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Publié le 5 Mars 2012

La lecture de l’évangile de Marc du dimanche 4 mars concerne de l’épisode très complexe de la Transfiguration de Jésus :

« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux, et ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu'aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi.

Elie leur apparut avec Moïse ; ils s'entretenaient avec Jésus. Intervenant, Pierre dit à Jésus : " Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. " Il ne savait que dire car ils étaient saisis de crainte. Une nuée vint les recouvrir et il y eut une voix venant de la nuée : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! " Aussitôt, regardant autour d'eux, ils ne virent plus personne d'autre que Jésus, seul avec eux.

Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts. Ils observèrent cet ordre, tout en se demandant entre eux ce qu'il entendait par " ressusciter d'entre les morts. » (Marc 9, 2 – 10.)

 

Ce récit devait suivre à l’origine la déclaration de Messianité de Pierre dans Marc 9, 27 – 30 qui était probablement suivit par la déclaration de Marc 9, 1 – 2 : « En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance. »

En effet, les phases d’apprentissages des disciples de Marc 9, 31 – 38 serait plus logique après quand il prépare ses disciples à la montée à Jérusalem. Ce qui renverse le contenu du récit qui devient non une préparation à la mort et à la résurrection de Jésus mais à une préparation à la Parousie que va entraîner la montée de Jésus dans la Ville sainte au moment où Jésus semble prendre conscience d’être le Messie depuis la multiplication des pains, semble – t – il. De fait, celle – ci a lieu 6 jours après la déclaration de messianité de Pierre, qui est une référence probable à Exode 24, 16 : « la gloire du SEIGNEUR demeura sur le mont Sinaï et la nuée (que l’on retrouve dans le récit) le couvrit pendant six jours. » D’ailleurs, dans le targum du pseudo – Jonathan, c’est le « sixième jour » que Moïse est autorisé à monter au sommet du Sinaï. Le choix de Jésus n’est donc pas innocent, comme nous le verrons plus bas.

 

Ici, le récit est vu du point de vue de trois disciples de Jésus, qui les a emmenés au sommet d’une haute montagne, qui est peut – être le mont Hermon, près de Césarée de Philippe, où Jésus avait décidé de vivre dans la clandestinité pour échapper à Hérode Antipas (la multiplication des pains, où une foule de zélotes avaient tenté de le proclamer Roi en faisait maintenant un ennemi). Comme précédemment dans la réanimation de la fille de Jaïre, ce sont Simon Pierre, Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient peu à peu devenus les chefs du groupe des Douze et les plus convaincus de la Messianité de Jésus, tel que le montre les épisodes les concernant de l’évangile. Il y a aussi une allusion probable à Moïse qui lors de son séjour sur le Sinaï est accompagné par trois de ses proches collaborateurs (Exode 1 et 9).

Jésus ne se sent – il pas prêt ? Possible, car dans l’évangile de Marc, lorsqu’il se retire dans un lieu désert c’est pour se préparer par la prière à un événement décisif, mais pour une fois, il ne le fait pas seul. Il a peut – être perçu que ses disciples n’ont pas compris ses propos dans Marc 9, 1 et veut les y préparer avec leurs chefs. Dans la Bible, la montagne est aussi un lieu eschatologique (Isaïe 2, 2 – 3, 11, 19), sorte de nouveau Sinaï, où se réalisera l’accomplissement des prophéties. Peut – être veut –il que les disciples soit sur le même état d’esprit que lui d’un point de vue symbolique.

 

Lorsqu’ils arrivent au sommet, Jésus fut « transfiguré » (en fait transformé), un terme que l’on ne retrouve pas  dans la Septante, mais employé chez Philon d’Alexandrie et Paul de Tarse, donc dans les milieux juifs de la Diaspora et qui s’applique à la mythologie et la magie grecque. Mais la métamorphose ne concerne que « ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu'aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi ». Un signe de nature apocalyptique (I Hénoch 62, 15 – 16). Dans ce même ordre d’idée, les trois disciples voient Élie et Moïse qui discutaient avec lui. L’ordre n’est pas innocent car Élie, d’après le Prophète Malachie (3, 23) et le Siracide (48, 10), devait revenir pour préparer le grand jour tant attendu, et d’après la liturgie du sabbat, le soir durant l’havdala, évoquait sa venue en même temps que le Messie. Et d’après un midrachDieu parle à Moïse : « Quand j’enverrai le prophète Élie, vous viendrez tous deux ensemble. » L’idée de deux précurseurs au Messie (Zacharie 4, 1 – 3) se retrouve ici, même si Moïse ne fut pas toujours associé à celle-ci, mais plutôt à la venue du Prophète (Deutéronome 18, 15, 18), équivalent dans le Pentateuque du Messie, et qui sera pareil à Moïse. Il faut savoir que dans le Judaïsme du Ier siècle, on croyait aussi à la venue d’un roi qui aurait les deux qualifications. Ces deux prophètes, qui annoncent nécessairement la venue du Messie et du jour de Dieu, renforce donc la théorie que Jésus prépare ses disciples à la montée à Jérusalem, qui marquera le moment final qui consacrera le Règne de Dieu.

Simon Pierre, le porte parole du groupe, dit alors : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. » Mais il ne semble pas avoir compris la portée eschatologique de l’événement car il met Moïse avant Élie, suggérant que c’est en tant que Prophète qu’ils sont venus et non en tant que précurseur de la Parousie. Le fait qu’il suggère d’élever trois cabanes pourrait suggérer que l’événement avait lieu lors de la fête des Tentes, où cette pratique est recommandée. Ce qui donne une très grande symbolique au récit si c’est le cas. Mais, comme le suggère Étienne Trocmé, il voulait peut – être faire tout simplement durer ce moment d’une grande intensité. La mention : « Il ne savait que dire car ils étaient saisis de crainte » a probablement été ajouté au récit primitif car Pierre fait ici preuve d’une logique étrange pour quelqu’un saisi de crainte.

 

La suite du récit continue à avoir une tonalité eschatologique. En effet, une nuée, qui dans la Bible est le lieu de la présence divine, recouvre alors les disciples et une voix venue du ciel ou une « fille de la voix » (batqol) dans la langue des rabbins apparaît pour rendre témoignage à Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! »

Mais le titre de « Fils » ou de « Fils de Dieu » n’avait pas au temps de Jésus le sens actuel. Il désignait les juifs pieux (l’exemple des hassidim galiléens, guérisseurs et exorcistes, parmi lesquels Honi le Traceur de cercles, et Rabbi Hanina ben Dosa, à qui ont a attribué ce titre est intéressant), le peuple d’Israël (Jubilés 1, 24) et le Messie attendu, comme le démontre la prédiction de 2 Samuel 7, 14, qui fut réinterprété dans les milieux apocalyptiques, dont les esséniens : « Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils ». On pourrait privilégier que Jésus est un juif pieux, peut – être un hassid lui – même comme le pense Geza Vermes, car dans le Talmud, une batqol qui venait de l’Horeb (là où Moïse aurait reçut la Loi) proclamait quotidiennement au sujet du Rabbi Hanina ben Dosa : « L’Univers entier est soutenu à cause de mon fils Hanina » (bTaan. 24b). Cependant, c’est plutôt le Messie qui doit être privilégié car Jésus a accepté le titre que lui a donné Pierre (Marc 8, 29 – 30), raison pour laquelle il a recommandé le silence à ses disciples, vu le risque couru par cette proclamation, et il a promis à ses disciples qu’il établirait le Royaume de leur vivant (Marc 9, 1 – 2). Et le fait qu’on dise de l’écouter, lui, plutôt que les deux Prophètes, le démontre car c’est le Messie qui vient accomplir les temps.

 

La nuée semble disparaitre ensuite, mais ce n’est pas mentionné dans le récit. Mais le mont Hermon gagne aussi en crédibilité car une des ses caractéristiques est l’apparition subite de nuages qui, après quelques minutes, disparaissent aussi vite qu’ils sont venus. Les disciples restèrent finalement seul avec Jésus comme si l’événement n’avait jamais eu lieu. Et, en descendant de la montagne, « il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu ». Il ne fait que renouveler le secret qu’il confère au titre messianique très dangereux pour celui qui le revendique. Dans la Transfiguration, ce qui est indiqué est que Jésus vient accomplir ces temps à Jérusalem même, ce qui est encore plus dangereux. Donc il fait preuve d’encore plus de prudence en recommandant aux trois disciples de ne pas le répéter aux autres. Mais cette consigne du silence pourrait avoir une autre raison : les disciples ont eu une vision, terme utilisé dans la Bible pour désigner un événement surnaturel et non pas réel, qui avait été renforcé par des effets d’optique : la lumière du soleil faisant resplendir les vêtements, deux ombres prenant des formes humaines, et les nuages qui se dissipaient rapidement. Jésus, qui du fait de leur récit, a, par contre, pu voir une manifestation divine dans cette vision favorable à sa décision (et dont il n’est pas témoin), leur aurait conseillé de ne rien dire craignant qu’il ne serait pas cru. Après tout le débat est ouvert sur le sujet.

 

C’est probablement Marc qui a ajouté « jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts. Ils observèrent cet ordre, tout en se demandant entre eux ce qu'il entendait par " ressusciter d'entre les morts. » Faisant ainsi du récit de la Transfiguration une anticipation de la Résurrection de Jésus, mais montrant aussi que Jésus ne l’avait probablement jamais annoncé car les disciples se demandaient ce qu’était la résurrection des morts alors qu’en Marc 8, 31 – 32, il annonce sa Passion et sa Résurrection. Étrange.

 

Ce récit permet de mieux comprendre la détermination dont fera preuve Jésus lors de son séjour à Jérusalem du moins du point de vue de Simon Pierre, Jacques et Jean qui n'évoqueront l'épisode qu'après sa Résurrection aux autres disciples et peut - être à la communauté naissante sans l'interprétation que lui a donné l'évangéliste. Du moins au départ, rien n'empêche qu'il fut ensuite réinterpréter par eux et connu de la communauté de Marc, probablement à Rome, dans les années 60.

 

freyr1978

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Publié le 26 Février 2012

La lecture du dimanche 26 février est la fin du prologue de l’évangile de Marc, où se trouve le séjour de Jésus au désert et son début de ministère en Galilée :

« Et aussitôt, l'Esprit le pousse au désert. Et il était dans le désert durant quarante jours, tenté par Satan. Et il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient.

Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée, proclamant l'Évangile (du Royaume) de Dieu et disant : " Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l'Évangile. " » (Marc 1, 12 – 15).

 

C’est deux récits très courts qui sont reliés par l’arrestation de Jean le Baptiste et qui mettent en valeur le Jésus prophète.

 

Dans le premier récit, Jésus se rend au désert, probablement celui de Judée, où d’après Marc, son maître Jean le Baptiste prêchait. Il ne le fait pas de sa propre initiative, c’est l’Esprit qui l’y a conduit. Il est donc encore toute à son expérience mystique du baptême et y reste 40 jours. Mais il n’y a aucune mention d’un jeûne comme dans l’évangile de Matthieu et de Luc. Cette durée est une référence aux 40 jours au pied du Sinaï dans le livre de l’Exode et non pas aux 40 ans dans le désert du peuple d’Israël. Donc à une préparation avant la remise de la Loi de Dieu, la torah à son peuple.

Jésus, ici, vit donc un événement quasi équivalent, d’après Marc, mais pas une nouvelle remise de la Loi ou une nouvelle Alliance, mais la venue du Royaume de Dieu tel qu’on le voit dans le second récit. Des signes le montrent : d’abord, Jésus est tenté par Satan, non pas celui du livre de Job et de Zacharie, qui ne désire que la perte de l’humanité, mais ici l’adversaire de Dieu, l’homme qui se fait honorer comme tel, l’empereur de Rome, et de l’occupation duquel Israël sera libéré lorsque les temps seront accompli. Mais contrairement à Matthieu et à Luc qui précise ces dernières, Marc ne les rapporte pas. Un moyen de passer la censure romaine surtout après les persécutions contre les Juifs des autorités locales romaines en Orient et à Rome des années 60 à 70.

Ensuite, il est avec « les bêtes sauvages », inaugurant la prophétie d’Isaïe 11, 6 – 9, où le Règne de Dieu amènera l’harmonie entre tous les animaux et entre les animaux et les hommes. Les anges y sont placés probablement car ils sont le signe de la faveur divine (Psaumes 91, 11 – 13), en particulier celle qui entoure Jésus los de ce séjour au désert.

Mais Marie – Émile Boismard, lui, se figurait le récit du désert dans sa version du Proto – Marc, sans la mention des 40 jours comme une anticipation de l’arrivée du Royaume de Dieu :

« Et aussitôt, l'Esprit le pousse au désert. Et il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient. »

Mais le texte de Marc, vu son ancienneté n’invite pas à une telle suspicion.

 

Cette chronologie est ignorée par l’évangile de Jean selon laquelle Jésus retourne dès le lendemain en Galilée et ne revient en Judée qu’après les noces de Cana, où il serait resté pour pratiquer le baptême, comme le faisait Jean, avec un succès équivalent voire supérieur. Cependant, cette retraite de Jésus au désert n’aurait rien d’impossible si le séjour de Jésus au désert ne dure pas 40 jours, durée purement symbolique, mais seulement après son baptême, une journée. Tout comme on peut le voir dans les autres exemples qui traversent l’évangile de Marc, où Jésus se retire seul pour prier dans des lieux déserts (Marc 1, 35, 45), lorsqu’il doit prendre une décision qui s’avérera décisive. Ce n’est pas alors le seul.

Les mouvements apocalyptiques juifs (esséniens, baptistes, zélotes) avaient une prédilection pour ces lieux, moins bien surveillé par les autorités romaines et leurs collaborateurs. Une mesure de prudence d’autant que Jésus est un disciple proche de Jean. Mais il se peut aussi, que comme les Esséniens du monastère de Qumrân, il s’y soit retiré afin de se préparer à la venue du Royaume, le désert depuis l’Exode était devenu un lieu de purification duquel avait émergé le peuple d’Israël vers la Terre promise.

 

Il semble que cette expérience sera déterminante pour Marc, mais dans les faits, ce sera l’arrestation de Jean, devenu trop dangereux pour le tétrarque de Galilée, Hérode Antipas. Jésus semble ici vouloir réveiller un mouvement en perte de vitesse après l’arrestation de son chef, mais pour cela il décide de quitter la Judée et la sévérité de Pilate (qui a laissé Hérode Antipas prendre Jean en Samarie) pour la Galilée. Pour cela, Jésus reprend son rôle de rabbi, de Prophète, de messager, reprenant son annonce, tel qu’on peut le voir dans Matthieu 3, 2 : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche. » Il en développe même la portée, en reprenant cette prophétie d’Isaïe 52, 7 : « Qu'ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : " Ton Dieu règne. " »

C’est donc l’annonce d’une bessorah, en hébreu, c’est – à – dire « l’annonce d’un événement heureux » qui est annoncé par un héraut, bien plus forte que le terme grec évangile. En effet, pour le peuple d’Israël, car il annonce que son attente est finie, que le « Règne de Dieu est là », une réalité qui n’est pas expliqué car elle est connu par les auditeurs de Jésus car elle se réfère explicitement à la royauté de Dieu sur Israël et au temps de Jésus, tel que le montre la littérature apocalyptique (Psaumes de Salomon par exemple), à la croyance que lors de l’accomplissement des temps, Dieu viendrait régner sur son peuple.

Un enseignement qui reste proche de celui de Jean le Baptiste car l’homme est acteur du Royaume, car il doit se repentir. Le mot hébreu qui en est à l’origine tshuvah est plus fort que le mot grec qui a donné repentir, car il signifie littéralement changer de direction, de voie, de cœur, car si Israël est occupé c’est que le peuple est impur. Ce qui peut expliquer la liaison avec le désert, et aussi l’insistance sur les rituels touchant à l’impureté à l’époque de Jésus. Ce repentir ne passe pas les grands prêtres du Temple mais par le Royaume, donc par Dieu dont Jésus est l’intermédiaire.

Et aussi par la croyance à l’Évangile d’après Marc (on ne retrouve pas ce passage dans Matthieu), c’est – à – dire à ce message de salut. Mais ce message est une annonce subversive annonçant la fin de la royauté de l’empereur sur Israël. C’est donc aussi, comme le suggère Richard A. Horsley, un profond changement de société qu’il annonce, qui vise probablement la masse des paysans, les commerçants et les artisans de Galilée, victimes des taxes romaines. A l’image de l’annonce d’Isaïe 61, 1 – 2 qui inspirera Jésus tout au long de sa vie publique :

« L'esprit du Seigneur Yahvé est sur moi, car Yahvé m'a donné l'onction; il m'a envoyé porter la nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part de Yahvé et un jour de vengeance pour notre Dieu, pour consoler tous les affligés… »

 

Des deux récits émergent donc l’image d’un Jésus prophète, qui annonce un message de salut, la délivrance tant attendue d’Israël par le Règne de Dieu. Est – il alors conscient d’être le Messie ou pense – t – il seulement un des derniers inspirés d’Israël venant annoncer le Royaume ? Il est possible qu’alors ce soit cette solution qui soit préférable, comme le démontre David Flusser, et que Jésus n’a eut conscience d’être le Messie qu’après la mort du Baptiste.

