté par les deux inscriptions commémoratives de Nymphaios, affranchi du souverain, entre l’année 14,  où avec Tibère Livie fut déclarée Augusta,  et l’année de sa mort en 29 ; Hannan (Hanne) ben Seth, grand prêtre de 6 à 15, cité du fait de l'influence de sa famille, qui produisit 6 grands-prêtres, dont son gendre, Joseph Caïphe, qui le fut le titulaire officiel du poste de 26 à 36, au moment de la prédication du baptiste et de Jésus, et qui d'après Daniel R. Schwartz (Agrippa I: The Last King of Judaea, Mohr, Tübingen, 1990, p. 185-189), aurait pu appartenir à la famille de Boethus, qui produisit, elle aussi, 4 grands prêtres de 15 à 64. Deux personnages qui ne sont pas cités pour leur rôle religieux mais parce que le grand-prêtre, étant devenue le premier personnage du peuple juif, il représentait le peuple devant les autorités romaines. Cette datation pouvait provenir de " ceux qui furent dès le début témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la parole. " (1, 2.) Une théorie intéressante, qui avait été proposée par Marie-Émile Boismard, serait que l'évangéliste avait utilisé des traditions provenant du courant baptiste voire un évangile baptiste.

 

Après avoir fait entrer Jésus dans l'histoire en datant le début de prédication de Jean le baptiste, Luc enchaîne, ainsi, au v. 2 : " la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert ". Ce qui est très différent de Marc 1, 4, où c'est la soudaineté de l'appel de Jean qui prépare la venue de Jésus, tout comme Élie dans 1 Rois 17, 1. Ici, on a plutôt une reprise de 1 Rois où c'est, ainsi, qu'est présenté le fait que le prophète reçoivent mission de Dieu : " La parole du SEIGNEUR fut adressée à Elie " (17, 2) ? C'est donc l'envoi du prophète qui va amener la prédication de Jésus d'après Luc. Cet appel se fait dans un lieu symbolique de l'histoire d'Israël, le Désert, où, lors de l'Exode, le peuple a rencontré Dieu. Au Ier siècle, il prend une connotation différente, c'est devenue un lieu pur que Dieu a choisi pour offrir sa loi et son alliance, et où par exemple Judas Maccabée alla pour se décontaminer de la souillure du Temple par Antiochos IV Épiphane en 164 en pratiquant une ascèse sévère, tout comme le fait en 28-29, Jean le Baptiste. C'est aussi une des raisons pour laquelle par exemple Theudas, prétendant messianique, qui prétendait diviser le Jourdain en deux, choisi ce lieu en 46. De quel souillure parle-t-on à l'époque de Jésus ? De celle de l'occupation romaine qui est vu comme une punition pour les péchés d'Israël. Comme l'indique les deux derniers exemples : " l'un des mots hébreux utilisés par Isaïe pour " désert " est Aravah, un terme géographique encore utilisée en Israël de nos jours pour désigner cette région de la vallée du Jourdain " (James Tabor, La Véritable Histoire de Jésus. Une enquête scientifique et historique sur l'homme et sa lignée, Robert Laffont, Paris, 2007, p. 140.) Le désert est donc celui de Judée d'où l'indication du v. 3 qui n'avait pas paru nécessaire à Marc, dont le public connaissait peut-être les lieux de la prédication de Jésus.

Quelle prédication ? Luc 3, 3, tout comme Marc 1, 4 enchaîne sur le contenu de la prédication de Jean le baptiste dans des termes équivalents : " Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés  ". Mais, il n'enchaîne pas sur Marc 1, 5, qui présente le succès de la prédication du Baptiste. Ce qu'il proclame (certaines traductions préfèrent le mot crie, renvoyant à la force de l'appel lancé par le prophète) c'est " un baptême de conversion en vue du pardon des péchés ". Jean le baptiste ne fut pas le seul au Ier siècle à le proposer : il existait d'autres groupes baptistes avant et après 70, qui sont cités uniquement par le Talmud et  les pères de l'Église. D'après ce que ces sources nous présentent, ils étaient divers, mais extrêmement populaires car " les baptistes conscients des frustrations du peuple devant la complexité des rites sacrificiels du Temple, offraient à la place un rite baptismal simple, qui avait valeur rédemptrice. (...) "

Jean le baptiste s'en détache comme le précise Marc 1, 5 car son baptême est unique : " ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés ", et Flavius Josèphe : " C’était un homme de grande piété qui exhortait les Juifs (...) à recevoir le baptême après s’être rendus agréables à Dieu en ne se contentant pas de ne point commettre quelques péchés, mais en joignant la pureté du corps à celle de l’âme." (Antiquités judaïques, XVII, 7.) D'après Paula Fredriksen, " Jean baptisa ceux qui avaient accompli la tsuvah ; ceux qui s'étaient repentis de leurs péchés (...) Les péchés sont pardonnés parce que le pécheur s'est déjà repenti et prouve son repentir en se faisant baptiser dans le Jourdain. En d'autres termes, dans le récit de Josèphe, le baptême est une alternative ou un équivalent à l'offrande expiatoire au Temple. " (De Jésus aux christs, les origines des représentations de Jésus dans le Nouveau Testament, Cerf, Paris, 1992.) En effet, " le rite d'immersion baptiste, qui fut pratiqué par Jean (...) avait l'avantage de se substituer aux rites de pardon dispensé dans le Temple, qui eux supposaient l'accomplissement de sacrifices et de pénitences préalables. " (Jacques Baldet, id.) Cet appel signifie que Jean appelle les gens à changer, à se convertir, car le Jugement est proche, ce qu'exprime très bien le " proclamant " de Luc 3, 3. De ce fait, " Son baptême est une action symbolique, et elle a implicitement une signification politique. Si tous les Juifs doivent se faire baptiser, c'est que le pays tout entier est menacé par l'impureté. " (Gerd Theissen, La religion des premiers chrétiens, collection « Initiations – Bible et christianisme ancien », Cerf, Paris, 2002, p. 68.) Et que donc s'ils ne se convertissent pas dans leur cœur (ce qu'implique la tsuvah, un vrai retournement), ils ne pourront être sauvé du jugement qui approche.

 

L'énonciation des rois et des puissants de l'Orient romain aux versets 1-2 est donc pour Luc une énonciation que le règne de Jésus commence en l'an 15 de Tibère, et est donc le début de la domination d'Israël (comprenant aussi tous les convertis au Christianisme) sur le monde. Ce qu'indique les versets 4-6 inspirés des prophéties d'Isaïe 40, 3 :  " Une voix proclame : Dans le désert dégagez un chemin pour le SEIGNEUR " et Malachie 3, 1 : " Voici, j'envoie mon messager. Il aplanira le chemin devant moi  ", qui se trouvait aussi en Marc 1, 2-3, auxquels Luc ajoute l'intégralité d'Isaïe 40, 3-5 : " Que tout vallon soit relevé, que toute montagne et toute colline soient rabaissées, que l'éperon devienne une plaine et les mamelons, une trouée ! Alors la gloire du SEIGNEUR sera dévoilée. " Ce qui pourrait indiquer que l'évangéliste écrit peut-être aussi pour une communauté qui fréquentent moins ces textes bibliques ou qui ne fréquentaient pas la synagogues, c'est-à-dire d'origine pagano-chrétienne.

C'est une approche équivalente à celle qu'utilise les rabbins du Talmud qui associe parfois deux passages bibliques afin de renforcer le commentaire qu'ils font de l'un d'eux. La première prophétie tiré du « Second Isaïe » (ou Deutéro-Isaïe), œuvre anonyme écrite vers 550-540 (chapitres 40 à 66), parle à l'origine d'un nouvel exode - le retour du peuple d'Israël en exil de Babylone à Jérusalem, fut réinterprété par les groupes apocalyptiques juifs, notamment les Esséniens de la communauté de Qumran pour qui la prophétie d'Isaïe 40, 3-5 était " un appel à se séparer de la demeure des hommes du mal, à gagner le désert et à y préparer le chemin du Seigneur " (Règle de la communauté, VIII, 13-16 ; IX, 19-20). Mais il semble que la communauté baptiste avait une interprétation différente du texte, plus proche de celle originelle, comme le montre le document Q, celle du retour de la royauté divine sur Israël, dont Jean serait l'annonciateur, d'où l'insistance sur son rôle de messager. C'est probablement les communautés chrétiennes qui rajoutèrent la référence à Malachie 3, 1, datable de quelques années avant l’intervention de Néhémie en 445 av. J. - C., c'est-à-dire vers 460, qui annonce que le retour d'Élie (voir 3, 23) sera annonciateur du Jour de Yahvé. Donc ici, Marc et Luc annonce que Jean est Élie, le prophète ultime, qui annonce la venue d'un " plus fort " que lui, qui n'est plus Dieu comme dans l'enseignement original de Jean mais son disciple Jésus. D'autant plus pour l'évangéliste Luc qui reprend la parole de Jésus : " La Loi et les Prophètes vont jusqu'à Jean " (Luc 16, 16 ; document Q), symbole de ce qu'il a marqué par sa chronologie : la libération d'Israël au sens large, comprenant aussi les communautés chrétiennes, va se réaliser car la prédication de Jean marquent la venue des temps nouveaux.

 

L'évangéliste donc, par un savant placement du contenu de Marc 1, 1-6 parvient en 80-90 à communiquer ses convictions à son public pagano-chrétien, celle que le temps de Jésus ne va venir, car c'est à partir du message de Jean que s'est instauré le royaume de Jésus, réalisant la prophétie du retour d'Élie. Et que donc comme au temps de la prédication de Jean, les membres de sa communauté sont invités à voir dans les difficultés qu'ils connaissent (poursuite par l'empereur Domitien en 83, débats avec les Juifs qui entraînera leur expulsion des synagogues entre 88 et 95) les prémices de la seconde venue du Fils de l'homme qui ne peut-être que proche. Ici, encore l'évangéliste ne fait pas un choix innocent, car sa communauté comme nous l'avons vu précédemment, a été rassuré mais aussi démoralisé par le fait que la chute du Temple en 70 n'a pas entraîné les bouleversements cosmiques promis dans Marc 13. En montrant que Jean a été le précurseur de Jésus, il tente aussi de contredire les affirmations des groupes baptistes, avec qui il est peut-être en concurrence, et selon lesquels Jean était le Messie et Jésus son disciple, dévalorisant, ainsi, les prétentions des premières communautés chrétiennes.

