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Publié le 19 Décembre 2012

La lecture du dimanche 2 décembre, le premier de l'Avent, est tiré du discours de Jésus sur les temps derniers de Luc 21, 25-27, 34-36 :

 

" Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et sur la terre les nations seront dans l'angoisse, épouvantées par le fracas de la mer et son agitation,

tandis que les hommes défailliront de frayeur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde ; car les puissances des cieux seront ébranlées.

Alors, ils verront le Fils de l'homme venir entouré d'une nuée dans la plénitude de la puissance et de la gloire.

Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s'alourdissent dans l'ivresse, les beuveries et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l'improviste,

comme un filet ; car il s'abattra sur tous ceux qui se trouvent sur la face de la terre entière.

Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants pour être jugés dignes d'échapper à tous ces événements à venir et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme. "

 

Pour ceux qui ne connaissent pas bien ce discours, il est commun aux trois évangiles, contrairement à celui du jour du fils de l'homme, commun seulement à Matthieu et à Luc, et il commence par une question posée par les disciples Pierre, Jacques, Jean et André, d'après Marc 13, 5, en ces termes : "  Dis-nous quand cela arrivera et quel sera le signe que tout cela va finir. " Après tout, les disciples nagent dans une atmosphère apocalyptique, ainsi que le montre les passages où Jésus leur promet l'arrivée du Jour de Dieu de leur vivant : En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance "  (Marc 9, 1) ; " Vous qui m'avez suivi, vous siègerez sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël " (source Q ; Luc 22, 28, 30 ; Matthieu 19, 28).

Ils s'attendent même à ce que ce jour ait lieu le jour de sa dernière Pâque, qui célèbre la libération du peuple hébreu de l'esclavage, sinon comment expliquer la demande de Jacques et Jean, fils de Zébédée en Marc 10, 37, si Jésus a bien annoncé sa mort et sa résurrection en Marc 10, 33-34 :  Accorde-nous de siéger dans ta gloire l'un à ta droite et l'autre à ta gauche. Ou les cris de la foule lors de son entrée à Jérusalem : «  Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur Celui qui vient ! Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! (Marc 11, 9-10.)

 

La partie que l'on lit aujourd'hui de ce discours est tiré d'une des parties de l'évangile de Marc qui est considéré comme faisant partie de la source primitive, utilisé par le rédacteur de l'évangile, d'après Marie-Émile Boismard (L'évangile de Marc. Sa préhistoire, Études Bibliques n.s. 26, F. Gabalda, Paris 1994), qui est connu sous le nom de Petite Apocalypse :

" Mais en ces jours-là, après cette détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne brillera plus,

les étoiles se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées.

Alors on verra le Fils de l'homme venir, entouré de nuées, dans la plénitude de la puissance et dans la gloire.

Alors il enverra les anges et, des quatre vents, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel, il rassemblera ses élus.

Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment. " (Marc 13, 24-27, 33.)

Ici, c'est la seconde partie de ce discours qui nous a été lu à la messe du Dimanche. Mais il convient de revenir à la première partie qui divergent de Marc à Luc sur un point essentiel, la liaison entre la première et la seconde partie. Si l'on suit John Dominic Crossan (Who Is Jesus? Answers to Your Questions about the Historical Jesus, édité avec Richard Watts, 1996 ; Excavating Jesus: Beneath the Stones, Behind the Texts, avec Jonathan L. Reed, 2001), c'est dans Marc 13, la chute du Temple en 70 (" l'abomination de la désolation " du v. 14) qui est le signe de la venue du Royaume de Dieu, et qui est relié au v. 24 (" après cette détresse). Mais, une date plus haute n'est pas impossible, tel que suggère Raymond E. Brown (An Introduction to the New Testament, Doubleday, 1997, p. 144) pour qui le v. 14 se rapporterait plutôt à l'empereur Caligula (37-41), qui en 40-41 avait tenté d'installer sa statue dans le Temple de Jérusalem. Ce discours, dans les deux cas, serait, ainsi, après coup une création des communautés chrétiennes primitives pour expliquer un événement postérieur qui serait un signe de la Parousie. Mais l'origine en serait peut-être issu de logia sur le Jour de Fils de l'homme venant de Jésus, comme le pense Ed Parish Sanders (Jesus and Judaism, SCM Press, 1985; The Historical Figure of Jesus, Penguin Books Ltd, 1993) pour qui Jésus était un prophète apocalyptique, peut-être issu d'un rassemblement fait au sein de la communauté de Marc ou par l'auteur afin de préparer cette venue qu'on pensait imminente notamment du fait des déclarations de Jésus à ce sujet. Mais, il n'est pas impossible non plus que ces logia ait été prononcé sous la forme de la Petite Apocalypse, sinon, dans une forme plus courte tel que le propose Boismard (id.), car ce n'est pas une forme inconnue des rabbins cités par le Talmud.

 

Mais Luc écrit son évangile dans un contexte différent, entre 80 et 90, à un moment où la destruction du temple n'a pas amené la Parousie, au sein d'une communauté qui, probablement, pense que cette dernière sera lointaine.

 

C'est la raison pour laquelle, il retravaille tout ce passage de Marc, en fonction de ce contexte. D'abord, en enlevant " Mais en ces jours-là, après cette détresse " qui relie le Jour de Yahvé à la destruction du Temple, ce qui est tout à fait normal si celle-ci n'a pas été à l'origine du bouleversement cosmique, attendu par Marc 13, 24-25, qui décrit la venue de Dieu qui amplifie les phénomènes naturels : " Mais en ces jours-là, après cette détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne brillera plus, les étoiles se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. " Ces derniers sont tirés d'Isaïe 13, 10 : " Le soleil s'est obscurci dès son lever, la lune ne fait plus rayonner sa lumière ", complété par Isaïe 34, 4 : " et toute leur armée (des cieux) tombera ". Et symbolisent la délivrance d'Israël dans les deux passages qui concerne Babylone et dans l'autre Édom, qui furent à l'origine de la chute du royaume de Juda. Et Marc ne le voit pas autrement avec l'empire romain.

Luc, par contre, résume cette partie de Marc 13, 24-25 dans son verset 25 en ces termes : " Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles " car il veut mettre en valeur un autre élément de l'apocalyptique juive qui se trouve en Isaïe 13 également, la crainte des Nations face aux cataclysmes annonciateurs de la venue de Yahvé : " et sur la terre les nations seront dans l'angoisse, épouvantées par le fracas de la mer et son agitation, tandis que les hommes défailliront de frayeur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde ; car les puissances des cieux seront ébranlées ", alors que dans le v. 25 de Marc 13, on trouvait seulement : " et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées ". Ici, c'est une reprise d'Isaïe 13, d'où l'insistance dans les v. 25-26, sur les mots " Nations " (Isaïe 13, 12) et " hommes " qui  " sont frappés d'épouvante " (id.). Comme le souligne Marie-Émile Boismard, " ces signes cosmiques ne sont (...) pas  une " fin du monde " au sens où nous l'entendons maintenant mais ils soulignent l'intervention de Dieu contre les nations païennes " (Synopse des quatre évangiles en français, vol. II, Commentaire, avec P. Benoit, A. Lamouille et P. Sandevoir, Paris, Éd. du Cerf, 1972, p. 366). Dans la prophétie originelle, c'était contre l'Assyrie ou Babylone. Ici, Luc vise probablement l'empire romain.

 

Comme dans Marc 13, 26-27, dans Luc 21, 27, le point central de cet apocalypse est la venue du Fils de l'homme : " Alors, ils verront le Fils de l'homme venir entouré d'une nuée dans la plénitude de la puissance et de la gloire. " Ce passage indique, en fait, un véritable renversement dans Daniel 7, 13-14 d'où il est tiré : " voici qu'avec les nuées du ciel venait comme un Fils d'Homme  le terme fils de l'homme ; il arriva jusqu'au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite. " Le terme Fils de l'homme, tel que le montre Geza Vermes (Enquête sur l'identité de Jésus. Nouvelles Interprétatations, Bayard, Paris, 2003) désigne le peuple juif, ainsi que le confirme l'Apocryphe araméen de Daniel, datant du Ier siècle av. J. - C., et l'interprétation de cette vision, comme le suggère James Tabor (La Véritable Histoire de Jésus. Une enquête scientifique et historique sur l'homme et sa lignée, Laffont, 2007, Paris) et Boismard (id.), suggère qu'Israël recevra de Dieu domination sur le monde.  Ici, on serait à un stade ancien de la tradition de Marc 13 selon E. P. Sanders (id.) et David Flusser (Jésus, Seuil, 2005) car Jésus ne s'y référent pas à lui en tant que Fils de l'homme, car on trouve un équivalent dans  Matthieu 10, 23 : " en vérité, je vous le déclare, vous n'achèverez pas le tour des villes d'Israël avant que ne vienne le Fils de l'homme. "

Si on suit la théorie de Flusser sur la messianité de Jésus, celui-ci pense au début être envoyé pour annoncer la venue du Royaume et non être le Messie, d'autant que le Fils de l'homme dans les passages apocalyptiques si l'on suit Geza Vermes ne désigne pas une personne mais Israël. De plus, Jésus dans les passages qui suivent la multiplication des pains ne l'utilise que pour se désigner à la troisième personne. En effet, ce sera avec l'expérience de la multiplication des pains qu'il prendra conscience de sa messianité d'après Flusser. Ici, encore c'est Luc qui modifie la portée du passage, car il semble bien qu'à son époque l'image du Fils de l'homme s'est modifié tel que le suggère encore Geza Vermes en fonction de l'événement qu'a été la guerre juive (66-70) et la Destruction du Temple (70), et l'on réinterprète dans l'apocalyptique juive le Fils de l'homme en tant qu'individu, soit un Messie céleste (4 Esdras 13) ou un juge eschatologique et céleste (Paraboles d'Hénoch ou 1 Hénoch 37-71). C'est aussi le moment où les épîtres de Paul, où c'est le retour de Jésus qui sera à l'origine du Jour de Yahvé (1 Thessaloniciens 4, 16-17), commence aussi à circuler en dehors des communautés pauliniennes, comme le montre le développement des épîtres pseudo-pauliniennes entre 80 et 90. Luc semble avoir choisi cette deuxième solution peut-être plus parlante pour son public moins au fait des symboles messianiques juifs, ce qui peut aussi expliquer que Luc n'a pas gardé le v. 26 de Marc : " Alors il enverra les anges et, des quatre vents, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel, il rassemblera ses élus. "

 

Mais l'appel à la vigilance de Marc 13, 33 :  " Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment ", qui ferait partie d'après Boismard du contenu primitif de la petite Apocalypse, est amplifié par Luc aux versets 34 à 36, avec l'apport en particulier d'Isaïe 24, 17, 18, 20 : " C'est la frayeur, la fosse et le filet pour toi, habitant du pays. Celui qui fuira le cri de frayeur tombera dans la fosse, celui qui remontera de la fosse sera pris dans le filet. Les écluses d'en haut sont ouvertes, les fondements de la terre sont ébranlés (...) La terre vacille comme un ivrogne, elle est agitée comme une cabane. Son péché pèse sur elle, elle tombe et ne peut se relever. " On sent aussi dans ce passage de quel origine était la communauté de Luc pagano-chrétienne, c'est-à-dire baignée de l'enseignement de Paul de Tarse à travers ses épîtres car il reprend ici une partie de 1 Thessaloniciens : " Donc ne dormons pas comme les autres, mais soyons vigilants et sobres. Ceux qui dorment, c'est la nuit qu'ils dorment, et ceux qui s'enivrent, c'est la nuit qu'ils s'enivrent ; mais nous qui sommes du jour, soyons sobres, revêtus de la cuirasse de la foi et de l'amour, avec le casque de l'espérance du salut. " (5, 6-8.) L'ivresse, le sommeil et la nuit dans ce passage, d'après François Bovon (L'évangile selon saint Luc. 19, 28- 24, 53, Labor et Fides, Genève, 2009, p. 160-161), sont le symbole du péché et du refus de Dieu, et Luc 21, 34-36, serait d'un point de vue paulinien, un encouragement aux membres de sa communauté à ne pas demeurer dans les ténèbres mais à devenir " fils de la lumière " (1 Thessaloniciens 5, 4-5), à travers la vigilance et le jeûne, et donc digne de la rédemption, donc Luc fait un des centres de son évangile avec l'Esprit Saint. De ce fait, comme dans Marc 13, 33, " l'appel à la vigilance (...) se comprend très bien, puisque la tradition prophétique confondait souvent jugement eschatologique contre les nations païennes et jugement contre les impies : il faut donc " veiller " afin de ne pas se faire engloutir dans la tourmente qui va emporter les ennemis de Dieu. " (Synopse des quatre évangiles en français, vol. II, Commentaire, avec P. Benoit, A. Lamouille et P. Sandevoir, Paris, Éd. du Cerf, 1972, p. 364.) Il est possible que l'évocation des beuveries ne soit pas innocente non plus, car ces dernières évoquent les banquets qui si l'on suit les lois somptuaires votées par le Sénat à partir du IIIe siècle av. J. - C. provoquées des excès dont de vin.

 Mais pour Marc 13 cet appel était pour prévenir soit après les poursuites néroniennes (64-68), soit la guerre juive (66-70) ou soit la Destruction du Temple (70) que les événements prophétisés par Jésus étaient en train de se réaliser maintenant et que donc le fidèle se devaient d'être vigilants face au jour du Fils de l'homme qui n'allait pas tarder, comme l'indique les v. 29-30 : " De même, vous aussi, quand vous verrez cela arriver, sachez que le Fils de l'homme est proche, qu'il est à vos portes. En vérité, je vous le déclare, cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive. " Luc, lui, a une approche différente. La guerre juive et la Destruction du Temple n'a pas amené la venue du Jour du fils de l'homme et Rome est toujours debout même après l'année des quatre empereurs (68-69). Et pire les poursuites contre les Chrétiens, confondus avec les Juifs, ont reprise sous l'empereur Domitien après 83 en même temps que se profilent la future expulsion des synagogues qui aura lieu entre 88 et 95. Pour lui, ce sont ces derniers événements qui sont annonciateurs de la venue du jour du Fils de l'homme, ce qui explique que la Destruction du Temple ne soit plus vu comme le signe de ce dernier comme l'indique le v. 24 : " et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu'à ce que soit accompli le temps des nations. " Pour Luc c'est en son temps que finit celui des Nations. Et donc les membres de sa communauté ne doivent pas abandonner pas se laisser absorber par les difficultés de la vie en société, qui peuvent éloigner de Dieu, et de l'attente du jour du Fils de l'homme, qui tarde à venir pour ces derniers, notamment du fait des événements cités pour plus haut, d'où la recommandation du v. 36 : " Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants pour être jugés dignes d'échapper à tous ces événements à venir et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme. "

 

Ainsi, l'évangéliste dans les versets 25-27, 34-36 écrit dans un contexte fort différent de celui de l'évangéliste Marc, car les membres de sa communauté ne croient plus en la proximité du Jour du Fils de l'homme, qui a pris une connotation individuelle au sein de celle-ci à partir probablement des lectures d'apocalypses juives de la fin du Ier siècle et des épîtres de Paul. C'est la raison pour laquelle il modifie fortement la petite Apocalypse de Marc 13 pour qu'elle tienne compte de son contexte d'écriture qui est fort différent afin d'encourager à l'attente sa communauté peut-être las de ne pas voir intervenir Jésus alors qu'ils sont de nouveau victimes de poursuite de la part de l'empire romain et en débats probablement acerbes avec les rabbins au sein des synagogues, qui conduira à leur expulsion entre 88 et 95. Et dans une volonté d'intégration à la société romaine car les beuveries sont peut-être aussi une référence à la pratique romaine des banquets.