 

freyr1978

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Publié le 19 Février 2012

Je vais vous proposer à partir d’aujourd’hui un commentaire de la lecture de l’évangile de chaque messe du dimanche.

Celle de ce Dimanche 19 février était la guérison du paralytique :

 

« Quelques jours après, Jésus rentra à Capharnaüm et l'on apprit qu'il était à la maison. Et tant de monde s'y rassembla qu'il n'y avait plus de place, pas même devant la porte. Et il leur annonçait la Parole.

Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. Et comme ils ne pouvaient l'amener jusqu'à lui à cause de la foule, ils ont découvert le toit au-dessus de l'endroit où il était et, faisant une ouverture, ils descendent le brancard sur lequel le paralysé était couché.

Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » Quelques scribes étaient assis là et raisonnaient en leurs cœurs : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » Connaissant aussitôt en son esprit qu'ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos cœurs ? » « Qu'y a-t-il de plus facile, de dire au paralysé : « Tes péchés sont pardonnés », ou bien de dire : « Lève-toi, prends ton brancard et marche » ? » Eh bien ! afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre, il dit au paralysé : Je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. »

L'homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant : «  Nous n'avons jamais rien vu de pareil ! » » (Marc 2, 1 - 12).

 

Ce récit ne semble pas suggérer au premier abord une guérison, tout comme dans celui de la synagogue où il expulse un esprit impur. Elle se passe dans le domicile de Jésus, que l’on situe dans la maison de son disciple Simon Pierre. Mais Jésus demeurant dans la ville a très bien pu y avoir son propre domicile. C’est le rabbin, l’interprète de la loi, que viennent voir les habitants de Capharnaüm à l’enseignement non conformiste, qui se différencier de celui des scribes (Marc ne parle presque pas des Pharisiens, mais bien de ces derniers, qui sont les vrais opposants de Jésus avec les sadducéens) ce qui explique alors sa popularité.

Et c’est à ce moment qu’un groupe amène un paralysé posé sur un lit. Á l’époque de Jésus, il faut le savoir les paralysies mentales, dû par exemple à une crise cardiaque, n’étaient pas rares, et, isolait socialement la personne qui en était victime, car elle devenait dépendante des autres pour la porter et l’aider dans sa vie de tous les jours, et ne pouvait assurer un revenu à sa famille. Ici, il n’y a donc pas d’action du Diable (duquel il n’y a que deux allusions réelles dans les évangiles) ni d’ailleurs dans les récits d’esprits impurs trop souvent vus de nos yeux modernes. Mais la maladie était vu comme une sanction des péchés soit de la personne soit des fautes de sa famille, et le temps de l'occupation romaine a peut-être encouragé cette vision, car si Israël était occupé c'était que tout le peuple était fautif, et les maladies et les cas de possession le démontrait. D’après ce que nous savons des maisons de la Galilée de cette époque (notamment grâce aux recherches menés à Capharnaüm), les gens qui accompagnent le paralysé se sont donc vu obligés, du fait du monde devant la porte, de monter par l’escalier annexe de la maison qui donnait accès à une terrasse ou directement au toit. Celui - ci était le plus souvent fait de chaume ou de faille, d’où la facilité pour y faire un trou.


Jésus dit alors : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » Mais ce n’est pas lui qui les remet mais Dieu, car il ne dit pas : « Je te pardonne tes péchés », une erreur qui font trop souvent certains trop peu au courant des pratiques juives de l’époque. Donc l’interrogation des scribes est étonnante d’autant plus pour des gens qui sont eux les interprètes officiels de la loi. Ici, contrairement à ce que dit le récit, Jésus ne blasphème donc pas et ce ne serait donc pas un sujet de débat, tel que l’on très bien montré E. P. Sanders, Marie – Émile Boismard et Paula Fredriksen. Certains, ayant vu le problème, ont pensé que Jésus aurait fait un miracle le sabbat qui impliquait une action du paralytique, interdite dans les prescriptions propre à ce jour, d’où l’opposition des scribes. Mais cela aurait été signalé dans ce récit. Est-ce possible que la communauté de Marc, helléniste, l’ait rajouté pour mettre en valeur le titre de Fils de l’homme de Jésus qui y avait une signification particulière, comme le montre la conversion de l’eunuque éthiopien par le diacre Philippe ? On peut se le demander. Si on garde l’essentiel du récit, ce serait une opinion de quelques scribes et donc non l’opinion majoritaire, et ces derniers, semble – t – il ne trouve rien à redire à la position de Jésus qui n’est pas en contradiction avec la Torah.


Pour Sanders et Boismard, ce débat ne figurait donc pas dans le récit primitif, qui aurait plutôt été le suivant :

« Quelques jours après, Jésus rentra à Capharnaüm. Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. Je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. » L'homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant : « Nous n'avons jamais rien vu de pareil ! »

Un texte court plus court et vivant que le texte actuel et qui pour Boismard aurait figuré dans un Proto – Marc. Et où les gens amènent directement le paralysé à Jésus qui procède à la guérison sans qu’il y ait la présence d’une quelconque foule qui n’aperçoit le paralytique que lorsque le miracle a déjà eut lieu. Jésus respecte ici, semble - t – il, la coutume juive selon laquelle on enseignait à la synagogue et à l’extérieur, dans les places de village ou en pleine campagne, comme le montre le cas du sermon de la montagne et de ses enseignements au bord du lac.

Mais, dans les deux cas, en relevant l’homme, Jésus le fait revivre socialement, et c’est cet élément qui est mis en valeur, tout comme dans le récit de l’homme à la main sèche qui était dans la même situation. Jésus est ici celui qui vient faire revivre son peuple, en lui montrant que Dieu est décidé à lui pardonner ses erreurs, car le Royaume des Cieux (qui viendra sur terre) s'est approché, et avec lui le moment de la délivrance arrive et donc la fin de la maladie. On comprend mieux alors l’exclamation de la foule : « Nous n'avons jamais rien vu de pareil ! » Il est aussi probable qu'il ne se passait pas grand chose dans la ville avant que Jésus vienne y demeurer et en  faire le centre de sa prédication d'où peut-être cette surprise mais qui peut cacher également la compréhension du geste de Jésus.

 

freyr1978

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Publié le 25 Décembre 2011

Il faut savoir d'abord que la tradition chrétienne de Noël s'inscrivant dans une démarche théologique, elle fête davantage l'évènement de la naissance du Christ, plutôt qu'elle ne célèbre une date en particulier ; dans cette optique, l'exactitude et la correspondance des dates avec la réalité historique sont donc des éléments accessoires.
 
On sait, en effet, fort peu de choses sures sur la naissance de Jésus. Á part sa naissance sous le règne d'Hérode le Grand, qui a régné entre 37 et 4 avant Jésus-Christ, donc avant 4 avant Jésus-Christ. Les informations de l'évangile de Matthieu et de Luc ne concordant pas, il est difficile d'établir une date précise. Le premier semble situer les événements en 7 avant J. –C. lorsqu'Hérode exécuta ses fils Alexandre et Aristobule, le choc qui en était sorti serait à l'origine du récit des Mages, du Massacre des Innocents et de la Fuite en Égypte. D'ailleurs, des monnaies émises la même année par Hérode le grand semble suggérer le symbole de royauté dans la conjonction de Jupiter (attachée à la royauté) et de Saturne (qui pour les mésopotamiens représentait la divinité protectrice d'Israël) dans la collection du Poisson (associée au peuple juif) probablement en référence à l'astre de Jacob (nombres 24, 17). Comme le suggère Marie – Françoise Baslez : « on peut comprendre qu'une tradition évangélique l'ait utilisé comme repère chronologique... » (Les mages et l'étoile de Bethléem Les premiers temps de l'Eglise de Saint Paul à Saint Augustin, éditions Gallimard et Le Monde de la Bible, 2004, p. 249.) Les deux événements furent probablement associés car la mort des fils d'Hérode aurait pu marquer dans l'opinion des membres des sectes apocalyptiques, tel les Esséniens, la croyance qu'une nouvelle royauté allait émerger. Les premiers chrétiens aurait vu cet événements dans la naissance de Jésus.
Cependant, d'après Luc cette naissance aurait eu lieu lors du recensement de Quirinius en l'an 6 après Jésus-Christ. Mais ici, la volonté est claire de vouloir historiciser la naissance de Jésus dans un évènement historique plus précis que « aux jours d'Hérode ».  Il y a bien eut un recensement général ordonnée par Auguste en 8 avant J. - C. mais Quirinius n'exerçait pas alors en tant que légat ou gouverneur de Syrie et les royaumes vassaux n'était pas recensés car ils versaient directement le tribut à Rome. Pour une fois, Matthieu doit ici être préféré.
Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!Son lieu de naissance est difficile à définir, car avec les appoints de la recherche archéologique les récits évangéliques doivent être remis en cause. D'après Luc et Mathieu, il serait né à Bethléem, mais à la naissance de Jésus, Bethléem était une zone de grandes fermes, inhabitée. Par contre, son homonyme de Galilée est une candidate plus sérieuse, étant alors habitée. Mais ici, si l'on fait une lecture objective du texte de Luc et du récit de l'Annonciation de Matthieu, Nazareth serait une candidate plus sérieuse. Une position renforcée par les allusions de l'évangile de Marc, Jean et les Actes des Apôtres au fait que Nazareth est sa « patrie » et son surnom de Nazaréen. Ce qui correspondrait à un état primitif des deux textes de la Nativité dans l'évangile de Matthieu et de Luc.
Ses parents, Marie et Joseph était un jeune couple, la première ayant entre 12 et 15 ans, et le second entre 15 et 18 ans. Contrairement à la croyance de la conception virginale, qui ne repose en réalité que sur le récit très suspect de l'évangile de Matthieu basé sur une traduction erronée de la prédiction d'Isaïe 7, 14 (où c'était à l'origine « une jeune femme » et non « une vierge » qui donnait naissance au Messie), Joseph semble bien avoir été le père de Jésus, car dans l'évangile de Mathieu, de Luc et de Jean, Jésus est considéré comme le « fils du charpentier », « de Joseph ». De plus, à l'origine les deux généalogies de Matthieu et de Luc le désignaient comme le père de Jésus, à l'image de l'affirmation de Romains 1, 3, où Jésus serait « issu de la lignée de David selon la chair », donc de Joseph. Et le récit de l'Annonciation n'évoque d'ailleurs pas la conception virginale, car l'ange Gabriel ne dit jamais que Marie enfantera miraculeusement de l'Esprit Saint, comme dans l'évangile de Matthieu, mais simplement que « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre », à l'image de la tente de la Rencontre dans le livre de l'Exode, et des prophètes de l'Ancien Testament. Tout au plus, ce récit indiquerait le rôle de cette dernière dans la communauté chrétienne primitive.
Il est probable que dans une version primitive de l'Annonciation, le récit, comme dans tous ceux de ce genre dans la Bible, se terminait par la réalisation de la promesse divine : « Le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né (, l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la chambre du haut.) Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l'enfant, on l'appela du nom de Jésus. » (Luc, 6-7, 21)
Celle-ci se déroulait probablement dans la maison du couple, car une femme sur le point d'accoucher le faisait toujours en présence de femmes ou de membres expérimentés en la matière s'il n'y avait pas de sage-femme. Le risque de mort en couches était alors fréquent. La chambre haute était la pièce où vivait la famille, et celle du bas était où était entreposé les animaux qui chauffaient la maison. C'est la raison pour laquelle la mangeoire s'y trouve. On ne peut savoir pourquoi la chambre haute était occupée. Les villageois et la famille venant féliciter le père ? Un parent de Joseph et sa famille vivant avec lui ? Une fête, Pâque ou la fête des Tentes se déroulant chez Joseph avec sa famille ? Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!Une hypothèse qui pourrait correspondre au récit de l'adoration des bergers qui situe la naissance de Jésus lors de leur période d'activité qui commençait avant Pâques et se terminait à la moitié d'octobre ou de novembre. De plus le récit primitif de l'Annonciation en indiquant que Jésus était le premier-né du couple laisse à penser que Jésus fut le premier-né d'une famille nombreuse, ce qui n'est pas impossible si l'on tient compte du contexte de l'époque, tel que le montre le fait que le couple suit les procédures pour faire entrer leur enfant dans l'alliance du peuple juif avec Dieu (circoncision et don du nom). Ce petit récit était peut-être issue d'un petit sommaire rédigé par une communauté judéo-chrétienne, entre les années 50 et 60, en réponse aux arguments de Paul qui affirmait que Jésus avait libérer les chrétiens du respect de la Loi juive, en montrant que dès l'enfance Jésus respectait cette loi. Il en aurait de même probablement du récit qui a donné naissance à l'Annonce à Joseph dans l'évangile de Matthieu qui à l'origine figurait ainsi et confirmerait le précédent :
« Dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, une jeune femme dont le nom était) Marie, était accordée en mariage à (un homme du nom de) Joseph (, de la maison de David) ; Joseph prit chez lui son épouse, et elle lui enfanta un fils (premier né), auquel il donna le nom de Jésus. » (Matthieu 1, 18.)
Les récits de Nativité n'émergèrent qu'en 60 et 70, sous forme de traditions judéo-chrétiennes, où Jésus anticipait dès sa naissance, à l'image de Moïse et de Jacob, les grands événements qui marqueront sa vie, à l'image du récit des bergers, où ce sont les marginaux qui reconnaissent dans l'enfant le pasteur d'Israël, bouclant la boucle inauguré par le roi David, qui fut lui aussi berger. C'est Luc qui rassembla dans les années 80 l'Annonciation primitive avec le récit des bergers en y introduisant le recensement de Quirinius pour lier les deux.
 
Mais la naissance de Jésus, que les Pères de l'Eglise le faisait naître entre Mars et Juin, ne semblait guère intéressait les Chrétiens, Pâques étant alors la fête par excellence. D'ailleurs, la date du 25 décembre, à partir du règne d'Aurélien (270-275), correspondait à l'une des fêtes les plus importantes du calendrier païen romain: la fête de Sol invictus, du Soleil invaincu, qui avait lieu au même moment que le solstice d'hiver, et dont l'empereur était un adorateur. Le Soleil était alors couramment associé à la figure du dieu Jupiter, chef du panthéon gréco-romain classique, ou encore à l'image du dieu Mithra, l'une des plus importantes divinités orientales.C'est au même moment que le Christianisme, né au Ier siècle de la tradition juive, a rapidement gagné, dans les IIIe et IVe siècles, de nombreux sympathisants auprès de l'aristocratie lettrée romaine, déjà gagnée à la cause du néoplatonisme (qui professait l'existence d'un Être suprême) et pour qui l'idée de gagner son salut et la vie éternelle pouvait être une perspective attrayante. Or, si la conversion de l'élite romaine connaissait beaucoup de succès, celle du vulgum pecus, du « bas peuple », n'allait pas de soi. Pour une population majoritairement rurale habituée à prier une multitude de dieux (il s'agissait d'une religion somme toute utilitariste, chaque aspect de la vie étant balisé par une divinité), l'idée de s'adresser désormais qu'à un seul dieu unique pouvait sembler incompréhensible et encore plus saugrenue si cela devait aussi signifier d'abandonner toutes les fêtes religieuses (et elles étaient nombreuses) qui ponctuaient l'année. Dans cette optique, l'Église chrétienne naissante n'eut d'autre choix que de « romaniser » ses dogmes et le culte de son dieu: l'on christianisa l'art païen, l'on instaura aussi le culte des saints intercesseurs (qui encadraient différents aspects de la vie quotidienne, à la façon des anciens dieux) et l'on récupérera les fêtes les plus importantes de l'ancien calendrier païen. 
 