 

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Publié le 19 Décembre 2012

La lecture du dimanche 2 décembre, le premier de l'Avent, est tiré du discours de Jésus sur les temps derniers de Luc 21, 25-27, 34-36 :

 

" Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et sur la terre les nations seront dans l'angoisse, épouvantées par le fracas de la mer et son agitation,

tandis que les hommes défailliront de frayeur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde ; car les puissances des cieux seront ébranlées.

Alors, ils verront le Fils de l'homme venir entouré d'une nuée dans la plénitude de la puissance et de la gloire.

Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s'alourdissent dans l'ivresse, les beuveries et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l'improviste,

comme un filet ; car il s'abattra sur tous ceux qui se trouvent sur la face de la terre entière.

Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants pour être jugés dignes d'échapper à tous ces événements à venir et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme. "

 

Pour ceux qui ne connaissent pas bien ce discours, il est commun aux trois évangiles, contrairement à celui du jour du fils de l'homme, commun seulement à Matthieu et à Luc, et il commence par une question posée par les disciples Pierre, Jacques, Jean et André, d'après Marc 13, 5, en ces termes : "  Dis-nous quand cela arrivera et quel sera le signe que tout cela va finir. " Après tout, les disciples nagent dans une atmosphère apocalyptique, ainsi que le montre les passages où Jésus leur promet l'arrivée du Jour de Dieu de leur vivant : En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance "  (Marc 9, 1) ; " Vous qui m'avez suivi, vous siègerez sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël " (source Q ; Luc 22, 28, 30 ; Matthieu 19, 28).

Ils s'attendent même à ce que ce jour ait lieu le jour de sa dernière Pâque, qui célèbre la libération du peuple hébreu de l'esclavage, sinon comment expliquer la demande de Jacques et Jean, fils de Zébédée en Marc 10, 37, si Jésus a bien annoncé sa mort et sa résurrection en Marc 10, 33-34 :  Accorde-nous de siéger dans ta gloire l'un à ta droite et l'autre à ta gauche. Ou les cris de la foule lors de son entrée à Jérusalem : «  Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur Celui qui vient ! Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! (Marc 11, 9-10.)

 

La partie que l'on lit aujourd'hui de ce discours est tiré d'une des parties de l'évangile de Marc qui est considéré comme faisant partie de la source primitive, utilisé par le rédacteur de l'évangile, d'après Marie-Émile Boismard (L'évangile de Marc. Sa préhistoire, Études Bibliques n.s. 26, F. Gabalda, Paris 1994), qui est connu sous le nom de Petite Apocalypse :

" Mais en ces jours-là, après cette détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne brillera plus,

les étoiles se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées.

Alors on verra le Fils de l'homme venir, entouré de nuées, dans la plénitude de la puissance et dans la gloire.

Alors il enverra les anges et, des quatre vents, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel, il rassemblera ses élus.

Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment. " (Marc 13, 24-27, 33.)

Ici, c'est la seconde partie de ce discours qui nous a été lu à la messe du Dimanche. Mais il convient de revenir à la première partie qui divergent de Marc à Luc sur un point essentiel, la liaison entre la première et la seconde partie. Si l'on suit John Dominic Crossan (Who Is Jesus? Answers to Your Questions about the Historical Jesus, édité avec Richard Watts, 1996 ; Excavating Jesus: Beneath the Stones, Behind the Texts, avec Jonathan L. Reed, 2001), c'est dans Marc 13, la chute du Temple en 70 (" l'abomination de la désolation " du v. 14) qui est le signe de la venue du Royaume de Dieu, et qui est relié au v. 24 (" après cette détresse). Mais, une date plus haute n'est pas impossible, tel que suggère Raymond E. Brown (An Introduction to the New Testament, Doubleday, 1997, p. 144) pour qui le v. 14 se rapporterait plutôt à l'empereur Caligula (37-41), qui en 40-41 avait tenté d'installer sa statue dans le Temple de Jérusalem. Ce discours, dans les deux cas, serait, ainsi, après coup une création des communautés chrétiennes primitives pour expliquer un événement postérieur qui serait un signe de la Parousie. Mais l'origine en serait peut-être issu de logia sur le Jour de Fils de l'homme venant de Jésus, comme le pense Ed Parish Sanders (Jesus and Judaism, SCM Press, 1985; The Historical Figure of Jesus, Penguin Books Ltd, 1993) pour qui Jésus était un prophète apocalyptique, peut-être issu d'un rassemblement fait au sein de la communauté de Marc ou par l'auteur afin de préparer cette venue qu'on pensait imminente notamment du fait des déclarations de Jésus à ce sujet. Mais, il n'est pas impossible non plus que ces logia ait été prononcé sous la forme de la Petite Apocalypse, sinon, dans une forme plus courte tel que le propose Boismard (id.), car ce n'est pas une forme inconnue des rabbins cités par le Talmud.

 

Mais Luc écrit son évangile dans un contexte différent, entre 80 et 90, à un moment où la destruction du temple n'a pas amené la Parousie, au sein d'une communauté qui, probablement, pense que cette dernière sera lointaine.

 

C'est la raison pour laquelle, il retravaille tout ce passage de Marc, en fonction de ce contexte. D'abord, en enlevant " Mais en ces jours-là, après cette détresse " qui relie le Jour de Yahvé à la destruction du Temple, ce qui est tout à fait normal si celle-ci n'a pas été à l'origine du bouleversement cosmique, attendu par Marc 13, 24-25, qui décrit la venue de Dieu qui amplifie les phénomènes naturels : " Mais en ces jours-là, après cette détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne brillera plus, les étoiles se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. " Ces derniers sont tirés d'Isaïe 13, 10 : " Le soleil s'est obscurci dès son lever, la lune ne fait plus rayonner sa lumière ", complété par Isaïe 34, 4 : " et toute leur armée (des cieux) tombera ". Et symbolisent la délivrance d'Israël dans les deux passages qui concerne Babylone et dans l'autre Édom, qui furent à l'origine de la chute du royaume de Juda. Et Marc ne le voit pas autrement avec l'empire romain.

Luc, par contre, résume cette partie de Marc 13, 24-25 dans son verset 25 en ces termes : " Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles " car il veut mettre en valeur un autre élément de l'apocalyptique juive qui se trouve en Isaïe 13 également, la crainte des Nations face aux cataclysmes annonciateurs de la venue de Yahvé : " et sur la terre les nations seront dans l'angoisse, épouvantées par le fracas de la mer et son agitation, tandis que les hommes défailliront de frayeur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde ; car les puissances des cieux seront ébranlées ", alors que dans le v. 25 de Marc 13, on trouvait seulement : " et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées ". Ici, c'est une reprise d'Isaïe 13, d'où l'insistance dans les v. 25-26, sur les mots " Nations " (Isaïe 13, 12) et " hommes " qui  " sont frappés d'épouvante " (id.). Comme le souligne Marie-Émile Boismard, " ces signes cosmiques ne sont (...) pas  une " fin du monde " au sens où nous l'entendons maintenant mais ils soulignent l'intervention de Dieu contre les nations païennes " (Synopse des quatre évangiles en français, vol. II, Commentaire, avec P. Benoit, A. Lamouille et P. Sandevoir, Paris, Éd. du Cerf, 1972, p. 366). Dans la prophétie originelle, c'était contre l'Assyrie ou Babylone. Ici, Luc vise probablement l'empire romain.

 

Comme dans Marc 13, 26-27, dans Luc 21, 27, le point central de cet apocalypse est la venue du Fils de l'homme : " Alors, ils verront le Fils de l'homme venir entouré d'une nuée dans la plénitude de la puissance et de la gloire. " Ce passage indique, en fait, un véritable renversement dans Daniel 7, 13-14 d'où il est tiré : " voici qu'avec les nuées du ciel venait comme un Fils d'Homme  le terme fils de l'homme ; il arriva jusqu'au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite. " Le terme Fils de l'homme, tel que le montre Geza Vermes (Enquête sur l'identité de Jésus. Nouvelles Interprétatations, Bayard, Paris, 2003) désigne le peuple juif, ainsi que le confirme l'Apocryphe araméen de Daniel, datant du Ier siècle av. J. - C., et l'interprétation de cette vision, comme le suggère James Tabor (La Véritable Histoire de Jésus. Une enquête scientifique et historique sur l'homme et sa lignée, Laffont, 2007, Paris) et Boismard (id.), suggère qu'Israël recevra de Dieu domination sur le monde.  Ici, on serait à un stade ancien de la tradition de Marc 13 selon E. P. Sanders (id.) et David Flusser (Jésus, Seuil, 2005) car Jésus ne s'y référent pas à lui en tant que Fils de l'homme, car on trouve un équivalent dans  Matthieu 10, 23 : " en vérité, je vous le déclare, vous n'achèverez pas le tour des villes d'Israël avant que ne vienne le Fils de l'homme. "

Si on suit la théorie de Flusser sur la messianité de Jésus, celui-ci pense au début être envoyé pour annoncer la venue du Royaume et non être le Messie, d'autant que le Fils de l'homme dans les passages apocalyptiques si l'on suit Geza Vermes ne désigne pas une personne mais Israël. De plus, Jésus dans les passages qui suivent la multiplication des pains ne l'utilise que pour se désigner à la troisième personne. En effet, ce sera avec l'expérience de la multiplication des pains qu'il prendra conscience de sa messianité d'après Flusser. Ici, encore c'est Luc qui modifie la portée du passage, car il semble bien qu'à son époque l'image du Fils de l'homme s'est modifié tel que le suggère encore Geza Vermes en fonction de l'événement qu'a été la guerre juive (66-70) et la Destruction du Temple (70), et l'on réinterprète dans l'apocalyptique juive le Fils de l'homme en tant qu'individu, soit un Messie céleste (4 Esdras 13) ou un juge eschatologique et céleste (Paraboles d'Hénoch ou 1 Hénoch 37-71). C'est aussi le moment où les épîtres de Paul, où c'est le retour de Jésus qui sera à l'origine du Jour de Yahvé (1 Thessaloniciens 4, 16-17), commence aussi à circuler en dehors des communautés pauliniennes, comme le montre le développement des épîtres pseudo-pauliniennes entre 80 et 90. Luc semble avoir choisi cette deuxième solution peut-être plus parlante pour son public moins au fait des symboles messianiques juifs, ce qui peut aussi expliquer que Luc n'a pas gardé le v. 26 de Marc : " Alors il enverra les anges et, des quatre vents, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel, il rassemblera ses élus. "