 

Freyr1978

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Publié le 8 Décembre 2012

Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)Les femmes qui vont le lendemain du sabbat pour embaumer le corps le font sans doute à la demande de Marie et de ses frères qui ont probablement réclamé le corps au Sanhédrin pour qu'il soit enterré probablement dans le tombeau familial à Nazareth, demande connu par exemple de Philon d'Alexandrie. Si l'on suit Matthieu et Jean, elles vont prévenir la famille de Jésus qu'il leur est apparu, mais il est possible qu'à l'origine ce fut plutôt de la disparition de son corps. Dans une forme originale de l'évangile de Jean, que relate le Codex Sinaïticus, rapporté par Alfred Loisy (Le Quatrième Evangile, Picard, Paris, 1903), celle qui visite la tombe n'était pas Marie Madeleine, mais Marie elle-même. La fin du récit de Marc (16, 8) invite à penser que les premières apparitions ont bien concerné sa famille et leurs proches, et l'ordre des apparitions que donne Paul dans 1 Corinthiens 15, 3-7. Marie a donc été bénéficiaire de l'une d'elles, tout comme les disciples présent dans le Cénacle. En quelles circonstances ? On ne peut le dire. Mais une hypothèse suggère que l'un des disciples d'Emmaüs (Luc 24, 13-35) pourrait être une femme du fait qu'à un pendant masculin on trouve toujours un pendant féminin dans cet évangile, notamment dans les récits de miracles et du choix des compagnons de Jésus. Cléophas étant son beau-frère, la tentation de penser à Marie est intéressante. Mais on ne peut se prononcer à ce sujet sinon qu'en tant que prophétesse, à l'image de Marie-Madeleine, elle était mieux à même d'en bénéficier.
 
Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)Lorsque la communauté se réorganise en Galilée, elle a pu travailler, vu son rôle de prophétesse, à reformer celle où vivait les femmes qui ont suivit Jésus, tel à Magdala, Marie-Madeleine. Et a probablement suivi sa famille et les Douze à Jérusalem, la ville où aurait lieu la Parousie, et vit alors avec Jacques, le frère cadet de Jésus, et qui dirige la communauté à Jérusalem. Elle va probablement jouer un rôle important en tant que prophétesse (qui devait être un équivalent des diaconesses des communautés paulinienne) et Mère du Messie. Il est fort probable vu sa présence au Cénacle qu'elle était présente lorsque fut prise la décision de restaurer l'action de Jésus lors de la Pentecôte (dans le récit primitif, tel que le montre Boismard [Le Texte occidental des Actes des apôtres. Reconstitution et réhabilitation, vol. 1 (Synthèse 17), avec A. Lamouille, Études bibliques NS 40, J. Gabalda, Paris, 2000 ; Les Actes des deux apôtres, vol. 1, avec A. Lamouille, Études bibliques 12-14, Paris, J. Gabalda, 1989 ] et Étienne Nodet [Essai sur les origines du christianisme, avec J. Taylor, éd. Cerf, 1998], il n'y avait aucune descente du Saint Esprit mais ce serait du bruit qui aurait attiré vers le lieu de réunion des apôtres) et lorsque fut choisi un remplaçant à un des apôtres (mais le fait que ce soit pour remplacer Judas ne fait plus l'unanimité, notamment à la lecture de 1 Corinthiens 15, 5, où la présence des Douze, suggère plutôt que ce serait Pierre). Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)Elle semble pour cela avoir été très estimée, notamment parmi les judéo-chrétiens, comme le montre l'Évangile de Jean, où elle est la plus citée des Quatre évangiles. A-t-elle pris par l'envoi d'émissaires un rôle dans la conversion d'Éphèse ? Était-elle proche des apôtres Jean, Philippe, André, Simon Pierre et Thomas, qui pourrait être les évangélisateurs de cette ville ? On ne peut le dire. Cependant, elle semble, comme sa famille, avoir eu des opposants dans les cercles non judéo-chrétiens, rejetant la parenté royale de ses frères, notamment les Hellénistes, comme le montre les traditions de l'évangile de Marc, qui serait issu de ce milieu. A-t-elle connu Paul ? On ne peut le savoir. Toutefois, lui ne semble pas la connaître tel qu'on peut le voir dans Galates 4, 4 où il la qualifie à peine de " femme ". Il faut dire qu'il n'a rencontré à Jérusalem que les colonnes de l'Église, Jacques, frère de Jésus, Simon Pierre et Jean. Après Actes 1, 14  on ne parle, en effet, plus d'elle. On ne sait rien de ses derniers jours, car l'auteur des Actes ne l'évoque pas. Toutefois, on peut estimer de ce fait que même si elle n'a pas connu Paul, elle n'estimait pas l'action des Hellénistes et a peut-être soutenu les frères de Jésus contre ces derniers de toute son autorité, notamment dans leur volonté de reprendre en main les communautés fondés par ces derniers, et dont Paul et Barnabé seront plus tard les envoyés dans la Diaspora juive. Même si les certitudes sont ici moins grandes car on n'entend plus parler de Marie entre la persécution des Hellénistes en 36 et la persécution d'Hérode Agrippa Ier en 44.
 
Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)On ne sait donc rien de ses derniers jours, car l'auteur des Actes ne l'évoque pas. Un indice du peu de sympathie qu'elle a pour la communauté d'origine de l'apôtre des Gentils ? Les traditions sur la Dormition, relaté uniquement dans des récits du Ve-VIe siècles (celui de Juvénal, patriarche de Jérusalem entre 418 à 458, rapporté par Jean Damascène au VIIIe siècle ; Transitus Mariæ, daté du Ve siècle, Grégoire de Tours, au VIe siècle), ne nous sont guères utiles, mais peuvent nous permettre de recouper les données archéologiques et littéraires. Il est fort probable qu'elle soit morte à Jérusalem entre 36 et 44, date que recoupe la tradition qui la situe entre 42 et 46. Et qu'elle fut enterré en dehors de la ville, comme tous les morts à l'époque, ce qui est d'ailleurs affirmé par ces traditions, peut-être au Mont des Oliviers, ou dans le caveau familial à Nazareth (pratique alors coutumière). Peut-être lors de circonstances difficiles à l'occasion de la persécution d'Hérode Agrippa, ce qui pourrait expliquer que l'on ait aucune tradition de sa mort, si les disciples, qui étaient proche de la famille de Jésus, qui auraient pu la rapporter, était en fuite comme Pierre, Jean (raison probable de sa présence à Éphèse), voire Philippe, André et Thomas, et n'ait pu être présent à ses côtés. Mais ce n'est qu'une hypothèse. En tout cas, manquant de données, on ne peut estimer si la communauté fut touché par cette mort du fait du manque d'informations. Nous ne pouvons donc ici que supposer comme Épiphane, évêque de Salamine, dans une lettre adressée aux Chrétiens d'Arabie en 377, que « Nous ignorons si elle est morte ou si elle a été enterrée. » Mais la seconde situation, d'après les sources les plus anciennes, est la plus crédible.
 
Marie est peu à peu oubliée au sein des premières communautés chrétiennes, sauf dans les communautés judéo-chrétiennes d'Antioche et d'Éphése qui conservent les traditions sur la famille de Jésus, à tel point que Paul dans Galates 4, 4 ne la mentionne que de manière isolée et semblant la méconnaître. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)Et si on parle d'elle, c'est en terme défavorable dans l'évangile de Marc, écrit entre 64 et 68 dans une communauté d'origine helléniste d'après Trocmé en conflit avec la communauté de Jérusalem, semble-t-il encore influente. La famille de Jésus y est donc dénigré en montrant, ainsi, que même sa mère ne croyait pas en lui, notamment dans le chapitre 3, versets 20-21 et 31-35. On peut comprendre dans ces circonstances que Marie n'ait pas reçu les honneurs qu'elle aurait dû de la part de la communauté chrétienne primitive, notamment de la part des communautés qui voulaient se développer en dehors de l'influence de Jérusalem, qui dirigera même de manière indirecte la communauté chrétienne primitive jusqu'au moins 135. Le terme de " judaïsants " que l'on trouve notamment dans les écrits d'Ignace d'Antioche renvoie à cette réalité.
 
Mais c'est entre 80 et 95 que Marie réapparaît. Dans les œuvres de deux communautés qui semblant marquées par un christianisme d'orientation hébraïque dans la ligne de la famille de Jésus, l'évangile de Luc et sa suite les Actes des Apôtres, et l'évangile de Jean. Dans l'évangile de Luc et dans le début des Actes des Apôtres, la place accordée à Marie montre que les femmes ont une place très importante en tant que prophétesses, diaconesses, veuve et vierge, groupes actifs dans la communauté qui a rédigé l'évangile de Luc, issu des communautés pauliniennes. En effet, dans ces dernières, il en était de même. Marie remplit même semble-t-il ces trois rôles, y étant donné à titre d'exemple, d'où peut-être l'insistance sur la virginité de Marie et l'Esprit Saint qui vient sur elle avant la naissance de Jésus. Et elle y est même donné comme la première croyante probablement afin d'encourager la participation des femmes dans la communauté où elles semble jouer un grande rôle. Ce texte est donc écrit en réaction à une dévalorisation du rôle des femmes au sein des communautés pauliniennes vers les mêmes dates au point de créer des dires à l'apôtre des Gentils afin de la justifier comme 1 Corinthiens 14, 34-35, où la parole est interdite aux femmes, alors qu'en 1 Corinthiens 11, 5, il est permit aux femmes de prier et de prophétiser et qu'il salue tout au long de ses Épîtres des femmes qui ont fondé des communautés et qui y ont des rôles importants. Étrange si les femmes n'ont plus le droit à la parole. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)Mais dans la communauté de l'évangéliste Luc, il n'y a pas de trace d'un culte de Marie. Une preuve que Jésus continuait d'y apparaître s'il y avait un groupe de prophétesses ?
Dans l'évangile de Jean, le contexte semble bien différent. La communauté insiste sur un Jésus plus spirituel, en dehors du monde que dans l'évangile de Luc. Ce qui explique la valorisation de Marie en tant que première croyante (noces de Cana, présence aux pieds de la Croix), avec le disciple que Jésus aimait, qui symbolise ici l'Église et non un disciple réel, et malgré l'incroyance de ses fils. Elle est ici non plus seulement la Mère du Messie mais aussi la Mère de l'Église, ce qui semble révéler qu'au sein de cette communauté, on pensait qu'elle avait joué un rôle non négligeable au sein des premières communautés, que symbolise le disciple que Jésus aimait, ce qui dans les faits est probable. Ici, il y a donc un début de culte. Mais sans relation avec la virginité comme dans l'évangile de Luc. Ce qui montre que dans les communautés chrétiennes primitives avaient des images relativement différentes de la Mère de Jésus et que là où s'est développé son premier culte à Éphèse dans les années 80-95 c'e n'était pas en tant que Mère de Dieu (Theotokos) mais Mère du Christ (Christotokos) et de l'Église.
Au même moment, le travail de rédaction de l'auteur de l'évangile de Matthieu, écrit à la même période que celui de Luc, sur la traduction de la Septante de la prophétie d'Isaïe 7, 14 : « Voici, la vierge ("parthenos") portera dans le ventre et enfantera un fils, et tu appelleras Emmanuel », est probablement à l'origine de la modification du récit primitif en ces termes : « or, avant qu'ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint », très différent de celui de Luc qui n'évoque jamais une naissance virginale ou du récit primitif de l'annonce à Joseph, d'après R. E. Brown (id.). Ce passage, tel que le montre Jacques Duquesne (Marie, mère de Jésus, Éditions du Plon, Paris, 2004), semble inspiré par les apocryphes juifs, notamment le Livre des Secrets d'Hénoch, écrit aussi entre 80 et 90, où le mère d'Hénoch, Sophonim, avancée en âge, accouche d'un fils sans la présence de son mari, Nir. Dans l'exégèse juive hellénistique c'est une marque de l'Alliance sur un plan allégorique, qui dans le cadre des premières communautés, évoque celle de la Nouvelle Alliance.
Cette vision sera développé par les communautés pagano-chrétiennes d'Asie Mineure, où était très utilisé les évangiles de Matthieu et de Jean mais dans un sens différent avec une lecture littérale des passages de ces deux évangiles qui étaient des allégories d'un Dieu qui se voyait à travers l'exemple de Jésus, ce que montre très bien Geza Vermes (Enquêtes sur l'identité de Jésus. Nouvelles Interprétations, Bayard, 2003, Paris), Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)notamment pour l'évangile de Jean. L'explication en est simple, le développement des premières hérésies gnostiques au IIe siècle qui niait l'humanité de Jésus, qui n'avait pour eux qu'un corps spirituel, et l'influence encore présente jusqu'en 135 de l'église de Jérusalem (les " judaïsants " de ses épîtres), d'où une nouvelle insistance sur la maternité virginale de Marie.
Le premier est Ignace d'Antioche, mort martyr en 113, qui vise les Docètes, qui évoque un Jésus « à la fois chair et esprit, engendré et non engendré, Dieu fait chair, vraie vie au sein de la mort, né de Marie et de Dieu, d'abord passible et maintenant impassible, Jésus-Christ Notre-Seigneur » (Éphésiens 7, 2), alors que rien ne l'évoquait pour un public qui fréquentait encore la synagogue et sa culture jusqu'en 95. Ici, c'est n'est plus l'alliance qui est au centre mais le salut qu'apporte la virginité de Marie : « Notre Dieu Jésus-Christ a été selon le plan divin porté dans le sein de Marie, issu du sang de David et aussi du Saint-Esprit. Il est né et a été baptisé pour purifier l'eau par sa passion » (Éphésiens 18, 2).
Une croyance qui ne convainc guère les opposants à cette conversion virginale, notamment les judéo-chrétiens et les Juifs, à tel point que Justin de Naplouse en 150-155 dans son Dialogue avec Tryphon, rédigé en Syrie-Palestine doit développer l'image de Marie en tant que Nouvelle Ève, inspiré par 1 Corinthiens 15, 22, 45-49 : « Ève encore vierge et intacte (...) a enfanté la désobéissance et la mort. Par contre, Marie, la Vierge, en accueillant la foi et la joie quand l'ange Gabriel lui apporta l'annonce heureuse (...) libère de la mort ceux qui se repentent et croient en lui. » Son oui à Dieu devient source de salut.
Les affirmations des gnostiques et en particulier de Valentin d'Égypte, qui ne croit à un Christ, descendu du Ciel, pousse Irénée de Lyon à développer la position de l'Église sur Marie en 188 dans son Contres les hérésies V, 19,1 : « Comme vraie mère, Marie garantit que Dieu a tout assumé de nous jusqu'à devenir "Fils de l'homme", donc nous sommes entièrement assumés et entièrement sauvés. Comme Vierge divinement féconde, Marie garantit que c'est Dieu qui est né d'elle, et qu'ensuite il sauve vraiment : avec sa puissance divine ». Et à reprendre l'image de la nouvelle Ève, inspiré par 1 Corinthiens 15, 22, 45-49 : « de même donc qu'Ève, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même Marie, (...) cependant Vierge, devint, en obéissant, cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain » (III, 22, 4). Raison pour laquelle, « Ils (les premiers chrétiens sans qu'il en ait la preuve) ont prêché l'Emmanuel né de la Vierge  : par là ils faisaient [...] que lui, le Pur, ouvrirait d'une manière pureQue sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (3ème partie)le sein pur qui régénère les hommes en Dieu et qu'il a lui-même fait pur ; que, s'étant fait cela même que nous sommes, il n'en serait pas moins le "Dieu fort", celui qui possède une connaissance inexprimable » (IV, 33, 11). Ainsi, Irénée le premier parle de l'Immaculée conception et que c'est par cette pureté qu'elle a amené le salut.
La base du culte marial actuel ne voit le jour finalement qu'à la fin du IIe siècle du fait du développement des hérésies et de l'influence du judéo-christianisme et ne se mettra en place progressivement qu'entre le milieu du IIIe siècle, tel que le démontre les fresques des catacombes de Rome, et le IVe siècle, jusqu'au moment où le Concile de Nicée (325) déclare que le Fils est consubstantiel (de même nature) au Père. C'est les deux évêques d'Alexandrie, adversaire de l'arianisme, et à l'origine du concile, Alexandre et Athanase, en 325 et 330, qui évoquent Marie, en tant que Theotokos (Mère de Dieu), qui exprime seulement que le Dieu-Fils a reçu de cette femme son existence humaine. Enfin Cyrille, lui aussi évêque d'Alexandrie, l'imposera en 431 au concile d'Éphèse, à grand coup de corruption et de manœuvres politiques (mise à profit du retard de Jean d'Antioche et de ses suffrageants qui n'arriveront qu'à la fin du concile), malgré l'opposition du patriarche de Constantinople, Nestorius, pour qui deux personnes, l'une divine, l'autre humaine, coexistaient en Jésus, et que donc Marie n'était pas la Mère de Dieu. D'où le culte enthousiaste de louange et d'invocation qui, après le concile d'Éphèse, se développera dans le monde chrétien à l'égard de Marie. Bientôt circuleront des récits merveilleux et discordants sur la dormition (mort non suivie de corruption) de Marie et sur son assomption entre le Ve et le VIe siècle. Les bases du culte marial se trouvaient donc établi au cours d'un processus qui ne s'achèvera qu'en 1854 avec la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception par le pape Pie IX et celui de l'Assomption par le pape Pie XII en 1950.
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Publié le 27 Novembre 2012