En effet, pour la religion chrétienne, la fête de Noël n'existait pas car théologiquement, la royauté du Christ n'étant pas de ce monde, certains comme Origène (milieu du IIIe siècle ) refusent de célébrer cette naissance ainsi qu'on le faisait à l'époque pour un souverain temporel (roi, empereur, pharaon, reine) ; c'est à partir du IIe siècle, que l'Eglise recherche la date précise de la naissance du Christ pour laquelle les évangiles sont muets. L'absence de document établissant la date de naissance de Jésus permit de laisser le champ libre à l'Eglise pour choisir une date qui coïncide avec le solstice d'hiver pour contrer la fête païenne de Sol Invictus.Pourtant, pendant près de trois siècles, les chrétiens ne semblent pas avoir célébré d'autre fête annuelle que Pâques. Progressivement va apparaitre le désir d'historiciser la naissance de Jésus-Christ. C'est à partir du IVe siècle, une fête de la conception et de la naissance de Jésus, traduites par l'Epiphanie et Noël, va prendre place à côté des fêtes plus anciennes de Pâques et de la Pentecôte dans le calendrier liturgique chrétien en composition le 6 janvier. C'est vers 330 que l'empereur Constantin fixa la date au 25 décembre, mais ce n'est qu'en 353, sous le pape Liberius (ou Liberos) que la fête de la naissance du Christ fut instituée à Rome. L'Eglise d'orient, qui jusqu'alors célébrait la naissance de Jésus le 6 janvier jour de l'Epiphanie, adopta en 381 elle-aussi la date du 25 décembre sur l'initiative de Grégoire de Nazianze, célébrant ainsi la venue sur terre du sauveur. Cependant, même si les patriarcats de Constantinople et d'Antioche et l'Église de Grèce  célèbrent la naissance de Jésus et la visite des mages le 25 décembre parce qu'ils ont adopté le calendrier grégorien, les Églises russes, serbes, arménienne, copte et éthiopienne continue de célèbrer la naissance de Jésus et la visite des mages le 7 janvier (13 jours après le 25 décembre), parce qu'elles ont gardé le calendrier julien.
En 425, l'empereur d'Orient Théodose II codifia officiellement les cérémonies de la fête de Noël, ainsi Noël devint une fête exclusivement chrétienne.Le concile d'Agde en 506 rendit cette fête obligatoire, et l'empereur d'Orient Justinien, en 529, en fit un jour férié. C'est à partir du Ve siècle, sous le pontificat de Grégoire le Grand que l'on commença à célébrer la messe de minuit.Au VIIe siècle, l'usage s'établit à Rome de célébrer 3 messes : la vigile au soir du 24 décembre, la messe de l'aurore et la messe du jour le 25 décembre. La fête de Noël se repandit progressivement en Europe, puisqu'elle fut célébrée dés le Vème siècle en Irlande, le VIIe siècle en Angleterre, et au VIIIe siècle en Allemagne , au IXe siècle, dans les Pays scandinaves, aux IXe et Xe siècles dans les pays slaves.

Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!Mais malgré la codification des cérémonies par l'Empereur Théodose, les rites de la fête de Noël chrétienne s'étaient peu à peu mélangées à ceux de celle célébrée par les païens, notamment ceux des fêtes des Saturnales. En effet, les éléments de ces deux célébrations s'accommodent et on parvient donc à un mélange des traditions du solstice d'hiver et de la célébration de Nativité. C'est cette « union » qui serait probablement à l'origine de certaines des coutumes actuelles. Par exemple, déjà à cette époque, les gens s'offraient des cadeaux, décoraient leurs maisons avec du lierre, du gui ou encore du houx, et on y trouvait déjà le côté festif que la fête a encore aujourd'hui à travers d'immenses festivités, qui étaient caractérisées par un gaspillage inouï. C'est peut-être aussi à cette époque qu'aurait vu le jour la tradition originale de la bûche de Noël, où l'on faisait brûler dans la cheminée une véritable bûche, et son embrasement constituait l'un les moments forts de la veillée de Noël. Bénie par le chef de famille, arrosée d'eau-de-vie ou de vin, elle était décorée de rubans et de feuillages, et ses tisons soigneusement conservés étaient censés protéger de la foudre. En Sicile, on la brûlait solennellement devant la crèche figurant la Nativité. Chêne, frêne, tilleul ou olivier, l'arbre utilisé varie selon les régions.
On se retrouvait autour d'immenses tablées, autour desquelles on mangeait et on buvait souvent en excès, on dansait et on jouait. Les jeux de cartes étaient particulièrement à la mode. En Angleterre cette pratique n'était autorisée que durant la période de Noël.
Les pièces de théâtres et les représentations scéniques étaient très appréciées en Europe. Elles étaient en général assez crues, animées et équivoques. Leur contenu, symbolique, puisait souvent dans le répertoire dramatique et comique gréco-romain, fortement inspiré par la mythologie gréco-romaine. Mais l'Église sut être pragmatique. Au lieu d'interdire formellement ces pratiques, elle tenta de leur opposer des pièces et tableaux vivants qui avaient pour thème principal la naissance du Sauveur selon les données des Evangiles de Matthieu et de Luc. Donc de christianiser les représentations scéniques si bien qu'à partir du XIIe siècle, la célébration religieuse fut accompagnée de drames liturgiques, les mystères mettant en scène l'adoration des bergers ou la procession des mages. Ces drames liturgiques se jouent primitivement dans les églises, puis gagnent les parvis, et sont à l'origine des crèches vivantes, dont pourtant, la première aurait été l'œuvre de François d'Assise, fondateur des franciscains, en 1223. Les premières crèches d'église apparues dès le XVe siècle en Italie, et au XVIe siècle en France, ont remplacé de manière statique et théâtrale les jeux scéniques des liturgies médiévales.
Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!C'est en 1521 que l'arbre de Noël est mentionné pour la première fois à Sélestat en Alsace. Le rapprochement avec les mystères, pièces de théâtre jouées dans les églises ou sur les parvis est probable : au temps de Noël, on représentait les récits bibliques de la Création du monde, et un sapin figurait l'arbre de vie planté au milieu du paradis terrestre. Cet arbre était décoré d'oblatas (offrandes, petites friandises figurant les hosties), et de pommes représentant le fruit défendu, objet du premier péché, et parfois des roses, symbole de la vierge, bouclant ainsi la chaîne.
Noël était devenu une fête d'une grande prodigalité. Il a toujours été de coutume de fêter Noël avec un plat à base de volaille, essentiellement des oies, car elles étaient considérées comme l'oiseau solaire et garantissaient la protection du soleil à celui qui en mangeait. La dinde est devenue un menu de Noël car elle représentait un volatile inhabituel et était dégusté en temps de grandes fêtes. On pense que cette tradition serait plutôt venue d'Angleterre, puisque ce serait le roi Henri VIII (1509-1547) qui l'aurait mise à l'honneur dans le second quart du XVIe siècle, et qu'en France la première dinde aurait été mangée au cours du repas de Noël de Charles IX (1560-1574).
 
Mais la Réforme protestante amena une certaine évolution. En effet, dans les pays réformés, les célébrations de Noël, fête jugée trop païenne ou trop catholique, sont limitées, voire même modifiés, tel que le montre le fait qu'à partir de 1560 les réformés préfèrent le sapin de Noël, symbole du Paradis, à la représentation de la Nativité par la crèche. On est alors en plein iconoclasme protestant.
Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!C'est ainsi qu'en Ecosse les presbytériens interdirent dès 1583 les célébrations de Noël. Et de même, les puritains anglais finirent par faire triompher leurs conceptions lors de la guerre civile de 1642 et les célébrations de la Nativité furent interdites à partir de 1647. Les britanniques furent donc obligé de travailler le jour de Noël comme un jour ordinaire. Mais certains le refusèrent et continuèrent à fêter Noël en famille. Et finalement, le roi Charles II finit par lever cette interdiction et les célébrations furent rétablies en 1660 mais elles restaient mal vues de la majorité du clergé anglican. En Amérique du Nord à Boston, les premiers colons, puritains, interdirent, également, les célébrations de Noël. L'interdit sera levé en 1681, et les coutumes européennes s'y répandront. Les troupes allemandes du roi d'Angleterre introduisent, ainsi, l'arbre de Noël en Pennsylvanie dès l'époque de la guerre d'Indépendance (1776-1783), et ce sont ensuite des Germano-Américains installés dans le New Jersey et l'Ohio qui l'acclimatent définitivement outre-Atlantique.
La Réforme, qui va de pair avec l'imprimerie, a aussi permis de populariser un peu plus la fête, notamment avec sa volonté de donner accès à tous à la Bible et en mettant en avent les cantiques et le chant. Ce qui explique pourquoi les chants de Noël, au XVIe siècle, étaient alors attestés dans toutes les provinces et, parce qu'ils sont détachés de la liturgie (en latin), commencent à être édités dans les langues régionales et diffusés par les colporteurs. Et en même temps, les Bibles de Noël, contenant les paroles de Noëls régionaux, ont connu de très nombreuses éditions dans la littérature de colportage du XVIIe au XIXe siècle. Les colporteurs vendaient également des estampes qui représentaient la Nativité et comportaient des cantiques.
 
Avec la Contre-réforme catholique au XVIIe siècle, les représentations liturgiques seront, elles aussi interdites, jugées trop profanes. Mais il faut dire, comme nous l'avons vu plus haut, qu'elles ne furent jamais en odeur de sainteté.
Cependant, cette Réforme catholique favorisa des éléments qui ne furent plus mis en valeur par les Protestants, tout en reprenant ceux que j'ai évoqués plus haut. À Naples ou dans le Tyrol, les crèches baroques des XVIIe et XVIIIe siècles deviennent de véritables œuvres d'art, riches de dizaines de personnages réalisés en bois, en terre cuite ou en faïence. Installée dans une grotte ou dans une modeste étable, la crèche traditionnelle s'est répandue dans les familles de fidèles où elle ne rassemble plus modestement que les personnages de l'Enfant Jésus, de Marie, de Joseph, des bergers et de Rois mages, sans oublier l'âne et le bœuf, omniprésents dans toute l'iconographie traditionnelle de la Nativité mais absents des textes évangéliques évoquant la naissance du Christ. C'est à la fin du XVIIIe siècle que le Marseillais Jean-Louis Lagnel invente les « santons de Provence », c'est-à-dire les représentants de tout le petit peuple du Midi, assimilés aux santi boni, aux « bons saints » devenus les santoni italiens et les santouns provençaux, favorisant, en France tout d'abord, la diffusion des crèches domestiques. Les personnages étaient alors façonnés avec de la mie de pain séchée, puis peints à l'huile et au vernis.
En 1582, lorsque le pape Grégoire XIII décide de corriger le calendrier julien, il décide de ne pas déplacer Noël, qui tombe alors un 25 décembre, conformément au Concile, mais contrairement à la fête païenne romaine dont elle était inspirée. Une manière de marquer la victoire du Christianisme ?
 
Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!On prit alors l'habitude à partir de là de fêter Noël plus discrètement et les coutumes devinrent semblables à celles que nous connaissons aujourd'hui.
Même dans les pays catholiques comme l'Italie et la France, où les puritains n'avaient pas beaucoup d'influence, Noël était devenu une fête de recueillement en famille. Au XVIIIe et XIXe siècle, la tradition qui consiste à échanger des cadeaux à Noël ou des étrennes au jour de l'An commença à se répandre. Les cadeaux de Noël sont sans doute une représentation symbolique des présents que les Roi Mages apportèrent à Jésus.
Et à sa suite, les coutumes de Noël ne feront qu'évoluer par la suite avec les progrès techniques et autres artifices. Par exemple, la tradition d'illuminer le sapin apparaîtra au XVIIe siècle, d'abord avec des coquilles de noix vides remplies d'huile à la surface desquelles flottait une petite mèche (la cire étant très chère à l'époque), puis avec des bougies, et en 1806, une gravure illustre de nouvelles ornementations inaugurant les petits personnages, les animaux et les gâteaux. L'étoile accrochée traditionnellement au sommet de l'arbre symbolise l'étoile de Bethléem qui guida les Rois Mages vers Jésus-Christ. Mais tous ces artifices ne se développeront vraiment que milieu XIXe- début XXe siècle avec la révolution industrielle et il faut attendre 1880 pour que les premières décorations électriques apparaissent aux Etats-Unis. Edward Johnson, l'associé de Thomas Edison, installa une guirlande de 80 petites ampoules électriques sur un arbre de Noël. Jusqu'en 1950, c'est en Allemagne et en Europe de l'Est que la production des décorations de Noël culminait. Les artisans travaillaient le verre, le métal, la cire et le bois. Les personnages étaient fabriqués en coton et les cheveux d'ange en fibres métalliques. La boule de Noël était à l'origine une pomme, mais l'hiver rigoureux de 1858 en réduisit considérablement la récolte. Un artisan verrier eut alors l'idée de créer les boules que nous connaissons aujourd'hui.
C'est aussi à partir du XIXe siècle, en même temps qu'apparurent la plupart des chants profanes (Mon beau sapin, Jingle bells...), que les organismes caritatif offrent aux plus démunis le traditionnel repas de Noël, et au même moment que la dimension religieuse va s'estomper vers 1850 pour laisser place à une fête encore plus familiale car l'enfant acquiert une place fondamentale au sein de la famille. Bonne fête de Noël à tous et à toutes !!!Le fait qu'en 1868 Santa Claus, le Père Noël, dont la première évocation du Père Noël date de 1823 dans un poème américain de Clement Clarke Moore, soit popularisé aux États-Unis par la couverture du Harper's Magazine, dessinée par Thomas Nast, originaire du Palatinat, qui est à l'origine de sa représentation moderne en rouge, le démontre aisément. Et aussi l'acclimatation de coutumes en dehors de l'Allemagne, tel l'arbre de Noël. En Angleterre, c'est une suivante de la reine Caroline de Brunswick, épouse allemande du roi George IV, qui introduit à la cour le premier arbre de Noël en 1821, et la coutume se généralise sous le règne de la reine Victoria, elle-même mariée à un prince allemand, Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. À Paris, c'est également une princesse allemande, Hélène-Louise de Mecklembourg-Schwerin, épouse du duc d'Orléans, fils aîné de Louis-Philippe, qui fait dresser aux Tuileries, en 1837, le premier sapin de Noël ; mais il faut attendre les lendemains de la guerre de 1870 et l'extraordinaire popularité de tout ce qui rappelle l'Alsace perdue pour que la coutume se généralise. L'Italie et l'Espagne, terres de forte tradition catholique, demeureront longtemps rétives au sapin de Noël, assimilé à une pratique étrangère, née dans les pays protestants de l'Europe germanique et rapidement adoptée par les Anglo-Saxons et les Scandinaves. Et dès 1890, le président Harrison fait installer un sapin de Noël à la Maison-Blanche. C'est aussi en 1875 qu'apparait l'imitation de la vraie buche par un pâtissier de la rue Bucci à Paris, 6e.
Une chose dont est de plus en plus consciente l'Église catholique qui en 1893 enrichit le temps de Noël en instaurant la fête de la Sainte Famille le dimanche qui suit immédiatement Noël. Ce qui n'est pas une mauvaise idée, en effet, le développement économique qui s'opère plus tard, au milieu de XXe siècle, ne fait qu'accentuer l'importance de la fête, en même temps que le Père Noël, quittant le sol américain, gagne toute l'Europe, même si les Mages résistèrent plutôt bien en Espagne. Ceci va engendrer la modification de la symbolique de la fête de Noël qui va peu à peu se transformer, pour finalement devenir une fête commerciale orientée sur la famille et l'échange de présents, de cadeaux, notamment avec le développement de la commercialisation de la bûche à partir de 1945.
 Mais Noël continue malgré tout à être un moment où l'on célèbre la paix si bien qu'à cette occasion le pape prononce son fameux message au Monde, urbi et orbi.

J'espère vous avoir appris des choses utiles sur cette fête qui comme cela arriva souvent d'un départ religieux pris un tour commercial. Toutefois, elle reste une fête de famille, ce qui est une bonne chose, même pour un catholique pratiquant tel que moi !

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Publié le 23 Décembre 2011

L'Avent va se terminer Dimanche avec la fête de Noël, j'ai donc tenu à consacrer un article à ce temps de préparation peu connu mais qui mérite qu'on s'y arrête.
 
L'Avent est un temps dans les églises catholiques, orthodoxes, et protestantes de préparation pour l'évènement qui aura lieu le 25 décembre, le jour de Noël, qui a signification plus que commerciale dans les deux confessions chrétiennes, car c'est le jour où on fête la naissance de Jésus.
En effet, le mot Avent vient du latin adventus qui signifie avènement. Dans la religion polythéiste romaine, on croyait que la divinité venait dans le Temple un jour fixe de l'année, et donc le mot adventus désignait ce jour. La fête était comme un anniversaire qui donnait lieu à des festivités. Dans l'empire, le mot fut repris pour parler de la célébration de l'entrée dans Rome ou dans les cités de l'empire de l'empereur au début de son règne (lors de son avènement) ou après un long voyage. Le mot apparaît sur des monnaies avec l'empereur représenté la plupart du temps à cheval. Cette célébration était accompagnée de grandes fêtes ; Pline le jeune dans un texte sur l'adventus de Trajan raconte : « de tous côtés un peuple en liesse, partout même joie et mêmes acclamations ». Puis le mot avent en vint à désigner un terme grec « parousia » (parousie) employé dans l'Église des premiers siècles, traduit en latin par « adventus ». On emploie ce mot en grec et en latin pour designer la seconde venue du Christ à la fin des temps. Puis ce mot a été utilisé pour designer le temps liturgique qui précède la fête de Noël qui par la naissance de Jésus, symbolisait l'avènement du Messie, non plus dans une perspective juive mais chrétienne.
 