 

Mais l'appel à la vigilance de Marc 13, 33 :  " Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment ", qui ferait partie d'après Boismard du contenu primitif de la petite Apocalypse, est amplifié par Luc aux versets 34 à 36, avec l'apport en particulier d'Isaïe 24, 17, 18, 20 : " C'est la frayeur, la fosse et le filet pour toi, habitant du pays. Celui qui fuira le cri de frayeur tombera dans la fosse, celui qui remontera de la fosse sera pris dans le filet. Les écluses d'en haut sont ouvertes, les fondements de la terre sont ébranlés (...) La terre vacille comme un ivrogne, elle est agitée comme une cabane. Son péché pèse sur elle, elle tombe et ne peut se relever. " On sent aussi dans ce passage de quel origine était la communauté de Luc pagano-chrétienne, c'est-à-dire baignée de l'enseignement de Paul de Tarse à travers ses épîtres car il reprend ici une partie de 1 Thessaloniciens : " Donc ne dormons pas comme les autres, mais soyons vigilants et sobres. Ceux qui dorment, c'est la nuit qu'ils dorment, et ceux qui s'enivrent, c'est la nuit qu'ils s'enivrent ; mais nous qui sommes du jour, soyons sobres, revêtus de la cuirasse de la foi et de l'amour, avec le casque de l'espérance du salut. " (5, 6-8.) L'ivresse, le sommeil et la nuit dans ce passage, d'après François Bovon (L'évangile selon saint Luc. 19, 28- 24, 53, Labor et Fides, Genève, 2009, p. 160-161), sont le symbole du péché et du refus de Dieu, et Luc 21, 34-36, serait d'un point de vue paulinien, un encouragement aux membres de sa communauté à ne pas demeurer dans les ténèbres mais à devenir " fils de la lumière " (1 Thessaloniciens 5, 4-5), à travers la vigilance et le jeûne, et donc digne de la rédemption, donc Luc fait un des centres de son évangile avec l'Esprit Saint. De ce fait, comme dans Marc 13, 33, " l'appel à la vigilance (...) se comprend très bien, puisque la tradition prophétique confondait souvent jugement eschatologique contre les nations païennes et jugement contre les impies : il faut donc " veiller " afin de ne pas se faire engloutir dans la tourmente qui va emporter les ennemis de Dieu. " (Synopse des quatre évangiles en français, vol. II, Commentaire, avec P. Benoit, A. Lamouille et P. Sandevoir, Paris, Éd. du Cerf, 1972, p. 364.) Il est possible que l'évocation des beuveries ne soit pas innocente non plus, car ces dernières évoquent les banquets qui si l'on suit les lois somptuaires votées par le Sénat à partir du IIIe siècle av. J. - C. provoquées des excès dont de vin.

 Mais pour Marc 13 cet appel était pour prévenir soit après les poursuites néroniennes (64-68), soit la guerre juive (66-70) ou soit la Destruction du Temple (70) que les événements prophétisés par Jésus étaient en train de se réaliser maintenant et que donc le fidèle se devaient d'être vigilants face au jour du Fils de l'homme qui n'allait pas tarder, comme l'indique les v. 29-30 : " De même, vous aussi, quand vous verrez cela arriver, sachez que le Fils de l'homme est proche, qu'il est à vos portes. En vérité, je vous le déclare, cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive. " Luc, lui, a une approche différente. La guerre juive et la Destruction du Temple n'a pas amené la venue du Jour du fils de l'homme et Rome est toujours debout même après l'année des quatre empereurs (68-69). Et pire les poursuites contre les Chrétiens, confondus avec les Juifs, ont reprise sous l'empereur Domitien après 83 en même temps que se profilent la future expulsion des synagogues qui aura lieu entre 88 et 95. Pour lui, ce sont ces derniers événements qui sont annonciateurs de la venue du jour du Fils de l'homme, ce qui explique que la Destruction du Temple ne soit plus vu comme le signe de ce dernier comme l'indique le v. 24 : " et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu'à ce que soit accompli le temps des nations. " Pour Luc c'est en son temps que finit celui des Nations. Et donc les membres de sa communauté ne doivent pas abandonner pas se laisser absorber par les difficultés de la vie en société, qui peuvent éloigner de Dieu, et de l'attente du jour du Fils de l'homme, qui tarde à venir pour ces derniers, notamment du fait des événements cités pour plus haut, d'où la recommandation du v. 36 : " Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants pour être jugés dignes d'échapper à tous ces événements à venir et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme. "

 

Ainsi, l'évangéliste dans les versets 25-27, 34-36 écrit dans un contexte fort différent de celui de l'évangéliste Marc, car les membres de sa communauté ne croient plus en la proximité du Jour du Fils de l'homme, qui a pris une connotation individuelle au sein de celle-ci à partir probablement des lectures d'apocalypses juives de la fin du Ier siècle et des épîtres de Paul. C'est la raison pour laquelle il modifie fortement la petite Apocalypse de Marc 13 pour qu'elle tienne compte de son contexte d'écriture qui est fort différent afin d'encourager à l'attente sa communauté peut-être las de ne pas voir intervenir Jésus alors qu'ils sont de nouveau victimes de poursuite de la part de l'empire romain et en débats probablement acerbes avec les rabbins au sein des synagogues, qui conduira à leur expulsion entre 88 et 95. Et dans une volonté d'intégration à la société romaine car les beuveries sont peut-être aussi une référence à la pratique romaine des banquets.

 

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Publié le 8 Décembre 2012

Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)Les femmes qui vont le lendemain du sabbat pour embaumer le corps le font sans doute à la demande de Marie et de ses frères qui ont probablement réclamé le corps au Sanhédrin pour qu'il soit enterré probablement dans le tombeau familial à Nazareth, demande connu par exemple de Philon d'Alexandrie. Si l'on suit Matthieu et Jean, elles vont prévenir la famille de Jésus qu'il leur est apparu, mais il est possible qu'à l'origine ce fut plutôt de la disparition de son corps. Dans une forme originale de l'évangile de Jean, que relate le Codex Sinaïticus, rapporté par Alfred Loisy (Le Quatrième Evangile, Picard, Paris, 1903), celle qui visite la tombe n'était pas Marie Madeleine, mais Marie elle-même. La fin du récit de Marc (16, 8) invite à penser que les premières apparitions ont bien concerné sa famille et leurs proches, et l'ordre des apparitions que donne Paul dans 1 Corinthiens 15, 3-7. Marie a donc été bénéficiaire de l'une d'elles, tout comme les disciples présent dans le Cénacle. En quelles circonstances ? On ne peut le dire. Mais une hypothèse suggère que l'un des disciples d'Emmaüs (Luc 24, 13-35) pourrait être une femme du fait qu'à un pendant masculin on trouve toujours un pendant féminin dans cet évangile, notamment dans les récits de miracles et du choix des compagnons de Jésus. Cléophas étant son beau-frère, la tentation de penser à Marie est intéressante. Mais on ne peut se prononcer à ce sujet sinon qu'en tant que prophétesse, à l'image de Marie-Madeleine, elle était mieux à même d'en bénéficier.
 
Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)Lorsque la communauté se réorganise en Galilée, elle a pu travailler, vu son rôle de prophétesse, à reformer celle où vivait les femmes qui ont suivit Jésus, tel à Magdala, Marie-Madeleine. Et a probablement suivi sa famille et les Douze à Jérusalem, la ville où aurait lieu la Parousie, et vit alors avec Jacques, le frère cadet de Jésus, et qui dirige la communauté à Jérusalem. Elle va probablement jouer un rôle important en tant que prophétesse (qui devait être un équivalent des diaconesses des communautés paulinienne) et Mère du Messie. Il est fort probable vu sa présence au Cénacle qu'elle était présente lorsque fut prise la décision de restaurer l'action de Jésus lors de la Pentecôte (dans le récit primitif, tel que le montre Boismard [Le Texte occidental des Actes des apôtres. Reconstitution et réhabilitation, vol. 1 (Synthèse 17), avec A. Lamouille, Études bibliques NS 40, J. Gabalda, Paris, 2000 ; Les Actes des deux apôtres, vol. 1, avec A. Lamouille, Études bibliques 12-14, Paris, J. Gabalda, 1989 ] et Étienne Nodet [Essai sur les origines du christianisme, avec J. Taylor, éd. Cerf, 1998], il n'y avait aucune descente du Saint Esprit mais ce serait du bruit qui aurait attiré vers le lieu de réunion des apôtres) et lorsque fut choisi un remplaçant à un des apôtres (mais le fait que ce soit pour remplacer Judas ne fait plus l'unanimité, notamment à la lecture de 1 Corinthiens 15, 5, où la présence des Douze, suggère plutôt que ce serait Pierre). Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)Elle semble pour cela avoir été très estimée, notamment parmi les judéo-chrétiens, comme le montre l'Évangile de Jean, où elle est la plus citée des Quatre évangiles. A-t-elle pris par l'envoi d'émissaires un rôle dans la conversion d'Éphèse ? Était-elle proche des apôtres Jean, Philippe, André, Simon Pierre et Thomas, qui pourrait être les évangélisateurs de cette ville ? On ne peut le dire. Cependant, elle semble, comme sa famille, avoir eu des opposants dans les cercles non judéo-chrétiens, rejetant la parenté royale de ses frères, notamment les Hellénistes, comme le montre les traditions de l'évangile de Marc, qui serait issu de ce milieu. A-t-elle connu Paul ? On ne peut le savoir. Toutefois, lui ne semble pas la connaître tel qu'on peut le voir dans Galates 4, 4 où il la qualifie à peine de " femme ". Il faut dire qu'il n'a rencontré à Jérusalem que les colonnes de l'Église, Jacques, frère de Jésus, Simon Pierre et Jean. Après Actes 1, 14  on ne parle, en effet, plus d'elle. On ne sait rien de ses derniers jours, car l'auteur des Actes ne l'évoque pas. Toutefois, on peut estimer de ce fait que même si elle n'a pas connu Paul, elle n'estimait pas l'action des Hellénistes et a peut-être soutenu les frères de Jésus contre ces derniers de toute son autorité, notamment dans leur volonté de reprendre en main les communautés fondés par ces derniers, et dont Paul et Barnabé seront plus tard les envoyés dans la Diaspora juive. Même si les certitudes sont ici moins grandes car on n'entend plus parler de Marie entre la persécution des Hellénistes en 36 et la persécution d'Hérode Agrippa Ier en 44.
 
Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)On ne sait donc rien de ses derniers jours, car l'auteur des Actes ne l'évoque pas. Un indice du peu de sympathie qu'elle a pour la communauté d'origine de l'apôtre des Gentils ? Les traditions sur la Dormition, relaté uniquement dans des récits du Ve-VIe siècles (celui de Juvénal, patriarche de Jérusalem entre 418 à 458, rapporté par Jean Damascène au VIIIe siècle ; Transitus Mariæ, daté du Ve siècle, Grégoire de Tours, au VIe siècle), ne nous sont guères utiles, mais peuvent nous permettre de recouper les données archéologiques et littéraires. Il est fort probable qu'elle soit morte à Jérusalem entre 36 et 44, date que recoupe la tradition qui la situe entre 42 et 46. Et qu'elle fut enterré en dehors de la ville, comme tous les morts à l'époque, ce qui est d'ailleurs affirmé par ces traditions, peut-être au Mont des Oliviers, ou dans le caveau familial à Nazareth (pratique alors coutumière). Peut-être lors de circonstances difficiles à l'occasion de la persécution d'Hérode Agrippa, ce qui pourrait expliquer que l'on ait aucune tradition de sa mort, si les disciples, qui étaient proche de la famille de Jésus, qui auraient pu la rapporter, était en fuite comme Pierre, Jean (raison probable de sa présence à Éphèse), voire Philippe, André et Thomas, et n'ait pu être présent à ses côtés. Mais ce n'est qu'une hypothèse. En tout cas, manquant de données, on ne peut estimer si la communauté fut touché par cette mort du fait du manque d'informations. Nous ne pouvons donc ici que supposer comme Épiphane, évêque de Salamine, dans une lettre adressée aux Chrétiens d'Arabie en 377, que « Nous ignorons si elle est morte ou si elle a été enterrée. » Mais la seconde situation, d'après les sources les plus anciennes, est la plus crédible.
 
Marie est peu à peu oubliée au sein des premières communautés chrétiennes, sauf dans les communautés judéo-chrétiennes d'Antioche et d'Éphése qui conservent les traditions sur la famille de Jésus, à tel point que Paul dans Galates 4, 4 ne la mentionne que de manière isolée et semblant la méconnaître. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)Et si on parle d'elle, c'est en terme défavorable dans l'évangile de Marc, écrit entre 64 et 68 dans une communauté d'origine helléniste d'après Trocmé en conflit avec la communauté de Jérusalem, semble-t-il encore influente. La famille de Jésus y est donc dénigré en montrant, ainsi, que même sa mère ne croyait pas en lui, notamment dans le chapitre 3, versets 20-21 et 31-35. On peut comprendre dans ces circonstances que Marie n'ait pas reçu les honneurs qu'elle aurait dû de la part de la communauté chrétienne primitive, notamment de la part des communautés qui voulaient se développer en dehors de l'influence de Jérusalem, qui dirigera même de manière indirecte la communauté chrétienne primitive jusqu'au moins 135. Le terme de " judaïsants " que l'on trouve notamment dans les écrits d'Ignace d'Antioche renvoie à cette réalité.
 
Mais c'est entre 80 et 95 que Marie réapparaît. Dans les œuvres de deux communautés qui semblant marquées par un christianisme d'orientation hébraïque dans la ligne de la famille de Jésus, l'évangile de Luc et sa suite les Actes des Apôtres, et l'évangile de Jean. Dans l'évangile de Luc et dans le début des Actes des Apôtres, la place accordée à Marie montre que les femmes ont une place très importante en tant que prophétesses, diaconesses, veuve et vierge, groupes actifs dans la communauté qui a rédigé l'évangile de Luc, issu des communautés pauliniennes. En effet, dans ces dernières, il en était de même. Marie remplit même semble-t-il ces trois rôles, y étant donné à titre d'exemple, d'où peut-être l'insistance sur la virginité de Marie et l'Esprit Saint qui vient sur elle avant la naissance de Jésus. Et elle y est même donné comme la première croyante probablement afin d'encourager la participation des femmes dans la communauté où elles semble jouer un grande rôle. Ce texte est donc écrit en réaction à une dévalorisation du rôle des femmes au sein des communautés pauliniennes vers les mêmes dates au point de créer des dires à l'apôtre des Gentils afin de la justifier comme 1 Corinthiens 14, 34-35, où la parole est interdite aux femmes, alors qu'en 1 Corinthiens 11, 5, il est permit aux femmes de prier et de prophétiser et qu'il salue tout au long de ses Épîtres des femmes qui ont fondé des communautés et qui y ont des rôles importants. Étrange si les femmes n'ont plus le droit à la parole. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)Mais dans la communauté de l'évangéliste Luc, il n'y a pas de trace d'un culte de Marie. Une preuve que Jésus continuait d'y apparaître s'il y avait un groupe de prophétesses ?
Dans l'évangile de Jean, le contexte semble bien différent. La communauté insiste sur un Jésus plus spirituel, en dehors du monde que dans l'évangile de Luc. Ce qui explique la valorisation de Marie en tant que première croyante (noces de Cana, présence aux pieds de la Croix), avec le disciple que Jésus aimait, qui symbolise ici l'Église et non un disciple réel, et malgré l'incroyance de ses fils. Elle est ici non plus seulement la Mère du Messie mais aussi la Mère de l'Église, ce qui semble révéler qu'au sein de cette communauté, on pensait qu'elle avait joué un rôle non négligeable au sein des premières communautés, que symbolise le disciple que Jésus aimait, ce qui dans les faits est probable. Ici, il y a donc un début de culte. Mais sans relation avec la virginité comme dans l'évangile de Luc. Ce qui montre que dans les communautés chrétiennes primitives avaient des images relativement différentes de la Mère de Jésus et que là où s'est développé son premier culte à Éphèse dans les années 80-95 c'e n'était pas en tant que Mère de Dieu (Theotokos) mais Mère du Christ (Christotokos) et de l'Église.
Au même moment, le travail de rédaction de l'auteur de l'évangile de Matthieu, écrit à la même période que celui de Luc, sur la traduction de la Septante de la prophétie d'Isaïe 7, 14 : « Voici, la vierge ("parthenos") portera dans le ventre et enfantera un fils, et tu appelleras Emmanuel », est probablement à l'origine de la modification du récit primitif en ces termes : « or, avant qu'ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint », très différent de celui de Luc qui n'évoque jamais une naissance virginale ou du récit primitif de l'annonce à Joseph, d'après R. E. Brown (id.). Ce passage, tel que le montre Jacques Duquesne (Marie, mère de Jésus, Éditions du Plon, Paris, 2004), semble inspiré par les apocryphes juifs, notamment le Livre des Secrets d'Hénoch, écrit aussi entre 80 et 90, où le mère d'Hénoch, Sophonim, avancée en âge, accouche d'un fils sans la présence de son mari, Nir. Dans l'exégèse juive hellénistique c'est une marque de l'Alliance sur un plan allégorique, qui dans le cadre des premières communautés, évoque celle de la Nouvelle Alliance.
Cette vision sera développé par les communautés pagano-chrétiennes d'Asie Mineure, où était très utilisé les évangiles de Matthieu et de Jean mais dans un sens différent avec une lecture littérale des passages de ces deux évangiles qui étaient des allégories d'un Dieu qui se voyait à travers l'exemple de Jésus, ce que montre très bien Geza Vermes (Enquêtes sur l'identité de Jésus. Nouvelles Interprétations, Bayard, 2003, Paris), Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)notamment pour l'évangile de Jean. L'explication en est simple, le développement des premières hérésies gnostiques au IIe siècle qui niait l'humanité de Jésus, qui n'avait pour eux qu'un corps spirituel, et l'influence encore présente jusqu'en 135 de l'église de Jérusalem (les " judaïsants " de ses épîtres), d'où une nouvelle insistance sur la maternité virginale de Marie.
Le premier est Ignace d'Antioche, mort martyr en 113, qui vise les Docètes, qui évoque un Jésus « à la fois chair et esprit, engendré et non engendré, Dieu fait chair, vraie vie au sein de la mort, né de Marie et de Dieu, d'abord passible et maintenant impassible, Jésus-Christ Notre-Seigneur » (Éphésiens 7, 2), alors que rien ne l'évoquait pour un public qui fréquentait encore la synagogue et sa culture jusqu'en 95. Ici, c'est n'est plus l'alliance qui est au centre mais le salut qu'apporte la virginité de Marie : « Notre Dieu Jésus-Christ a été selon le plan divin porté dans le sein de Marie, issu du sang de David et aussi du Saint-Esprit. Il est né et a été baptisé pour purifier l'eau par sa passion » (Éphésiens 18, 2).
Une croyance qui ne convainc guère les opposants à cette conversion virginale, notamment les judéo-chrétiens et les Juifs, à tel point que Justin de Naplouse en 150-155 dans son Dialogue avec Tryphon, rédigé en Syrie-Palestine doit développer l'image de Marie en tant que Nouvelle Ève, inspiré par 1 Corinthiens 15, 22, 45-49 : « Ève encore vierge et intacte (...) a enfanté la désobéissance et la mort. Par contre, Marie, la Vierge, en accueillant la foi et la joie quand l'ange Gabriel lui apporta l'annonce heureuse (...) libère de la mort ceux qui se repentent et croient en lui. » Son oui à Dieu devient source de salut.
Les affirmations des gnostiques et en particulier de Valentin d'Égypte, qui ne croit à un Christ, descendu du Ciel, pousse Irénée de Lyon à développer la position de l'Église sur Marie en 188 dans son Contres les hérésies V, 19,1 : « Comme vraie mère, Marie garantit que Dieu a tout assumé de nous jusqu'à devenir "Fils de l'homme", donc nous sommes entièrement assumés et entièrement sauvés. Comme Vierge divinement féconde, Marie garantit que c'est Dieu qui est né d'elle, et qu'ensuite il sauve vraiment : avec sa puissance divine ». Et à reprendre l'image de la nouvelle Ève, inspiré par 1 Corinthiens 15, 22, 45-49 : « de même donc qu'Ève, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même Marie, (...) cependant Vierge, devint, en obéissant, cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain » (III, 22, 4). Raison pour laquelle, « Ils (les premiers chrétiens sans qu'il en ait la preuve) ont prêché l'Emmanuel né de la Vierge  : par là ils faisaient [...] que lui, le Pur, ouvrirait d'une manière pureQue sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)le sein pur qui régénère les hommes en Dieu et qu'il a lui-même fait pur ; que, s'étant fait cela même que nous sommes, il n'en serait pas moins le "Dieu fort", celui qui possède une connaissance inexprimable » (IV, 33, 11). Ainsi, Irénée le premier parle de l'Immaculée conception et que c'est par cette pureté qu'elle a amené le salut.
La base du culte marial actuel ne voit le jour finalement qu'à la fin du IIe siècle du fait du développement des hérésies et de l'influence du judéo-christianisme et ne se mettra en place progressivement qu'entre le milieu du IIIe siècle, tel que le démontre les fresques des catacombes de Rome, et le IVe siècle, jusqu'au moment où le Concile de Nicée (325) déclare que le Fils est consubstantiel (de même nature) au Père. C'est les deux évêques d'Alexandrie, adversaire de l'arianisme, et à l'origine du concile, Alexandre et Athanase, en 325 et 330, qui évoquent Marie, en tant que Theotokos (Mère de Dieu), qui exprime seulement que le Dieu-Fils a reçu de cette femme son existence humaine. Enfin Cyrille, lui aussi évêque d'Alexandrie, l'imposera en 431 au concile d'Éphèse, à grand coup de corruption et de manœuvres politiques (mise à profit du retard de Jean d'Antioche et de ses suffrageants qui n'arriveront qu'à la fin du concile), malgré l'opposition du patriarche de Constantinople, Nestorius, pour qui deux personnes, l'une divine, l'autre humaine, coexistaient en Jésus, et que donc Marie n'était pas la Mère de Dieu. D'où le culte enthousiaste de louange et d'invocation qui, après le concile d'Éphèse, se développera dans le monde chrétien à l'égard de Marie. Bientôt circuleront des récits merveilleux et discordants sur la dormition (mort non suivie de corruption) de Marie et sur son assomption entre le Ve et le VIe siècle. Les bases du culte marial se trouvaient donc établi au cours d'un processus qui ne s'achèvera qu'en 1854 avec la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception par le pape Pie IX et celui de l'Assomption par le pape Pie XII en 1950.
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Publié le 27 Novembre 2012

