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Publié le 19 Mars 2012

La lecture de l’évangile du dimanche 18 mars est tiré de l’évangile de Jean, qui sera lu encore les deux dimanche suivant, et se situe lors de la rencontre entre Jésus et Nicodème (3, 1 – 36) :

 

« Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l'homme soit élevé

afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle.

Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Qui croit en lui n'est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Et le jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré l'obscurité à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises.

En effet, quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de crainte que ses œuvres ne soient démasquées.

Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu. » (Jean 3, 14 – 21.)

 

Á l’origine, le récit de la rencontre avec Nicodème, d’où sort ce long passage, s’arrêtait dans le récit primitif au verset 10 : « Tu es maître en Israël et tu n'as pas la connaissance de ces choses ! » Á partir du verset 11, l’évangéliste Jean nous donne un bon aspect de la théologie et de la mystique qui avait cours dans sa communauté. Ici, cet ensemble en fait de trois séries de logia, un sur le serpent d’airain, le second sur le « Fils », et le troisième sur la lumière et les ténèbres, le démontre et ont été probablement réunit par l’évangéliste à partir d’un logion qui a peut – être authentique.

 

Le premier logion pourrait être un logion authentique de Jésus, car c’est un des rares où Jésus est désigné par le titre « Fils de l'homme » et on y utilise la comparaison, souvent utilisé par les rabbins, que l’on retrouve également dans les évangiles synoptiques. C’est une allusion au serpent d’airain (Nombres 21, 6 – 9) que Dieu aurait fait faire par Moïse pour guérir le peuple hébreu dans le désert, victime de serpent venimeux (« brûlants ») qu’il avait envoyé encore une fois pour les punir. Des enfants assez difficiles, non ? Mais dans la réalité, ce récit a probablement vu le jour pour expliquer la présence de culte cananéen à Jérusalem, probablement de guérison qui attirait des fidèles en pèlerinage, jusqu’à ce que le serpent, nommé dans 2 Rois 18, 4, Nehoushtân (« serpent de bronze »), fut « mis en pièces » sur ordre du roi de Juda, Ezéchias (716 – 687 avant J. – C.). Était – ce comme l’on suggérait certain une représentation figuré de Yahwé, équivalent des taureaux des temples de Dan et Bethel ? Dans ce logion n’est pas la guérison que met Jésus en valeur ? C’est probabilité si l’on lit le livre de la Sagesse (16, 5 – 11) où le serpent d’airain est qualifié comme signe de salut. Mais la littérature rabbinique tend à préciser que c’est plutôt la foi de celui qui levait les yeux vers Dieu qui guérissait. C’est donc par la manifestation du Fils de l’homme, soit Jésus lui –même, soit le Messie (lorsque Jésus pensait qu’il était encore un prophète), soit le peuple d’Israël purifié à la fin des temps, que le Royaume arrivera, à l’image de la prédiction d’Isaïe 61, 1 – 3. En effet, le serpent d’airain agissant par guérison, c’est donc les signes de Jésus qui mettent en valeur l’arrivée du Royaume.

C’est l’évangéliste qui modifie ce logion en le transformant en une annonce de la crucifixion, ce à quoi invitait aisément l’allusion au serpent d’airain, et en y ajoutant « afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle », un logion repris de l’épisode de la réanimation de Lazare, et qui indique un des thèmes forts de l’évangile, et probablement de la communauté dont il est issue, Jésus donne la vie éternelle à ceux qui croit en lui.

 

Comment ? Par l’ensemble de logia sur le « Fils » qui relie le logion du Fils de l’homme.

 

Le premier est probablement le moins récent car on y fait référence à l’enseignement de Paul de Tarse, qui est le créateur de la communauté d’Ephèse qui est probablement celle qui a produit l’évangile où on y trouve des références très proches à celui de ses épîtres (Galates 6, 14 ; Romains 5, 8 – 10 ; 6, 6 – 8 ; 8, 32) où, d’après l’apôtre des Gentils, Jésus est mort pour sauver les hommes du péché, équivalent du « pour que le monde soit sauvé par lui » du récit, et au point que Dieu afin de sauver l’humanité « n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous » et que grâce à cela auront « tout » dont on retrouve l’équivalent dans le logion : «Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » Comme pour Paul, le « Fils » est donc un messager céleste envoyé par Dieu pour accomplir une mission : le rachat de l’humanité (et aussi lui offrir la vie éternelle) et non son « jugement ». Toutefois, « qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. » En effet, tout comme le suggère Paul, la communauté de Jean, victime de persécutions et de l’expulsion des synagogues à partir de 88, a pu voir dans ses adversaires juifs et païens des hommes refusant le salut apporté par Jésus et qui donc n’aurait pas part au rachat, à l’image de ce que l’on peut lire dans certains chapitre de livre de l’Apocalypse, issue de la même communauté.

 

Le troisième ensemble de logia relie ceux du « Fils » par le biais du « jugement » à ceux de la « Lumière » et des « Ténèbres » (ici « obscurité »). Ce concept est très proche de celui des esséniens de la communauté de Qumran. Certains de ses membres ont peut – être rejoint en 70, après la chute de Jérusalem, la ville d’Ephèse et influencé la communauté de la ville, qui au départ était plutôt proche de celle de Jérusalem (la tradition de Jean l’apôtre pourrait être un indice). Tout comme dans Rouleau de la guerre des fils de Lumière contre les fils de Ténèbres de la communauté de Qumran, Jésus est identifié à la « lumière » (alors qu’auparavant c’était une désignation de Dieu) avec un rôle équivalent à celui de « l’ange de la lumière » essénien, qui était aussi associé à la « Vérité ». Et tout, comme dans cet ouvrage, ceux qui rejettent la « Lumière » sont ceux qui font le « Mal », les « œuvres mauvaises », probablement les Romains (Kittim dans le rouleau) et les collaborateurs juifs qui sont visés (le livre de l’Apocalypse le démontre aisément) pour les raisons citées plus haut. Jésus vient donc manifester leurs œuvres et tous ceux qui font la « Vérité », qui est associé à la « Lumière », sont ceux qui ont choisi d’accomplir la volonté divine, les membres de la communauté, face à ceux qui ont choisi les « ténèbres », c’est – à – dire ceux qui les persécutent comme on a pu le voir plus haut.

 

Ce long passage de l’évangile de Jean fut rédigé probablement en trois étapes, à partir d’un logion sur le Fils de l’homme, avec des influences de la communauté paulinienne originelle (le thème du « Fils » très présent dans les épîtres de Paul) et des éléments de la communauté esséniennes, qui s’y sont peut – être réfugiés en 70 (le thème de la « Lumière » et des « Ténèbres » très présent dans le Rouleau de la guerre des fils de Lumière contre les fils de Ténèbres de la communauté de Qumran). Cette rédaction a peut – être eut lieu entre 70 et 95.

 

                                                                                                                                                    freyr1978

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Publié le 12 Mars 2012

La lecture de l’évangile du dimanche 11 mars est tiré de l’évangile de Jean, qui sera lu encore les deux dimanche suivant, et concerne de l’épisode de Jésus chassant les marchands du Temple :

 

« La Pâque des Juifs était proche et Jésus monta à Jérusalem. Il trouva dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes ainsi que les changeurs qui s'y étaient installés. Alors, s'étant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du Temple, et les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa leurs tables ; et il dit aux marchands de colombes : « Ôtez tout cela d'ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : Le zèle de ta maison me dévorera.

Mais les Juifs prirent la parole et lui dirent : « Quel signe nous montreras-tu, pour agir de la sorte ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai. »

Alors les Juifs lui dirent : « Il a fallu quarante-six ans pour construire ce Temple et toi, tu le relèverais en trois jours ? »

Mais lui parlait du temple de son corps. Aussi, lorsque Jésus se releva d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait parlé ainsi, et ils crurent à l'Écriture ainsi qu'à la parole qu'il avait dite.

Tandis que Jésus séjournait à Jérusalem, durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu'il opérait.

Mais Jésus, lui, ne croyait pas en eux, car il les connaissait tous, et il n'avait nul besoin qu'on lui rendît témoignage au sujet de l'homme : il savait, quant à lui, ce qu'il y a dans l'homme. » (Jean 2, 15 – 25)

 

Jean place l’expulsion des marchands du peuple au début de son ministère juste après le miracle de Cana (le plus sympathique de Jésus), lors de la fête de la Pâque (sa première visite à Jérusalem de l’évangile), une fête de pèlerinage lors de laquelle venait une importante foule de Juifs de la Diaspora, en fait de tout l’empire romain, hors la Palestine, et de l’empire parthe également. Donc, ici, Jésus va être mis en lumière à tout le peuple juif.

Mais cette présentation modifie donc le contexte original du récit qui était dans l’évangile de Marc, placé avant la dernière Pâque de Jésus, suite à l’entrée de Jésus à Jérusalem. Il se peut, comme le pensait Marie – Émile Boismard, qu’à l’origine la source dont Jean tirait son récit suivait le même schéma mais plutôt lors de la fête des Tentes, qui attirait tout autant de pèlerins, où la salutation « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient, le roi d'Israël » (Jean 12, 13) leur était adressé lorsqu’il entrait dans la ville.

Jésus entre dans le Temple de Jérusalem où il se trouve, dans l'esplanade, au Parvis des Gentils, face à face avec les marchands de bœufs, de brebis, de colombes et les changeurs. Il faut savoir que lors des fêtes, les Juifs doivent offrir un sacrifice à Dieu, d’où la présence de marchands de bœufs, de brebis et de colombes, mais pour les payer ou offrir le mahatsit hasheqel, l'impôt annuel d'un demi-sheqel prescrit par la Torah pour l'entretien du sanctuaire, il fallait de la bonne monnaie, sans représentation humaine (celle de l’empereur Tibère), qui venait de Tyr, d’où la présence de changeurs. Cela était d’autant plus utile que de nombreux pèlerins venaient de la Diaspora et possédaient donc cette monnaie figurée.

C’est alors que Jésus les chasse en utilisant un fouet qu’il s’était fait avec des cordes, renverse les tables des changeurs et dit aux marchands de colombes : « Ôtez tout cela d'ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Jésus, comme on peut le voir dans l’évangile de Marc, en faisant cela met donc en cause le bon fonctionnement du Temple qui a besoin de ce commerce. Mais ici Jésus accomplit un geste prophétique, inaugurateur de l’avènement du Royaume, surtout la prophétie de Zacharie 14 selon laquelle lorsque les Nations de la Terre, à la fin des temps, viendront célébrer la fête des Tentes à Jérusalem, « Il n'y aura plus de marchand dans la Maison du SEIGNEUR le tout-puissant, en ce jour-là. » (14, 21.) Ce récit est donc mieux à sa place après l’entrée à Jérusalem dont il renforce la portée, car Jésus révéle par là même sans le dire qu’il est le Messie. Il ne s’agit donc pas d’une destruction du Temple, comme le souhaitez les Esséniens de la communauté de Qumran et les Zélotes (la théorie de David Flusser, Paula Fredriksen, Daniel Marguerat et John E. Sanders), mais bien d’une purification pour préparer l’arrivée de Dieu. Mais pourquoi ? Car ceux qui étaient chargés du culte, les grands prêtres, pour les courants apocalyptiques et pharisiens, n’étaient plus dignes de diriger le Temple et son culte. S’attaquer au commerce sur l’esplanade du temple c’était les toucher en plein cœur. En effet, le grand prêtre directement ou par personne interposée détenait le marché, et donc y percevait des taxes sur chaque produit vendu. D’autant que le préfet de Judée, Ponce Pilate, n’hésitait pas à toucher au Trésor du temple lorsque le besoin s’en faisait sentir sans que les grands prêtres ne s’y opposent. Beaucoup de Juifs ne semblent pas avoir mal pris ce geste car comme nous l’apprend David Flusser les scribes éloignèrent, après la mort de Jésus, ce commerce en dehors du Temple. Peut – être Jésus pensait – il également que ce signe hâterait la venue du Royaume dont il était l’émissaire ? Mais en faisant cela il se mettait dans la ligne de mire du préfet de Judée, tout comme ce sera le cas d’un certain Jésus, fils d’Ananas, un paysan, qui avait prophétisé la destruction du Temple en 62, et pour cette raison fut livré au procurateur de Judée Albinus par les grands prêtres, qui le fit flageller. Est – ce pour cette raison que Jean place l’épisode aussi tôt pour montrer que Jésus va droit vers la mort vers le début de son enseignement en toute conscience ?

 

Après l’inclusion, « Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : Le zèle de ta maison me dévorera » qui ne figurait probablement pas dans le récit d’origine, « les grands prêtres, les scribes et les anciens » (Marc 11, 27), les Juifs de l’évangile de Jean, pose la question de son autorité, tout comme dans les évangiles synoptiques.

Mais, à partir de là, la proximité avec les Synoptiques s’efface car Jésus répond : « Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai. », qui a son équivalent dans l’évangile de Marc dans des circonstances très différentes (au procès devant le Sanhédrin) : « Moi, je détruirai ce sanctuaire fait de main d'homme et, en trois jours, j'en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d'homme. » (14, 58). Il est fort probable que nous n’ayons pas la phrase primitive, la référence aux « trois jours » démontre une connaissance de la Résurrection comme le met en avant l’évangéliste en ces termes : « Mais lui parlait du temple de son corps. Aussi, lorsque Jésus se releva d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait parlé ainsi, et ils crurent à l'Écriture ainsi qu'à la parole qu'il avait dite. » Charles Harold Dodd pensait que la réponse primitive était peut – être : « Détruisez ce Temple… » Un peu court tout de même pour être retenue. C’est, semble – t – il, une prophétie de destruction du Temple, tout comme le fera son homonyme en 62, où c’est Dieu et non Jésus qui s’exprime avec le « Je » comme lors du Sermon sur la Montagne du fait de l’imminence du Royaume. C’est Jean qui l’a placé ici afin de donner une portée plus grande à l’événement qu’a été la chute du Temple en 70, et qui a dû marquer sa communauté bien que l’évangile de Jean achevait sa rédaction entre 85 et 90. Mais les exégètes s’interrogent au sujet de cette phrase, car d’après Marc, plus ancien, ce sont des faux témoins qui la prononcent et pour Jean elle est authentique, surtout si l’on tient compte de certains passages des évangiles où Jésus ne remet pas en cause le culte du Temple :

« … va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit : ils auront là un témoignage. » (Marc 1, 44.)

« Quand donc tu vas présenter ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande. » (Matthieu 5, 23 – 24.)

Ce qui est possible si l’on tient compte que Jésus fait comme tout rabbin de l’époque au tac au tac afin d’interroger son auditoire. Toutefois, à l’origine, les grands prêtres, les scribes et les anciens ne répondaient probablement pas ou comme dans l’évangile de Jean où l’évangéliste joue sur la symbolique des chiffres. Mais dans ce passage l’ironie qui prend les contradicteurs de Jésus qui demeurent circonspects devant cette affirmation est tout aussi probable même si comme on l’a vu la relation avec les « trois jours » pourrait démontrer le contraire.