L'avent, une bonne préparation pour Noël !La première référence à l'Avent nous vient de la province romaine d'Hispanie, l'actuelle Espagne. En 380, le synode de Saragosse prescrit une préparation de trois semaines du 17 décembre au 6 janvier, fête de l'Epiphanie, jour où on célébrait auparavant en commun la nativité de Jésus, la Visite des Mages et son baptême (Á ce sujet j'en dirais un peu plus dans l'article que je consacrerai à la fête de Noël). Le 17 décembre, où commençait l'Avent était aussi la date du début des Saturnales, des fêtes qui duraient jusqu'au 23 décembre et pendant lesquelles les hiérarchies sociales et les conventions morales étaient bouleversées. On peut facilement comprendre que l'église ait demandé aux fidèles cette période de pénitence et de réflexion pour qu'ils évitent de sombrer dans la débauche qu'entraînaient les saturnales. La pratique existait aussi à Ravenne, en Italie, en Gaule et en Espagne, où, le jeûne et l'abstinence durait, aussi, alors 6 semaines comme lors du Carême. Ce caractère pénitentiel, tout comme à Saragosse, préparait probablement les Catéchumènes (futurs baptisés) au baptême qui leur serait administré à l'Épiphanie, le 6 janvier.
Ce caractère pénitentiel prend plus de valeur dans l'Église d'Orient après le concile d'Ephèse de 430 qui exalta la maternité divine de Marie, devenue Theotokos, « Mère de Dieu ». Elle célébrait alors la naissance du Christ le 6 janvier, par une fête appelée « Epiphanie » qui était précédé d'une préparation par 40 jours de jeûne et de pénitence, à l'image du Carême, qui était vue comme une sorte de méditation anticipée sur la venue du Sauveur et le salut opéré par la divinisation de la nature humaine.
L'avent, une bonne préparation pour Noël !Cette note pénitentielle se retrouve en Gaule et en péninsule ibérique à la fin du Ve siècle du fait des relations étroite de ces églises avec l'Église d'Orient. En Gaule, selon l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours au livre dixième, c'est une ordonnance du sixième évêque de Tours (460-490), Perpet, qui décréta que l'Avent commencerait le 11 novembre, fête de saint Martin - jour très spéciale comme on peut le présumer pour la ville - pour maintenir les quarante jours de jeûne. Cependant jusqu'au VIe siècle cette pratique n'a probablement pas dépassé les limites du diocèse, même si à Rome, au même moment, le Sacramentaire Gélasien cite pour la première fois l'Avent, comme une période de cinq semaines, à la fin du Ve siècle, qui tombaient les lundi, mercredi et samedi suivant la fête de sainte Lucie, le 13 décembre. Une semaine avant la Nativité, ces jours étaient porteurs d'un thème pénitentiel particulier car il était mis en avant le caractère eschatologique de la fête en préparation à la Seconde Venue du Christ à la fin des temps. Ici, ce qui prévalait c'était l'attente telle que l'on retrouvait cette année dans la lecture de l'évangile du premier Dimanche de Carême : « Veillez donc car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l'improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! » (Marc 13, 35-37.)
En Gaule, le deuxième concile de Tours en 567 avait repris la durée de trois semaines définie par le concile de Saragosse et enjoignait aux moines de jeûner du début du mois de Décembre jusqu'à la nativité. Par contre, le concile de Macon en 581 adopta pour son diocèse les prescriptions du diocèse de Tours en ordonnant que le jeûne se fasse les lundi , mercredi et vendredi, consigne applicable à tous les fidèles ; et il ordonna, aussi, que les offices de cette période se fassent selon les rites du Carême, ce qui favorisa leurs développements dans toute la Gaule qu'explique également le fait que Tours était un grand centre de pèlerinage. Si bien que la période s'appela en Gaule le carême de la Saint-Martin, ainsi que dans la péninsule ibérique, où la Saint Martin était aussi une fête très importante. Mais dans les autres pays, où avait lieu la même pratique, on préférait la célébrait entre le 27 novembre et le 3 décembre.
L'avent, une bonne préparation pour Noël !À la fin du VIe siècle, pendant le pontificat de Grégoire le Grand (590-604), une courte préparation de cinq semaines finit par s'imposer dans l'Église de Rome. Les dimanches étaient centrés sur la commémoration joyeuse de la naissance de Jésus, le 25 décembre. Le thème pénitentiel, très présent autrefois, s'estompa, et la période devint une attente joyeuse de l'avènement du Seigneur, sans l'observance d'un jeûne. C'est ainsi que les quatre dimanches devinrent symboliques des quatre mille ans, où les gens ont dû attendre en fonction de histoire de l'église après la chute de l'homme dans le paradis au Rédempteur. Cependant, la Liturgie ambrosienne ou de Milan en comptait six. Les Chrétiens orientaux n'avaient pas non plus une uniformité complète : c'était un jeûne facultatif que les uns commençaient le 15 novembre, d'autres le 6 décembre, d'autres seulement quelques jours avant Noël.
 
C'est seulement en 785 que le pape Adrien Ier avait envoyé à Charlemagne un exemplaire du sacramentaire grégorien modifié par le pape Grégoire II qui décida ce dernier à adopter la liturgie romaine dans tout son empire. Et au VIII-IXème siècle, les messes de l'Avent passèrent ainsi au début de l'année liturgique, pendant que l'empire byzantin, qui devenait de plus en plus autonome au niveau religieux à partir du IXe siècle, suivait ses propres pratiques que nous avons évoquées plus haut. Et, par la suite, en France, le jeûne non plus à la Saint Martin mais à la Saint André, saint alors plus populaire, mieux donc à entretenir la ferveur de cette pratique, qui devint de moins en moins respecté au fur et à mesure de la période médiévale, si bien qu'au XIIIe siècle, il était déjà tombé en désuétude, à tel point que dans la Bulle de canonisation de Louis IX, roi de France, on cite le zèle avec lequel il observait ce jeûne, démontrant que c'était devenu un usage observé seulement par les chrétiens d'une rare piété. En effet, aucune peine canonique n'a jamais été attachée à l'infraction des pratiques de l'Avent, telles que l'abstinence et le jeûne. Les ordres religieux mêmes se contentaient déjà, du temps de Bernard de Fontaine, abbé cistercien de Clairvaux (1115-1153), d'une abstinence plus sévère que dans les autres époques de l'année, excepté celle du Carême.
Même si pour le XIIIe siècle, il y eut des exceptions, c'est ainsi que dans son diocèse, Durand, évêque de Mende, nous apprend que le jeûne était alors généralement respecté. Quand le pape Urbain V monta sur le siège pontifical, en 1362, il se contenta, finalement, d'ordonner aux gens de sa cour à l'abstinence (beaucoup moins stricte), le jeûne n'étant donc plus en usage. De plus, on pouvait dès lors manger et boire pendant ce temps de préparation, avec une exception, les religieux et les responsables de l'Église catholique, qui devait observer le jeûne. Les mariages et les fiançailles ne pouvaient d'ailleurs être célébrés durant cette préparation même après la fête de Noël jusqu'à l'Epiphanie. Une tradition fort ancienne qui s'explique par le fait que primitivement la fête de la naissance de Jésus se célébrait le 6 janvier, sous le nom de Théophanie. Cette prohibition est toujours en cours actuellement. Il existait aussi en France une ordonnance du roi Jean Ier qui défendait aux magistrats de vaquer aux travaux de la judicature pendant l'Avent : In adventu Domini nulla assisa capi debet.
 
L'avent, une bonne préparation pour Noël !Dans le même temps, le côté joyeux de cette préparation se développa car on célébrait l'attente qui amenait à l'arrivée du Christ « Soleil de Justice », Noël marquant la remontée du soleil après le solstice d'hiver. Donc la lumière joua un grand rôle dans les rituels grégorien et byzantin. On allumait ainsi lors du culte, quatre bougies, à chaque dimanche de l'avent, chez les catholiques et six, du fait d'une durée plus longue de l'avent chez les orthodoxes, rituel qui se maintien encore aujourd'hui. En Occident, à l'imitation du rituel religieux, se développa aussi la coutume de la joie de vivre et de la lumière dans la famille. Les branches d'arbres et les feuillages étaient justement utilisés pour les lumières qui étaient souvent allumées avec les cierges de l'Avent. Mais cette coutume, trop semblable à celle des feux de joie, jugées trop païennes, furent peu à peu remplacés par les bougies et les lanternes que l'on allumait lors des quatre Dimanche de l'Avent au cours des quatre messes de l'Avent afin de faciliter la préparation des fidèles.
L'avent, une bonne préparation pour Noël !C'est au XVIe siècle qu'apparut, dans le même état d'esprit, la couronne de l'Avent en Allemagne du nord et en Prusse, car en forme de cercle, elle devait rappeler aux Chrétiens le retour annuel et immuable du Christ au mois de décembre. Elle constituait alors en une couronne sur laquelle était disposé 4 cierges, en fonction des Dimanche séparant l'Avent de Noël. Très vite, en Suède, à partir de la Réforme luthérienne, la couronne fut réservée pour la Sainte Lucie le 13 décembre.
Mais l'application de l'Avent resta libre et il resta des disparités régionales dans tous les pays catholiques. Si bien que le Concile de Trente, après avoir étudié les différents exemples régionaux, décida d'imposer la liturgie grégorienne à toutes les églises de confession catholique. Mais les règnes les plus contraignantes seront celles du Bréviaire du pape Pie V en 1570. Malgré tout, dans certains diocèses, sont resté dans le rite ambrosien, par exemple, dans l'archidiocèse de Milan, où la saison de six semaines de l'Avent s'est maintenue jusqu'à aujourd'hui probablement du fait de l'ancienneté de la tradition attribué à l'évêque de Milan, Ambroise. Mais étrangement cet effort de réunion des liturgies intéressa tout autant la Réforme protestante qui s'en inspira. C'est ainsi que le rituel grégorien fut repris dans un grand nombre d'églises réformées, en particulier Luthérienne, Anglicane et Méthodiste, tout au long du XVIe au XIXe siècle. Ce qui explique la proximité actuelle des rituels entre les deux grandes confessions chrétiennes actuelles, même si le protestantisme est lui plus divers.
L'avent, une bonne préparation pour Noël !C'est au XIXe siècle que vit le jour la couronne de l'Avent actuelle. Elle serait l'œuvre de Johann Heinrich Wichern (1808-1881), éducateur et théologien de Hambourg, qui avait recueilli des enfants très pauvres dans le Rauhe Haus, une vieille ferme. Comme, pendant le temps de l'Avent, ils lui demandaient toujours quand Noël allait enfin arriver, il fabriqua en 1839 une couronne de bois, avec dix-neuf petits cierges rouges et quatre grands cierges blancs. Chaque matin, un petit cierge de plus était allumé et, à chaque dimanche d'Avent, un grand cierge. La coutume n'a retenu que les grands. Traditionnellement, les bougies sont rouges, couleur du feu et de la lumière. En Suède, elles sont blanches et évoquent la pureté tandis qu'en Autriche, elles sont violettes et symbolisent la pénitence. Depuis 1860, l'année où est née officiellement la couronne de l'Avent, on utilise des branches de sapin. Mais c'est seulement depuis le début du XXe siècle, que la couronne est devenue en Allemagne une des traditions de Noël (ce ne sera le cas en Autriche qu'à partir de 1945). C'est aussi au XIXe siècle que le calendrier de l'Avent vit le jour. Certaines familles protestantes, en effet, distribuaient des images pieuses chaque matin aux enfants, durant 24 jours, pour canaliser leur impatience avant Noël. Le premier calendrier imprimé apparaîtra en 1908 et consistait en 24 images détachables à coller chaque jour sur un support pour former un poème religieux. Mais ce n'est qu'en 1920 que fut commercialisé le premier calendrier de l'Avent avec des petites portes ou fenêtres à ouvrir, où l'on cachait des friandises. En 1958 apparaissent les premières surprises en chocolat.
 
Cependant, l'Église catholique n'avait toujours pas pris officiellement position sur le jeûne de l'Avent ce n'est finalement qu'en 1917 que le pape Pie X décide de faire figurer dans le droit canon que le jeûne n'était plus nécessaire. Ce n'était que prendre en compte l'évolution des temps et la remise en valeur de la liturgie grégorienne, beaucoup plus joyeuse.
Et en 1963, la Constitution sur la liturgie du concile Vatican II déclarait que l'Eglise « déploie tout le mystère du Christ pendant le cycle de l'année, de l'incarnation et de la nativité jusqu'à l'Ascension, jusqu'au jour de la Pentecôte, et jusqu'à l'attente de la bienheureuse espérance du Seigneur ».
L'Avent conserve ses spécificités en fonction des confessions qui le pratique. Il faut savoir que celui-ci pour les catholiques et les protestants fait débuter l'année liturgique, et que celui orthodoxe tend surtout vers l'Epiphanie « fête des lumières » tandis que celui catholique et protestant (pour ceux qui le pratique) tend surtout vers Noël, fête de la venue du Christ. C'est la raison de l'utilisation des cierges dans les trois confessions, car les Luthériens et les Anglicans pratiquent un Avent très proche de celui des catholiques.
Dans la liturgie byzantine, le dimanche qui précède, est celui de la commémoration de tous ceux qui, depuis Adam et Eve, les Premiers créés jusqu'à Joseph, le fiancé de Marie, , ont annoncé la venue dans la chair du Fils de Dieu que ce soit par leurs oeuvres ou par leurs paroles. La liturgie unit ainsi tous les ancêtres selon la chair, en même temps que les Justes et les Prophètes, car selon les paroles du Seigneur lui-même : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère et une soeur et une mère. » (Matthieu 12. 49)
De plus, l'Avent se prénomme le Carême de Noël qui est une période de jeûne où l'on ne peut pas manger de viande. La veille de Noël, on ne mange que le soir, et on prend seulement des céréales et des fruits. La fin du carême de Noël est après la célébration de Noël. Le carême de Noël dure 40 jours et il est plus long que le temps de l'Avent catholique qui commence le quatrième dimanche avant le 25 décembre, donc selon les années entre le 27 novembre et le 3 décembre. Le carême de Noël n'est pas, comme l'Avent, le début de l'année liturgique, car l'année liturgique orthodoxe commence le 1er septembre, huit jours avant la Nativité de la Très Sainte Mère de Dieu (8 sept).
Dans le rite chaldéen, et dans les rites syriens, les semaines qui précèdent Noël sont « les semaines des annonciations » et « l'Avent s'appelle Saboura » ou l'annonce de la bonne nouvelle. Elles évoquent l'Annonciation à Zacharie, l'Annonciation à Marie suivie de la Visitation, la Nativité de Jean-Baptiste et l'Annonciation à Joseph.
L'avent, une bonne préparation pour Noël !Le rite chaldéen est très proche du rite catholique. Dans celui-ci, le temps de l'Avent a un double objet : « C'est le temps de la préparation de Noël, où on célèbre la première venue du Fils de Dieu chez les hommes ; c'est aussi le temps où, à travers ce souvenir, les esprits s'orientent vers l'attente de la seconde venue du Seigneur à la fin des temps ».
La liturgie de l'Avent comporte deux parties. La première est constituée par les trois premiers dimanches. Elle est consacrée à l'annonce du second avènement du Christ à la fin des temps. La deuxième partie est constituée par la semaine avant Noël, du 17 au 23 décembre.  Elle est plus directement ordonnée à la préparation de Noël et à l'attente de Noël. Le quatrième dimanche de l'Avent est une présentation des évènements qui ont annoncé la naissance de Jésus.
Dans la liturgie de l'Avent, les ornements (chasuble, étole, voile du calice, pendentif du pupitre de la parole) sont de couleur violette, comme pour le carême. Le violet est symbole de conversion et de préparation à la rencontre du Christ. Mais pour le troisième dimanche de l'Avent, dit « dimanche de gaudete » (réjouis toi), la couleur est le rose a fin de signifier l'attente joyeuse du chrétien. C'est analogue au quatrième dimanche de carême « dimanche de laetare ». Toute décoration florale est interdite comme en Carême (sauf les dimanches Gaudete et Lætare et la vigile de Noël)
Les dimanches de l'Avent, comme en carême, on ne dit pas le gloria, mais on dit l'alléluia. L'Avent, comme l'ensemble du calendrier liturgique catholique, aide les fidèles à revivre les grands événements de la vie et de l'enseignement du Christ, en particulier de sa naissance (Noël) à sa Résurrection (Pâques).
Sans que ce soit un temps triste, ce temps exclue les grandes festivités. Pendant les quatre Dimanches de l'Avent, les lectures de l'Ancien testament sont des prophéties relatives au messie et aux temps messianiques, beaucoup d'entre elles sont tiré du livre d'Isaïe. L'Église relit et revit donc ainsi « tous ces grands événements de l'histoire du salut dans "l'aujourd'hui" de sa liturgie » (Catéchisme de l'Église catholique, § 1095), à travers de grands personnages tiennent une place de premier rang au cours des Quatre Dimanche de Carême : les deux Isaïe, à travers les annonces de la naissance du Messie, le Maître de Jésus, Jean Baptiste, qui annonce la Venue d'un plus grand que lui (qui serait Jésus d'après les quatre évangiles) et Marie, dont on rappelle l'épisode de l'Annonciation le dernier Dimanche de Carême. Une manière de nous inviter tel Marie à dire « Oui » à l'événement qui se prépare le jour de Noël, c'est-à-dire la Naissance de Jésus, venu sauver le monde, qui va aussi renverser l'ordre social tel que le montre la récitation en cantique du Magnificat le troisième Dimanche de l'Avent.
 