Je vais reprendre à partir d'aujourd'hui les lectures commentées de l'évangile du Dimanche, étant trop occupé auparavant pour le faire.

 

La lecture de l'évangile du Dimanche 25 novembre, concernait l'interrogatoire de Jésus devant Pilate de Jean 18, 33-37 :

" Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : " Tu es le roi des Juifs ? "

Jésus répondit : " Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ? "

Pilate répondit : " Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi. Qu'as-tu fait ? "

Jésus répondit : " Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n'est pas d'ici. "

Pilate lui dit : " Donc tu es roi ? " Jésus répondit : " Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. "

 

Ce texte comme la majorité de ceux de l'évangile de Jean est une savante construction théologique issu du récit de l'interrogatoire de jésus devant Pilate de Marc 15, 2 dont on doit reconnaitre la brièveté :

" Pilate l'interrogea : " Tu es le roi des Juifs ? " Jésus lui répond : " Tu le dis. " "

Si bien que Marie-Émile Boismard (Synopse des quatre évangiles en français, vol. III, L'évangile de Jean, avec A. Lamouille et G. Rochais, Paris, Édition du Cerf, 1977), Charles Harold Dodd (La tradition historique du quatrième évangile, Coll. « Lectio Divina » n°128, Éd. du Cerf, 1987) et Robert T. Fortna (The Gospel of Signs: A Reconstruction of the Narrative Source Underlying the Fourth Gospel, SNTS Monograph Series, 10, Cambridge University Press,1970), pensent que le récit primitif de l'évangile de Jean se présentait ainsi :

" il appela Jésus et dit : " Tu es le roi des Juifs ? " Jésus répondit : " Tu le dis (: je suis roi). "

Cette réponse suffisait amplement pour condamner Jésus à la peine de crucifixion car il reconnaissait même indirectement être roi, et sans l'épisode de Barrabas, qui est probablement inauthentique, vu “ son habitude d’insulter son interlocuteur, (...), ses assassinats de personnes non-jugées et non-condamnées (...). ” (Philon d'Alexandrie, Légation à Caïus, § 288.) Il faut dire que le préfet de Judée a l'autorité suprême en matière judiciaire de l'empereur lui-même et n'a donc aucun besoin de faire un procès dans les formes ni même d'en faire un, comme le montre l'épisode du prophète Samaritain (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, IV, 1). Vu son respect de l'interlocuteur juif que lui prête Philon, on peut douter d'un dialogue du style tel que l'évangile de Jean le rapporte. Il aurait été nettement plus agressif.

 

Comment alors d'un récit primitif court en est-on arrivé à un dialogue sur la royauté de Jésus. Ici, on se trouve plutôt dans les arguments développés entre 88 et 95 par la communauté chrétienne d'Éphèse face aux autorités lors des poursuites (et non persécutions qui ne commenceront qu'en 250 sous l'empereur Dèce) que mènent Domitien dans la province d'Asie (Turquie actuelle) contre ceux suspects de Judaïsme, tel qu'autorise à le penser les mentions qui sont évoqués dans la partie consacrée aux sept églises d'Asie, en particulier Apocalypse 2, 3, 10, 13, 26-28 ; 3, 4-5, 21). Et on peut même dire que ce dialogue évoque les arguments des chrétiens devant les autorités.

Le magistrat devant lequel allait les chrétiens lorsqu'ils étaient dénoncés était le gouverneur de la province, tel que le montre les Lettres 96 à 97  du Livre X de la Correspondance de Pline le jeune  avec l'empereur Trajan. Celui-ci fut gouverneur de Bithynie de 111 à 113/114, et cette province se situait également en Turquie. Ce dernier leur demandait s'ils étaient chrétiens à trois reprises et s'ils persistaient, ils étaient condamnés du fait de leur entêtement et s'ils étaient citoyens romains, envoyés à Rome. Le dialogue de l'évangile de Jean ressemble donc plutôt au dialogue d'un chrétien avec un gouverneur d'une province d'Asie, où le Christianisme est en plein développement entre le milieu et la fin du Ier siècle.

 

Il faut reconnaître que les Chrétiens poursuivis avait peut-être peu d'arguments, vu que les apologistes n'apparaissent qu'au IIe siècle et que les épîtres de Paul, qui circulait dans l'Orient romain, ne faisaient aucune référence à ce genre de cas. L'évangéliste a probablement voulu mettre dans la bouche de Jésus ce que ce dernier n'avait pas pu ou pas su dire devant les autorités romaines et à travers lui un guide des arguments en faveur de ceux qui comme lui se retrouve devant ces mêmes autorités. Ainsi, les versets 33 à 34, ressemble à la première partie d'un interrogatoire par un gouverneur : " Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : " Tu es le roi des Juifs ? " Jésus répondit : " Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ? " Pilate répondit : " Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi. Qu'as-tu fait ? " " En modifiant certains termes, cela donne ce qui suis pour un interrogé chrétien : " Alors le gouverneur entra dans le prétoire ; il appela un tel et dit : " Tu es un chrétien ? " Il répondit : " Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ? " Le gouverneur répondit : " Est-ce que je suis Juif, moi ? D'autres t'ont livré à moi. Qu'as-tu fait ? " " À la question, on n'est pas invité à répondre à la positive mais plutôt à interroger l'interlocuteur, qui invite le gouverneur à mettre en valeur le fait que Juifs et Chrétiens étaient alors confondus, tel que le montre Suétone dans la Vie de Claude (25, 11) et à lui reposer la question pour qu'il précise une deuxième fois s'il est Chrétien. Ainsi, le Chrétien cherche à se démarquer des Juifs, ce qui sera utile pour les arguments qu'il fournira par la suite. Ici, le texte suit la procédure de Pline le Jeune.

 

Le texte se poursuit comme une réponse à la deuxième demande du gouverneur de province afin de donner une chance à celui qui vient de se déclarer chrétien : " Jésus répondit : " Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n'est pas d'ici. " " Un Chrétien poursuivi ne parlait pas tout de suite du Royaume mais probablement comme Paul de Tarse (Romains 1, 3-4 ; 5, 6-8 ; 1 Corinthiens, 1, 23-24 ; 15, 3-4) , qui fut un des fondateurs de la communauté d'Éphèse, aurait présenter Jésus de cette manière : " Je crois à Jésus Christ, issu de la lignée de David selon la chair, mis en croix (sur dénonciation des Juifs), mort pour nos péchés selon les Écritures, mis au tombeau, ressuscité le troisième jour selon les Écritures, et établi Fils de Dieu avec puissance selon l'Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts, et, pour nous Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu. " Et aurait poursuivi comme dans Jean 18, 36 : " Son royaume n'est pas de ce monde. Si son royaume était de ce monde, des gens auraient combattu pour qu'ils ne soit pas livré aux Juifs. Mais son royaume n'est pas d'ici. " "

D'une certaine manière il tente d'évacuer l'accusation qui est porté contre les Chrétiens, tel que le montre les Annales de Tacite, datant de 120 : " Ce nom leur vient de Christ, que sous le principat de Tibère, le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice ; réprimée sur le moment, cette exécrable superstition faisait de nouveau irruption, non seulement en Judée, berceau du mal, mais encore à Rome, où tout ce qu'il y a d'affreux ou de honteux dans le monde converge et se répand. " En fait, la croyance en un Christ qui a subi la peine de la crucifixion, peine réservée à ceux qui ne sont pas citoyens romains, et appliquée aux brigands et aux pirates, parfois aux prisonniers de guerre et aux condamnés pour motifs politiques, signifient qu'ils sont rebelles, comme le fondateur de leur secte, qui a osé se prétendre roi, d'où la méfiance des autorités. D'où la tentative de désamorcer cela en insistant sur le fait que ce sont les Juifs qui l'ont tué et non les autorités romaines, et le fait que le Royaume de Jésus n'était pas de ce monde et cela en totale contradiction avec les paroles de Jésus sur le Royaume des évangiles synoptiques, par exemple Marc 1, 15 : " Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché : convertissez-vous et croyez à l'Évangile " ; 9, 1 : "  En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance " ; Luc 17, 21 : "  En effet, le Règne de Dieu est parmi vous. " Étrange, non ? Encore plus, si on lit le discours d'adieu de l'évangile de Jean probablement inauthentique (à part certains logia, dont peut être celui-ci sans la mention au monde) : " Comme tu m'as envoyé (dans le monde), je les envoie (dans le monde)." (17, 18.) Si Jésus envoie ses disciples dans le monde, c'est qu'il pense tout comme dans les passages synoptiques, que Dieu va établir son royaume sur terre. Est-ce pour convaincre les autorités romaines que les chrétiens étaient de bons sujets de l'empereur mais aussi passer la censure qui n'aurait pas manqué de le relever ? On peut aussi ici voir un rappel de Marc 12, 17  et de Romains 13, 1 et 5, mais en poussant plus loin le développement de Jésus au sujet d'une différence au sujet des pouvoirs dans la question de l'impôt et du respect de l'autorité recommandé par Paul de Tarse avec non plus seulement une différence mais une nouvelle vision du Royaume, qui sera encore plus développé plus loin.

 

Le gouverneur continue en posant la troisième question de confirmation : " Pilate lui dit : " Donc tu es roi ? " Jésus répondit : " Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. " " Ce qui aurait donné dans le cadre de l'interrogatoire, le cas suivant : " Le gouverneur lui dit : " Donc il est roi ? " Il répondit : " Tu le dis : il est roi. Il n'est né, et il n'est venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute sa voix. " " En lançant le concept de royauté, le gouverneur veut mettre en faute le disciple du Christ, car qui reconnaît une autre autorité que celle de l'empereur risque sa vie, et celui-ci ne le nie pas. Mais développe un concept de royauté un peu inédit à l'époque, celle d'un roi venu " rendre témoignage à la vérité " et non gouverner. Étrange ? Que cela veut-il dire ? D'un point de vue juif, probablement celui de l'auteur de l'évangile, qui avait grandi à l'école de la synagogue, la vérité, ‘emet (terme qui ressort de la traduction grecque de la Septante) signifie soit comme dans la littérature apocalyptique, « la parole de Dieu, la révélation que Jésus vient transmettre à l’humanité » (Ignace de la Potterie, Truth, 70), soit comme dans les textes de Qumran « la Torah révélée, la synthèse de tout ce qui est révélé par la Torah » (Rudolf Schnackenburg, The Fourth Gospel According to Saint John 2, 233, Crossroad, New York, 1990). Donc, celui qui écoute Jésus est un serviteur de la parole de Dieu, qui peut aussi être révélée par la Torah. Cela est un peu osé, c'est une quasi invitation à la conversion du gouverneur.

