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Publié le 17 Avril 2020

Le Samedi Saint a eue lieu une vénération exceptionnelle du linceul de Turin dirigée à 17h par l’archevêque de la capitale piémontaise, Mgr Cesare Nosiglia. Le pape François a soutenu et s’est joint à cette liturgie de prière depuis la chapelle de la cathédrale de Turin, gardienne du Saint-Suaire. Il s’y était rendu en 2015, tout comme les précédents Souverains Pontifes (https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2020-04/les-papes-et-le-saint-suaire-de-turin-icone-du-samedi-saint.html). L'archevêque de Turin Cesare Nosiglia a donc dirigé l'extraordinaire prière devant le Suaire de la cathédrale de Turin le samedi après-midi. Elle a été diffusée en direct à la télévision partout dans le monde, par le signal Rai et par TV2000, relancé par le Centre de Télévision du Vatican. Il a été calculé que les téléspectateurs potentiels des réseaux connectés dépassaient le milliard de personnes. De nombreux accès également à la page spéciale Facebook "Shroud 2020", où l'événement a été diffusé pour les réseaux sociaux (https://www.ceinews.it/rilanci/2020/4/13/ostensione-straordinaria-della-sindone-la-potenza-del-risorto-vince-ogni-avversita/). Et on nous a raconté aussi le fait que le Saint Suaire a été installé à Turin, après une épidémie de peste à Milan, au XVIe siècle. En 1578, Charles Borromée, évêque de Milan, promet un pèlerinage à pied au Saint Suaire si la ville est délivrée de la maladie. Le duc de Savoie Emmanuel Philibert déplace le drap sacré de Chambéry, où il se trouve, à Turin, pour raccourcir la route de Charles Borromée (https://fr.euronews.com/2020/04/11/le-saint-suaire-expose-exceptionnellement-pour-paques-contre-le-covid-19). En réalité, ce qui préserva la ville de Milan, ne fut pas cette relique, mais un des mesures de plus en plus draconiennes telles que la purge des maisons infectées, la fermeture des magasins non essentiels et une quarantaine générale, on ordonna aussi l'abattage des chiens et des chats (https://brill.com/view/book/edcoll/9789004375871/BP000012.xml). C’est très énervant de voir que face à une épidémie, on fasse appel à la superstition et aux fausses reliques comme le linceul de Turin.

 

Dès son émergence au Moyen Âge, chez les chanoines de Lirey, en Champagne, les autorités ecclésiastiques locales dénoncent la «fraude». L’évêque de Troyes aurait découvert, après enquête en 1357, qu’il s’agissait d’un faux. Un artiste arrêté et interrogé aurait même avoué en être l’auteur. En réalité, il a été offert par le roi Jean II à son ami Geoffroi de Charny, le chevalier le plus renommé du Moyen Âge, qui est décédé peu de temps après lors de la désastreuse bataille de Poitiers tout en sauvant la vie du roi. Bien que conçue comme rien de plus qu'une image de dévotion inoffensive pour l'église nouvellement construite de Geoffroi dans le hameau français de Lirey, elle fut bientôt déformée. Les miracles ont été truqués, l'argent a été fait. La bande de tissu  était pliée avec un bâton central, on fait rentrer les croyants qui ont payé. On hisse doucement le suaire éclairé par les bougies, on chante, on prie et c’est fini. Et ainsi on a pu financer la construction de l’abbatiale de Lirey. Ensuite, une nouvelle enquête fut menée entre 1389 et 1390 qui en arriva à la même conclusion, sauf que celui qui montre le suaire est le neveu du pape en Avignon. Comme il n’est pas à l’aise sur le sujet, le pape trouve une astuce formidable pour autoriser qu’on le présente désormais. Il fait placarder sur les églises une lettre en latin disant que le suaire est une véritable icône. La différence en latin entre une image véritable et une véritable image est difficile à saisir pour des paysans. Le suaire a été fabriqué comme toutes les soi-disant reliques faites après la grande peste pour conjurer ce malheur qui a tué un tiers de la population européenne. Les reliques attiraient les fidèles vers une abbatiale ou un église et surtout les dons. Puis la relique a connue de vastes tribulations, puisqu’elle se retrouve entre les mains de Marguerite de Charny en 1418, qui la vend à Louis Ier de Savoie en 1453,  puis elle s'est installée à Chambéry, au cœur de la Savoie en 1502, dont le pape Jules II lui conféra une fête liturgique le 4 mai en 1506, mais décembre 1532, la Sainte-Chapelle qui abritait le drap brûlé, et le suaire a survécu,  et enfin elle arrive à Turin en 1578, la nouvelle capitale du duché de Savoie puis du royaume d'Italie, avant d’être donné au Saint-Siège en 1983, et un nouvel incendie se produit en 1997,  le suaire est sauvé une seconde fois des flammes. Régulièrement des clercs, et non des moindres, tels que trois ecclésiastiques de Liège, qui traiteront de l'affaire en 1449, et Ulysse Chevalier de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, entre 1898 et 1903 mettent en garde les fidèles tentés de vénérer un objet nullement contemporain de Jésus («Trois Christs» : Unis par la Passion, 26 octobre 2010, dans https://www.actuabd.com/Trois-Christs-Unis-par-la-Passion, Le suaire de Turin : La vraie histoire d'un faux, L’histoire mensuel N°372, février 2012, Andrea Nicolotti, Sindone : Storia e leggende di una reliquia controversa, Eanudi, 2015, Gary Vikan, The Holy Shroud: A Brilliant Hoax in the Time of the Black Death, Pegasus Books, 5 mai 2020, et https://www.ligneclaire.info/eric-liberge-gerard-mordillat-76850.html).

 

Pourtant, après la photographie de Secondo Pia en 1898, qui relance l’engouement pour la relique de Turin, commence la sindonologie. Ce sont surtout des laïcs –scientifiques, chirurgiens, physiciens - qui se sont acharnés à démontrer  que ce linge était le suaire de Jésus et en général convaincu de son authenticité. En 1988, l'étude au carbone 14 confirme que le linceul en question date des environs de 1350. On a pu penser que l’affaire était close, mais pas du tout. Une quinzaine d’ouvrages de livres furent publiés disant que si le carbone 14 donnait ce résultat, c’était que la science était fausse. Rien n'y fait. Les «sindonologues» n'en démordent pas, la ferveur populaire les encourage, les tentatives de démonstration se succèdent contre les travaux scientifiques : le suaire de Turin porte la marque indélébile de Jésus-Christ mort en croix et ressuscité, rien ne pourra les convaincre du contraire. Et ils on essayé d’infirmer la datation au carbone14, en disant que le feu de 1532 a fixé des atomes de carbone modernes sur le Suaire, le rendant apparemment plus jeune, mais des tests expérimentaux répétés ont exclu que l'effet soit possible, ou bien que l'échantillon utilisé pour le test du carbone 14 a été pollué par de la saleté, pourtant il avait été parfaitement nettoyé, et la datation de fragments de tissus d'un âge bien connu, effectuée à titre de contrôle, avait donné des résultats parfaits, ou encore que l'échantillon prélevé appartenait à un raccommodage invisible et récent, cependant l'échantillonnage a été effectué en présence d'experts du textile, et dans la restauration de 2002, personne n'a jamais trouvé de raccommodage dans ce coin. En 2019, Benedetto Torrisi met en avant des problèmes de concordances statistiques entre les résultats des instituts et relève la non-conformité des conditions de prélèvement des tissus. Peine perdue puisqu’en 1994, J. A. Christen a appliqué un test statistique solide aux données de radiocarbone et a conclu que l'âge donné pour le linceul est, d'un point de vue statistique, correct, et Timothy Jull a confirmé en 2011, que les analyses ont porté sur le tissu originel et rien n’a pollué la datation (J. Andres Christen, "Summarizing a Set of Radiocarbon Determinations: A Robust Approach". Applied Statistics. 43 (3): 489–503, 1994, Le suaire de Turin : La vraie histoire d'un faux, L’histoire mensuel N°372, février 2012, Rachel Mulot, Le suaire de Turin est censé avoir enveloppé le corps du Christ. Mais il date bien du Moyen Âge, 23 avril 2015 dans https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/2-etudes-montrent-que-le-suaire-de-turin-date-en-fait-du-moyen-age_21857, Luigi Garlaschelli, Perché la sindone è un falso, 11 septembre 2018, dans https://ilbolive.unipd.it/it/news/perche-sindone-falso, Jérôme Prieur, et Gérard Mordillat, Le Suaire (Tome 3) - Corpus Christi, 2019, Éditions Futuropolis, 2019, et Raphaël Zbinden, Saint Suaire : le doute augmente quant à une origine médiévale, 26 mai 2019, dans https://www.cath.ch/newsf/saint-suaire-le-doute-augmente-quant-a-une-origine-medievale/).