Je vais reprendre à partir d'aujourd'hui les lectures commentées de l'évangile du Dimanche, étant trop occupé auparavant pour le faire.

 

La lecture de l'évangile du Dimanche 25 novembre, concernait l'interrogatoire de Jésus devant Pilate de Jean 18, 33-37 :

" Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : " Tu es le roi des Juifs ? "

Jésus répondit : " Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ? "

Pilate répondit : " Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi. Qu'as-tu fait ? "

Jésus répondit : " Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n'est pas d'ici. "

Pilate lui dit : " Donc tu es roi ? " Jésus répondit : " Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. "

 

Ce texte comme la majorité de ceux de l'évangile de Jean est une savante construction théologique issu du récit de l'interrogatoire de jésus devant Pilate de Marc 15, 2 dont on doit reconnaitre la brièveté :

" Pilate l'interrogea : " Tu es le roi des Juifs ? " Jésus lui répond : " Tu le dis. " "

Si bien que Marie-Émile Boismard (Synopse des quatre évangiles en français, vol. III, L'évangile de Jean, avec A. Lamouille et G. Rochais, Paris, Édition du Cerf, 1977), Charles Harold Dodd (La tradition historique du quatrième évangile, Coll. « Lectio Divina » n°128, Éd. du Cerf, 1987) et Robert T. Fortna (The Gospel of Signs: A Reconstruction of the Narrative Source Underlying the Fourth Gospel, SNTS Monograph Series, 10, Cambridge University Press,1970), pensent que le récit primitif de l'évangile de Jean se présentait ainsi :

" il appela Jésus et dit : " Tu es le roi des Juifs ? " Jésus répondit : " Tu le dis (: je suis roi). "

Cette réponse suffisait amplement pour condamner Jésus à la peine de crucifixion car il reconnaissait même indirectement être roi, et sans l'épisode de Barrabas, qui est probablement inauthentique, vu “ son habitude d’insulter son interlocuteur, (...), ses assassinats de personnes non-jugées et non-condamnées (...). ” (Philon d'Alexandrie, Légation à Caïus, § 288.) Il faut dire que le préfet de Judée a l'autorité suprême en matière judiciaire de l'empereur lui-même et n'a donc aucun besoin de faire un procès dans les formes ni même d'en faire un, comme le montre l'épisode du prophète Samaritain (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, IV, 1). Vu son respect de l'interlocuteur juif que lui prête Philon, on peut douter d'un dialogue du style tel que l'évangile de Jean le rapporte. Il aurait été nettement plus agressif.

 

Comment alors d'un récit primitif court en est-on arrivé à un dialogue sur la royauté de Jésus. Ici, on se trouve plutôt dans les arguments développés entre 88 et 95 par la communauté chrétienne d'Éphèse face aux autorités lors des poursuites (et non persécutions qui ne commenceront qu'en 250 sous l'empereur Dèce) que mènent Domitien dans la province d'Asie (Turquie actuelle) contre ceux suspects de Judaïsme, tel qu'autorise à le penser les mentions qui sont évoqués dans la partie consacrée aux sept églises d'Asie, en particulier Apocalypse 2, 3, 10, 13, 26-28 ; 3, 4-5, 21). Et on peut même dire que ce dialogue évoque les arguments des chrétiens devant les autorités.

Le magistrat devant lequel allait les chrétiens lorsqu'ils étaient dénoncés était le gouverneur de la province, tel que le montre les Lettres 96 à 97  du Livre X de la Correspondance de Pline le jeune  avec l'empereur Trajan. Celui-ci fut gouverneur de Bithynie de 111 à 113/114, et cette province se situait également en Turquie. Ce dernier leur demandait s'ils étaient chrétiens à trois reprises et s'ils persistaient, ils étaient condamnés du fait de leur entêtement et s'ils étaient citoyens romains, envoyés à Rome. Le dialogue de l'évangile de Jean ressemble donc plutôt au dialogue d'un chrétien avec un gouverneur d'une province d'Asie, où le Christianisme est en plein développement entre le milieu et la fin du Ier siècle.

 

Il faut reconnaître que les Chrétiens poursuivis avait peut-être peu d'arguments, vu que les apologistes n'apparaissent qu'au IIe siècle et que les épîtres de Paul, qui circulait dans l'Orient romain, ne faisaient aucune référence à ce genre de cas. L'évangéliste a probablement voulu mettre dans la bouche de Jésus ce que ce dernier n'avait pas pu ou pas su dire devant les autorités romaines et à travers lui un guide des arguments en faveur de ceux qui comme lui se retrouve devant ces mêmes autorités. Ainsi, les versets 33 à 34, ressemble à la première partie d'un interrogatoire par un gouverneur : " Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : " Tu es le roi des Juifs ? " Jésus répondit : " Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ? " Pilate répondit : " Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi. Qu'as-tu fait ? " " En modifiant certains termes, cela donne ce qui suis pour un interrogé chrétien : " Alors le gouverneur entra dans le prétoire ; il appela un tel et dit : " Tu es un chrétien ? " Il répondit : " Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ? " Le gouverneur répondit : " Est-ce que je suis Juif, moi ? D'autres t'ont livré à moi. Qu'as-tu fait ? " " À la question, on n'est pas invité à répondre à la positive mais plutôt à interroger l'interlocuteur, qui invite le gouverneur à mettre en valeur le fait que Juifs et Chrétiens étaient alors confondus, tel que le montre Suétone dans la Vie de Claude (25, 11) et à lui reposer la question pour qu'il précise une deuxième fois s'il est Chrétien. Ainsi, le Chrétien cherche à se démarquer des Juifs, ce qui sera utile pour les arguments qu'il fournira par la suite. Ici, le texte suit la procédure de Pline le Jeune.