 

Mais celui-ci pouvait-il comprendre ? Si on lit le verset 38, on peut dire le contraire, tant la réponse de Pilate est révélatrice : " Pilate lui dit : " Qu'est-ce que la vérité ? " Il faut savoir que la vérité,  ajlhvqeiaen grec (traduction d'‘emet dans la Septante), dans la philosophie platonicienne signifie la « la réalité éternelle révélée aux hommes – soit la réalité même, soit la révélation de cette réalité. » (Charles Harold Dodd, The Interpretation of the Fourth Gospel, Cambridge University Press,  Cambridge, 1963, p. 177.) Donc une réalité bien différente de celle de la communauté de Jean, qui était très influencé par le Judaïsme, d'autant plus quand on sait que les écoles de rhétorique et de philosophie était nombreuse à Éphèse, encore renommé pour ses maîtres sophistes. Ceux-ci, qui pouvaient jouer le rôle de conseiller auprès de leur cité, et s'ils se faisaient remarquer par le gouverneur, faire de même auprès de lui et probablement les aider à interroger les Chrétiens. La question de Pilate semble ici refléter la conviction de ces derniers selon laquelle le slogan de l'opinion " A chacun sa vérité " est le meilleur, donc qu'il n' y a pas de vérités absolues, sinon que certaines idées sont plus utiles que d'autres selon les intérêts et les besoins de la majorité et que l'homme se doit donc d'apprendre à les rendre plus puissantes. On comprend donc l'interrogation du gouverneur s'il est conseillé par ces derniers s'il n'y a pas de vérité absolue ce dont les gouverneurs de la fin du Ier siècle, éduqué aussi à la philosophie grecque, en particulier stoïcienne et sceptique, partageaient l'avis.

Donc on peut deviner que le débat entre les sophistes et les Chrétiens au sujet de la vérité se dessine également dans le verset 38 surtout quand on sait que les chrétiens fréquentaient aussi les écoles de rhétorique (Actes 19, 9) et s'y trouvaient confrontés à une élite cultivée, qui explique pourquoi encore sous Constantin les Chrétiens restaient une minorité religieuse bien qu'importante. Est-ce donc aussi la réponse que l'on invite les Chrétiens à donner à ces derniers dans un débat au sujet de la Vérité ? C'est probable surtout quand on voit qu'au IIe siècle le philosophe syrien Lucien de Samosate (v. 120-180), qui semble avoir bien connu les premières communautés chrétiennes de la province d'Asie, a comparé Jésus à un maître sophiste dans La Mort de Peregrinus ? Avait-il lu l'évangile de Jean ou est-ce l'insistance sur la Vérité des Chrétiens Asiates qui lui a fait penser ceci ?

 

Ainsi, comme nous avons pu le voir, ce récit est une création de l'évangéliste afin de fournir dans une période de poursuite judiciaire sous l'empereur Domitien des arguments aux Chrétiens, qui n'avaient pas alors bonne réputation du fait de la circonstance de la mort de son fondateur, peu encourageante pour les autorités, mais aussi contre les élites païennes cultivées avec lesquelles elles débattaient. On pourrait considérer que nous sommes en fait devant l'une des premières apologies chrétiennes.

 

Freyr1978

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Publié le 23 Novembre 2012

Marie et sa famille n'ont-ils aucune influence dans ses débuts d'activités ? Si l'on suit les évangiles synoptiques, on doit répondre par la négative. Mais l'évangile de Jean et celui des Hébreux amènent à relativiser ce point de vue sur lequel sont allés un peu trop hâtivement des auteurs comme Étienne Nodet (Histoire de Jésus ? Nécessité et limites d'une enquête, éditions du Cerf, 2004). Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)Dans un passage de l'évangile des Hébreux, repris par Origène dans son Contre Pélage (3, 2), on apprend que ce sont Marie et ses frères qui conduisent Jésus à aller se faire baptiser : « Jean-Baptiste donne un baptême pour la rémission des péchés ; allons-nous faire baptiser par lui. » Leur situation de petit notable de village leur faisaient-ils penser qu'en se contentant de leur situation, ils participaient eux aussi au péché d'Israël, que marquait l'occupation romaine ? Il ne nous est guère possible de le savoir, mais si l'on suit ce passage, la famille de Jésus a fait partie des disciples ou au moins des sympathisants du Baptiste et ne sont donc pas pour rien dans les débuts de Jésus. Ensuite, si l'on suit Boismard (Synopse des quatre évangiles en français, vol. III, L'évangile de Jean, avec A. Lamouille et G. Rochais, Paris, Édition du Cerf, 1977, Un évangile pré-johannique, vol. I, Jean 1,1-2,12 en 2 tomes avec Arnaud Lamouille, in Études Bibliques, n.s. 17-18, Gabalda, Paris, 1993), dans le récit primitif des Noces de Cana, Jésus était invité à celles-ci avec sa mère et ses frères. Ce miracle, d'après John P. Meier (Un certain juif, Jésus. Les données de l'histoire : vol. 2, La parole et les gestes, 2005) ne serait pas authentique car il est une reprise d'épisodes de la vie de Moïse. Mais tel qu'il est proposé par Boismard (id.), il est tout à fait probable, même si Marie n'y joue pas un rôle actif. Contrairement à la reconstitution de l'évangile des signes de Robert T. Fortna (The Gospel of Signs: A Reconstruction of the Narrative Source Underlying the Fourth Gospel, SNTS Monograph Series, 10, Cambridge University Press,1970), où elle dit aux serviteurs : " Faites tout ce qu'il vous dira. " Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)Dans ce récit primitif, il n'y a pas de dispute avec elle ni le très sec " femme " que lui prête Jean 2, 4, qui serait une création de l'évangéliste qui tout au long de son évangile veut montrer que Jésus reste maître de sa mission (un peu son annonce de crucifixion et de résurrection avant l'heure). Donc Marie et ses frères jouent un rôle actif à ses débuts et croient probablement alors en la mission de celui qui est devenu probablement le chef de famille tel que le suggère le fait qu'ils viennent habiter avec lui dans ce qui sera le centre de sa mission, Capharnaüm, sur le bord du lac de Galilée. Joseph était alors probablement mort, mais aucun autre passage évangélique ne le suggère aussi clairement. On peut même penser, que comme le rapporte Luc 4, 16-30, le séjour de Jésus à Nazareth, ayant précédé cette installation à Capharnaüm, a pu être organisé à l'initiative de la famille de Jésus, au vu de la stupéfaction de la foule, présente à la synagogue, à son sujet (Marc 6, 3). Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)D'après Boismard (Synopse des quatre évangiles en français, vol. II, Commentaire, avec P. Benoit, A. Lamouille et P. Sandevoir, Paris, Éd. du Cerf, 1972 ; L'évangile de Marc. Sa préhistoire,  in Études Bibliques n.s. 26, Gabalda, Paris, 1994) dans le récit primitif, ses compatriotes sont favorables à l'enseignement de Jésus et lui permettent ainsi de lancer son ministère en Galilée. La foule devint hostile lors de la rédaction de l'évangile de Marc entre 64 et 68 pour les raisons que je vais évoqué dans le paragraphe qui suit.
Alors comment de croyante au début de l'évangile de Jean, la famille de Jésus, et au premier titre sa mère, devient-elle incroyante dans le même évangile et les synoptiques (Marc 3, 20-21, 31-35 et parallèle ; Jean 7, 2-9)  ? D'après Pierre Antoine Berheim (Jacques, frère de Jésus, édition Noêsis-Agnès Viénot, 1996), Hyam Macoby (Paul et l'invention du christianisme, Broché, 1987) et James Tabor (La véritable Histoire de Jésus. Une enquête scientifique et historique sur l'homme et sa lignée, Robert laffont, 2007, dont il faut prendre certaines théories avec prudence notamment sur la naissance de Jésus et le rôle de ses frères), il faut d'abord tenir compte du contexte de rédaction. Lorsque les évangiles sont rédigés entre 64 et 95, Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)l'évangile de Marc, dont l'enseignement sur certains points est proche des hellénistes, comme le souligne Étienne Trocmé (L'enfance du christianisme, Hachette, coll. « Pluriel », 1999), et de Jean sont en conflit avec l'église de Jérusalem, qui peut revendiquer la parenté proche de Jésus, le cousin et le frère de Jésus, Syméon et Jude la dirigeant. Pour eux, il convient de montrer que Marie (du moins dans les synoptiques) et les frères de Jésus était en opposition avec lui dès le début de son enseignement. Mais les deux épisodes de Marc et de Jean peuvent être vus dans une perspective différente. Hyam Macoby (id.) a ainsi présenté un manuscrit où l'épisode des épis froissés est expliqué par le fait qu'Hérode Antipas recherche Jésus qui vit alors dans la clandestinité. Il est possible que l'épisode de Marc 3, 20-21, 31-35, puisse être vu dans ce contexte, ce que pourrait confirmer un retour à Capharnaüm en Marc 9, 33. Vu qu'ils sont au courant rapidement, ils sont donc, eux aussi, dans la ville (il faut se souvenir que c'est leur lieu d'habitation). Il est normal que Marie et ses frères qui ne sont pas avec lui  s'inquiètent. Le " Il est hors de sens " de Marc 3, 21 prend donc tout son sens, car au lieu de rester discret, Jésus pourrait se faire repérer et être arrêté. C'est la raison pour laquelle, ils veulent le saisir. Jésus conscient des risques dira des mots très durs au sujet sa famille : " Qui sont ma mère et mes frères ? (...) Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère. " (3, 34-35.) Mais il se montre ici très habile. En n'acceptant qu'une parenté spirituelle, il assure à sa famille de ne pas être poursuivi au cas où.
Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)Il semble, si l'on lit Actes 1, 3 et les évangiles, que contrairement à ce qu'affirme James Tabor (id.), ses frères n'aient pas fait partie des Douze mais formait bien un groupe à part avec Marie, qui semblent avoir eut un rôle. On ne peut le définir exactement, même si en tant que famille royale la mère et les frères de Jésus dû avoir un rôle dirigeant que l'on retrouve dans les Actes des Apôtres. Marie en tant que prophétesse et mère du Messie devait avoir une forte influence sur le groupe, et notamment les disciples que citent l'évangile de Jean et les Actes des Apôtres, Simon Pierre, Jean, André, Philippe et Thomas (qui est d'ailleurs un personnage central des traditions sur la Dormition de Marie), et auprès des femmes qui le suivaient, Marie Madeleine, Marie de Jacques (dans un texte original du passage de Marc, qui pourrait être la femme de son fils, et Salomé, mère de Jacques et Jean, fils de Zébédée (une des raisons de son influence possible sur Jean ?), auprès de qui elle pouvait avoir un rôle qui était équivalent à celui de Jésus. Les compliments ne devaient pas être insolites notamment pour Marie comme le montre Luc 11, 27.
On peut se demander parfois si Marie et les frères de Jésus ne s'impatientait pas de l'inertie de Jésus tout comme les DouzeJean 7, 4 pourrait en être le révélateur, car la demande des frères de Jésus, qui à l'origine se trouvait probablement avec Marie, est identique à celle  des disciples qui veulent se partager les places dans le Royaume, qui à l'origine pour Boismard (id.) aurait été présenté ainsi : " Passe d'ici en Judée afin qu'ils voient les œuvres que tu fais. Nul en effet n'agit en secret et cherche à être en évidence. Si tu fais cela, manifeste-toi au monde. " N'est-ce pas pour cette raison que Jésus, tout comme pour ses disciples, dut mesurer l'enthousiasme de ses frères, tout comme pour ses disciples, en disant : " Le temps n'est pas encore là. " (Jean 7, 6.) Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)Et, aussi, en mettant en valeur le thème des ruptures et des conflits familiaux propres à la tradition biblique, notamment dans le document Q (Luc 12, 53 ; Luc 14, 26, Matthieu 10, 37) : " Car je suis venu diviser fils contre père et fille contre sa mère et belle-fille contre sa belle-mère. " " Celui qui ne hait pas père et mère ne peut pas être mon disciple ; et celui qui ne hait pas fils et fille ne pourra être mon disciple. " Ainsi, il met en valeur que pour entrer dans le Royaume, la famille n'est plus importante, mais le but de la mission de Jésus : la venue du Royaume, qui dans la tradition prophétique, pouvait semer la division au sein du clan. Même si pour Pierre Antoine Berheim (id., Famille et éducation de Jésus, in La bible et sa culture. Jésus et le Nouveau Testament, sous la direction de Michel Quesnel et Philippe Gruson, Desclée de Brouwer, Paris, 2000) ce passage ne serait qu'une reprise des conflits ultérieurs de la communauté primitive. Cependant, malgré ce sacrifice, la récompense promise était grande : " En vérité, je vous le déclare, personne n'aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l'Évangile, sans recevoir au centuple maintenant, en ce temps-ci. "  (Marc 10, 29-30.) D'autant pour sa mère et ses frères, qui, comme nous avons pu le voir le suivait sans réserve. Les espoirs concernant Jésus était très grand au sein de son groupe familial, tel que le laisse à penser le récit des disciples d'Emmaüs, dont on peut penser que le récit provenait des cercles judéo-chrétiens : " et nous, nous espérions qu'il était celui qui allait délivrer Israël. " (Luc 24, 21.)
Et ils ont probablement pris une part non négligeable aux événements de la fête des Tentes  de l'an 29 à la fête de Pâques de l'an 30 où Jésus par ses actions prophétiques (entrée triomphale à Jérusalem, éviction des marchands du Temple) au sein même de Jérusalem tente un coup de poker pour hâter la venue du Royaume en accomplissant les prophéties messianiques. Du moins la connaissance du Cénacle suggère dans Actes 1, 3 que Marie et ses frères étaient présents lors de la Cène, tout comme le fait que les pèlerins d'Emmaüs (qui étaient probablement des proches des frères de Jésus, tel que nous le verrons dans la troisième partie) aient reconnu à la fraction du pain (Luc 24, 30-31), et ont communié avec les Douze. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (2ème partie)Après cet épisode, on ne sait pas si Marie et ses frères étaient avec les autres disciples au jardin de Gethsémani. Il serait plus probable de penser que Jésus ait décidé de ne pas les emmener au cas où l'opération tournerait mal, et qu'il soit resté caché tel que le suggère les Synoptiques, où ce sont les femmes, proche de Marie et des frères de Jésus, qui regardent la crucifixion à distance. L'épisode de Jean est peu probable vu ce que l'on connait de la crucifixion où les troupes romaines qui en était chargé maintenaient un cordon de sécurité qui empêchait de s'approcher des crucifiés même leurs proches. Cependant, un passage de Luc 2, 35 (qui semble avoir été ajouté par l'évangéliste au cantique de Syméon) nous permet de comprendre quel fut la douleur de la mère de Jésus à la perte de son aîné : " et toi-même, un glaive te transpercera l'âme. " D'autant plus, si elle ne put être présente.
Freyr1978

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Publié le 29 Octobre 2012

L'Année de la Foi étant confiée par Benoit XVI à la Marie, la mère de Jésus, j'ai décidé de lui consacrer une série d'article en trois parties qui comme vous pouvez le deviner sera vu du point de vue de l'exégète et de l'historien. Ce qui fait que j'ai peu de chances d'avoir le prix de théologie du Vatican, mais ce n'est pas grave. Et il faut dire qu'entre le Ier siècle et le Ve siècle, Marie devint plus une création dogmatique q'un personnage réel. Ici, nous tenterons d'approcher qui fut vraiment la mère de Jésus et à travers elle son fils.
Les évangiles, écrit entre 64 et 95, ne nous apprennent rien de sûr sur Marie, ceux-ci concernant avant tout Jésus et les récits de l'enfance sont plus récents que l'évangile de Marc. On a sur cette dernière que quelques informations éparses qu'il convient de compléter à l'aide de la Torah et du Talmud et des recherches archéologiques.
 