 

La sindonologie est continuellement engagée dans une tentative de délégitimer les résultats des études au détriment de l'authenticité, en construisant des explications alternatives extrêmement compliquées ou en recourant au sujet du miracle. Elle rejette toujours les arguments contraires et a tendance à citer des recherches propices à l'authenticité (le lin qui serait pareil à ceux de Massada selon Mechthild Flury-Lemberg dans un article publié en allemand en 2000, a été vite éventé par deux experts israéliens qui disent qu’il n’y aucun tissu ressemblant à celui du suaire et le tissage est en «S» et non en  «Z»;  les pollens que Max Frei a dit avoir trouvés, personne d'autre ne les a examinés, pourtant c’est son travail frauduleux qui est toujours utilisé par les sindonologues, alors que les études de Giovanni Riggi en 1978, de Raymond Rogers en 1978 et de Pier Luigi Baima Bollone en 1978 et 2002, ont rapporté des indices décevants sur leurs études à ce sujet, , et l’étude de Marta Mariotti Lippi en 1998 afin d'évaluer l'importance de la présence de pollen sur le suaire, montre avec des morceaux de lins comme celui du suaire dont certains sont trempés avec une solution d'aloès et de myrrhe, tous suspendus dans diverses positions dans une oliveraie, la perte de pollen a alors atteint 77% en 2 mois, en 10 ans on ne trouverait plus de pollens; pour les monnaies et les traces d’écritures, ce serait de la paréidolie produite à partir d'une vieille photo, dans les photos couleur haute définition modernes, les traces des pièces et d’écritures ont disparu et d’ailleurs n’ont pas été vues par les scientifiques  qui  ont examiné le suaire en 1969, en 1973 et en 1978, ni même ceux qui ont restauré le linceul en 2002; la présence de sang n’a été certifiée certifiée que par Pier Luigi Baima Bollone, présence explicitement exclue en 1973 par la commission qui avait été chargée d'effectuer les analyses du cardinal Pellegrino, et par le microscopiste de Chicago Walter McCrone, qui en 1977 déclara que "la figure de l'homme du Suaire a été peinte avec l'application d'ocre rouge dans une tempera de collagène animal très diluée";  les sources historiques ont été aussi déformées puisque le mandylion d’Édesse se trouvait en France dans la Sainte-Chapelle après son achat par Louis IX et fut détruite pendant la révolution française en 1793, et le Codex de Pray, ne montre nullement le suaire de Turin, puisque le linceul empilé sous la main de l'ange ne porte aucune image, et ce qui est vu comme des brûlures ressemble à des motifs ornementaux, comme ceux vus sur l'aile de l'ange, sur sa ceinture et sur la robe de la femme au centre du dessin comme motifs ornementaux, tandis que la théorie reposant sur les Templiers est écartée par les experts de l’histoire des Templiers et jusqu’ici  aucune  preuve étayant cette  thèse  n’a  été  présentée, vu qu’elle vient de manipulations de texte, des approximations et des erreurs matérielles, et l’histoire du suaire venu selon la tradition orale du sac de Constantinople commis en 1204 ne reprendrait que l’histoire de celui de Besançon qu’on disait amené  par  le chevalier Othon de la Roche, mais dont l’existence n’était sûre qu’à partir du XVIe siècle; enfin, pour l’aragonite de travertin, elle serait arrivée non de Palestine mais par moyen plus simple comme le décrit le biochimiste John Heller, c’est un religieux qui a placé un mouchoir sur le Suaire, racontant ensuite que par le passé il avait touché le Saint-Sépulcre de Jérusalem et depuis lors l'avait gardé dans sa poche sans le laver) sans jamais tenir compte du moment où elles sont rejetées par la communauté scientifique (Sindone : le false notizie si tissuti di massade, 7 juin 2007, dans  http://www.antoniolombatti.it/B/Blog/39E8EAE8-0DB4-4545-9703-ABC2F277EB9F.html, Gaetano Ciccone, Sindone, pollini e bugie, MicroMega 4/2010, Luigi Gallarschelli, Perché la Sindone è un falso, dans MicroMega 4/2010, Le suaire de Turin : La vraie histoire d'un faux, L’histoire mensuel N°372, février 2012, Andrea Nicolotti, Le Saint Suaire de Besançon et Othon de La Roche, Éditions Franche-Bourgogne, 2015, Luigi Garlaschelli, Perché la sindone è un falso, 11 septembre 2018, dans https://ilbolive.unipd.it/it/news/perche-sindone-falso, et http://sindone.weebly.com/pray.html).

 

Pourtant, il est très simple de contredire les arguments des sindonologues. Dans l'histoire personne depuis treize siècles, depuis la tombe de Jésus jusqu'au Moyen Âge, n'a jamais parlé de ce linceul; et lorsque l'évêque de Troyes et le pape en ont parlé pour la première fois, ils l'ont fait pour dire que c'était une fraude. Il est donc extrêmement improbable que cet objet remonte au temps de Jésus. Si Jésus est juif il a été inhumé selon la tradition juive. Sûrement pas comme le montre le suaire avec les mains posées sur le pubis, impureté majeure. Et deuxièmement, s’il y a eu des linges souillés on ne les a pas gardés. Dans le judaïsme c’est impossible. Les tissus funéraires juifs du premier siècle qui ont été découverts lors des recherches archéologiques nous indiquent qu'aucune des découvertes n'a de caractéristiques compatibles avec celles du tissu du Suaire. Le seul tissu de lin connu, à chevrons  et identique à celui du Suaire, est conservé dans la section médiévale du Victoria & Albert Museum de Londres, il a été daté du XIVe siècle. D’ailleurs, un linceul célèbre a été trouvé à Akeldamà, daté entre 50 et 70 par le C-14, montre que les bras étaient étirés le long du tronc, le cadavre étroitement enveloppé et le cou, les poignets et les chevilles maintenus en place avec des bandages supplémentaires. Le tissu était en laine (le Suaire est en lin), la texture se compose d'une structure 1: 1 simple (le Suaire est en chevrons 3: 1), la filature est S (celle du Suaire est Z). Pour la crucifixion, l’homme de Giv'at HaMivtar, dont les restes avec un clou toujours coincé dans le talon ont été trouvés en 1969 à la périphérie de Jérusalem nous montre avec certitude que la position sur la croix de cet homme était incompatible avec celle de la figure du Suaire : les pieds étaient cloués latéralement au poteau de la croix avec deux clous qui transperçaient les talons transversalement et les bras étaient probablement attachés avec des cordes. Et pour bien enfoncer le clou, une nouvelle découverte - les restes squelettiques vieux de 2000 d'un romain crucifié - rapportée sur Live Science (Metcalfe 2018). L'article (4 juin 2018) décrit l'examen des os (découvert à l'origine en 2007 près de Venise), confirme que le clou était enfoncé sur le côté du talon, et les bras étaient attachés. Enfin,  des vestiges archéologiques, des textes historiques et de l'art funéraire égyptien ancien montrent que comme la plupart des gens en Judée et en Égypte à l'époque, Jésus avait très probablement des yeux bruns, des cheveux brun foncé ou noirs et une peau brun olive. Il se peut qu'il ait mesuré environ 1,66 cm de hauteur, la taille moyenne de l'homme à l'époque. L’homme du suaire ne correspond pas à un juif de l’époque  et il est trop grand  (Luigi Gallarschelli, Perché la Sindone è un falso, dans MicroMega 4/2010, Anna Rita Longo, Speciale Sindone: gli ultimi studi scettici, 31 Mars 2018, dans https://www.queryonline.it/2018/03/31/speciale-sindone-gli-ultimi-studi-scettici/, Joan Taylor, What Did Jesus Look Like?, Bloomsbury T&T Clark, 2018, et https://www.ligneclaire.info/eric-liberge-gerard-mordillat-76850.html).

 

Et contrairement à ce qu’a avancé le Sturp (Shroud of Turin Research Project) en 1978, il était possible de faire un linceul avec les mêmes caractéristiques que celui de Turin, et ce serait plutôt une copie corporelle semblable à une photographie d'un Français médiéval créée par un artiste brillant servant la cour royale au temps de la Peste noire. Et Gary Vikan, aurait retrouvé ce faussaire, Nardo di Ceccarelli, élève de Simone Martini, alors à Avignon et travaillant pour le pape vers 1350. L’empreinte du suaire était constituée de pigments d’oxydes de fer, associé à un médium à base de collagène, et l’ensemble a été appliqué sur le linge par un artiste très informé et appliqué, qui utilisa la méthode de tamponnage, ce qui explique qu’on ne trouve pas de traces de pinceaux comme l’avançait le Sturp, quant aux tâches de sang, elles se révèlent être du vermillon, composées de sulfure de mercure, ou cinabre. Cela explique pourquoi les taches de "sang" ne sont pas réalistes. Ce qui a été confirmé une étude expérimentale réalisée en 2018 par Luigi Gallarschelli et Matteo Borrini selon la technique BPA (Bloodstains Pattern Analysis) en faisant couler du sang sur le corps d'un volontaire et sur un mannequin a démontré l'improbabilité de la position des différentes traces de sang du suaire. Elle montre que les tâches de sang n’ont pu être laissées que par un homme en position horizontale. Cette étude a suscité la perplexité des sindonologues qui essayèrent de l’invalider sans la tester. Elle permet d’expliquer pourquoi les cheveux semblent tomber droit, comme pour un homme se tenant debout et non couché.. L’expérience sera réalisée à plusieurs reprises avec assez de succès par Vittorio Pesce Delfino, Joe Nickell, Henri Broch, Luigi Garlaschell et Jacques Di Costanzo. Une telle méthode rend compte de certaines propriétés de «négatifs photographiques» du suaire et de la nature tridimensionnelle de l’image. Ainsi d’ailleurs que des erreurs anatomiques – doigts démesurément long, bras gauche plus court que le droit, etc.-, qui apparentent le suaire à l’iconographie byzantine et gothique. D’ailleurs le suaire suit, les représentations graphiques gothiques de la crucifixion, clous dans les paumes (à la base de celles-ci) et dans les pieds, et les traces de la flagellation sur le corps ressemblent beaucoup à celle des flagellants du XIVe siècle. Le suaire suit aussi les Mystères de la Passion du XIIIe siècle, où maint acteurs ont faillit périr dans un jeu trop réaliste. Son état de conservation a accentué son aspect fantomatique qui favorise toutes les rêveries, ce qui s'explique très bien : presque toutes les toiles médiévales peintes a tempera ont été détruites suite à leur dégradation rapide et le suaire n'aurait pas survécu s'il n'avait pas été considéré comme une relique, d'autant plus qu'il avait été gravement endommagé par l'incendie de 1532 dans la Sainte-Chapelle. Cela n’empêche pas les sindonologues plus «scientifiques», dont Giulio Fanti est le leader, à rechercher les hypothèses les plus imaginatives pour expliquer la formation de l'image du Suaire et qui se sont répandues ces dernières années comme le tremblement de terre, le bombardement de proton, ou l’irradiation par laser, ces hypothèses ont toutes été invalidées par la science dure (Odile Celier, Le Signe du linceul, le saint suaire de Turin de la relique à l'image, Cerf, 1992, «Trois Christs» : Unis par la Passion, 26 octobre 2010, dans https://www.actuabd.com/Trois-Christs-Unis-par-la-Passion, Gian Marco Rinaldi, Datazioni alternative della Sindone: la controreplica di Gian Marco Rinaldi, 16 avril 2013, dans https://www.queryonline.it/2013/04/16/datazioni-alternative-della-sindone-la-controreplica-di-gian-marco-rinaldi/, Raphaël Zbinden, Le juif qui défend l'authenticité du Saint-Suaire, 27 avril 2015, dans https://www.cath.ch/newsf/le-juif-qui-defend-lauthenticite-du-saint-suaire/, Andrea Nicolotti, Sindone : Storia e leggende di una reliquia controversa, Eanudi, 2015, Philippe Delorme, Les théories folles de l'Histoire, Presses de la Cité, 2016, Antonio Lombatti, The Shroud Is Just Another Hoax Forged During the Middle Ages, août 2017, dans https://www.bibleinterp.com/articles/2017/08/lom418014.shtml, Le Saint-Suaire de Lirey : l’histoire d’une vaste supercherie, 14 janvier 2018, dans https://abonne.lest-eclair.fr/art/53788/article/2018-01-14/le-suaire-l-histoire-d-une-vaste-supercherie, et Luigi Garlaschelli, Perché la sindone è un falso, 11 septembre 2018, dans https://ilbolive.unipd.it/it/news/perche-sindone-falso).