J'espère que cet article vous aura appris des choses utiles au sujet de l'Avent, nettement moins sévère que son équivalent pascal, le Carême. Et d'avance un bon réveillon de Noël. Fête à laquelle je consacrerai également un article.
Freyr1978

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Publié le 18 Décembre 2011

Joseph, le grand oublié de l'ÉgliseJe vais vous parler aujourd'hui de Joseph, le père de Jésus, sans doute le grand oublié du christianisme et qui lui aussi est autant gênant que Marie pour les dogmes.
 
Connu par les Évangiles, particulièrement par celui de Matthieu, Joseph, l'époux de Marie, était, selon la «généalogie de Jésus», de la race de David. Il aurait exercé le métier d'ouvrier en bâtiment (en grec, tektôn: charpentier, menuisier, etc.) travaillant, le bois, la pierre ou le métal. Pour Charles Perrot, il était un jeune homme au moment de son mariage car les filles «étaient mariées entre douze et quinze ans et les garçons n'étaient guère plus vieux». Fiancé à Marie, il reconnut le fils de cette dernière, Jésus, lorsque, selon le récit évangélique (Matthieu, 1, et Luc, 1), il apprit qu'elle était soit disant miraculeusement enceinte, et il l'épousa. Cette adoption est mise en doute par Paul lui-même quand il signale que Jésus est «issu selon la chair de la lignée de David» (Romain 1,3). Donc Joseph étant de la lignée de David est pleinement le père de Jésus. D'ailleurs les passages ayant trait à la naissance miraculeuse sont des rajouts grossiers parfaitement visibles. D'ailleurs pour preuve, on cite des frères à Jésus, rien d'anormal, car les familles nombreuses étaient courantes dans le Judaïsme.
 
Joseph, le grand oublié de l'ÉgliseJoseph n'est nommé que dans la section des Évangiles de Matthieu et de Luc, que l'on dit «de l'enfance» (Matthieu, 1-2 et Luc 1-2) : ailleurs, il est mentionné comme le tektôn, dont Jésus est dit le fils. Cependant, nous devons être conscients que le terme grec tekton (l'araméen berah d'Nagora), serait plus approprié si on se réfère à quelqu'un dans le secteur du bâtiment, même voir à un architecte. Ce métier demandait une certaine habileté et sagesse, cela explique pourquoi les meilleurs artisans étaient très recherchés, notamment pour les travaux d'agrandissement et d'embellissement du Temple commencés sous Hérode le Grand. Peut-être Joseph et Jésus ont-ils participé aux travaux de construction de Sepphoris pendant les premières décennies de notre ère. Joseph et ses enfants cultivaient peut-être également un lopin de terre. En tout cas Joseph, même s'il était loin d'être riche, ne devait pas être parmi les habitants les plus démunis de Nazareth.
 
Joseph, le grand oublié de l'ÉgliseLe charpentier faisait aussi figure à cette époque là de notable. Pour les Juifs, tout travail manuel était sacré. De plus Joseph était aussi un homme très religieux comme en témoigne le pèlerinage au Temple. C'est d'ailleurs lui qui devait emmener Jésus à la synagogue. Il devait aussi avoir une partie de son éducation religieuse en charge.
 
La figure de Joseph est également en grande partie calquée sur le modèle traditionnel des grandes vocations bibliques dont le rôle fut déterminant dans l'histoire d'Israël : celle des patriarches d'abord, celle des sages et des justes ensuite. Ainsi, dans Matthieu, 1, 20-21, le récit de l'annonce de la naissance de Jésus reflète le schéma littéraire de l'annonce à Abraham de la naissance miraculeuse d'Isaac (ce récit est propre à Matthieu; dans Luc, l'annonce n'est pas faite à Joseph, mais à Marie). Par ailleurs, Joseph est dit «juste» (Matthieu, 1, 19), tout comme Noé dans Genèse, 6, 9. Or on sait que, selon l'Épître aux Hébreux, 11, 7, Noé était considéré à l'époque néo-testamentaire comme la figure du juste par la foi; et, dans l'exégèse allégorique de Philon, le patriarche diluvien représentait le juste ou la justice. C'est à la lumière de ces informations que la signification originale de la mission évangélique de Joseph peut être adéquatement perçue.
 
Joseph, le grand oublié de l'ÉgliseLe culte de Joseph s'est répandu en Orient dès le Ve siècle, puis se propage en Occident dès le Moyen Âge. Le nom de Joseph n'apparaît dans les calendriers liturgiques qu'au IXe siècle, le choix de la date de sa fête (le 19 mars) étant dû à une confusion avec le nom de Josippe qui apparaît dans un martyrologue gallican en l'an 800. C'est au XIVe et au XVe siècle que la dévotion à Joseph, qui se développa surtout durant le Grand Schisme et les rivalités entre Armagnacs et Bourguignons, c'est une véritable campagne de promotion en faveur de Joseph qui est lancée, ce dernier bénéficiant dans le calendrier romain d'aujourd'hui de deux fêtes, une authentique dévotion populaire naît alors. Enfin en 1870, Pie IX proclame Joseph patron de l'Église (fêté le 19 mars), et en avril 1956, Pie XII institue la fête de saint Joseph artisan (1er mai), patron des travailleurs et des artisans.
 
Joseph a heureusement retrouvé sa place au sein de l'Église, qui a reconnu son rôle dans l'éducation de Jésus et lui donné enfin un rôle à part entière en son sein. Ce n'est que justice pour ce membre important de la sainte Famille.
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Publié le 4 Décembre 2011

Marie, un personnage historique devenu une création théologiqueJe vais vous parler aujourd'hui de Marie, la mère de Jésus, afin de montrer que son image actuelle repose sur une construction théologique et non sur une vérité historique. Regardons cela de plus près.
 
On ne peut pas dire que Marie ait monopolisé les Ecritures. Il faut dire que «C'est au nombre de sept paroles que se résume le témoignage sur la mère du Christ». Les écrits du Nouveau Testament n'en font mention que très épisodiquement. On constate tout d'abord que les grandes épîtres pauliniennes (à l'exception d'une allusion indirecte, Galates, 4, 4) ignorent Marie. Ce sont les Évangiles de l'enfance qui sont les plus explicites sur le rôle et la personne de Marie, dont la conception virginale est nettement affirmée. L'Évangile de Matthieu donne à Marie un relief moindre qu'à Joseph, «époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qu'on appelle le Christ» (I, 16). Par contre, l'Évangile de Luc donne la première place à Marie : récits de l'Annonciation, de la visite à sa cousine Élisabeth, mère de Jean-Baptiste (Visitation), de la Nativité de Jésus à Bethléem. L'Évangile de Jean fait apparaître Marie dans deux épisodes significatifs : les noces de Cana (II, 1-12); la scène du Calvaire (XIX, 25-27), où Jean, symbole du peuple de Dieu, est confié à Marie, figure eschatologique de la nouvelle Ève, mère de la nouvelle Création. Mais dans ce dernier épisode comme vous pouvez le voir, tout est symbolique. Elle se trouve parmi les disciples lors de la Pentecôte (Actes 1, 14).
 
Marie, un personnage historique devenu une création théologiqueD'abord très discrets, la dévotion et le culte rendus à Marie prirent un certain relief à partir du concile d'Éphèse (431) qui confirme le titre de mère de Dieu donné à la mère de Jésus. Dans la ligne des symboles trinitaires (symboles des Apôtres, de Nicée-Constantinople), le rôle de Marie se limite à l'Incarnation et n'est envisagé essentiellement que par rapport au Christ «conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie», même si il y avait une certaine méfiance envers ce concept. À Éphèse, Marie sera proclamée «mère de Dieu» (Theotokos) dans le contexte du dogme des deux natures dans le Christ (Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu) qu'explicitera le concile de Chalcédoine (451). La maternité divine de Marie sert en quelque sorte d'argument théologique. Mais déjà dans la tradition patristique se développe, d'Irénée à Augustin, un processus apologétique qui, prenant Marie elle-même comme objet de sa méditation, utilise largement l'interprétation allégorique de l'Écriture. Le thème essentiel en est le parallèle entre Ève et Marie. Celle-ci apparaît comme la «nouvelle Ève», génératrice de la nouvelle création, réparatrice de la faute originelle de l'humanité et jouant par conséquent dans l'économie du salut un rôle actif, à la fois par son obéissance de foi accueillante au Verbe divin et par sa sainteté concrètement exprimée par sa virginité (dans et après l'enfantement). Mais la conception virginale n'a aucun fondement historique, car Paul la cite comme une femme dans Galates, 4, 4, ce qui voudrait dire que sa virginité n'est qu'une vue de l'esprit et que Jésus serait un descendant de David par le sang, et dans ce cas là Joseph serait son père. Marie aurait donc enfanté et n'aurait pas été perpétuellement vierge.
 
Marie, un personnage historique devenu une création théologiqueEntre le Ve et le VIIIe siècle se multiplièrent, en Orient comme en Occident, les fêtes en l'honneur de la Vierge : la Nativité, la Présentation au temple, l'Assomption... La piété mariale, au Moyen Âge, s'exprima en églises, cathédrales, sanctuaires, pèlerinages, confréries... innombrables. Ce culte marial se développa au XIe siècle et la figure de Marie s'est transformée au fur et à mesure des avancées théologiques : elle est une figure de l'église, qui fait des ecclésiastiques de la réforme grégorienne les frères du Christ; elle est la figure de la souveraine en majesté, son enfant sur les genoux, incarnant la réforme grégorienne; elle intercède auprès du Christ pour le salut des fidèles avant d'être la Vierge conquérante des victoires de la contre-réforme. Elle s'amplifia au XVIIe siècle et surtout au XIXe siècle, l'histoire de Marie s'alimentant trop souvent aux Évangiles apocryphes et inspirant une dévotion parfois excessive.
 
Le XIXe siècle, contrairement au XVIIIe, est un grand siècle marial. Que ce soit dans les sanctuaires ou les cantiques, "Marie, Vierge, Mère, Madone et Reine est [...] omniprésente" (J. Le Goff, R. Rémond, Histoire de la France religieuse, Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine, XVIIIe-XIXe siècle, t. 3, Seuil, 1991, p. 494). Dès 1801, Chaminade rédige un Manuel du Serviteur de Marie. On observe à partir de 1826 la diffusion du Rosaire vivant, qui consiste en prières et méditations sur les mystères de la Vierge. La pratique du mois de Marie se développe ; l'année est scandée par les fêtes de la Vierge, comme la Purification, l'Annonciation, la Visitation, l'Assomption (fêtée le 15 août), etc. Cette piété mariale est nourrie par de nombreuses apparitions.
 
Marie, un personnage historique devenu une création théologiqueCependant, dans le même temps, se développait une théologie propre à Marie, la mariologie, qui permit à Rome de définir dogmatiquement et l'Immaculée Conception de la Vierge (1854) et son Assomption (1950). Le concile Vatican II s'est employé à rééquilibrer le culte marial, en réintroduisant le mystère de Marie dans celui de l'Église. À partir du concile Vatican II, l'Église a cherché à réduire le culte rendu à la Vierge dans un souci d'œcuménisme avec les protestants. Par exemple, durant le concile, un texte à part avait été préparé sur la Vierge; les Pères du concile ont préféré le supprimer et insérer des passages la concernant dans les textes sur l'Église. Ces dernières années, sans pour autant désavouer le culte à la Vierge, l'Église s'est efforcée d'en contenir certains excès. Le concile Vatican II considère comme légitime et nécessaire la dévotion à la Vierge, mais met en garde les fidèles.
Phénomène beaucoup plus ancien qu'on ne le croit souvent, les apparitions sont un signe de contradiction entre ceux qui les tiennent pour une pathologie ou un effet de la subjectivité et de multiples voyants qui les prennent comme des messages du ciel. Pour leur part, l'Église et sa hiérarchie les regardent avec une infinie méfiance et considèrent qu'elles ne relèvent ni de la norme ni du dogme. Ce qui est peut-être un excès de prudence les conduit à dissuader voire à réprimer l'adhésion des fidèles, et la multiplication des apparitions au XXe siècle les ont encore raidis sur leurs positions : en deux siècles, quatorze (dont cinq récentes) apparitions seulement ont été formellement reconnues. Ce qui est une bonne chose car comme pour le cas des voyants de Medjugorge, les escrocs ne manquent pas.
 
Saint Bonaventure disait de façon plus rude : "Marie n'a pas besoin de nos mensonges." Il n'a pas tort, remettons là dans sa place de mère de Jésus et de modèle de femme non soumise mais active et participant pleinement aux activités de l'Église primitive comme prophétesse ou diaconesse. Là est son vrai visage.
 
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Publié le 26 Novembre 2011

 
Pour toutes les catherinettes et de tout âge !La sainte qui a donné son origine à la fête est surtout connut par deux Passio, l'une en grec (VIe ‑ VIIe siècle), et l'autre en latin (IXe siècle), donc très postérieure aux faits et nageant dans le merveilleux propre à tout récit de martyr. Du peu qu'on peut tirer d'historique est peut-être son origine sociale, Catherine était une peut-être aristocrate romaine, né à Alexandrie, peut-être en 290, au sein d'une famille peut-être ouverte aux cultes orientaux dans une Égypte où le Christianisme connaissait alors un grand développement, notamment du aux intellectuels chrétiens venant de l'école d'Alexandrie, une des plus brillantes de l'empire romain. Y a-t-elle acquit la réputation de sagesse qui lui est prêté dans ces deux hagiographies ? Rien ne peut l'affirmer avec assurance, mais on ne peut pas dire le comprendre car les femmes de l'aristocratie avait une brillante éducation en particulier celle demeurant à Alexandrie, comme le montre le cas de la philosophe païenne Hypatie. Mais qu'elle ait fait usage publiquement de ses connaissances à un moment de reprise des persécutions est peu probable. Rien ne s'oppose, cependant, à ce qu'elle était vierge, l'âge du mariage dans l'aristocratie pouvant se dérouler au-delà de la période des 12-15 ans. Et elle est morte dans la vague des persécutions qui marquent le Christianisme de 303 à 313, menés semble-t-il par l'empereur Maximien, en 307, peut-être par décapitation, la mort des citoyens romains. Ce peu d'informations rassemblés peuvent attestés sa réalité historique même si elle est difficile à démontrer à tel point que l'Église catholique s'interrogea sur sa réalité historique de 1961 à 2002, allant jusqu'à enlever son nom du calendrier romain de 1969 à 2004, et que d'après certains historiens, que d'après certains historiens, Catherine aurait même été créée comme un contrepoint chrétien à la grande philosophe païenne Hypatie qui, comme elle, était vierge et très savante. Cette pureté attribuée à Catherine serait inscrite dans son nom grec signifiant pure. Mais il est aussi probable que l'église d'Alexandrie ait procédé de cette manière à partir d'un personnage historique dont on aurait fortement idéalisé les traits à partir du VIe siècle quand son culte commença à s'imposer en grande partie du fait de sa Passio en grec.
 