 

Jésus semble si l’on lit Jean avoir convaincu la foule car on lit : « Tandis que Jésus séjournait à Jérusalem, durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu'il opérait. » La mention de Pâque pourrait être un ajout de l’évangéliste, ce passage devait à l’origine ressemblait à celui de l’évangile de Luc : « Jésus passait le jour dans le Temple à enseigner et il sortait passer la nuit sur le mont dit des Oliviers. Et tout le peuple venait à lui dès l'aurore dans le Temple pour l'écouter. » (21, 37 – 38.)

Les signes de l’évangile de Jean sont les miracles, et ce sont ces derniers qui convainquent la foule, non l’enseignement comme dans l’évangile Luc, probablement parce que Jésus poursuivait sur sa lancée messianique en réalisant la prophétie d’Isaïe 61, 1 – 3, qui lui servira de réponse aux envoyés de Jean le Baptiste : « L'Esprit du Seigneur DIEU est sur moi. Le SEIGNEUR, en effet, a fait de moi un messie, il m'a envoyé porter joyeux message aux humiliés, panser ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs l'évasion, aux prisonniers l'éblouissement, proclamer l'année de la faveur du SEIGNEUR, le jour de la vengeance de notre Dieu, réconforter tous les endeuillés » Le dernier passage a probablement été ajouté par l’évangéliste, car il surcharge le précédent et anticipe Jean 12, 37 – 40 : « Quoiqu'il eût opéré devant eux tant de signes, ils ne croyaient pas en lui, de sorte que s'accomplît la parole que le prophète Isaïe avait dite : Seigneur, qui a cru ce qu'on nous avait entendu dire ? et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ? Le même Isaïe a indiqué la raison pour laquelle ils ne pouvaient croire : Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour qu'ils ne voient pas de leurs yeux, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent pas, et je les aurais guéris ! »

 

Donc le récit de l’évangéliste est devenue par rapport au récit primitif une préparation des événements qui toucheront Jésus lors de son dernier voyage à Jérusalem, tel que le montre la mention de la Résurrection anticipée par la prophétie de destruction du Temple qui ici devient le corps de Jésus (Jean 12, 21) et qu’à Jérusalem, les Juifs n’aient pas cru en lui (Jean 12, 24 – 25). Comme si Jésus savait dès son premier voyage qu’il finirait crucifier et ressuscité d’entre les morts. N’est – ce pas plutôt à travers Jésus la communauté de Jean, judéo – chrétienne apparemment, qui évoque la crise qui l’a touchée lors de l’expulsion des synagogues en 88, à travers le personnage de Jésus ? La question mérite d’être posée surtout si comme Boismard, on peut penser que l’évangile a connu trois rédactions au moins entre 50 et 90, dans laquelle se sont mêlés les expériences de la communauté qui ont modifié l’annonce messianique que renfermait le récit primitif qui se déroulait lors de la fête des Tentes.

 

 

                                                                                                                      freyr1978

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Publié le 5 Mars 2012

La lecture de l’évangile de Marc du dimanche 4 mars concerne de l’épisode très complexe de la Transfiguration de Jésus :

« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux, et ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu'aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi.

Elie leur apparut avec Moïse ; ils s'entretenaient avec Jésus. Intervenant, Pierre dit à Jésus : " Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. " Il ne savait que dire car ils étaient saisis de crainte. Une nuée vint les recouvrir et il y eut une voix venant de la nuée : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! " Aussitôt, regardant autour d'eux, ils ne virent plus personne d'autre que Jésus, seul avec eux.

Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts. Ils observèrent cet ordre, tout en se demandant entre eux ce qu'il entendait par " ressusciter d'entre les morts. » (Marc 9, 2 – 10.)

 

Ce récit devait suivre à l’origine la déclaration de Messianité de Pierre dans Marc 9, 27 – 30 qui était probablement suivit par la déclaration de Marc 9, 1 – 2 : « En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance. »

En effet, les phases d’apprentissages des disciples de Marc 9, 31 – 38 serait plus logique après quand il prépare ses disciples à la montée à Jérusalem. Ce qui renverse le contenu du récit qui devient non une préparation à la mort et à la résurrection de Jésus mais à une préparation à la Parousie que va entraîner la montée de Jésus dans la Ville sainte au moment où Jésus semble prendre conscience d’être le Messie depuis la multiplication des pains, semble – t – il. De fait, celle – ci a lieu 6 jours après la déclaration de messianité de Pierre, qui est une référence probable à Exode 24, 16 : « la gloire du SEIGNEUR demeura sur le mont Sinaï et la nuée (que l’on retrouve dans le récit) le couvrit pendant six jours. » D’ailleurs, dans le targum du pseudo – Jonathan, c’est le « sixième jour » que Moïse est autorisé à monter au sommet du Sinaï. Le choix de Jésus n’est donc pas innocent, comme nous le verrons plus bas.

 

Ici, le récit est vu du point de vue de trois disciples de Jésus, qui les a emmenés au sommet d’une haute montagne, qui est peut – être le mont Hermon, près de Césarée de Philippe, où Jésus avait décidé de vivre dans la clandestinité pour échapper à Hérode Antipas (la multiplication des pains, où une foule de zélotes avaient tenté de le proclamer Roi en faisait maintenant un ennemi). Comme précédemment dans la réanimation de la fille de Jaïre, ce sont Simon Pierre, Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient peu à peu devenus les chefs du groupe des Douze et les plus convaincus de la Messianité de Jésus, tel que le montre les épisodes les concernant de l’évangile. Il y a aussi une allusion probable à Moïse qui lors de son séjour sur le Sinaï est accompagné par trois de ses proches collaborateurs (Exode 1 et 9).

Jésus ne se sent – il pas prêt ? Possible, car dans l’évangile de Marc, lorsqu’il se retire dans un lieu désert c’est pour se préparer par la prière à un événement décisif, mais pour une fois, il ne le fait pas seul. Il a peut – être perçu que ses disciples n’ont pas compris ses propos dans Marc 9, 1 et veut les y préparer avec leurs chefs. Dans la Bible, la montagne est aussi un lieu eschatologique (Isaïe 2, 2 – 3, 11, 19), sorte de nouveau Sinaï, où se réalisera l’accomplissement des prophéties. Peut – être veut –il que les disciples soit sur le même état d’esprit que lui d’un point de vue symbolique.

 

Lorsqu’ils arrivent au sommet, Jésus fut « transfiguré » (en fait transformé), un terme que l’on ne retrouve pas  dans la Septante, mais employé chez Philon d’Alexandrie et Paul de Tarse, donc dans les milieux juifs de la Diaspora et qui s’applique à la mythologie et la magie grecque. Mais la métamorphose ne concerne que « ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu'aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi ». Un signe de nature apocalyptique (I Hénoch 62, 15 – 16). Dans ce même ordre d’idée, les trois disciples voient Élie et Moïse qui discutaient avec lui. L’ordre n’est pas innocent car Élie, d’après le Prophète Malachie (3, 23) et le Siracide (48, 10), devait revenir pour préparer le grand jour tant attendu, et d’après la liturgie du sabbat, le soir durant l’havdala, évoquait sa venue en même temps que le Messie. Et d’après un midrachDieu parle à Moïse : « Quand j’enverrai le prophète Élie, vous viendrez tous deux ensemble. » L’idée de deux précurseurs au Messie (Zacharie 4, 1 – 3) se retrouve ici, même si Moïse ne fut pas toujours associé à celle-ci, mais plutôt à la venue du Prophète (Deutéronome 18, 15, 18), équivalent dans le Pentateuque du Messie, et qui sera pareil à Moïse. Il faut savoir que dans le Judaïsme du Ier siècle, on croyait aussi à la venue d’un roi qui aurait les deux qualifications. Ces deux prophètes, qui annoncent nécessairement la venue du Messie et du jour de Dieu, renforce donc la théorie que Jésus prépare ses disciples à la montée à Jérusalem, qui marquera le moment final qui consacrera le Règne de Dieu.

Simon Pierre, le porte parole du groupe, dit alors : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. » Mais il ne semble pas avoir compris la portée eschatologique de l’événement car il met Moïse avant Élie, suggérant que c’est en tant que Prophète qu’ils sont venus et non en tant que précurseur de la Parousie. Le fait qu’il suggère d’élever trois cabanes pourrait suggérer que l’événement avait lieu lors de la fête des Tentes, où cette pratique est recommandée. Ce qui donne une très grande symbolique au récit si c’est le cas. Mais, comme le suggère Étienne Trocmé, il voulait peut – être faire tout simplement durer ce moment d’une grande intensité. La mention : « Il ne savait que dire car ils étaient saisis de crainte » a probablement été ajouté au récit primitif car Pierre fait ici preuve d’une logique étrange pour quelqu’un saisi de crainte.

 

La suite du récit continue à avoir une tonalité eschatologique. En effet, une nuée, qui dans la Bible est le lieu de la présence divine, recouvre alors les disciples et une voix venue du ciel ou une « fille de la voix » (batqol) dans la langue des rabbins apparaît pour rendre témoignage à Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! »

Mais le titre de « Fils » ou de « Fils de Dieu » n’avait pas au temps de Jésus le sens actuel. Il désignait les juifs pieux (l’exemple des hassidim galiléens, guérisseurs et exorcistes, parmi lesquels Honi le Traceur de cercles, et Rabbi Hanina ben Dosa, à qui ont a attribué ce titre est intéressant), le peuple d’Israël (Jubilés 1, 24) et le Messie attendu, comme le démontre la prédiction de 2 Samuel 7, 14, qui fut réinterprété dans les milieux apocalyptiques, dont les esséniens : « Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils ». On pourrait privilégier que Jésus est un juif pieux, peut – être un hassid lui – même comme le pense Geza Vermes, car dans le Talmud, une batqol qui venait de l’Horeb (là où Moïse aurait reçut la Loi) proclamait quotidiennement au sujet du Rabbi Hanina ben Dosa : « L’Univers entier est soutenu à cause de mon fils Hanina » (bTaan. 24b). Cependant, c’est plutôt le Messie qui doit être privilégié car Jésus a accepté le titre que lui a donné Pierre (Marc 8, 29 – 30), raison pour laquelle il a recommandé le silence à ses disciples, vu le risque couru par cette proclamation, et il a promis à ses disciples qu’il établirait le Royaume de leur vivant (Marc 9, 1 – 2). Et le fait qu’on dise de l’écouter, lui, plutôt que les deux Prophètes, le démontre car c’est le Messie qui vient accomplir les temps.

 

La nuée semble disparaitre ensuite, mais ce n’est pas mentionné dans le récit. Mais le mont Hermon gagne aussi en crédibilité car une des ses caractéristiques est l’apparition subite de nuages qui, après quelques minutes, disparaissent aussi vite qu’ils sont venus. Les disciples restèrent finalement seul avec Jésus comme si l’événement n’avait jamais eu lieu. Et, en descendant de la montagne, « il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu ». Il ne fait que renouveler le secret qu’il confère au titre messianique très dangereux pour celui qui le revendique. Dans la Transfiguration, ce qui est indiqué est que Jésus vient accomplir ces temps à Jérusalem même, ce qui est encore plus dangereux. Donc il fait preuve d’encore plus de prudence en recommandant aux trois disciples de ne pas le répéter aux autres. Mais cette consigne du silence pourrait avoir une autre raison : les disciples ont eu une vision, terme utilisé dans la Bible pour désigner un événement surnaturel et non pas réel, qui avait été renforcé par des effets d’optique : la lumière du soleil faisant resplendir les vêtements, deux ombres prenant des formes humaines, et les nuages qui se dissipaient rapidement. Jésus, qui du fait de leur récit, a, par contre, pu voir une manifestation divine dans cette vision favorable à sa décision (et dont il n’est pas témoin), leur aurait conseillé de ne rien dire craignant qu’il ne serait pas cru. Après tout le débat est ouvert sur le sujet.

 

C’est probablement Marc qui a ajouté « jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts. Ils observèrent cet ordre, tout en se demandant entre eux ce qu'il entendait par " ressusciter d'entre les morts. » Faisant ainsi du récit de la Transfiguration une anticipation de la Résurrection de Jésus, mais montrant aussi que Jésus ne l’avait probablement jamais annoncé car les disciples se demandaient ce qu’était la résurrection des morts alors qu’en Marc 8, 31 – 32, il annonce sa Passion et sa Résurrection. Étrange.

 

Ce récit permet de mieux comprendre la détermination dont fera preuve Jésus lors de son séjour à Jérusalem du moins du point de vue de Simon Pierre, Jacques et Jean qui n'évoqueront l'épisode qu'après sa Résurrection aux autres disciples et peut - être à la communauté naissante sans l'interprétation que lui a donné l'évangéliste. Du moins au départ, rien n'empêche qu'il fut ensuite réinterpréter par eux et connu de la communauté de Marc, probablement à Rome, dans les années 60.

 

freyr1978

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Publié le 26 Février 2012

La lecture du dimanche 26 février est la fin du prologue de l’évangile de Marc, où se trouve le séjour de Jésus au désert et son début de ministère en Galilée :

« Et aussitôt, l'Esprit le pousse au désert. Et il était dans le désert durant quarante jours, tenté par Satan. Et il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient.

Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée, proclamant l'Évangile (du Royaume) de Dieu et disant : " Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l'Évangile. " » (Marc 1, 12 – 15).

 

C’est deux récits très courts qui sont reliés par l’arrestation de Jean le Baptiste et qui mettent en valeur le Jésus prophète.

 

Dans le premier récit, Jésus se rend au désert, probablement celui de Judée, où d’après Marc, son maître Jean le Baptiste prêchait. Il ne le fait pas de sa propre initiative, c’est l’Esprit qui l’y a conduit. Il est donc encore toute à son expérience mystique du baptême et y reste 40 jours. Mais il n’y a aucune mention d’un jeûne comme dans l’évangile de Matthieu et de Luc. Cette durée est une référence aux 40 jours au pied du Sinaï dans le livre de l’Exode et non pas aux 40 ans dans le désert du peuple d’Israël. Donc à une préparation avant la remise de la Loi de Dieu, la torah à son peuple.

Jésus, ici, vit donc un événement quasi équivalent, d’après Marc, mais pas une nouvelle remise de la Loi ou une nouvelle Alliance, mais la venue du Royaume de Dieu tel qu’on le voit dans le second récit. Des signes le montrent : d’abord, Jésus est tenté par Satan, non pas celui du livre de Job et de Zacharie, qui ne désire que la perte de l’humanité, mais ici l’adversaire de Dieu, l’homme qui se fait honorer comme tel, l’empereur de Rome, et de l’occupation duquel Israël sera libéré lorsque les temps seront accompli. Mais contrairement à Matthieu et à Luc qui précise ces dernières, Marc ne les rapporte pas. Un moyen de passer la censure romaine surtout après les persécutions contre les Juifs des autorités locales romaines en Orient et à Rome des années 60 à 70.