 

On aurait pu espérer la fin de cette folie autour d’un faux médiéval après qu’en 2011 Timothy Jull qui a conservé un petit échantillon du suaire prélevé en 1988 qui n’a pas été détruit, corrobora la datation au carbone 14 réalisée en 1988 par trois laboratoires à Tucson, Oxford et Zürich (Frédéric de Monicault, Le Suaire de Turin date bien du Moyen Âge, L’Histoire mensuel 771, avril 2011). Pourtant, cela n’a pas suffit. Dans l'intervalle, l'accès au Suaire est interdit aux chercheurs depuis des décennies : il est même interdit de travailler sur des photographies haute définition, une situation franchement inacceptable, qui permet aux sindonologues de mettre en avant tous leurs délires. Dans les discours officiels, l'Église fait preuve d'une certaine prudence, mais dans la pratique (livres, télévision, catéchèse, conférences) elle privilégie la propagande sur l'authenticité et décourage le contraire. Cela crée beaucoup d'ambiguïté (Andrea Nicolotti, Sindone : Storia e leggende di una reliquia controversa, Eanudi, 2015). Pourquoi ? Rien de noble dans tout cela, puisque la relique attire des pèlerins et forcément leur argent. 2 millions d’entre eux étaient venus en 2015, et on peut comprendre que l'archevêque de Turin Cesare Nosiglia a tant tenu à assurer l’avenir de ce faux médiéval en utilisant une ostension à la télévision et sur les réseaux sociaux pendant l’épidémie du Covid-19.

 

Alors pour ceux qui essayent de me convaincre sur l’authenticité du suaire, je considère la sindonologie comme une pseudoscience – de la même manière que l'ufologie, le spiritisme ou l'astrologie - qui offre continuellement des annonces extraordinaires et de grandes découvertes présumées, mais jamais trouvées sur l'objet qui malheureusement ne peut plus être examiné.

 

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Publié le 10 Juillet 2019

Cela change complètement la conception patriarcale de l'Église comme nous le montre Manuel Trujillo dans son article sur periodistadigital.com  du lundi 8 juillet 2019. Les premiers prêtres de l'histoire du christianisme étaient des femmes. Ally Kateusz, chercheuse à l’Institut de recherche catholique de Wijngaards, a commencé sa thèse en affirmant que pendant des siècles, le Vatican avait essayé de dissimuler la preuve que, dans les premiers jours du christianisme, le rôle de la femme était essentiel dans la société pour le développement de la religion.  Ses conclusions ont été présentées lors d'une réunion de la Société internationale de littérature publique, qui s'est tenue à l'Université Grégorienne de Rome cette semaine.

 

Selon l'Irish Independent, Kateusz affirme que les premières représentations artistiques de chrétiens sur un autel notamment celle de la vieille basilique du Saint-Pierre, à Rome, et de Sainte-Sophie, à Constantinople au Ve siècle, avaient une femme dans un rôle liturgique. D’après elle, ces représentations montrent la liturgie chrétienne primitive telle qu'elle a été interprétée à cette époque, et une liturgie parallèle entre hommes et femmes avec des hommes et des femmes à l'autel (https://www.thetablet.co.uk/news/11842/women-present-at-the-altars-in-early-christianity-argues-academic-).

 

Elle prétend même qu'une ancienne mosaïque trouvée à Rome dans la chapelle Saint Venantius du baptistère du Latran représente la Vierge Marie dans le costume d'un évêque, portant un pallium. Elle cite un historien de l'art russe, Alexei Lidov, qui décrit la mosaïque du VIIe siècle comme un symbole de la prêtrise de Marie. En 1916, cependant, le Vatican interdit les images de Marie vêtue de vêtements de cérémonie et cette image est par la suite obscurcie (https://www.thetablet.co.uk/news/11842/women-present-at-the-altars-in-early-christianity-argues-academic-).

 

La Dr. Kateusz a expliqué que les premiers chrétiens étaient influencés par des sectes juives telles que les Thérapeutes, un groupe qui existait en dehors d'Alexandrie et qui donnait des rôles aux hommes et aux femmes lorsqu'ils étaient vénérés. "La théologie générale de la liturgie aurait été il n'y a ni Juif ni Grec, parce que Juifs et Grecs étaient tous deux des dirigeants de l'ecclesia; il n'y a ni libre ni esclave, car tous deux étaient des dirigeants dans l'ecclesia; et il n'y a ni homme ni femme, et tous deux étaient dirigeants dans l'ecclesia", dit-elle (https://www.thetablet.co.uk/news/11842/women-present-at-the-altars-in-early-christianity-argues-academic-).

 

La Dr Kateusz affirme que l'Église catholique a toujours essayé de dissimuler ces manifestations artistiques et que le pape Jean-Paul II était l'un des principaux opposants à l'option selon laquelle les femmes pourraient être ordonnées en tant que prêtresses du credo catholique. Miriam Duignan, une porte-parole du Wijngaards Institute, a déclaré à l'Independent qu'il "existe des preuves que des femmes ont exercées en tant que prêtresses dans les principales églises du christianisme".

 

La Dr. Kateusz n'est pas la seule personne à avoir examiné le rôle des femmes dans l'église en étudiant l'art et les artefacts. Dans son livre de 2017 intitulé "Crispine et ses sœurs : les femmes et l'autorité dans le christianisme primitif" (Fortress Press), Sœur Christine Schenk a expliqué que l'art sur les sarcophages des IIIe et Ve siècles montraient des femmes enseignant et prêchant. La sœur de Saint-Joseph, basée aux États-Unis, a eu l'inspiration pour écrire ce livre après une visite au musée de l'Antiquité chrétienne Pius Cristiano dans les musées du Vatican il y a douze ans, où elle a remarqué une femme en tenue centrale tenant un livre en mode de prédication entourée de figures de disciples (https://www.thetablet.co.uk/news/11842/women-present-at-the-altars-in-early-christianity-argues-academic-).

 

Cet argument est aussi soutenu par le Dr. Sara Parks, enseignante du Nouveau Testament à l'Université de Nottingham, qui a expliqué à The Daily Best que la présence de femmes aux postes de direction dans le christianisme primitif était influencée par le judaïsme. Elle a ajouté que les femmes assumaient davantage de rôles publics, devenaient plus actives sur le plan politique, introduisaient le divorce, possédaient des entreprises et des biens [et] dirigeaient des mouvements religieux." Mais le professeur Nicola Denzey Lewis, de la Claremont Graduate School, a confié au The Daily Best que, dans les premiers siècles, le christianisme avait plus de chances d'être des patrones que des prêtres ou des évêques (https://www.dailymail.co.uk/news/article-7219539/Historian-claims-Catholic-church-covered-early-Christian-artwork-women-priests-bishops.html).

 

L'Église catholique ne permet toujours pas aux femmes d'être prêtres, cela a été réaffirmé en 2018 par Mgr Luis Ladaria, qui affirme que «Le Christ voulait conférer ce sacrement [de la prêtrise] aux douze apôtres, tous des hommes, qui ont à leur tour le communiquaient à d'autres hommes.» Pourtant cet avis péremptoire a été mis en brèche par l’excellent documentaire Les femmes disciples de Jésus en 2018, où Helen Bond et Joan Taylor, nous montrent que les femmes ont joué un rôle important dans l’expansion de la religion chrétienne, et que sans ces femmes elle n’aurait pas eu cette ampleur, mais aussi qu’avant le IVe siècle elles assuraient des rôles ecclésiastiques.

 

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Publié le 4 Mars 2019

Europe1.fr nous montre ce lundi 4 mars 2018 que le pape François a annoncé lundi que les archives secrètes du Vatican sur le pontificat de Pie XII (1939-1958) seraient ouvertes en mars 2020, ce qui pourrait permettre de faire la lumière sur son action pendant la Seconde guerre mondiale. De nombreux chercheurs réclament depuis des années de pouvoir examiner pourquoi Pie XII n'est pas plus intervenu contre la Shoah, une attitude que des organisations juives dénoncent comme une forme de complicité passive.

 

"J'ai décidé que l'ouverture des Archives du Vatican pour le pontificat de Pie XII aurait lieu le 2 mars 2020", au 81ème anniversaire de l'élection d'Eugenio Pacelli à la papauté, a déclaré le pape en recevant les archivistes du Saint-Siège. "L'Église n'a pas peur de l'Histoire", a affirmé le pape François, en rappelant que Pie XII s'était retrouvé à la tête de l'Église "en un moment parmi les plus tristes et sombres du 20ème siècle". "J'assume cette décision (...), sûr que la recherche historique sérieuse et objective saura évaluer sous sa juste lumière, avec les critiques appropriées, les moments d'exaltation de ce pape et, sans doute aussi les moments de graves difficultés, de décisions tourmentées, de prudence humaine et chrétienne", a-t-il ajouté. Ces décisions "pourront paraître à certains comme une réticence et furent en fait des tentatives (...) de maintenir, dans les périodes de ténèbres les plus profondes et de cruauté, la petite flamme des initiatives humanitaires, de la diplomatie cachée mais active", a assuré le pontife argentin.