C'est à ce moment là que l'empereur byzantin Justinien fonda en 542 sur les instances de sa femme Théodora un monastère sur le mont Sinaï, le monastère de la Transfiguration, sur le lieu présumé de la tombe de la sainte et qui était aussi le lieu où Moïse aurait vu le buisson ardent. Les moines du monastère surent être de très bon négociateur en 629 avec les Musulmans, les nouveaux hommes forts du pays, qui leur accordèrent une charte de protection pour le monastère et les chrétiens, ce lieu étant devenu depuis le VIe siècle un lieu de passage obligé des chrétiens allant en pèlerinage sur les lieux saints. Sous le califat abbasside, en 800, une tête, avec les cheveux qui continuait à croitre, et une main gauche furent retrouvées intactes (une des caractéristiques des personnes mortes en acte de sainteté) sur le mont Sinaï et identifiées par une révélation comme étant celles de Catherine d'Alexandrie. Elles furent alors transférées au monastère du mont Sinaï, qui fut alors renommé Monastère Sainte Catherine. Et l'huile recueillie sur ses ossements serait depuis lors à l'origine de guérisons miraculeuses, ce qui ne fit qu'accroitre la réputation de la sainte et le nombre de pèlerins soit en quête de spiritualité et de guérison. Les moines par le même coup devenaient les gardiens des reliques de la sainte. C'est aussi à partir du IXe siècle, et sa Passio en latin que se développent les thèmes hagiographiques qui assureront son succès à travers deux épisodes. Le premier est celui de son mariage mystique avec le Christ qu'elle aurait vu, une nuit, en songe et, suite à ce rêve, décida de lui consacrer sa vie, se considérant comme sa fiancée. Le second épisode concerne son martyr et n'est guère plus historique que le précédent. Pour convertir, l'empereur Maximien, elle accepte un débat avec d'autres savants qu'elle finit par convertir. Ce dernier les fait exécuter, et, impressionné, lui propose alors le mariage qu'elle refuse. L'empereur aurait ordonné de la faire torturer avec une machine, constituée de roues garnis de pointes, qui, par miracle, ne fonctionnera pas. Entêté, l'empereur la fait décapiter.
Pour toutes les catherinettes et de tout âge !Mais l'éloignement du Mont Sinaï, très difficile à atteindre notamment lorsque les relations entre les musulmans et les Chrétiens commencèrent à se refroidir à partir des IXe-XIe siècles (début de la Reconquista, guerre avec l'empire byzantin, Première Croisade, 1095-1099), obligeait les pèlerins de l'Occident, afin de continuer à la vénérer de mettre en place des pèlerinages locaux en l'honneur de la sainte surtout à partir du XIe siècle. Ce qui fut le cas notamment en France et en Angleterre, où il existait de nombreux sanctuaires et autels éparpillés. Le sanctuaire le plus important d'Occident se trouvait alors dans le monastère Rouen, en Normandie, qui aurait conservé des doigts de la martyre. Mais à l'époque pour transférer des reliques, on le faisait en transférant sur d'autres reliques anonymes les propriétés de la vraie relique qui devenaient celles de la sainte. Canterbury et Westminster avait alors le même éclat, en particulier cette dernière qui revendiquait la possession d'une fiole d'huile de la sainte qui aurait été ramené du Mont Sinaï par le roi d'Angleterre, Edouard le Confesseur (1004-1065). D'autres sanctuaires, tel Saint Catherine's Hill dans le Hampshire, faisaient également l'objet de pèlerinage généralement locaux, dont beaucoup ne sont mentionnés que par des brèves anecdotes dans divers textes, mais sans aucunes traces réellement physiques.
 
Mais ces quelques allusions montrent, qu'à part à Rouen, c'était seulement un culte local, œuvre de pèlerins, et il faut attendre les Croisades pour assister à une réelle évolution. Beaucoup de ceux qui s'étaient croisés en revenant en France, en Allemagne et en Italie au cours des sept croisades qui suivirent (1147-1272) ramenèrent le culte de la sainte dont ils avaient particulièrement vénéré les reliques sur le mont Sinaï. Deux groupes en fait, ceux des croisades populaires et ceux des chevaliers qui s'étaient croisés et créèrent l'Ordre de Sainte-Catherine du Sinaï, dont les membres eurent la tâche de défendre le tombeau et le monastère contre les ennemis du christianisme et de protéger les pèlerins qui allaient vénérer ses reliques. Donc une diffusion populaire et aristocratique encadrant ceux qui n'avait pas fait les croisades et donnant les moyens financiers du développement du culte. Cette double diffusion assura son succès à partir du XIIIe siècle du fait de la difficulté de se rendre à partir de 1291 en pèlerinage sur tous les lieux saints, à tel point que son culte entra dans la liturgie romaine et se répandit dans tout l'Occident. La dévotion à la vierge martyre devient alors l'une des plus répandues en Europe, dans les églises orthodoxes et catholiques, où la sainte jouissait d'une grande faveur en Orient et en Occident, car on mettait en avant son rôle d'intercession auprès de Dieu pour les mortels ; celle-ci se trouvait, en effet, dans le groupe des quatorze Saints Auxiliaires à titre de sage conseillère.
Pour toutes les catherinettes et de tout âge !Ainsi, à travers toute l'Europe, d'innombrables chapelles ont été placées sous son patronage et sa statue a été trouvée dans presque tous églises. Sa dévotion de ce fait inspira les artistes qui représentaient la sainte avec une auréole tricolore : blanche pour la virginité, verte pour la connaissance et rouge pour le martyre. La roue de son supplice est, ainsi, très souvent représentée auprès d'elle, et donc beaucoup d'églises contenaient une icône figurant le plus souvent une roue.
Et, à sa mort présumée le 25 novembre, dans quelques pays d'Occident, sa fête était célébrée avec un maximum de solennité, nettement encouragé par le fait que c'était une fête de la première classe, pendant le quel le travail servile (le servage existait alors dans les campagnes) était interdit et les célébrations avaient lieu devant un grand nombre de personnes. Dans plusieurs diocèses de France, elle était même observée comme un Jour Saint d'obligation jusqu'au début du XVIIe siècle, la splendeur de ses cérémonies éclipsant celui de la fête de certains des Apôtres. Et on exposait la statue de la sainte comme on le fit à Paris dès le XIIe siècle.
De très nombreuses corporations se sont placées également sous son patronage : celle des artisans employant des machines à roues (charrons, meuniers, potiers, etc.), en référence probablement à son supplice ; celles des prisonniers, des philosophes chrétiens, des théologiens, des apologistes, des prédicateurs, des jeunes bacheliers, des étudiants, des orateurs et des procureurs, en référence à des épisodes de sa vie et de l'éloquence que lui prête son hagiographie ; le doyen des avocats fut appelé bâtonnier en raison du privilège qui lui appartenait de porter sa bannière. Sinon, elle voyait beaucoup d'autres corporations se réclamer d'elle, sans autre motif plausible que l'expérience faite par tous de son crédit universel auprès de Dieu et du Christ.
 
Le culte de Catherine d'Alexandrie prend plus de vigueur lorsqu'à la fin du Moyen – Âge on décide de prendre le modèle de cette jeune vierge martyre comme un symbole de bonne mœurs féminines à un moment où la chasteté et la virginité était très valorisé. C'est la raison pour laquelle Catherine a été utilisé comme un modèle pour les femmes, un statut qui a remplacé son rôle d'intercession. Tant la philosophe et poétesse française, Christine de Pise (1363-1430) et le noble angevin, Geoffroy de La Tour Landry (v.1320-1402/1406) insiste au sujet de Catherine sur son modèle au sujet de la virginité et de la « chasteté conjugale » (La Cité des Dames, 1404-1405). De même, au début du 14e siècle, le mariage mystique de Sainte Catherine apparaît d'abord dans la littérature hagiographique et, bientôt après, dans l'art. dans ces conditions, on comprend pourquoi cette dernière, étant considérée comme la plus sainte et la plus illustre des vierges du Christ, elle devint logiquement la patronne des novices des cloîtres et des jeunes femmes, qui étaient organisées en confréries de sainte Catherine.
Un éclat supplémentaire a été ajouté à son culte au XVe siècle en France du fait de la dévotion que lui portait Jeanne d'Arc (1412-1431). Catherine aurait même, d'après elle, figuré parmi les trois voix qui l'aurait conseillé, même si les historiens pensent plutôt aujourd'hui qu'elle aurait écouté la seule voix de Dieu et que nommait les voix aurait été du à la pression de son procès afin de ne pas être condamné par sorcellerie ; par contre, elle a bien trouvé son épée à Sainte-Catherine-de-Fierbois, dans l'église qui lui était dévouée, en 1429.
Pour toutes les catherinettes et de tout âge !On comprend alors, en France, l'apparition d'une nouvelle forme de dévotion au XVIe siècle. Les statues de sainte Catherine exposées dans les églises étaient ornées d'une coiffe qui était renouvelée chaque année. Les jeunes femmes célibataires entre 25 et 35 ans se chargeaient de cette tâche, de là l'expression « coiffer Sainte-Catherine », qui signifiait que la jeune femme en question n'avait toujours pas trouvé de mari. Cette dernière pouvait alors implorer la sainte avec la prière suivante : « Sainte Catherine, aide-moi. Ne me laisse pas mourir célibataire. Un mari, sainte Catherine, un bon, sainte Catherine ; mais plutôt un que pas du tout ». Les hommes, dans quelques régions, pouvaient aussi implorer sainte Catherine, mais c'est beaucoup plus rare.
La jeune femme était appelée « reine Sainte-Catherine », et les hommes « roi de la Sainte-Catherine » ou « roi Sainte-Catherine ». Ce n'est que bien plus tard que le bonnet devint chapeau. La tradition voulut ainsi qu'on confectionne aux jeunes femmes célibataires des chapeaux extravagants, où le vert et le jaune prédominent et qu'elles porteront tout au long de cette journée festive. Cette tradition, autrefois suivie dans tous les milieux, à la ville comme à la campagne, s'est beaucoup perdue, sauf dans les maisons de couture, les magasins de mode et chez les modistes. Celles qui se mariaient devaient quitter la confrérie et laisser leur place aux autres. Cette tradition se maintint à Paris notamment.
 
Au XIXe siècle, on rencontrait toujours dans les campagnes françaises la célébration des reines Sainte-Catherine.
Pour toutes les catherinettes et de tout âge !Ainsi, en champagne, le 25 novembre, les petites filles se rendaient de porte en porte dans le village. L'une d'elle était élue reine. Elle était habillée de blanc et portait une quenouillette agrémentée d'une pomme vermeille. Ce costume symbolisait le personnage de la sainte. Son rôle consistait à entonner une chanson, reprise en cœur par les autres petites filles. En échange, elles recevaient des offrandes pour leur dîner de la Sainte-Catherine.
A l'occasion de la Sainte-Catherine, il était de coutume dans certaines régions que les parents offrent un vêtement ou un autre objet très utile.
Les enfants n'ayant pas fait leur première communion, fabriquaient des petits bouquets de chrysanthèmes, pour ensuite les offrir aux jeunes filles. C'était une façon de leur souhaiter une bonne fête et de recevoir en récompense un petit sou.
Les jeunes filles désiraient avant tout éviter de « coiffer Sainte-Catherine ». Aussi dans la région d'Ormes, les jeunes filles venaient prier, dans la nuit du 31 décembre au 1er de l'an, au coup de minuit, sainte Turlurette. La statuette était située sur la façade d'une maison du village. Elles invoquaient la sainte, en répétant trois fois: « Sainte Turlurette, mariez-moi, je suis prête! ».
A vingt cinq ans, les filles célibataires devaient piquer vingt-cinq épingles dans la coiffe de la sainte. Les années suivantes, elles piquaient une autre épingle, ainsi de suite, jusqu'à la trentième. A l'époque, les filles de trente ans étaient considérées trop vieilles pour se marier. Alors pour se donner toutes les chances de se marier, elles conservaient la trentième épingle pour déclarer: « voyez mon cœur est encore jeune ; je n'ai pas encore piqué toutes mes épingles à la coiffe de sainte Catherine ».
A partir du début du XXe siècle, la fête rurale tend progressivement à disparaître, alors qu'en ville, elle se développe, glissant progressivement d'un rituel paysan et collectif, celui des vierges, à un rituel urbain plus individualisé, celui des catherinettes.
A la fin du XIXe siècle, une nouvelle figure est née : la « catherinette ». C'est en 1882 qu'est attesté le sens de jeune fille célibataire, âgée de vingt-cinq ans, qui coiffe sainte Catherine. On célébrait encore la fête de Sainte-Catherine par une cérémonie mais différente de celles des campagnes. Les jeunes filles, élèves des écoles de couture, se rassemblaient à l'église pour y être bénies. Elles rivalisaient d'ingéniosité dans l'élaboration de leur chapeau réalisé en général dans les tons jaune et vert. Après la bénédiction, le jeune cortège se dirigeait vers la statue de la Sainte située à l'angle de la rue Cléry, dans le 2ème arrondissement de Paris. Quelques Catherinettes grimpaient sur l'échelle des pompiers pour poser délicatement la coiffe sur la tête de la statue. Au final, un jury se réunissait et les professionnels de la mode décernaient un prix aux chapeaux de Sainte-Catherine les plus réussis. En cela, la tradition de Turin reste d'actualité, où on indique par le terme de «catherinette » les jeunes couturières et les modistes qui ont effectué leur apprentissage dans l'atelier de fabrication de la ville, et qui est très souvent un devenu l'objet de séduction pour les étudiants.
Pour cette raison, dans le Larousse de 1948, le terme de Catherinette désigne une « jeune modiste » « jeune couturière » qui coiffe sainte Catherine l'année de ses vingt-cinq ans. Dans la presse parisienne l'emploi du terme se fait plus prégnant au début du XXe siècle et suit en cela l'essor progressif des festivités. Durant ces mêmes années, « les catherinettes » devint l'expression générique pour qualifier toutes les couturières qui fêtent leur sainte patronne.
 
Pendant quelques années, on aurait pu pensé la fête tombé en désuétude, l'Église catholique l'ayant enlevé du calendrier liturgique de 1969 jusqu'en 2002 et du fait de son côté péjoratif, mais elle continua à être fêté en France et au Québec notamment, si bien qu'elle resta dans les mœurs, au point que le pape Jean-Paul II la réhabilita en la remettant dans le calendrier liturgique en 2004, son culte ayant repris de la vigueur sous son pontificat. Le fait qu'elle ait été selon la tradition une femme savante et qu'elle soit aussi très vénérée dans l'orthodoxie a certainement aidé à cette revitalisation. Pour toutes les catherinettes et de tout âge !D'ailleurs, même si les jeunes filles de 24-25 ans, célibataires (plus forcément vierges), sont gentiment moquées de nos jours, les cadeaux, les cartes de Sainte-Catherine, s'adressent plutôt de nos jours plutôt à des jeunes filles de plus en plus jeunes, dès la puberté, même si la tradition d'envoyer une carte de Sainte Catherine à une Catherinette, ou à une femme qui se prénomme Catherine s'est maintenu. Ce qui fait que la Sainte Catherine est devenu l'équivalent féminin de la Saint Nicolas. Quant aux chapeaux, ils sont aussi quelque peu délaissés au profit des fleurs, des cartes que l'on échange, et des petits cadeaux, même si actuellement, dans certaines régions, il arrive que l'on rencontre le 25 novembre des jeunes femmes portant des chapeaux multicolores (où dominent parfois le vert et le jaune) visiblement fabriqués pour la circonstance. La tradition veut aussi que l'on envoie une carte de sainte Catherine.
Toutefois, dans les campagnes, la Sainte Catherine est également associée à une Foire qui se tient aux alentours du 25 novembre, notamment en Franche-Comté, où des grandes foires agricoles ont lieu notamment à Vesoul (Haute-Saône). La Foire Sainte Catherine permet, en effet, aux éleveurs de présenter leurs bestiaux à un public toujours nombreux. Cette foire était autrefois l'occasion idéale pour les jeunes hommes de rencontrer une Catherinette afin de mettre fin à son célibat. La plupart des pâtissiers vendent aussi du pain d'épices de la Ste Catherine (au chocolat) dont le fameux cochon avec son sifflet à la place de la queue. Et notons également que pour les jardiniers, le jour de la Sainte Catherine est réputé idéal pour planter boutures et plantes à racines nues, ainsi que l'affirme le dicton : « à la St Catherine, tout bois prend racine ».
Au Québec, une tradition liée à la Sainte Catherine reste vivante encore aujourd'hui, celle de fabriquer la tire, une confiserie à base de mélasse et de cassonade. A l'origine, le but était pour les Catherinettes de démontrer leur talent de cuisinière en offrant cette gourmandise aux hommes célibataires. Et dans la province de Ravenne, il est de tradition le jour de la sainte Catherine, de donner des biscuits en forme de poupées pour les filles, appelées «Catherine». La contrepartie pour les garçons est un biscuit en forme de coq.
J'espère que ce long article vous aura appris des choses utiles sur cette fête.