Ensuite, il est avec « les bêtes sauvages », inaugurant la prophétie d’Isaïe 11, 6 – 9, où le Règne de Dieu amènera l’harmonie entre tous les animaux et entre les animaux et les hommes. Les anges y sont placés probablement car ils sont le signe de la faveur divine (Psaumes 91, 11 – 13), en particulier celle qui entoure Jésus los de ce séjour au désert.

Mais Marie – Émile Boismard, lui, se figurait le récit du désert dans sa version du Proto – Marc, sans la mention des 40 jours comme une anticipation de l’arrivée du Royaume de Dieu :

« Et aussitôt, l'Esprit le pousse au désert. Et il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient. »

Mais le texte de Marc, vu son ancienneté n’invite pas à une telle suspicion.

 

Cette chronologie est ignorée par l’évangile de Jean selon laquelle Jésus retourne dès le lendemain en Galilée et ne revient en Judée qu’après les noces de Cana, où il serait resté pour pratiquer le baptême, comme le faisait Jean, avec un succès équivalent voire supérieur. Cependant, cette retraite de Jésus au désert n’aurait rien d’impossible si le séjour de Jésus au désert ne dure pas 40 jours, durée purement symbolique, mais seulement après son baptême, une journée. Tout comme on peut le voir dans les autres exemples qui traversent l’évangile de Marc, où Jésus se retire seul pour prier dans des lieux déserts (Marc 1, 35, 45), lorsqu’il doit prendre une décision qui s’avérera décisive. Ce n’est pas alors le seul.

Les mouvements apocalyptiques juifs (esséniens, baptistes, zélotes) avaient une prédilection pour ces lieux, moins bien surveillé par les autorités romaines et leurs collaborateurs. Une mesure de prudence d’autant que Jésus est un disciple proche de Jean. Mais il se peut aussi, que comme les Esséniens du monastère de Qumrân, il s’y soit retiré afin de se préparer à la venue du Royaume, le désert depuis l’Exode était devenu un lieu de purification duquel avait émergé le peuple d’Israël vers la Terre promise.

 

Il semble que cette expérience sera déterminante pour Marc, mais dans les faits, ce sera l’arrestation de Jean, devenu trop dangereux pour le tétrarque de Galilée, Hérode Antipas. Jésus semble ici vouloir réveiller un mouvement en perte de vitesse après l’arrestation de son chef, mais pour cela il décide de quitter la Judée et la sévérité de Pilate (qui a laissé Hérode Antipas prendre Jean en Samarie) pour la Galilée. Pour cela, Jésus reprend son rôle de rabbi, de Prophète, de messager, reprenant son annonce, tel qu’on peut le voir dans Matthieu 3, 2 : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche. » Il en développe même la portée, en reprenant cette prophétie d’Isaïe 52, 7 : « Qu'ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : " Ton Dieu règne. " »

C’est donc l’annonce d’une bessorah, en hébreu, c’est – à – dire « l’annonce d’un événement heureux » qui est annoncé par un héraut, bien plus forte que le terme grec évangile. En effet, pour le peuple d’Israël, car il annonce que son attente est finie, que le « Règne de Dieu est là », une réalité qui n’est pas expliqué car elle est connu par les auditeurs de Jésus car elle se réfère explicitement à la royauté de Dieu sur Israël et au temps de Jésus, tel que le montre la littérature apocalyptique (Psaumes de Salomon par exemple), à la croyance que lors de l’accomplissement des temps, Dieu viendrait régner sur son peuple.

Un enseignement qui reste proche de celui de Jean le Baptiste car l’homme est acteur du Royaume, car il doit se repentir. Le mot hébreu qui en est à l’origine tshuvah est plus fort que le mot grec qui a donné repentir, car il signifie littéralement changer de direction, de voie, de cœur, car si Israël est occupé c’est que le peuple est impur. Ce qui peut expliquer la liaison avec le désert, et aussi l’insistance sur les rituels touchant à l’impureté à l’époque de Jésus. Ce repentir ne passe pas les grands prêtres du Temple mais par le Royaume, donc par Dieu dont Jésus est l’intermédiaire.

Et aussi par la croyance à l’Évangile d’après Marc (on ne retrouve pas ce passage dans Matthieu), c’est – à – dire à ce message de salut. Mais ce message est une annonce subversive annonçant la fin de la royauté de l’empereur sur Israël. C’est donc aussi, comme le suggère Richard A. Horsley, un profond changement de société qu’il annonce, qui vise probablement la masse des paysans, les commerçants et les artisans de Galilée, victimes des taxes romaines. A l’image de l’annonce d’Isaïe 61, 1 – 2 qui inspirera Jésus tout au long de sa vie publique :

« L'esprit du Seigneur Yahvé est sur moi, car Yahvé m'a donné l'onction; il m'a envoyé porter la nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part de Yahvé et un jour de vengeance pour notre Dieu, pour consoler tous les affligés… »

 

Des deux récits émergent donc l’image d’un Jésus prophète, qui annonce un message de salut, la délivrance tant attendue d’Israël par le Règne de Dieu. Est – il alors conscient d’être le Messie ou pense – t – il seulement un des derniers inspirés d’Israël venant annoncer le Royaume ? Il est possible qu’alors ce soit cette solution qui soit préférable, comme le démontre David Flusser, et que Jésus n’a eut conscience d’être le Messie qu’après la mort du Baptiste.

 

freyr1978

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Rédigé par paroissiens-progressistes

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Publié le 19 Février 2012

Je vais vous proposer à partir d’aujourd’hui un commentaire de la lecture de l’évangile de chaque messe du dimanche.

Celle de ce Dimanche 19 février était la guérison du paralytique :

 

« Quelques jours après, Jésus rentra à Capharnaüm et l'on apprit qu'il était à la maison. Et tant de monde s'y rassembla qu'il n'y avait plus de place, pas même devant la porte. Et il leur annonçait la Parole.

Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. Et comme ils ne pouvaient l'amener jusqu'à lui à cause de la foule, ils ont découvert le toit au-dessus de l'endroit où il était et, faisant une ouverture, ils descendent le brancard sur lequel le paralysé était couché.

Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » Quelques scribes étaient assis là et raisonnaient en leurs cœurs : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » Connaissant aussitôt en son esprit qu'ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos cœurs ? » « Qu'y a-t-il de plus facile, de dire au paralysé : « Tes péchés sont pardonnés », ou bien de dire : « Lève-toi, prends ton brancard et marche » ? » Eh bien ! afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre, il dit au paralysé : Je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. »

L'homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant : «  Nous n'avons jamais rien vu de pareil ! » » (Marc 2, 1 - 12).

 

Ce récit ne semble pas suggérer au premier abord une guérison, tout comme dans celui de la synagogue où il expulse un esprit impur. Elle se passe dans le domicile de Jésus, que l’on situe dans la maison de son disciple Simon Pierre. Mais Jésus demeurant dans la ville a très bien pu y avoir son propre domicile. C’est le rabbin, l’interprète de la loi, que viennent voir les habitants de Capharnaüm à l’enseignement non conformiste, qui se différencier de celui des scribes (Marc ne parle presque pas des Pharisiens, mais bien de ces derniers, qui sont les vrais opposants de Jésus avec les sadducéens) ce qui explique alors sa popularité.

Et c’est à ce moment qu’un groupe amène un paralysé posé sur un lit. Á l’époque de Jésus, il faut le savoir les paralysies mentales, dû par exemple à une crise cardiaque, n’étaient pas rares, et, isolait socialement la personne qui en était victime, car elle devenait dépendante des autres pour la porter et l’aider dans sa vie de tous les jours, et ne pouvait assurer un revenu à sa famille. Ici, il n’y a donc pas d’action du Diable (duquel il n’y a que deux allusions réelles dans les évangiles) ni d’ailleurs dans les récits d’esprits impurs trop souvent vus de nos yeux modernes. Mais la maladie était vu comme une sanction des péchés soit de la personne soit des fautes de sa famille, et le temps de l'occupation romaine a peut-être encouragé cette vision, car si Israël était occupé c'était que tout le peuple était fautif, et les maladies et les cas de possession le démontrait. D’après ce que nous savons des maisons de la Galilée de cette époque (notamment grâce aux recherches menés à Capharnaüm), les gens qui accompagnent le paralysé se sont donc vu obligés, du fait du monde devant la porte, de monter par l’escalier annexe de la maison qui donnait accès à une terrasse ou directement au toit. Celui - ci était le plus souvent fait de chaume ou de faille, d’où la facilité pour y faire un trou.


Jésus dit alors : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » Mais ce n’est pas lui qui les remet mais Dieu, car il ne dit pas : « Je te pardonne tes péchés », une erreur qui font trop souvent certains trop peu au courant des pratiques juives de l’époque. Donc l’interrogation des scribes est étonnante d’autant plus pour des gens qui sont eux les interprètes officiels de la loi. Ici, contrairement à ce que dit le récit, Jésus ne blasphème donc pas et ce ne serait donc pas un sujet de débat, tel que l’on très bien montré E. P. Sanders, Marie – Émile Boismard et Paula Fredriksen. Certains, ayant vu le problème, ont pensé que Jésus aurait fait un miracle le sabbat qui impliquait une action du paralytique, interdite dans les prescriptions propre à ce jour, d’où l’opposition des scribes. Mais cela aurait été signalé dans ce récit. Est-ce possible que la communauté de Marc, helléniste, l’ait rajouté pour mettre en valeur le titre de Fils de l’homme de Jésus qui y avait une signification particulière, comme le montre la conversion de l’eunuque éthiopien par le diacre Philippe ? On peut se le demander. Si on garde l’essentiel du récit, ce serait une opinion de quelques scribes et donc non l’opinion majoritaire, et ces derniers, semble – t – il ne trouve rien à redire à la position de Jésus qui n’est pas en contradiction avec la Torah.


Pour Sanders et Boismard, ce débat ne figurait donc pas dans le récit primitif, qui aurait plutôt été le suivant :

« Quelques jours après, Jésus rentra à Capharnaüm. Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. Je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. » L'homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant : « Nous n'avons jamais rien vu de pareil ! »

Un texte court plus court et vivant que le texte actuel et qui pour Boismard aurait figuré dans un Proto – Marc. Et où les gens amènent directement le paralysé à Jésus qui procède à la guérison sans qu’il y ait la présence d’une quelconque foule qui n’aperçoit le paralytique que lorsque le miracle a déjà eut lieu. Jésus respecte ici, semble - t – il, la coutume juive selon laquelle on enseignait à la synagogue et à l’extérieur, dans les places de village ou en pleine campagne, comme le montre le cas du sermon de la montagne et de ses enseignements au bord du lac.

Mais, dans les deux cas, en relevant l’homme, Jésus le fait revivre socialement, et c’est cet élément qui est mis en valeur, tout comme dans le récit de l’homme à la main sèche qui était dans la même situation. Jésus est ici celui qui vient faire revivre son peuple, en lui montrant que Dieu est décidé à lui pardonner ses erreurs, car le Royaume des Cieux (qui viendra sur terre) s'est approché, et avec lui le moment de la délivrance arrive et donc la fin de la maladie. On comprend mieux alors l’exclamation de la foule : « Nous n'avons jamais rien vu de pareil ! » Il est aussi probable qu'il ne se passait pas grand chose dans la ville avant que Jésus vienne y demeurer et en  faire le centre de sa prédication d'où peut-être cette surprise mais qui peut cacher également la compréhension du geste de Jésus.

 

freyr1978

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Publié le 25 Décembre 2011

Il faut savoir d'abord que la tradition chrétienne de Noël s'inscrivant dans une démarche théologique, elle fête davantage l'évènement de la naissance du Christ, plutôt qu'elle ne célèbre une date en particulier ; dans cette optique, l'exactitude et la correspondance des dates avec la réalité historique sont donc des éléments accessoires.
 