 

L’ouverture de ces archives a notamment été saluée par l’American Jewish Committee (AJC), l’une des principales associations juives dans le monde. «Il est primordial que les experts de l’Holocauste en Israël et aux Etats-Unis évaluent le plus objectivement possible les archives concernant cette période épouvantable. Cela permet de reconnaître les erreurs mais aussi les efforts courageux faits pendant la Shoah», a réagi pour Reuters le rabbin David Rosen, membre de l’AJC. Cette décision «va permettre des recherches ouvertes et objectives de même qu’une étude complète des questions liées à l’attitude du Vatican en particulier, et de l’Église catholique en général, pendant l’Holocauste», a réagi le Mémorial de la Shoah de Yad Vashem, à Jérusalem. Le gouvernement israélien s’est également déclaré «satisfait de cette décision» et a souhaité qu’elle permette «d’avoir accès aux archives pertinentes» (http://www.leparisien.fr/societe/les-archives-secretes-du-vatican-sur-pie-xii-seront-ouvertes-en-2020-04-03-2019-8024541.php).

 

Alors que ses successeurs Jean XXIII (1958-1963), Paul VI (1963-1978) et Jean-Paul II (1978-2005) ont été canonisés, le procès en béatification de Pie XII, relancé en 2009 par Benoît XVI, est depuis au point mort en raison des controverses sur son rôle pendant la guerre. Pour beaucoup d'historiens, il aurait dû condamner bien plus fermement le massacre des juifs mais ne l'a pas fait par prudence diplomatique et pour ne pas mettre en péril les catholiques dans l'Europe occupée. Une pièce de théâtre, «Le Vicaire», du dramaturge allemand Rolf Hochhuth en 1963, adaptée dans le film à charge «Amen» de Costa Gavras en 2002, a largement contribué à cette image d’un pape lâche. D'autres historiens insistent en revanche sur le fait qu'il a sauvé des dizaines de milliers de juifs italiens en demandant aux couvents de leur ouvrir leurs portes. Serge Klarsfeld, fondateur de l’association des fils et filles de déportés juifs de France et «chasseur de nazis» avec son épouse Beate, affirmait dans une interview au Point en 2009 qu’il n’y «avait aucune raison pour que Pie XII ne devienne pas saint». «N’occultons pas que Pie XII a eu des gestes discrets et efficaces pour aider les juifs», insistait-il, rappelant qu’il avait rédigé en 1937 l’encyclique «Mit brennender Sorge» condamnant le nazisme sous le pontificat de Pie XI (http://www.leparisien.fr/societe/les-archives-secretes-du-vatican-sur-pie-xii-seront-ouvertes-en-2020-04-03-2019-8024541.php).

 

«Dans ce triste, ou plutôt, terrible contexte, tant avant la dernière guerre, que pendant son développement tragique, ou même après, la grande figure de Pie XII, trop superficiellement jugée et critiquée pour certains aspects de son pontificat, se distingue par des connotations. Grâce à la récente ouverture souhaitée avec confiance par le Pape François, les historiens qui savent enquêter sans préjugés, à l'aide de nouveaux documents, pourront mieux analyser le pontificat de Pie XII dans toute sa portée et sa richesse», conclut le Préfet des Archives secrètes du Vatican, Mgr Sergio Pagano (https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2019-03/mgr-pagano-l-ouverture-des-archives-montrera-a-tous-la-grandeur.html).

 

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Publié le 30 Août 2018

La déclaration maladroite du pape se voulait bienveillante. Elle l'est incontestablement si on la compare aux diatribes de Paul. C’est l’analyse de Christian-Georges Schwentzel (The Conversation France) publiée dans LePoint.fr le mercredi 29 août 2018 :

 

«Alors que le pape François vient de tenir des propos controversés sur les homosexuels, quelles sont les origines de l'homophobie chrétienne ?

 

Le pape François sous-entend, dans sa conférence de presse, que l'homosexualité est une sorte de maladie. C'est pourquoi il emploie le mot remède. François reprend ici des idées déjà exprimées par son prédécesseur, le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, alors à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans les années 1980 : l'homosexualité n'est pas un péché, mais tout de même une mauvaise tendance d'un point de vue moral. Cette position officielle de l'Église catholique, tout en prenant la défense des homosexuels en tant que personnes, demeure néanmoins sujette à controverse, dans la mesure où elle présuppose que l'homosexualité est un problème «moral», voire médical.

 

Au cours de l'histoire de l'humanité, les relations sexuelles entre personnes du même sexe n'ont pas toujours été condamnées. Dans la mythologie grecque, les principaux dieux et héros (Zeus, Apollon, Héraclès…) ont des aventures homosexuelles, sans faire l'objet de critiques. En fait, comme l'ont montré Michel Foucault ou encore Paul Veyne, le concept même d'homosexualité, tel que nous l'entendons aujourd'hui, n'existait pas dans l'Antiquité gréco-romaine.

 

Beaucoup d'hommes, au cours de leur existence, alternaient des relations avec des partenaires des deux sexes. Les individus n'étaient pas catégorisés en «hétérosexuels» ou «homosexuels», comme aujourd'hui. Une forme de «bisexualité» prédominait dans les faits. Rois grecs et empereurs romains s'affichaient tantôt avec des femmes, tantôt avec des hommes, comme Alexandre le Grand qui aima Roxane, son épouse iranienne, mais aussi son ami d'enfance Héphestion : une sorte de ménage à trois.

 

Ce problème entre homosexualité et christianisme ne date pas des déclarations de François, le 26 août 2018. Il remonte aux origines mêmes de la nouvelle religion qui triompha dans l'Empire romain, à la fin de l'Antiquité.

 

Jésus ne parle pas de relations homosexuelles dans les Évangiles. C'est l'apôtre Paul qui aborde cette question pour la première fois dans l'histoire du christianisme. Bon connaisseur de la tradition juive, il s'inspire d'un passage de la Bible :

 

«Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu'ils ont fait tous les deux est une abomination ; ils seront mis à mort, leur sang retombe sur eux» (Lévitique 20, 13).

 

Dans son Épître aux Romains (1, 18-31), Paul associe la sodomie au paganisme. Il condamne les femmes qui «ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature», c'est-à-dire celles qui acceptent des relations anales avec leurs partenaires masculins, ou encore les femmes qui aiment d'autres femmes.

 

Mais surtout, l'apôtre stigmatise avec vigueur les hommes qui, «abandonnant les rapports naturels avec la femme, se sont enflammés de désir les uns pour les autres, commettant l'infamie d'homme à homme». Suit une cascade de termes négatifs, constituant une diatribe exceptionnellement longue. Paul entend marteler sa désapprobation absolue à l'égard des homosexuels :

 

«Ils sont remplis de toute sorte d'injustice, de perversité, de cupidité, de méchanceté, pleins d'envie, de meurtres, de querelles, de ruse, de dépravation, diffamateurs, médisants, ennemis de Dieu, provocateurs, orgueilleux, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, sans intelligence, sans loyauté, sans cœur, sans pitié.»

 

Parmi toutes ces accusations, la plus terrible est sans conteste celle d'«ennemis de Dieu», puisqu'elle conduit les homosexuels à être finalement déclarés «dignes de morts» par Dieu lui-même.

 

On peut se demander pourquoi Paul s'intéresse tant aux «sodomites». Dans quelle mesure ceux ou celles qui pratiquent la sodomie par consentement mutuel et pour leur seul plaisir personnel indisposent-ils Paul ? Pourquoi s'occupe-t-il de ce qui se passe dans les chambres à coucher des autres ? Paul dit qu'il a choisi le célibat pour lui-même. Soit. Mais pourquoi vouloir ainsi réglementer, voire réprimer, les désirs sexuels des autres ?

 

C'est que Paul, de même d'ailleurs que l'auteur du Lévitique avant lui, considère la sodomie comme une pratique contre nature et «contre-Dieu», pourrait-on dire, puisque Dieu est confondu avec la «nature». Les relations sexuelles ne devraient avoir qu'un seul but selon lui : la procréation. On comprend dès lors pourquoi des pans entiers de la sexualité humaine ont été prohibés par le christianisme : homosexualité masculine et féminine, sodomie, fellation, masturbation…

 

L'idéologie chrétienne qu'entreprend de définir Paul est parfaitement logique. Le christianisme dénigre le plaisir sexuel ; l'homophobie n'est qu'une manifestation de ce refus plus général de l'érotisme et du sexe pour le plaisir.

 

Mais en cela, le christianisme s'éloigne aussi de la tradition juive. En effet, si le Lévitique condamne sans appel la sodomie, les plaisirs érotiques entre un homme et sa femme sont vantés dans la Bible. L'époux peut profiter des charmes de sa belle épouse : «Jouis de la femme. […] Que ses seins te comblent en tout temps», peut-on lire dans le livre des Proverbes (5, 18-19).

 

Dans le christianisme, par contre, le plaisir sexuel paraît toujours plus ou moins suspect. Il est facilement associé au péché, à la culpabilité et à la honte. Et ce, à plus forte raison, s'il n'est pas directement lié à une nécessité reproductive dans le cadre d'un mariage légal entre deux individus de sexe opposé.

 

Lorsque le christianisme triomphe dans l'Empire romain, au IVe siècle, les empereurs mettent en place une législation réprimant durement les «sodomites».

 

En 342, Constance II et Constant Ier décrètent : «Lorsqu'un homme s'accouple comme s'il était une femme […] alors nous ordonnons que les lois s'insurgent, que le droit soit armé de l'épée vengeresse, de manière à ce que les peines prévues soient infligées aux infâmes d'aujourd'hui et de demain» (Code théodosien IX, 7, 3). Le texte ne donne pas de précisions sur ce supplice de l'épée. On peut supposer qu'il s'agissait d'une décapitation ou d'une émasculation.

 

En 438, Théodose II les condamne au bûcher, sur la place publique : ainsi, ils «expireront dans les flammes vengeresses, devant le peuple» (Code théodosien IX, 7, 6).

 

Au VIe siècle, l'empereur byzantin Justinien confirme cette répression des homosexuels. En 542, deux évêques, Isaïe de Rhodes et Alexandre de Diospolis, surpris en flagrant délit, sont amputés de leurs pénis et traînés dans les rues de Constantinople, pour servir d'exemple à tous les prélats et à la population.