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Rédigé par paroissiens-progressistes

Publié dans #Culture biblique

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Publié le 2 Novembre 2011

Comme mon article précédent l'avait fait remarquer la fête de Samain, de laquelle était originaire Halloween et la Toussaint, ne disparut que progressivement. Pour la christianiser, le pape Grégoire IV en 835 fixa la fête de la Toussaint le 1er novembre. Mais ce ne fut pas suffisant. La littérature médiévale irlandaise, œuvre des clercs ente le VIIIe et le XIIe siècle, méconnaisse la Toussaint et ne cite que Samain. Si bien qu'en 988, l'Église fut obligé d'instituer une célébration afin d'honorer «tous les fidèles décédés » le lendemain de la Toussaint, notre fête des défunts actuelle, mais il faudra attendre le XIe siècle en pour voir apparaître en Écosse et en Irlande le Féile na Marbh, la fête des morts, et la fin du XIIe siècle pour la Toussaint sous le nom d'Hallowmas, All Hallows, Hallowtide et en gaélique d'Oidhche Shamhna (la nuit de la fin de l'été).
Dans ces conditions, on peut comprendre la prégnance des éléments celtes dans la tradition de la fête. Le 31 octobre, après avoir fait les provisions pour le bétail et les membres de la maisonnée (une coutume qui s'est maintenu dans quelques villages britanniques et irlandais actuels), et on faisait un feu sur une colline pour purifier la communauté (et non plus comme à Samain pour fêter la renaissance du soleil) et chasser les esprits mauvais et les démons qui viendrait perturber la fête, comme le montre l'un des rituels consistant à allumer deux feux et à passer entre les deux sans risque, et auquel on associait parfois le bétail. Dans le reste de l'Europe le feu avait plutôt lieu le 2 novembre. Une fois, le rituel terminé, la célébration de la fête suivait le rituel de Samain, mais en suivant les règles de la fête des défunts, car c'était les défunts de la famille à qui l'on rendait honneur et plus aux des défunts non réincarnés et les dieux des Tuatha Dé Danann (même si ces derniers ne furent pas écartés étant devenu des mauvais esprits, leprechauns, fées). Une bonne fête de la Toussaint à tous et à toutes !Les défunts continuaient à être guidés par des lanternes sur le chemin qui conduisait au village, où la porte de la maison où ils avaient vécut leur était ouverte préalablement, et où on leur laissait des offrandes, le plus souvent des légumes tels que les navets ou les rutabagas. Les morts étaient considérés alors comme des morts bien vivants qui revenaient voir leur proche et se nourrissait à l'image de certains récits, qui perdureront au XVIIIe siècle en Europe de l'Est, avec les vampires. Parfois, le mort pouvait vous dire votre avenir ou le faire par le biais du procédé de la divination, un héritage probablement brito-romain. Avec la christianisation, c'est la seconde forme qui prend de plus en plus le dessus et qui s'est maintenu dans certaines zones rurales. En Écosse, on rassemblait, ainsi, les jeunes en âge de marier afin qu'ils fassent des jeux de divination. Au pays de Galles, chaque personne prenait une pierre et l'introduisait dans le feu. Les gens croyaient que si la pierre d'une personne manquait le lendemain matin, elle mourrait dans l'année. Une autre tradition consistait à placer dans un gâteau ou d'autres aliments des objets comme des pièces de monnaie, bagues ou dés à coudre et autres charmes avant la cuisson. Selon la légende, l'année suivante, celui qui trouve la pièce deviendra riche, celui qui trouve la bague se mariera bientôt et celui qui a obtenu le dé ne se mariera jamais. En Irlande cette tradition existe encore de nos jours, tel que le démontre le Barmbrack (Bairin Breac en gaélique), un gateau de fruits légers, qui remplit le même rôle. Et une autre coutume d'origine celte se maintint également la oídche na h-aimléise, la nuit des bêtises, ou au cours de la nuit d'Halloween, les gens se déguisaient et faisaient des farces à leurs voisins : par exemple, enlever le linge qui sèche, changer les numéros de portes, cogner sur les portes et se sauver pour se faire passer pour un esprit.
 
Avec la mise en place progressive du jour des défunts dans toute l'Europe entre le XIe et le XIIe siècle, l'Église décide donc de christianiser la Toussaint, Hallowmas britannique qui durait trois jours (31 octobre, 1er novembre et 2 novembre) qui gardait ses éléments superstitieux. Et la matérialisation du Purgatoire, en tant que lieu bien défini, au cours des années 1170-1215, qui devint officielle au concile de Lyon de 1274, le permettra. Une bonne fête de la Toussaint à tous et à toutes !Ce lieu où demeurent les âmes ayant commis des péchés véniels, donc de moindre gravité, fragilisent donc la croyance au retour des morts qui se modifient progressivement dans les pays britanniques à la fin du XIIe siècle avec la mise en fonction de la pratique du souling en Angleterre, à laquelle Shakeaspeare fera allusion dans sa pièce Les Deux Gentilhommes de Vérone (1593) quand Speed dit de son maître qu'il « piaulait (larmoyait ou gémissait) comme un mendiant à Hallowmas ». Ce qui était le cas, les pauvres faisant, à cette occasion, le porte à porte et recevaient de la nourriture, sous la forme de gâteaux, appelés soul cakes (« les gâteaux de l'esprit »), contre lesquels ils s'engageaient à prier à All Souls Day, la fête des défunts (2 novembre), pour que les âmes (esprits en anglais) des morts de la famille des gens qui les avaient offerts puissent aller au ciel. L'Église chrétienne avait encouragé cette pratique pour remplacer l'ancienne tradition de Samain qui consistait à laisser des gâteaux et du vin pour les esprits des morts. Toutefois des pratiques similaires pour les morts étaient connus aussi jusqu'en Italie du Sud, et des gâteaux d'esprit étaient aussi donnés en échange d'une performance ou d'une chanson. Les enfants ont finalement adopté cette pratique, et recevaient de la nourriture, la bière, ou de l'argent.
D'autres modifications virent également le jour avec le triomphe du Purgatoire, comme on peut s'en apercevoir dans certaines traditions qui sont restées dans certaines régions écossaises ou irlandaises, où l'on racontait des histoires sur des ancêtres cette nuit-là. Ainsi, en Angleterre, Halloween était autrefois appelé « la nuit du casse-noisettes » ou la « nuit de la pomme croquante » (« Snap Apple Night »). Les familles réunies autour du feu racontaient des histoires tout en mangeant des noisettes et des pommes. En sculptant également des visages sur un grand navet, on commémorait les âmes du purgatoire, une coutume dont on retrouve seulement les premières attestations en Écosse au XVIe siècle mais qui furent probablement plus anciennes. On pense aussi que la Toussaint a pu inspirer aussi la présence des squelettes dans la fête d'Halloween, car les reliquaires des saints, contenant le plus souvent des ossements, faisait la tournée, que l'on appelait la visitation, des maisons le 1er novembre. Mais les rites païens résistèrent dans le folklore comme en atteste le fait que jusque vers 1900, les Irlandais priaient pour de la nourriture et faisaient la tournée en demandant des contributions au profit de « Muck Olla », un sanglier géant légendaire.
 
Une bonne fête de la Toussaint à tous et à toutes !Une évolution plus marquante fut du à l'épidémie de Peste Noire entre 1347 et 1352, et qui décima 30 à 50 % de la population européenne, ce qui provoqua une grande préoccupation et peur de la mort dans la population catholique d'autant que la maladie fit souvent sa réapparition dans les pays touchés, comme entre 1353 et 1355 en France, et entre 1360 et 1369 en Angleterre. Des messes se sont alors multipliées pour les morts (même si elles existaient déjà) et en particulier lors de la fête des défunts. A cette occasion, se développèrent des représentations artistique rappelant aux Chrétiens qu'ils étaient mortels, parmi lesquelles les fameuses danses macabres dans le cadre des Mystères, des pièces de théâtres populaires, et qui soulignait la vanité des distinctions sociales, dont se moquait le destin, fauchant le pape comme le pauvre prêtre, l'empereur comme le lansquenet. C'est semble-t-il en France qu'eut lieu la première représentation, mais dont n'a que la première attestation qu'à Paris, en 1424, sur les murs du charnier du cimetière des Innocents, et se diffusa en Angleterre en 1440 du fait du moine anglais John Lydgate qui traduisit le poème et recopia la représentation du charnier des Saints Innocents sur l'église Saint Paul de Londres. Et probablement de là en Écosse et en Irlande.
Ce qui était alors une réponse aux malheurs du temps se trouva également reprit par certains fidèles, mais cette fois avec un esprit plus burlesque. On commença la veille de la Toussaint, à orner les cimetières avec des images du diable emportant, dans la droite ligne des représentations des danses macabres, à la tombe des personnes de tout rang social : papes, rois, reines, chevaliers, moines, paysans, des lépreux. Un rapport que la mort est égale pour tous. Les représentations scéniques se firent de plus en plus avec des gens déguisés qui usurpèrent au fur et à mesure l'identité de personne célèbre, même morte, ce à quoi chacun allait arriver. On rapporte également que les gens se déguisaient en saints, en anges et en démons pendant la période de « l'Hallowmas ». C'est probablement ce qui explique pourquoi au XVIe siècle les hommes déguisés (guisers) étaient répandus lors de la fête dans la campagne écossaise.
Une bonne fête de la Toussaint à tous et à toutes !C'est également au cours de cette période que fut associée à Halloween la sorcière probablement lors de la première vague de poursuite par le tribunal de l'inquisition contre ces dernières entre 1480 et 1520. Celles-ci n'eurent que le seul tort d'être des sages-femmes ou guérisseuses, dépositaires d'une pharmacopée et de savoirs ancestraux. La population, essentiellement rurale, n'avait guère d'autre recours pour se soigner. Ces méthodes définies comme magiques se heurtent au rationalisme de la Renaissance. Des incantations en langue connue ou inconnue sont souvent associées aux soins et l'Église contraint les fidèles à remplacer ces gestes et incantations par des prières aux saints guérisseurs et par des signes de croix. Les sages-femmes étaient également accusées de pratiquer des avortements. Mais les persécutions les plus terribles eurent lieu entre 1580 et 1630, et fut menée par des tribunaux séculiers. Il y aura en tout environ 100 000 procès et 50 000 exécutions, mais l'Irlande et l'Angleterre verront nettement moins de bûchers, voire, pour l'Irlande, quasiment pas. Ainsi, l'ensemble des pays britanniques connaîtra environ 1800 exécutions. Toutefois, ce fut suffisant pour que les sorcières furent associés à la fête, et même en Espagne et au Portugal, où pourtant il y eut peu de victimes. Pourtant dans ces deux pays, la veille de la Toussaint devint le « Jour des Sorcières » (Dia das Brujas).
 
Mais les coutumes se modifièrent encore du fait de la Réforme protestante au XVIe siècle. Il faut d'abord savoir qu'ironiquement en 1517, Martin Luther choisit la nuit de la veillée de la Toussaint pour afficher ses 95 thèses sur la porte de l'église de Wittenberg en Allemagne (à l'origine du déclenchement de la réforme protestante), car il savait qu'il y aurait de grandes foules qui rempliraient les rues cette nuit-là. En Angleterre et en Écosse, où se formèrent deux puissantes églises en 1534 et en 1560, les rituels propres à la veillée de la Toussaint s'en trouvèrent modifié, notamment les feux de la soi-disant « Hallowmas » qui seront interdit en Écosse en 1589 par la Kirk, l'Église presbytérienne écossaise, équivalent de l'église anglicane. Mais comme on peut s'en douter Halloween résista plutôt bien, encore mieux en Écosse où la Kirk, a part les feux d'Halloween trop superstitieux à son goût, s'en accommoda. Elle prit même une approche des plus pragmatiques considérant Halloween comme importante pour le cycle de la vie et les rites de passage des communautés locales, assurant ainsi sa survie dans le pays.
Par contre, l'Église anglicane lui chercha un remplaçant. Et ce furent les catholiques qui le lui permirent. Une bonne fête de la Toussaint à tous et à toutes !Le 5 novembre 1605 est découverte à Londres la « Conspiration des Poudres » («Gunpowder Plot»). D'anciens officiers catholiques, en relation avec les gouvernants espagnols et peut-être les jésuites, envisageaient de faire sauter le Parlement de Westminster le jour même de la séance inaugurale en présence du roi Jacques Ier (Jacques VI d'Écosse) et de ses ministres pour protester contre la politique du roi en matière de religion, jugée intolérante, en particulier envers les catholiques. Mais l'un des conjurés, Guy Fawkes, est arrêté le 5 novembre alors qu'il s'apprête à mettre le feu à 36 barils de poudre. Après un interrogatoire sévère, lors duquel il fut torturé, un procès eut lieu à Westminster Hall dirigé par John Popham, Fawkes et ses complices furent exécutés pour trahison et tentative de régicide le 31 janvier 1606. A partir de là naquit une fête qui devint plus populaire qu'Halloween pour les petits anglais, la Guy Fawkes Night (également Bonfire Night ou Fireworks Night) le 5 novembre, jour de l'échec des conjurés. On allumait alors des feux pour brûler la nuit tombée une effigie du pape catholique, qui fut remplacée 200 ans plus tard, une effigie de Guy Fawkes, nommée le Guy, qui peut également représenter un personnage célèbre ou les malheurs de l'année que les enfants promènaient de porte à porte pour demander « a penny for the Guy ». De là pour certains, auraient vu le jour la coutume du Trick or Treat.
 
Au même moment, en Irlande, au XVIIe siècle, les paysans irlandais allaient de porte en porte demandant des dons pour célébrer une fête en l'honneur de sainte-Colombe (qui, croyaient-ils, avait remplacé le seigneur des morts). Probablement une tentative de christianisation de la tournée des contributions au nom de Muck-Ola, qui continuèrent malgré tout jusqu'en 1900.
Plus tard, la célébration de la Guy Fawkes Night passa dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord, apporté par les premiers colons, car ces derniers étaient des protestants puritains, qui voyaient avec méfiance la fête d'Halloween, qu'ils considéraient comme une fête catholique, épiscopale et païenne et l'ignorèrent de ce fait. Il n'y avait que dans les colonies du Sud, comme la Virginie et du Maryland, qu'on trouvait certaines coutumes d'Halloween observées, peut-être du fait de l'émigration irlandaise et écossaise au XVIIIe siècle. Ces premières manifestations communes furent appelés « party game », au cours desquels on se réunissait pour célébrer les quartiers de la récolte, danser, chanter, raconter des histoires de morts, dire la bonne aventure, et les enfants défilaient en costume. Mais ces manifestations restaient concentrées sur une partie du territoire. Et on pense que les premiers colons pour éviter toute concurrence ont déménagé la Guy Fawkes Night au 31 octobre, pour la joindre à la célébration de l'Halloween. Peine perdue car lorsque les 13 colonies d'Amérique du Nord  devinrent les États-Unis d'Amérique, la Guy Fawkes Night sombra dans l'oubli, peut-être du fait trop britannique de cette dernière.
Un chroniqueur d'Anglesey, une région de l'extrême nord-ouest du pays de Galles, notait qu'en 1741, les feux d'Hallowmas étaient en déclin, mais ce qui démontre leur persistance malgré les interdictions du XVIe siècle. Ainsi, en Écosse, malgré l'interdiction, dans certains villages, on continuait à allumer des feux immenses sur les collines pour chasser les sorcières et autres esprits maléfiques.
 