On sait, en effet, fort peu de choses sures sur la naissance de Jésus. Á part sa naissance sous le règne d'Hérode le Grand, qui a régné entre 37 et 4 avant Jésus-Christ, donc avant 4 avant Jésus-Christ. Les informations de l'évangile de Matthieu et de Luc ne concordant pas, il est difficile d'établir une date précise. Le premier semble situer les événements en 7 avant J. –C. lorsqu'Hérode exécuta ses fils Alexandre et Aristobule, le choc qui en était sorti serait à l'origine du récit des Mages, du Massacre des Innocents et de la Fuite en Égypte. D'ailleurs, des monnaies émises la même année par Hérode le grand semble suggérer le symbole de royauté dans la conjonction de Jupiter (attachée à la royauté) et de Saturne (qui pour les mésopotamiens représentait la divinité protectrice d'Israël) dans la collection du Poisson (associée au peuple juif) probablement en référence à l'astre de Jacob (nombres 24, 17). Comme le suggère Marie – Françoise Baslez : « on peut comprendre qu'une tradition évangélique l'ait utilisé comme repère chronologique... » (Les mages et l'étoile de Bethléem Les premiers temps de l'Eglise de Saint Paul à Saint Augustin, éditions Gallimard et Le Monde de la Bible, 2004, p. 249.) Les deux événements furent probablement associés car la mort des fils d'Hérode aurait pu marquer dans l'opinion des membres des sectes apocalyptiques, tel les Esséniens, la croyance qu'une nouvelle royauté allait émerger. Les premiers chrétiens aurait vu cet événements dans la naissance de Jésus.
Cependant, d'après Luc cette naissance aurait eu lieu lors du recensement de Quirinius en l'an 6 après Jésus-Christ. Mais ici, la volonté est claire de vouloir historiciser la naissance de Jésus dans un évènement historique plus précis que « aux jours d'Hérode ».  Il y a bien eut un recensement général ordonnée par Auguste en 8 avant J. - C. mais Quirinius n'exerçait pas alors en tant que légat ou gouverneur de Syrie et les royaumes vassaux n'était pas recensés car ils versaient directement le tribut à Rome. Pour une fois, Matthieu doit ici être préféré.
Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!Son lieu de naissance est difficile à définir, car avec les appoints de la recherche archéologique les récits évangéliques doivent être remis en cause. D'après Luc et Mathieu, il serait né à Bethléem, mais à la naissance de Jésus, Bethléem était une zone de grandes fermes, inhabitée. Par contre, son homonyme de Galilée est une candidate plus sérieuse, étant alors habitée. Mais ici, si l'on fait une lecture objective du texte de Luc et du récit de l'Annonciation de Matthieu, Nazareth serait une candidate plus sérieuse. Une position renforcée par les allusions de l'évangile de Marc, Jean et les Actes des Apôtres au fait que Nazareth est sa « patrie » et son surnom de Nazaréen. Ce qui correspondrait à un état primitif des deux textes de la Nativité dans l'évangile de Matthieu et de Luc.
Ses parents, Marie et Joseph était un jeune couple, la première ayant entre 12 et 15 ans, et le second entre 15 et 18 ans. Contrairement à la croyance de la conception virginale, qui ne repose en réalité que sur le récit très suspect de l'évangile de Matthieu basé sur une traduction erronée de la prédiction d'Isaïe 7, 14 (où c'était à l'origine « une jeune femme » et non « une vierge » qui donnait naissance au Messie), Joseph semble bien avoir été le père de Jésus, car dans l'évangile de Mathieu, de Luc et de Jean, Jésus est considéré comme le « fils du charpentier », « de Joseph ». De plus, à l'origine les deux généalogies de Matthieu et de Luc le désignaient comme le père de Jésus, à l'image de l'affirmation de Romains 1, 3, où Jésus serait « issu de la lignée de David selon la chair », donc de Joseph. Et le récit de l'Annonciation n'évoque d'ailleurs pas la conception virginale, car l'ange Gabriel ne dit jamais que Marie enfantera miraculeusement de l'Esprit Saint, comme dans l'évangile de Matthieu, mais simplement que « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre », à l'image de la tente de la Rencontre dans le livre de l'Exode, et des prophètes de l'Ancien Testament. Tout au plus, ce récit indiquerait le rôle de cette dernière dans la communauté chrétienne primitive.
Il est probable que dans une version primitive de l'Annonciation, le récit, comme dans tous ceux de ce genre dans la Bible, se terminait par la réalisation de la promesse divine : « Le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né (, l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la chambre du haut.) Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l'enfant, on l'appela du nom de Jésus. » (Luc, 6-7, 21)
Celle-ci se déroulait probablement dans la maison du couple, car une femme sur le point d'accoucher le faisait toujours en présence de femmes ou de membres expérimentés en la matière s'il n'y avait pas de sage-femme. Le risque de mort en couches était alors fréquent. La chambre haute était la pièce où vivait la famille, et celle du bas était où était entreposé les animaux qui chauffaient la maison. C'est la raison pour laquelle la mangeoire s'y trouve. On ne peut savoir pourquoi la chambre haute était occupée. Les villageois et la famille venant féliciter le père ? Un parent de Joseph et sa famille vivant avec lui ? Une fête, Pâque ou la fête des Tentes se déroulant chez Joseph avec sa famille ? Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!Une hypothèse qui pourrait correspondre au récit de l'adoration des bergers qui situe la naissance de Jésus lors de leur période d'activité qui commençait avant Pâques et se terminait à la moitié d'octobre ou de novembre. De plus le récit primitif de l'Annonciation en indiquant que Jésus était le premier-né du couple laisse à penser que Jésus fut le premier-né d'une famille nombreuse, ce qui n'est pas impossible si l'on tient compte du contexte de l'époque, tel que le montre le fait que le couple suit les procédures pour faire entrer leur enfant dans l'alliance du peuple juif avec Dieu (circoncision et don du nom). Ce petit récit était peut-être issue d'un petit sommaire rédigé par une communauté judéo-chrétienne, entre les années 50 et 60, en réponse aux arguments de Paul qui affirmait que Jésus avait libérer les chrétiens du respect de la Loi juive, en montrant que dès l'enfance Jésus respectait cette loi. Il en aurait de même probablement du récit qui a donné naissance à l'Annonce à Joseph dans l'évangile de Matthieu qui à l'origine figurait ainsi et confirmerait le précédent :
« Dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, une jeune femme dont le nom était) Marie, était accordée en mariage à (un homme du nom de) Joseph (, de la maison de David) ; Joseph prit chez lui son épouse, et elle lui enfanta un fils (premier né), auquel il donna le nom de Jésus. » (Matthieu 1, 18.)
Les récits de Nativité n'émergèrent qu'en 60 et 70, sous forme de traditions judéo-chrétiennes, où Jésus anticipait dès sa naissance, à l'image de Moïse et de Jacob, les grands événements qui marqueront sa vie, à l'image du récit des bergers, où ce sont les marginaux qui reconnaissent dans l'enfant le pasteur d'Israël, bouclant la boucle inauguré par le roi David, qui fut lui aussi berger. C'est Luc qui rassembla dans les années 80 l'Annonciation primitive avec le récit des bergers en y introduisant le recensement de Quirinius pour lier les deux.
 
Mais la naissance de Jésus, que les Pères de l'Eglise le faisait naître entre Mars et Juin, ne semblait guère intéressait les Chrétiens, Pâques étant alors la fête par excellence. D'ailleurs, la date du 25 décembre, à partir du règne d'Aurélien (270-275), correspondait à l'une des fêtes les plus importantes du calendrier païen romain: la fête de Sol invictus, du Soleil invaincu, qui avait lieu au même moment que le solstice d'hiver, et dont l'empereur était un adorateur. Le Soleil était alors couramment associé à la figure du dieu Jupiter, chef du panthéon gréco-romain classique, ou encore à l'image du dieu Mithra, l'une des plus importantes divinités orientales.C'est au même moment que le Christianisme, né au Ier siècle de la tradition juive, a rapidement gagné, dans les IIIe et IVe siècles, de nombreux sympathisants auprès de l'aristocratie lettrée romaine, déjà gagnée à la cause du néoplatonisme (qui professait l'existence d'un Être suprême) et pour qui l'idée de gagner son salut et la vie éternelle pouvait être une perspective attrayante. Or, si la conversion de l'élite romaine connaissait beaucoup de succès, celle du vulgum pecus, du « bas peuple », n'allait pas de soi. Pour une population majoritairement rurale habituée à prier une multitude de dieux (il s'agissait d'une religion somme toute utilitariste, chaque aspect de la vie étant balisé par une divinité), l'idée de s'adresser désormais qu'à un seul dieu unique pouvait sembler incompréhensible et encore plus saugrenue si cela devait aussi signifier d'abandonner toutes les fêtes religieuses (et elles étaient nombreuses) qui ponctuaient l'année. Dans cette optique, l'Église chrétienne naissante n'eut d'autre choix que de « romaniser » ses dogmes et le culte de son dieu: l'on christianisa l'art païen, l'on instaura aussi le culte des saints intercesseurs (qui encadraient différents aspects de la vie quotidienne, à la façon des anciens dieux) et l'on récupérera les fêtes les plus importantes de l'ancien calendrier païen. 
 
En effet, pour la religion chrétienne, la fête de Noël n'existait pas car théologiquement, la royauté du Christ n'étant pas de ce monde, certains comme Origène (milieu du IIIe siècle ) refusent de célébrer cette naissance ainsi qu'on le faisait à l'époque pour un souverain temporel (roi, empereur, pharaon, reine) ; c'est à partir du IIe siècle, que l'Eglise recherche la date précise de la naissance du Christ pour laquelle les évangiles sont muets. L'absence de document établissant la date de naissance de Jésus permit de laisser le champ libre à l'Eglise pour choisir une date qui coïncide avec le solstice d'hiver pour contrer la fête païenne de Sol Invictus.Pourtant, pendant près de trois siècles, les chrétiens ne semblent pas avoir célébré d'autre fête annuelle que Pâques. Progressivement va apparaitre le désir d'historiciser la naissance de Jésus-Christ. C'est à partir du IVe siècle, une fête de la conception et de la naissance de Jésus, traduites par l'Epiphanie et Noël, va prendre place à côté des fêtes plus anciennes de Pâques et de la Pentecôte dans le calendrier liturgique chrétien en composition le 6 janvier. C'est vers 330 que l'empereur Constantin fixa la date au 25 décembre, mais ce n'est qu'en 353, sous le pape Liberius (ou Liberos) que la fête de la naissance du Christ fut instituée à Rome. L'Eglise d'orient, qui jusqu'alors célébrait la naissance de Jésus le 6 janvier jour de l'Epiphanie, adopta en 381 elle-aussi la date du 25 décembre sur l'initiative de Grégoire de Nazianze, célébrant ainsi la venue sur terre du sauveur. Cependant, même si les patriarcats de Constantinople et d'Antioche et l'Église de Grèce  célèbrent la naissance de Jésus et la visite des mages le 25 décembre parce qu'ils ont adopté le calendrier grégorien, les Églises russes, serbes, arménienne, copte et éthiopienne continue de célèbrer la naissance de Jésus et la visite des mages le 7 janvier (13 jours après le 25 décembre), parce qu'elles ont gardé le calendrier julien.
En 425, l'empereur d'Orient Théodose II codifia officiellement les cérémonies de la fête de Noël, ainsi Noël devint une fête exclusivement chrétienne.Le concile d'Agde en 506 rendit cette fête obligatoire, et l'empereur d'Orient Justinien, en 529, en fit un jour férié. C'est à partir du Ve siècle, sous le pontificat de Grégoire le Grand que l'on commença à célébrer la messe de minuit.Au VIIe siècle, l'usage s'établit à Rome de célébrer 3 messes : la vigile au soir du 24 décembre, la messe de l'aurore et la messe du jour le 25 décembre. La fête de Noël se repandit progressivement en Europe, puisqu'elle fut célébrée dés le Vème siècle en Irlande, le VIIe siècle en Angleterre, et au VIIIe siècle en Allemagne , au IXe siècle, dans les Pays scandinaves, aux IXe et Xe siècles dans les pays slaves.

Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!Mais malgré la codification des cérémonies par l'Empereur Théodose, les rites de la fête de Noël chrétienne s'étaient peu à peu mélangées à ceux de celle célébrée par les païens, notamment ceux des fêtes des Saturnales. En effet, les éléments de ces deux célébrations s'accommodent et on parvient donc à un mélange des traditions du solstice d'hiver et de la célébration de Nativité. C'est cette « union » qui serait probablement à l'origine de certaines des coutumes actuelles. Par exemple, déjà à cette époque, les gens s'offraient des cadeaux, décoraient leurs maisons avec du lierre, du gui ou encore du houx, et on y trouvait déjà le côté festif que la fête a encore aujourd'hui à travers d'immenses festivités, qui étaient caractérisées par un gaspillage inouï. C'est peut-être aussi à cette époque qu'aurait vu le jour la tradition originale de la bûche de Noël, où l'on faisait brûler dans la cheminée une véritable bûche, et son embrasement constituait l'un les moments forts de la veillée de Noël. Bénie par le chef de famille, arrosée d'eau-de-vie ou de vin, elle était décorée de rubans et de feuillages, et ses tisons soigneusement conservés étaient censés protéger de la foudre. En Sicile, on la brûlait solennellement devant la crèche figurant la Nativité. Chêne, frêne, tilleul ou olivier, l'arbre utilisé varie selon les régions.
On se retrouvait autour d'immenses tablées, autour desquelles on mangeait et on buvait souvent en excès, on dansait et on jouait. Les jeux de cartes étaient particulièrement à la mode. En Angleterre cette pratique n'était autorisée que durant la période de Noël.
Les pièces de théâtres et les représentations scéniques étaient très appréciées en Europe. Elles étaient en général assez crues, animées et équivoques. Leur contenu, symbolique, puisait souvent dans le répertoire dramatique et comique gréco-romain, fortement inspiré par la mythologie gréco-romaine. Mais l'Église sut être pragmatique. Au lieu d'interdire formellement ces pratiques, elle tenta de leur opposer des pièces et tableaux vivants qui avaient pour thème principal la naissance du Sauveur selon les données des Evangiles de Matthieu et de Luc. Donc de christianiser les représentations scéniques si bien qu'à partir du XIIe siècle, la célébration religieuse fut accompagnée de drames liturgiques, les mystères mettant en scène l'adoration des bergers ou la procession des mages. Ces drames liturgiques se jouent primitivement dans les églises, puis gagnent les parvis, et sont à l'origine des crèches vivantes, dont pourtant, la première aurait été l'œuvre de François d'Assise, fondateur des franciscains, en 1223. Les premières crèches d'église apparues dès le XVe siècle en Italie, et au XVIe siècle en France, ont remplacé de manière statique et théâtrale les jeux scéniques des liturgies médiévales.
Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!C'est en 1521 que l'arbre de Noël est mentionné pour la première fois à Sélestat en Alsace. Le rapprochement avec les mystères, pièces de théâtre jouées dans les églises ou sur les parvis est probable : au temps de Noël, on représentait les récits bibliques de la Création du monde, et un sapin figurait l'arbre de vie planté au milieu du paradis terrestre. Cet arbre était décoré d'oblatas (offrandes, petites friandises figurant les hosties), et de pommes représentant le fruit défendu, objet du premier péché, et parfois des roses, symbole de la vierge, bouclant ainsi la chaîne.
Noël était devenu une fête d'une grande prodigalité. Il a toujours été de coutume de fêter Noël avec un plat à base de volaille, essentiellement des oies, car elles étaient considérées comme l'oiseau solaire et garantissaient la protection du soleil à celui qui en mangeait. La dinde est devenue un menu de Noël car elle représentait un volatile inhabituel et était dégusté en temps de grandes fêtes. On pense que cette tradition serait plutôt venue d'Angleterre, puisque ce serait le roi Henri VIII (1509-1547) qui l'aurait mise à l'honneur dans le second quart du XVIe siècle, et qu'en France la première dinde aurait été mangée au cours du repas de Noël de Charles IX (1560-1574).
 
Mais la Réforme protestante amena une certaine évolution. En effet, dans les pays réformés, les célébrations de Noël, fête jugée trop païenne ou trop catholique, sont limitées, voire même modifiés, tel que le montre le fait qu'à partir de 1560 les réformés préfèrent le sapin de Noël, symbole du Paradis, à la représentation de la Nativité par la crèche. On est alors en plein iconoclasme protestant.
Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!C'est ainsi qu'en Ecosse les presbytériens interdirent dès 1583 les célébrations de Noël. Et de même, les puritains anglais finirent par faire triompher leurs conceptions lors de la guerre civile de 1642 et les célébrations de la Nativité furent interdites à partir de 1647. Les britanniques furent donc obligé de travailler le jour de Noël comme un jour ordinaire. Mais certains le refusèrent et continuèrent à fêter Noël en famille. Et finalement, le roi Charles II finit par lever cette interdiction et les célébrations furent rétablies en 1660 mais elles restaient mal vues de la majorité du clergé anglican. En Amérique du Nord à Boston, les premiers colons, puritains, interdirent, également, les célébrations de Noël. L'interdit sera levé en 1681, et les coutumes européennes s'y répandront. Les troupes allemandes du roi d'Angleterre introduisent, ainsi, l'arbre de Noël en Pennsylvanie dès l'époque de la guerre d'Indépendance (1776-1783), et ce sont ensuite des Germano-Américains installés dans le New Jersey et l'Ohio qui l'acclimatent définitivement outre-Atlantique.
La Réforme, qui va de pair avec l'imprimerie, a aussi permis de populariser un peu plus la fête, notamment avec sa volonté de donner accès à tous à la Bible et en mettant en avent les cantiques et le chant. Ce qui explique pourquoi les chants de Noël, au XVIe siècle, étaient alors attestés dans toutes les provinces et, parce qu'ils sont détachés de la liturgie (en latin), commencent à être édités dans les langues régionales et diffusés par les colporteurs. Et en même temps, les Bibles de Noël, contenant les paroles de Noëls régionaux, ont connu de très nombreuses éditions dans la littérature de colportage du XVIIe au XIXe siècle. Les colporteurs vendaient également des estampes qui représentaient la Nativité et comportaient des cantiques.
 