 

Le texte se poursuit comme une réponse à la deuxième demande du gouverneur de province afin de donner une chance à celui qui vient de se déclarer chrétien : " Jésus répondit : " Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n'est pas d'ici. " " Un Chrétien poursuivi ne parlait pas tout de suite du Royaume mais probablement comme Paul de Tarse (Romains 1, 3-4 ; 5, 6-8 ; 1 Corinthiens, 1, 23-24 ; 15, 3-4) , qui fut un des fondateurs de la communauté d'Éphèse, aurait présenter Jésus de cette manière : " Je crois à Jésus Christ, issu de la lignée de David selon la chair, mis en croix (sur dénonciation des Juifs), mort pour nos péchés selon les Écritures, mis au tombeau, ressuscité le troisième jour selon les Écritures, et établi Fils de Dieu avec puissance selon l'Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts, et, pour nous Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu. " Et aurait poursuivi comme dans Jean 18, 36 : " Son royaume n'est pas de ce monde. Si son royaume était de ce monde, des gens auraient combattu pour qu'ils ne soit pas livré aux Juifs. Mais son royaume n'est pas d'ici. " "

D'une certaine manière il tente d'évacuer l'accusation qui est porté contre les Chrétiens, tel que le montre les Annales de Tacite, datant de 120 : " Ce nom leur vient de Christ, que sous le principat de Tibère, le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice ; réprimée sur le moment, cette exécrable superstition faisait de nouveau irruption, non seulement en Judée, berceau du mal, mais encore à Rome, où tout ce qu'il y a d'affreux ou de honteux dans le monde converge et se répand. " En fait, la croyance en un Christ qui a subi la peine de la crucifixion, peine réservée à ceux qui ne sont pas citoyens romains, et appliquée aux brigands et aux pirates, parfois aux prisonniers de guerre et aux condamnés pour motifs politiques, signifient qu'ils sont rebelles, comme le fondateur de leur secte, qui a osé se prétendre roi, d'où la méfiance des autorités. D'où la tentative de désamorcer cela en insistant sur le fait que ce sont les Juifs qui l'ont tué et non les autorités romaines, et le fait que le Royaume de Jésus n'était pas de ce monde et cela en totale contradiction avec les paroles de Jésus sur le Royaume des évangiles synoptiques, par exemple Marc 1, 15 : " Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché : convertissez-vous et croyez à l'Évangile " ; 9, 1 : "  En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance " ; Luc 17, 21 : "  En effet, le Règne de Dieu est parmi vous. " Étrange, non ? Encore plus, si on lit le discours d'adieu de l'évangile de Jean probablement inauthentique (à part certains logia, dont peut être celui-ci sans la mention au monde) : " Comme tu m'as envoyé (dans le monde), je les envoie (dans le monde)." (17, 18.) Si Jésus envoie ses disciples dans le monde, c'est qu'il pense tout comme dans les passages synoptiques, que Dieu va établir son royaume sur terre. Est-ce pour convaincre les autorités romaines que les chrétiens étaient de bons sujets de l'empereur mais aussi passer la censure qui n'aurait pas manqué de le relever ? On peut aussi ici voir un rappel de Marc 12, 17  et de Romains 13, 1 et 5, mais en poussant plus loin le développement de Jésus au sujet d'une différence au sujet des pouvoirs dans la question de l'impôt et du respect de l'autorité recommandé par Paul de Tarse avec non plus seulement une différence mais une nouvelle vision du Royaume, qui sera encore plus développé plus loin.

 

Le gouverneur continue en posant la troisième question de confirmation : " Pilate lui dit : " Donc tu es roi ? " Jésus répondit : " Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. " " Ce qui aurait donné dans le cadre de l'interrogatoire, le cas suivant : " Le gouverneur lui dit : " Donc il est roi ? " Il répondit : " Tu le dis : il est roi. Il n'est né, et il n'est venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute sa voix. " " En lançant le concept de royauté, le gouverneur veut mettre en faute le disciple du Christ, car qui reconnaît une autre autorité que celle de l'empereur risque sa vie, et celui-ci ne le nie pas. Mais développe un concept de royauté un peu inédit à l'époque, celle d'un roi venu " rendre témoignage à la vérité " et non gouverner. Étrange ? Que cela veut-il dire ? D'un point de vue juif, probablement celui de l'auteur de l'évangile, qui avait grandi à l'école de la synagogue, la vérité, ‘emet (terme qui ressort de la traduction grecque de la Septante) signifie soit comme dans la littérature apocalyptique, « la parole de Dieu, la révélation que Jésus vient transmettre à l’humanité » (Ignace de la Potterie, Truth, 70), soit comme dans les textes de Qumran « la Torah révélée, la synthèse de tout ce qui est révélé par la Torah » (Rudolf Schnackenburg, The Fourth Gospel According to Saint John 2, 233, Crossroad, New York, 1990). Donc, celui qui écoute Jésus est un serviteur de la parole de Dieu, qui peut aussi être révélée par la Torah. Cela est un peu osé, c'est une quasi invitation à la conversion du gouverneur.

 

Mais celui-ci pouvait-il comprendre ? Si on lit le verset 38, on peut dire le contraire, tant la réponse de Pilate est révélatrice : " Pilate lui dit : " Qu'est-ce que la vérité ? " Il faut savoir que la vérité,  ajlhvqeiaen grec (traduction d'‘emet dans la Septante), dans la philosophie platonicienne signifie la « la réalité éternelle révélée aux hommes – soit la réalité même, soit la révélation de cette réalité. » (Charles Harold Dodd, The Interpretation of the Fourth Gospel, Cambridge University Press,  Cambridge, 1963, p. 177.) Donc une réalité bien différente de celle de la communauté de Jean, qui était très influencé par le Judaïsme, d'autant plus quand on sait que les écoles de rhétorique et de philosophie était nombreuse à Éphèse, encore renommé pour ses maîtres sophistes. Ceux-ci, qui pouvaient jouer le rôle de conseiller auprès de leur cité, et s'ils se faisaient remarquer par le gouverneur, faire de même auprès de lui et probablement les aider à interroger les Chrétiens. La question de Pilate semble ici refléter la conviction de ces derniers selon laquelle le slogan de l'opinion " A chacun sa vérité " est le meilleur, donc qu'il n' y a pas de vérités absolues, sinon que certaines idées sont plus utiles que d'autres selon les intérêts et les besoins de la majorité et que l'homme se doit donc d'apprendre à les rendre plus puissantes. On comprend donc l'interrogation du gouverneur s'il est conseillé par ces derniers s'il n'y a pas de vérité absolue ce dont les gouverneurs de la fin du Ier siècle, éduqué aussi à la philosophie grecque, en particulier stoïcienne et sceptique, partageaient l'avis.

Donc on peut deviner que le débat entre les sophistes et les Chrétiens au sujet de la vérité se dessine également dans le verset 38 surtout quand on sait que les chrétiens fréquentaient aussi les écoles de rhétorique (Actes 19, 9) et s'y trouvaient confrontés à une élite cultivée, qui explique pourquoi encore sous Constantin les Chrétiens restaient une minorité religieuse bien qu'importante. Est-ce donc aussi la réponse que l'on invite les Chrétiens à donner à ces derniers dans un débat au sujet de la Vérité ? C'est probable surtout quand on voit qu'au IIe siècle le philosophe syrien Lucien de Samosate (v. 120-180), qui semble avoir bien connu les premières communautés chrétiennes de la province d'Asie, a comparé Jésus à un maître sophiste dans La Mort de Peregrinus ? Avait-il lu l'évangile de Jean ou est-ce l'insistance sur la Vérité des Chrétiens Asiates qui lui a fait penser ceci ?

 

Ainsi, comme nous avons pu le voir, ce récit est une création de l'évangéliste afin de fournir dans une période de poursuite judiciaire sous l'empereur Domitien des arguments aux Chrétiens, qui n'avaient pas alors bonne réputation du fait de la circonstance de la mort de son fondateur, peu encourageante pour les autorités, mais aussi contre les élites païennes cultivées avec lesquelles elles débattaient. On pourrait considérer que nous sommes en fait devant l'une des premières apologies chrétiennes.

 