On apprend dans les évangiles de Luc et de Matthieu que Marie, qui est une cousine de la mère de Jean le Baptiste, Élisabeth, une aaronide, est probablement né et a grandi à Nazareth (Luc 1, 26-27), a une sœur qui portait le même nom (Jean 19, 25), - ce qui indique une récurrence de ce nom au sein de sa famille et son origine galiléenne (Myriam était la sœur de Moïse) ainsi que du contexte de sa naissance au temps d'Hérode Ier le Grand (marah, " amertume ", " rebelle ") -, et Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)est "accordée en mariage" (Matthieu 1, 18) à un homme du nom de Joseph, qui serait descendant du roi d'Israël, David. L'Annonciation et le Magnificat montre aussi que Marie était une personne déterminée, au fort caractère, et que l'évangéliste Luc a su jouer sur l'interprétation en hébreu de son prénom. Ces maigres données peuvent être complétés par la recherche sur le contexte familial au Ier siècle. Les familles juives étaient nombreuses (donc Marie n'a pas eu qu'une sœur), et le mariage, si l'on suit le Talmud, se faisait entre gens du même statut social et de la même tribu (le mariage est clanique). Joseph étant tekton, un artisan, la famille de Marie était probablement du même milieu, donc de petits notables de village, et de la même tribu, donc de la "Maison de David". Elle ne pouvait donc pas être une aaronide, ce serait l'évangéliste Luc qui pour faire un parallèle avec Jean, le Maître de Jésus, créa cette parenté. Il semblerait aussi que la revendication familiale d'une descendance royale prestigieuse est ancienne, mais à prendre avec des pincettes car le titre de " Fils de David ", comme on peut le voir avec l'Iduméen Siméon Bar Goria en vint à désigner tout prétendant au trône d'Israël. Le mariage, comme l'indique Matthieu 1, 18, était un contrat entre les parents, car les futurs mariés étaient jeunes, Joseph devait avoir entre 15 et 18 ans et Marie entre 12 et 15 ans. C'était la famille de la mariée qui négociait la dot que devait verser le fiancé, et le contrat avait valeur d'acte de mariage, dont la cérémonie avait lieu 1 an plus tard afin de permettre aux époux de préparer au mieux leurs conditions de vie de couple.
 
Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)Ce serait au cours de cette période qu'aurait lieu l'Annonciation et que Marie serait devenue enceinte d'après Matthieu 1, 18. L'Annonciation n'est pas un récit authentique. Il est probablement à l'origine un récit d'annonce de naissance calquée sur celui de Samson, dont il reprend le schéma. Cependant, quelques éléments sont intéressants d'un point de vue historique. On y voit que Marie est baigné dans l'atmosphère apocalyptique de la fin de règne d'Hérode, et, aurait peut-être eu un appel prophétique au début de son adolescence sans qu'on puisse dire lequel. Comme Jeanne d'Arc savait-elle communiqué avec son subconscient ? L'affirmation de Matthieu 1, 18 pour R. E. Brown ( The Birth of Messiah : A commentary on the Infancy narratives of Matthew and Luke, The Anchor Yale Bible Reference Library, 1998) est une interpolation à un récit d'annonce à Joseph, calqué sur les midrach concernant la naissance de Moïse, où l'ange apparaissait à celui-ci après que l'on apprennent que Marie était "accordée en mariage" à Joseph. Le récit aurait été modifié après que la conception virginale se soit imposé au sein de la communauté chrétienne. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)Mais ce récit primitif, nous apprend que Joseph était probablement lui aussi à l'écoute de l'Esprit. Peut-on présumer à quel secte appartenait ou sympathisait ces deux jeunes galiléens ? C'est une possibilité. Mais il n'y avait que deux groupes religieux organisés en Galilée à l'époque et comptant de nombreux sympathisants, les Galiléens, disciples de Judas le Galiléen, faction extrémiste du parti pharisien, et les Hassidim, des rabbins charismatiques. La place donné à l'Esprit dans ces deux récits d'annonce fait pencher pour la seconde théorie, de même si on considère que le Magnificat était aussi à l'origine prononcée Marie (Boismard penchait plutôt pour Élisabeth dans une version primitive du récit de la Visitation dans L'évangile de l'enfance (Luc 1 - 2) selon le Proto-Luc, in Etudes religieuses 35, J.Gabalda, Paris, 1997).
 
Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)Ensuite, selon Matthieu 1, 25, Joseph, au bout des un an, semble être venu chercher lui-même sa femme, procédure plus rare, et qui se faisait avec  l'accord des parents. Le mariage était consommé le soir même, contrairement à ce qu'affirme ce même verset 25 qui nous dit : "mais il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus." Pour Raymond Edward Brown  (id.), le début du passage ne figurait pas dans le récit primitif. D'ailleurs Luc 1, 35 ne suggère pas autre chose en ces termes : " L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. " On se suggère pas une conception virginale mais le fait que l'Esprit de Dieu viendra sur elle (c'est l'évangile de Matthieu qui amène plus loin cette opinion), comme sur la tente de la Rencontre dans le désert du Sinaï, et conforte l'hypothèse rapporté plus haut. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)D'ailleurs, d'après François Bovon (L'Evangile selon saint Luc, 1 - 9, Labor et Fides, 1991) , Luc 1, 38  était suivi directement par Luc 2, 6, et semblait indiquer qu'à l'origine Jésus naissait à Nazareth. Les récits de naissance de Matthieu et de Luc seraient des créations des évangélistes ou des communautés primitives destinés à démontrer que dès sa naissance, Jésus va réaliser les promesses des Prophètes, et parfois inspirés de midrach comme celui de Moïse, destiné à montrer que Jésus est un nouveau Moïse ou un nouveau David. La paternité de Joseph ne semble pas d'ailleurs faire de doute du vivant de Jésus, comme le montre la référence au terme " parents " dans Luc 2, 41. Le nom choisi par Marie d'après Luc semble suggérer que cette dernière pensait que la libération d'Israël viendrait de son vivant : Yehoshoua signifie Dieu sauve, et est le nom en hébreu du prophète Josué, qui aurait conquis la Terre promise. Après sa naissance si l'on suit Luc 2, 21-24, Marie et Joseph respecte scrupuleusement les rites juifs concernant celle-ci (circoncision, présentation, et purification de la mère) même si ces procédures ne nécessitait pas d'aller au Temple de Jérusalem. En Galilée même se trouvait des villages de lévites. C'est Luc qui aurait repris probablement des petits sommaires circulant dans les communautés chrétiennes afin d'affirmer la judéité de Jésus entre 50 et 70 pour transformer ce récit en un récit d'annonce du règne messianique par la bouche d'hommes de Dieu.
 
Ensuite, on ne sait rien sur Marie et Jésus à part l'anecdote où Jésus est retrouvé à 12 ans dans le Temple au milieu des docteurs, sinon que probablement que Marie et Joseph eurent une famille nombreuse, comme le confirmerait que dans Luc Jésus est le "premier né" du couple (terme légal, toujours rapporté à côté d'un frère aîné dans la Bible et sans qu'on retrouve une fois la mention de fils unique à côté de Jésus tel qu'on retrouve la mention dans Luc 7, 12, 8, 42, 9, 38 qui fait très bien la différence). Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)Le but d'une famille était alors de pérenniser son nom à travers sa postérité avant tout masculine et de conforter la position de sa famille en mariant bien ses filles, et la présence des frères et des sœurs de Jésus dans l'évangile de Marc et de Jean est donc tout à fait approprié de ce point de vue. En effet, vu que les frères accompagnent Marie dans ces deux évangiles, ils ne peuvent être des cousins qui, eux ont à s'occuper aussi de leurs parents, et des auteurs du Ier siècle, maniant mieux le grec, n'aurait pas commis les erreurs des traducteurs de la Septante (Colossiens 4, 10 utilise le terme approprié d'anepsios au lieu d'adelphos, qui est bien différencié dans Luc 14, 12 et 21, 16 du mot proche en grec, sungenes, et le terme grec adelphé pour sœur dans le Nouveau testament n'y désigne jamais de cousine), tout en sachant que le terme cousin existe aussi en araméen, berdousen ou E bin amo. Le choix de leur nom (Jacques, Joseph, Judas, Simon), comme celui de Jésus, montre une famille empreinte de nationalisme qui s'exprime à travers un respect scrupuleux de la religion juive afin de se démarquer de l'hellénisme qui se trouvait dans les cités construites par Hérode le Grand et Hérode Antipas en Galilée, dont la ville proche de Sepphoris. Si le Magnificat (qui est une composition des premières communautés chrétiennes ou de l'évangéliste Luc) est à l'image des sentiments de Marie à l'époque, cela recoupe cette vision des choses et montre que celle-ci ressemblait bien aux Galiléens de l'époque, très fervents et nationalistes.
 
Il convient dans ce cas de se poser, à la lecture des évangiles et des coutumes juives de l'époque, la question d'une influence de Marie sur l'éducation de Jésus ? Si l'on suit les coutumes juives, on peut penser le contraire. Que sait-on de Marie, la mère de Jésus ? (1ère partie)La place de la femme était réservée aux travaux domestiques car la société juive était patriarcale : cuisine, lessive, ménage, filer et tisser les étoffes, faire la farine et préparer le pain, aller chercher l'eau au puits ou à la fontaine. Et elle élevait principalement les filles, car c'était l'homme qui était chargé de l'éducation des garçons et de lui apprendre un métier, selon les recommandations des rabbins (c'est probablement de lui que Jésus doit son métier de tekton). Cependant, la carrière de Jésus peut amener à relativiser ces points. Si comme le pense, Daniel Marguerat (L'Aube du Christianisme, Labord et Fides, Bayard, Genève, Paris, 2008) et François Bovon (Sur les traces de Jésus, documentaire BBC), la ville voisine de Sepphoris exerçait une grande inflence sur son aire locale, il se peut que Marie ait eu à s'occuper des enfants plus souvent, si Joseph devait y exercer son métier, et expliquerait peut-être une telle présence des femmes autour de Jésus. Mais si l'on suit le récit de Luc 2, 41-51, où sa famille le retrouve au Temple au milieu des docteurs, elle et son mari semble ignorer que leur fils soit invité à un grand destin. D'ailleurs, dans le Magnificat, qui suit l'Annonciation, il n'y a aucune allusion directe à Jésus ou au Messie.  Il faut dire si l'on suit l'évangile de Marc, Jésus et sa famille ne semblent guère s'être démarqué des habitants de leur village : " N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de Josès, de Jude et de Simon ? et ses sœurs ne sont-elles pas ici, chez nous ? " (6, 3.) Et ce jusqu'à ce qu'il ait atteint environ 30 ans (dans les faits 33 ou 34 ans), d'après l'évangile de Luc.
Freyr1978

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Publié le 28 Mai 2012

Le récit de la Pentecôte d'Actes 2 est l'un des plus connus, avec de forts symboles tel les langues de feu qui descendent sur les disciples de Jésus. Cependant, la Pentecôte juive (Chavouot) n'était pas celle qui aura cours au temps des rabbins. Et il faut en tenir compte dans le récit de Luc.
 