Avec la Contre-réforme catholique au XVIIe siècle, les représentations liturgiques seront, elles aussi interdites, jugées trop profanes. Mais il faut dire, comme nous l'avons vu plus haut, qu'elles ne furent jamais en odeur de sainteté.
Cependant, cette Réforme catholique favorisa des éléments qui ne furent plus mis en valeur par les Protestants, tout en reprenant ceux que j'ai évoqués plus haut. À Naples ou dans le Tyrol, les crèches baroques des XVIIe et XVIIIe siècles deviennent de véritables œuvres d'art, riches de dizaines de personnages réalisés en bois, en terre cuite ou en faïence. Installée dans une grotte ou dans une modeste étable, la crèche traditionnelle s'est répandue dans les familles de fidèles où elle ne rassemble plus modestement que les personnages de l'Enfant Jésus, de Marie, de Joseph, des bergers et de Rois mages, sans oublier l'âne et le bœuf, omniprésents dans toute l'iconographie traditionnelle de la Nativité mais absents des textes évangéliques évoquant la naissance du Christ. C'est à la fin du XVIIIe siècle que le Marseillais Jean-Louis Lagnel invente les « santons de Provence », c'est-à-dire les représentants de tout le petit peuple du Midi, assimilés aux santi boni, aux « bons saints » devenus les santoni italiens et les santouns provençaux, favorisant, en France tout d'abord, la diffusion des crèches domestiques. Les personnages étaient alors façonnés avec de la mie de pain séchée, puis peints à l'huile et au vernis.
En 1582, lorsque le pape Grégoire XIII décide de corriger le calendrier julien, il décide de ne pas déplacer Noël, qui tombe alors un 25 décembre, conformément au Concile, mais contrairement à la fête païenne romaine dont elle était inspirée. Une manière de marquer la victoire du Christianisme ?
 
Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!On prit alors l'habitude à partir de là de fêter Noël plus discrètement et les coutumes devinrent semblables à celles que nous connaissons aujourd'hui.
Même dans les pays catholiques comme l'Italie et la France, où les puritains n'avaient pas beaucoup d'influence, Noël était devenu une fête de recueillement en famille. Au XVIIIe et XIXe siècle, la tradition qui consiste à échanger des cadeaux à Noël ou des étrennes au jour de l'An commença à se répandre. Les cadeaux de Noël sont sans doute une représentation symbolique des présents que les Roi Mages apportèrent à Jésus.
Et à sa suite, les coutumes de Noël ne feront qu'évoluer par la suite avec les progrès techniques et autres artifices. Par exemple, la tradition d'illuminer le sapin apparaîtra au XVIIe siècle, d'abord avec des coquilles de noix vides remplies d'huile à la surface desquelles flottait une petite mèche (la cire étant très chère à l'époque), puis avec des bougies, et en 1806, une gravure illustre de nouvelles ornementations inaugurant les petits personnages, les animaux et les gâteaux. L'étoile accrochée traditionnellement au sommet de l'arbre symbolise l'étoile de Bethléem qui guida les Rois Mages vers Jésus-Christ. Mais tous ces artifices ne se développeront vraiment que milieu XIXe- début XXe siècle avec la révolution industrielle et il faut attendre 1880 pour que les premières décorations électriques apparaissent aux Etats-Unis. Edward Johnson, l'associé de Thomas Edison, installa une guirlande de 80 petites ampoules électriques sur un arbre de Noël. Jusqu'en 1950, c'est en Allemagne et en Europe de l'Est que la production des décorations de Noël culminait. Les artisans travaillaient le verre, le métal, la cire et le bois. Les personnages étaient fabriqués en coton et les cheveux d'ange en fibres métalliques. La boule de Noël était à l'origine une pomme, mais l'hiver rigoureux de 1858 en réduisit considérablement la récolte. Un artisan verrier eut alors l'idée de créer les boules que nous connaissons aujourd'hui.
C'est aussi à partir du XIXe siècle, en même temps qu'apparurent la plupart des chants profanes (Mon beau sapin, Jingle bells...), que les organismes caritatif offrent aux plus démunis le traditionnel repas de Noël, et au même moment que la dimension religieuse va s'estomper vers 1850 pour laisser place à une fête encore plus familiale car l'enfant acquiert une place fondamentale au sein de la famille. Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!Le fait qu'en 1868 Santa Claus, le Père Noël, dont la première évocation du Père Noël date de 1823 dans un poème américain de Clement Clarke Moore, soit popularisé aux États-Unis par la couverture du Harper's Magazine, dessinée par Thomas Nast, originaire du Palatinat, qui est à l'origine de sa représentation moderne en rouge, le démontre aisément. Et aussi l'acclimatation de coutumes en dehors de l'Allemagne, tel l'arbre de Noël. En Angleterre, c'est une suivante de la reine Caroline de Brunswick, épouse allemande du roi George IV, qui introduit à la cour le premier arbre de Noël en 1821, et la coutume se généralise sous le règne de la reine Victoria, elle-même mariée à un prince allemand, Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. À Paris, c'est également une princesse allemande, Hélène-Louise de Mecklembourg-Schwerin, épouse du duc d'Orléans, fils aîné de Louis-Philippe, qui fait dresser aux Tuileries, en 1837, le premier sapin de Noël ; mais il faut attendre les lendemains de la guerre de 1870 et l'extraordinaire popularité de tout ce qui rappelle l'Alsace perdue pour que la coutume se généralise. L'Italie et l'Espagne, terres de forte tradition catholique, demeureront longtemps rétives au sapin de Noël, assimilé à une pratique étrangère, née dans les pays protestants de l'Europe germanique et rapidement adoptée par les Anglo-Saxons et les Scandinaves. Et dès 1890, le président Harrison fait installer un sapin de Noël à la Maison-Blanche. C'est aussi en 1875 qu'apparait l'imitation de la vraie buche par un pâtissier de la rue Bucci à Paris, 6e.
Une chose dont est de plus en plus consciente l'Église catholique qui en 1893 enrichit le temps de Noël en instaurant la fête de la Sainte Famille le dimanche qui suit immédiatement Noël. Ce qui n'est pas une mauvaise idée, en effet, le développement économique qui s'opère plus tard, au milieu de XXe siècle, ne fait qu'accentuer l'importance de la fête, en même temps que le Père Noël, quittant le sol américain, gagne toute l'Europe, même si les Mages résistèrent plutôt bien en Espagne. Ceci va engendrer la modification de la symbolique de la fête de Noël qui va peu à peu se transformer, pour finalement devenir une fête commerciale orientée sur la famille et l'échange de présents, de cadeaux, notamment avec le développement de la commercialisation de la bûche à partir de 1945.
 Mais Noël continue malgré tout à être un moment où l'on célèbre la paix si bien qu'à cette occasion le pape prononce son fameux message au Monde, urbi et orbi.

J'espère vous avoir appris des choses utiles sur cette fête qui comme cela arriva souvent d'un départ religieux pris un tour commercial. Toutefois, elle reste une fête de famille, ce qui est une bonne chose, même pour un catholique pratiquant tel que moi !

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Publié le 23 Décembre 2011

L'Avent va se terminer Dimanche avec la fête de Noël, j'ai donc tenu à consacrer un article à ce temps de préparation peu connu mais qui mérite qu'on s'y arrête.
 
L'Avent est un temps dans les églises catholiques, orthodoxes, et protestantes de préparation pour l'évènement qui aura lieu le 25 décembre, le jour de Noël, qui a signification plus que commerciale dans les deux confessions chrétiennes, car c'est le jour où on fête la naissance de Jésus.
En effet, le mot Avent vient du latin adventus qui signifie avènement. Dans la religion polythéiste romaine, on croyait que la divinité venait dans le Temple un jour fixe de l'année, et donc le mot adventus désignait ce jour. La fête était comme un anniversaire qui donnait lieu à des festivités. Dans l'empire, le mot fut repris pour parler de la célébration de l'entrée dans Rome ou dans les cités de l'empire de l'empereur au début de son règne (lors de son avènement) ou après un long voyage. Le mot apparaît sur des monnaies avec l'empereur représenté la plupart du temps à cheval. Cette célébration était accompagnée de grandes fêtes ; Pline le jeune dans un texte sur l'adventus de Trajan raconte : « de tous côtés un peuple en liesse, partout même joie et mêmes acclamations ». Puis le mot avent en vint à désigner un terme grec « parousia » (parousie) employé dans l'Église des premiers siècles, traduit en latin par « adventus ». On emploie ce mot en grec et en latin pour designer la seconde venue du Christ à la fin des temps. Puis ce mot a été utilisé pour designer le temps liturgique qui précède la fête de Noël qui par la naissance de Jésus, symbolisait l'avènement du Messie, non plus dans une perspective juive mais chrétienne.
 
L'avent, une bonne préparation pour Noël !La première référence à l'Avent nous vient de la province romaine d'Hispanie, l'actuelle Espagne. En 380, le synode de Saragosse prescrit une préparation de trois semaines du 17 décembre au 6 janvier, fête de l'Epiphanie, jour où on célébrait auparavant en commun la nativité de Jésus, la Visite des Mages et son baptême (Á ce sujet j'en dirais un peu plus dans l'article que je consacrerai à la fête de Noël). Le 17 décembre, où commençait l'Avent était aussi la date du début des Saturnales, des fêtes qui duraient jusqu'au 23 décembre et pendant lesquelles les hiérarchies sociales et les conventions morales étaient bouleversées. On peut facilement comprendre que l'église ait demandé aux fidèles cette période de pénitence et de réflexion pour qu'ils évitent de sombrer dans la débauche qu'entraînaient les saturnales. La pratique existait aussi à Ravenne, en Italie, en Gaule et en Espagne, où, le jeûne et l'abstinence durait, aussi, alors 6 semaines comme lors du Carême. Ce caractère pénitentiel, tout comme à Saragosse, préparait probablement les Catéchumènes (futurs baptisés) au baptême qui leur serait administré à l'Épiphanie, le 6 janvier.
Ce caractère pénitentiel prend plus de valeur dans l'Église d'Orient après le concile d'Ephèse de 430 qui exalta la maternité divine de Marie, devenue Theotokos, « Mère de Dieu ». Elle célébrait alors la naissance du Christ le 6 janvier, par une fête appelée « Epiphanie » qui était précédé d'une préparation par 40 jours de jeûne et de pénitence, à l'image du Carême, qui était vue comme une sorte de méditation anticipée sur la venue du Sauveur et le salut opéré par la divinisation de la nature humaine.
L'avent, une bonne préparation pour Noël !Cette note pénitentielle se retrouve en Gaule et en péninsule ibérique à la fin du Ve siècle du fait des relations étroite de ces églises avec l'Église d'Orient. En Gaule, selon l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours au livre dixième, c'est une ordonnance du sixième évêque de Tours (460-490), Perpet, qui décréta que l'Avent commencerait le 11 novembre, fête de saint Martin - jour très spéciale comme on peut le présumer pour la ville - pour maintenir les quarante jours de jeûne. Cependant jusqu'au VIe siècle cette pratique n'a probablement pas dépassé les limites du diocèse, même si à Rome, au même moment, le Sacramentaire Gélasien cite pour la première fois l'Avent, comme une période de cinq semaines, à la fin du Ve siècle, qui tombaient les lundi, mercredi et samedi suivant la fête de sainte Lucie, le 13 décembre. Une semaine avant la Nativité, ces jours étaient porteurs d'un thème pénitentiel particulier car il était mis en avant le caractère eschatologique de la fête en préparation à la Seconde Venue du Christ à la fin des temps. Ici, ce qui prévalait c'était l'attente telle que l'on retrouvait cette année dans la lecture de l'évangile du premier Dimanche de Carême : « Veillez donc car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l'improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! » (Marc 13, 35-37.)
En Gaule, le deuxième concile de Tours en 567 avait repris la durée de trois semaines définie par le concile de Saragosse et enjoignait aux moines de jeûner du début du mois de Décembre jusqu'à la nativité. Par contre, le concile de Macon en 581 adopta pour son diocèse les prescriptions du diocèse de Tours en ordonnant que le jeûne se fasse les lundi , mercredi et vendredi, consigne applicable à tous les fidèles ; et il ordonna, aussi, que les offices de cette période se fassent selon les rites du Carême, ce qui favorisa leurs développements dans toute la Gaule qu'explique également le fait que Tours était un grand centre de pèlerinage. Si bien que la période s'appela en Gaule le carême de la Saint-Martin, ainsi que dans la péninsule ibérique, où la Saint Martin était aussi une fête très importante. Mais dans les autres pays, où avait lieu la même pratique, on préférait la célébrait entre le 27 novembre et le 3 décembre.
L'avent, une bonne préparation pour Noël !À la fin du VIe siècle, pendant le pontificat de Grégoire le Grand (590-604), une courte préparation de cinq semaines finit par s'imposer dans l'Église de Rome. Les dimanches étaient centrés sur la commémoration joyeuse de la naissance de Jésus, le 25 décembre. Le thème pénitentiel, très présent autrefois, s'estompa, et la période devint une attente joyeuse de l'avènement du Seigneur, sans l'observance d'un jeûne. C'est ainsi que les quatre dimanches devinrent symboliques des quatre mille ans, où les gens ont dû attendre en fonction de histoire de l'église après la chute de l'homme dans le paradis au Rédempteur. Cependant, la Liturgie ambrosienne ou de Milan en comptait six. Les Chrétiens orientaux n'avaient pas non plus une uniformité complète : c'était un jeûne facultatif que les uns commençaient le 15 novembre, d'autres le 6 décembre, d'autres seulement quelques jours avant Noël.
 