C'est au XVIIIe siècle que nous sommes mieux renseignés sur la fête d'Halloween surtout en Écosse, qui put bénéficier de la bienveillance de la Kirk. En 1780, la première mention complète de la fête est celle du poète écossais John Mayne qui fait figurer deux des blagues d'Halloween dans la rubrique « Quelle terribles farces en découle! », et permet de savoir combien de cette nuit a été associée avec le surnaturel dans «bogies» (fantôme), qui influencera 5 ans plus tard un autre poète écossais Robert Burns. Ils présentent également des éléments de la saison d'automne, comme les citrouilles, feuilles de maïs et l'Epouvantail (Scarecrown, le personnage de Batman en serait une allusion), dont les maisons étaient souvent décorées avec dans la période d'Halloween.
Robert Burns, complétera son travail dans son poème Hallowe'en (1785) où il fera un portrait des différentes coutumes de la fête, qui se nommait toujours en Écosse Oidhche Shamhna, et qui consistait alors principalement des enfants déguisés (souvent en sorcière ou en fantôme) faisant du porte-à-porte et offrant des divertissements variés, à savoir chanter une chanson ou raconter une histoire de fantôme. Si la performance est appréciée, les enfants sont récompensés avec des bonbons, des fruits ou un peu d'argent, ce qui pour certains avec la Guy Fawkes Night a pu donner naissance à la tradition du trick or treat américaine. Ici le folklore, incluant Halloween, est centré sur la croyance envers les fées et non pas sur les fantômes, comme dans les écrits de John Mayne.
Une bonne fête de la Toussaint à tous et à toutes !Les enfants se costumaient et transportaient une Neepy Candle, un visage diabolique gravé dans un rutabaga (neep en anglais) évidé, éclairé de l'intérieur, pour effrayer les mauvaises fées. Ce qui n'était pas le cas en Angleterre et en Irlande où l'on utilisait aussi des betteraves, des pommes de terre et des navets mais pour faire des lanternes. Ces lanternes étaient nommés des Jack-O'-Lanterns, dont le terme proviendrait du nom « Jack à la lanterne » donnait au veilleur de nuit ou un homme qui portait une lanterne qui apparut pour la première fois dans un livre, en 1750, et qui d'anonyme deviendra un personnage de conte en Irlande pour expliquer cette tradition.
Jack-O'-Lantern, dit le Pingre, aurait été un maréchal-ferrant irlandais, avare, ivrogne, méchant et égocentrique, qui rencontra le Diable une veille de Toussaint. Avant de partir avec lui pour son dernier voyage, Jack, sans un sou sur lui, veut lui offrir une dernière pinte de bière. Pour payer, Satan se transforme en pièce de monnaie, aussitôt escamotée dans la poche de Jack. Pris au piège, le diable lui accorde un sursis. Depuis ce jour là, Jack erre dans le noir entre le paradis et l'enfer, ne pouvait ni entrer au ciel car trop avare et mauvais ni entrer en l'enfer car il avait joué de mauvais tours au diable. Selon la légende il fut donc condamné à errer sur terre jusqu'au Jour du Jugement avec sa lanterne, qui consistait en une braise offerte par le Diable qu'il mit dans un navet.
Un jeu d'enfants populaire durant cette soirée est celui où une pomme soit être attrapée dans un bac d'eau en utilisant seulement sa bouche. Un autre jeu consiste à essayer de manger, en ayant les yeux bandés, un pain enrobé de mélasse pendant au plafond par une ficelle.
En Irlande, les enfants se maquillaient en noir et blanc, ils portaient de vieux habits ou draps et des chapeaux de sorcières et allaient chanter dans le voisinage pour avoir des cadeaux. On leur donnait un peu d'argent, des pommes et des noix. La chanson : Halloween arrive bientôt et les oies engraissent. S'il vous plait mettez un penny dans le chapeau du vieil homme. si vous n'avez même pas un penny, la moitié d'un fera l'affaire. Si vous n'avez même pas un penny, que Dieu vous bénisse et votre père aussi.
Les traditions écossaises et irlandaises se sont maintenus telles quelles jusqu'à nos jours avec quelques innovations, que nous verrons plus bas.
À la suite de la Grande Famine, les coutumes et les pratiques se déplacèrent, avec l'émigration irlandaise de 1846 à 1848, vers les États-Unis, à l'image de la sculpture des citrouilles pour remplacer les Jack-o'-lantern traditionnel qui s'explique par l'ancienneté de la sculpture de ce cucurbitacée, remontant à 1837 et qui était associée à la récolte, en général, tout comme Halloween. Mais la fête n'était alors fêté que par les britanniques (anglais, écossais, gallois) et les Irlandais et restait très donc communautaire, mais ces derniers apportèrent avec eux un élément qui sera essentiel au succès d'Halloween une grande tradition du déguisement et de la farce.
En 1852, le Révérend John M. Wilson, dans la Cyclopedia rural, nous rapporte qu'Halloween était alors l'une des fêtes les plus importantes, en particulier pour la population rurale en Angleterre et en Écosse. Il déplore les rites païens superstitieux, et les plus répréhensibles de la population rurale en Écosse, qui violerait le sens commun, des bonnes mœurs et la religion chrétienne, et en Angleterre, surtout les farces volontaires inoffensives (« Joyeuse Joyeuse Faites », « Merry Merry Making » en anglais) qui ont tenu.
 
Mais le déguisement d'Halloween ne devint un élément essentiel qu'en Écosse en 1895, car il faut dire que ce dernier a évolué depuis le XVIIIe siècle et est devenu un élément d'appartenance, tiré du folklore celte et chrétien (leprechaun, fée, sorcière, démon), avec les lanternes faites de navets évidés, la visite des foyers et la récompense avec des gâteaux, des fruits et des pièces de monnaie. Une coutume qui sera aussi attestée par la suite de sa diffusion en Angleterre, et en Irlande, amis seulement après 1900, et qui ne passa l'autre côté de l'Atlantique qu'en 1911, où un journal de Kingston, en Ontario, au Canada, nota que les enfants allaient « déguisés » dans le quartier. La seconde allusion était dans un lieu inconnu en 1915 et la troisième à Chicago en 1920, montrant qu'Halloween était devenue populaire aux Etats-Unis au début du XXe siècle, tout autant pour les adultes que pour enfants. Et c'est au même moment que la tradition, plutôt campagnarde des Jack-o'-lantern, n'est devenue vivace partout aux États-Unis. On utilisa alors des citrouilles d'une variété particulière de ce cucurbitacée orange appelées « Jack-o-Lantern », elles sont devenues rapidement le symbole majeur de la fête d'Halloween grâce à leur forme régulière, rappelant un visage et la facilité avec laquelle on peut les creuser.
Une bonne fête de la Toussaint à tous et à toutes !La coutume du trick or treat, qui signifie « tu paies ou tu as un sort », est, elle, apparue aux États-Unis dans les années 1930, d'abord le terme en 1934, et sa première utilisation dans une publication nationale Survenant en 1939. Et avec elle apparait la première production en masse de costumes d'Halloween qui cette fois-ci furent tirés des grands classiques des fims gothiques, et fantastiques des années, tel le Dracula de Tod Browning (1931), et Frankestein (1931). Une action qui avait probablement pour but de relancer la consommation au lendemain des difficiles conséquences qui avait suivit le Krach de Wall Street de 1929. Ce qui a donc fait que la fête est alors devenu une source de festivité avec les déguisements et les décorations tournant autour des têtes de morts, fantômes, squelettes, sorcières, les enfants déguisés en sorcières ou en fantômes défilant dans les rues en frappant aux portes et en revendiquant des petits cadeaux (des bonbons) sous menace de malédiction en cas de refus. Ce qui fit qu'Halloween ressemble aujourd'hui plus à une fête de famille aux États-Unis, à l'image de Noël, mais qui a du mal à dépasser ses frontières.
Il faut savoir également qu'il existe en France un équivalent la Rommelbootzennaat (nuit des betteraves grimaçantes en Francique Lorrain) s'est maintenu. C'est une tradition célébrée la veille de la Toussaint essentiellement dans le Pays de Nied en Lorraine, issue d'une ancienne fête d'origine celtique, probablement Samain. Cette tradition semble s'être maintenue en Lorraine germanophone lorsque la langue et les traditions celtiques ont été éclipsées par la culture germanique. Ainsi, la veille de la Toussaint, à l'image de ses équivalents britanniques et irlandais, les enfants sculptent des têtes grimaçantes dans des betteraves, légumes dont la récolte marque la fin des travaux des champs. Éclairées par la lumière d'une bougie, les têtes sont déposées sur les rebords de fenêtres, des puits, les murs des cimetières ou aux croisements des chemins pour effrayer les passants. Une différence notable tout de même envers son équivalent Halloween, sauf si on met la Rommelbootzennaat en rapport avec son équivalent américain, mais ici le côté commercial en moins.
freyr1978

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Publié le 1 Novembre 2011

La fête de Toussaint et d'Halloween ont une origine très lointaine puisqu'en fait elle nous provient en ligne directe des Celtes. En effet, ceux-ci divisaient l'année en deux saisons, l'hiver et l'été. Les moines irlandais qui ont mis par écrit les coutumes celtiques, à partir du VIIIe siècle, ont précisé que le 1er novembre (selon notre calendrier moderne) était une date très importante puisqu'ils fêtaient le début de l'année. C'était Samain (le mot s'écrit Samhain en Irlande, Samhuinn en Ecosse et Sauin sur l'île de Man), la fête religieuse qui célèbre le début de la saison « sombre » de l'année celtique (pour les Celtes, l'année était composée de deux saisons : une saison sombre et une saison claire). Bonne fête de Toussaint à tous et à toutes !!! Elle est mentionnée dans de nombreux récits épiques irlandais car, de par sa définition, elle est propice aux évènements magiques et mythiques. Son importance chez les Celtes est incontestable, puisqu'on la retrouve en Gaule sous la mention Tri nox Samoni (les trois nuits de Samain), durant le mois de Samonios (approximativement le mois de novembre), sur le Calendrier de Coligny. « C'est une fête de fermeture de l'année écoulée et d'ouverture de l'année à venir. Le temps de Samain est celui du Sidh (l'autre monde) brièvement confondu avec celui de l'humanité » (Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Fêtes celtiques, Ouest-France Université, chapitre Samain, pages 35 à 81, coll. « De mémoire d'homme : l'histoire », Rennes, 1995). C'est la période de possibles rencontres mythiques ans la nuit du 31 octobre – les fêtes celtes commencent à la tombée de la nuit entre certains hommes, défunts, non réincarnés, et les dieux des Tuatha Dé Danann. C'est pourquoi on laissait la porte entre ouverte et une place à table et on plaçait des lanternes sur les chemins pour les guider. Ainsi, on a relaté l'aventure de héros, ou d'hommes exceptionnels, qui se rendent dans le Sidh (généralement à l'invitation d'une Bansidh), et y passent quelques agréables heures. Le temps des dieux n'étant pas le même, leur séjour est, en fait, de plusieurs siècles et, quand ils reviennent chez eux, ils ne peuvent vivre puisqu'ils sont morts depuis longtemps.

Comme toutes les principales fêtes celtiques, Samain dure pendant sept jours (le jour de Samain lui-même et trois jours avant et trois jours après), mais les réjouissances pouvaient se poursuivre sur 15 jours : le premier est consacré à la mémoire des héros, le deuxième à celle de tous les défunts, et le troisième est livré aux réjouissances populaire et familiales, car le nom de Samain signifie « réunion », c'est une fête obligatoire de toute la société celtique qui donne lieu à des rites druidiques, des assemblées, des beuveries et des banquets rituels ; son caractère religieux la place sous l'autorité de la classe sacerdotale des druides et la présidence du roi, toute absence est punie de mort. Bonne fête de Toussaint à tous et à toutes !!! Il faut souligner que, selon l'idéologie tripartite des indo-européens définie par Georges Dumézil, les trois classes de la société (sacerdotale, guerrière et artisanale) sont associées aux cérémonies (Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Fêtes celtiques, pages 35 à 82, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d'homme : l'histoire », Rennes, avril 1995). Cette assemblée religieuse et sociale a progressivement disparu avec la christianisation, mais reste attesté jusqu'au XIIe siècle dans la littérature médiévale irlandaise.
La veille de la nuit de Samain, avait lieu la cérémonie de la renaissance du feu. Les propriétaires des maisons éteignaient les feux de l'âtre avant de se rassembler à la nuit tombante sur la place où les druides procédaient à l'allumage d'un nouveau feu sacré en frottant quelques bois secs du chêne sacré. Ils allaient ensuite allumer de grands feux de joie sur les collines environnantes pour éloigner les esprits malfaisants. Puis chaque maître de maison repartait avec quelques braises tirées du nouveau feu sacré pour rallumer un nouveau feu dans l'âtre de sa maison qui devait durer jusqu'à la prochaine fête de Samain et protéger ainsi le foyer tout au long de l'année.

Les fêtes druidiques ont disparu d'Irlande et de Gaule au Ve siècle, avec l'arrivée du christianisme, mais la tradition de Samain n'a pas complètement disparu ni avec la romanisation de la Gaule et de la Gaule, ni avec le développement du christianisme. L'abondante littérature irlandaise médiévale, élaborée par les clercs entre le VIIIe et le XIIe, ne mentionne que la fête sacrée de Samain (les sources pour la Gaule sont fragmentaires). La fête chrétienne de la Toussaint, à laquelle est adossée Halloween (le 31 octobre, la veille), n'a été instituée qu'au IXe siècle par le pape Grégoire IV. En effet, incorporer la fête de Samain pour le moins débraillée au calendrier catholique ne se fit pas sans peine et prit plusieurs siècles.

La fête de Toussaint a longtemps eu lieu après les fêtes de Pâques ou suite à la Pentecôte. Au IVe siècle, l'église grecque décide de fêter les martyrs chrétiens, à l'origine, les premiers saints, après les apôtres, étaient des martyrs, morts pour leur foi. Cette fête est célébrée le premier dimanche après la Pentecôte dans l'église orthodoxe. Au Ve siècle, elle est célébrée en Syrie le vendredi de Pâques. A Rome, au Ve siècle également, une fête en l'honneur des saints et martyrs était déjà célébrée le dimanche après la Pentecôte.Bonne fête de Toussaint à tous et à toutes !!!
Après la transformation du Panthéon de Rome en sanctuaire chrétien, le pape Boniface IV le consacra, le 13 mai 610, sous le nom de l'église Sainte-Marie-et-des-martyrs. Il voulait ainsi faire mémoire de tous les martyrs chrétiens dont les corps étaient honorés dans ce sanctuaire. Ainsi, au culte des divinités romaines se substitue le culte des saints catholiques. C'est à cette occasion que la fête de la Toussaint est instituée, et elle fut alors fêtée le 13 mai, date anniversaire de la dédicace de cette église consacrée aux martyrs.
C'est peut-être à partir du VIIIe siècle qu'elle est fêtée le 1er novembre, lorsque le pape Grégoire III dédicace, en l'honneur de tous les saints, une chapelle de la basilique Saint- Pierre de Rome.
Vers 830, le pape Grégoire IV ordonne que cette fête soit célébrée dans le monde entier. Pour certains, c'est à l'occasion de cette décision, prise en 835, que la fête de la Toussaint est fixée au 1er novembre. Le désir de ce pape était de supprimer un ancien usage encore ouvertement pratiqué à cette époque. La célébration, le premier novembre, de la fête de la Toussaint est donc un essai tenté par l'Eglise pour donner une couleur de christianisme à l'ancien rite celtique; en substituant aux âmes des morts, les saints comme véritables objets d'adoration.
Sur le conseil de Grégoire IV, l'empereur Louis le Pieux institua la fête de tous les saints sur tout le territoire de l'empire carolingien. Cette tentative se solda par un échec puisque l'Eglise décida, à regret, de sanctionner la "superstition populaire" en admettant dans le calendrier une Commémoration des fidèles défunts, fêtée le lendemain. Cette dernière est un héritage des lectures monastiques du « rouleau des défunts » : la mention des frères d'une abbaye, ou d'un ordre religieux, au jour anniversaire de leur décès. Elle a été inaugurée par Odilon, abbé de Cluny, en 1048. Mais il existait un précédent romain institué en 988. Cette fête ne se répandit qu'en le XIe et la fin du XIIe siècle, même en Irlande et dans les pays britanniques, qui adoptèrent à la fin du XIIe siècle la célébration de la Toussaint sur 3 jours telle que nous la connaissons aujourd'hui.
Bonne fête de Toussaint à tous et à toutes !!!
Pour l'Eglise catholique, la Toussaint se fonderait sur des textes bibliques comme, entre autres, l'Apocalypse de saint Jean (Apoc., 7, 2-14), la première lettre de saint Jean (3) et l'évangile selon saint Matthieu (5, 1-12). Ce n'est pas autre chose que la fête de Tous les Saints, c'est-à-dire de la Communauté des vivants et des morts. «Cette célébration groupe non seulement tous les saints canonisés, c'est-à-dire ceux dont l'Église assure, en engageant son autorité, qu'ils sont dans la Gloire de Dieu, mais aussi tous ceux qui, en fait et les plus nombreux, sont dans la béatitude divine» (Dom Robert Le Gall, Dictionnaire de Liturgie, Editions CLD). Il s'agit donc de toutes les personnes, canonisées ou non, qui ont été sanctifiées par l'exercice de la charité, l'accueil de la miséricorde et le don de la grâce divine. Cette fête rappelle donc à tous les fidèles, la vocation universelle à la sainteté.
Le mot anglais 'Halloween' viendrait donc de cette époque de christianisation. All Hallows' day pour la Toussaint, All Hallows'Even, contracté en 'Halloween' pour la nuit sainte qui précède (qui est une reprise de la fête de Samain).

Cependant, du fait qu'en France, le 1er novembre, jour de la Toussaint, est un jour férié depuis 1801 (Napoléon Ier, alors consul, recherchait, en effet, la faveur de la puissante Eglise catholique), l'usage est établi de commémorer les morts ce jour au lieu du 2 novembre, comme le témoigne la tradition multi-séculaire de chandelles et bougies allumées dans les cimetières et, le fleurissement, avec des chrysanthèmes, des tombes à la Toussaint (évènement particulièrement bien représenté dans le tableau "La Toussaint" du peintre Émile Friant) ; ces deux gestes symbolisant la vie heureuse après la mort. Bonne fête de Toussaint à tous et à toutes !!!
Alors qu'en France la culture celte disparaissait, des coutumes populaires de Samain continuèrent à se développer en Irlande, Ecosse, Pays de Galles, et certaines régions d'Angleterre. Il semble que la célébration de la Toussaint et du "All Hallows' Even" ait été transmise en Amérique par les immigrants irlandais gallois et écossais catholiques au début du XIXème siècle, notamment à la suite de la Grande famine d'Irlande avec la grande émigration Irlandaise de 1846/48 vers les Etats-Unis, et à la fin du XIXe siècle Halloween y devint une fête nationale. D'Amérique, la tradition se serait retransmise en Angleterre, après avoir subi une "légère" transformation aux Etats-Unis.

 

Je mettrais à la suite un article sur la fête d'Halloween telle qu'elle était fêté auparavant et ses changements.

 

freyr1978

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