 

Au Moyen Âge, pour effrayer les fidèles, des peintures de supplices affreux ornent les édifices religieux. À San Gimignano, en 1393, Taddeo di Bartolo imagine le châtiment de deux homosexuels lors du Jugement dernier : un diable empale un homme qui porte sur la tête un bonnet sur lequel est écrit Sottomitto (sodomite). À gauche, son partenaire est transpercé par le même pieu, mais à travers la bouche : une manière de rappeler que la sodomie et la fellation sont deux pratiques également condamnées par Dieu.

 

Au regard de cette sanglante répression des homosexuels, les propos tenus par le pape François paraissent plutôt modérés. Ils s'inscrivent néanmoins dans une vieille tradition chrétienne homophobe et sur des préjugés tenaces remontant à saint Paul

 

Le pape voulait parler d’accompagnement, a précisé le Vatican face à la polémique. Sauf que le mal est fait et l’histoire de l’Église n'aide pas non plus ce dernier tant elle a été cruelle pour les personnes LGBT. Des excuses seraient un début, mais il faudra en faire beaucoup plus pour les personnes LGBT pour qu’elles aient enfin l’impression d'avoir leur place dans l’Église, surtout que le propos du pape met à mal tous les efforts de paroisses voulant les accueillir et les intégrer pleinement dans un souci d’ouverture.

 

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Publié le 11 Juillet 2018

Periodisatdigital.com nous montre ce mercredi 11 juillet 2018 que le pape Paul VI était sur le point d'autoriser l'utilisation de contraceptifs par les catholiques, mais au dernier moment, il a reculé, estimant qu'il serait "plus sûr" de garder "une approche traditionnelle". C’est ce que révèle un nouveau livre par l'évêque Gilfredo Marengo, professeur de l'Institut pontifical Jean-Paul II, qui a découvert que le pape Montini a envoyé une Encyclique ouverte prêt à contrôle artificiel des naissances a finalement rejeté.

 

"Beaucoup étaient convaincus que rester en harmonie avec le Concile - écrit Mgr Marengo en se référant au Concile Vatican II - exigeait de des changements radicaux dans ce domaine." "Une fois reconnue la valeur intrinsèque de l'exercice responsable de la paternité, il n'était pas raisonnable de faire coïncider ce jugement avec le fait de forcer les couples à n'utiliser que des méthodes naturelles : la pilule inhibitrice était considérée comme un moyen d'éviter une nouvelle conception soit atteinte en respectant les exigences de l'amour conjugal et la dignité du conjoint". C'était l'idée des théologiens et des spécialistes appelés à écrire le texte magistral, une innovation «dans les procédures habituellement suivies par le Saint-Siège».

 

Mais cette encyclique n'a jamais vu le jour, car Paul VI a fini par partager le jugement négatif du secrétaire d'État, le très conservateur Amleto Cicognani, opposé à l’œcuménisme et à l’aggiornamento de l’Église. La préface du livre est signée par Monseigneur Pierangelo Sequeri, directeur de l'Institut théologique pontifical Jean-Paul II, selon lequel cette contribution sera utile pour éclaircir «l'excès de superficialité» qui l'a entravé.

 

Andrea Tornielli dans Vatican Insider (http://www.lastampa.it/2018/07/11/vaticaninsider/humanae-vitae-quellultimo-sondaggio-segreto-di-paolo-vi-k4W9d72xnen8B9IkZB63AO/pagina.html) nous apprend également qu’en octobre 1967, lors du premier synode des évêques célébré au Vatican, Paul VI a demandé au cardinal secrétaire d'État un avis sur la contraception en vue de la publication de l'encyclique. Seuls 26 des 200 évêques présents ont répondu par écrit. Parmi ceux-ci, la plupart étaient en faveur d'une certaine ouverture sur la pilule, 7 y étaient opposés.

 

Dommage, l’Église avait perdu sa chance d’ouvrir le dialogue au monde plus volontairement en montrant une ouverture sur un sujet qui n’avait rien de dangereux pour elle.

 

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Publié le 15 Juin 2018

Après plus de 20 heures de débats, les députés du Parlement argentin ont approuvé jeudi 14 mai 2018 une proposition de loi qui permettrait aux femmes d'avorter librement jusqu'à 14 semaines de grossesse, où les défenseurs de l'avortement l'ont finalement emporté à 4 voix près. Un débat dans lequel l'Église argentine a pesé de tout son poids contre le projet de loi. Les évêques se sont mobilisés pour tenter de convaincre les parlementaires de ne pas voter la loi, allant même jusqu'à les menacer d'excommunication. Le pape François avait aussi appelé les Argentins à rejeter la loi sur l'IVG. Á l'annonce du résultat du vote, la foule massée sur la place du Congrès a explosé de joie. La plupart des femmes présentes, portent un foulard vert, symbole de la campagne pour l'IVG. Le texte va maintenant être examiné par le Sénat, réputé plus conservateur (http://www.rfi.fr/ameriques/20180615-argentine-droit-femmes-avorter-petit-oui-deputes-reportage). Ce nouvel échec de l’Église contre l’avortement, doit nous faire réfléchir à son opposition stérile et s’il en a toujours été ainsi durant l’histoire, et c’est ce que nous devons voir aujourd’hui.

 

Dans la Rome antique, il n’y avait aucune législation sur l’avortement, c’est l’arrivée du christianisme qui va tout changer. Il a adopté la vision des derniers siècles de l’Antiquité qui considérait qu’interrompre une grossesse mettait en danger la vie de la mère. Il faut dire qu’il n'y a pas d'allusion à celui-ci dans le Nouveau Testament. Au IVe siècle, les Pères de l’Église Basile le Grand et Grégoire de Nysse ont défendu la thèse d’origine stoïcienne de l’animation dès la conception (l’âme est infusée dans l’utérus avec le sperme). Les conciles d’Elvire et d’Ancyre au IVe siècle, décident d’excommunier définitivement les avortées, mais juge la peine sévère et leur donne 10 ans de pénitence. Le concile de Constantinople assimile l’avortement à un homicide en 692, et reprend que les peines du Digeste de Justinien pour l’utilisation des drogues, en gros rien qui concerne les potions abortives. Au XIe siècle, on ne voyait pas l’avortement comme un péché, mais comme une erreur. La contraception était plus mauvaise pour les clercs. Hildegarde de Bingen (1098-1117) dans son travail médical De simplicis medicinae, ou Physica, conseille des plantes médicinales, dont une, la tanaisie, qui est une plante abortive utilisée durant l’Antiquité.

 

Pendant le Moyen-âge, les théologiens ont débattus pour savoir si le fœtus avait une âme, c'est-à-dire la date de l’animation. La thèse aristotélicienne de l’animation progressive de l’embryon était défendue par de nombreux théologiens, dont Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’idée dominante auprès des théologiens chrétiens sera que l’âme humaine entrait dans le fœtus mâle autour du 40e jour et du fœtus femelle autour du 80e jour. La condamnation était seulement prononcée pour les avortements après le 80e jour. Les législateurs, civils comme ecclésiastiques, prennent aussi en compte le contexte de l’avortement : on ne traite pas de la même manière l’avortement commis par nécessité, sous la pression d’une extrême pauvreté, et celui commis pour cacher un autre crime, l’adultère notamment. On donnait un an de pénitence à la femme ayant avorté avant 40 ou 80 jours, contre 3 ans après. Le décret Sicut ex d'Innocent III en 1211 implique que seul l'avortement du fœtus animé était considéré comme un homicide, et au début du XIVe siècle, le dominicain Jean de Naples introduisit une exception, acceptée ensuite par plusieurs autres : Il serait permis d'avorter le fœtus inanimé pour sauver la vie de la mère.

 

En 1532, la Constitudo Criminalis, sous Charles Quint, fixe la date d’animation du fœtus dès que la mère perçoit les mouvements. C’est en 1558 que le pape Sixte Quint interdit dans une bulle l’avortement de façon formelle quel qu’en soit le terme, et excommunie les parents et les docteurs. Grégoire XIV le jugeant trop sévère, le désavoue 1591 en revenant à l’animation progressive, et ne considère pas l’avortement comme un meurtre. Les arrêts du jésuite cordouan Sanchez, qui considérait moralement admissible d'avorter un fœtus «non animé», à condition qu'il y ait des raisons, telles que le viol et le danger de mort pour la mère, ou de saint Alphonse de Liguori, qui avait accepté l'avortement thérapeutique, consacrèrent le droit de la mère au XVIe et au XVIIe siècle.

 

Depuis Pie IX (1869), l’Église ne fait plus la distinction entre fœtus animé et inanimé. Alors que les théologiens cherchaient à équilibrer la valeur du fœtus avec d'autres valeurs, en particulier la vie de la mère, la législation papale s'est orientée vers un renforcement de l'interdiction de l'avortement. Il faut dire que la pratique de l'avortement s'est très largement répandue au XIXe siècle, en rapport avec les profondes mutations sociales et matérielles de la nouvelle civilisation industrielle, et les condamnations morales ne marchent plus puisque l’avortement concerne maintenant tous les milieux sociaux. Le code de droit canon revue en 1917 et en 1983, parle seulement de fœtus, et l’avortement à tout moment est considéré comme un péché de même gravité.

 

Un combat contre l’avortement perdu d’avance puisque la revendication du droit à l'avortement va néanmoins se faire entendre en France. D'abord par la reconnaissance thérapeutique, en 1852. Défendu ensuite dans une perspective révolutionnaire par les néo-malthusiens de la Belle Époque, le droit des femmes a disposer de leur corps finit par s'imposer au début des années 1970, entraînant avec lui un débat passionné qui ne cessera pas avec le vote de la loi Veil en janvier 1975. En Europe, l’avortement s’est peu à peu libéralisé entre le milieu des années 1960 (Grande-Bretagne 1967) et le milieu des années 1980 (Portugal et Espagne en 1984). Au États-Unis, la Cour suprême a inscrit sa libéralisation dans la Constitution en 1973. Et comme le montre le oui massif en Irlande pour l’avortement cette année, l’Église a choisi la mauvaise voie en soutenant les anti-IVG.