C'est seulement en 785 que le pape Adrien Ier avait envoyé à Charlemagne un exemplaire du sacramentaire grégorien modifié par le pape Grégoire II qui décida ce dernier à adopter la liturgie romaine dans tout son empire. Et au VIII-IXème siècle, les messes de l'Avent passèrent ainsi au début de l'année liturgique, pendant que l'empire byzantin, qui devenait de plus en plus autonome au niveau religieux à partir du IXe siècle, suivait ses propres pratiques que nous avons évoquées plus haut. Et, par la suite, en France, le jeûne non plus à la Saint Martin mais à la Saint André, saint alors plus populaire, mieux donc à entretenir la ferveur de cette pratique, qui devint de moins en moins respecté au fur et à mesure de la période médiévale, si bien qu'au XIIIe siècle, il était déjà tombé en désuétude, à tel point que dans la Bulle de canonisation de Louis IX, roi de France, on cite le zèle avec lequel il observait ce jeûne, démontrant que c'était devenu un usage observé seulement par les chrétiens d'une rare piété. En effet, aucune peine canonique n'a jamais été attachée à l'infraction des pratiques de l'Avent, telles que l'abstinence et le jeûne. Les ordres religieux mêmes se contentaient déjà, du temps de Bernard de Fontaine, abbé cistercien de Clairvaux (1115-1153), d'une abstinence plus sévère que dans les autres époques de l'année, excepté celle du Carême.
Même si pour le XIIIe siècle, il y eut des exceptions, c'est ainsi que dans son diocèse, Durand, évêque de Mende, nous apprend que le jeûne était alors généralement respecté. Quand le pape Urbain V monta sur le siège pontifical, en 1362, il se contenta, finalement, d'ordonner aux gens de sa cour à l'abstinence (beaucoup moins stricte), le jeûne n'étant donc plus en usage. De plus, on pouvait dès lors manger et boire pendant ce temps de préparation, avec une exception, les religieux et les responsables de l'Église catholique, qui devait observer le jeûne. Les mariages et les fiançailles ne pouvaient d'ailleurs être célébrés durant cette préparation même après la fête de Noël jusqu'à l'Epiphanie. Une tradition fort ancienne qui s'explique par le fait que primitivement la fête de la naissance de Jésus se célébrait le 6 janvier, sous le nom de Théophanie. Cette prohibition est toujours en cours actuellement. Il existait aussi en France une ordonnance du roi Jean Ier qui défendait aux magistrats de vaquer aux travaux de la judicature pendant l'Avent : In adventu Domini nulla assisa capi debet.
 
L'avent, une bonne préparation pour Noël !Dans le même temps, le côté joyeux de cette préparation se développa car on célébrait l'attente qui amenait à l'arrivée du Christ « Soleil de Justice », Noël marquant la remontée du soleil après le solstice d'hiver. Donc la lumière joua un grand rôle dans les rituels grégorien et byzantin. On allumait ainsi lors du culte, quatre bougies, à chaque dimanche de l'avent, chez les catholiques et six, du fait d'une durée plus longue de l'avent chez les orthodoxes, rituel qui se maintien encore aujourd'hui. En Occident, à l'imitation du rituel religieux, se développa aussi la coutume de la joie de vivre et de la lumière dans la famille. Les branches d'arbres et les feuillages étaient justement utilisés pour les lumières qui étaient souvent allumées avec les cierges de l'Avent. Mais cette coutume, trop semblable à celle des feux de joie, jugées trop païennes, furent peu à peu remplacés par les bougies et les lanternes que l'on allumait lors des quatre Dimanche de l'Avent au cours des quatre messes de l'Avent afin de faciliter la préparation des fidèles.
L'avent, une bonne préparation pour Noël !C'est au XVIe siècle qu'apparut, dans le même état d'esprit, la couronne de l'Avent en Allemagne du nord et en Prusse, car en forme de cercle, elle devait rappeler aux Chrétiens le retour annuel et immuable du Christ au mois de décembre. Elle constituait alors en une couronne sur laquelle était disposé 4 cierges, en fonction des Dimanche séparant l'Avent de Noël. Très vite, en Suède, à partir de la Réforme luthérienne, la couronne fut réservée pour la Sainte Lucie le 13 décembre.
Mais l'application de l'Avent resta libre et il resta des disparités régionales dans tous les pays catholiques. Si bien que le Concile de Trente, après avoir étudié les différents exemples régionaux, décida d'imposer la liturgie grégorienne à toutes les églises de confession catholique. Mais les règnes les plus contraignantes seront celles du Bréviaire du pape Pie V en 1570. Malgré tout, dans certains diocèses, sont resté dans le rite ambrosien, par exemple, dans l'archidiocèse de Milan, où la saison de six semaines de l'Avent s'est maintenue jusqu'à aujourd'hui probablement du fait de l'ancienneté de la tradition attribué à l'évêque de Milan, Ambroise. Mais étrangement cet effort de réunion des liturgies intéressa tout autant la Réforme protestante qui s'en inspira. C'est ainsi que le rituel grégorien fut repris dans un grand nombre d'églises réformées, en particulier Luthérienne, Anglicane et Méthodiste, tout au long du XVIe au XIXe siècle. Ce qui explique la proximité actuelle des rituels entre les deux grandes confessions chrétiennes actuelles, même si le protestantisme est lui plus divers.
L'avent, une bonne préparation pour Noël !C'est au XIXe siècle que vit le jour la couronne de l'Avent actuelle. Elle serait l'œuvre de Johann Heinrich Wichern (1808-1881), éducateur et théologien de Hambourg, qui avait recueilli des enfants très pauvres dans le Rauhe Haus, une vieille ferme. Comme, pendant le temps de l'Avent, ils lui demandaient toujours quand Noël allait enfin arriver, il fabriqua en 1839 une couronne de bois, avec dix-neuf petits cierges rouges et quatre grands cierges blancs. Chaque matin, un petit cierge de plus était allumé et, à chaque dimanche d'Avent, un grand cierge. La coutume n'a retenu que les grands. Traditionnellement, les bougies sont rouges, couleur du feu et de la lumière. En Suède, elles sont blanches et évoquent la pureté tandis qu'en Autriche, elles sont violettes et symbolisent la pénitence. Depuis 1860, l'année où est née officiellement la couronne de l'Avent, on utilise des branches de sapin. Mais c'est seulement depuis le début du XXe siècle, que la couronne est devenue en Allemagne une des traditions de Noël (ce ne sera le cas en Autriche qu'à partir de 1945). C'est aussi au XIXe siècle que le calendrier de l'Avent vit le jour. Certaines familles protestantes, en effet, distribuaient des images pieuses chaque matin aux enfants, durant 24 jours, pour canaliser leur impatience avant Noël. Le premier calendrier imprimé apparaîtra en 1908 et consistait en 24 images détachables à coller chaque jour sur un support pour former un poème religieux. Mais ce n'est qu'en 1920 que fut commercialisé le premier calendrier de l'Avent avec des petites portes ou fenêtres à ouvrir, où l'on cachait des friandises. En 1958 apparaissent les premières surprises en chocolat.
 
Cependant, l'Église catholique n'avait toujours pas pris officiellement position sur le jeûne de l'Avent ce n'est finalement qu'en 1917 que le pape Pie X décide de faire figurer dans le droit canon que le jeûne n'était plus nécessaire. Ce n'était que prendre en compte l'évolution des temps et la remise en valeur de la liturgie grégorienne, beaucoup plus joyeuse.
Et en 1963, la Constitution sur la liturgie du concile Vatican II déclarait que l'Eglise « déploie tout le mystère du Christ pendant le cycle de l'année, de l'incarnation et de la nativité jusqu'à l'Ascension, jusqu'au jour de la Pentecôte, et jusqu'à l'attente de la bienheureuse espérance du Seigneur ».
L'Avent conserve ses spécificités en fonction des confessions qui le pratique. Il faut savoir que celui-ci pour les catholiques et les protestants fait débuter l'année liturgique, et que celui orthodoxe tend surtout vers l'Epiphanie « fête des lumières » tandis que celui catholique et protestant (pour ceux qui le pratique) tend surtout vers Noël, fête de la venue du Christ. C'est la raison de l'utilisation des cierges dans les trois confessions, car les Luthériens et les Anglicans pratiquent un Avent très proche de celui des catholiques.
Dans la liturgie byzantine, le dimanche qui précède, est celui de la commémoration de tous ceux qui, depuis Adam et Eve, les Premiers créés jusqu'à Joseph, le fiancé de Marie, , ont annoncé la venue dans la chair du Fils de Dieu que ce soit par leurs oeuvres ou par leurs paroles. La liturgie unit ainsi tous les ancêtres selon la chair, en même temps que les Justes et les Prophètes, car selon les paroles du Seigneur lui-même : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère et une soeur et une mère. » (Matthieu 12. 49)
De plus, l'Avent se prénomme le Carême de Noël qui est une période de jeûne où l'on ne peut pas manger de viande. La veille de Noël, on ne mange que le soir, et on prend seulement des céréales et des fruits. La fin du carême de Noël est après la célébration de Noël. Le carême de Noël dure 40 jours et il est plus long que le temps de l'Avent catholique qui commence le quatrième dimanche avant le 25 décembre, donc selon les années entre le 27 novembre et le 3 décembre. Le carême de Noël n'est pas, comme l'Avent, le début de l'année liturgique, car l'année liturgique orthodoxe commence le 1er septembre, huit jours avant la Nativité de la Très Sainte Mère de Dieu (8 sept).
Dans le rite chaldéen, et dans les rites syriens, les semaines qui précèdent Noël sont « les semaines des annonciations » et « l'Avent s'appelle Saboura » ou l'annonce de la bonne nouvelle. Elles évoquent l'Annonciation à Zacharie, l'Annonciation à Marie suivie de la Visitation, la Nativité de Jean-Baptiste et l'Annonciation à Joseph.
L'avent, une bonne préparation pour Noël !Le rite chaldéen est très proche du rite catholique. Dans celui-ci, le temps de l'Avent a un double objet : « C'est le temps de la préparation de Noël, où on célèbre la première venue du Fils de Dieu chez les hommes ; c'est aussi le temps où, à travers ce souvenir, les esprits s'orientent vers l'attente de la seconde venue du Seigneur à la fin des temps ».
La liturgie de l'Avent comporte deux parties. La première est constituée par les trois premiers dimanches. Elle est consacrée à l'annonce du second avènement du Christ à la fin des temps. La deuxième partie est constituée par la semaine avant Noël, du 17 au 23 décembre.  Elle est plus directement ordonnée à la préparation de Noël et à l'attente de Noël. Le quatrième dimanche de l'Avent est une présentation des évènements qui ont annoncé la naissance de Jésus.
Dans la liturgie de l'Avent, les ornements (chasuble, étole, voile du calice, pendentif du pupitre de la parole) sont de couleur violette, comme pour le carême. Le violet est symbole de conversion et de préparation à la rencontre du Christ. Mais pour le troisième dimanche de l'Avent, dit « dimanche de gaudete » (réjouis toi), la couleur est le rose a fin de signifier l'attente joyeuse du chrétien. C'est analogue au quatrième dimanche de carême « dimanche de laetare ». Toute décoration florale est interdite comme en Carême (sauf les dimanches Gaudete et Lætare et la vigile de Noël)
Les dimanches de l'Avent, comme en carême, on ne dit pas le gloria, mais on dit l'alléluia. L'Avent, comme l'ensemble du calendrier liturgique catholique, aide les fidèles à revivre les grands événements de la vie et de l'enseignement du Christ, en particulier de sa naissance (Noël) à sa Résurrection (Pâques).
Sans que ce soit un temps triste, ce temps exclue les grandes festivités. Pendant les quatre Dimanches de l'Avent, les lectures de l'Ancien testament sont des prophéties relatives au messie et aux temps messianiques, beaucoup d'entre elles sont tiré du livre d'Isaïe. L'Église relit et revit donc ainsi « tous ces grands événements de l'histoire du salut dans "l'aujourd'hui" de sa liturgie » (Catéchisme de l'Église catholique, § 1095), à travers de grands personnages tiennent une place de premier rang au cours des Quatre Dimanche de Carême : les deux Isaïe, à travers les annonces de la naissance du Messie, le Maître de Jésus, Jean Baptiste, qui annonce la Venue d'un plus grand que lui (qui serait Jésus d'après les quatre évangiles) et Marie, dont on rappelle l'épisode de l'Annonciation le dernier Dimanche de Carême. Une manière de nous inviter tel Marie à dire « Oui » à l'événement qui se prépare le jour de Noël, c'est-à-dire la Naissance de Jésus, venu sauver le monde, qui va aussi renverser l'ordre social tel que le montre la récitation en cantique du Magnificat le troisième Dimanche de l'Avent.
 
J'espère que cet article vous aura appris des choses utiles au sujet de l'Avent, nettement moins sévère que son équivalent pascal, le Carême. Et d'avance un bon réveillon de Noël. Fête à laquelle je consacrerai également un article.
Freyr1978

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Publié le 18 Décembre 2011

Joseph, le grand oublié de l'ÉgliseJe vais vous parler aujourd'hui de Joseph, le père de Jésus, sans doute le grand oublié du christianisme et qui lui aussi est autant gênant que Marie pour les dogmes.
 
Connu par les Évangiles, particulièrement par celui de Matthieu, Joseph, l'époux de Marie, était, selon la «généalogie de Jésus», de la race de David. Il aurait exercé le métier d'ouvrier en bâtiment (en grec, tektôn: charpentier, menuisier, etc.) travaillant, le bois, la pierre ou le métal. Pour Charles Perrot, il était un jeune homme au moment de son mariage car les filles «étaient mariées entre douze et quinze ans et les garçons n'étaient guère plus vieux». Fiancé à Marie, il reconnut le fils de cette dernière, Jésus, lorsque, selon le récit évangélique (Matthieu, 1, et Luc, 1), il apprit qu'elle était soit disant miraculeusement enceinte, et il l'épousa. Cette adoption est mise en doute par Paul lui-même quand il signale que Jésus est «issu selon la chair de la lignée de David» (Romain 1,3). Donc Joseph étant de la lignée de David est pleinement le père de Jésus. D'ailleurs les passages ayant trait à la naissance miraculeuse sont des rajouts grossiers parfaitement visibles. D'ailleurs pour preuve, on cite des frères à Jésus, rien d'anormal, car les familles nombreuses étaient courantes dans le Judaïsme.
 
Joseph, le grand oublié de l'ÉgliseJoseph n'est nommé que dans la section des Évangiles de Matthieu et de Luc, que l'on dit «de l'enfance» (Matthieu, 1-2 et Luc 1-2) : ailleurs, il est mentionné comme le tektôn, dont Jésus est dit le fils. Cependant, nous devons être conscients que le terme grec tekton (l'araméen berah d'Nagora), serait plus approprié si on se réfère à quelqu'un dans le secteur du bâtiment, même voir à un architecte. Ce métier demandait une certaine habileté et sagesse, cela explique pourquoi les meilleurs artisans étaient très recherchés, notamment pour les travaux d'agrandissement et d'embellissement du Temple commencés sous Hérode le Grand. Peut-être Joseph et Jésus ont-ils participé aux travaux de construction de Sepphoris pendant les premières décennies de notre ère. Joseph et ses enfants cultivaient peut-être également un lopin de terre. En tout cas Joseph, même s'il était loin d'être riche, ne devait pas être parmi les habitants les plus démunis de Nazareth.
 