Freyr1978

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Publié le 23 Novembre 2012

Marie et sa famille n'ont-ils aucune influence dans ses débuts d'activités ? Si l'on suit les évangiles synoptiques, on doit répondre par la négative. Mais l'évangile de Jean et celui des Hébreux amènent à relativiser ce point de vue sur lequel sont allés un peu trop hâtivement des auteurs comme Étienne Nodet (Histoire de Jésus ? Nécessité et limites d'une enquête, éditions du Cerf, 2004). Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)Dans un passage de l'évangile des Hébreux, repris par Origène dans son Contre Pélage (3, 2), on apprend que ce sont Marie et ses frères qui conduisent Jésus à aller se faire baptiser : « Jean-Baptiste donne un baptême pour la rémission des péchés ; allons-nous faire baptiser par lui. » Leur situation de petit notable de village leur faisaient-ils penser qu'en se contentant de leur situation, ils participaient eux aussi au péché d'Israël, que marquait l'occupation romaine ? Il ne nous est guère possible de le savoir, mais si l'on suit ce passage, la famille de Jésus a fait partie des disciples ou au moins des sympathisants du Baptiste et ne sont donc pas pour rien dans les débuts de Jésus. Ensuite, si l'on suit Boismard (Synopse des quatre évangiles en français, vol. III, L'évangile de Jean, avec A. Lamouille et G. Rochais, Paris, Édition du Cerf, 1977, Un évangile pré-johannique, vol. I, Jean 1,1-2,12 en 2 tomes avec Arnaud Lamouille, in Études Bibliques, n.s. 17-18, Gabalda, Paris, 1993), dans le récit primitif des Noces de Cana, Jésus était invité à celles-ci avec sa mère et ses frères. Ce miracle, d'après John P. Meier (Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire : vol. 2, La parole et les gestes, 2005) ne serait pas authentique car il est une reprise d'épisodes de la vie de Moïse. Mais tel qu'il est proposé par Boismard (id.), il est tout à fait probable, même si Marie n'y joue pas un rôle actif. Contrairement à la reconstitution de l'évangile des signes de Robert T. Fortna (The Gospel of Signs: A Reconstruction of the Narrative Source Underlying the Fourth Gospel, SNTS Monograph Series, 10, Cambridge University Press,1970), où elle dit aux serviteurs : " Faites tout ce qu'il vous dira. " Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)Dans ce récit primitif, il n'y a pas de dispute avec elle ni le très sec " femme " que lui prête Jean 2, 4, qui serait une création de l'évangéliste qui tout au long de son évangile veut montrer que Jésus reste maître de sa mission (un peu son annonce de crucifixion et de résurrection avant l'heure). Donc Marie et ses frères jouent un rôle actif à ses débuts et croient probablement alors en la mission de celui qui est devenu probablement le chef de famille tel que le suggère le fait qu'ils viennent habiter avec lui dans ce qui sera le centre de sa mission, Capharnaüm, sur le bord du lac de Galilée. Joseph était alors probablement mort, mais aucun autre passage évangélique ne le suggère aussi clairement. On peut même penser, que comme le rapporte Luc 4, 16-30, le séjour de Jésus à Nazareth, ayant précédé cette installation à Capharnaüm, a pu être organisé à l'initiative de la famille de Jésus, au vu de la stupéfaction de la foule, présente à la synagogue, à son sujet (Marc 6, 3). Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)D'après Boismard (Synopse des quatre évangiles en français, vol. II, Commentaire, avec P. Benoit, A. Lamouille et P. Sandevoir, Paris, Éd. du Cerf, 1972 ; L'évangile de Marc. Sa préhistoire,  in Études Bibliques n.s. 26, Gabalda, Paris, 1994) dans le récit primitif, ses compatriotes sont favorables à l'enseignement de Jésus et lui permettent ainsi de lancer son ministère en Galilée. La foule devint hostile lors de la rédaction de l'évangile de Marc entre 64 et 68 pour les raisons que je vais évoqué dans le paragraphe qui suit.
Alors comment de croyante au début de l'évangile de Jean, la famille de Jésus, et au premier titre sa mère, devient-elle incroyante dans le même évangile et les synoptiques (Marc 3, 20-21, 31-35 et parallèle ; Jean 7, 2-9)  ? D'après Pierre Antoine Berheim (Jacques, frère de Jésus, édition Noêsis-Agnès Viénot, 1996), Hyam Macoby (Paul et l'invention du christianisme, Broché, 1987) et James Tabor (La véritable Histoire de Jésus. Une enquête scientifique et historique sur l'homme et sa lignée, Robert laffont, 2007, dont il faut prendre certaines théories avec prudence notamment sur la naissance de Jésus et le rôle de ses frères), il faut d'abord tenir compte du contexte de rédaction. Lorsque les évangiles sont rédigés entre 64 et 95, Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)l'évangile de Marc, dont l'enseignement sur certains points est proche des hellénistes, comme le souligne Étienne Trocmé (L'enfance du christianisme, Hachette, coll. « Pluriel », 1999), et de Jean sont en conflit avec l'église de Jérusalem, qui peut revendiquer la parenté proche de Jésus, le cousin et le frère de Jésus, Syméon et Jude la dirigeant. Pour eux, il convient de montrer que Marie (du moins dans les synoptiques) et les frères de Jésus était en opposition avec lui dès le début de son enseignement. Mais les deux épisodes de Marc et de Jean peuvent être vus dans une perspective différente. Hyam Macoby (id.) a ainsi présenté un manuscrit où l'épisode des épis froissés est expliqué par le fait qu'Hérode Antipas recherche Jésus qui vit alors dans la clandestinité. Il est possible que l'épisode de Marc 3, 20-21, 31-35, puisse être vu dans ce contexte, ce que pourrait confirmer un retour à Capharnaüm en Marc 9, 33. Vu qu'ils sont au courant rapidement, ils sont donc, eux aussi, dans la ville (il faut se souvenir que c'est leur lieu d'habitation). Il est normal que Marie et ses frères qui ne sont pas avec lui  s'inquiètent. Le " Il est hors de sens " de Marc 3, 21 prend donc tout son sens, car au lieu de rester discret, Jésus pourrait se faire repérer et être arrêté. C'est la raison pour laquelle, ils veulent le saisir. Jésus conscient des risques dira des mots très durs au sujet sa famille : " Qui sont ma mère et mes frères ? (...) Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère. " (3, 34-35.) Mais il se montre ici très habile. En n'acceptant qu'une parenté spirituelle, il assure à sa famille de ne pas être poursuivi au cas où.
Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)Il semble, si l'on lit Actes 1, 3 et les évangiles, que contrairement à ce qu'affirme James Tabor (id.), ses frères n'aient pas fait partie des Douze mais formait bien un groupe à part avec Marie, qui semblent avoir eut un rôle. On ne peut le définir exactement, même si en tant que famille royale la mère et les frères de Jésus dû avoir un rôle dirigeant que l'on retrouve dans les Actes des Apôtres. Marie en tant que prophétesse et mère du Messie devait avoir une forte influence sur le groupe, et notamment les disciples que citent l'évangile de Jean et les Actes des Apôtres, Simon Pierre, Jean, André, Philippe et Thomas (qui est d'ailleurs un personnage central des traditions sur la Dormition de Marie), et auprès des femmes qui le suivaient, Marie Madeleine, Marie de Jacques (dans un texte original du passage de Marc, qui pourrait être la femme de son fils, et Salomé, mère de Jacques et Jean, fils de Zébédée (une des raisons de son influence possible sur Jean ?), auprès de qui elle pouvait avoir un rôle qui était équivalent à celui de Jésus. Les compliments ne devaient pas être insolites notamment pour Marie comme le montre Luc 11, 27.
On peut se demander parfois si Marie et les frères de Jésus ne s'impatientait pas de l'inertie de Jésus tout comme les DouzeJean 7, 4 pourrait en être le révélateur, car la demande des frères de Jésus, qui à l'origine se trouvait probablement avec Marie, est identique à celle  des disciples qui veulent se partager les places dans le Royaume, qui à l'origine pour Boismard (id.) aurait été présenté ainsi : " Passe d'ici en Judée afin qu'ils voient les œuvres que tu fais. Nul en effet n'agit en secret et cherche à être en évidence. Si tu fais cela, manifeste-toi au monde. " N'est-ce pas pour cette raison que Jésus, tout comme pour ses disciples, dut mesurer l'enthousiasme de ses frères, tout comme pour ses disciples, en disant : " Le temps n'est pas encore là. " (Jean 7, 6.) Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)Et, aussi, en mettant en valeur le thème des ruptures et des conflits familiaux propres à la tradition biblique, notamment dans le document Q (Luc 12, 53 ; Luc 14, 26, Matthieu 10, 37) : " Car je suis venu diviser fils contre père et fille contre sa mère et belle-fille contre sa belle-mère. " " Celui qui ne hait pas père et mère ne peut pas être mon disciple ; et celui qui ne hait pas fils et fille ne pourra être mon disciple. " Ainsi, il met en valeur que pour entrer dans le Royaume, la famille n'est plus importante, mais le but de la mission de Jésus : la venue du Royaume, qui dans la tradition prophétique, pouvait semer la division au sein du clan. Même si pour Pierre Antoine Berheim (id., Famille et éducation de Jésus, in La bible et sa culture. Jésus et le Nouveau Testament, sous la direction de Michel Quesnel et Philippe Gruson, Desclée de Brouwer, Paris, 2000) ce passage ne serait qu'une reprise des conflits ultérieurs de la communauté primitive. Cependant, malgré ce sacrifice, la récompense promise était grande : " En vérité, je vous le déclare, personne n'aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l'Évangile, sans recevoir au centuple maintenant, en ce temps-ci. "  (Marc 10, 29-30.) D'autant pour sa mère et ses frères, qui, comme nous avons pu le voir le suivait sans réserve. Les espoirs concernant Jésus était très grand au sein de son groupe familial, tel que le laisse à penser le récit des disciples d'Emmaüs, dont on peut penser que le récit provenait des cercles judéo-chrétiens : " et nous, nous espérions qu'il était celui qui allait délivrer Israël. " (Luc 24, 21.)
Et ils ont probablement pris une part non négligeable aux événements de la fête des Tentes  de l'an 29 à la fête de Pâques de l'an 30 où Jésus par ses actions prophétiques (entrée triomphale à Jérusalem, éviction des marchands du Temple) au sein même de Jérusalem tente un coup de poker pour hâter la venue du Royaume en accomplissant les prophéties messianiques. Du moins la connaissance du Cénacle suggère dans Actes 1, 3 que Marie et ses frères étaient présents lors de la Cène, tout comme le fait que les pèlerins d'Emmaüs (qui étaient probablement des proches des frères de Jésus, tel que nous le verrons dans la troisième partie) aient reconnu à la fraction du pain (Luc 24, 30-31), et ont communié avec les Douze. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)Après cet épisode, on ne sait pas si Marie et ses frères étaient avec les autres disciples au jardin de Gethsémani. Il serait plus probable de penser que Jésus ait décidé de ne pas les emmener au cas où l'opération tournerait mal, et qu'il soit resté caché tel que le suggère les Synoptiques, où ce sont les femmes, proche de Marie et des frères de Jésus, qui regardent la crucifixion à distance. L'épisode de Jean est peu probable vu ce que l'on connait de la crucifixion où les troupes romaines qui en était chargé maintenaient un cordon de sécurité qui empêchait de s'approcher des crucifiés même leurs proches. Cependant, un passage de Luc 2, 35 (qui semble avoir été ajouté par l'évangéliste au cantique de Syméon) nous permet de comprendre quel fut la douleur de la mère de Jésus à la perte de son aîné : " et toi-même, un glaive te transpercera l'âme. " D'autant plus, si elle ne put être présente.
Freyr1978

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Publié le 29 Octobre 2012

L'Année de la Foi étant confiée par Benoit XVI à la Marie, la mère de Jésus, j'ai décidé de lui consacrer une série d'article en trois parties qui comme vous pouvez le deviner sera vu du point de vue de l'exégète et de l'historien. Ce qui fait que j'ai peu de chances d'avoir le prix de théologie du Vatican, mais ce n'est pas grave. Et il faut dire qu'entre le Ier siècle et le Ve siècle, Marie devint plus une création dogmatique q'un personnage réel. Ici, nous tenterons d'approcher qui fut vraiment la mère de Jésus et à travers elle son fils.
Les évangiles, écrit entre 64 et 95, ne nous apprennent rien de sûr sur Marie, ceux-ci concernant avant tout Jésus et les récits de l'enfance sont plus récents que l'évangile de Marc. On a sur cette dernière que quelques informations éparses qu'il convient de compléter à l'aide de la Torah et du Talmud et des recherches archéologiques.
 