 

Les mouvements anti-IVG, de l’Église, ou le recours par les médecins de leur clause de conscience pour éviter de faire un avortement, empêchent ou gênent l’accès de l’IVG en Europe, et mettent une certaine pression sur les gouvernements comme on peut le voir en Pologne ou en Italie. Les opposants à l’avortement s’étaient surtout structurés autour du pape Paul VI, qui avait publié le 25 juillet 1968, l’encyclique Humanae vitae, qui réaffirmait l’hostilité de l’Église catholique aux méthodes de contraception et sans doute la plus belle erreur de son pontificat. En décembre 1970, le docteur Jérôme Lejeune avait créé en France l’association "Laissez-les vivre" qui allait initier de nombreuses actions et campagnes contre l’avortement.

 

Accompagner les femmes et les jeunes filles en demande d’IVG reste donc essentiel. Il ne s’agit pas seulement de faire en sorte que l’acte médical se passe au mieux – trop souvent, lorsque «tout se passe bien», plus rien ne se dit. Accompagner les femmes, c’est bien sûr les informer sur les différentes étapes qu’elles vont traverser. C’est surtout veiller à ce que la parole leur soit donnée avant, pendant comme après. Et il va falloir les appuyer, car l’offensive conservatrice de l’Église continue contre l’avortement, puisqu’elle n’a pas admis sa défaite en Irlande à la suite du référendum du 25 mai 2018 qui a légalisé l'avortement dans le pays, les évêques irlandais ont annoncé qu'ils allaient établir un nouveau Conseil pour la vie en mars prochain, en gros pour trouver des solutions pour rendre l’avortement plus difficile (https://cruxnow.com/church-in-uk-and-ireland/2018/06/14/irish-bishops-establish-council-for-life-in-response-to-abortion-legalization/).

 

Je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : John M. Riddle, Contraception and Abortion from the Ancient World to the Renaissance, Harvard University Press, 1994, Laura Bossi, Histoire naturelle de l'âme, Presses Universitaires de France, 2003, Jean-Yves Le Naour, Catherine Valenti, Histoire de l'avortement (XIXe-XXe siècle), Le Seuil, 2003, Simone Veil, Les hommes aussi s'en souviennent, Stock, 2004, Abortion : III. Religious Traditions: B. Roman Catholic Perspectives, Encyclopedia of Bioethics, The Gale Group Inc., 2004, Israel Nisand, Luisa Araújo-Attali, et Anne-Laure Schillinger-Decker, L'IVG : «Que sais-je ?» n° 3948, Presses Universitaires de France, 2012, Yvonne Knibiehler, Histoire des mères et de la maternité en Occident : «Que sais-je ?» n° 3539, Presses Universitaires de France, 2017, https://actuelmoyenage.wordpress.com/2017/12/14/le-confesseur-et-lavortement/, http://artepolitica.com/comunidad/el-aborto-en-la-historia-catolica/, et https://www.sudouest.fr/2014/11/26/interruption-volontaire-de-grossesse-la-loi-veil-a-quarante-ans-1748894-4758.php.

 

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Publié le 13 Mai 2018

Les cas chiliens, irlandais, américains et français sur la couverture des prêtres pédophiles par leur hiérarchie suivent un mécanisme précis qui aurait pu être évité si le père Gerald Fitzgerald, fondateur d'un ordre religieux catholique qui dirigeait des centres de retraite pour les prêtres en difficulté, avait été écouté après son avertissement aux évêques américains et au Vatican par des lettres énergiques à partir de 1952 sur le fait que les pédophiles devaient être retirés du sacerdoce parce qu'ils ne pouvaient pas être guéris. Rien n'a été fait et nous l'avons découvert en 2007.
 
À l'origine, le père Gerald Fitzgerald, né le 29 octobre 1894 à South Framingham, au Massachusetts, est entré au séminaire diocésain à Brighton, au Massachusetts en 1916, puis il devint prêtre de l'archidiocèse de Boston pendant 12 ans (1921-1933), où il fut au contact des plus pauvres, et membre de la Congrégation de la Sainte-Croix en 1934, dont il fut supérieur de leur séminaire en 1936 et ensuite servit comme aumônier militaire durant la Seconde Guerre mondiale entre 1943 et 1945, puis il acheta le terrain de Jemez Springs, au Nouveau-Mexique (États-Unis) et y créa les Serviteurs du Paraclet en 1947. Sa préoccupation à l'époque était principalement pour les prêtres luttant contre l'alcoolisme. Lorsque son nouvel ordre a mûri et que son ministère a été connu, les évêques ont commencé à référer les prêtres à d'autres maladies, en particulier ceux qui avaient abusé sexuellement des enfants. Il a accueilli des prêtres qui luttaient contre l'alcoolisme, la toxicomanie ou la pédophilie, ou qui avaient rompu leurs vœux de célibat, qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes. Il les appelait des «invités». Sa prescription était la prière et la dévotion spirituelle aux sacrements, que les experts disent être l'approche dominante de l'Église à cette époque.
 
À un moment donné, il a résolu de ne pas accepter les pédophiles dans son centre, et le père Fitzgerald écrit dans une lettre en 1952 pour l'évêque Robert Dwyer de Reno, au Nevada, que «les conversions réelles seront extrêmement rares». «Par conséquent, les laisser en service ou d'errer de diocèse au diocèse contribue au scandale ou au moins au danger approximatif de scandale», écrivit-il. C'est aussi cette année que Rome rendit officiel les Serviteurs du Paraclet. Ensuite dans une lettre de 1957 il sollicitait l'accord de l'archevêque Byrne, le cofondateur des Serviteurs du Paraclet pour prévenir un scandale susceptible de mettre en péril la bonne réputation de Via Coeli [le nom de l'installation du Nouveau-Mexique] et de ne plus offrir l'hospitalité aux hommes qui ont séduit ou tenté de séduire des «enfants». "L'expérience nous a appris que ces hommes sont trop dangereux pour les enfants de la paroisse et du quartier pour que nous soyons justifiés de les recevoir ici", lui-dit-il. Dans une lettre adressée en 1957 à Mgr Matthew Brady, évêque de Manchester, au New Hampshire, Fitzgerald écrivit que les prêtres abusifs ne faisaient que feindre de se repentir et de changer pour «se retrouver dans une position où ils pourraient continuer leur activité habituelle». Il dit que finalement l'Église devrait établir "un code uniforme de discipline et de pénalités" pour protéger le sacerdoce. En avril 1962, le père Gerald Fitzgerald rédigea une réponse de cinq pages à une requête du cardinal Alfredo Ottaviani, chef du Saint-Office à Rome sur le cas des prêtres pédophiles, pour l'avertir qu'il n'y a pas de remède pour eux, il lui recommande «un enseignement plus distinct dans les dernières années du séminaire sur la lourde peine qu'implique de briser l'innocence des petits», puis lui fait savoir que les prêtres pédophiles doivent vivre retirés sous la protection des murs du monastère ou subir la laïcisation complète.
 
En août 1963, il rencontre le nouveau pape, Paul VI, pour répéter ses avertissements et lui fait savoir qu'il n'est pas optimiste quant au retour de ces prêtres au service actif qui ont été intoxiqués par des pratiques anormales, en particulier en abusant sexuellement des jeunes. Mais en 1963, l'emprise puissante de Fitzgerald sur la direction de l'ordre s'affaiblissait à cause de la nomination d'un nouvel archevêque, James Davis, commençant une nouvelle ère de la relation entre l'ordre, qui était une «congrégation de droit diocésain», et l'archidiocèse. Davis et Fitzgerald se sont apparemment opposés à un certain nombre de problèmes. Davis était beaucoup plus préoccupé que son prédécesseur sur les aspects commerciaux de l'installation de Santa Fe et a exigé une plus grande responsabilité. Il a également exigé une plus grande implication des professionnels médicaux et psychologiques, tandis que "le P. Gerald [Fitzgerald] se méfiait des programmes laïcs, des psychologues et des psychiatres", en faveur d'une approche plus spirituelle. Fitzgerald a été finalement forcé d'abandonner la direction des Serviteurs du Paraclet par une combinaison de facteurs, dont le moindre était un désaccord croissant avec l'évêque et d'autres membres de l'ordre sur la direction de l'ordre religieux. Après 1965, le père Fitzgerald n'a plus jamais résidé au monastère de la Via Coeli remplacé par le père Joseph McNamara, et n'a jamais retrouvé le pouvoir qu'il avait autrefois. Il n'a pas eu non plus son île. En 1965, Fitzgerald avait déposé un dépôt de 5000 $ sur une île de la Barbade, près de Carriacou, dans les Caraïbes, pour un prix d'achat total de 50 000 $. Mais le nouvel évêque ne voulait apparemment rien avoir à faire avec une île, et Fitzgerald, qui mourut en 1969, fut forcé de vendre ses moyens longtemps recherchés pour isoler les délinquants sexuels.
 
Après sa mort, son ordre grandit et établit des centres de retraite dans le pays et à l'étranger, qui devinrent des relais réguliers pour les prêtres souffrant de troubles sexuels. C'est vers le milieu des années 1960, que la retraite du Paraclet a commencé à accueillir un nombre croissant de pédophiles au grand désaccord du père Fitzgerald. Ses successeurs ont ajouté la psychiatrie et le traitement médical au régime de prière dans les années 1970. En 1976, les Serviteurs du Paraclet ont ouvert le premier centre de traitement au monde pour les troubles psychosexuels, et en 1995, le psychiatre Jay Feierman avait consulté 1000 prêtres au sujet de troubles sexuels. Ils ont envoyé des prêtres dans le ministère, à la demande des évêques. Les Serviteurs du Paraclet devinrent plus tard la cible de procès et durent fermer la plupart de leurs centres. Il faut dire que sur les 2000 prêtres qui ont été soignés à Jemez Springs de 1947 à 1968, 10 ont commis des actes criminels après avoir quitté le pays. Parmi les «diplômés» des années 1960 et 1970, il y avait des hommes accusés de longues listes de molestations, comme le révérend James Porter, Jason Sigler, le révérend Rudy Kos, le révérend David Holley et Andrew Christian Anderson, certains d'entre eux ont abusés d'enfants lorsque la congrégation les envoyait le week-end pour officier dans les paroisses locales. En 1993, le centre des Serviteurs du Paraclet a été contraint de payer 525 000 dollars et de payer 7,6 millions de dollars de plus aux assureurs pour régler des poursuites avec 25 plaignants qui ont allégué avoir été abusés par James Porter, selon des rapports. Ils se sont également arrangés avec 17 plaignants poursuivant Holley, qui purge une peine de 275 ans pour avoir agressé des enfants. En 1994, les pères des Serviteurs du Paraclet ont fermé le centre de traitement des troubles sexuels au Nouveau-Mexique. Ils ne le reconstruiront pas.
 