Joseph, le grand oublié de l'ÉgliseLe charpentier faisait aussi figure à cette époque là de notable. Pour les Juifs, tout travail manuel était sacré. De plus Joseph était aussi un homme très religieux comme en témoigne le pèlerinage au Temple. C'est d'ailleurs lui qui devait emmener Jésus à la synagogue. Il devait aussi avoir une partie de son éducation religieuse en charge.
 
La figure de Joseph est également en grande partie calquée sur le modèle traditionnel des grandes vocations bibliques dont le rôle fut déterminant dans l'histoire d'Israël : celle des patriarches d'abord, celle des sages et des justes ensuite. Ainsi, dans Matthieu, 1, 20-21, le récit de l'annonce de la naissance de Jésus reflète le schéma littéraire de l'annonce à Abraham de la naissance miraculeuse d'Isaac (ce récit est propre à Matthieu; dans Luc, l'annonce n'est pas faite à Joseph, mais à Marie). Par ailleurs, Joseph est dit «juste» (Matthieu, 1, 19), tout comme Noé dans Genèse, 6, 9. Or on sait que, selon l'Épître aux Hébreux, 11, 7, Noé était considéré à l'époque néo-testamentaire comme la figure du juste par la foi; et, dans l'exégèse allégorique de Philon, le patriarche diluvien représentait le juste ou la justice. C'est à la lumière de ces informations que la signification originale de la mission évangélique de Joseph peut être adéquatement perçue.
 
Joseph, le grand oublié de l'ÉgliseLe culte de Joseph s'est répandu en Orient dès le Ve siècle, puis se propage en Occident dès le Moyen Âge. Le nom de Joseph n'apparaît dans les calendriers liturgiques qu'au IXe siècle, le choix de la date de sa fête (le 19 mars) étant dû à une confusion avec le nom de Josippe qui apparaît dans un martyrologue gallican en l'an 800. C'est au XIVe et au XVe siècle que la dévotion à Joseph, qui se développa surtout durant le Grand Schisme et les rivalités entre Armagnacs et Bourguignons, c'est une véritable campagne de promotion en faveur de Joseph qui est lancée, ce dernier bénéficiant dans le calendrier romain d'aujourd'hui de deux fêtes, une authentique dévotion populaire naît alors. Enfin en 1870, Pie IX proclame Joseph patron de l'Église (fêté le 19 mars), et en avril 1956, Pie XII institue la fête de saint Joseph artisan (1er mai), patron des travailleurs et des artisans.
 
Joseph a heureusement retrouvé sa place au sein de l'Église, qui a reconnu son rôle dans l'éducation de Jésus et lui donné enfin un rôle à part entière en son sein. Ce n'est que justice pour ce membre important de la sainte Famille.
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Publié le 4 Décembre 2011

Marie, un personnage historique devenu une création théologiqueJe vais vous parler aujourd'hui de Marie, la mère de Jésus, afin de montrer que son image actuelle repose sur une construction théologique et non sur une vérité historique. Regardons cela de plus près.
 
On ne peut pas dire que Marie ait monopolisé les Ecritures. Il faut dire que «C'est au nombre de sept paroles que se résume le témoignage sur la mère du Christ». Les écrits du Nouveau Testament n'en font mention que très épisodiquement. On constate tout d'abord que les grandes épîtres pauliniennes (à l'exception d'une allusion indirecte, Galates, 4, 4) ignorent Marie. Ce sont les Évangiles de l'enfance qui sont les plus explicites sur le rôle et la personne de Marie, dont la conception virginale est nettement affirmée. L'Évangile de Matthieu donne à Marie un relief moindre qu'à Joseph, «époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qu'on appelle le Christ» (I, 16). Par contre, l'Évangile de Luc donne la première place à Marie : récits de l'Annonciation, de la visite à sa cousine Élisabeth, mère de Jean-Baptiste (Visitation), de la Nativité de Jésus à Bethléem. L'Évangile de Jean fait apparaître Marie dans deux épisodes significatifs : les noces de Cana (II, 1-12); la scène du Calvaire (XIX, 25-27), où Jean, symbole du peuple de Dieu, est confié à Marie, figure eschatologique de la nouvelle Ève, mère de la nouvelle Création. Mais dans ce dernier épisode comme vous pouvez le voir, tout est symbolique. Elle se trouve parmi les disciples lors de la Pentecôte (Actes 1, 14).
 
Marie, un personnage historique devenu une création théologiqueD'abord très discrets, la dévotion et le culte rendus à Marie prirent un certain relief à partir du concile d'Éphèse (431) qui confirme le titre de mère de Dieu donné à la mère de Jésus. Dans la ligne des symboles trinitaires (symboles des Apôtres, de Nicée-Constantinople), le rôle de Marie se limite à l'Incarnation et n'est envisagé essentiellement que par rapport au Christ «conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie», même si il y avait une certaine méfiance envers ce concept. À Éphèse, Marie sera proclamée «mère de Dieu» (Theotokos) dans le contexte du dogme des deux natures dans le Christ (Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu) qu'explicitera le concile de Chalcédoine (451). La maternité divine de Marie sert en quelque sorte d'argument théologique. Mais déjà dans la tradition patristique se développe, d'Irénée à Augustin, un processus apologétique qui, prenant Marie elle-même comme objet de sa méditation, utilise largement l'interprétation allégorique de l'Écriture. Le thème essentiel en est le parallèle entre Ève et Marie. Celle-ci apparaît comme la «nouvelle Ève», génératrice de la nouvelle création, réparatrice de la faute originelle de l'humanité et jouant par conséquent dans l'économie du salut un rôle actif, à la fois par son obéissance de foi accueillante au Verbe divin et par sa sainteté concrètement exprimée par sa virginité (dans et après l'enfantement). Mais la conception virginale n'a aucun fondement historique, car Paul la cite comme une femme dans Galates, 4, 4, ce qui voudrait dire que sa virginité n'est qu'une vue de l'esprit et que Jésus serait un descendant de David par le sang, et dans ce cas là Joseph serait son père. Marie aurait donc enfanté et n'aurait pas été perpétuellement vierge.
 
Marie, un personnage historique devenu une création théologiqueEntre le Ve et le VIIIe siècle se multiplièrent, en Orient comme en Occident, les fêtes en l'honneur de la Vierge : la Nativité, la Présentation au temple, l'Assomption... La piété mariale, au Moyen Âge, s'exprima en églises, cathédrales, sanctuaires, pèlerinages, confréries... innombrables. Ce culte marial se développa au XIe siècle et la figure de Marie s'est transformée au fur et à mesure des avancées théologiques : elle est une figure de l'église, qui fait des ecclésiastiques de la réforme grégorienne les frères du Christ; elle est la figure de la souveraine en majesté, son enfant sur les genoux, incarnant la réforme grégorienne; elle intercède auprès du Christ pour le salut des fidèles avant d'être la Vierge conquérante des victoires de la contre-réforme. Elle s'amplifia au XVIIe siècle et surtout au XIXe siècle, l'histoire de Marie s'alimentant trop souvent aux Évangiles apocryphes et inspirant une dévotion parfois excessive.
 
Le XIXe siècle, contrairement au XVIIIe, est un grand siècle marial. Que ce soit dans les sanctuaires ou les cantiques, "Marie, Vierge, Mère, Madone et Reine est [...] omniprésente" (J. Le Goff, R. Rémond, Histoire de la France religieuse, Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine, XVIIIe-XIXe siècle, t. 3, Seuil, 1991, p. 494). Dès 1801, Chaminade rédige un Manuel du Serviteur de Marie. On observe à partir de 1826 la diffusion du Rosaire vivant, qui consiste en prières et méditations sur les mystères de la Vierge. La pratique du mois de Marie se développe ; l'année est scandée par les fêtes de la Vierge, comme la Purification, l'Annonciation, la Visitation, l'Assomption (fêtée le 15 août), etc. Cette piété mariale est nourrie par de nombreuses apparitions.
 
Marie, un personnage historique devenu une création théologiqueCependant, dans le même temps, se développait une théologie propre à Marie, la mariologie, qui permit à Rome de définir dogmatiquement et l'Immaculée Conception de la Vierge (1854) et son Assomption (1950). Le concile Vatican II s'est employé à rééquilibrer le culte marial, en réintroduisant le mystère de Marie dans celui de l'Église. À partir du concile Vatican II, l'Église a cherché à réduire le culte rendu à la Vierge dans un souci d'œcuménisme avec les protestants. Par exemple, durant le concile, un texte à part avait été préparé sur la Vierge; les Pères du concile ont préféré le supprimer et insérer des passages la concernant dans les textes sur l'Église. Ces dernières années, sans pour autant désavouer le culte à la Vierge, l'Église s'est efforcée d'en contenir certains excès. Le concile Vatican II considère comme légitime et nécessaire la dévotion à la Vierge, mais met en garde les fidèles.
Phénomène beaucoup plus ancien qu'on ne le croit souvent, les apparitions sont un signe de contradiction entre ceux qui les tiennent pour une pathologie ou un effet de la subjectivité et de multiples voyants qui les prennent comme des messages du ciel. Pour leur part, l'Église et sa hiérarchie les regardent avec une infinie méfiance et considèrent qu'elles ne relèvent ni de la norme ni du dogme. Ce qui est peut-être un excès de prudence les conduit à dissuader voire à réprimer l'adhésion des fidèles, et la multiplication des apparitions au XXe siècle les ont encore raidis sur leurs positions : en deux siècles, quatorze (dont cinq récentes) apparitions seulement ont été formellement reconnues. Ce qui est une bonne chose car comme pour le cas des voyants de Medjugorge, les escrocs ne manquent pas.
 
Saint Bonaventure disait de façon plus rude : "Marie n'a pas besoin de nos mensonges." Il n'a pas tort, remettons là dans sa place de mère de Jésus et de modèle de femme non soumise mais active et participant pleinement aux activités de l'Église primitive comme prophétesse ou diaconesse. Là est son vrai visage.
 
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Publié le 26 Novembre 2011

 
Pour toutes les catherinettes et de tout âge !La sainte qui a donné son origine à la fête est surtout connut par deux Passio, l'une en grec (VIe ‑ VIIe siècle), et l'autre en latin (IXe siècle), donc très postérieure aux faits et nageant dans le merveilleux propre à tout récit de martyr. Du peu qu'on peut tirer d'historique est peut-être son origine sociale, Catherine était une peut-être aristocrate romaine, né à Alexandrie, peut-être en 290, au sein d'une famille peut-être ouverte aux cultes orientaux dans une Égypte où le Christianisme connaissait alors un grand développement, notamment du aux intellectuels chrétiens venant de l'école d'Alexandrie, une des plus brillantes de l'empire romain. Y a-t-elle acquit la réputation de sagesse qui lui est prêté dans ces deux hagiographies ? Rien ne peut l'affirmer avec assurance, mais on ne peut pas dire le comprendre car les femmes de l'aristocratie avait une brillante éducation en particulier celle demeurant à Alexandrie, comme le montre le cas de la philosophe païenne Hypatie. Mais qu'elle ait fait usage publiquement de ses connaissances à un moment de reprise des persécutions est peu probable. Rien ne s'oppose, cependant, à ce qu'elle était vierge, l'âge du mariage dans l'aristocratie pouvant se dérouler au-delà de la période des 12-15 ans. Et elle est morte dans la vague des persécutions qui marquent le Christianisme de 303 à 313, menés semble-t-il par l'empereur Maximien, en 307, peut-être par décapitation, la mort des citoyens romains. Ce peu d'informations rassemblés peuvent attestés sa réalité historique même si elle est difficile à démontrer à tel point que l'Église catholique s'interrogea sur sa réalité historique de 1961 à 2002, allant jusqu'à enlever son nom du calendrier romain de 1969 à 2004, et que d'après certains historiens, que d'après certains historiens, Catherine aurait même été créée comme un contrepoint chrétien à la grande philosophe païenne Hypatie qui, comme elle, était vierge et très savante. Cette pureté attribuée à Catherine serait inscrite dans son nom grec signifiant pure. Mais il est aussi probable que l'église d'Alexandrie ait procédé de cette manière à partir d'un personnage historique dont on aurait fortement idéalisé les traits à partir du VIe siècle quand son culte commença à s'imposer en grande partie du fait de sa Passio en grec.
 
C'est à ce moment là que l'empereur byzantin Justinien fonda en 542 sur les instances de sa femme Théodora un monastère sur le mont Sinaï, le monastère de la Transfiguration, sur le lieu présumé de la tombe de la sainte et qui était aussi le lieu où Moïse aurait vu le buisson ardent. Les moines du monastère surent être de très bon négociateur en 629 avec les Musulmans, les nouveaux hommes forts du pays, qui leur accordèrent une charte de protection pour le monastère et les chrétiens, ce lieu étant devenu depuis le VIe siècle un lieu de passage obligé des chrétiens allant en pèlerinage sur les lieux saints. Sous le califat abbasside, en 800, une tête, avec les cheveux qui continuait à croitre, et une main gauche furent retrouvées intactes (une des caractéristiques des personnes mortes en acte de sainteté) sur le mont Sinaï et identifiées par une révélation comme étant celles de Catherine d'Alexandrie. Elles furent alors transférées au monastère du mont Sinaï, qui fut alors renommé Monastère Sainte Catherine. Et l'huile recueillie sur ses ossements serait depuis lors à l'origine de guérisons miraculeuses, ce qui ne fit qu'accroitre la réputation de la sainte et le nombre de pèlerins soit en quête de spiritualité et de guérison. Les moines par le même coup devenaient les gardiens des reliques de la sainte. C'est aussi à partir du IXe siècle, et sa Passio en latin que se développent les thèmes hagiographiques qui assureront son succès à travers deux épisodes. Le premier est celui de son mariage mystique avec le Christ qu'elle aurait vu, une nuit, en songe et, suite à ce rêve, décida de lui consacrer sa vie, se considérant comme sa fiancée. Le second épisode concerne son martyr et n'est guère plus historique que le précédent. Pour convertir, l'empereur Maximien, elle accepte un débat avec d'autres savants qu'elle finit par convertir. Ce dernier les fait exécuter, et, impressionné, lui propose alors le mariage qu'elle refuse. L'empereur aurait ordonné de la faire torturer avec une machine, constituée de roues garnis de pointes, qui, par miracle, ne fonctionnera pas. Entêté, l'empereur la fait décapiter.
Pour toutes les catherinettes et de tout âge !Mais l'éloignement du Mont Sinaï, très difficile à atteindre notamment lorsque les relations entre les musulmans et les Chrétiens commencèrent à se refroidir à partir des IXe-XIe siècles (début de la Reconquista, guerre avec l'empire byzantin, Première Croisade, 1095-1099), obligeait les pèlerins de l'Occident, afin de continuer à la vénérer de mettre en place des pèlerinages locaux en l'honneur de la sainte surtout à partir du XIe siècle. Ce qui fut le cas notamment en France et en Angleterre, où il existait de nombreux sanctuaires et autels éparpillés. Le sanctuaire le plus important d'Occident se trouvait alors dans le monastère Rouen, en Normandie, qui aurait conservé des doigts de la martyre. Mais à l'époque pour transférer des reliques, on le faisait en transférant sur d'autres reliques anonymes les propriétés de la vraie relique qui devenaient celles de la sainte. Canterbury et Westminster avait alors le même éclat, en particulier cette dernière qui revendiquait la possession d'une fiole d'huile de la sainte qui aurait été ramené du Mont Sinaï par le roi d'Angleterre, Edouard le Confesseur (1004-1065). D'autres sanctuaires, tel Saint Catherine's Hill dans le Hampshire, faisaient également l'objet de pèlerinage généralement locaux, dont beaucoup ne sont mentionnés que par des brèves anecdotes dans divers textes, mais sans aucunes traces réellement physiques.
 