Au verset 1, les disciples se trouvent réunis probablement pas au Cénacle trop petit (d'ailleurs le texte utilise le terme la « maison où il s'était réuni » au verset 2). Pourquoi ? La question mérite d'être posée. La réponse peut se trouver dans la pratique de certains groupes marginaux au cours de cette fête, notamment grâce aux manuscrits de Qumran. Chez les esséniens on accueillait ce jour – là les nouveaux membres dans la communauté, on les faisait entrer dans l'Alliance (1 QS 1, 21 -11, 18). Il est possible que les autres groupes messianiques faisaient de même, dont les baptistes dont était originaire les baptistes. On sait, en effet, que les sabéens, un groupe baptiste samaritain, fêtait la Pentecôte le même jour que les nazoréens. Il faut se rappeler que dans le récit d'Actes 1, 26, les disciples on accueillit un nouveau membre, Matthias, parmi les Douze. Toutefois, on n'est plus très sur aujourd'hui que ce fut pour remplacer Judas, mais peut – être plutôt pour remplacer Simon Pierre, qui serait devenu le vizir du régent Jacques, frère de Jésus, un poste qui demandait plus de travail que celui de messager et missionnaire, le rôle des Douze dans l'évangile. Celui – ci est d'ailleurs sont probablement présents, car les « frères » et « Marie, mère de Jésus » (Actes 1, 14) sont présents, ce qui est normal vu leur importance.
Une Pentecôte, moins éclatante ?Si l'on suit ce que l'on sait aujourd'hui de la Pentecôte, le récit était probablement plus court comme le suggère certains exégètes et ne contenait pas l'intégralité des versets 1 à 4. Il devait commencer ainsi : « Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Tout à coup il y eut un bruit (qui venait du ciel comme le souffle d'un violent coup de vent) ». J'ai mis le verset 2a entre parenthèse car certains exégètes, comme Marie – Émile Boismard, pensent que c'est le tonnerre qui avait attiré l'intention de la foule, alors que pour d'autres c'est du bruit venant de la maison. Les disciples auraient-ils bougés les meubles pour accueillir les membres les plus importants du groupe pour accueillir celui qui tiendra dorénavant un rôle important dans les Douze ? Possible. Ce brouhaha venu du ciel ou de la maison finit par attirer non pas des pèlerins, mais des Juifs de la Diaspora qui résidaient dans la ville, tel ceux que l'on voit dans Actes 6, 9 : « des gens de la synagogue dite des Affranchis, avec des Cyrénéens et des Alexandrins, des gens de Cilicie et d'Asie », et parmi lesquels se sont recrutés le groupe Hellénistes. Est – ce jour là qu'ils se sont convertis ? On ne peut le savoir car on ne parle d'eux qu'en Actes 6, 1, mais peut – être certains des Sept. On voit ici le caractère marginal de cette célébration car ce ne sont pas des Juifs de la Diaspora venu pour le troisième plus important pèlerinage à Jérusalem, mais bien des habitants. Ce qui est probablement le cas car c'était les règles rabbiniques qui prévalait et elle ne correspondait pas à celle des nazoréens.
Il ne faut pas s'étonner si les disciples parlent les langues cités dans le récit : « Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye cyrénaïque, ceux de Rome en résidence ici, tous, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu. » (Actes 2, 9 – 11) Ils ont originaires de Galilée, de profession commerciale ou artisanale, où il fallait savoir manier le grec, l'araméen et l'hébreu. Donc chacun pouvait comprendre ce qu'ils disaient. Ici, c'est probablement la réputation d'inculte des Galiléens qui jouent contre eux (Actes 2, 12). L'archéologie, elle, est plus indulgente, même pour ceux de la Haute Galilée.
 Une Pentecôte, moins éclatante ?
C'est Pierre qui s'exprime, après tout, en tant que second de Jacques. Il est légitimement le porte – parole et non le chef du groupe, ce qu'il était déjà du temps de Jésus dans le groupe des Douze. Il se peut aussi que Jacques était moins à l'aise. Cet attroupement a pu encourager les disciples à sortir de la clandestinité dans laquelle il était depuis la mort de Jésus (qui serait probablement entre 2 et 3 ans et non 40 jours, temps insuffisant pour rassembler le groupe dispersé), d'autant que les légions romaines présentes habituellement aux fêtes juives ne sont pas là du fait que car leur Pentecôte ne se célébrait pas au jour habituel. De plus, tel que le montre le livre des Jubilés (6,17 – 19), écrit vers 100 avant J. – C., et les Manuscrits de Qumran, c'était une fête tourné autour de l'alliance de Dieu avec son peuple. Pour le Deutéronome, il existe une équivalence entre « observer l'alliance » et « garder le serment» (7, 8). De plus, le mot hébreu signifiant : les semaines (Chavouot) est très proche du mot signifiant : les serments (Chevouot). Selon le livre des Jubilés, Noé avait le premier à célébrer cette fête de l'Alliance (l'allusion des Juifs de la Diaspora est significative), et il son exemple les patriarches, Abraham, Isaac et Jacob. Oubliée des hommes, l'ange révèle de nouveau l'Alliance à Moïse (voir Exode 24,1-11) : « Il a été ordonné et écrit sur les tablettes du ciel qu'on doit célébrer la fête des Semaines en ce mois une fois par an pour renouveler l'Alliance chaque année » (Jubilés 6,17). C'est en ce jour qu'ont eu lieu les grands événements de l'histoire : l'alliance avec Abraham parmi les animaux partagés, la promesse de la naissance d'Isaac, la naissance d'Isaac, l'alliance avec Jacob. L'Alliance du Sinaï a eu lieu aussi ce jour-là. Mais pour les Esséniens ce qui importe c'est le renouvellement annuel de l'Alliance, plus que la conclusion de l'Alliance au pied du Sinaï, car ce n'est pas un souvenir du passé de la force de l'Alliance de Dieu avec son peuple.
L'annonce de la Résurrection de Jésus ne montre – t – elle pas que Dieu n'a pas abandonné son alliance, même qu'en Jésus il la renouvelle. N'est –il pas venu « accomplir la Loi » (Matthieu 5, 17) ? La fête de Pentecôte s'y prêtait très bien car elle était devenue à partir l'exil à Babylone, une attente de la libération définitive, de l'Exode définitif, de l'Alliance définitive, de la Pâque définitive, de la Pentecôte définitive. Jésus semble ici devenir le centre de la fête qui devient annonce de la libération d'Israël à travers sa Résurrection, Jésus ouvrant ainsi la voie à la libération d'Israël était le premier ressuscité. Une Pentecôte, moins éclatante ?Ce qui s'exprime à travers un kérygme primitif sans doute très court (qui était sans doute celui cité par toutes la communauté primitive d'après les exégètes), cité par Pierre : « Hommes israélites, écoutez ces paroles : Jésus le Nazaréen, homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous-mêmes vous le savez, ayant été livré par le conseil défini et par la pré connaissance de Dieu — lui, vous l'avez cloué à une croix et vous l'avez fait périr par la main d'hommes iniques, lequel Dieu a ressuscité, ayant délié les douleurs de la mort, puisqu'il n'était pas possible qu'il fût retenu par elle. (...) Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité, ce dont nous, nous sommes tous témoins. (...) Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé, en rémission des péchés; et vous recevrez le don du Saint Esprit.» (Actes 2, 14 – 36, 38 – 39.) Impressionné, la foule se serait converti au nombre de 3 000 (Actes 2, 41), pourtant, si on lit les autres récits, les conversions furent progressives et nombreuses réellement qu'à partir d'Actes 6 où apparaît la contestation avec les Hellénistes. Une anticipation de leur conversion ? Possible.
 
C'est Luc qui par la suite retravaille le récit dans les années 80 – 90. Venant d'un milieu synagogal, il n'aurait pas compris pas pourquoi ce récit court ne mettait pas en valeur la fête de la Pentecôte, tel qu'elle se célébrait à la synagogue, une fête du don de la loi. Ce dernier ne savait évidemment pas que les rabbins avaient modifié la fête à partir de la chute du Temple en 70, car ça signifiait la fin de la fête des prémices (premiers fruits de la terre) qui étaient offert dans le sanctuaire d'Israël. Luc la centre donc sur l'étude de la torah, que l'on lisait pendant la première nuit de fête, d'où la mise en valeur des versets 1 à 4. L'épisode des langues de feu des versets 3-4 en est une allusion évidente car les rabbins disaient que le Torah était un feu et le Talmud est, ainsi, émaillé de récit d'hommes sur qui chutait des langues de feu ou qui était brûlant du feu de la Torah. Et augmente la portée apocalyptique du récit en utilisant la prophétie de Joël, où l'esprit devient annonciateur du salut, de la libération : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, vos jeunes gens auront des visions. Même sur les serviteurs et les servantes, en ce temps-là, je répandrai mon Esprit. » (3, 1 – 2.) Un beau travail augmentant le feu du récit primitif en le faisant monter en puissance. Probablement le but de son auteur.
freyr1978

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Publié le 3 Avril 2012

Les lectures de l’évangile du Dimanche des Rameaux concernaient l’épisode de l’entrée de Jésus à Jérusalem et de la Passion de Jésus selon Marc :

« Quand ils approchent de Jérusalem, en vue de Bethphagé et de Béthanie, près du mont des Oliviers, il envoie deux de ses disciples, en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous, et aussitôt, en y pénétrant, vous trouverez, à l'attache, un ânon que personne au monde n'a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Et si quelqu'un vous dit : "Que faites-vous là ?" dites : "Le Seigneur en a besoin et aussitôt il va le renvoyer ici. " »

Ils partirent et trouvèrent un ânon à l'attache près d'une porte, dehors, sur la rue, et ils le détachent. Quelques-uns de ceux qui se tenaient là leur dirent : « Qu'avez-vous à détacher cet ânon ? » Ils dirent comme Jésus leur avait dit, et on les laissa faire. Ils amènent l'ânon à Jésus et ils mettent sur lui leurs manteaux et il s'assit dessus. Et beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d'autres, des jonchées de verdure qu'ils coupaient dans les champs. Et ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Royaume qui vient, de notre père David ! Hosanna au plus haut des cieux ! »

Il entra à Jérusalem dans le Temple et, après avoir tout regardé autour de lui, comme il était déjà tard, il sortit pour aller à Béthanie avec les Douze.

La Pâque et les Azymes allaient avoir lieu dans deux jours, et les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer. Car ils se disaient : « Pas en pleine fête, de peur qu'il n'y ait du tumulte parmi le peuple. »

Comme il se trouvait à Béthanie, chez Simon le lépreux, alors qu'il était à table, une femme vint, avec un flacon d'albâtre contenant un nard pur, de grand prix. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête. Or il y en eut qui s'indignèrent entre eux : " A quoi bon ce gaspillage de parfum ? Ce parfum pouvait être vendu plus de trois cents deniers et donné aux pauvres. " Et ils la rudoyaient. Mais Jésus dit : " Laissez-la ; pourquoi la tracassez-vous ? C'est une bonne œuvre qu'elle a accomplie sur moi. Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. Elle a fait ce qui était en son pouvoir : d'avance elle a parfumé mon corps pour l'ensevelissement. En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l'Évangile, au monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu'elle vient de faire. "

Judas Iscariote, l'un des Douze, s'en alla auprès des grands prêtres pour le leur livrer. A cette nouvelle ils se réjouirent et ils promirent de lui donner de l'argent. Et il cherchait une occasion favorable pour le livrer. »(Marc 11, 1 – 11 ; 14, 1 – 11.)

D’abord, comme vous pouvez le voir, nous allons étudier dans les passages que j’ai choisi les raisons de l’arrestation de Jésus, je laisserai les passages concernait de la Passion selon Marc que je n’évoque pas ici pour les Jeudi et Vendredi Saint.

 
Bonne fête des rameaux à tous et à toutes !!!L'épisode de l'entrée de Jésus à Jérusalem, qui ouvre la célébration, n'eut probablement pas lieu de lors de la fête de Pâque, comme on le croit aujourd'hui, mais plutôt lors d'une autre grande fête de pèlerinage juive, la fête des Tentes, comme le suggère Marie – Émile Boismard, car elle se déroule en automne, période expliquant la présence de branchages et est l'objet d'une prophétie de Zacharie 14 où cette fête joue un grand rôle. Et elle fut extrêmement bien préparée par Jésus, au point que certains de ses disciples dans le récit ne sont pas au courant, suggérant qu'il n'a averti que les très proches, les 12, ses frères et les femmes qui l'accompagnaient de ce qu'il allait faire.
Jésus avant de rentrer à Jérusalem, entre les villes de Bethphagé et de Béthanie, Jésus envoie deux disciples, qui ne sont pas désignés, pour aller chercher un ânon attaché à la porte d'une maison dans un des villages, qui pour l'évangile de Matthieu et de Luc serait le premier. Jésus a probablement des partisans dans ce village de prêtres qui, probablement comme lui, souhaite une réforme du culte du Temple, et peut expliquer la prudence de ses propriétaires qui pourraient être catalogués comme partisan de Jésus, d'où le fait que si on leur pose la question, ils doivent dire : « Le Maître en a besoin. » Le mouvement de Jésus, comme tout mouvement contestant le pouvoir romain, agit donc dans la clandestinité notamment lors des tensions qui pouvaient monter lors des fêtes de pèlerinage.
Les disciples procèdent, comme leur indique Jésus, et ramène l'ânon.
 
Ensuite, suit un épisode qui n'a pas toujours été très bien compris. « Ils mettent sur lui (l'ânon) leur manteau, il (Jésus) s'assit dessus. Et beaucoup étendirent leur manteau sur leur chemin, et d'autres des branches qu'ils coupèrent dans les chants ; et ceux qui marchaient devant criaient : « Hosanna, Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, le Règne de David, notre père ! Hosanna dans les lieux très Hauts ! » Bonne fête des rameaux à tous et à toutes !!!Il faut savoir que c'était de cette manière que les pèlerins étaient accueillis à Jérusalem lors de la fête des Tentes : on chantait des psaumes, en particulier celui du « Hallel », joints aux cris « Hosanna » (« Aide –nous ») et au déploiement de branches, qui étaient de palmiers (Jean 12, 13), servant aussi lors des processions autour des autels, ce qui pourrait suggérer, comme le montre la suite de récit, un passage directement au Temple. On comprend donc pourquoi les soldats romains n'on pas réagi et pourquoi ce sera l'événement du Temple qui sera à l'origine de sa mort.
Mais la signification de cet événement est plus significative par les choix mêmes de Jésus : Le Royaume de Cieux est arrivé et il se manifestera par l'accomplissement des prophéties de Zacharie. Il choisit pour cette entrée la fête des Tentes en référence à Zacharie 14, où le jour de Dieu aura lieu lors de cette fête. Le choix de l'ânon est aussi significatif car il accomplit Zacharie 9, 9 : « Exulte avec force, fille de Sion! Crie de joie, fille de Jérusalem! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d'une ânesse. » Et il suggère aussi une prétention à la royauté sur Israël par le choix de l'âne, monture des rois d'Israël lorsqu'il était intronisé entré pour la première fois à Jérusalem, à l'exemple du roi Salomon, par la porte Orientale, lieu où la tradition chrétienne situe l'événement. Cette même prétention est aussi suggérée par les branches de palmiers, qui servaient à accueillir les rois et les personnages de haut rang, et une allusion que l'on trouve dans le hallel : «! Béni soit le Règne qui vient, le Règne de David, notre père ! », qui implique une restauration de la royauté sur Israël, mais prononcée en araméen ou en hébreu était peu compréhensible des soldats romains chargés de la surveillance de la porte.
Est – ce Jésus qui a décidé d'enlever toute ambigüité à son geste ou les disciples de Judas le Galiléen (les spécialistes donnent les noms de Simon le Zélote, Judas Iscariote, Simon Pierre et André Bar Jona, les Boanergès, Jacques et Jean, fils de Zébédée, et Thaddée) l'ayant rejoint qui en furent à l'origine ? Si l'on suit l'évangile de Luc, Jésus aurait bien décidé d'accomplir ce geste, tel que le montre la réponse qu'il adresse aux Pharisiens, probablement inquiets des conséquences de cet acte à un moment où il suffisait de peu pour lancer une émeute et du fait que les grands prêtres, eux, comprendront la signification de celui - ci : « Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront. » (19, 40).
 
Jésus, ici, ne recule plus. Il est prêt à accomplir la prophétie de Zacharie 14 qui s'achèvera par l'intervention de Dieu au Mont des Oliviers qui libérera, d'après Jésus, tous les peuples de la tyrannie. Mais il est possible qu'il est choisi seulement le moment significatif de la Pâque, symbole de la libération d'Israël, pour accomplir la prophétie dans sa totalité. Mais dès cette entrée, il met au défi les grands prêtres de l'arrêter avant qu'il ne soit dépassé par les événements, surtout après l'expulsion des vendeurs du Temple, et que le préfet de Judée, Ponce Pilate n'intervienne de façon violente tel qu'il l'a fait notamment à deux reprises.
Pire, deux avant la fête de Pâque, alors qu'il est à Béthanie, qu'on peut considérer comme la base de Jésus en Judée, chez Simon le Lépreux (et d'après l'évangile de Jean, en présence de très proches, le réanimé Lazare et ses deux soeurs, Marthe et Marie), une femme (probablement aisée) verse du parfum de nard pur, très cher, sur la tête de Jésus. Bonne fête des rameaux à tous et à toutes !!!Le geste parle de lui - même, elle oint Jésus comme Messie d'Israël. Geste préparé ou non, il inquiète les disciples qui rétorque : « A quoi bon ce gaspillage de parfum ? Ce parfum pouvait être vendu plus de trois cents deniers et donné aux pauvres. » Mais dans la réalité, ce ne sont pas les pauvres qui entre en jeu, c'est bien le geste qui risque d'arriver aux oreilles du Grand prêtre et du préfet Pilate. Mais Jésus est maintenant décidé et met en valeur le geste de cette femme : « Laissez-la ; pourquoi la tracassez-vous ? C'est une bonne œuvre qu'elle a accomplie sur moi. » En effet, son entrée, suggérait l'intronisation d'un roi, qui est maintenant sacré, et qu'il va accomplir la prophétie de Zacharie 14 à Pâque.
Les Grands prêtres savent que Pilate ne laissera pas passer ce geste ci après l'expulsion des vendeurs du Temple.  Comme le suggère dans l'évangile de Jean, Joseph Caïphe, le grand – prêtre, bien conscient des risques que fait courir lors des fêtes Jésus, notamment s'il est repris par les disciples de Judas le Galiléen et se retrouve dépassé par les événements, il est donc de leur intérêt « qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. » Pour cela, il ne faudra pas agir « en pleine fête, de peur qu'il n'y ait du tumulte parmi le peuple. » Les risques d'émeutes et de profit des événements par les disciples de Judas le Galiléen était trop grand. La raison de la recherche d'un complicité d'un proche ? Judas iscariote, qui semble voir été un très proche, aurait, après l'événement de l'onction de Béthanie sans qu'on en explique, la raison proposé ses services aux grands prêtres. Mais dans la réalité, il aurait livré Jésus seulement le soir même comme l'indique une allusion qui a lieu au cours de l'annonce de la trahison de Jésus. Raison pour laquelle, je ne pousserai pas plus loin ici. Mais plutôt Jeudi.
La mort de Jésus n'est donc pas due à l'égoïsme de quelques uns mais bien à des raisons plus pragmatiques, surtout si l'on voit ce qui est arrivé en Judée en 66.