Comme nous pouvons le voir, les affirmations des évêques selon lesquelles la hiérarchie ignorait jusqu'à ces dernières années le danger de mélanger les prêtres d'une paroisse à une autre, et la dissimulation des problèmes de ces prêtres à ceux qu'ils servaient relevait du pur mensonge. Il est clair aussi, dans des lettres entre Fitzgerald et une série d'évêques, entre les évêques eux-mêmes, et entre Fitzgerald et le Vatican, que la hiérarchie était consciente du problème et de ses implications bien avant que le problème apparaisse à partir de 1985. Un véritable gâchis, car un homme s'est battu contre tout un système et n'a jamais eu les moyens de protéger les enfants et l'Église de ces prédateurs couverts par sa propre hiérarchie qui s'est avérée complice et criminelle, comme le montre  l'instruction de 1962, Crimen Sollicitationis, qui était en vigueur jusqu'en 2001, et qui imposait le secret au coupable (qui a droit à la présomption d'innocence) comme aux victimes sous risque d'excommunication, tandis que les évêques devaient enquêter dans le secret et dans un silence perpétuel. Cela permettait à l'Église d'éviter la multiplication des procédures civiles et même si la victime pouvait dénoncer le prêtre pédophile à l'évêque, l'imposition du secret permit le plus souvent de protéger le prêtre coupable que les victimes.
 
Finalement, le père Fitzgerald mit en minorité, mourut sans avoir pu atteindre son but, et l'Église perdit son honneur en protégeant les prêtres pédophiles.
 
Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures : Maud Amandier, et Alice Chablis, Le Déni : Enquête sur l'Église et l'égalité des sexes, Bayard Culture, 2014, Olivier Bobineau, Joseph Merlet, et Constance Lalo, Le sacré incestueux : Les prêtres pédophiles, Desclée De Brouwer, 2018, http://archive.boston.com/globe/spotlight/abuse/stories/040302_treatment.htm, https://www.ncronline.org/blogs/ncr-today/timeline-crisis, https://www.ncronline.org/news/accountability/bishops-were-warned-abusive-priests, http://www.nydailynews.com/news/world/catholic-bishops-warned-1950s-child-molesting-priests-article-1.364156, et https://www.nytimes.com/2009/04/03/us/03church.html.
 
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Publié le 5 Avril 2018

1968 ? Un temps de crise pour l'Eglise, où un vent de liberté pousse prêtres et fidèles au départ. Mais des catholiques engagés à gauche ont aussi vécu les événements de mai comme un moment florissant, qui paraît loin 50 ans plus tard comme le montre actu.orange.fr ce jeudi 5 avril 2018.

 

Le mai 68 ecclésial a peut-être commencé dès le concile Vatican II (1962-1965), ce vaste chantier romain de mise à jour ("aggiornamento") du logiciel catholique pour répondre aux défis de la modernité. C'est la thèse développée par Guillaume Cuchet dans son essai "Comment notre monde a cessé d'être chrétien" (Seuil). L'historien tente de comprendre quand et pourquoi s'est produit le "krach" démographique de la France catholique, où un quart de la population allait encore à la messe chaque dimanche au milieu des années 60, contre à peine 2% aujourd'hui.

 

Avec le concile, beaucoup de fidèles, notamment parmi les jeunes, se sont sentis déliés de l'obligation de la pratique dominicale, analyse l'auteur. "Mai 68 a surtout amplifié une tendance qui existait", explique-t-il à l'AFP. Mais "le mouvement apporte des éléments nouveaux liés à la crise du clergé. C'est le début d'une contestation franche de l'autorité dans une institution où règne une mystique de l'obéissance, qui nous paraît exotique à distance", poursuit l'universitaire. En quinze ans, de 1965 à 1980, 4000 prêtres français quittent les ordres.

 

Les chrétiens de progrès ne sont pas restés à l'écart de mai 68, quand ils ne se sont pas placés aux avant-postes de la contestation. Le 21 mai est publié un "Appel aux chrétiens" signé par 14 personnalités, dont le dominicain Marie-Dominique Chenu et le protestant Paul Ricoeur. Elles y affirment que "la présence des chrétiens à la révolution suppose et requiert la présence de la révolution à l'Église". Le 28 mai, l'écrivain Maurice Clavel prophétise que "cette révolution est d'abord spirituelle".

 

Un gauchisme catholique prospère sur fond de solidarité tiers-mondiste, à l'image du bulletin "Frères du monde", animé par des franciscains flirtant avec le maoïsme. Même le nouvel archevêque de Paris, le bientôt cardinal François Marty, fait valoir le 23 mai que "Dieu n'est pas conservateur", il est "pour la justice". La même année, en juillet, un événement va hâter le divorce d'une partie des catholiques avec l'institution ecclésiale : la parution de l'encyclique "Humanae vitae" qui, en rappelant l'opposition de Rome à toute contraception artificielle, semble à contre-courant des ouvertures de Vatican II et de mai 68.

 

"Depuis, l'Église peut dire ce qu'elle veut : les catholiques décident très largement, dans leur for intérieur, de leur vie intime", résume le sociologue Jean-Louis Schlegel. Dix ans après 1968, l'arrivée d'un pape polonais issu du bloc communiste sur le trône de saint Pierre va sonner le "retour à l'ordre", selon l'expression de l'historien Denis Pelletier. "Jean-Paul II siffle la fin de la récréation: il rappelle la Loi dans beaucoup de domaines, notamment celui des mœurs, et recléricalise fortement l'Église", estime Jean-Louis Schlegel. Mais des réseaux traditionalistes, attachés au latin dans la liturgie voire hostiles à la liberté religieuse, restent en marge de l'Église romaine, quand ce n'est pas à l'écart comme les intégristes schismatiques de Mgr Lefevbre.

 

D'autres catholiques peuvent être perçus comme les "héritiers paradoxaux" de ces années d'effervescence, selon Denis Pelletier : les charismatiques, attachés à un réveil missionnaire inspiré du pentecôtisme américain, se sont inscrits dans la "composante communautaire" de mai 68. Mais ils se sont largement institutionnalisés depuis et, doctrinalement, campent souvent à mille lieux de l'esprit libertaire qui a soufflé sur le mouvement. "Ce qu'on voit aujourd'hui, c'est un retour du catholicisme par la droite", confirme Denis Pelletier, qui insiste toutefois sur la pluralité des positionnements catholiques dans l'espace public.

 

"Nous avons connu une trop longue période de réaction restauratrice, de provocations traditionalistes", déplore Mgr Jacques Noyer dans le livre "Mai 68 raconté par des catholiques" (Temps Présent). Á 90 ans, l'évêque émérite d'Amiens sent toutefois renaître "un désir populaire de droit à la parole, un goût de liberté", et fait crédit au pape François "d'appeler à aller vers les périphéries". Peut-être, espère-t-il, l'Église se dirige-t-elle "vers un nouveau printemps ?"

 

Comme le montre la-Croix.com dans son article du dimanche 18 mars intitulé «la participation massive des chrétiens, et notamment des catholiques, à la mobilisation des «années 68».», la mobilisation des chrétiens fut massive. Prêtres donnant en chaire des consignes de vote, autels installés au fond de l’église, homélie «dialoguée avec des étudiants ou des ouvriers», intercommunion œcuménique sous forme de verres de vin posés sur une table de salle à manger, ou même actions coup-de-poing menées par le Comité d’action pour la révolution dans l’Église, mais aussi déception devant les pesanteurs de l’institution.

 

«Certes, il a pu y avoir des excès, des erreurs, comme dans tout sursaut de vie. Mais les perspectives ouvertes étaient belles», résume le père Gui Lauraire dans Mai 68 raconté par des catholiques, alors jeune vicaire dans une paroisse de Sète (Hérault), chez qui «l’explosion de Mai 68» a fait naître «une immense espérance, qui rejoignait celle soulevée par Vatican II». Recueilli parmi d’autres dans un ouvrage à paraître bientôt, son témoignage illustre les espérances suscitées, chez une partie des catholiques, par «les événements».

 

À Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Rennes, une trentaine de chercheurs ont interrogé 400 acteurs qu’ils ont répartis en trois groupes dans le livre Changer le monde, changer sa vie. Enquête sur les militantes et les militants des années 1968 en France : syndicalistes, féministes et gauchistes alternatifs. Surprise : parmi ces derniers, «40 % sont passés par le scoutisme, 43 % par la JEC et 20 % par la JOC», énumère Isabelle Sommier, maître de conférences en science politique à l’université Paris 1 et directrice du Centre de recherches politiques de la Sorbonne. «Un peu plus âgés» que la moyenne, «plus souvent des femmes» et «plus souvent en couple», les manifestants catholiques se disent mus par la quête de «la justice», «la solidarité» plus que par «la colère, qui ressort davantage du discours des plus jeunes», remarque la sociologue. «Il y avait une révolution en marche dans l’Église, des chrétiens s’y mobilisaient au nom du Christ et en solidarité avec les peuples du tiers-monde», analysait déjà en 2012 l’historien Yann Raison du Cleuziou (À la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours).

 

De fait, pour l’Église, la remise en cause est rude : critique virulente de l’institution considérée comme étouffée par sa hiérarchie, éloignée de ses fidèles et figée dans ses traditions; «libération» de la parole et «avènement du catholique qui dit ”je”» (Jean-Louis Schlegel); désir d’une vie communautaire renouant avec les sources évangéliques… Les départs de religieux et de prêtres, qui s’étaient amorcés dans les années précédentes, se transforment «en hémorragie» après 68. Mais même avec ceux qui restent, tout a changé.