Mais ces quelques allusions montrent, qu'à part à Rouen, c'était seulement un culte local, œuvre de pèlerins, et il faut attendre les Croisades pour assister à une réelle évolution. Beaucoup de ceux qui s'étaient croisés en revenant en France, en Allemagne et en Italie au cours des sept croisades qui suivirent (1147-1272) ramenèrent le culte de la sainte dont ils avaient particulièrement vénéré les reliques sur le mont Sinaï. Deux groupes en fait, ceux des croisades populaires et ceux des chevaliers qui s'étaient croisés et créèrent l'Ordre de Sainte-Catherine du Sinaï, dont les membres eurent la tâche de défendre le tombeau et le monastère contre les ennemis du christianisme et de protéger les pèlerins qui allaient vénérer ses reliques. Donc une diffusion populaire et aristocratique encadrant ceux qui n'avait pas fait les croisades et donnant les moyens financiers du développement du culte. Cette double diffusion assura son succès à partir du XIIIe siècle du fait de la difficulté de se rendre à partir de 1291 en pèlerinage sur tous les lieux saints, à tel point que son culte entra dans la liturgie romaine et se répandit dans tout l'Occident. La dévotion à la vierge martyre devient alors l'une des plus répandues en Europe, dans les églises orthodoxes et catholiques, où la sainte jouissait d'une grande faveur en Orient et en Occident, car on mettait en avant son rôle d'intercession auprès de Dieu pour les mortels ; celle-ci se trouvait, en effet, dans le groupe des quatorze Saints Auxiliaires à titre de sage conseillère.
Pour toutes les catherinettes et de tout âge !Ainsi, à travers toute l'Europe, d'innombrables chapelles ont été placées sous son patronage et sa statue a été trouvée dans presque tous églises. Sa dévotion de ce fait inspira les artistes qui représentaient la sainte avec une auréole tricolore : blanche pour la virginité, verte pour la connaissance et rouge pour le martyre. La roue de son supplice est, ainsi, très souvent représentée auprès d'elle, et donc beaucoup d'églises contenaient une icône figurant le plus souvent une roue.
Et, à sa mort présumée le 25 novembre, dans quelques pays d'Occident, sa fête était célébrée avec un maximum de solennité, nettement encouragé par le fait que c'était une fête de la première classe, pendant le quel le travail servile (le servage existait alors dans les campagnes) était interdit et les célébrations avaient lieu devant un grand nombre de personnes. Dans plusieurs diocèses de France, elle était même observée comme un Jour Saint d'obligation jusqu'au début du XVIIe siècle, la splendeur de ses cérémonies éclipsant celui de la fête de certains des Apôtres. Et on exposait la statue de la sainte comme on le fit à Paris dès le XIIe siècle.
De très nombreuses corporations se sont placées également sous son patronage : celle des artisans employant des machines à roues (charrons, meuniers, potiers, etc.), en référence probablement à son supplice ; celles des prisonniers, des philosophes chrétiens, des théologiens, des apologistes, des prédicateurs, des jeunes bacheliers, des étudiants, des orateurs et des procureurs, en référence à des épisodes de sa vie et de l'éloquence que lui prête son hagiographie ; le doyen des avocats fut appelé bâtonnier en raison du privilège qui lui appartenait de porter sa bannière. Sinon, elle voyait beaucoup d'autres corporations se réclamer d'elle, sans autre motif plausible que l'expérience faite par tous de son crédit universel auprès de Dieu et du Christ.
 
Le culte de Catherine d'Alexandrie prend plus de vigueur lorsqu'à la fin du Moyen – Âge on décide de prendre le modèle de cette jeune vierge martyre comme un symbole de bonne mœurs féminines à un moment où la chasteté et la virginité était très valorisé. C'est la raison pour laquelle Catherine a été utilisé comme un modèle pour les femmes, un statut qui a remplacé son rôle d'intercession. Tant la philosophe et poétesse française, Christine de Pise (1363-1430) et le noble angevin, Geoffroy de La Tour Landry (v.1320-1402/1406) insiste au sujet de Catherine sur son modèle au sujet de la virginité et de la « chasteté conjugale » (La Cité des Dames, 1404-1405). De même, au début du 14e siècle, le mariage mystique de Sainte Catherine apparaît d'abord dans la littérature hagiographique et, bientôt après, dans l'art. dans ces conditions, on comprend pourquoi cette dernière, étant considérée comme la plus sainte et la plus illustre des vierges du Christ, elle devint logiquement la patronne des novices des cloîtres et des jeunes femmes, qui étaient organisées en confréries de sainte Catherine.
Un éclat supplémentaire a été ajouté à son culte au XVe siècle en France du fait de la dévotion que lui portait Jeanne d'Arc (1412-1431). Catherine aurait même, d'après elle, figuré parmi les trois voix qui l'aurait conseillé, même si les historiens pensent plutôt aujourd'hui qu'elle aurait écouté la seule voix de Dieu et que nommait les voix aurait été du à la pression de son procès afin de ne pas être condamné par sorcellerie ; par contre, elle a bien trouvé son épée à Sainte-Catherine-de-Fierbois, dans l'église qui lui était dévouée, en 1429.
Pour toutes les catherinettes et de tout âge !On comprend alors, en France, l'apparition d'une nouvelle forme de dévotion au XVIe siècle. Les statues de sainte Catherine exposées dans les églises étaient ornées d'une coiffe qui était renouvelée chaque année. Les jeunes femmes célibataires entre 25 et 35 ans se chargeaient de cette tâche, de là l'expression « coiffer Sainte-Catherine », qui signifiait que la jeune femme en question n'avait toujours pas trouvé de mari. Cette dernière pouvait alors implorer la sainte avec la prière suivante : « Sainte Catherine, aide-moi. Ne me laisse pas mourir célibataire. Un mari, sainte Catherine, un bon, sainte Catherine ; mais plutôt un que pas du tout ». Les hommes, dans quelques régions, pouvaient aussi implorer sainte Catherine, mais c'est beaucoup plus rare.
La jeune femme était appelée « reine Sainte-Catherine », et les hommes « roi de la Sainte-Catherine » ou « roi Sainte-Catherine ». Ce n'est que bien plus tard que le bonnet devint chapeau. La tradition voulut ainsi qu'on confectionne aux jeunes femmes célibataires des chapeaux extravagants, où le vert et le jaune prédominent et qu'elles porteront tout au long de cette journée festive. Cette tradition, autrefois suivie dans tous les milieux, à la ville comme à la campagne, s'est beaucoup perdue, sauf dans les maisons de couture, les magasins de mode et chez les modistes. Celles qui se mariaient devaient quitter la confrérie et laisser leur place aux autres. Cette tradition se maintint à Paris notamment.
 
Au XIXe siècle, on rencontrait toujours dans les campagnes françaises la célébration des reines Sainte-Catherine.
Pour toutes les catherinettes et de tout âge !Ainsi, en champagne, le 25 novembre, les petites filles se rendaient de porte en porte dans le village. L'une d'elle était élue reine. Elle était habillée de blanc et portait une quenouillette agrémentée d'une pomme vermeille. Ce costume symbolisait le personnage de la sainte. Son rôle consistait à entonner une chanson, reprise en cœur par les autres petites filles. En échange, elles recevaient des offrandes pour leur dîner de la Sainte-Catherine.
A l'occasion de la Sainte-Catherine, il était de coutume dans certaines régions que les parents offrent un vêtement ou un autre objet très utile.
Les enfants n'ayant pas fait leur première communion, fabriquaient des petits bouquets de chrysanthèmes, pour ensuite les offrir aux jeunes filles. C'était une façon de leur souhaiter une bonne fête et de recevoir en récompense un petit sou.
Les jeunes filles désiraient avant tout éviter de « coiffer Sainte-Catherine ». Aussi dans la région d'Ormes, les jeunes filles venaient prier, dans la nuit du 31 décembre au 1er de l'an, au coup de minuit, sainte Turlurette. La statuette était située sur la façade d'une maison du village. Elles invoquaient la sainte, en répétant trois fois: « Sainte Turlurette, mariez-moi, je suis prête! ».
A vingt cinq ans, les filles célibataires devaient piquer vingt-cinq épingles dans la coiffe de la sainte. Les années suivantes, elles piquaient une autre épingle, ainsi de suite, jusqu'à la trentième. A l'époque, les filles de trente ans étaient considérées trop vieilles pour se marier. Alors pour se donner toutes les chances de se marier, elles conservaient la trentième épingle pour déclarer: « voyez mon cœur est encore jeune ; je n'ai pas encore piqué toutes mes épingles à la coiffe de sainte Catherine ».
A partir du début du XXe siècle, la fête rurale tend progressivement à disparaître, alors qu'en ville, elle se développe, glissant progressivement d'un rituel paysan et collectif, celui des vierges, à un rituel urbain plus individualisé, celui des catherinettes.
A la fin du XIXe siècle, une nouvelle figure est née : la « catherinette ». C'est en 1882 qu'est attesté le sens de jeune fille célibataire, âgée de vingt-cinq ans, qui coiffe sainte Catherine. On célébrait encore la fête de Sainte-Catherine par une cérémonie mais différente de celles des campagnes. Les jeunes filles, élèves des écoles de couture, se rassemblaient à l'église pour y être bénies. Elles rivalisaient d'ingéniosité dans l'élaboration de leur chapeau réalisé en général dans les tons jaune et vert. Après la bénédiction, le jeune cortège se dirigeait vers la statue de la Sainte située à l'angle de la rue Cléry, dans le 2ème arrondissement de Paris. Quelques Catherinettes grimpaient sur l'échelle des pompiers pour poser délicatement la coiffe sur la tête de la statue. Au final, un jury se réunissait et les professionnels de la mode décernaient un prix aux chapeaux de Sainte-Catherine les plus réussis. En cela, la tradition de Turin reste d'actualité, où on indique par le terme de «catherinette » les jeunes couturières et les modistes qui ont effectué leur apprentissage dans l'atelier de fabrication de la ville, et qui est très souvent un devenu l'objet de séduction pour les étudiants.
Pour cette raison, dans le Larousse de 1948, le terme de Catherinette désigne une « jeune modiste » « jeune couturière » qui coiffe sainte Catherine l'année de ses vingt-cinq ans. Dans la presse parisienne l'emploi du terme se fait plus prégnant au début du XXe siècle et suit en cela l'essor progressif des festivités. Durant ces mêmes années, « les catherinettes » devint l'expression générique pour qualifier toutes les couturières qui fêtent leur sainte patronne.
 
Pendant quelques années, on aurait pu pensé la fête tombé en désuétude, l'Église catholique l'ayant enlevé du calendrier liturgique de 1969 jusqu'en 2002 et du fait de son côté péjoratif, mais elle continua à être fêté en France et au Québec notamment, si bien qu'elle resta dans les mœurs, au point que le pape Jean-Paul II la réhabilita en la remettant dans le calendrier liturgique en 2004, son culte ayant repris de la vigueur sous son pontificat. Le fait qu'elle ait été selon la tradition une femme savante et qu'elle soit aussi très vénérée dans l'orthodoxie a certainement aidé à cette revitalisation. Pour toutes les catherinettes et de tout âge !D'ailleurs, même si les jeunes filles de 24-25 ans, célibataires (plus forcément vierges), sont gentiment moquées de nos jours, les cadeaux, les cartes de Sainte-Catherine, s'adressent plutôt de nos jours plutôt à des jeunes filles de plus en plus jeunes, dès la puberté, même si la tradition d'envoyer une carte de Sainte Catherine à une Catherinette, ou à une femme qui se prénomme Catherine s'est maintenu. Ce qui fait que la Sainte Catherine est devenu l'équivalent féminin de la Saint Nicolas. Quant aux chapeaux, ils sont aussi quelque peu délaissés au profit des fleurs, des cartes que l'on échange, et des petits cadeaux, même si actuellement, dans certaines régions, il arrive que l'on rencontre le 25 novembre des jeunes femmes portant des chapeaux multicolores (où dominent parfois le vert et le jaune) visiblement fabriqués pour la circonstance. La tradition veut aussi que l'on envoie une carte de sainte Catherine.
Toutefois, dans les campagnes, la Sainte Catherine est également associée à une Foire qui se tient aux alentours du 25 novembre, notamment en Franche-Comté, où des grandes foires agricoles ont lieu notamment à Vesoul (Haute-Saône). La Foire Sainte Catherine permet, en effet, aux éleveurs de présenter leurs bestiaux à un public toujours nombreux. Cette foire était autrefois l'occasion idéale pour les jeunes hommes de rencontrer une Catherinette afin de mettre fin à son célibat. La plupart des pâtissiers vendent aussi du pain d'épices de la Ste Catherine (au chocolat) dont le fameux cochon avec son sifflet à la place de la queue. Et notons également que pour les jardiniers, le jour de la Sainte Catherine est réputé idéal pour planter boutures et plantes à racines nues, ainsi que l'affirme le dicton : « à la St Catherine, tout bois prend racine ».
Au Québec, une tradition liée à la Sainte Catherine reste vivante encore aujourd'hui, celle de fabriquer la tire, une confiserie à base de mélasse et de cassonade. A l'origine, le but était pour les Catherinettes de démontrer leur talent de cuisinière en offrant cette gourmandise aux hommes célibataires. Et dans la province de Ravenne, il est de tradition le jour de la sainte Catherine, de donner des biscuits en forme de poupées pour les filles, appelées «Catherine». La contrepartie pour les garçons est un biscuit en forme de coq.
J'espère que ce long article vous aura appris des choses utiles sur cette fête.

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