 

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Publié le 29 Mars 2012

La lecture de l’évangile du dimanche 25 mars est la dernière tiré de l’évangile de Jean, et se situe après l’entrée de Jésus à Jérusalem (12, 14 – 19) :

« Il y avait quelques Grecs qui étaient montés pour adorer à l'occasion de la fête. Ils s'adressèrent à Philippe qui était de Bethsaïde de Galilée et ils lui firent cette demande : « Seigneur, nous voudrions voir Jésus. » Philippe alla le dire à André et ensemble ils le dirent à Jésus. Jésus leur répondit en ces termes :

« Elle est venue, l'heure où le Fils de l'homme doit être glorifié.

En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance.

Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui cesse de s'y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle.

Si quelqu'un veut me servir, qu'il se mette à ma suite, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, le Père l'honorera.

« Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c'est précisément pour cette heure que je suis venu.

Père, glorifie ton nom. »

Alors, une voix vint du ciel : « Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore. »

La foule qui se trouvait là et qui avait entendu disait que c'était le tonnerre ; d'autres disaient qu'un ange lui avait parlé. Jésus reprit la parole : « Ce n'est pas pour moi que cette voix a retenti, mais bien pour vous. C'est maintenant le jugement de ce monde, maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors. Pour moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes. »-Par ces paroles, il indiquait de quel mort il allait mourir. » (Jean 12, 20 – 33.)

Le récit à l’origine, comme le démontre Marie – Émile Boismard, devait suivre l’expulsion des vendeurs du Temple, car son contexte se déroulerait très bien lors de la fête des Tentes, fête importante de pèlerinage et que les Nations de la Terre viendront célébrer à la fin des Temps dans la prophétie de Zacharie 14. La raison pour laquelle Jean rapporte cet épisode.

Mais qui sont les Grecs dont on parle ici ?

 

Il y a trois solutions possibles. Des Juifs de langue grecque, venant de la Diaspora, tel les Hellénistes du chapitre 6 des Actes des Apôtres, parmi lesquels ont été recrutés les 7 diacres (certains ont même était jusqu’à penser que c’était eux). Ou des prosélytes, c’est – à – dire des païens convertis, peut – être à la recherche d’un maître comme celui qui chercha l’enseignement de rabbi Hillel et rabbi Schammai dans le Talmud. Des craignants – Dieu, c’est – à – dire des sympathisants païens du Judaïsme qui ne se sont pas convertis du fait des règles contraignantes de cette religion (les 613 commandements sont significatifs).

Ils se trouvent probablement sur le parvis des Gentils lorsqu’ils rencontrent l’apôtre Philippe. Ils s’adressent à lui probablement parce qu’ils parlent grec, ce que met en valeur qu’il « était de Bethsaïde de Galilée », ville de pêcheurs de la tétrarchie d’Hérode Philippe, la plus hellénisée de la Palestine, ce que démontre son nom d’origine grec. Leur adresse est en fait une demande la suivante : « Seigneur, nous voudrions voir Jésus. ». Comme le montre Geza Vermes, le mot Seigneur ici n’a pas un usage religieux, c’est une marque de respect, qui correspond à « Monsieur » ou « Monseigneur » en ancien français. Et le fait de voir ne signifie pas seulement de la curiosité, ces Grecs veulent probablement voir Jésus pour recevoir son enseignement. Ici, la piste du prosélyte pourrait l’emporter.

Philippeva le dire à André, originaire de la même ville, et qui depuis sa vocation, forme un binôme avec lui. Et ils vont alors transmettre la demande à Jésus.

Ici, on s’attendrait à une réponse de Jésus telle que celle qui se trouve dans tous les évangiles synoptiques : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. » (Matthieu 15, 24), « … aussi, je vous le dis, beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux » (Matthieu 8, 11). En effet, d’après Zacharie 14, ce n’est pas le Messie qui convertira les Païens mais ce seront ces derniers qui viendront d’eux – mêmes adorer Dieu à la fin des Temps à Jérusalem. Pour cela, il fallait d’abord que Jérusalem soit purifié pour accueillir Dieu, d’où peut – être l’épisode de l’expulsion des vendeurs du Temple qui figurait à l’origine à sa suite.

 

Mais Jésus n’agit pas de cette manière et, des versets 20 à 26, enchaîne une série de logia, dont aucune ne répond réellement à la question posée par les « Grecs ». C’est probablement une construction soit œuvre de l’évangéliste ou de sa communauté à partir de différents logia, tel que l’a fait remarquer Charles Harold Dodd.

 

Le premier logion sur le Fils de l’homme pour ce dernier ne serait pas authentique, mais c’est oublier que la mention de Fils de l’homme y est rare, et que dans le judaïsme la glorification du Fils de l’homme signifiait simplement sa manifestation. Jésus s’y désigne – t – il, désigne – t – il le juge suprême de Daniel 7, désigne – t – il la communauté restaurée d’Israël ? On ne peut le savoir car le logion ne se situe plus dans son contexte original.

Le deuxième logion, celui du grain de blé, est, pour Charles Harold Dodd authentique, du fait essentiellement de sa proximité avec les paraboles des évangiles synoptiques, notamment avec celle de la graine de moutarde. Si on enlève les ajouts qui sont probablement l’œuvre de l’évangéliste et non de la communauté qui l’avait conservé, la parabole originale serait la suivante : « … si le grain de blé qui tombe en terre meurt, il porte du fruit en abondance. » Et signifierait soit, par la croissance, que le Royaume de Dieu s’établira progressivement sous l’impulsion divine, soit par le contraste que le Royaume de Dieu viendra subitement et de manière « catastrophique ».

Le troisième logion, qui, pour Dodd, dans la forme courte de l’évangile de Jean serait plus authentique, a son équivalent dans les évangiles synoptiques en Marc 8, 35 par exemple : « Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile la sauvera. » Jésus fait remarquer probablement à ses disciples que la recherche du Royaume de Dieu n’est pas une chose aisée et que si on veut y parvenir, il faut être prêt à tout sacrifier à son image. Ce logion aurait plus sa place dans la longue séquence de Marc 8, 34 – 9, 1, où Jésus prépare ses disciples au pèlerinage à Jérusalem.

Le dernier logion est peut – être si l’on suit Dodd, la fusion de deux logia autrefois indépendant, ce que démontrerait leur équivalent synoptique. « Si quelqu'un veut me servir, qu'il se mette à ma suite » a son équivalent en Matthieu 16, 24 : «Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. » D’après Dodd, si on suit la ligne des évangiles synoptiques, Jésus aurait donc demandé à ses futurs disciples : « Si quelqu’un veut m’accompagner dans mes voyages, il doit me ‘‘ suivre ’’ » Mais « Si quelqu'un veut me servir » est aussi un équivalent de « Si quelqu'un veut venir après moi », il vaut mieux choisir le sens où le disciple suit le maître, donc dans les deux cas, Jésus invite ses futurs disciples ou disciples à tout abandonner pour suivre son enseignement. L’autre logion : « Si quelqu'un me sert, le Père l'honorera », d’après Dodd, aurait son équivalent en Matthieu 10, 32 : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, je me déclarerai moi aussi pour lui devant mon Père qui est aux cieux ». Dans les deux cas la fidélité des disciples de Jésus envers leur Maître leur sera comptée auprès du Père.

 

Il semblerait que ce soit l’évangéliste qui ait repris ces différents logia, conservés dans la communauté, afin de les réunir dans une intention théologique. D’abord, en mettant le logion sur la « glorification » qui signifie dans l’évangile l’élévation de Jésus sur la croix. Puis, en modifiant, la parabole du grain blé en y ajoutant « ne meurt pas, il reste seul », qui ne met plus en valeur la croissance ou le contraste, mais la mort de Jésus qui permettra la conversion de nombreuses personnes. Le logion sur la « vie » est une invitation à suivre Jésus dans le martyr pour avoir la « vie éternelle », tout comme celui sur le « service » qui est une invitation non plus à se mettre à la formation du Christ, mais à le suivre jusqu’à la mort, et Dieu donnera récompense à ceux qui l’auront choisi, et le logion « … et là où je suis, là aussi sera mon serviteur » aurait pu être ajouté à ce dessein. Dans ces logia sonnent l’idée d’une communauté persécutée et expulsée des synagogues, celle d’Éphèse probablement entre 88 et 95, à qui l’évangéliste invite à suivre l’exemple du Christ.

 

Au point même qu’il reprend probablement des versets 26 à 28 la scène de la prière à Gethsémani tel qu’elle devait figuré dans la tradition de la communauté de Jean et qui figurait probablement avant le récit d’arrestation de Jésus, comme dans les évangiles synoptiques. On peut voir une proximité avec la source de l’évangile de Luc, où une voix venue du Ciel remplace l’ange. Il aurait rajouté la mention des versets 29, où l’on voit la foule, pour faire peut – être comme lors du baptême de cet événement une scène de témoignage, et les versets 30, où Jésus explique les raisons de cette voix avec le logion du verset 31 : « C'est maintenant le jugement de ce monde, maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors. » Celui – ci pourrait être authentique car il est bien dans l’esprit de Zacharie 14 car Jésus, qui vient d’expulser les marchands du Temple, y voit le signe de la venue du Royaume, qui mettra à bas le prince de ce monde, qui dans la communauté de Jean, désignait l’empereur de Rome. Pour Boismard, ce logion aurait été la seule réponse de Jésus aux Grecs et aurait terminé le récit original, ce qui toutefois est difficile à démontrer.

Dans le verset 32, probablement l’œuvre de l’évangéliste, car c’est une reprise du thème du serpent d’airain qui est comme un doublon, où Jésus, au lieu de parler de l’élévation comme une exaltation, une manifestation, en parle plutôt dans le sens de la crucifixion, et que dans la vision de la communauté qui a écrit l’évangile, c’est cette dernière qui a sauvé l’humanité. Ce que démontre la précision qu’apporte au verset 33 l’évangéliste qui s’adresse aussi à un public plus divers qui ne connaissait pas toujours la théologie de la communauté johannite.

 

Ce texte à l’origine probablement plus court et porté sur la réalisation des prophéties messianiques, notamment après l’expulsion des marchands du Temple, fut profondément remanié par l’évangile en y adjoignant des logia de Jésus, conservés dans la communauté, dans une perspective difficile celle des persécutions et des expulsions des synagogues dont furent victimes la communauté entre 88 et 95, afin, par l’exemple du Christ de redonner du courage à la communauté semble – t – il fortement éprouvée.

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Publié le 19 Mars 2012

La lecture de l’évangile du dimanche 18 mars est tiré de l’évangile de Jean, qui sera lu encore les deux dimanche suivant, et se situe lors de la rencontre entre Jésus et Nicodème (3, 1 – 36) :

 

« Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l'homme soit élevé

afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle.

Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Qui croit en lui n'est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Et le jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré l'obscurité à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises.

En effet, quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de crainte que ses œuvres ne soient démasquées.

Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu. » (Jean 3, 14 – 21.)

 

Á l’origine, le récit de la rencontre avec Nicodème, d’où sort ce long passage, s’arrêtait dans le récit primitif au verset 10 : « Tu es maître en Israël et tu n'as pas la connaissance de ces choses ! » Á partir du verset 11, l’évangéliste Jean nous donne un bon aspect de la théologie et de la mystique qui avait cours dans sa communauté. Ici, cet ensemble en fait de trois séries de logia, un sur le serpent d’airain, le second sur le « Fils », et le troisième sur la lumière et les ténèbres, le démontre et ont été probablement réunit par l’évangéliste à partir d’un logion qui a peut – être authentique.

 

Le premier logion pourrait être un logion authentique de Jésus, car c’est un des rares où Jésus est désigné par le titre « Fils de l'homme » et on y utilise la comparaison, souvent utilisé par les rabbins, que l’on retrouve également dans les évangiles synoptiques. C’est une allusion au serpent d’airain (Nombres 21, 6 – 9) que Dieu aurait fait faire par Moïse pour guérir le peuple hébreu dans le désert, victime de serpent venimeux (« brûlants ») qu’il avait envoyé encore une fois pour les punir. Des enfants assez difficiles, non ? Mais dans la réalité, ce récit a probablement vu le jour pour expliquer la présence de culte cananéen à Jérusalem, probablement de guérison qui attirait des fidèles en pèlerinage, jusqu’à ce que le serpent, nommé dans 2 Rois 18, 4, Nehoushtân (« serpent de bronze »), fut « mis en pièces » sur ordre du roi de Juda, Ezéchias (716 – 687 avant J. – C.). Était – ce comme l’on suggérait certain une représentation figuré de Yahwé, équivalent des taureaux des temples de Dan et Bethel ? Dans ce logion n’est pas la guérison que met Jésus en valeur ? C’est probabilité si l’on lit le livre de la Sagesse (16, 5 – 11) où le serpent d’airain est qualifié comme signe de salut. Mais la littérature rabbinique tend à préciser que c’est plutôt la foi de celui qui levait les yeux vers Dieu qui guérissait. C’est donc par la manifestation du Fils de l’homme, soit Jésus lui –même, soit le Messie (lorsque Jésus pensait qu’il était encore un prophète), soit le peuple d’Israël purifié à la fin des temps, que le Royaume arrivera, à l’image de la prédiction d’Isaïe 61, 1 – 3. En effet, le serpent d’airain agissant par guérison, c’est donc les signes de Jésus qui mettent en valeur l’arrivée du Royaume.