 

Dès le mois de juin, au grand séminaire d’Arras, «il n’était plus question d’interdire de fumer ni d’obliger à prier. Chacun demandait qu’on lui fasse confiance», résume en une formule saisissante Mgr Jacques Noyer (Mai 68 raconté par des catholiques), évêque émérite d’Amiens qui hésite encore sur le sens de ces événements et l’avenir qu’ils dessinent. «Est-il possible que l’oiseau qui se forme dans un œuf puisse naître sans brutalement briser la coquille ? Si cela est vrai, faut-il se réjouir que Mai 68 ait tout cassé pour permettre à l’Église conciliaire de venir au monde ?» Le débat n’est pas près d’être clos.

 

Enfin Mai 68, avec le concile Vatican II, a permis la libération de la parole, mais un problème de taille a demeuré celui que contrairement à l’Amérique latine, il n’y a pas eu une théologie comme celle de la libération pour permettre à l’Église en France de donner un nouveau visage à celle-ci, mais aussi un autre modèle pastoral et paroissial qui ne serait plus clérical, mais centré sur les populations pauvres. L’Église actuelle avec ses rangs venant surtout des élites ne peut que connaître un long déclin.

 

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Publié le 12 Novembre 2017

José Manuel Vidal nous montre ce dimanche 12 novembre 207 que  de la chaise de sa fenêtre, le pape François invite les fidèles à se préparer à la rencontre avec le Christ, comme des vierges sages, avec la lampe de la foi et l'huile des bonnes œuvres. En salutations, il a rappelé hier la béatification à Madrid, des 60 martyrs Lazaristes, qu’il décrit comme «témoins exemplaires du Christ et de l'Évangile.»

 

Le cardinal Carlos Osoro s’est aussi servi de cette béatification pour délivrer un autre message comme le montre l’article de José Manuel Vidal sur periodistadigital.com de ce dimanche : «Vidal Cardinal Osoro : "Les martyrs nous disent que nous sommes appelés à remplir la nuit de lumière"». Lors de la messe d'action de grâces dans la cathédrale de La Almudena pour les martyrs vincentiens. "Remplissez la nuit de lumière" et accueillez les pauvres, qui aujourd'hui s'appellent les "étrangers et réfugiés". Ce sont les deux missions qui, selon le cardinal-archevêque de Madrid, Carlos Osoro, l'Église nous confie au nom des 60 martyrs, béatifiés hier à Madrid.

 

Parmi les participants, des parents des nouvelles Bénédictines et de nombreuses Sœurs de la Charité. Parmi les concélébrants, de nombreux Lazaristes et plusieurs évêques, Rodríguez Carballo, secrétaire de la Congrégation pour la Vie Consacrée, l’évêque de Mondoñedo-Ferrol, Luis Ángel de las Heras, l'évêque d'Ourense, Leonardo Lemos e Camino, et l’auxiliaire de Madrid, Martinez.

 

Malheureusement, la récupération politique n’est jamais loin comme le montre celle qu’en a fait le cardinal Amato dans l’article de José Manuel Vidal sur periodistadigital.com le samedi 11 novembre : «Cardinal Amato: "Nous ne pouvons pas et ne devons pas oublier cette page sombre de la cruauté gratuite contre les personnes sans défense et innocentes"». La béatification solennelle des 60 martyrs vincentiens au Palais de Vista Alegre à Madrid, a été présidée par le cardinal Angelo Amato et dans son homélie, il a lancé un plaidoyer sévère contre les "assassins des martyrs". Le prélat curial a aussi invité les présents à ne pas oublier "cette sombre page de cruauté gratuite contre les personnes impuissantes et innocentes".

 

Mais cette récupération pose problème, car contrairement à ce que croit le cardinal Amato, il est difficile de voir dans ces meurtres une persécution religieuse ou un désir d’anéantir l’Église. Dans l’article d’Henri Tincq pour LeMonde.fr du 24 octobre 2007 intitulé «Espagne : le pape et son lugubre cortège». L'historien Benoît Pellistrandi souligne qu’"il n'y a pas eu en Espagne de plan concerté et organisé de persécution antichrétienne" et il ajoute que "L'essentiel des assassinats de prêtres et religieux a eu lieu en août, septembre, octobre 1936, à un moment où l'appareil d'État s'effondrait et faisait place à des règlements de comptes de villages et de quartiers, où on tuait autant d'instituteurs républicains, humanistes et laïcs, que de curés."

 

Hilari Raguer, moine de Montserrat, montre dans son livre les véritables raisons dans ses livres : La espada y la cruz: la Iglesia 1936-1939 en 1977, et La pólvora y el incienso. La Iglesia y la Guerra Civil Española (1936-1939) en 2001. Il montre que le Vatican n'a jamais accordé au régime de Franco le caractère d'une croisade. Le pape Pie XI a répudié les excès (il a utilisé ce mot) Franco pendant la guerre, et s’est montré méfiant sur le fait que les évêques espagnols soient alignés de son côté. Ensuite l'épiscopat espagnol n'a pas participé à la conspiration militaire, bien que pratiquement tous les évêques l'aient souhaité. Les évêques n'étaient pas dans le complot, mais quand le soulèvement est précipité, ils se sont jetés dans ses bras, collaborant immédiatement.

 

Ensuite, si les religieux ont été tués ce n’est pas haine du Christ, mais pour la haine de l'institution ecclésiastique considérée comme une ennemie. L'Église en Espagne, pendant des siècles, mais surtout durant la Deuxième République, s'identifiait à la droite et était très unie aux riches et aux puissants. Les prêtres on été tués parce qu'ils étaient les membres d'une institution qu'une bonne partie de la population considérait comme un ennemi du peuple. En 1933, quand les droites catholiques ont gagné, elles abaissèrent le salaire minimum et abrogèrent la timide réforme agraire d'Azaña et plusieurs lois sociales, le peuple les a vu à juste titre comme des ennemis.

 

Il y a eu aussi la manipulation de certains faits comme l'épiscopat espagnol suggérant que les catholiques ont été victimes de la République, incluant les prêtres et religieux tués en 1934, mais la République a réprimé les rebelles qui ont tué des religieux cette année-là. Le Vatican, dès le début du conflit, a également essayé d'avoir une médiation internationale. Les évêques espagnols, cependant, s'opposent à la médiation et s'allient à Franco, qui veut juste prolonger la guerre. Il y a eu une campagne internationale où le Saint-Siège intervint en essayant de ne pas être confondu avec la France et l'Angleterre.

 

Pie XI n’a jamais voulu béatifier les tués de la Guerre civile, ce que Franco lui a demandé de faire, voyant la récupération qu’il voulait en faire comme des martyrs de sa dictature. L'anticommunisme de Jean-Paul II a ouvert les processus de béatification, mais délivrant des blessures durables en ne donnant des gestes qu’à la droite et aucun à la gauche.

 

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Publié le 7 Novembre 2017

Nicolas Senèze, à Rome (avec Radio Vatican) nous montre dans son article du lundi 6 novembre 2017  qu’alors que les cardinaux et évêques de la Congrégation des causes des saints doivent se prononcer dans les prochains jours sur les vertus héroïques du pape Jean-Paul Ier, la journaliste italienne Stefania Falasca, vice-postulatrice de sa cause en béatification, publie mardi 7 novembre en Italie un livre très documenté sur la mort, en 1978, du 261e successeur de Pierre. Pape Jean-Paul Ier, chronique d’une mort entend proposer une étude sérieuse sur le pontificat éclair Jean-Paul Ier, et tordre le cou, par la même occasion, aux multiples rumeurs de complots qui entourent sa mort.

 

Dans un entretien à Radio Vatican, Stefania Falasca, journaliste à Avvenire, le quotidien de l’épiscopat italien, explique que son ouvrage, construit sur une méthode historico-critique rigoureuse, s’appuie sur des sources, documents et témoignages inédits. Notamment celui de Sœur Margherita Martin, la religieuse qui avait découvert le corps sans vie du pape, âgé de 66 ans, le 29 septembre 1978. Cette mort soudaine et le fait qu’aucune autopsie ne fut pratiquée alimentèrent les hypothèses les plus folles, notamment un possible assassinat du «pape au sourire». Or, selon Stefania Falasca, la documentation clinique ne laisse aucune place au doute : selon son médecin, Jean-Paul Ier serait bel et bien mort d’un infarctus, conséquence d’une maladie coronarienne.

 

Dans la préface de cet ouvrage, le cardinal Pietro Parolin salue le travail scientifique et méticuleux accompli par la journaliste qui éclaircit les points «restés dans les limbes, amplifiés et travestis» par des reconstructions «noires», faisant allusion aux «myriades de théories, soupçons et suppositions» qui ont fleuri au cours des dernières décennies. Le bref pontificat de Jean-Paul Ier, ajoute encore le secrétaire d’État du Saint-Siège, «n’a pas été le passage d’un météore qui s’éteint après un bref trajet». «Albino Luciani fut un pasteur proche du peuple de Dieu, avec une extraordinaire sensibilité culturelle et sociale», relève-t-il. «Il a surtout renforcé le désir d’une Église conciliaire proche de la douleur des gens et de leur soif de charité», estime celui qui n’a jamais caché son admiration pour ce pape, patriarche de Venise quand lui-même était séminariste dans le diocèse tout proche de Vicence.

 

Selon la presse italienne, le congrès des cardinaux et évêques de la Congrégation des causes des saints doit se réunir mardi 7 novembre pour voter les vertus héroïques de Jean-Paul Ier. Le décret devra ensuite être soumis à la signature du pape François. Pour être béatifié, le pape Luciani devra toutefois attendre la reconnaissance d’un miracle à son intercession.

 

Cette dernière révélation n’a laissé plus aucun doute aux cardinaux et évêques de la Congrégation des causes des saints pour mener à bien sa béatification comme le montre l’article d’aujourd’hui sur Vatican Insider : «Luciani, un «oui » unanime pour la béatification». La session ordinaire des cardinaux et évêques de la Congrégation pour les Causes des Saints le matin du mardi 7 novembre s’est exprimé par un vote à l'unanimité en faveur des «vertus héroïques» d’Albino Luciani, le successeur du pape vénitien Paul VI à l'été 1978 il régna seulement 33 jours. C’est le dernier acte avant la attendue signature du décret par le pape François, qui pourrait se produire dans les prochaines heures.

 

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