On apprend dans les évangiles de Luc et de Matthieu que Marie, qui est une cousine de la mère de Jean le Baptiste, Élisabeth, une aaronide, est probablement né et a grandi à Nazareth (Luc 1, 26-27), a une sœur qui portait le même nom (Jean 19, 25), - ce qui indique une récurrence de ce nom au sein de sa famille et son origine galiléenne (Myriam était la sœur de Moïse) ainsi que du contexte de sa naissance au temps d'Hérode Ier le Grand (marah, " amertume ", " rebelle ") -, et Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)est "accordée en mariage" (Matthieu 1, 18) à un homme du nom de Joseph, qui serait descendant du roi d'Israël, David. L'Annonciation et le Magnificat montre aussi que Marie était une personne déterminée, au fort caractère, et que l'évangéliste Luc a su jouer sur l'interprétation en hébreu de son prénom. Ces maigres données peuvent être complétés par la recherche sur le contexte familial au Ier siècle. Les familles juives étaient nombreuses (donc Marie n'a pas eu qu'une sœur), et le mariage, si l'on suit le Talmud, se faisait entre gens du même statut social et de la même tribu (le mariage est clanique). Joseph étant tekton, un artisan, la famille de Marie était probablement du même milieu, donc de petits notables de village, et de la même tribu, donc de la "Maison de David". Elle ne pouvait donc pas être une aaronide, ce serait l'évangéliste Luc qui pour faire un parallèle avec Jean, le Maître de Jésus, créa cette parenté. Il semblerait aussi que la revendication familiale d'une descendance royale prestigieuse est ancienne, mais à prendre avec des pincettes car le titre de " Fils de David ", comme on peut le voir avec l'Iduméen Siméon Bar Goria en vint à désigner tout prétendant au trône d'Israël. Le mariage, comme l'indique Matthieu 1, 18, était un contrat entre les parents, car les futurs mariés étaient jeunes, Joseph devait avoir entre 15 et 18 ans et Marie entre 12 et 15 ans. C'était la famille de la mariée qui négociait la dot que devait verser le fiancé, et le contrat avait valeur d'acte de mariage, dont la cérémonie avait lieu 1 an plus tard afin de permettre aux époux de préparer au mieux leurs conditions de vie de couple.
 
Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)Ce serait au cours de cette période qu'aurait lieu l'Annonciation et que Marie serait devenue enceinte d'après Matthieu 1, 18. L'Annonciation n'est pas un récit authentique. Il est probablement à l'origine un récit d'annonce de naissance calquée sur celui de Samson, dont il reprend le schéma. Cependant, quelques éléments sont intéressants d'un point de vue historique. On y voit que Marie est baigné dans l'atmosphère apocalyptique de la fin de règne d'Hérode, et, aurait peut-être eu un appel prophétique au début de son adolescence sans qu'on puisse dire lequel. Comme Jeanne d'Arc savait-elle communiqué avec son subconscient ? L'affirmation de Matthieu 1, 18 pour R. E. Brown ( The Birth of Messiah : A commentary on the Infancy narratives of Matthew and Luke, The Anchor Yale Bible Reference Library, 1998) est une interpolation à un récit d'annonce à Joseph, calqué sur les midrach concernant la naissance de Moïse, où l'ange apparaissait à celui-ci après que l'on apprennent que Marie était "accordée en mariage" à Joseph. Le récit aurait été modifié après que la conception virginale se soit imposé au sein de la communauté chrétienne. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)Mais ce récit primitif, nous apprend que Joseph était probablement lui aussi à l'écoute de l'Esprit. Peut-on présumer à quel secte appartenait ou sympathisait ces deux jeunes galiléens ? C'est une possibilité. Mais il n'y avait que deux groupes religieux organisés en Galilée à l'époque et comptant de nombreux sympathisants, les Galiléens, disciples de Judas le Galiléen, faction extrémiste du parti pharisien, et les Hassidim, des rabbins charismatiques. La place donné à l'Esprit dans ces deux récits d'annonce fait pencher pour la seconde théorie, de même si on considère que le Magnificat était aussi à l'origine prononcée Marie (Boismard penchait plutôt pour Élisabeth dans une version primitive du récit de la Visitation dans L'évangile de l'enfance (Luc 1 - 2) selon le Proto-Luc, in Etudes religieuses 35, J.Gabalda, Paris, 1997).
 
Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)Ensuite, selon Matthieu 1, 25, Joseph, au bout des un an, semble être venu chercher lui-même sa femme, procédure plus rare, et qui se faisait avec  l'accord des parents. Le mariage était consommé le soir même, contrairement à ce qu'affirme ce même verset 25 qui nous dit : "mais il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus." Pour Raymond Edward Brown  (id.), le début du passage ne figurait pas dans le récit primitif. D'ailleurs Luc 1, 35 ne suggère pas autre chose en ces termes : " L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. " On se suggère pas une conception virginale mais le fait que l'Esprit de Dieu viendra sur elle (c'est l'évangile de Matthieu qui amène plus loin cette opinion), comme sur la tente de la Rencontre dans le désert du Sinaï, et conforte l'hypothèse rapporté plus haut. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)D'ailleurs, d'après François Bovon (L'Evangile selon saint Luc, 1 - 9, Labor et Fides, 1991) , Luc 1, 38  était suivi directement par Luc 2, 6, et semblait indiquer qu'à l'origine Jésus naissait à Nazareth. Les récits de naissance de Matthieu et de Luc seraient des créations des évangélistes ou des communautés primitives destinés à démontrer que dès sa naissance, Jésus va réaliser les promesses des Prophètes, et parfois inspirés de midrach comme celui de Moïse, destiné à montrer que Jésus est un nouveau Moïse ou un nouveau David. La paternité de Joseph ne semble pas d'ailleurs faire de doute du vivant de Jésus, comme le montre la référence au terme " parents " dans Luc 2, 41. Le nom choisi par Marie d'après Luc semble suggérer que cette dernière pensait que la libération d'Israël viendrait de son vivant : Yehoshoua signifie Dieu sauve, et est le nom en hébreu du prophète Josué, qui aurait conquis la Terre promise. Après sa naissance si l'on suit Luc 2, 21-24, Marie et Joseph respecte scrupuleusement les rites juifs concernant celle-ci (circoncision, présentation, et purification de la mère) même si ces procédures ne nécessitait pas d'aller au Temple de Jérusalem. En Galilée même se trouvait des villages de lévites. C'est Luc qui aurait repris probablement des petits sommaires circulant dans les communautés chrétiennes afin d'affirmer la judéité de Jésus entre 50 et 70 pour transformer ce récit en un récit d'annonce du règne messianique par la bouche d'hommes de Dieu.
 
Ensuite, on ne sait rien sur Marie et Jésus à part l'anecdote où Jésus est retrouvé à 12 ans dans le Temple au milieu des docteurs, sinon que probablement que Marie et Joseph eurent une famille nombreuse, comme le confirmerait que dans Luc Jésus est le "premier né" du couple (terme légal, toujours rapporté à côté d'un frère aîné dans la Bible et sans qu'on retrouve une fois la mention de fils unique à côté de Jésus tel qu'on retrouve la mention dans Luc 7, 12, 8, 42, 9, 38 qui fait très bien la différence). Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)Le but d'une famille était alors de pérenniser son nom à travers sa postérité avant tout masculine et de conforter la position de sa famille en mariant bien ses filles, et la présence des frères et des sœurs de Jésus dans l'évangile de Marc et de Jean est donc tout à fait approprié de ce point de vue. En effet, vu que les frères accompagnent Marie dans ces deux évangiles, ils ne peuvent être des cousins qui, eux ont à s'occuper aussi de leurs parents, et des auteurs du Ier siècle, maniant mieux le grec, n'aurait pas commis les erreurs des traducteurs de la Septante (Colossiens 4, 10 utilise le terme approprié d'anepsios au lieu d'adelphos, qui est bien différencié dans Luc 14, 12 et 21, 16 du mot proche en grec, sungenes, et le terme grec adelphé pour sœur dans le Nouveau testament n'y désigne jamais de cousine), tout en sachant que le terme cousin existe aussi en araméen, berdousen ou E bin amo. Le choix de leur nom (Jacques, Joseph, Judas, Simon), comme celui de Jésus, montre une famille empreinte de nationalisme qui s'exprime à travers un respect scrupuleux de la religion juive afin de se démarquer de l'hellénisme qui se trouvait dans les cités construites par Hérode le Grand et Hérode Antipas en Galilée, dont la ville proche de Sepphoris. Si le Magnificat (qui est une composition des premières communautés chrétiennes ou de l'évangéliste Luc) est à l'image des sentiments de Marie à l'époque, cela recoupe cette vision des choses et montre que celle-ci ressemblait bien aux Galiléens de l'époque, très fervents et nationalistes.
 
Il convient dans ce cas de se poser, à la lecture des évangiles et des coutumes juives de l'époque, la question d'une influence de Marie sur l'éducation de Jésus ? Si l'on suit les coutumes juives, on peut penser le contraire. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)La place de la femme était réservée aux travaux domestiques car la société juive était patriarcale : cuisine, lessive, ménage, filer et tisser les étoffes, faire la farine et préparer le pain, aller chercher l'eau au puits ou à la fontaine. Et elle élevait principalement les filles, car c'était l'homme qui était chargé de l'éducation des garçons et de lui apprendre un métier, selon les recommandations des rabbins (c'est probablement de lui que Jésus doit son métier de tekton). Cependant, la carrière de Jésus peut amener à relativiser ces points. Si comme le pense, Daniel Marguerat (L'Aube du Christianisme, Labord et Fides, Bayard, Genève, Paris, 2008) et François Bovon (Sur les traces de Jésus, documentaire BBC), la ville voisine de Sepphoris exerçait une grande inflence sur son aire locale, il se peut que Marie ait eu à s'occuper des enfants plus souvent, si Joseph devait y exercer son métier, et expliquerait peut-être une telle présence des femmes autour de Jésus. Mais si l'on suit le récit de Luc 2, 41-51, où sa famille le retrouve au Temple au milieu des docteurs, elle et son mari semble ignorer que leur fils soit invité à un grand destin. D'ailleurs, dans le Magnificat, qui suit l'Annonciation, il n'y a aucune allusion directe à Jésus ou au Messie.  Il faut dire si l'on suit l'évangile de Marc, Jésus et sa famille ne semblent guère s'être démarqué des habitants de leur village : " N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de Josès, de Jude et de Simon ? et ses sœurs ne sont-elles pas ici, chez nous ? " (6, 3.) Et ce jusqu'à ce qu'il ait atteint environ 30 ans (dans les faits 33 ou 34 ans), d'après l'évangile de Luc.
Freyr1978

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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