C’est l’évangéliste qui modifie ce logion en le transformant en une annonce de la crucifixion, ce à quoi invitait aisément l’allusion au serpent d’airain, et en y ajoutant « afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle », un logion repris de l’épisode de la réanimation de Lazare, et qui indique un des thèmes forts de l’évangile, et probablement de la communauté dont il est issue, Jésus donne la vie éternelle à ceux qui croit en lui.

 

Comment ? Par l’ensemble de logia sur le « Fils » qui relie le logion du Fils de l’homme.

 

Le premier est probablement le moins récent car on y fait référence à l’enseignement de Paul de Tarse, qui est le créateur de la communauté d’Ephèse qui est probablement celle qui a produit l’évangile où on y trouve des références très proches à celui de ses épîtres (Galates 6, 14 ; Romains 5, 8 – 10 ; 6, 6 – 8 ; 8, 32) où, d’après l’apôtre des Gentils, Jésus est mort pour sauver les hommes du péché, équivalent du « pour que le monde soit sauvé par lui » du récit, et au point que Dieu afin de sauver l’humanité « n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous » et que grâce à cela auront « tout » dont on retrouve l’équivalent dans le logion : «Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » Comme pour Paul, le « Fils » est donc un messager céleste envoyé par Dieu pour accomplir une mission : le rachat de l’humanité (et aussi lui offrir la vie éternelle) et non son « jugement ». Toutefois, « qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. » En effet, tout comme le suggère Paul, la communauté de Jean, victime de persécutions et de l’expulsion des synagogues à partir de 88, a pu voir dans ses adversaires juifs et païens des hommes refusant le salut apporté par Jésus et qui donc n’aurait pas part au rachat, à l’image de ce que l’on peut lire dans certains chapitre de livre de l’Apocalypse, issue de la même communauté.

 

Le troisième ensemble de logia relie ceux du « Fils » par le biais du « jugement » à ceux de la « Lumière » et des « Ténèbres » (ici « obscurité »). Ce concept est très proche de celui des esséniens de la communauté de Qumran. Certains de ses membres ont peut – être rejoint en 70, après la chute de Jérusalem, la ville d’Ephèse et influencé la communauté de la ville, qui au départ était plutôt proche de celle de Jérusalem (la tradition de Jean l’apôtre pourrait être un indice). Tout comme dans Rouleau de la guerre des fils de Lumière contre les fils de Ténèbres de la communauté de Qumran, Jésus est identifié à la « lumière » (alors qu’auparavant c’était une désignation de Dieu) avec un rôle équivalent à celui de « l’ange de la lumière » essénien, qui était aussi associé à la « Vérité ». Et tout, comme dans cet ouvrage, ceux qui rejettent la « Lumière » sont ceux qui font le « Mal », les « œuvres mauvaises », probablement les Romains (Kittim dans le rouleau) et les collaborateurs juifs qui sont visés (le livre de l’Apocalypse le démontre aisément) pour les raisons citées plus haut. Jésus vient donc manifester leurs œuvres et tous ceux qui font la « Vérité », qui est associé à la « Lumière », sont ceux qui ont choisi d’accomplir la volonté divine, les membres de la communauté, face à ceux qui ont choisi les « ténèbres », c’est – à – dire ceux qui les persécutent comme on a pu le voir plus haut.

 

Ce long passage de l’évangile de Jean fut rédigé probablement en trois étapes, à partir d’un logion sur le Fils de l’homme, avec des influences de la communauté paulinienne originelle (le thème du « Fils » très présent dans les épîtres de Paul) et des éléments de la communauté esséniennes, qui s’y sont peut – être réfugiés en 70 (le thème de la « Lumière » et des « Ténèbres » très présent dans le Rouleau de la guerre des fils de Lumière contre les fils de Ténèbres de la communauté de Qumran). Cette rédaction a peut – être eut lieu entre 70 et 95.

 

                                                                                                                                                    freyr1978

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Publié le 12 Mars 2012

La lecture de l’évangile du dimanche 11 mars est tiré de l’évangile de Jean, qui sera lu encore les deux dimanche suivant, et concerne de l’épisode de Jésus chassant les marchands du Temple :

 

« La Pâque des Juifs était proche et Jésus monta à Jérusalem. Il trouva dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes ainsi que les changeurs qui s'y étaient installés. Alors, s'étant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du Temple, et les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa leurs tables ; et il dit aux marchands de colombes : « Ôtez tout cela d'ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : Le zèle de ta maison me dévorera.

Mais les Juifs prirent la parole et lui dirent : « Quel signe nous montreras-tu, pour agir de la sorte ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai. »

Alors les Juifs lui dirent : « Il a fallu quarante-six ans pour construire ce Temple et toi, tu le relèverais en trois jours ? »

Mais lui parlait du temple de son corps. Aussi, lorsque Jésus se releva d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait parlé ainsi, et ils crurent à l'Écriture ainsi qu'à la parole qu'il avait dite.

Tandis que Jésus séjournait à Jérusalem, durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu'il opérait.

Mais Jésus, lui, ne croyait pas en eux, car il les connaissait tous, et il n'avait nul besoin qu'on lui rendît témoignage au sujet de l'homme : il savait, quant à lui, ce qu'il y a dans l'homme. » (Jean 2, 15 – 25)

 

Jean place l’expulsion des marchands du peuple au début de son ministère juste après le miracle de Cana (le plus sympathique de Jésus), lors de la fête de la Pâque (sa première visite à Jérusalem de l’évangile), une fête de pèlerinage lors de laquelle venait une importante foule de Juifs de la Diaspora, en fait de tout l’empire romain, hors la Palestine, et de l’empire parthe également. Donc, ici, Jésus va être mis en lumière à tout le peuple juif.

Mais cette présentation modifie donc le contexte original du récit qui était dans l’évangile de Marc, placé avant la dernière Pâque de Jésus, suite à l’entrée de Jésus à Jérusalem. Il se peut, comme le pensait Marie – Émile Boismard, qu’à l’origine la source dont Jean tirait son récit suivait le même schéma mais plutôt lors de la fête des Tentes, qui attirait tout autant de pèlerins, où la salutation « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient, le roi d'Israël » (Jean 12, 13) leur était adressé lorsqu’il entrait dans la ville.

Jésus entre dans le Temple de Jérusalem où il se trouve, dans l'esplanade, au Parvis des Gentils, face à face avec les marchands de bœufs, de brebis, de colombes et les changeurs. Il faut savoir que lors des fêtes, les Juifs doivent offrir un sacrifice à Dieu, d’où la présence de marchands de bœufs, de brebis et de colombes, mais pour les payer ou offrir le mahatsit hasheqel, l'impôt annuel d'un demi-sheqel prescrit par la Torah pour l'entretien du sanctuaire, il fallait de la bonne monnaie, sans représentation humaine (celle de l’empereur Tibère), qui venait de Tyr, d’où la présence de changeurs. Cela était d’autant plus utile que de nombreux pèlerins venaient de la Diaspora et possédaient donc cette monnaie figurée.

C’est alors que Jésus les chasse en utilisant un fouet qu’il s’était fait avec des cordes, renverse les tables des changeurs et dit aux marchands de colombes : « Ôtez tout cela d'ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Jésus, comme on peut le voir dans l’évangile de Marc, en faisant cela met donc en cause le bon fonctionnement du Temple qui a besoin de ce commerce. Mais ici Jésus accomplit un geste prophétique, inaugurateur de l’avènement du Royaume, surtout la prophétie de Zacharie 14 selon laquelle lorsque les Nations de la Terre, à la fin des temps, viendront célébrer la fête des Tentes à Jérusalem, « Il n'y aura plus de marchand dans la Maison du SEIGNEUR le tout-puissant, en ce jour-là. » (14, 21.) Ce récit est donc mieux à sa place après l’entrée à Jérusalem dont il renforce la portée, car Jésus révéle par là même sans le dire qu’il est le Messie. Il ne s’agit donc pas d’une destruction du Temple, comme le souhaitez les Esséniens de la communauté de Qumran et les Zélotes (la théorie de David Flusser, Paula Fredriksen, Daniel Marguerat et John E. Sanders), mais bien d’une purification pour préparer l’arrivée de Dieu. Mais pourquoi ? Car ceux qui étaient chargés du culte, les grands prêtres, pour les courants apocalyptiques et pharisiens, n’étaient plus dignes de diriger le Temple et son culte. S’attaquer au commerce sur l’esplanade du temple c’était les toucher en plein cœur. En effet, le grand prêtre directement ou par personne interposée détenait le marché, et donc y percevait des taxes sur chaque produit vendu. D’autant que le préfet de Judée, Ponce Pilate, n’hésitait pas à toucher au Trésor du temple lorsque le besoin s’en faisait sentir sans que les grands prêtres ne s’y opposent. Beaucoup de Juifs ne semblent pas avoir mal pris ce geste car comme nous l’apprend David Flusser les scribes éloignèrent, après la mort de Jésus, ce commerce en dehors du Temple. Peut – être Jésus pensait – il également que ce signe hâterait la venue du Royaume dont il était l’émissaire ? Mais en faisant cela il se mettait dans la ligne de mire du préfet de Judée, tout comme ce sera le cas d’un certain Jésus, fils d’Ananas, un paysan, qui avait prophétisé la destruction du Temple en 62, et pour cette raison fut livré au procurateur de Judée Albinus par les grands prêtres, qui le fit flageller. Est – ce pour cette raison que Jean place l’épisode aussi tôt pour montrer que Jésus va droit vers la mort vers le début de son enseignement en toute conscience ?

 

Après l’inclusion, « Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : Le zèle de ta maison me dévorera » qui ne figurait probablement pas dans le récit d’origine, « les grands prêtres, les scribes et les anciens » (Marc 11, 27), les Juifs de l’évangile de Jean, pose la question de son autorité, tout comme dans les évangiles synoptiques.

Mais, à partir de là, la proximité avec les Synoptiques s’efface car Jésus répond : « Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai. », qui a son équivalent dans l’évangile de Marc dans des circonstances très différentes (au procès devant le Sanhédrin) : « Moi, je détruirai ce sanctuaire fait de main d'homme et, en trois jours, j'en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d'homme. » (14, 58). Il est fort probable que nous n’ayons pas la phrase primitive, la référence aux « trois jours » démontre une connaissance de la Résurrection comme le met en avant l’évangéliste en ces termes : « Mais lui parlait du temple de son corps. Aussi, lorsque Jésus se releva d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait parlé ainsi, et ils crurent à l'Écriture ainsi qu'à la parole qu'il avait dite. » Charles Harold Dodd pensait que la réponse primitive était peut – être : « Détruisez ce Temple… » Un peu court tout de même pour être retenue. C’est, semble – t – il, une prophétie de destruction du Temple, tout comme le fera son homonyme en 62, où c’est Dieu et non Jésus qui s’exprime avec le « Je » comme lors du Sermon sur la Montagne du fait de l’imminence du Royaume. C’est Jean qui l’a placé ici afin de donner une portée plus grande à l’événement qu’a été la chute du Temple en 70, et qui a dû marquer sa communauté bien que l’évangile de Jean achevait sa rédaction entre 85 et 90. Mais les exégètes s’interrogent au sujet de cette phrase, car d’après Marc, plus ancien, ce sont des faux témoins qui la prononcent et pour Jean elle est authentique, surtout si l’on tient compte de certains passages des évangiles où Jésus ne remet pas en cause le culte du Temple :

« … va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit : ils auront là un témoignage. » (Marc 1, 44.)

« Quand donc tu vas présenter ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande. » (Matthieu 5, 23 – 24.)

Ce qui est possible si l’on tient compte que Jésus fait comme tout rabbin de l’époque au tac au tac afin d’interroger son auditoire. Toutefois, à l’origine, les grands prêtres, les scribes et les anciens ne répondaient probablement pas ou comme dans l’évangile de Jean où l’évangéliste joue sur la symbolique des chiffres. Mais dans ce passage l’ironie qui prend les contradicteurs de Jésus qui demeurent circonspects devant cette affirmation est tout aussi probable même si comme on l’a vu la relation avec les « trois jours » pourrait démontrer le contraire.

 

Jésus semble si l’on lit Jean avoir convaincu la foule car on lit : « Tandis que Jésus séjournait à Jérusalem, durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu'il opérait. » La mention de Pâque pourrait être un ajout de l’évangéliste, ce passage devait à l’origine ressemblait à celui de l’évangile de Luc : « Jésus passait le jour dans le Temple à enseigner et il sortait passer la nuit sur le mont dit des Oliviers. Et tout le peuple venait à lui dès l'aurore dans le Temple pour l'écouter. » (21, 37 – 38.)

Les signes de l’évangile de Jean sont les miracles, et ce sont ces derniers qui convainquent la foule, non l’enseignement comme dans l’évangile Luc, probablement parce que Jésus poursuivait sur sa lancée messianique en réalisant la prophétie d’Isaïe 61, 1 – 3, qui lui servira de réponse aux envoyés de Jean le Baptiste : « L'Esprit du Seigneur DIEU est sur moi. Le SEIGNEUR, en effet, a fait de moi un messie, il m'a envoyé porter joyeux message aux humiliés, panser ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs l'évasion, aux prisonniers l'éblouissement, proclamer l'année de la faveur du SEIGNEUR, le jour de la vengeance de notre Dieu, réconforter tous les endeuillés » Le dernier passage a probablement été ajouté par l’évangéliste, car il surcharge le précédent et anticipe Jean 12, 37 – 40 : « Quoiqu'il eût opéré devant eux tant de signes, ils ne croyaient pas en lui, de sorte que s'accomplît la parole que le prophète Isaïe avait dite : Seigneur, qui a cru ce qu'on nous avait entendu dire ? et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ? Le même Isaïe a indiqué la raison pour laquelle ils ne pouvaient croire : Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour qu'ils ne voient pas de leurs yeux, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent pas, et je les aurais guéris ! »

 

Donc le récit de l’évangéliste est devenue par rapport au récit primitif une préparation des événements qui toucheront Jésus lors de son dernier voyage à Jérusalem, tel que le montre la mention de la Résurrection anticipée par la prophétie de destruction du Temple qui ici devient le corps de Jésus (Jean 12, 21) et qu’à Jérusalem, les Juifs n’aient pas cru en lui (Jean 12, 24 – 25). Comme si Jésus savait dès son premier voyage qu’il finirait crucifier et ressuscité d’entre les morts. N’est – ce pas plutôt à travers Jésus la communauté de Jean, judéo – chrétienne apparemment, qui évoque la crise qui l’a touchée lors de l’expulsion des synagogues en 88, à travers le personnage de Jésus ? La question mérite d’être posée surtout si comme Boismard, on peut penser que l’évangile a connu trois rédactions au moins entre 50 et 90, dans laquelle se sont mêlés les expériences de la communauté qui ont modifié l’annonce messianique que renfermait le récit primitif qui se déroulait lors de la fête des Tentes.

 

 

                                                                                                                      freyr1978

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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